Climate Change

 

Maintenant la justice climatique !

Une réunion internationale a eu lieu début octobre à Durban, Afrique du Sud, à laquelle ont participé les représentants de diverses organisations du monde, dans le but de discuter d’alternatives réelles au changement climatique.

Cette rencontre a abouti à la rédaction de deux déclarations:
- APPEL A L’ACTION POPULAIRE CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE
- DECLARATION DE DURBAN SUR LE COMMERCE DU CARBONE

qui visent à promouvoir un mouvement mondial des peuples du Nord et du Sud pour la défense du climat de la planète.

Ceux qui souhaiteront manifester leur adhésion à ces déclarations pourront envoyer leurs coordonnées (nom, organisation et pays) à l’adresse électronique suivante : info@fern.org

MAINTENANT LA JUSTICE CLIMATIQUE !
APPEL A L’ACTION POPULAIRE CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE

Les représentants d’organisations et de mouvements populaires de divers endroits du monde se sont réunis à Durban, Afrique du Sud, du 4 au 7 octobre 2004, pour discuter de moyens réalistes de s’attaquer au changement climatique. De cette rencontre est issu le présent appel pour un mouvement mondial de base contre le changement climatique.

Il y a douze ans, les gouvernements ont sérieusement pris note du problème du réchauffement mondial et ont convenu de l’aborder. Ils ont signé et ratifié la Convention sur le Changement climatique. Cinq années plus tard, ils ont convenu du Protocole de Kyoto, destiné à établir des engagements concrets de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans les pays du Nord. Ce protocole n’est pas encore entré en vigueur. ( Le Protocole de Kyoto est censé entrer en vigueur cette année.

Les réductions des émissions fixées pour les pays industrialisées n’étaient que de 5,2% par rapport aux niveaux de 1990, ce qui, pour la plupart des scientifiques, est tout à fait insuffisant pour effectivement enrayer le réchauffement de la planète. Or cet objectif, tout insuffisant qu’il est, est encore contourné grâce à des plans tels que le commerce du carbone ou l’établissement de « puits » de carbone (par exemple, par la plantation de monocultures d’arbres, surtout dans le Sud). Ces plans sont adoptés par les mêmes entités qui détruisent aujourd’hui la Terre. Et pendant ce temps, la destruction des véritables réservoirs de carbone que sont les forêts indigènes se poursuit toujours avec autant d’intensité, augmentant encore la libération de gaz à effet de serre.

C’est la raison pour laquelle le Groupe de Durban appelle les militants et les organisations de base du monde entier à exiger des actions réelles contre le changement climatique.

Parmi les communautés affectées de manière disproportionnée par le changement climatique et par les fausses « solutions » proposées par le Protocole de Kyoto (dont les projets de puits de carbone et la poursuite de la prospection, l’extraction et le brûlage de combustibles fossiles) figurent autant les petits États insulaires, dont l’existence elle-même est menacée, que les peuples autochtones, les pauvres et les marginalisés, et surtout les femmes, les enfants et les vieillards du monde entier.

Les gouvernements et les institutions financières internationales telles que la Banque mondiale refusent d’obliger les entreprises à éliminer progressivement l’utilisation de combustibles fossiles. Ce refus encourage dans les faits une utilisation accrue des réserves de plus en plus limitées de ces combustibles, provoque la multiplication des conflits militaires et augmente les injustices sociales et environnementales.

De la même manière que des mouvements populaires se soulèvent à présent, partout au monde, contre la privatisation de l’eau et de la biodiversité, nous devons nous insurger contre la privatisation de l’air qu’implique la création d’un « marché du carbone » massif.

Pour éviter la crise climatique, une réduction radicale de l’utilisation de combustibles fossiles et de l’investissement dans ce domaine est incontournable, comme l’est la protection des forêts indigènes qui restent. L’actuelle approche erronée des négociations internationales doit se heurter à la participation active d’un mouvement mondial des peuples du Nord et du Sud qui veulent reprendre le climat en main.

Nous appelons donc les militants, les organisations et les communautés à signer la déclaration issue de la réunion de Durban et à rejoindre ce mouvement mondial grandissant.

Pour signer la déclaration « Maintenant la justice climatique ! » adressez un message électronique à info@fern.org ou visitez le site : http://www.sinkswatch.org

MAINTENANT LA JUSTICE CLIMATIQUE !
DECLARATION DE DURBAN SUR LE COMMERCE DU CARBONE

En tant que représentants des mouvements populaires et des organisations indépendantes, nous rejetons l’affirmation que le commerce du carbone évitera la crise climatique. La cause principale de cette crise n’est autre que l’extraction de combustibles fossiles et la libération dans les océans, l’air, le sol et les êtres vivants du carbone qu’ils contiennent. La combustion excessive d’hydrocarbures menace maintenant la capacité de la Terre à maintenir un climat tolérable.

Les gouvernements, les agences de crédit à l’exportation, les entreprises et les institutions financières internationales continuent de soutenir et de financer la prospection et l’extraction de combustibles fossiles, ainsi que d’autres activités qui aggravent le réchauffement de la planète, telles que la dégradation et la destruction massive des forêts. En revanche, ils ne consacrent que des sommes symboliques aux énergies renouvelables. Dans ce sens, il est particulièrement inquiétant que la Banque mondiale ait récemment défié les recommandations de sa propre Évaluation des Industries extractives, qui l’exhorte à cesser de financer l’extraction de charbon, de pétrole et de gaz.

Nous dénonçons les retards supplémentaires dans la suppression de l’extraction d’hydrocarbures que provoquent les tentatives des entreprises, des gouvernements et des Nations unies de bâtir un « marché du carbone » qui inclut la commercialisation de « puits de carbone ».

L’histoire a été témoin de tentatives de commercialisation de la terre, de la nourriture, du travail, des forêts, de l’eau, des gènes et des idées. Le commerce du carbone s’inscrit dans la même ligne lorsqu’il tente de transformer la capacité de recyclage du carbone de la planète en un produit à vendre et à acheter sur le marché mondial. Ce processus de création d’un nouveau produit – le carbone – livre à ceux qui détruisent le climat la capacité de la Terre de maintenir un climat propice à la vie et aux sociétés humaines.

La population du monde doit prendre connaissance de cette initiative de privatisation et de commercialisation et intervenir activement pour assurer la protection du climat de la Terre.

Le commerce du carbone ne contribuera pas à protéger le climat de la Terre. Il s’agit d’une fausse solution qui creuse et élargit les inégalités sociales, et ce de plusieurs manières :

- Le marché du carbone crée des droits transmissibles permettant de déverser dans l’air, les océans, le sol et la végétation des volumes de carbone qui dépassent de loin la capacité d’absorption de ces systèmes. Ces droits, équivalant à des milliards de dollars, seront octroyés à titre gracieux aux plus grands émetteurs de gaz à effet de serre des secteurs de l’électricité, du fer et de l’acier, du ciment, de la pâte et du papier et à d’autres encore dans les nations industrialisées, qui ont provoqué la crise du climat et qui exploitent déjà au maximum les systèmes mentionnés. En revanche, le coût de la réduction future de l’utilisation de combustibles fossiles retombera probablement de manière disproportionnée sur le secteur public, sur les communautés, sur les populations autochtones et sur les contribuables.

- Le Mécanisme de Développement propre du Protocole de Kyoto (MDP) et de nombreux projets commerciaux du secteur privé encouragent les pays industrialisés et leurs entreprises à financer ou à créer des dépotoirs de carbone bon marché, tels que les grandes plantations d’arbres dans le Sud, comme une alternative lucrative à la réduction des émissions dans le Nord. D’autres projets du MDP, tels que celui de la réduction des hydrochlorofluocarbures (HCFC), concernent des technologies « en fin de cycle » et ne contribuent donc absolument pas à réduire les impacts de l’industrie des combustibles fossiles sur les communautés locales. De surcroît, ils l’emportent sur le faible volume des projets d’énergies renouvelables qui constituent la façade de développement durable du MDP.

- Les impacts de l’industrie des combustibles fossiles et de toutes celles qui produisent des gaz à effet de serre, que ce soient les déplacements, la pollution ou les changements climatiques, se font déjà sentir de manière disproportionnée dans les petits États insulaires et chez les habitants des côtes, les peuples autochtones, les communautés locales, les pêcheurs, les femmes, les jeunes, les pauvres, les vieillards et les populations marginalisées. Or, les projets du MDP intensifient ces impacts de plusieurs manières. Premièrement, ils autorisent de continuer à prospecter, à extraire, à raffiner et à brûler des combustibles fossiles. Deuxièmement, en apportant du financement à des projets du secteur privé tels que la plantation industrielle d’arbres, ils permettent que les industries du Nord s’approprient la terre, l’air et l’eau qui soutiennent la vie et la subsistance des populations locales, pour les transformer en de nouveaux dépotoirs de carbone.

- Le refus d’éliminer progressivement l’utilisation de charbon, de pétrole et de gaz, que le commerce du carbone ne fait que renforcer, provoque de plus en plus de conflits militaires partout dans le monde et aggrave ainsi les injustices environnementales et sociales. À leur tour, ces conflits détournent vers les budgets militaires de grandes sommes qui, autrement, pourraient être utilisées à favoriser des économies fondées sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

À ces injustices s’ajoute le fait que les faiblesses et les contradictions intérieures du commerce du carbone risquent fort d’empirer le réchauffement de la planète, plutôt que de l’atténuer. Par exemple, il n’est pas possible de vérifier que les projets MDP « neutralisent » un volume donné de combustibles fossiles extraits et brûlés. En affirmant le contraire, on crée de plus en plus l’illusion dangereuse que les modèles de production et de consommation, ceux du Nord surtout, peuvent être maintenus sans porter atteinte au climat.

D’autre part, le problème de la vérification et l’absence d’une réglementation crédible font que personne ne sache exactement ce qu’il achète dans le marché du MDP. En l’absence d’un produit concret, le marché du MDP et d’autres projets commerciaux semblables du secteur privé ne sont qu’une perte de temps au moment où le monde est confronté à une crise climatique grave.

La Banque mondiale tombe dans une contradiction absurde lorsqu’elle facilite ces approches commerciales et fausses du changement climatique par le Fonds prototype pour le Carbone, le Fonds Biocarbone et le Fonds Carbone de Développement communautaire, et favorise en même temps, à une échelle bien plus large, la poursuite de la prospection, l’extraction et le brûlage de combustibles fossiles, dont la plupart sont destinés à augmenter les émissions du Nord.

En conclusion, « établir le prix du carbone » ne sera pas plus efficace, plus démocratique ni plus favorable au bien-être humain que d’établir le prix des gènes, des forêts, de la biodiversité ou des rivières propres.

Nous réaffirmons que la réduction drastique des émissions provoquées par l’utilisation de combustibles fossiles est une condition préalable pour éviter la crise du climat. Nous affirmons notre responsabilité vis-à-vis des générations futures de chercher des solutions réelles qui soient viables et véritablement durables, et qui ne sacrifient pas les communautés marginalisées.

Nous nous engageons donc à appuyer la construction d’un mouvement mondial de base pour la justice climatique, à mobiliser les communautés du monde, et à nous déclarer solidaires de ceux qui s’opposent au commerce du carbone sur le terrain.

Signé le 10 octobre 2004
Glenmore Centre, Durban, Afrique du Sud

SIGNATAIRES DE LA RÉUNION DE DURBAN

Indigenous Environmental Network
Carbon Trade Watch
Coecoceiba-Amigos de la Tierra, Costa Rica
CORE Centre for Organisation Research & Education, Manipur, India
Delhi Forum, India
FERN
FASE-ES, Brazil
Global Justice Ecology Project, USA
National Forum of Forest People And Forest workers (NFFPFW), India
Patrick Bond, Professor, University of KwaZulu Natal School of Development Studies, South Africa
SinksWatch, UK
O Le Siosiomaga Society, Samoa
Sustainable Energy & Economy Network, USA
The Corner House, UK
World Rainforest Movement

Pour signer cette déclaration adressez un courrier électronique à : info@fern.org ou visitez le site http://www.sinkswatch.org

La liste actualisée des adhérents à la déclaration figure sur http://www.sinkswatch.org

 

 

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