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Global Forest Coalition
N° 2 - Juin 2001 Contents:
Qu’est-ce que Forest Cover? Forest Cover, dont voici le deuxième numéro, est la lettre de la Coalition mondiale des forêts (CMF), créée par un groupe d’ONG et d’organisations de peuples autochtones (OPA), pour faciliter la participation avisée des ONG et des OPA aux réunions intergouvernementales sur les forêts. La Coalition mondiale des forêts favorisera également la mise en œuvre des résolutions prises lors de ces réunions intergouvernementales et tentera de s’assurer que les différents instruments et institutions sont cohérents les uns avec les autres. Forest Cover
paraît quatre fois par an. Elle présente les comptes-rendus des réunions
intergouvernementales importantes de différentes ONG et OPA, ainsi
qu’un calendrier des prochaines réunions. Les opinions qui y sont
exprimées ne reflètent pas nécessairement le point de vue de la Coalition
mondiale des forêts, de ses membres fondateurs ou de ses rédacteurs.
Nouvelle réunion du groupe d’experts sur les forêts de la CDB Max Ooft, membre du groupe d’experts et de l’organisation des peuples autochtones du Surinam (OIS) Présentation Le Groupe spécial d’experts techniques sur la biodiversité des forêts a été créé conformément à la décision V/4 prise lors de la Ve Conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique (CDB). Son but est d’aider l’organe subsidiaire chargé du conseil scientifique, technique et technologique (OSCSTT) dans son travail sur la biodiversité des forêts. La mission du groupe s’achèvera avec la remise d’un rapport à la 7e réunion de l’OSCSTT, qui se tiendra en novembre. Le Groupe spécial s’est réuni pour la première fois du 27 novembre au 1er décembre 2000 à Montréal, Canada (voir le compte-rendu de Gudrun Henne, dans le n° 1 de Forest Cover). Lors de cette réunion, il a été décidé de mettre une dernière main au document de référence, rédigé par le secrétariat de la CDB, avant la deuxième réunion du Groupe spécial. Les différents chapitres de ce document de référence ont été distribués aux membres du Groupe spécial et publiés sur le site Web de la CDB, pour faciliter une révision approfondie du texte et la transmission des commentaires. Un groupe de membres de la Coalition mondiale des forêts et d’autres ONG ont transmis leurs commentaires qui soulignent, entre autres, la nécessité d’une solide définition des forêts ayant l’appui de la Convention. Ils ont aussi fait remarquer la nécessité de traiter les causes réelles et fondamentales de la destruction des forêts, et en particulier le rôle des organismes de crédit à l’exportation. C’est la première fois que les documents de la CDB ont été officiellement soumis au public pour commentaires avant leur présentation aux organes de la CDB (à l’OSCSTT, en l’occurrence). GROUPE SPÉCIAL 2 La deuxième réunion du Groupe spécial d’experts techniques sur la diversité biologique s’est tenue à Édimbourg (Écosse), du 23 au 27 avril 2001, sous la présidence de Gordon Patterson, membre du ministère des forêts du Royaume-Uni. Ont participé en leur nom propre seize délégués gouvernementaux, quatre organisations intergouvernementales (OAA, Organisation internationale des bois tropicaux, Fonds vert, PNUE), quatre organisations non gouvernementales ou presque (Greenpeace, WWF, Centre pour la recherche internationale sur les forêts, UICN), une organisation de peuples autochtones (Organisation des peuples autochtones du Surinam – OIS), six membres du secrétariat de la CDB, deux observateurs (ministère de l’Agriculture et Institut de développement d’outre-mer des Pays-Bas) et un médiateur du Royaume-Uni. La réunion s’est déroulée dans une ambiance détendue et positive de respect mutuel. Le Groupe spécial a travaillé toute la semaine avec trois groupes de travail. Les thèmes abordés ont été les suivants : (1) analyse de la situation, évolution et recherche ; (2) marchandises et services, menaces, conservation et exploitation durables de la biodiversité des forêts ; (3) conditions nécessaires à la bonne application des recommandations. Une séance plénière quotidienne a été organisée pour évaluer l’état d’avancement des travaux. La réunion a décidé de présenter trois grands documents au 7eOSCSTT : 1. Rapport du Groupe spécial d’environ 15 pages, comprenant un résumé du document de référence, rédigé par le secrétariat de la CDB et distribué pour commentaires. 2. Ensemble des recommandations sur les trois thèmes abordés par le Groupe spécial. Ces recommandations doivent être organisées en fonction des buts, objectifs, activités, méthodes et moyens, acteurs et délais, et seront annexées au rapport. 3. Document de référence (publication de la CDB, sur papier couché, avec n° ISBN). Principaux travaux Chacun de ces trois documents doit encore être travaillé. Ainsi, le rapport du Groupe spécial n’était pas prêt à l’issue de la réunion, et seul le plan a été adopté. Celui-ci a d’ailleurs dû faire l’objet de discussions, puisque le dernier jour de la réunion, le secrétariat de la CDB en a présenté un autre, dans lequel les recommandations proposées n’étaient pas organisées d’une manière précise. Ce plan a été rejeté. Après une réunion chargée d’élaborer le rapport à la mi-juin, une deuxième version sera présentée pour commentaires, avant la fin juin. Les commentaires doivent être reçus avant la mi-juillet. L’élaboration et la mise au point du plan des recommandations se feront selon le même calendrier. Il convient de supprimer les répétitions et d’harmoniser les conclusions des différents groupes de travail. Il faut aussi combler certaines lacunes dans le plan des recommandations, concernant les méthodes et moyens, les activités spécifiques, les acteurs et les délais. Quant au document de référence, il sera présenté pour commentaires jusqu’à la fin mai, puis redistribué avant d’être approuvé par le Groupe spécial. Tous ces documents du Groupe spécial seront finalisés avant le 1er août. Suite à une présentation enthousiasmante de Gudrun Henne (Greenpeace) sur l’intérêt des mesures pour évaluer les progrès accomplis, il a été proposé de définir des objectifs pour le programme de travail de la CDB sur la biodiversité des forêts. Le groupe a ensuite convenu d’entamer les discussions sur la façon de définir ces objectifs. Questions fondamentales Plusieurs remarques importantes peuvent être faites sur la réunion du Groupe spécial : 1. L’approche de l’écosystème telle que décrite dans la décision V/6 de la Ve Conférence des parties a été vivement encouragée en tant que moyen de conservation et d’exploitation durables de la biodiversité des forêts. Cette approche est fondée sur les principes suivants : la gestion doit être décentralisée jusqu’au niveau local nécessaire ; la conservation de la structure et du fonctionnement de l’écosystème doit être une priorité ; il faut maintenir un bon équilibre entre la conservation et l’exploitation de la diversité biologique ; tous les acteurs-clés et les experts concernés doivent participer à la prise de décision. 2. La nécessité d’un environnement qui favorise la conservation de la biodiversité des forêts a été soulignée. Cela implique une réforme politique et législative, des mesures d’incitation économique, ainsi que l’information et la sensibilisation de la population. 3. L’importance des peuples autochtones et des communautés locales, à peine reconnue dans les documents de référence, a été soulignée dans une certaine mesure. Les questions abordées ont été les suivantes : les droits d’exploitation et de gestion des terres et des forêts par les peuples autochtones et les communautés locales ; l’aide au maintien des cultures indigènes ; une participation efficace à tous les niveaux ; la valeur du savoir traditionnel et le biopiratage. 4. Le groupe n’a pas longuement débattu sur les relations entre les forêts et le changement climatique, puisqu’il paraissait tout à fait évident que les opinions divergeaient. Il n’a pas non plus eu le temps d’aborder en détail la question des incendies de forêts et autres causes directes et fondamentales de la destruction et de la dégradation des forêts. Les recommandations sur ces questions sont relativement vagues et générales. 5. La question des zones protégées (ZP) n’a pas fait l’objet de longues discussions, car il est apparu que les recommandations du groupe en matière de conservation et d’exploitation durables s’appliquaient à toutes les forêts, situées ou non dans les ZP. Certaines mesures spécifiques ont toutefois été formulées. 6. Peu d’éléments d’information ont été relevés sur les activités envisagées ces dernières années par le forum des Nations Unies sur les forêts, et il reste beaucoup à faire pour harmoniser ce dernier ainsi que la CDB. Il en est de même pour d’autres procédures telles que la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la Convention de lutte contre la désertification. Le rapport du secrétariat sur le travail de la Commission intergouvernementale sur les forêts et du Forum intergouvernemental sur les forêts, en matière de biodiversité des forêts, n’a même pas été examiné. 7. Heureusement, la réunion ne s’est pas intéressée uniquement aux questions touchant l’exploitation des forêts. L’approche holistique, intersectorielle et pluridisciplinaire des forêts semble être généralement acceptée. 8. On espère que l’OSCSTT adoptera la même attitude. En cas contraire, de nombreuses questions importantes pourraient être abandonnées, puisqu’elles sont renvoyées à d’autres organes ou procédures dans lesquels elles ne sont pas non plus traitées correctement. Cela risque d’être plus particulièrement le cas pour les questions relatives aux peuples autochtones, aux communautés locales et à la nécessité d’un environnement dit " favorable ". Il est remarquable que le secrétariat tende déjà à renvoyer tout ce qui porte le nom d’autochtone au groupe de travail de la CDB sur l’article (8)j et articles connexes. À l’opposé, j’ai insisté sur le fait que les questions indigènes sont toutes liées et doivent être intégrées dans l’ensemble du travail de la CDB. Pour plus d’informations : http://www.biodiv.org. Forum des Nations Unies sur les forêts : il est temps d’agir Simone Lovera, Sobrevivencia-Paraguay/ Réseau international des Amis de la Terre Les plans de mise en œuvre de propositions Un plan d’action peut-il conduire à l’inaction ? Oui, c’est possible. Imaginez un groupe de plus de 50 gouvernements ayant des opinions assez diverses sur un concept appelé " gestion durable des forêts ". Imaginez que ce groupe soit parvenu, d’une façon ou d’une autre, à se mettre d’accord sur pas moins de 280 conclusions et propositions d’action, au terme d’un difficile processus de négociations d’au moins cinq ans, appelé Groupe et Forum intergouvernementaux sur les forêts (GIF/FIF). Cela semble une solide base d’action, n’est-ce pas ? Alors, qu’attendons-nous ? Eh bien, le problème, c’est qu’une de ces propositions d’action réclame un plan d’action. Ainsi, de nombreux gouvernements réunis pour débattre de l’avenir du Forum des Nations Unies sur les forêts (FNUF), du 12 au 16 février 2001, à New York, ont estimé qu’ils devaient attendre ce plan avant d’agir. Évidemment, on pourrait se demander ce qu’un plan d’action apporterait de plus aux 280 propositions d’action. À la confusion s’ajoute l’incertitude sur ce que signifie réellement ce " plan d’action ", mentionné dans la résolution ECOSOC créant le FNUF. Éléments, questions et priorités Heureusement, les ONG, certains gouvernements et même le secrétariat du FNUF tentent de définir quelques orientations au milieu de cette confusion. Dans différents avant-projets et propositions rédigés pour la première réunion du FNUF qui se tiendra du 11 au 22 juin, à New York, plusieurs ébauches de plan d’action sont proposées. Toutefois, comme le secrétariat le fait remarquer, chaque pays voudra donner la priorité à ses propres propositions d’action, éléments de programmation et questions connexes. Il admet cependant que chaque pays voudra aussi donner la priorité à d’autres propositions. Ainsi, quand bien même le FNUF 1 parvenait à convenir de ce qu’est un plan d’action, il faudrait une nouvelle série de difficiles négociations pour décider de priorités globales. Dans le pire des cas, le plan d’action ne sera pas établi avant le dernier jour (ou même le lendemain matin) de la deuxième réunion du FNUF, en 2002, date limite pour la mise au point d’un plan d’action. Cela signifie que la proposition d’un plan d’action aura abouti, à elle seule, à deux ans et demi d’inaction. Les sujets qui nous plaisent et ceux qui nous déplaisent… Nous sommes évidemment tous très heureux et impressionnés du fait que le FNUF parle enfin d’action. " Mise en œuvre " et " action " ont certainement été les mots les plus souvent prononcés lors de la réunion d’organisation de février. Cependant, cette ambiance propice à l’action a été gâchée par une autre expression souvent répétée : " définition des politiques ". À quoi aboutira cette " définition des politiques " ? À 200 ou 300 autres propositions d’action ? Aussi prometteur que puisse paraître le programme de travail pluriannuel, prévoyant des débats avec les ministères et les acteurs-clés et des réunions de groupes d’experts sur des sujets tels que les incendies de forêts, les zones protégées, la consommation, l’exploitation des forêts communautaires et autres sujets que nous connaissons tous et qui nous provoquent des cauchemars1, nous devons garder à l’esprit que parler ne signifie pas forcément agir, et encore moins si les conclusions du débat font partie de 500 autres propositions d’action à intégrer dans un autre plan d’action, avant d’être mises en œuvre. De l’action et de la discipline Alors, y a-t-il un espoir au milieu de cette confusion ? Une lueur. Si les gouvernements tiennent les promesses d’action qu’ils ont faites lors du FNUF 0, ils devraient donner la priorité à la première mission du FNUF : favoriser la mise en œuvre. Ce principe devrait servir de cadre pour les autres tâches du FNUF, y compris pour la définition des politiques. De cette façon, le FNUF pourrait même devenir un organe des Nations Unies relativement innovateur. Cependant, une telle démarche implique l’obligation de ne pas soulever de questions qui pourraient conduire à une renégociation des propositions d’action existantes, ou pire encore, à la présentation de nouvelles. Elle suppose plus particulièrement de convenir cette année d’un plan d’action concis exposant les méthodes pour favoriser la mise en œuvre, les moyens financiers et institutionnels et les calendriers d’action, plutôt qu’une nouvelle liste de " ce que nous aimerions faire si un jour, nous agissions ensemble ". Pour plus d’informations : http://www.un.org/esa/sustdev/forests. La CDB se penche sur les effets du changement climatique Sandy Gauntlett, Institut international de recherche et d’études maories et autochtones, Aotearoa (Nouvelle-Zélande) L’organe subsidiaire chargé du conseil scientifique, technique et technologique (OSCSTT) de la Convention sur la diversité biologique (CDB), qui s’est réuni du 12 au 16 mars à Montréal, a pris quelques décisions historiques relatives aux effets du changement climatique sur la diversité biologique et sur les rapports symbiotiques entre les deux. Dans le brouillard d’un discours aux Nations Unies, l’OSCSTT a prôné la coopération avec la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, en raison de la nécessité urgente de limiter la perte de la diversité biologique due au réchauffement de la planète. Il a fait remarquer que le changement climatique causait déjà le blanchissement des coraux –question capitale pour la survie de centaines de milliers de personnes, puisque la dégradation des conditions de vie des atolls de corail et de leurs habitants, même en raison d’une légère élévation de la température de la mer, peut être dévastatrice. Sans les récifs de corail qui les protègent des tempêtes, la plupart de ces atolls seront submergés en peu de temps. L’OSCSTT n’a pas abordé le problème des réfugiés que provoquerait la destruction du corail induite par le changement climatique, bien que le Forum des peuples autochtones, à la VIe Conférence des parties sur les changements climatiques de la Haye ait déjà réclamé la reconnaissance de la catégorie de réfugiés de catastrophes naturelles dues aux émissions excessives des pays développés. Cependant, reconnaître le blanchissement des coraux entraîne implicitement de mettre la question à l’ordre du jour des prochains forums. L’OSCSTT a également reconnu que le changement climatique et la perte de la diversité biologique peuvent influer l’un sur l’autre. Il a insisté sur le fait que les efforts d’atténuation du changement climatique peuvent occasionner la perte de la diversité biologique qui, à son tour, peut accentuer le changement climatique. Après avoir reconnu que la perte de la diversité biologique ne s’est pas produite par hasard, l’OSCSTT à invité les autres forums et organisations scientifiques ou des Nations Unies à déployer leurs efforts de conservation et de préservation de l’environnement dans une démarche plus holistique et respectueuse de l’écosystème. Il a également déclaré que la CDB et la CCNUCC devraient commencer à travailler en plus étroite collaboration, et a formellement demandé au Groupe intergouvernemental sur les changements climatiques de nommer des experts qui rejoindraient le groupe d’experts mixte chargé de cette question, et d’entreprendre plus d’actions en commun. Accueillant favorablement ces propositions, plusieurs ONG et OPI ont fait remarquer que c’était précisément cette démarche que la société civile préconisait depuis longtemps. Miguel Lovera, coordinateur de la Coalition mondiale des forêts a souligné qu’il s’agissait maintenant pour les nouveaux organismes tels que le Forum des Nations Unies sur les forêts, de se joindre à cet esprit de collaboration et d’étudier les implications de ses propres recommandations sur la perte de la diversité biologique et sur le changement climatique. " Cela pourrait bien signifier que le FNUF doit adopter une démarche plus prospective qu’il ne le fait dans les discussions sur le bois, et reconnaître officiellement qu’il y a une grande différence entre les forêts naturelles et la sylviculture " a-t-il ajouté. La conférence de l’OSCSTT a été suivie d’une autre réunion importante sur les forêts et leurs habitants : le Groupe sur l’accès et le partage des bénéfices de la Convention sur la diversité biologique. Une des principales questions qui a toujours inquiété les peuples autochtones est la préservation du savoir traditionnel de toute utilisation étrangère. La plupart des peuples autochtones considèrent cette exploitation comme une entreprise colonisatrice. Si nous souhaitons réellement partager les trésors de la planète, y compris le savoir, nous devons démontrer notre volonté d’interdire les brevets sur le vivant, de partager les avantages et les inconvénients associés à l’utilisation des ressources naturelles que les peuples autochtones considèrent comme leur patrimoine, et de voir le monde que nous habitons comme un trésor naturel qui nous donne vie et nourriture, et non comme une énorme mine à exploiter. Une démarche respectueuse de l’écosystème, pour tenter de remédier à la perte de la diversité biologique et au changement climatique, s’avère clairement nécessaire. Tous les peuples autochtones à travers le monde doivent supporter les effets les plus lourds du changement climatique. Nous surveillerons donc de près les résultats de forums tels que le FNUF, pour apprécier la volonté réelle des différents gouvernements d’entreprendre des changements positifs. Seule une action concrète a quelque chance de nous convaincre que le monde extérieur a assez grandi pour avoir le droit d’accéder un peu plus à notre savoir. En tant que peuples autochtones, nous devons prouver à nos aînés que nous avons acquis le droit d’accéder à ce savoir. C’est le moins que nos pouvons attendre des personnes avec qui nous partageons notre monde. Pour plus d’informations : http://www.biodiv.org Ex silvis de Jan Pronk: Jusqu’où ira-t-on? Miguel Lovera, coordinateur de la CMF En avril, M. le ministre Jan Pronk, président de la VIe Conférence des parties de la Convention-cadre sur les changements climatiques, a lancé une nouvelle proposition pour tenter d’ouvrir la voie vers un accord, à la deuxième séance de cette conférence, en juillet. Le principal objectif de cette proposition était de convaincre le président des Etats-Unis, Georges Bush, de revenir sur sa décision de rejeter le protocole de Kyoto. Pour la plupart des honnêtes hommes, ce geste est totalement servile. Le refus du protocole de Kyoto par le gouvernement américain, au motif qu’il est contraire aux " intérêts économiques " de l’industrie pétrolière des États-Unis, fait de ce pays un danger public, puisque la défense de ces intérêts sème la mort et la destruction sur la planète. Pronk fait parfaitement le jeu des États-Unis. En fait, il remet à l’ordre du jour un certain nombre de questions qui avaient été résolues. Il est vrai que Pronk prend en compte un certain nombre des principes directeurs établis par le G-77 sur l’exploitation des terres et des forêts, pour " atténuer " le changement climatique. Ces principes exigent des arguments scientifiques solides, des calculs fiables et des contrôles menés par des équipes d’experts. Ils réclament aussi que les changements " induits par l’homme " dans la biosphère et ayant des effets sur le climat soient considérés séparément des changements " naturels ", alors que nous savons tous que cela est impossible. En outre, ils préconisent que le protocole de Kyoto soit conforme à la Convention sur la diversité biologique. Ces principes rappellent également l’objectif de Kyoto : réduire les émissions des pays industrialisés de cinq pour cent. Cependant, la proposition de Pronk permettrait aux pays industrialisés de réclamer d’énormes quantités de " crédits climat " pour les activités exercées sur leurs terres et leurs forêts. La seule activité qui, selon lui, ne doit pas bénéficier de crédits est la production de fromages ! Il pense peut-être ainsi que la proposition sera " impartiale ". Selon sa proposition, un pays industrialisé pourrait donc prétendre " compenser " sa consommation de combustible fossile en déclarant tout simplement qu’il améliore sa " gestion des forêts ". Ainsi, il suffirait de construire quelques tours de guet dans les forêts ou d’acheter quelques Jeeps et d’embaucher quelques gardes forestiers supplémentaires, pour que n’importe quel pays figurant en Annexe I puisse déclarer qu’il n’est plus tenu de réduire ses émissions industrielles. Telle est la plus grande menace qui pèse sur le protocole de Kyoto. Les gouvernements et les organismes qui auront quelque intérêt à profiter de cette faiblesse de la proposition de Pronk ne manqueront pas de le faire rapidement. Une des principales sources de problème est la définition des " forêts " avancée par l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (OAA). Selon l’OAA, une forêt est une terre plantée d’arbres, que les essences soient exotiques, rares ou transgéniques. La reforestation à l’échelle industrielle sera donc présentée, à coup sûr, comme une " solution au changement climatique ", même si elle détourne l’attention du véritable problème. Étant donné le poids de cette définition des forêts élaborée par l’OAA, il est difficile de ne pas être pessimiste. Après tout, même la Convention sur la diversité biologique semble être d’accord avec cette définition. La situation est grave, puisque toutes les possibilités d’opposition à cette définition et les actions en conséquence s’appuyaient précisément sur ce forum. À la première réunion du Groupe spécial d’experts techniques de la CDB, la terminologie de l’OAA a même été adoptée comme définition de travail, malgré l’opposition des représentants des ONG présents ! Le Forum des Nations Unies sur les forêts (FNUF) semble fait pour rendre la situation encore plus difficile. L’un des prédécesseurs du FNUF, le Groupe intergouvernemental sur les forêts (GIF) était parvenu, après bien des efforts, à ébranler l’autorité de la CDB en matière de forêts, et en fin de compte, à formuler quelques recommandations valables. Malheureusement, le Forum intergouvernemental sur les forêts (FIF), qui lui a succédé au GIF, a fait ce que Philippe II avec l’empire espagnol : s’asseoir dessus et le regarder s’effondrer. Ainsi, M. Pronk nous rend la vie -ou pour être moins pessimiste- le travail, encore plus difficile. Il est inquiétant que jusqu’à présent nous n’ayons constaté que des tentatives pour affaiblir le protocole de Kyoto et libérer les pays figurant en Annexe I de leurs engagements. Si le " IIe Plan Pronk " n’est qu’un signe de ce qui nous attend, cela risque d’aller encore bien loin... Comptes-rendus des autres réunions sur les forêts Établissement de partenariats sur les forêts Le partenariat sur les forêts, successeur direct du Groupe de travail interinstitutionnel sur les forêts (GTIF), qui assistait le Groupe intergouvernemental et le Forum sur les forêts depuis 1995, a été officiellement créé les 4 et 5 avril, à Rome, Italie. Pour le moment, ce partenariat réunit les huit institutions qui formaient le GTIF (le secrétariat de la CDB, l’OAA, la Banque mondiale, le PNUD, le Centre pour la recherche internationale sur les forêts, Le PNUE, le département des Nations Unies chargé des affaires économiques et sociales, et l’Organisation internationale des bois tropicaux. Quelques autres secrétariats de convention (du climat et de la désertification, par exemple) et autres institutions (Fonds vert) ont également été invités à rejoindre ce partenariat. Pour plus d’informations : http://www.un.org/esa/sustdev/forests. Faiblesse de la CDD face au rejet de Kyoto par le président Bush Les observateurs qui avaient espéré que la 15e commémoration annuelle de la catastrophe de Tchernobyl, le 26 avril, pourrait conduire à un rejet catégorique de l’énergie nucléaire, par un institut qui se fait appeler Commission pour le développement durable, se sont trompés. La IXe réunion de la CDD, qui s’est tenue du 16 au 28 avril, à New York, a présenté une déclaration étonnamment mitigée sur les risques écologiques et sociaux de l’énergie nucléaire. Par ailleurs, la CDD n’a émis aucune déclaration claire et précise sur une autre question brûlante : l’annonce récemment faite par le gouvernement Bush, qu’il ne ratifierait pas le protocole de Kyoto. N’ayant recueilli aucun consensus (en raison de la présence des États-Unis), la CDD n’a pu convenir que d’une déclaration mitigée selon laquelle elle " constatait les négociations en cours dans le cadre du protocole de Kyoto ". Aucune référence ou presque n’a été faite sur l’importance du bois de chauffage en tant que principale source d’énergie dans les zones rurales pauvres et sur la nécessité d’une gestion durable des forêts, à cette fin. De manière générale, cette réunion de la CDD a semblé la plus décevante de toutes ; les 500 participants ont eu le sentiment que la CDD nécessitait de profondes réformes, voire sa clôture, au Sommet de Rio +10. Pour plus d’informations, visiter le site http://www.un.org/esa/sustdev/csd9/ Bonne réunion préparatoire du Sommet de Rio +10 Malgré les frustrations créées par la IXe réunion de la CDD, la Xe réunion servant de première réunion préparatoire au Sommet mondial de Rio +10 sur le développement durable, s’est très bien déroulée. Mais par la suite, la réunion qui s’est tenue du 30 avril au 2 mai, à New York, n’a pas débattu des questions réellement importantes. Il a été décidé que l’ordre du jour du sommet se fonderait sur les réunions préparatoires régionales qui se tiendraient d’ici janvier 2002. Les principales décisions de la première réunion préparatoire ont concerné des questions formelles telles que les lieux et dates des trois prochaines réunions préparatoires et du sommet lui-même, l’aide à apporter aux préparatifs du sommet sur le plan national et régional, et les procédures de participation des ONG, qui se dérouleront de manière relativement progressive. La procédure sera plus sophistiquée pour accréditer les ONG et OPI qui ne l’auront pas encore été par le Conseil économique et social des Nations Unies. Il y aura également plusieurs types de dialogues entre acteurs-clés et autres procédures de participation. Pour plus d’informations, visitez le site http://www.johannesburgsummit.org Calendrier des réunions sur les forêts (consultez également le site http://www.iisd.ca/linkages) **Première réunion fondamentale du Forum des Nations Unies sur les forêts, 11 – 22 juin 2001, New York, États-Unis. Cette réunion devra convenir d’un programme de travail pluriannuel, d’un plan d’action pour le FNUF, ainsi que de la structure et des modalités de travail de ce forum. Pour plus d’informations : http://www.un.org/esa/sustdev/forests. **Réunion des organes subsidiaires de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et de la VIe Conférence des parties, 16 - 27 juillet 2001, Bonn, Allemagne. Cette réunion tentera de parvenir à un accord sur les nombreuses questions capitales du protocole de Kyoto, y compris sur le rôle de l’exploitation des terres, les changements opérés dans ce domaine et les activités forestières. Bien que les États-Unis aient annoncé qu’ils ne ratifieraient en aucun cas le protocole de Kyoto, ils envisagent de participer aux négociations. Voir aussi l’article de Miguel Lovera, plus haut. Pour plus d’informations : http://www.unfccc.int Cinquième réunion de la Conférence des parties de la Convention de lutte contre la désertification, 17 - 28 septembre 2001, Bonn, Allemagne. Pour plus d’informations : http://www.unccd.int **Septième Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, 29 octobre - 9 novembre 2001, Marrakech, Maroc. En raison du climat politique d’incertitude qui règne autour du protocole de Kyoto, l’ordre du jour de cette réunion est encore totalement inconnu. Pour plus d’informations : http://www.unfccc.int **Septième réunion de l’organe subsidiaire chargé du conseil scientifique, technique et technologique de la Convention sur la diversité biologique, 12 - 16 novembre 2001, Montréal, Canada. La biodiversité des forêts sera le principal sujet de cette réunion. Voir aussi le compte-rendu de Max Ooft, plus haut. Pour plus d’informations : http://www.biodiv.org. Seconde réunion préparatoire du Sommet mondial sur le développement durable, 28 janvier – 8 février 2002, New York. Les principales questions à l’ordre du jour de ce sommet seront les conclusions des réunions préparatoires régionales ; elles porteront certainement sur la gestion mondiale de l’environnement, les effets de la mondialisation et la réduction de la pauvreté. Pour plus d’informations : www.johannesburgsummit.org (** Réunions pour lesquelles la CMF peut probablement faciliter la participation des ONG/OPI) Cette lettre a été publiée avec le soutien de la direction britannique de coopération internationale et de l’institut néerlandais de coopération. Comité de rédaction :
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