Bulletin du WRM

 

Pour télécharger le bulletin sous format Word cliquer ici
Pour s'abonner gratuitement
Numéros précédents

bulletin disponible en espagnol, en portugais et en anglais

 

Numéro 104 - Mars 2006

 

LES FORÊTS, LES GENS ET LA DIVERSITÉ BIOLOGIQUE

L’inaction de la CDB

La situation est presque la même dans bien des pays du Sud : les gens et les organisations de soutien essayent de protéger les forêts contre les alliances entre les gouvernements et les entreprises. En effet, on continue d’y promouvoir des initiatives dont on sait très bien qu’elles provoquent l’appauvrissement de la diversité biologique, telles que l’exploitation forestière industrielle, la prospection et l’exploitation des combustibles fossiles, les mines, les barrages hydroélectriques, les monocultures à grande échelle, la construction de routes ou l’élevage de crevettes.

De surcroît, non seulement les causes sous-jacentes de la déforestation et de la dégradation des forêts n’ont pas été supprimées, elles ont été encouragées par les conditions imposées aux gouvernements du Sud par les institutions financières internationales. La Banque mondiale elle-même a reconnu qu’il en était ainsi, mais elle a continué sur la voie habituelle.

À présent, les forêts sont confrontées à la plus dangereuse des menaces : la possibilité que la dissémination des arbres génétiquement modifiés soit autorisée.

En ce moment où la Convention sur la diversité biologique (CDB) tient sa huitième Conférence des Parties, les gens ont le droit de lui demander ce qu’elle a fait à ce sujet pendant les 14 dernières années. A-t-elle vraiment essayé d’enrayer ces processus bien connus de destruction de la diversité biologique, comme son mandat le prescrit, ou a-t-elle fermé les yeux ? A-t-elle aidé les populations locales qui luttent pour protéger les forêts, ou soutenu la répression et les expulsions pratiquées par les gouvernements qu’elle représente ?

Les articles ci-dessous portent sur quelques-uns des nombreux problèmes auxquels nous aurions voulu que la CDB s’attaque... ce qu’elle n’a pas fait. Ils apportent des informations sur la destruction des forêts et sur ses conséquences environnementales et sociales, dont l’appauvrissement de la diversité biologique. Surtout, ils témoignent que les populations locales ont la volonté et la capacité d’utiliser et de protéger leurs forêts. Un nombre incalculable de femmes et d’hommes essaye de faire – vraiment faire – ce que la CDB aurait dû mettre en place pendant toutes ces années. Ces populations méritent pour le moins de recevoir un fort soutien de la Convention, pour que leurs luttes réussissent, puisque la conservation de la diversité biologique des forêts dépend maintenant presque exclusivement d’elles.


  top

Cambodge : l’utilisation durable de la forêt par les villageois

À l’opposé de l’approche « minière » que les entreprises appliquent aux forêts, laquelle implique invariablement la destruction de ces dernières, se trouvent les divers usages, transmis d’une génération à l’autre, que les communautés indigènes et locales ont développés en application d’une connaissance profonde de la forêt, qui va au-delà de la science et qui leur a permis d’en tirer profit de manière durable.

Les habitants de la commune d’Ansar Chambok, près du lac Tonle Sap, en fournissent un exemple. À l’heure actuelle, ils estiment que près de la moitié de leurs revenus proviennent de la récolte de produits forestiers, et en particulier de l’extraction de résine. Ce qui suit est extrait d’un rapport récemment publié par le WRM, et montre la gestion forestière pratiquée par une communauté, menacée à présent par deux puissantes entreprises de plantation d’arbres : Wuzhishan et Green Rich.

« La résine solide et la résine fluide sont obtenues respectivement du ‘Trach’ et du ‘Cheuteal’, deux essences de la famille des diptérocarpacées. Les arbres doivent être mûrs, leur tronc atteignant généralement 60 centimètres de diamètre au moins, pour pouvoir les saigner sans les endommager. Dans le village de Ksach L’eath, la plupart des saigneurs sont des femmes qui ont reçu les arbres en héritage de leurs mères ou grands-mères, en guise de dot.

La résine solide est finement pulvérisée et mélangée à de la résine liquide. La pâte qui en résulte est soit moulée en forme de rouleau et enveloppée dans des feuilles mortes pour faire des torches, soit mélangée à du sable et appliquée directement aux surfaces de bois qu’il faut protéger, en particulier aux canots de pêche. Les torches de résine sont vendues à 300-350 riels ( 0.074 – 0.08 US dollar), tandis que la pâte de résine se vend à 100-150 riels ( 0.025 – 0.037 US dollar ) le kilogramme, suivant la quantité et la qualité du produit.

Les extraits d’interviews à des récolteurs de résine que nous rapportons ci-dessous montrent l’importance que revêtent ces arbres pour la subsistance de la population locale.

Récolteuse nº 1 : ‘Je suis propriétaire de 35 arbres, aussi bien des cheuteal que des trach. J’ai encore 100 arbres en réserve, que je vais saigner quand ils seront mûrs. Je visite mes arbres tous les trois à sept jours. Je réussis à faire 350 torches de résine par mois. J’ai reçu mes grands arbres en héritage de ma mère, qui en avait hérité de sa mère. Ces derniers temps certains de mes arbres ont été abattus et d’autres ont été marqués à la peinture rouge par la compagnie [Wuzhishan, géant de la plantation d’arbres]...’

Récolteur nº 2 : ‘J’ai 70 arbres. J’ai 78 ans et j’ai appris de mes parents à saigner les arbres. Mes enfants sont maintenant récolteurs de résine. Je saigne tous les trois jours les arbres qui sont près du village ; je visite une fois par semaine ceux qui sont plus loin. Après chaque tournée je peux faire 40 torches, que j’échange contre du riz et du prahok [pâte de poisson fermenté, nourriture de base cambodgienne]. Mes deux hectares de terres ne produisent pas assez de riz pour nourrir les huit membres de ma famille.’

Récolteuse nº 3 : ‘J’ai 48 arbres qui sont tous mûrs et en production. J’en ai hérité de ma grand-mère, qui m’a appris à les saigner. Juste après le Khmer Rouge I je suis retournée dans la région et réclamé mes arbres. Je ne sais faire rien d’autre et ils sont tout ce que j’ai. Chaque semaine je peux faire 50 torches de résine.’

Récolteur nº 4 : ‘’Je crains de tout perdre. J’ai 3 hectares de terres, mais le chef du village m’a dit qu’ils étaient tous dans la concession. J’avais 50 arbres à résine, mais il ne m’en reste que 20. Trente de mes arbres ont été coupés la semaine dernière. Je ne sais pas qui l’a fait, mais on les a coupés avec des haches et des tronçonneuses, et il n’en reste que les souches et les sommets ; les troncs ont disparu.’ »

« En plus de la résine, les gens de la région ont nommé un grand nombre de produits qu’ils tirent de la forêt. Ils cueillent plusieurs dizaines de variétés de plantes grimpantes, aux usages divers, qui vont du matériel pour tresser des nasses ou tisser des cordes aux ingrédients pour préparer les médicaments traditionnels. Par exemple, la plante qu’on appelle Voar Trey est utilisée par les pêcheurs du lac Tonle Sap pour fabriquer des pièges à poissons. Les cent pièces se vendent 4 000 riels (1 USD), et une personne peut collecter en moyenne de 200 à 300 pièces par jour. Cependant, les pêcheurs sont en train d’abandonner l’utilisation du lierre pour fabriquer des pièges à poissons, car la matière première n’est plus facile à trouver. À présent, on fait les pièges avec des matériels synthétiques : plastique et nylon. Mais ceux-ci ne vont pas se biodégrader si les pêcheurs les perdent ou les abandonnent dans le lac. D’autre part, l’utilisation de matériels synthétiques permet de faire des pièges aux mailles plus serrées, de sorte que l’on attrape des poissons plus jeunes, modifiant ainsi la structure des stocks et les modèles de reproduction. »

« Les forêts d’Ansar Chambok sont peuplées de plus de 20 essences d’arbres. La plupart des objets que l’on trouve dans les fermes et les maisons rurales du Cambodge sont faits par les habitants avec des matériaux récoltés dans les fermes et dans le voisinage. Ce n’est que récemment que les produits de consommation et les appareils modernes ont commencé à s’introduire dans les foyers cambodgiens. Le bois est utilisé pour faire du feu, des maisons, des meubles, des instruments de musique et du matériel agricole, comme des chars à boeufs et des camions, des charrues et des batteuses en bois. Les objets du culte, par exemple les statues, sont eux aussi en bois et, parfois, les arbres eux-mêmes sont vénérés. Malgré l’exploitation sélective intensive pratiquée dans la commune pendant les années 1980, les gens s’empressent de signaler que la forêt est en train de se régénérer et qu’aucune essence n’a disparu à cet endroit. Cependant, tout le monde sait et s’inquiète du fait que de nombreuses espèces vont disparaître dans la région par suite des défrichages que Wuzhishan entend faire pour transformer la forêt en monocultures. »

« Le bambou et le rotin récoltés sont utilisés pour l’équipement ménager. Le bambou sert à fabriquer des objets et des meubles de petites dimensions, souvent à la place du bois. Le rotin permet de faire des paniers, des cordes et des meubles. Les villageois reçoivent des commandes des fabricants de meubles et de nattes des provinces voisines. Une pièce de rotin se vend à 300 riels. »

« Les habitants ont identifié 26 variétés de fruits forestiers, que les villageois cueillent et consomment en quantité pendant la saison ; les excédents sont vendus aux commerçants des marchés ou dans des éventaires le long des autoroutes nationales. Beaucoup de citadins cambodgiens considèrent ces fruits, souvent avec nostalgie, comme des produits délicats et sont prêts à parcourir de longues distances pour les acheter. D’autres denrées que l’on trouve dans la forêt et que les villageois consomment ou vendent sont les pousses de bambou, les patates sauvages et les champignons. Les gens de la région ont nommé 15 variétés de champignons comestibles que l’on trouve dans la zone et qu’ils cueillent dans leur saison. D’après les Indicateurs du développement humain du PNUD, 36 % de la population du Cambodge sont sous-alimentés, ainsi que 45 % des enfants de moins de cinq ans. Les forêts fournissent non seulement la nourriture additionnelle dont tant de Cambodgiens ont besoin, mais souvent la variété nutritionnelle nécessaire à la bonne santé des humains. La perte des forêts et de toute la gamme d’aliments qu’elles fournissent rendrait les habitants d’Ansar Chambok encore plus vulnérables aux carences nutritionnelles. »

« Chaque village ou groupe de villages d’Ansar Chambok a son Kru Khmer, praticien de la médecine traditionnelle khmer. Le Kru Khmer assiste les accouchements, traite les maladies et les blessures et éloigne les mauvais esprits ou les mauvais sorts dont les gens croient parfois être victimes. Ses soins sont un mélange de rituels magiques, d’incantations et d’administration de préparations dont les recettes sont révélées par des rêves. Les secrets du Kru Khmer sont jalousement gardés et ne sont transmis qu’aux initiés d’une génération à l’autre. La plupart des ingrédients à usage médicinal se trouvent dans la forêt. »

L’entreprise Wuzhishan est en train d’empiéter sur la forêt de ces personnes et de menacer leurs moyens de subsistance, leur culture, leur mémoire. La résistance des habitants a réussi à arrêter les dégâts, du moins temporairement. Leur force est pour nous un exemple et une source d’espoir.

La version complète du rapport “The death of the Forest: A Report on Wuzhishan's and Green Rich's Plantation activities in Cambodia”, décembre 2005, Nº 4 de la série sur les plantations d’arbres publiée par le WRM, est disponible sur : http://www.wrm.org.uy/countries/Cambodia/BookCambodia.html.


  top

Cameroun : la destruction légale de la diversité biologique des forêts

L’exploitation forestière industrielle est l’une des principales causes directes de la perte de la diversité biologique des forêts. Nombre d’organisations et de gouvernements se sont centrés sur l’exploitation illégale, mais peu d’entre eux ont étudié l’exploitation légale destructrice (voir le bulletin nº 98 du WRM). À cet égard, un rapport récemment paru “Legal Forest Destruction. The Wide Gap Between Legality and Sustainability” (La destruction légale des forêts. Le profond écart entre la légalité et la durabilité) apporte une vision plus large du problème en se penchant sur le commerce de bois des Pays-Bas, son souci de légalité et les effets sur les forêts de l’exploitation légale.

« La légalité est souvent présentée comme un premier pas nécessaire vers la durabilité », dit le rapport. Il attaque ensuite cette idée, en présentant les effets sociaux et écologiques négatifs de l’exploitation forestière légale, qui se traduit par une « destruction légale des forêts », définie comme « la récolte de bois et/ou d’autres produits forestiers qui, tout en respectant la législation nationale, est préjudiciable à l’économie, la société et/ou l’environnement ». « Il faut associer la légalité et la durabilité », conclut le rapport.

Le cas du Cameroun est l’un des dix exemples de destruction légale des forêts présentés dans cette étude. Dans la forêt de la province camerounaise du Sud-Ouest, riche en azobés (Lophira alata), la société forestière nationale CAFECO a un permis pour l’exploitation de 2 500 hectares pendant une période maximum de trois ans. Il s’agit d’une « vente de coupe » (VC), qui peut être renouvelée pour deux périodes consécutives d’un an sans avoir besoin de présenter un plan de gestion approprié. De ce fait, le système des VC ressemble à une opération minière, où l’entreprise forestière ne se sent pas – et n’est pas – responsable à long terme de la zone, et l’exploite par conséquent de façon non durable.

Le Centre pour l’environnement et le développement (CED) a fait des enquêtes sur le terrain en mars 2005 et trouvé que les opérations de coupe dans la VC 11-06-18 étaient fortement perturbatrices du point de vue social et écologique et manifestement non durables. Les arbres y sont abattus et abandonnés sur place, certains d’entre eux sur des pentes raides, d’où il est difficile et même dangereux de les retirer. En général, entre 18 et 20 pour cent des arbres abattus sont abandonnés. Sans être forcément illégale, cette pratique contribue à l’épuisement de la forêt, donc à l’altération des fonctions de l’écosystème.

De surcroît, de grandes pistes et des parcs à bois temporaires sont construits sans planification dans la forêt, augmentant sa fragmentation et sa destruction. La construction de pistes sur les pentes et l’utilisation de lourds bulldozers augmente l’érosion du sol et la pollution des sources, rendant l’eau impropre à la consommation par les gens de la zone.

Les villages de la région environnante (Dipemda, Koba, Ibemi et Mosanja) dépendent fortement de la forêt et de ses ressources pour leur subsistance. De nombreuses essences à utilité sociale et culturelle, telles que le djabé ou moabi (Baillonella toxisperma), le djanssang (Ricinodendront heudolitii) et le manguier sauvage (Irvingia gabonensis), ont été détruites par CAFECO. Les villageois utilisent ces arbres à des fins alimentaires et médicales. D’autre part, les routes ont détruit leurs fermes. Quinze agriculteurs du village de Koba ont dénoncé la destruction de leur propriété et, en particulier, celle des plantes de cacao (la principale culture de rente des populations locales) pendant la construction des routes.

Les recherches menées dans la zone ont révélé que les opérations forestières dans la VC 11-06-18 contribuent à l’appauvrissement des communautés locales, à la destruction de leurs moyens de vie et à la dégradation écologique des forêts tropicales. Et le fait que cette exploitation soit légale ne fait qu’aggraver les choses.

La version complète du rapport “Legal Forest Destruction. The Wide Gap Between Legality and Sustainability” est disponible à l’adresse : http://www.greenpeace.nl/raw/content/reports/legal-forest-destruction.pdf.


  top

Équateur : les impacts d’une entreprise crevettière sur une réserve de mangrove

La Réserve écologique Manglares-Cayapas-Mataje, dans la province d’Esmeraldas, s’étend sur 51 300 hectares, et comprend la mangrove de Majagual, d’une superficie de 2 836,7 hectares. La mangrove est l’habitat d’espèces de crustacés : coquillages, grandes huîtres, crabe bleu et crevette, et d’essences telles que le manglier rouge ou vrai, le manglier noir, le manglier blanc et le manglier jeli.

Dans les années 1950, la mangrove Majagual avait été saccagée par des bûcherons qui utilisaient l’écorce du manglier pour en extraire le tanin destiné à l’industrie du tannage. Par la suite, l’abattage a été interdit et finalement, le 26 octobre 1995, la mangrove est devenue une réserve protégée, célèbre parce qu’on y trouve les mangliers les plus hauts du monde (de plus de 50 mètres de haut en moyenne).

Néanmoins, il a été accepté que deux grandes entreprises crevettières fonctionnent à l’intérieur de la réserve : El Rosario et Puro Congo. Les gouvernements endettés et poussés par les institutions financières internationales ont tendance à encourager l’élevage industriel de la crevette pour augmenter les exportations et l’entrée de devises étrangères. Or, la réalité montre toujours que ce genre de calcul ne fonctionne pas de la même manière pour les économies locales (voir le bulletin nº 51 du WRM).

Installée en 1993, l’entreprise crevetticole Puro Congo S.A., propriété du citoyen colombien Carlos Acosta, a construit des murs de béton sur la plage et ouvert illégalement des canaux artificiels larges de trente mètres et hauts de deux mètres, destinés à alimenter les bassins. L’eau que l’entreprise déverse dans les marais El Aguacate, Guachalá et Majagual et dans le fleuve Cayapas a provoqué la disparition de plus de 20 espèces indigènes et d’oiseaux migrateurs de la zone, ainsi qu’une diminution de plus de 70 % des ressources marines et côtières.

L’organisation communautaire Asociación de Pescadores Artesanales y de Comercialización de Productos Bio-Acuáticos Manglares del Norte (APACOBIMN) a dénoncé à maintes reprises la destruction de la mangrove, la contamination et l’augmentation de la salinité de l’eau souterraine et superficielle du marais Laguna de la Ciudad et des puits utilisés par les populations voisines que les activités de l’entreprise crevetticole ont provoquées ; l’organisation a dénoncé de même les impacts de ces activités sur la faune, car elles ont empoisonné des millions de poissons et décimé les iguanes verts, les oiseaux indigènes et migrateurs, les mammifères terrestres et aquatiques. Or, malgré ces plaintes permanentes, l’entreprise Puro Congo entend s’étendre sur 300 hectares supplémentaires dans le marais Laguna de la Ciudad, à l’intérieur de Majagual, et obtenir la concession de la zone pour une période de dix ans.

Les autorités nationales de l’environnement ont vérifié les faits dénoncés et recommandé au ministère d’ordonner que les canaux soient fermés et que les responsables des dégâts paient les coûts de la récupération du marais et les indemnités correspondantes. Pourtant, le ministère n’a pris aucune mesure à ce sujet.

Par ailleurs, la Coordinadora Nacional para la Defensa del Ecosistema Manglar (C-CONDEM) a dénoncé que plusieurs propriétés des communautés voisines avaient subi des dégâts en représailles des plaintes qui ont été portées. La C-CONDEM et l’APACOBIMN réclament que l’extension de la concession demandée par l’entreprise crevettière ne soit pas autorisée.

Les deux mangliers les plus hauts du monde – deux colosses du genre Rhizophora (manglier rouge) de la mangrove Majagual, hauts de 65 et de 63,8 mètres – sont tombés, l’un il y a neuf mois, l’autre il y a quatre mois. Bien que certains disent qu’ils sont morts « de vieillesse », la C-CONDEM affirme que l’érosion progressive des marais et des plages est la cause véritable de la mort de ces deux exemplaires uniques au monde. Cette érosion est provoquée par le détournement d’énormes masses d’eau – puisqu’il s’agit d’une ferme de 630 hectares – vers les étangs de crevettes.

Article fondé sur des informations tirées de : “Manglares más altos del mundo no mueren de viejos, los mata la camaronera Puro Congo”, C-CONDEM, communiqué de presse, 13-02-2006, adresse électronique : manglares@ccondem.org.ec ; “Luto por los mangles más altos del mundo”, Manuel Toro, 22 janvier 2006 ; les deux articles ont été publiés par Red Manglar Internacional, bulletin électronique nº 28.


  top

Pérou : le projet gazier Camisea avance aux dépens de la santé des communautés et de l’écosystème

Le projet Camisea pour l’extraction de gaz naturel, d’un coût de 1,6 milliards de dollars, se situe dans l’une des régions les plus riches du monde en diversité biologique, sur les marges du fleuve du même nom. Il bénéficie du soutien de la Banque interaméricaine de développement (BID) en tant que principal investisseur public. Or, le projet n’a rien apporté de bon aux communautés locales. Comme dénoncé dans le bulletin nº 95 du WRM, il se fait au prix de la destruction des forêts, de la contamination des fleuves, de la pollution sonore, de l’érosion des sols et de la dégradation de la flore et de la faune dans sa zone d’influence.

Au bout de 15 mois de fonctionnement, il y avait déjà eu quatre déversements de gaz liquide. Les négociations pour décider du montant de la compensation pour les effets des déversements sur l’environnement étaient encore l’objet de plaintes du public, qui considérait qu’elles ne respectaient pas les droits des indigènes. Le document suivant en est un exemple : « Par le présent acte de donation, le bureau de coordination des rapports communautaires de la région Selva TGP, au nom du projet Camisea, remet ce qui suit : six sacs de riz, quatre sacs de sucre, 30 kilos de sel, 50 litres d’huile, 100 kilos de pâtes alimentaires, huit caisses de thon, quatre caisses de lait, 40 kilos de légumes secs, 100 kilos d’oignons et 20 kilos d’ail. Cette donation fait partie d’un geste de solidarité et de bon voisinage de l’entreprise à l’égard des familles de la communauté autochtone, en prévision des dommages découlant du déversement qui s’est produit dans le KP 50 le 24 novembre 2005. La livraison se fera dans cinq jours. » Tel est le document concernant les vivres remis aux zones affectées par le déversement, pour une population de près de cinq cents habitants.

Le souvenir de ces faits était encore frais chez le public lorsque, le 4 mars dernier, un nouveau déversement s’est produit au kilomètre 123, dans le secteur dénommé Manatarushiato, à peine cinq kilomètres au nord du village de Kepashiato, district d’Echarati, dans la province de La Convención, à Cusco.

L’entreprise internationale Transportadora de Gas del Perú (TGP), responsable du gazoduc, a confirmé le déversement d’environ 750 mètres cubes de gaz liquide, qui auraient été consumés par le feu provoqué par une faille au point de rupture. C’était le cinquième déversement du projet Camisea.

Les flammes de 20 mètres ont réduit en cendres la maison de Felipe Ticona et provoqué des brûlures du deuxième et du troisième degré à Nancy Rosalvina Ticona et Carlos et Freddy Huamán Ticona, ces derniers âgés de 11 ans et 7 ans respectivement. L’incendie a détruit aussi plusieurs hectares de terres agricoles et de forêts voisines, et provoqué la mort d’animaux. Le maire Martín Huamán a demandé à la population d’éviter de consommer l’eau et les poissons du fleuve Cumperuciato qui aurait été contaminé par des produits toxiques.

En outre, le projet Camisea est réalisé aux dépens de la vie et de la santé des peuples indigènes dont un tiers du territoire se superpose à la concession gazière, comme dénonce l’association interethnique de développement de la forêt péruvienne, AIDESEP.

Un rapport du bureau du Défenseur du Peuple du Pérou, intitulé « Le projet Camisea et ses effets sur les droits des personnes », dénonce que les droits fondamentaux des communautés autochtones établies autour du gisement de gaz de Camisea ont été affectés par les entreprises étrangères installées dans la forêt amazonienne. Il contient également des critiques démolisseuses du rôle joué par l’État péruvien dans la défense de la vie des habitants de la réserve territoriale Nahua-Kugapakori, dans le Sud du pays, envahie par le consortium Transportadora de Gas del Perú (TGP) après avoir obtenu la concession gazière de Camisea. Les autres membres du groupe TGP sont PlusPetrol et Techint (Argentine), Hunt Oil (Texas), Sonatrach (entreprise étatique algérienne), et SK Corporation (Corée du Sud).

Le projet porte atteinte aux communautés autochtones vivant en isolement volontaire qui commencent seulement à avoir des contacts avec l’extérieur : les Nahua, les Matsiguenga ou Machiguenga, les Nanti et les Yora ou Kugapakori. Le rapport mentionné prévient que ces populations « sont particulièrement vulnérables aux infections respiratoires et gastro-intestinales » ; en outre, « leur identité culturelle est soumise à des changements qui amoindrissent leur respect d’eux-mêmes ».

Le Défenseur du Peuple rapporte que 17 membres des communautés autochtones en situation de contact initial sont morts de grippe entre 2001 et 2003 ; ces communautés avaient reçu la visite de travailleurs des entreprises. Seize cas de syphilis ont été enregistrés chez les populations autochtones de Camisea et Shivacoreni. Les communautés attribuent cette situation à l’installation de maisons de prostitution près des campements de l’entreprise Techint (chargée de la construction du gazoduc), signale le rapport du Défenseur.

De son côté, AIDESEP dénonce « l’absence de consultation ou de consentement préalable et informé sur les politiques, les mesures législatives et administratives, les programmes ou les projets qui concernent nos peuples autochtones. Ces oublis, négligences et indifférence ont porté les peuples autochtones à douter de la vigueur du système démocratique et, dans bien des cas, on constate déjà des réactions directes face aux atteintes à leurs droits collectifs, telles que l’imposition sur le territoire ancestral indigène de parcelles ‘négociables’ sous la forme de concessions ». « ... l’État nous a imposé l’exploitation de nos ressources naturelles à l’intérieur de nos territoires ancestraux, dont nous sommes propriétaires depuis des temps antérieurs à la colonisation et à la formation de l’État national actuel ; ainsi, nous déclarons que nos territoires sont ce qu’ils ont toujours été : imprescriptibles, inaliénables, insaisissables et non expropriables. »

Les grands projets comme le gazoduc de Camisea annoncent une « modernisation » supposée qui, tôt ou tard, révèle son véritable visage, celui de la destruction, la maladie et la mort.

Article fondé sur des informations tirées de : “Proyecto Camisea, muestra de improvisación: atenta contra los derechos de pueblos indígenas”, déclaration de l’Asociación Interétnica de Desarrollo de la Selva Peruana, distribué par la liste électronique PERU & WORLD : Amig@s de l@s Ashaninka ; “Piden suspender Camisea luego de quinto derrame ocurrido ayer”, Servindi, 5 mars 2006, adresse électronique : servindi@servindi.org; www.servindi.org ; “Derechos indígenas violados por gasoducto de Camisea”, Ángel Páez, IPS, distribué par la liste [prensaamb-alc].


  top

Papouasie occidentale : diversité biologique et liberté

Quelque chose de rare est arrivé au début de cette année : la Papouasie occidentale a fait les gros titres. L’information concernait la découverte d’une nouvelle espèce de melliphage (oiseau « mangeur de miel »), d’un oiseau du paradis qui avait « disparu », d’un kangourou arboricole rarissime, de vingt nouvelles espèces de grenouilles, de uatre nouveaux papillons et de cinq nouveaux palmiers. Ces trouvailles ont été faites au cours d’une expédition aux monts Foja organisée par Conservation International et l’Institut indonésien de la science. « C’est le plus proche du jardin de l’Eden que l’on puisse trouver sur la Terre », a dit Bruce Beehler, co-leader du groupe. Ses paroles ont été consciencieusement reprises par les journaux du monde entier.

En revanche, la presse ne mentionne jamais que la Papouasie occidentale est un territoire occupé ; or, elle devrait le faire. Les 250 tribus qui ont vécu là pendant 40 000 ans n’ont pas le droit de choisir leur propre gouvernement. Elles ont très peu de contrôle sur leur terre et leurs ressources. Le pays est inondé de soldats indonésiens à l’affût du moindre signe de résistance. Ceux qui suggèrent que les Papous devraient être libres sont torturés ou tués. Filep Karma et Yusak Pakage purgent des peines de 15 et 10 ans de prison pour avoir hissé le drapeau de la Papouasie occidentale. Le pays est fermé aux journalistes et aux enquêteurs des droits de l’homme.

Quand l’Indonésie est devenue un nouvel État-nation en 1949, la Papouasie occidentale est restée sous l’autorité des Pays-Bas, jusqu’en 1961, année où elle a tenu un congrès et déclaré son indépendance.

Quelques mois plus tard, l’Indonésie l’a envahie. John F. Kennedy a approuvé l’occupation par le gouvernement indonésien, décrivant les Papous comme « vivant à l’âge de pierre ». L’ONU est intervenue. En 1969, sept ans après l’invasion de leur pays par l’Indonésie, les Papous ont pu voter. Ou plutôt, un millier d’entre eux, triés au volet par les militaires indonésiens, sont allés voter en représentation d’une population d’un million. Avant l’élection, les soldats ont menacé de mort les électeurs et leurs familles s’ils ne votaient pas comme il fallait. Ainsi, les Papous ont choisi à l’unanimité de rester sous l’autorité indonésienne. À sa honte, l’ONU a ratifié ce résultat.

À partir de là, l’Indonésie a essayé de faire disparaître la civilisation papoue. Les estimations du nombre de personnes tuées depuis l’occupation vont de 100 000 à 800 000. Pour tenter de dominer la culture papoue, le gouvernement indonésien a déplacé près d’un million de personnes vers des camps de transmigration ouverts au milieu de la forêt.

L’Indonésie a vendu le pétrole, l’or, le cuivre, le bois et le gaz de la Papouasie occidentale à des entreprises indonésiennes ou étrangères.

Les forêts de la Papouasie couvrent environ 34,6 millions d’hectares. L’Indonésie a déclaré que, sur ce total, près de 28 millions d’hectares étaient des forêts de production. Les entreprises forestières y sont arrivées avec le soutien des militaires et les correspondantes violations des droits de l’homme. Ces dernières années, l’extraction s’est accélérée du fait que les forêts de Sumatra, Sulawesi et Kalimantan sont presque épuisées.

En décembre 2005, la Banque asiatique de développement a approuvé un prêt de 350 millions USD pour une usine d’extraction et de liquéfaction de gaz de 5,5 milliards USD proposée par la multinationale pétrolière BP dans la baie de Bintuni. Le projet de BP menace les mangroves, les pêches et la subsistance de la population locale. De nombreux Papous s’y opposent en alléguant que l’Indonésie n’a pas le droit de prendre des décisions concernant les ressources de leur territoire.

La mine d’or et de cuivre la plus grande du monde est la mine Grasberg, et elle se trouve en Papouasie occidentale. Elle est opérée par une filiale de la société nord-américaine Freeport-McMoran, laquelle est le plus gros contribuable du gouvernement indonésien, mais peu de Papous en voient les bénéfices. Des milliers de personnes ont été déplacées ou tuées pour faire de la place à la mine. Ceux qui vivent à proximité subissent les violations des droits de l’homme que commettent les forces de sécurité indonésiennes payées par l’entreprise pour qu’elles protègent ses opérations. Freeport a rasé une montagne sacrée, laissant à la place un énorme cratère et un système fluvial empoisonné.

Le 16 mars 2006, cinq membres des forces de sécurité ont été tués dans la capitale, Jayapura, lorsqu’une manifestation pacifique contre Freeport est devenue violente. Un civil a été également tué. D’après le site Web de TAPOL, ‘Campagne pour les droits de l’homme en Indonésie’, la violence a éclaté lorsque la police a tiré sur un manifestant, possiblement avec des balles de caoutchouc, et utilisé du gaz lacrymogène et des véhicules blindés pour disperser les manifestants. Au moins 57 personnes ont été arrêtées. Dans les jours suivants, la police a tiré sur des dortoirs d’étudiants et battu des personnes qui avaient été détenues. Près de 1 200 étudiants ont fui vers les montagnes qui entourent Jayapura pour échapper aux représailles de la police.

Dans un message de soutien adressé à la campagne ‘Papouasie occidentale libre’ basée au Royaume-Uni, Noam Chomsky écrit : « Les crimes commis contre le peuple de la Papouasie occidentale sont parmi les plus honteux des dernières années. Les pouvoirs occidentaux ont bien des comptes à rendre, et le moins qu’ils pourraient faire serait d’utiliser leurs amples moyens pour obtenir le retrait de l’armée d’occupation indonésienne et mettre fin à l’exploitation honteuse des ressources et à la destruction de l’environnement, de la vie et de la société des Papous, qui ont déjà excessivement souffert. »

Bruce Beehler, co-leader des expéditions de Conservation International et de l’Institut indonésien de la science, devrait regarder de plus près la Papouasie occidentale. Il découvrirait peut-être que le pays ressemble davantage à l’enfer sur terre qu’au jardin de l’Eden.

Chris Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de, www.chrislang.blogspot.com


  top

Restaurer les forêts avec et pour leurs habitants

La destruction des forêts a souvent provoqué des situations si graves que les hommes d’affaires et les fonctionnaires, cernés de toutes parts par les plaintes, les pressions sociales ou celles des secteurs industriels dont les intérêts se voient menacés quand leurs activités tombent dans le discrédit, sont en train de développer leur propre discours sur la solution aux problèmes de l’environnement.

Après avoir nié carrément l’existence des dommages, on a essayé d’en accuser les victimes, puis de modifier la réalité par des discours, en montrant des statistiques sur les succès des entreprises dans les domaines environnemental et social. Mais comme la gravité des atteintes était impossible à cacher, on parle maintenant de compensations et de programmes de réhabilitation de l’environnement.

Les entreprises ont un langage et des propositions qui visent à semer la confusion ; bien des personnes, par naïveté ou par intérêt, tombent dans ce piège.

Ainsi, les processus destructeurs sont appelés « risque environnemental » (comme si la destruction pouvait ne pas se produire). Pour surmonter ces processus, il faut y « remédier » (pour faire le parallèle avec la solution qu’apportent les médicaments). Les réparations réclamées pour atteintes à la propriété ou pour dommages irréversibles deviennent des « compensations ».

Avec ces trois termes on prétend laisser de côté les dégâts existants, la dignité des gens et le droit à la justice et à l’équité.

On prétend ignorer que lorsqu’on porte atteinte à la nature les conséquences peuvent être accumulatives, il peut y avoir des effets en cascade sur les écosystèmes ; même s’ils passent inaperçus au départ, ces effets sont catastrophiques à moyen terme et à long terme.

L’argument que les plaintes des gens sont dues à d’autres problèmes (la pauvreté, le manque d’éducation et de santé) ne marche plus ; il se retourne comme un boomerang contre ceux qui l’utilisent, car il est devenu évident que ces autres problèmes sont la conséquence des initiatives destructrices de l’environnement.

Du point de vue des communautés, la réparation fait partie de la plainte. S’il y a des dégâts à dénoncer et que l’on s’en plaint, c’est parce qu’on veut arrêter ces dégâts ; si les dégâts ont été provoqués, il faut les réparer. Mais si la réparation des dégâts n’est pas surveillée les communautés risquent de se retrouver deux fois perdantes.

Il y a un grand vide, aussi bien dans la science que dans la politique ou dans la propre gestion des communautés, en ce qui concerne la définition de réparation, quelle est sa portée, qui doit réparer, comment il faut restaurer les zones affectées. Il s’agit sans doute d’un problème non seulement technique mais essentiellement politique.

À ce sujet, le réseau Oilwatch a rédigé un protocole sur la responsabilité civile et la restauration, et l’a présenté pour adoption à la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique, qui se réunira ce mois-ci au Brésil. Bien que ce texte ait été conçu pour les régions où l’on exploite le pétrole, il peut être appliqué à tous les processus destructeurs de la diversité biologique. Le protocole énumère les responsabilités des auteurs de la destruction (qui sont généralement des entreprises), mais aussi celles des responsables du contrôle (les États), les unes n’excluant pas les autres. Le document est disponible sur http://www.wrm.org.uy/actors/BDC/Oilwatch.html.

D’après ce texte, la restauration après les dégâts doit permettre de reconstruire le tissu social, au lieu de fragmenter, diviser et désorienter les communautés ou, pire encore, de les soumettre à de nouvelles pressions. D’autre part, la réparation des dégâts doit être conçue avec des critères écologiques.

Dans cette restauration, les communautés doivent être les protagonistes, non seulement pour des raisons de connaissances et de droit, mais parce que cette tâche doit permettre de fortifier les communautés et leurs organisations.

Tout comme il a été clair à un moment donné qu’il revenait aux personnes affectées de porter plainte, car elles sont les mieux placées pour parler de leurs problèmes et des conséquences négatives pour la société, la culture et l’économie, il est clair que ce sont ces mêmes communautés qui doivent être au centre de la restauration. Autrement, même en supposant que les intentions et les techniques utilisées sont bonnes, un aspect essentiel des dommages ne serait pas réparé : celui qui concerne les droits des gens à décider de leur vie et de leur avenir.

Esperanza Martínez, Oilwatch, adresse électronique : tegantai@oilwatch.org.ec, http://www.oilwatch.org.ec

page précédente

page d'accueil

page suivante



Go to Home Page - Recommend this page

World Rainforest Movement

Maldonado 1858 - 11200 Montevideo - Uruguay
tel:  598 2 413 2989 / fax: 598 2 410 0985
wrm@wrm.org.uy