Bulletin du WRM

 

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Numéro 103 - Février 2006


AMERIQUE DU SUD

LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

Argentine - Chili : un jeune Mapuche opposé à l'avancée des entreprises forestières a demandé l'asile politique

Le 6 décembre, Pascual Pichún Collonao, âgé de 23 ans, membre de la communauté Antonio Ñirripil (située dans le secteur Temulemu de la commune de Traiguén, dans le Sud du Chili), a demandé formellement l’asile politique en Argentine. Ce jeune homme vivait dans la clandestinité depuis novembre 2003, date à laquelle son frère Rafael et lui avaient décidé de ne pas se présenter au tribunal qui, du fait qu’ils ne pouvaient pas payer l’amende qu’il leur avait imposée, leur avait refusé le droit à la liberté surveillée. Les deux frères avaient été condamnés à cinq années de prison pour l’incendie d’un camion de Forestal Mininco, en mars 2002. À l’heure actuelle, Rafael purge sa peine dans la prison de Traiguén, après avoir été arrêté en juillet 2005.

« Nous sommes des Mapuche, enfants de la terre, et c’est pour cela que nous l’avons toujours défendue. Depuis 1998, notre communauté a défendu sans fléchir notre territoire ancestral, face à l’avancée des entreprises forestières, et nous avons dénoncé les graves préjudices que provoquent les plantations industrielles ; nous avons utilisé tous les espaces publics pour faire sentir notre mécontentement », affirment le lonko (autorité traditionnelle communautaire) Pascual Pichún Paillalao et son fils Rafael dans une lettre qu’ils ont envoyée au secrétariat du Comité d’éligibilité pour le statut de réfugié, à Buenos Aires, en appui de la pétition du jeune Pascual. « Ceci a provoqué une campagne interminable de persécution judiciaire et politique contre notre famille, et contre d’autres membres de notre communauté, constituée par près de 80 familles paysannes d’humble origine. »

En avril 2004, le lonko Pichún Paillalao, père du pétitionnaire, et son pair Aniceto Norín, lonko de la communauté voisine de Didaico, ont été condamnés à 5 ans de prison pour le délit de « menace terroriste ».

« Notre lutte est celle d’un peuple pour ses droits, c’est la lutte d’une communauté pour le bien de ses membres, pour la défense de notre culture, de notre langue, pour la médecine traditionnelle qui vit dans nos forêts, et pour l’eau, qui manque aujourd’hui comme jamais auparavant », expliquent Pichún Paillalao et son fils. « Cela constitue peut-être un acte de ‘terrorisme’, mais nous avons la conviction qu’il s’agit d’une lutte légitime et que nous ne représentons en aucun cas un ‘danger pour la société’, comme ont dit le gouvernement chilien et les tribunaux, qui nous ont condamnés pour cette raison, injustement et par des procès d’un racisme honteux. »

D’après Juan Pichún Collonao, porte-parole de la communauté d’Antonio Ñirripil, « la monoculture du pin et de l’eucalyptus provoque l’assèchement des étangs et des ruisseaux ; il est donc difficile que les gens puissent continuer à y vivre. D’autre part, l’air est contaminé par la fumigation (aérienne) avec des produits chimiques, pour que la production soit plus rapide, et aussi par la fumigation terrestre, pour qu’il ne reste que des pins. Cela s’écoule vers les ruisseaux ou vers les puits d’où la plupart des familles mapuche tirent l’eau qu’elles consomment, et provoque des problèmes biologiques. Il y a des enfants qui naissent avec six doigts, des enfants en bas âge qui tombent malades, qui meurent sans qu’on sache pourquoi ».

Vers 1997 les paysans mapuche avaient entrepris une série de « récupérations productives », qui consistaient à occuper de grandes plantations forestières et à les défricher pour y produire des vivres. Ainsi, ils atteignaient deux objectifs : satisfaire leur demande territoriale et freiner la monoculture d’arbres. La réponse de l’État a consisté à criminaliser de plus en plus les mobilisations en appliquant la Loi de Sécurité intérieure de l’État (nº 12.927) et la Loi antiterroriste (nº 18.314), toutes les deux héritées de la dictature.

D’après Juan Pichún Collonao, l’incendie pour lequel ont été condamnés ses frères Pascual et Rafael a été un coup monté par des personnes travaillant dans la propriété Nancahue, que dirige Juan Agustín Figueroa, un homme de grande influence politique au Chili. Les Mapuche considèrent cet homme – ministre de l’agriculture sous la présidence de Patricio Aylwin (1990-94) et membre du Tribunal constitutionnel jusqu’à une date récente – comme un inquisiteur moderne.

La criminalisation des revendications mapuche au Chili a été dénoncée au plan international depuis presque une décennie ; plusieurs organismes internationaux ont recommandé aux autorités chiliennes d’introduire des changements dans leur politique à l’égard de ce peuple. À l’heure actuelle, une douzaine de dirigeants mapuche sont dans les prisons chiliennes où ils purgent des peines de 5 à 10 ans, tandis qu’un nombre semblable est entré dans la clandestinité. En outre, la répression étatique a coûté la vie au jeune Alex Lemún Saavedra, de 17 ans, assassiné par les Forces spéciales de Carabiniers en novembre 2003, au cours de l’évacuation d’une propriété rurale.

En 1974, peu après l’imposition de la dictature du général Augusto Pinochet au Chili (1973-90), la promulgation du décret 701 pour la promotion de l’industrie forestière s’est traduite par l’octroi de subsides équivalant à presque tous les coûts aux entreprises disposées à investir dans ce secteur. Ce décret et la contre-réforme agraire appliquée par les militaires ont mis fin à la propriété communautaire indigène et liquidé la politique d’accès à la terre du gouvernement socialiste de Salvador Allende (1970-73).

« Après cette décennie-là – affirme Lorena Ojeda, membre de l’Association de Jeunes Professionnels Mapuche Knapuewman, de Temuco – les entreprises ont continué leur expansion sur beaucoup d’hectares du territoire. Ainsi, les communautés mapuche ont commencé à se retrouver cernées par les entreprises forestières ; cela a provoqué un exode rural massif, et la perte d’identité culturelle qui en découle ». À titre d’exemple, signalons que le temu, un arbre qui était très répandu dans le territoire de la communauté Antonio Ñirripil et qui avait un rapport étroit avec la vie spirituelle de ses membres, a disparu maintenant, par suite de la propagation des monocultures.

Hernán Scandizzo, Colectivo Pueblos Originarios – Indymedia Argentina, adresse électronique : herscan@yahoo.com.ar.

Informations supplémentaires: Comisión por el Refugio Político en Argentina a Pascual Pichún Collonao – COPP, libertad_pascualpichun@yahoo.com.ar ; modèle de lettre à envoyer au CEPARE en appui de la pétition d’asile politique de Pascual Pichún Collonao, www.argentina.indymedia.org/news/2006/01/368597.php ; voir aussi les sites : www.nodo50.org/azkintuwe, www.argentina.indymedia.org/features/pueblos.


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Brésil : protestation des Quilombolas contre Aracruz Celulose

En novembre 2005, des centaines de Quilombolas ont marché le long des rues de São Mateus, dans le Nord d’Espírito Santo, pour protester contre Aracruz Celulose, le plus grand producteur du monde de pâte blanchie d’eucalyptus. Sur les pancartes on pouvait lire : « Aracruz Celulose : vous êtes contre la vie, rendez-nous nos terres pour produire des aliments », « Les travailleurs mutilés par Aracruz Celulose revendiquent leurs droits », « Président Lula : l’avenir des peuples indigènes est plus important que l’exportation de pâte ! ». J’ai participé à la marche et parcouru la ville avec les Quilombolas, au son des tambours. Nous sommes allés vers le fleuve, jusqu’à la place où les esclaves étaient débarqués à l’époque coloniale.

Quilombo était le nom donné au Brésil, à cette époque-là, aux communautés d’esclaves évadés. Au dix-septième siècle, les colonisateurs portugais avaient déjà amené dans le pays des centaines de milliers d’esclaves africains. Beaucoup d’entre eux échappèrent. Le quilombo le plus célèbre se trouvait dans une région du Nord-Est du Brésil dénommée Palmares, à cause des palmiers sauvages qui poussaient sur les collines. Vers le milieu du siècle, plus de 30 000 personnes y habitaient, dans de grandes villes fortifiées où il y avait des chapelles, des statues et des palais. Le premier leader de Palmares fut Ganga Zumba, le grand souverain.

Les Portugais envoyèrent maintes expéditions pour essayer de détruire le Quilombo dos Palmares. Elles échouèrent l’une après l’autre. Mais en 1678, Ganga Zumba arriva à une entente avec les Portugais. Les autres leaders quilombolas refusèrent tout accord tant qu’il y aurait des Africains esclaves, et firent de Zumbi, le neveu de Ganga Zumba, leur nouveau chef.

Par la suite, Zumbi fut capturé et décapité en novembre 1695 ; ainsi, presque un siècle de résistance arriva à sa fin. Zumbi devint un héros et le symbole de la liberté des Noirs au Brésil.

Les colonisateurs plantaient des monocultures de canne à sucre pour l’exportation. Les quilombolas plantaient du maïs, des haricots, du manioc, des patates douces, des bananes et des légumes. Ils élevaient des poules et des cochons, pêchaient dans les rivières et chassaient dans la forêt.

Aujourd’hui, une autre monoculture est venue menacer leurs descendants. Aracruz a établi des plantations industrielles d’arbres sur des centaines de milliers d’hectares, dans le territoire des Quilombolas.

Le lendemain de la marche de São Mateus, j’ai visité quelques villages quilombolas avec des activistes de Rede Alerta contra o Deserto Verde (Réseau Alerte contre le Désert vert). Les habitants nous ont raconté comment leur communauté avait été complètement entourée par des plantations d’eucalyptus. « Aracruz a liquidé notre terre », a dit un homme. L’entreprise a acheté la terre très bon marché ou bien frauduleusement, par le biais d’intermédiaires.

Deux cents personnes d’un village ont été employées par Aracruz en tant qu’opérateurs de tronçonneuses, mais à présent elles ont toutes perdu leur travail. « La plupart des gens sont partis depuis l’arrivée d’Aracruz. Ils vivent maintenant dans les favelas des grandes villes comme Vitória », nous a dit un villageois.

Aracruz a pris les meilleures terres, ne laissant aux Quilombolas que les endroits où l’entreprise ne peut pas planter. « Il n’y a même pas assez de place pour garder un cheval », s’est plaint l’un d’eux. « Quand les jeunes se marient, ils n’ont pas de place où aller, donc ils restent ici. Ainsi, chacun a encore moins de terre disponible », a ajouté un autre homme.

Depuis l’établissement des plantations d’Aracruz, les villageois ont des difficultés à trouver de l’eau potable. « Nous avons peur de l’eau. Personne ne la boit. »

Nous avons visité un autre village quilombola, dont les habitants n’ont vendu aucune terre à Aracruz. Ils ont installé un potager biologique où ils produisent des bananes, des jaques, des papayes, du sucre, des ananas, du café, du genipapo (utilisé par les indigènes pour peindre leur peau), des tomates, des fruits de la passion, des herbes et du manioc. Pourtant, bien qu’ils n’utilisent aucun produit chimique, ils ne peuvent pas obtenir un certificat prouvant que leur production est biologique, à cause des pesticides qui arrivent chez eux en provenance des plantations d’eucalyptus d’Aracruz, qui sont juste à côté.

Le contraste est frappant entre les monocultures d’Aracruz et les potagers des quilombolas. D’un côté il y a des fleurs, des arbres fruitiers, des cultures vivrières, des maisons et des gens. De l’autre, rien que des rangées d’eucalyptus. Les villageois nous ont dit qu’ils pouvaient planter du manioc près des plantations pendant deux ans seulement car, après cela, les eucalyptus sont trop grands et le manioc ne reçoit pas suffisamment de soleil. Les arbres d’Aracruz atteignent, en cinq mois, une hauteur de plus de six mètres.

Les villageois ont expliqué qu’ils sont isolés depuis que les plantations ont occupé de plus en plus de terres. « Aracruz est ici depuis plus de 30 ans. Avant cela, nous avions beaucoup d’amis. Les dimanches nous leur rendions visite pour célébrer nos rituels et pour les fêtes. À présent, beaucoup d’entre eux sont partis et certains rituels ne se font plus. »

Un villageois quilombola a expliqué ce qu’ils veulent de l’entreprise : « Aracruz peut exporter sa pâte, d’accord. Mais les gens ont besoin de travail et de récupérer leur propre vie. Aracruz doit résoudre tous ces problèmes avant de pouvoir exporter. » Un autre quilombola l’a dit plus simplement : « Je veux qu’Aracruz disparaisse d’ici ».

Chris Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de


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Brésil : les suites de la lutte des Tupinikim et Guarani contre Aracruz Celulose

Après la destruction, en janvier dernier, des villages tupinikim et guarani par les tracteurs de l’entreprise Aracruz Celulose avec l’appui de la police fédérale (voir le bulletin nº 102 du WRM), plusieurs centaines de messages internationaux de solidarité avec la lutte des autochtones pour récupérer les terres qui leur appartiennent légitimement ont été adressés aux autorités brésiliennes.

L’attention accordée par la presse étrangère à la violence de la police et aux nombreuses irrégularités entourant la décision du juge (qui a motivé l’action de la police et sur laquelle le ministère public fédéral est en train d’enquêter) a poussé la maison royale de la Suède à retirer sa participation financière dans la société Aracruz (partenaire de l’entreprise suédo-finnoise Stora Enso dans l’usine de pâte Veracel, située dans l’État de Bahia). La société d’investissement privée de la famille royale suédoise, Gluonen (qui appartient à la princesse héritière Victoria, à son frère le prince Carl Phillip et à sa soeur la princesse Madeleine) avait un paquet d’actions d’Aracruz de grande valeur. Lorsque les médias ont redoublé leurs critiques, ils ont décidé de vendre ces actions ; cette décision a été applaudie par les ONG environnementalistes suédoises.

Le 28 janvier, les Tupinikim et Guarani, avec l’aide de groupes d’appui, de mouvements d’étudiants et du MST (mouvement des paysans sans terre), ont passé la journée à reconstruire le village en ruines d’Olho d’Água.

Dans le domaine juridique, les services du ministère public à Espírito Santo préparent un nouvel appel où ils demandent au juge fédéral d’accorder aux Tupinikim et Guarani le droit d’occuper la zone jusqu’à ce que le gouvernement fédéral prenne une décision définitive au sujet de la démarcation.

Le 30 janvier, avec l’appui de diverses autorités, une délégation de 8 leaders indigènes s’est réunie pendant 30 minutes avec le président de la république, Luíz Inácio ‘Lula’ da Silva, à l’aéroport de Vitória, à la fin d’une courte visite du président à l’État d’Espírito Santo. Le président leur a promis qu’il enverrait le ministre de la justice, Márcio Thomaz Bastos, parler directement avec eux, pour résoudre le problème de la démarcation.

Lula a tenu sa promesse. Le 9 février, une commission indigène de 20 chefs et leaders s’est réunie pendant une heure et demie avec le ministre de la justice et le président de la FUNAI (agence fédérale pour les affaires indigènes), Mércio Pereira Gomes, qui ont promis de publier la nouvelle étude sur la zone indigène menée en novembre et décembre 2005 pour actualiser et compléter certains aspects des études antérieures faites par la FUNAI entre 1994 et 1998.

L’étude du Groupe de Travail (GT) de la Fondation nationale de l’Indien (FUNAI) menée à Espírito Santo a été publiée fin février. Elle confirme la légitimité des terres indigènes, raconte leur occupation depuis des temps immémoriaux et souligne les « retranchements successifs de leur territoire traditionnel, en fonction de politiques erronées qui, depuis des années, limitent et rendent en quelque sorte inviables les droits et les perspectives des peuples indigènes ». Il s’agit d’une mise à jour d’un premier travail effectué par le GT en 1997, où l’on reconnaissait déjà que les terres du Nord de l’État appartenaient aux autochtones. La confirmation actuelle est un pas très important vers l’homologation définitive des 18 070 hectares en question.

L’étude mentionne aussi la transformation du mode de vie traditionnel que la présence d’Aracruz Celulose a imposée dans la région. Les plantations d’eucalyptus introduites et maintenues par Aracruz Celulose sont considérées comme responsables de « profondes transformations [de l’environnement] que l’entreprise insiste à nier ». Pour le GT, les communautés indigènes se retrouvent aujourd’hui devant une détérioration généralisée des conditions environnementales, qui comprend la destruction des forêts et de la faune, la contamination ou l’assèchement des ruisseaux et l’appauvrissement des sols.

Autrefois, le gibier y était abondant et varié (tatou, pécari, paca, cotia, cerf, jacu, tamanduá, jacutinga, jacupemba, macuco, coati), mais le déboisement a provoqué l’extinction de presque toute la faune autochtone. À l’heure actuelle, l’élevage de poules, cochons, chèvres et vaches, qui n’en est qu’à ses débuts, représente un complément alimentaire et une possibilité de revenus.

Le manque d’eau des fleuves et des ruisseaux proches des villages y est mentionné aussi. D’après le GT, les fleuves et les ruisseaux de la région sont contaminés. D’autre part, les eaux du fleuve Doce ont été détournées vers le fleuve Riacho pour les besoins d’Aracruz Celulose ; cela a fait disparaître ou diminuer considérablement les espèces de poissons traditionnellement utilisées par les indiens, et augmenter le nombre des poissons prédateurs et fortement compétitifs comme le piranha et le poisson-chat africain. Ainsi, les techniciens du GT reconnaissent non seulement la légitimité des terres indigènes mais les préjudices d’ordre culturel, environnemental et social qui ont découlé de l’installation d’Aracruz Celulose dans la région.

Les étapes de l’accord entre les indigènes et la multinationale figurent elles aussi dans l’étude, avec des informations sur la démarcation qui avait été autorisée par le ministre de la justice de l’époque, Iris Resende. Cette démarcation n’avait concerné qu’une partie des terres indigènes et il y avait eu certaines irrégularités, que le ministère public d’Espírito Santo avait reconnues. Les indigènes l’ont considérée comme illégale et c’est elle qui a conduit à l’utilisation des terres par des tiers et à l’épuisement du sol, dont la fertilité est actuellement compromise.

La publication de l’étude marque le début du délai de 90 jours dont dispose la multinationale pour y répondre et pour envoyer son rapport à la FUNAI. Celle-ci aura à son tour 60 jours pour préparer et signer un rapport qui sera présenté au ministère de la justice.

La lutte des Tupinikim et Guarani se poursuit, et ils vous demandent de continuer à les appuyer !

Article fondé sur des informations tirées de : “Follow-up on the violent Federal Police action against the Tupinikim and Guarani indigenous peoples in Brazil”, Réseau Alerte contre le Désert vert, 10 février 2006, envoyé par Winfridus Overbeek, FASE – ES, adresse électronique : winnie.fase@terra.com.br ; “Funai publica estudo que confirma ocupação de terras indígenas pela Aracruz Celulosa”, Flávia Bernardes ; “Royal News : Sweden’s Royals Sell Forestry Shares”, Femalefirst, http://www.femalefirst.co.uk/lost/132772004.htm.


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Uruguay : les usines de pâte et la participation populaire; la Banque mondiale dans le collimateur

Faisant partie avec le Fonds Monétaire International de la « famille » de Bretton Woods, la Banque mondiale joue, depuis sa création en 1944, un rôle de choix dans la formulation et l’application des politiques macro-économiques des pays du Sud, où elle finance des entreprises publiques et privées pour la mise en oeuvre d’initiatives, de la construction de routes à l’installation d’usines de pâte, qu’elle identifie avec le « développement ».

Les conditions qu’elle fixe à ses prêts se sont traduites par l’application de politiques économiques qui vont de la privatisation de services étatiques ou publics à l’élimination de lois sur le travail et l’environnement, dans le but de réduire au minimum les fonctions de l’État et de laisser à la libre concurrence le soin de s’occuper de « l’intérêt public ». Dans les faits, ces politiques de « développement » ont permis d’insérer les pays du Sud dans l’architecture mondiale fondée sur les liens de dépendance entre le centre et la périphérie.

Dans le cas des plantations industrielles d’arbres, la participation de la Banque mondiale a été décisive; c’est elle qui a apporté les fonds nécessaires pour offrir des « stimulations » (exonérations d’impôts, remboursements, prêts préférentiels, subventions directes et indirectes, etc.) aux entreprises de plantation forestière et faciliter le démarrage de leur production destinée à l’exportation. Nous l’avons déjà mentionné dans le cas de l’Uruguay (voir le bulletin nº 83 du WRM).

Pourtant, dans ce pays les choses n’ont pas marché sur des roulettes, comme auraient voulu la Banque mondiale et les groupes de l’industrie papetière. Pour ces derniers, le projet d’installation des usines de pâte sur le fleuve Uruguay est devenu une source d’embêtements. L’opposition qu’il a soulevée en Uruguay comme dans l’Argentine voisine – où la mobilisation a été telle que le gouvernement a adopté la position des organisations locales, au point d’avoir des conflits diplomatiques avec l’Uruguay – est une pente difficile à remonter pour la politique de participation de la Banque mondiale.

À cela s’ajoutent les erreurs commises par la Banque en Uruguay. Dans le cadre du processus de consultation et de divulgation relatif à l’évaluation préliminaire de l’impact accumulé des usines de Botnia et Ence (commandée par la Banque à la société Pacific Consultants International), le 14 février dernier la Société financière internationale, institution de la Banque pour les prêts au secteur privé, a organisé une réunion à Montevideo « pour mieux fonder sa décision au moment de considérer le financement » des usines.

Considérant que la réunion avait pour but d’obtenir l’approbation du rapport, le Groupe Guayubira, qui a systématiquement mis en question l’expansion des grandes monocultures d’arbres et leur corollaire, les usines de pâte, a décidé de ne pas y participer. Le groupe avait déjà fait savoir à des fonctionnaires de la Banque mondiale que le rapport d’évaluation en question était tout à fait partial en faveur des plantations d’arbres et des usines de pâte, et qu’il manquait de l’objectivité nécessaire pour servir de base à une discussion sérieuse sur un thème aussi important. Dans ce sens, Guayubira avait recommandé à la Banque de faire améliorer le rapport par la société conseil, afin qu’il devienne un point de départ solide pour la consultation générale souhaitée par la Banque.

La Banque ne l’ayant pas fait, le groupe a décidé de ne pas participer à la réunion, de rendre publiques les principales critiques du rapport et de manifester dans la rue son opposition au financement des usines de pâte (ces critiques figurent sur http://www.guayubira.org.uy/celulosa/audienciaBM2.html ; les photos de la manifestation sont disponibles sur http://www.guayubira.org.uy/celulosa/fotos_IFC_BM.html).

D’autre part, le Réseau uruguayen d’ONG environnementalistes, qui participe formellement à la Commission technique de l’environnement (COTAMA) dépendant du ministère de l’environnement, n’avait pas été invité à la réunion. La Banque a pu réparer cette grave omission, mais l’invitation n’est arrivée qu’à la dernière minute et de manière indirecte.

Reconnaissant qu’il s’agit de projets d’un secteur industriel figurant parmi les plus polluants du monde, le Réseau uruguayen d’ONG environnementalistes a présenté lors de l’audience publique ses commentaires de l’étude sur les impacts accumulés. Parmi les arguments les plus importants figurent les suivants : l’étude contient des erreurs techniques importantes, telles que la confusion de l’alose (sábalo) et de la sardine ; les exigences des techniciens de la Direction nationale de l’environnement n’ont pas été respectées ; l’étude manque d’informations scientifiques et de données concrètes suffisantes pour faire une évaluation vérace ; les bénéfices économiques soulèvent des doutes car il n’y a pas d’information officielle sur la génération d’emplois ; étant situés dans une zone franche, ces projets ne paieront pas d’impôts. D’après les estimations du Réseau, « rien qu’au titre de l’IRIC (impôt sur le revenu de l’industrie et du commerce) l’Uruguay manquera de percevoir une somme de l’ordre de 120 millions de dollars par an. Une partie de cette somme – qui s’ajoute aux profits de l’entreprise – sera passible d’un impôt du même genre que percevront l’État finlandais et l’État espagnol. Cela veut dire que l’État uruguayen perdra, au profit des États européens, près de 40 millions de dollars par an, ce qui est inadmissible si l’on compare la situation économique des pays respectifs. De surcroît, en plus de ne pas percevoir des impôts auxquels il a légitimement droit, l’État devra faire une série de dépenses en raison des besoins d’infrastructure et de services de ces activités industrielles. Et en plus de tout cela, on augmentera l’étendue des plantations forestières sans que nous sachions quelles en seront les répercussions sur l’environnement » (voir le rapport complet sur http://www.uruguayambiental.com/articulos/RedUruOngAmbCelulosa.pdf).

La Banque mondiale n’a reçu l’appui d’aucun des acteurs sociaux les plus concernés par le problème. Le groupe Guayubira a décidé de ne pas participer à la consultation en raison du manque de sérieux du rapport dont on allait parler, et il a présenté ses critiques par écrit. Les deux déléguées de Guayubira qui ont voulu faire une brève déclaration pour expliquer cette décision n’ont pas été autorisées à prendre la parole. Le Réseau uruguayen d’ONG environnementalistes, invité à la dernière minute, a présenté des critiques bien fondées sur le rapport qui avait motivé la réunion. L’Association nationale d’ONG n’a même pas été invitée. Le délégué de la Centrale des travailleurs (PIT/CNT), qui figurait parmi les orateurs, a annoncé à la dernière minute qu’il ne pouvait pas s’y rendre ; donc, les travailleurs organisés ont été absents eux aussi. À présent, l’affaire a été reprise par la presse internationale et la Banque mondiale, artisan du processus, est dans la mire...

Raquel Núñez, Mouvement mondial pour les forêts tropicales, adresse électronique : raquelnu@wrm.org.uy

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