Bulletin du WRM

 

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Numéro 105 - Avril 2006


AMERIQUE DU SUD

LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

Bolivie : les Toromona vivant en isolement volontaire sont en péril d’extinction

Le monde commence à prendre conscience du problème des peuples indigènes isolés de l’Amazonie. Pour incroyable que cela paraisse, certains animaux sont mieux protégés que les groupes humains qui cherchent à préserver leur isolement. Sans aucun doute, il s’agit là d’un droit fondamental de l’homme, que les peuples indigènes ont la faculté d’exercer et de défendre, et que nous devons respecter. Pourtant, malgré les recommandations de l’ONU, de l’OEA, de COICA, de l’UICN et d’autres institutions mondiales et régionales, la situation de ces peuples de l’Amazonie continentale (le plus grand réservoir mondial de peuples non contactés) est alarmante. Ils se retrouvent tous, sans exception, en péril de disparition forcée. Il faut promouvoir d’urgence des actions destinées à éviter que ce nouveau génocide soit consommé. Les peuples indigènes isolés qui existent encore dans l’Amazonie sont un patrimoine humain et culturel unique, qui ne devrait pas subir le même sort de centaines d’autres peuples des forêts : l’extermination lente, la disparition violente et silencieuse, un génocide sinistre et honteux.

La Bolivie a beau être un pays majoritairement indigène, elle n’échappe pas à la situation décrite. Le drame est peu connu, les efforts sont isolés et il manque une vision intégrale qui mobilise ceux qui peuvent contribuer à apporter des solutions. Si les peuples isolés figurent bien dans les rapports officiels, le traitement de leurs problèmes est limité par la bureaucratie et par l’ignorance de leur gravité.

Leur situation est très différente de celle des organisations indigènes de l’Amazonie, dont la force et la capacité d’action ont été démontrées en 1990 par la Marche pour le Territoire et la Dignité. Cet événement est un jalon dans l’histoire de la Bolivie car, depuis, les problèmes des peuples indigènes amazoniens du pays figurent dans le programme national. Pourtant, 16 années plus tard, la question des peuples isolées est toujours marginale, anecdotique et presque invisible, même pour beaucoup d’organisations travaillant en Amazonie.

Les Toromonas sont un exemple typique de ce que nous venons d’affirmer. Appartenant à la famille linguistique des Tacana, leur indiscutable existence historique est à peine connue et appréciée. Aujourd’hui, on présume qu’un groupe de cette ethnie habite dans la région de la vallée du fleuve Colorado et à la naissance du fleuve Sonene (ou Heath), dans le Parc national Madidi, situé dans le Nord amazonien du département de La Paz. Il est urgent de certifier leur présence pour pouvoir envisager des mesures de protection stricte.

Dans le cadre de l’Expédition Madidi, nous luttons pour que ce soit ainsi depuis 2000, date à laquelle nous avons pris connaissance du problème en travaillant chez les communautés métisses voisines du territoire censément habité par les Toromona. En octobre de l’année dernière, nous avons constaté avec alarme et dénoncé publiquement que la région était envahie d’exploitants forestiers ; dans leurs incursions en quête de bois précieux, ils risquaient d’avoir des rencontres violentes avec le groupe isolé, ce qui mettait son existence en grave danger. Dans ce sens, nous sommes en train de préparer pour la saison sèche une nouvelle expédition dans la région, afin de compléter notre travail de champ et présenter suffisamment d’indices ou de preuves matérielles ou visuelles pour prouver la survie des Toromonas historiques, de manière à respecter leur droit à l’isolement, c’est-à-dire à éviter tout contact physique avec eux.

Cette nouvelle expédition se déroulera dans un contexte différent. La Bolivie, en tant que nation, vit une période de changements historiques. Pour la première fois, un indigène est président de la république. Nous sommes sûrs d’avoir la compréhension et l’appui d’Evo Morales, première autorité du pays. D’autre part, nous souhaitons que la situation des peuples indigènes isolés et celle des peuples indigènes en situation de grande vulnérabilité soient inscrites dans la nouvelle constitution politique de l’État bolivien, qui commencera à être débattue à partir du 6 août prochain dans la ville de Sucre, au sein d’une Assemblée constituante.

L’objectif de cet article est non seulement de faire connaître et de divulguer le danger que courent les peuples isolés de la Bolivie, mais d’inviter ceux qui souhaitent aider les Toromonas à se mettre en communication avec nous. Ils pourront le faire par courrier électronique, à l’adresse pablocingolani@yahoo.com.ar. La lutte pour la protection des derniers peuples isolés de l’Amazonie bolivienne ne peut pas attendre. C’est maintenant ou jamais.

Pablo Cingolani, adresse électronique : pablocingolani@yahoo.com.ar, Fundación Expedición Madidi

Ceux qui souhaiteront obtenir davantage d’information sur ce thème pourront visiter le site www.bolpress.com ou le blog www.cingolani.ssolucion.com où ils trouveront le document “Sobre antropología de urgencia en Bolivia: Pueblos étnicos de tierras bajas en situación de alta vulnerabilidad y en aislamiento voluntario”, de l’anthropologue Álvaro Díez Astete.


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Brésil : les entreprises de pâte et de papier devront retirer les plantations d’eucalyptus des zones tampon entourant les parcs nationaux de Bahia

Le Ministère public fédéral, par l’intermédiaire du Procureur de la République à Ilhéus-Bahia, en application de la Recommandation nº 01 du 18 novembre 2005 exige le retrait des plantations d’eucalyptus dans un rayon de 10 (dix) kilomètres sur les zones tampon des Unités de Conservation des parcs nationaux « Do Descobrimento », « Monte Pascoal » et « Pau Brasil », comme prévu par la législation brésilienne. Le document dit également que les entrepreneurs, c’est-à-dire les entreprises de pâte et de papier, doivent présenter un Plan de récupération de l’aire dégradée (PRAD), immédiatement après le retrait des arbres, destiné à la réhabilitation du paysage.

Cela fait presque quinze ans que le Centre d’études et de recherche pour le développement de l’extrême Sud de Bahia (CEPEDES) et d’autres organismes dénoncent les irrégularités commises par les entreprises de pâte à Bahia et Espírito Santo. À Bahia, parmi d’autres irrégularités figure la plantation d’eucalyptus autour des Unités de Conservation (UC), en contravention de la Loi fédérale nº 9 985 du 18 juillet 2000, qui régit le Système national d’unités de conservation (SNUC) et prévoit l’existence de zones tampon autour des parcs. Ces zones tampon doivent être utilisées comme couloirs écologiques pour garantir la survie des espèces animales et végétales autochtones, ainsi que le maintien et l’amélioration de la diversité biologique.

La décision du Ministère public fédéral fait suite à l’audience publique réalisée en octobre 2005 dans le Centre de conventions de Porto Seguro. À cette occasion, les organisations de la société civile ont réclamé que l’on prenne des mesures contre les irrégularités commises par les entreprises de pâte, au moyen de pétitions formelles adressées au Ministère public fédéral, à ceux des États, à l’IBAMA (Institut brésilien de l’environnement) et au CRA (Centre de ressources environnementales), ces organismes étant les responsables de l’autorisation et du contrôle des plantations.

La recommandation souligne que « la Mata Atlântica fait partie du patrimoine national, comme prévu par l’article 224, point 4 de la Constitution de la République fédérative du Brésil, et son utilisation devra s’ajuster aux prévisions légales établies, afin d’assurer la conservation de l’environnement ; d’autre part, le Décret 750/1993 interdit formellement la coupe, l’exploitation et l’extraction de la végétation primaire ou de celle en état avancé ou intermédiaire de régénération ». De même, elle ajoute que la substitution de milliers d’espèces végétales par une seule espèce d’intérêt économique orientée à l’industrie de la pâte comporte des risques pour la faune et la flore locales.

Une enquête administrative est également en cours (nº 1.14.001.000046/2001-67), qui concerne l’autorisation pour l’établissement, dans l’extrême Sud de Bahia, d’une plantation irrégulière de 45 000 hectares d’eucalyptus appartenant à Aracruz Celulose.

Entre 1970 et 1985, suite à l’arrivée des entreprises de pâte et de papier Suzano Bahia Sul, Aracruz, CAF Santa Barbara Ltda et Veracel, Bahia a perdu 70 % de ses forêts indigènes. D’après des études récemment menées par le ministère de l’environnement, l’extrême sud de Bahia n’a plus que 4 % de la Mata Atlântica originelle, dans des aires protégées. On estime que plus de la moitié des terres agricoles de la région sont entre les mains des entreprises.

Douze mille familles environ campent sur les routes. L’expulsion des travailleurs ruraux, des quilombolas (descendants d’esclaves), des petits agriculteurs et des indiens a provoqué un développement considérable des favelas (bidonvilles), la désagrégation des groupes et des familles, la violence et la misère.

Le modèle de développement imposé par les gouvernements dans cette région a détruit des systèmes entiers de vie végétale et animale. La richesse générée par ce modèle économique qui favorise la concentration des revenus et des terres n’a pas empêché l’accroissement de la misère et de la faim. En réaction, des manifestations et des mouvements sont apparus, qui montrent qu’une partie importante de la population est consciente de la violence environnementale et sociale suscitée par les grandes monocultures d’eucalyptus dans la région.

La décision du Ministère public fédéral, suivant laquelle l’IBAMA doit prendre les mesures nécessaires pour que les entreprises de pâte retirent les plantations d’eucalyptus autour des parcs, ne fait que confirmer que les déclarations écologistes des entreprises de pâte aux médias ne tiennent pas debout. Les réunions organisées par ces entreprises dans le but de masquer la réalité en parlant de couloirs écologiques n’ont plus aucun sens. Ce que nous avons dans cette région de l’extrême Sud de Bahia n’est pas un couloir central de la Mata Atlântica ; ce que nous avons est en fait un couloir central de la monoculture extensive d’eucalyptus, parsemé de petites taches isolées de « broussaille » atlantique.

La décision du Ministère public fédéral est un fait inhabituel et très significatif pour la société civile organisée de l’extrême Sud de Bahia, qui demande depuis longtemps aux organismes compétents de prendre des mesures pour empêcher la destruction totale du biome. C’est maintenant à l’IBAMA et aux ONG, mais aussi à la population, qui a le plus grand intérêt à préserver ce qui reste de la Mata Atlântica, de surveiller les activités des entreprises en question.

Ivonete Gonçalves, CEPEDES – Centro de Estudos e Pesquisas para o Desenvolvimento do Extremo Sul/Bahia, cepedes@cepedes.org.br, http://www.cepedes.org.br/


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Colombie : l’approbation bâclée du Code forestier

Une fois approuvé par le Congrès, le Code forestier a été soumis à la sanction présidentielle le 13 décembre 2005. Le président Alvaro Uribe ayant fait objection à 12 articles, la démarche formelle consistait à retourner le texte au Congrès pour discussion. Les objections du gouvernement – au cas où elles auraient été acceptées – ne réglaient pas les inconvénients de cette loi, qui a été conçue pour livrer les forêts du pays aux entreprises forestières ; pourtant, on espérait qu’elles seraient débattues par les parlementaires. Or, le débat ne s’est pas produit.

Le 28 mars, la chambre de députés a approuvé en séance plénière le Code forestier. La séance a été précipitée, confuse et difficilement compréhensible. Les objections présidentielles ont été énoncées, et elles ont toutes été approuvées en quelques minutes, sans que les intéressés aient la possibilité de savoir ce qu’ils approuvaient. En un spectacle grotesque et honteux, pendant ce temps-là les parlementaires parlaient entre eux avec animation, riaient et utilisaient leurs portables. Plusieurs personnes qui, comme nous, étaient présentes en qualité d’observateurs et attendaient le débat, n’ont pas su à quel moment la loi a été approuvée. Le lendemain, à la séance plénière du sénat, la procédure a été encore plus aberrante : il n’y avait que quelques rares sénateurs présents, le quorum n’a pas été vérifié, la loi a été présentée hâtivement et adoptée sans discussion aucune des objections gouvernementales. Cela confirme l’intérêt obscur d’approuver une loi sans légitimité aucune, sous la table et en évitant le débat public.

Ces faits lamentables soulèvent de graves objections et portent à croire que la procédure a été irrégulière ou, du moins, contraire à l’éthique. Ils confirment que le gouvernement a mis en oeuvre une stratégie perverse et malintentionnée pour étouffer les critiques au code forestier et pour éviter toute modification substantielle du cadre juridique, de manière à faciliter aux grands investisseurs l’accès privilégié aux forêts du pays. Tout le long du processus, il a été évident que les principales entreprises privées, en étroite collaboration avec Chemonics (USAID) et les ministères de l’agriculture et de l’environnement, faisaient pression pour que le congrès approuve le code, en passant outre aux critiques sérieuses et réitérées de divers secteurs de la société colombienne.

De même, il a été évident que les parlementaires n’avaient reçu la Gazette du Congrès nº 50, qui contient les objections du gouvernement, que le 24 mars 2006. Le débat n’a donc pas été préparé. Malgré l’acceptation de 10 objections, la loi a été approuvée telle qu’elle est sortie de la Commission V de la Chambre qui, en fait, n’a pas touché à sa structure, ses objectifs ni sa portée, et ne s’est occupée que de « nettoyer et préciser le langage » de manière à surmonter les obstacles constitutionnels de type formel.

L’objectif était de dissimuler certains aspects pervers de cette loi, en particulier en ce qui concerne l’avenir des forêts domaniales et de celles appartenant aux communautés indigènes et afro-colombiennes. Il est évident que la plupart des membres du Congrès et le gouvernement national traitent avec irresponsabilité un thème aussi grave pour le pays que la préservation et la gestion durable du patrimoine naturel de la nation, l’un des écosystèmes de forêts les plus importants pour la planète. Après la procédure aberrante adopté dans les sessions du Congrès, le code n’attend plus que la sanction présidentielle.

Nous appelons les organisations autochtones, paysannes, afro-colombiennes et écologistes, ainsi que les personnes qui considèrent que les droits patrimoniaux des forêts de la nation et des communautés autochtones, afro-colombiennes et paysannes ont été violés, à manifester leur opposition à ce Code forestier préjudiciable et à entreprendre des actions pour la préservation des forêts, pour les générations présentes et futures du pays. De même, nous demandons que soit reconnue l’importance de la gestion appropriée, durable, responsable, participative et autonome des véritables propriétaires des forêts colombiennes, qui sont ceux qui les conservent et les enrichissent.

Plusieurs organisations colombiennes sont en train de promouvoir une campagne contre cette loi. Nous prions ceux qui souhaitent y adhérer de manifester leur appui à l’adresse électronique suivante : bosques@censat.org.

Grupo Semillas - Censat Agua Viva, Les Amis de la Terre - Fondation Swissaid- Paula Álvarez - Consejo Comunitario de la comunidad negra del río Cajambre- Cecoin - Consejo comunitario del río Naya - Consejo Comunitario de Cupica - Cabildo Embera Katío del Alto San Jorge - Mesa de manglares del Pacífico - Unión Territorial Interétnica del Naya - Consejo Comunitario del Naya - Fondation Jenzerá - REDJUAN - Re-movilidad Sustentable - Proceso de Comunidades Negras, PCN - Friends of the Earth International - COECOCeiba, Les Amis de la Terre Costa Rica - Programme Forêts des Amis de la Terre International - Mouvement mondial pour les forêts tropicales, WRM – RAPAL Uruguay - REDES, Les Amis de la Terre Uruguay - Eco La Paz Argentina - Organización Nacional Indígena de Colombia, ONIC. D'autres signatures suivent


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Guyana : le certificat controversé délivré à Barama ternit encore la réputation du FSC

La certification par le FSC d’une grande opération forestière a de nouveau fait lever les sourcils aux forestiers, aux écologistes et aux militants des droits de l’homme. En Guyana, la société de certification suisse SGS Qualifor vient de délivrer un certificat FSC au géant malais-coréen de l’exploitation forestière, Barama Company Limited (BCL), qui exploite une concession de 1,69 million d’hectares dans le Nord-Ouest du pays. BCL appartient à la transnationale sud-coréenne Sun Kyong et à l’entreprise malaise Samling Timbers Sdn Bhd, dont l’exploitation forestière des terres ancestrales des Penan au Sarawak, en Malaisie, continue de soulever des protestations.

Au moment où la concession guyanienne a été octroyée à BCL en 1991, dans des circonstances qui étaient loin d’être transparentes, l’entreprise a bénéficié d’une large période d’exemption d’impôts. Les termes de l’accord étaient si généreux qu’ils ont été fortement dénoncés par les politiciens de l’opposition au milieu d’accusations de corruption, et qu’ils ont été mis en question par des institutions comme l’Institut des ressources mondiales. Même le gouvernement britannique, qui a appuyé par la suite le « développement » du secteur forestier de la Guyana, a admis que le contrat était trop généreux et devrait être revu.

Pendant les années 1990, BCL a mené ses opérations forestières depuis l’extrémité nord de sa concession, pénétrant vers le Sud dans les forêts autour d’Arakaka et de Matthew’s Ridge et transportant les grumes dans des péniches qui descendent le courant depuis le port de Kaituma et longent la côte vers l’Est jusqu’à l’usine de contre-plaqué située à Land of Canaan, près de la capitale Georgetown. Ces opérations ont été dénoncées par l’Association des Peuples amérindiens, la principale organisation indigène nationale, qui a documenté que les activités de BCL avaient ignoré les droits indigènes, rasé des cimetières au bulldozer, réinstallé de force des villageois amérindiens pour faire place au bassin de stockage de bois et permis que l’environnement local soit dévasté par les chasseurs et les miniers qui pénétraient dans la zone par les pistes d’extraction de bois. Le gouvernement a mis dix ans à régulariser la situation foncière des Indiens caraïbes de Baramita, sur le bord occidental de la concession, mais bien d’autres établissements amérindiens n’ont toujours pas de titres de propriété et ne sont pas encore reconnus. Quant à la fabrique de contre-plaqué proche de Georgetown, elle n’a cessé d’avoir des conflits insolubles avec les ouvriers.

BCL a argumenté qu’elle avait des difficultés à gagner de l’argent dans son énorme concession du Nord-Ouest parce que les forêts de cette région ne donnaient que des arbres de baromalli d’un diamètre relativement petit. Elle commença donc à acheter du bois de meilleure qualité à d’autres concessionnaires, et même à conclure des marchés controversés et mal contrôlés avec des communautés amérindiennes, le tout conduisant à la surexploitation forestière et à la division au sein des communautés.

Au cours des trois dernières années, BCL a changé de base d’opérations. Elle a abandonné Port Kaituma et acquis des droits sur 300 000 hectares additionnels le long des berges du fleuve Essequibo, où elle a commencé à ouvrir de nouvelles pistes qui partent de Buck Hall à l’Est, traversent la zone en question et aboutissent dans sa propre concession. Elle a aussi contacté des organismes de certification pour obtenir des certificats sur ses opérations.

Les forestiers locaux ont été alarmés par la hâte avec laquelle BCL essayait d’obtenir un certificat. Tout en rejoignant d’autres entreprises forestières et des conservationnistes dans une initiative nationale pour définir des normes FSC pour la Guyana, BCL a demandé aussi une certification suivant les critères généraux du FSC, que SGS Qualifor a adaptés à la Guyana au moyen de consultations. Il y a eu un scandale en 2003, lorsqu’il a été divulgué que BCL avait insisté pour qu’on supprime les plaintes des Amérindiens sur ses opérations dans le procès-verbal d’une assemblée d’actionnaires. Les forestiers guyaniens ont mis en doute également la bonne foi de BCL dans le processus d’établissement des normes nationales. Ils demandaient pourquoi cette société n’attendait pas les résultats de l’Initiative nationale pour la certification forestière, au lieu de pousser pour obtenir un certificat suivant les critères génériques de SGS Qualifor.

SGS Qualifor a certifié les opérations de BCL le 17 février 2006 et publié peu après sur la Toile un résumé de son rapport. Il s’agit d’un document bizarre. Au lieu d’examiner le plan de gestion et la performance de toute l’unité d’aménagement forestier, le certificat ne s’applique qu’aux 570 000 hectares des sections 4, 5 et 7 de la concession. L’audit ne considère donc pas les trois premières zones d’exploitation qui ont soulevé tant de controverses, situées à Port Kaituma, dans le Nord de la concession. Il ne considère pas non plus les deux derniers secteurs de coupe, où l’entreprise sera en contact avec les communautés amérindiennes du fleuve Cuyuni, dans le Sud. L’audit semble ignorer absolument les inquiétudes suscitées par les conflits dans la fabrique de contre-plaqué et par l’achat de bois à l’extérieur de la concession. La « certification partielle » semble avoir pris une dimension nouvelle.

En annonçant le certificat FSC au cours d’une conférence de presse tenue le 26 mars à Georgetown, capitale de la Guyana, BCL a déclaré que ses opérations n’avaient produit aucun bénéfice en 15 ans ! (Les observateurs cyniques se sont rappelés les célèbres opérations forestières japonaises et malaises en Papouasie-Nouvelle-Guinée, qu’on avait réussi à présenter comme non rentables grâce au transfer pricing, une technique d’évasion fiscale). Or, si BCL n’a rien gagné, comment peut-elle avoir été certifiée par le FSC, dont un des principes essentiels est que les opérations doivent être « économiquement viables » ? Et si l’entreprise n’a rien gagné après avoir exploité presque 1/5 des « forêts permanentes » de la Guyana, qui en a profité ? L’exemption d’impôts dont elle a bénéficié fait que le ministère des finances n’a reçu pratiquement rien. Les Amérindiens se sont plaints avec véhémence depuis le début des opérations. Quant aux habitants de Port Kaituma, ils regrettent que le boum temporaire de l’emploi des années 1990 soit déjà fini, ne leur laissant que du gibier exterminé, des forêts détruites et des installations qui tombent en ruines. Est-ce là la « gestion durable des forêts » que le FSC doit promouvoir ?

Le certificat délivré à BCL a été claironné comme « le plus grand block de forêt tropicale du monde certifié par le FSC ». Passez-moi le sac vomitoire s’il vous plaît...

Marcus Colchester, Forest Peoples Programme, adresse électronique : marcus@forestpeoples.org

Voir l’audit de la SGS sur : http://www.sgs.com/9205-gy_-_barama_ma2005-10_-_ad36a-03_gm.pdf

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