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Couvert
Forestier
La lettre de la Coalition
mondiale des foręts sur la politique forestière internationale
N° 17 / Novembre
2005
(click
here to download it in word format)
Sommaire:
•
Couvert Forestier : brève description
• Ex Silvis : le climat pour agir sur le
changement climatique changera-t-il un jour ?, Miguel
Lovera, coordinateur, Coalition mondiale des forêts
• La réalité de la mise en
oeuvre des obligations en matière de forêts en application
de la Convention cadre sur les changements climatiques,
Assitou Ndinga, Sénégal, coordinateur de la Coalition
mondiale des forêts pour les activités de suivi indépendant
• Ramifications : des forêts intactes
transformées en plantations de palmier à huile pour
produire un combustible bio-catastrophique, Rully Syumanda,
WALHI, Indonésie
• Évaluation des progrès
du Programme Forêts de la CDB, Vladimir Bocharnicov,
RAIPON, Russie, et Miguel Lovera, Coalition mondiale des forêts
• Les arbres et l’OMC : des cultures
ou des forêts?, Sandy Gauntlett, Pacific Indigenous
Peoples Environment Coalition, Aotearoa /Nouvelle-Zélande
• Comptes rendus d’autres réunions sur
les forêts :
• ... et la pauvreté a gagné
• Saigner à blanc la Convention
des pauvres
• Nouvelles pressions pour rendre commercialisables
les valeurs de la forêt
• Calendrier de réunions sur les forêts
Couvert Forestier
: brève description
Couvert Forestier,
dont voici le 17e numéro, est le bulletin de la Coalition mondiale
des forêts (CMF), une coalition créée par un groupe
d’organisations non gouvernementales (ONG) et d’organisations
de peuples autochtones (OPA) en vue de faciliter leur participation
avisée aux réunions intergouvernementales sur les forêts.
Couvert Forestier, qui paraît quatre fois par an, présente
les comptes rendus de diverses ONG et OPA sur les plus importantes de
ces rencontres, ainsi qu’un calendrier des réunions à
venir. Les opinions qui y sont exprimées ne reflètent
pas nécessairement le point de vue de la Coalition mondiale des
forêts, de ses membres fondateurs ou de ses rédacteurs.
Pour vous y abonner gratuitement, contactez Simone Lovera : lovera1@conexion.com.py.
Ex
Silvis : le climat pour agir sur le changement climatique changera-t-il
un jour ?
Miguel Lovera,
coordinateur de la Coalition mondiale des forêts
Un an à peine après l’entrée en vigueur du
Protocole de Kyoto, la nature a bien montré quelles sont les
conséquences de l’échec de l’humanité
à enrayer le changement climatique : la saison des cyclones dans
les Caraïbes a été la plus dure de l’histoire,
la saison sèche de l’Amazonie a été la plus
sèche de toutes. Si les gouvernements ne changent pas d’attitude
maintenant, quand le feront-ils ?
En adoptant le Protocole de Kyoto, les pays développés
(que l’on appelle aussi les Parties de l’Annexe 1) ont convenu
de réduire, d’ici à 2008-2012, leurs émissions
de gaz à effet de serre pour qu’elles soient dans l’ensemble
inférieures de 5% au moins à celles de 1990.
Pourtant, beaucoup seraient probablement d’avis que cela risque
d’être bien trop peu et d’arriver bien trop tard.
Certains d’entre nous – un groupe nombreux à vrai
dire, qui compte des centaines d’ONG et d’OPA – avons
voulu évaluer ce qui a été fait pour atténuer
le changement climatique et stabiliser les niveaux des gaz à
effet de serre. Nous avons commencé par examiner la Convention
cadre sur les changements climatiques (CCCC), et nous y avons trouvé
l’article 4. Heureusement, cet article souligne que les pays doivent
s’efforcer d’éviter l’effondrement du système
climatique. Et l’article 4.1(d) inclut la conservation des forêts
parmi les réponses à fournir par les gouvernements du
monde entier.
Il est surprenant (ou peut-être pas) que rien n’ait été
fait pour respecter cette obligation : rien du tout, nada ! Si quelques
mesures de faible portée ont été prises en application
du Protocole de Kyoto, elles ont été quasiment nulles
dans le domaine des forêts.
Or les forêts sont essentielles pour la stabilité du climat.
Elles ont été réduites à un tiers de leur
étendue originelle par les êtres humains, et pourtant,
elles continuent d’abriter jusqu’à 70% de la biodiversité
terrestre connue. Ceux qui allèguent que les plantations en régime
de monoculture sont des forêts n’ont vraiment pas conscience
de ces réalités. Une plantation n’est pas comparable
à une forêt, elle est plutôt comparable à
un champ de maïs qui pousserait très lentement. Les défenseurs
des plantations d’arbres comme puits de carbone affirment qu’elles
seront très bénéfiques pour le climat. Ils proposent
également de planter quelques millions d’hectares additionnels
pour produire les dénommés « combustibles biologiques
» destinés à remplacer les combustibles fossiles.
Cette solution de style « balle d’argent » risque
de coûter très cher, comme l’explique l’article
de Rully Syumanda dans ce même numéro de Couvert Forestier.
Tous les avantages potentiels de la génération d’énergie
« biologique » sont dépassés par les effets
sur l’environnement qu’aurait la production à grande
échelle des matières premières nécessaires
pour fournir un volume de combustibles fossiles susceptible de remplacer
le pétrole et le gaz au rythme où ils sont consommés
à l’heure actuelle. En tout cas, cette surconsommation
n’est pas durable et, si nous voulons vraiment remplacer les combustibles
fossiles, nous devons d’abord nous occuper d’elle. Alors
seulement nous saurons quels sont les besoins véritables et combien
de combustible on dépense à maintenir des modes de vie
gaspilleurs et inacceptables.
Il est vraiment alarmant que le changement climatique, l’une des
menaces les plus graves pour l’humanité (et pour la diversité
biologique) soit traité de cette manière. Les gouvernements
ne font même pas semblant de regarder leurs obligations directes
en matière de forêts qui découlent de la Convention
cadre sur les changements climatiques des Nations unies. De même,
il y a eu très peu de propositions qui associent le changement
climatique aux actions en matière de diversité biologique.
Les forêts sont composées de jusqu’à 70% de
toutes les espèces terrestres connues, et elles sont en outre
un stabilisateur efficace du climat : ne méritent-elles pas mieux
que la publication d’une poignée de documents ? Générer
50% de l’électricité nécessaire grâce
au vent et au soleil, par exemple, ou arrêter le déboisement
et le remplacement des forêts par des monocultures d’arbres,
seraient des actions concrètes et un bon point de départ.
Si on le fait, le climat finira par se stabiliser à mesure que
les divers écosystèmes séquestrent et recyclent
le carbone de l’atmosphère.
Quoi qu’il en soit, nous nous faisons trop de soucis et, pendant
ce temps-là, il y a des entreprises et des gouvernements qui
font tout ce qu’ils peuvent pour changer le climat dans lequel
nous vivons, en pompant jusqu’à la dernière goutte
de pétrole et en exploitant la flatulence éternelle de
la terre pour brûler notre espoir d’un avenir meilleur.
La
réalité de la mise en oeuvre des obligations en matière
de forêts en application de la Convention cadre sur les changements
climatiques
Assitou Ndinga, Sénégal,
coordinateur de la Coalition mondiale des forêts pour les activités
de suivi indépendant
L’inquiétude suscitée
à l’échelon mondial par le changement climatique
a donné naissance à une initiative importante, la Convention
cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCCC), dont
l’article 4.1(d) dit : « Toutes les Parties, tenant compte
de leurs responsabilités communes mais différenciées
et de la spécificité de leurs priorités nationales
et régionales de développement, de leurs objectifs et
de leur situation : [...] Encouragent la gestion rationnelle et encouragent
et soutiennent par leur coopération la conservation et, le cas
échéant, le renforcement des puits et réservoirs
de tous les gaz à effet de serre non réglementés
par le Protocole de Montréal, notamment la biomasse, les forêts
et les océans de même que les autres écosystèmes
terrestres, côtiers et marins ».
De ce fait, les signataires de la CCCC se sont engagés à
mettre en oeuvre les obligations contractées à l’égard
des forêts en vertu de cette convention. Pour évaluer comment
ils l’ont fait, la Coalition mondiale des forêts a adressé
un même questionnaire aux représentants d’une série
d’organisations des parties prenantes locales, dont des services
gouvernementaux, des organisations environnementales et des universités.
Les résultats montrent que, dans beaucoup de pays, il s’est
passé très peu de chose. Au Ghana et en Russie , par exemple,
il n’y a pas d’agence ni de point focal (ni, surtout, de
personnel) affecté à la mise en oeuvre.
De même, en Afrique du Sud la protection formelle des forêts
revient en principe au département national des « affaires
de l’eau et des Forêts » (DWAF), mais ce département
ne joue aucun rôle direct dans l’application de la CCCC.
Sur le terrain, le gouvernement provincial est responsable de la gestion
des forêts dans les réserves formellement protégées.
Il peut aussi réglementer l’utilisation des ressources
forestières d’autres régions, et surveiller le commerce
illégal d’espèces menacées ou spécialement
protégées. Cependant, les forêts qui appartiennent
au réseau des ‘Parcs nationaux’ protégés
sont gérées séparément par le département
de l’environnement et du tourisme (DEAT), qui est le point focal
de la CCCC en Afrique du Sud. Quant à l’Institut national
de la diversité biologique (SANBI), il semble ne rien faire pour
améliorer l’aménagement et la protection des forêts
du pays.
En Allemagne (d’après Baldus et Funck ), l’entrée
en vigueur de l’article 4.1(d) de la CCCC n’a provoqué
aucun changement dans le statut juridique des forêts ni dans leur
gestion.
La CCCC est prête à être appliquée maintenant
: qu’est-ce que les signataires attendent pour le faire ?
Les rapports découlant du suivi indépendant de la mise
en oeuvre de l’Article 4.1(d) de la Convention cadre sur les changements
climatiques seront présentés lors de la prochaine Conférence
des Parties à la CCCC, en décembre 2005. Ils seront disponibles
à l’adresse : http://www.wrm.org.uy/gfc.
Ramifications
: des forêts intactes remplacées par des plantations de
palmier à huile pour produire un combustible bio-catastrophique
Rully Syumanda, WALHI, Indonésie
La disparition des forêts naturelles en Indonésie a atteint
un point critique, avec 2,8 millions d’hectares abattus en 2004
et 3,4 millions par an entre 2001 et 2003. L’Indonésie
a probablement le taux de déforestation le plus élevé
du monde. Si l’exploitation illégale est souvent considérée
comme un problème grave, c’est en fait la propagation des
grandes plantations de palmier à huile qui sont la cause principale
de cette situation.
Les plantations de palmier à huile se sont déjà
étendues jusqu’aux forêts de haute valeur pour la
conservation ; plusieurs se trouvent dans des bassins hydrographiques
et d’autres dans des tourbières boisées où
la tourbe a une épaisseur de plus de 3 mètres (ce qui
implique que la zone devrait être protégée). Les
tourbières affectées se trouvent dans les provinces de
Riau et Jambi à Sumatra, et dans certaines régions de
Kalimantan. Le défrichage extensif est en outre la cause principale
des incendies dans ces forêts, lesquels sont à leur tour
les principaux responsables de la pollution par la fumée en Indonésie.
La réaffectation des zones boisées dans les bassins hydrographiques
provoque elle aussi des dégâts de grandes proportions.
Là où les forêts ont été abattues,
la pluie charrie la terre et le sable vers les fleuves, qui deviennent
de moins en moins profonds à cause de la sédimentation.
Cela provoque à son tour des inondations, en particulier aux
périodes les plus pluvieuses. Par exemple, les inondations de
Riau en 2003 ont causé des dégâts estimés
à 76 millions USD (soit 64% du budget annuel 2002 de la province
). Dans la province de Jambi, les dégâts des inondations
de 2004 ont totalisé 22 millions USD. Les recettes produites
par les plantations de palmier à huile ne compensent pas les
effets dévastateurs de ces inondations sur les foyers et les
récoltes de la population.
Quant à l’élimination des tourbières, elle
provoque une dégradation irréversible de l’environnement.
Les grands volumes d’eau contenus dans la tourbe ne peuvent pas
être retenus une fois le marais ouvert. Celui-ci perd en outre
sa capacité de piégeage, de sorte que des millions de
mètres cubes de carbone sont libérés dans l’atmosphère
. De surcroît, l’eau de mer n’est plus tenue à
distance et envahit l’eau des puits. C’est ce qui est arrivé
dans le district d’Inderagiri Hilir de Riau, où des centaines
de familles n’ont pas pu continuer à utiliser leurs puits
après que l’eau de mer les a contaminés .
La transformation des forêts en plantations de palmier à
huile exige en outre de changer le pH du sol (son taux d’acidité
ou d’alcalinité). Or, la manière la moins chère
de le faire est de brûler la forêt. Plus de 200 entreprises
huilières auraient brûlé des forêts entre
2000 et 2005, dans le cadre de leurs concessions.
De plus, l’industrie de l’huile de palme est truffée
de conflits d’ordre foncier, et on la trouve fréquemment
associée à l’utilisation des forces policières
et militaires. En 2004, par exemple, une entreprise de sécurité
privée nord-américaine, SHIELD, a tué trois personnes
du village d’East Tambusai dans le district de Rokan Hulu de la
province de Riau, à la suite d’un conflit entre l’entreprise
PT Surya Dumai et les personnes qui réclamaient la restitution
de leurs terres .
Entre 1988 et 2002, il y aurait eu 479 victimes de tortures et des dizaines
de personnes tuées dans des conflits concernant les terres. Pour
beaucoup de ceux qui habitent des zones où les entreprises de
plantation se voient octroyer des concessions, les perspectives sont
sombres : des salaires plus bas et point de droits. Les plantations
peuvent créer des milliers de postes de travail et générer
des revenus au plan local et national, mais elles peuvent aussi plonger
les communautés dans la pauvreté.
L’huile de palme est utilisée dans de nombreux produits
et, de plus en plus, comme combustible biologique. Mais en tablant si
fort sur elle, nous serons forcés de transformer davantage de
forêts naturelles en plantations de palmiers. La croissance démographique
augmentera la demande de combustible, tandis que les terres disponibles
seront de moins en moins nombreuses. Il n’y a déjà
pas assez de terres pour répondre à nos habitudes de consommation
énergétique actuelles ; il est donc absurde de dire que
l’huile de palme est un produit ou un combustible durable.
Il faut stopper les projets européens d’utilisation de
l’huile de palme comme combustible. Une telle politique serait
désastreuse pour des pays comme l’Indonésie. L’Europe
et le reste devraient se centrer sur l’économie d’énergie
et le développement de sources d’énergie vraiment
durables, au lieu de se tourner vers les gens et les forêts qui
restent à Kalimantan et à Sumatra pour résoudre
leurs problèmes.
Il est temps que le Nord arrête d’imposer à l’écologie
et aux moyens de vie du Sud les conséquences de sa consommation.
Il est temps de mettre fin à ce colonialisme.
Évaluation
des progrès du Programme Forêts de la CDB
Vladimir Bocharnicov, RAIPON, Russie, et Miguel Lovera, Coalition
mondiale des forêts
Le
troisième Groupe spécial d’experts techniques (AHTEG)
pour l’évaluation de la mise en oeuvre du programme de
travail sur la diversité biologique des forêts s’est
réuni à Bonn du 25 au 29 juillet 2005. L’objectif
principal de la rencontre était de préparer des recommandations
pour la onzième session de l’Organe subsidiaire chargé
de fournir des avis scientifiques, technologiques et techniques de la
Convention sur la diversité biologique (OSASTT-11), sur les points
suivants :
• Mise au point d’un format pour les sections concernant
la diversité biologique des forêts dans le Troisième
Rapport national sur la mise en oeuvre de la Convention.
• Préparation de questionnaires pour les organisations
internationales et les membres du Partenariat de collaboration sur les
forêts (PCF).
• Apport technique au processus d’évaluation.
• Apport technique à l’examen de la mise en oeuvre
du programme de travail sur les aires protégées.
• Informations scientifiques et techniques sur les succès,
les défis et les obstacles à la mise en oeuvre du programme
de travail.
• Information sur les effets des mesures scientifiques et techniques
adoptées et des instruments utilisés pour la mise en oeuvre
du programme de travail.
Par rapport au besoin de faire participer les organisations de peuples
autochtones (OPA) et les communautés locales à la préparation
des rapports nationaux, les représentants des ONG se sont référés
au rapport présenté par l’Alliance internationale
des peuples indigènes et tribaux au quatrième Forum des
Nations unies sur les forêts (FNUF-4). En particulier, ils se
sont centrés sur le rapport de la Russie à propos des
connaissances traditionnelles en matière de forêts (disponible
sur : http://www.international-alliance.org/tfrk_expert_meeting_fr.htm).
Ce travail montre les compétences que possèdent les peuples
autochtones pour suivre et évaluer la nature et la portée
des changements environnementaux. Un tel savoir pourrait être
d’une grande valeur pour la mise en oeuvre des objectifs de la
CDB, comme l’a signalé RAIPON. Malgré cela, les
experts gouvernementaux du Brésil et de Cuba se sont opposés
à l’idée d’une intervention directe des peuples
autochtones, en affirmant qu’elle devrait se limiter à
l’élaboration des rapports nationaux. Le Secrétariat
de la CDB a également reçu la demande de préparer
des questionnaires nationaux plus détaillés qui permettent
d’utiliser avec davantage d’efficacité les capacités
des secteurs non officiels.
Ces interventions ont suscité une discussion enrichissante, qui
a abouti à une série de recommandations sur l’analyse
des rapports nationaux, concernant (entre autres) :
• avantages et inconvénients principaux, à l’échelon
mondial et régional, rencontrés pour la mise en oeuvre
du Programme de travail ;
• les buts et/ou objectifs les plus accomplis ;
• les buts et/ou objectifs les moins accomplis ;
• les buts et/ou objectifs non accomplis ;
• conclusions au plan régional ;
• conclusions au plan mondial ;
• suggestions pour améliorer le Programme de travail sur
les forêts et marche à suivre ;
• enseignements tirés, meilleures pratiques.
Un représentant du Département forestier de la FAO a montré
les efforts accomplis par le Partenariat de collaboration sur les forêts
pour rationaliser les méthodes d’établissement des
rapports (vous trouverez davantage d’informations à ce
sujet sur la page WEB du PCF, www.fao.org/forestry/cpf-mar). Il a été
convenu que l’établissement des rapports pourrait être
facilité par la mise en place de réseaux d’information
à l’intention de tous les acteurs visés par les
nouveaux questionnaires. Les représentants des ONG ont proposé
aussi d’inclure dans les rapports nationaux des cartes et des
analyses de la situation générale, que l’on pourrait
actualiser périodiquement.
Le deuxième jour, le groupe a considéré «
l’apport d’information sur les effets des types de mesures
scientifiques et techniques adoptés et des instruments utilisés
pour la mise en oeuvre du programme de travail ». Il a été
convenu qu’il faudrait en principe extraire cette information
de la section du Troisième rapport national consacrée
à la diversité biologique des forêts.
Néanmoins, bien que la plupart de ces informations figurent déjà
dans les rapports nationaux du Secrétariat, les ONG et les OPA
estiment qu’il y a des lacunes et des limitations dans le type
et la qualité des informations recueillies par les gouvernements
et par les institutions ‘conventionnelles’ et que, de ce
fait, certains changements qualitatifs qui affectent les forêts
ne sont pas pris en compte. Par exemple, les taux de déforestation
dans les régions affectées ou défrichées
y figurent, et cette information est utile, mais les causes sous-jacentes
et leur distribution spatiale, ou la présence d’organismes
génétiquement modifiés, sont rarement signalées.
Il s’agit là d’une omission grave, car elle restreint
la possibilité d’identifier les problèmes et de
concevoir les politiques et les solutions appropriées.
Les ONG et les OPA ont fortement souligné que la Conférence
des Parties à la CDB devrait :
• encourager les Parties à inclure les peuples autochtones,
les communautés locales et toutes les parties intéressées
dans la préparation de leurs rapports nationaux (en fournissant
un soutien financier approprié) ;
• effectuer des examens par les pairs une fois que l’information
de la section sur la diversité biologique des forêts du
Troisième rapport national aura été analysée
et synthétisée.
Les ONG et les OPA ont suggéré également d’utiliser
les Systèmes d’information géographique (SIG - GIS)
pour l’analyse des rapports nationaux ; ceci est faisable et serait
efficace. Curieusement, l’expert de la Finlande n’a pas
estimé nécessaire d’analyser plus profondément
les rapports nationaux.
Le troisième et le quatrième jour ont été
consacrés à l’élaboration d’indicateurs
pour chacun des objectifs établis dans le Programme de travail,
ce qui a produit une matrice contenant les objectifs, les indicateurs
et les sources d’information.
En conclusion, l’AHTEG s’est acquitté d’une
quantité de tâches considérable. Il a examiné
de nombreux documents et publications concernant les rapports sur les
obligations en matière de forêts, et créé
une série d’indicateurs pour mesurer la mise en oeuvre
du Programme de travail de la CDB sur la diversité biologique
des forêts. Néanmoins, il a été évident
que certains experts étaient chargés de missions extrascientifiques
et qu’ils privilégiaient des questions ‘d’intérêt
national’ aux dépens de l’objectivité et du
bon sens.
Pour plus d’informations, visitez le site : www.biodiv.org.
Les
arbres et l’OMC : des cultures ou des forêts ?
Sandy Gauntlett, Pacific Indigenous Peoples Environment Coalition,
Aotearoa/Nouvelle-Zélande
La libéralisation du secteur forestier est réapparue en
tête de liste du programme de l’Organisation mondiale du
commerce, dans le cadre de l’accès aux marchés des
produits non agricoles (NAMA). Le Canada, Hong-Kong, la Chine, la Nouvelle-Zélande,
la Thaïlande et les États-Unis poussent ensemble pour la
libéralisation complète de ce secteur. Et complète
veut dire complète : tarif douanier zéro et, s’ils
en font à leur tête, pratiquement pas de ‘mesures
non tarifaires’ (ce qui impliquerait d’éliminer toute
une série de normes et de réglementations). Ces pays tombent
dans le ridicule d’affirmer que « la libéralisation
des tarifs augmenterait la valeur intrinsèque des forêts
et encouragerait une planification à long terme centrée
sur la durabilité, qui comporterait des avantages substantiels
pour le commerce, la société et l’environnement
». Or, quelles en seraient les conséquences pour les communautés
autochtones et locales ?
Il n’y a pas de doute, par exemple, que les monocultures agroforestières
à grande échelle ont déjà joué un
rôle dévastateur dans la marginalisation des peuples autochtones
d’Aotearoa/Nouvelle-Zélande. Avant la colonisation, Aotearoa
était boisée à 85%. Après 800 à 1000
ans de colonisation maori, le pays avait encore un couvert forestier
d’environ 60%. Pourtant, 150 années de colonisation européenne
ont suffi à faire tomber le couvert forestier à 23% et,
s’il reste encore à ce niveau-là, c’est surtout
parce que les lois le protègent.
D’une manière générale, les conséquences
sur le mode de vie des communautés maori ont été
dévastatrices, en partie parce que leurs rapports avec les forêts
en ont été modifiés et que leur régime alimentaire
a changé. Avant la colonisation européenne, les Maori
dépendaient aussi bien de la forêt que de la mer pour leur
nourriture quotidienne, qui incluait des oiseaux et des fruits de mer.
Après la colonisation, les gens ont commencé à
se déplacer en quête de travail vers les zones urbaines,
où les fruits de mer sont chers et où la plupart des oiseaux
sont protégés. Ainsi, leur alimentation traditionnelle
a été remplacée par des produits laitiers, qui
ont fait augmenter les taux d’obésité. Si l’on
ajoute à cela qu’un nombre disproportionné de Maori
travaillent avec des produits chimiques et des organochlorés
dans l’industrie du bois, on comprend que leur espérance
de vie soit inférieure de 8 à 10 ans à celle des
Européens.
Aux conséquences pour la santé s’ajoutent des effets
sur la société. Le déplacement de la population
de la forêt et l’urbanisation résultante ont eu un
coût considérable. Pour beaucoup de Maori, leur vie quotidienne
ne les met plus en contact avec la Marae, la zone de rencontre sacrée.
Certains perdent de ce fait leur sens d’appartenance et leur culture,
comme le prouvent les statistiques nationales. Les Maori, qui représentent
environ 15% de la population d’Aotearoa/Nouvelle-Zélande,
constituent 51% de la population des prisons et 80% des bandes impliquées
dans le trafic de drogues illégales et dans d’autres activités
délictueuses.
L’élimination des restrictions tarifaires sur tous les
produits de bois sans distinction laisserait les forêts naturelles
de tous les pays encore plus exposées au pillage que maintenant.
Cela devrait être évident pour tout fonctionnaire gouvernemental
familiarisé avec les négociations en matière de
forêts ; et pourtant, les nations riches (encouragées par
l’industrie du bois et en particulier par celles du groupe de
Santa Catalina) semblent disposées à ignorer cet effet
secondaire quand elles négocient avec l’OMC. Cela veut-il
dire que les forêts des autres pays ne les intéressent
pas ? Ou, pire encore, ont-elles l’intention de piller ces forêts-là
tout en protégeant, en théorie du moins, les leurs ?
En Nouvelle-Zélande, pays qui figure parmi les principaux défenseurs
de la libéralisation des produits forestiers, il est fortement
probable que l’on vise les produits fournis par les monocultures
d’arbres, et non ceux des forêts indigènes, dont
la plupart sont protégées par la loi. Pourtant, les pays
qui n’ont pas de vastes plantations d’arbres risquent d’avoir
des priorités tout à fait différentes. J’aimerais
donc suggérer que nous essayions de rompre l’unité
des pays qui proposent la libéralisation, en nous efforçant
d’obtenir une différenciation de leurs propositions.
Si les tarifs appliqués aux produits agroforestiers des plantations
étaient nettement distincts des tarifs appliqués aux produits
naturels, il serait beaucoup plus facile de sensibiliser le public à
ce sujet pour qu’il s’oppose à la libéralisation
des ressources des forêts naturelles. Les points sensibles à
l’heure actuelle et l’intérêt des ‘négociateurs’
des pays développés à préserver leurs carrières
politiques les pousseraient peut-être à abandonner (ou,
du moins, à bloquer) le volet forêts naturelles du projet.
L’inconvénient est que cela risquerait de mettre en fureur
les pays en développement qui ne possèdent pas de grandes
étendues agroforestières. Ils pourraient même le
voir comme une tentative des pays riches de faciliter l’accès
de leurs propres produits, au détriment des nations plus pauvres
qui dépendent de l’exportation des produits de leurs forêts
naturelles. Pourtant, toute division serait favorable, car elle nous
donnerait une chance de faire échouer le projet.
Nous voyons à l’OMC encore une négociation axée
sur le commerce qui encourage la colonisation à l’ancienne,
sans considérer les conséquences véritables qu’elle
aura pour les gens et pour l’environnement dont ils dépendent.
Pour éviter qu’elle réussisse, nous devrons appliquer
la même règle qu’eux : diviser pour régner.
Que personne ne s’y trompe, nous sommes engagés dans un
combat pour la survie de l’humanité dans toute sa diversité.
Pour plus d’informations visitez le site : http://www.wto.org.
Comptes
rendus d’autres réunions sur les forêts
...
et la pauvreté a gagné
Plus de 170 chefs d’État se sont réunis à
New York, du 14 au 16 septembre 2005, pour accélérer la
mise en oeuvre des huit objectifs du Millénaire fixés
en 2000 pour lutter contre la pauvreté. Malheureusement, ils
n’ont fait aucun progrès véritable, créant
ainsi une crise de confiance et compromettant encore plus l’ensemble
du processus.
Parmi les huit objectifs qu’il faudrait atteindre d’ici
à 2015 figurent réduire de moitié l’extrême
pauvreté et la faim, réaliser l’éducation
primaire universelle, réduire de deux tiers la mortalité
des enfants, inverser la tendance actuelle à la déperdition
des ressources environnementales et réduire de moitié
le nombre des personnes qui n’ont pas accès de façon
durable à de l’eau potable. La question des ressources
inclut la réduction de la déforestation, dont l’ONU
reconnaît l’importance capitale pour les paysans pauvres.
Pourtant, le nouveau représentant permanent des USA à
l’ONU, John Bolton, ainsi que d’autres représentants
de pays développés, ont réussi à diluer
tout ce qui aurait pu se traduire par une réduction des 230 milliards
de dollars qui sont transférés chaque année des
pays pauvres du Sud vers le Nord grâce aux remboursements des
dettes et à des modèles commerciaux exploiteurs.
Comme un ancien chef d’État l’a dit un jour : «
Nous avons déclaré la guerre à la pauvreté...
et la pauvreté a gagné ».
Pour plus d’informations visitez le site : www.ipsnews.net/news.asp?idnews=30311.
Saigner à blanc la Convention des pauvres
La septième Conférence des Parties à la Convention
de lutte contre la désertification a eu lieu du 17 au 28 octobre
à Nairobi, au Kenya. Malheureusement, cette réunion a
été la preuve parfaite que les leaders des pays les plus
riches du monde, lorsqu’ils se sont réunis en juillet en
Écosse pour le sommet du G-8 et au Sommet de la Terre de l’ONU
en septembre, n’avaient aucune intention véritable de combattre
la pauvreté ni l’augmentation de la misère. Leurs
discours grandiloquents n’étaient que paroles creuses.
Bien qu’il soit généralement reconnu que la Convention
de lutte contre la désertification est la plus susceptible de
répondre aux besoins des pauvres, les pays donateurs riches ont
refusé, une fois de plus, de fournir les ressources financières
nécessaires pour la mettre en oeuvre de façon efficace.
Ou nous devrions plutôt dire (en reprenant les paroles d’un
négociateur déçu) que les donateurs ont un intérêt
tout particulier à « saigner à blanc la convention
».
Cette attitude a encore une fois mis au point mort les discussions sur
la manière d’accélérer la mise en oeuvre
de la Convention. Les pays affectés n’en ont gardé
que peu d’espoir que la Convention devienne un jour un instrument
efficace pour enrayer la dégradation des forêts sèches
et des autres écosystèmes des zones arides dont les communautés
les plus pauvres ont désespérément besoin.
Pour plus d’informations visitez le site : http://www.unccd.int.
Nouvelles pressions pour rendre commercialisables
les valeurs de la forêt
La trente-neuvième session du Conseil international des bois
tropicaux a eu lieu du 7 au 12 novembre à Yokohama, au Japon.
Si les affaires courantes y ont été relativement bien
conduites, la réunion a été assombrie par l’avenir
incertain de l’Accord international sur les bois tropicaux, qui
prend fin le 31 décembre 2006. La réunion du CIBT a permis
des consultations informelles sur des questions importantes concernant
les négociations sur l’accord devant succéder à
l’AIBT.
La nouvelle poussée de certains pays pour inclure dans cet accord
les services environnementaux a été particulièrement
inquiétante. Beaucoup d’ONG et d’OPA s’y opposent,
car cette inclusion mènera à une plus forte marchandisation
des valeurs de la forêt, ce qui aura des conséquences adverses
pour les peuples autochtones et autres populations qui en dépendent
pour leur subsistance.
Pour plus d’informations visitez les sites : http://www.itto.or.jp
ou http://www.unctad.org.
Calendrier
de réunions sur les forêts
Vous trouverez des informations supplémentaires sur les rencontres
intergouvernementales sur le site : http://www.iisd.ca/linkages.
• La Conférence ministérielle sur l’application
des législations forestières et de la gouvernance en Europe
et en Asie du Nord aura lieu du 22 au 25 novembre à Saint-Pétersbourg,
Russie.
• La onzième réunion de l’Organe subsidiaire
chargé de fournir des avis scientifiques, technologiques et techniques
de la Convention sur la diversité biologique se tiendra du 28
novembre au 2 décembre à Montréal, Canada. Voir
aussi l’article de Vladimir Bocharnicov et Miguel Lovera. Pour
plus d’informations visitez le site : http://www.biodiv.org/meetings.
• La première réunion des parties au Protocole de
Kyoto et la onzième session de la Conférence des parties
à la Convention cadre sur le changement climatique aura lieu
du 28 novembre au 9 décembre à Montréal, Canada.
Voir aussi Ex Silvis par Miguel Lovera, et les articles d’Assitou
Ndinga et Rully Syumanda. Pour plus d’informations visitez le
site : http://unfccc.int.
• La sixième conférence ministérielle de
l’Organisation mondiale du commerce se tiendra du 13 au 18 décembre
à Hong-Kong. Voir aussi l’article de Sandy Gauntlett. Pour
plus d’informations, visitez le site : http://www.wto.org.
• La quatrième réunion du groupe de travail spécial
sur l’Article 8j (connaissances traditionnelles) de la Convention
sur la diversité biologique se tiendra du 23 au 27 janvier 2006
à Granada, en Espagne. Elle sera suivie par la quatrième
réunion du groupe de travail sur l’accès et le partage
des avantages, qui aura lieu du 30 janvier au 3 février. Ces
réunions incluront des négociations sur un régime
international en matière de biopiraterie. Pour plus d’informations
visitez le site : http://www.biodiv.org.
• La quatrième session de la Conférence de l’ONU
pour la négociation d’un accord devant succéder
à l’Accord international sur les bois tropicaux aura lieu
du 16 au 20 janvier 2006 à Genève, en Suisse. Pour plus
d’informations visitez le site : http://www.unctad.org.
• La sixième réunion du Forum de l’ONU sur
les forêts aura lieu du 13 au 24 février à New York,
États-Unis. Cette réunion visera à trouver des
réponses aux nombreuses questions encore non résolues
concernant l’avenir du FNUF. Pour davantage d’informations
visitez le site : http://www.un.org/esa/forests.
• La 8e Conférence des Parties à la Convention sur
la diversité biologique aura lieu du 20 au 31 mars 2006 à
Curitiba, au Brésil. Les débats porteront sur de nombreuses
questions, dont le régime international en matière de
biopiraterie, un rapport du groupe de travail pour l’évaluation
de la mise en oeuvre du programme forêts de la Convention, et
l’initiative ‘Business and the Biodiversity’. Pour
davantage d’informations visitez le site :
http://www.biodiv.org.
Cette lettre a été publiée
grâce au soutien financier de l’Institut néerlandais
de coopération. |