NOTRE
OPINION
–
Le Mondial de football et le Mondial pour la vie
Ces jours-ci, une bonne partie
de la population du monde – et surtout la population masculine
– est rivée aux téléviseurs pour regarder le championnat mondial
de football. Bien que beaucoup soient conscients que le football
n’est plus un sport mais une gigantesque affaire mondialisée où
les joueurs sont presque des gladiateurs « jetables » au service
de grandes entreprises, ils ne peuvent pas s’empêcher de suivre
les matchs, avec plaisir ou avec douleur.
C’est que le football reste
l’un des rares spectacles du monde où les opportunités semblent
égales pour tous, où onze hommes d’un pays disputent la victoire
à onze hommes d’un autre, quelle que soit la puissance économique,
politique ou militaire de l’adversaire à l’extérieur du stade.
Dans un monde dominé par la raison du plus fort – dans le Sud
comme dans le Nord – le sentiment d’égalité que donne le football
est presque unique, et représente peut-être le côté le plus remarquable
de cette compétition, où les pays dits du Tiers Monde ont réussi
à remporter le titre plus souvent que ceux du Nord : le Brésil,
5 fois ; l’Argentine, 2 ; l’Uruguay, 2 ; l’Allemagne, 3 ; l’Italie,
3 ; l’Angleterre 1 et la France 1. Le score : Sud 9, Nord 8.
Or, tandis que se déroule
le championnat mondial, ce monde de fiction qui suscite des joies,
des espoirs et des chagrins, le match véritable, celui où le pouvoir
économique, politique et militaire ont le dessus, se joue toujours
dans des conditions de total déséquilibre et le « fair play »
y brille par son absence.
Prenons le cas de l’Équateur,
dont l’équipe est l’une de celles qui ont éveillé l’espoir de
beaucoup après ses deux premières interventions en Allemagne.
Dans la vie réelle, l’Équateur subit des défaites sévères depuis
des années. Il faut dire que l’arbitre – le gouvernement – a généralement
donné des cartons rouges aux représentants du peuple et rien que
des jaunes, dans le meilleur des cas, à ceux des sociétés nationales
et multinationales. Il a sanctionné le peuple pour des fautes
et des hors-jeu imaginaires et fermé les yeux aux penaltys les
plus flagrants des entreprises. Ceux qui repr dans ce cas l’équivalent
de la FIFA - la Banque mondiale et le Fonds monétaire – ont systématiquement
sanctionné les joueurs indigènes, noirs et pauvres, tout en imposant
à l’arbitre de service des règles du jeu favorables à l’équipe
des entreprises. Le résultat pourrait être représenté par les
scores suivants :
Entreprises crevettières 5
– peuples noirs de la mangrove 2
Entreprises pétrolières 10 – peuples indigènes amazoniens 5
Entreprises forestières 8 – peuples des forêts 3
Entreprises de palmier à huile 6 – peuples indigènes et noirs
1
Entreprises de plantation d’arbres 5 – peuples indigènes et noirs
3
Dans tous ces matchs, les
peuples ont le dessous. Pourtant, il est important de souligner
que les buts – parfois remarquables – qu’ils ont marqués sont
relativement récents, tandis que ceux des entreprises n’ont pas
été nombreux ces dernières années et que celles-ci se tiennent
sur la défensive. On voit même, à l’occasion, que l’arbitre applique
des pénalités aux entreprises (comme dans le cas récent de la
pétrolière Oxy, dont le contrat a été résilié) ou qu’il feint
de ne pas voir les fautes commises par le peuple (comme lorsque
les communautés locales ont abbatu les eucalyptus de l’entreprise
japonaise Eucapacific). Même la « FIFA » semble fermer les yeux.
D’autre part, il faut signaler
que le mot d’ordre des supporters équatoriens est « Oui, on peut
! », et que leur chant dit « Allons-y, Équatoriens, ce soir il
faut gagner ! ». Il est intéressant de constater que les mêmes
paroles ont été utilisées pour renverser le président. Le dernier
soir des mobilisations passées tout le monde criait dans les rues
: « Allons-y, Équatoriens, ce soir il doit tomber ! ». Et le président
est tombé. Buuuuut !
Bien que l’Équateur vienne
d’être éliminé par l’Angleterre dans le présent Mondial de football,
dans le match pour la vie le peuple équatorien gagne du terrain
et avance, de mieux en mieux organisé, vers le terrain de l’adversaire
où il marque d’excellents buts. En jouant depuis l’arrière, l’équipe
équatorienne est en train de réduire l’écart du score. Une équipe
de noirs, d’indiens et de métis, où il y a des hommes et des femmes,
des enfants et des vieillards. Ils ont leurs propres règles du
jeu et, surtout, l’espoir que la victoire est possible. Oui, on
peut !
top
LES
COMMUNAUTÉS ET LES FORÊTS
-
Administrations forestières en Afrique centrale : sont-elles
au service des populations concernées ?
Depuis les années 1990, on
mène grand battage sur les forêts du Bassin du Congo, pour le
meilleur et pour le pire. Et une nouvelle vague environnementale
déferle en République Démocratique du Congo, assez semblable dans
son ampleur au « boom zaïrois » des années 1970. La question que
l’on est en droit de se poser est celle de savoir si les administrations
forestières d’Afrique centrale sont ordonnées aux besoins et aux
aspirations à un mieux-être de leurs populations, étant très souvent
soumises à des facteurs sociologiques insidieux.
D’abord, pour un Africain,
restituer aux populations africaines la visibilité de leurs administrations
forestières constitue un acte courageux pour plusieurs raisons,
les premières étant « qu’on n’aime pas beaucoup ceux qui objectivent
le réel » et les « domaines d’intervention prioritaires dans les
écosystèmes forestiers continuent d’être fixés par des experts
étrangers ». Pourtant les Africains doivent penser eux-mêmes leurs
administrations forestières pour leurs populations; ce qui n’est
pas encore le cas.
Deux fonctions des
administrations forestières d’Afrique centrale
Que l’on pense à deux fonctions
principales des administrations forestières d’Afrique centrale
: la production du bois et la conservation de la diversité biologique.
Malgré la diversité de leurs formes, ces fonctions ne s’accomplissent
pas de façon satisfaisante. Par exemple, toutes (ou presque) les
villes consomment principalement les déchets des scieries; nombre
de villages manquent de bois alors que les pays en exportent;
la construction des marchés sous-régionaux ou régionaux de produits
forestiers légaux traîne tandis que la protection du marché européen
se renforce.
En ce qui concerne la conservation
de la diversité biologique, elle pose problème, même si elle procède
d’ambitions nobles et même si des expérimentations sont en cours.
Plus d’une décennie après le démarrage des premiers d’entre eux,
la plus grande partie des programmes de gestion participative
des aires protégées qui sont exécutés sous l’égide des organisations
internationales de conservation de la nature semblent ne contribuer
ni à la durabilité de la biodiversité ni à l’amélioration des
conditions de vie des populations directement concernées. En atteste
la récente revue des différents projets de gestion des aires protégées
en Afrique centrale (Ndinga, 2005). Non seulement les populations
riveraines de ces espaces continuent d’avoir des problèmes de
nutrition, de santé et d’éducation, mais encore elles sont soumises
à des restrictions qui bouleversent leur vision intérieure de
l’harmonie des éléments de leur milieu, sans que se matérialise
leur participation à la protection des ressources des aires protégées,
si souvent annoncée par les organismes internationaux.
Tout ce qui précède invite
à la réflexion. Historiquement, il est acquis que c’est dans la
ressource des personnes capables de tirer les bénéfices de l’emprunt
à diverses sciences (droit, sciences politiques, économiques,
sociales, historiques et géographiques ainsi que les sciences
naturelles liées à l’environnement, en particulier à la forêt)
pour l’évolution du secteur forestier que les réponses aux enjeux
de ce secteur peuvent être trouvées. A notre avis, c’est là le
point où la prospective forestière est susceptible de favoriser
la création des conditions de la maîtrise des figures d’ajustement
des fonctions des administrations forestières d’Afrique centrale
aux besoins et aux aspirations des populations directement concernées.
Parce que seule la capacité des Africains à penser eux-mêmes la
diversité des enjeux dont leurs forêts sont le théâtre peut aider
à :
- ordonner leurs administrations forestières à ces besoins, et
- bouleverser le régime de la diffusion aveugle des idées, des
traditions et des approches étrangères de conservation de la biodiversité
dans leurs pays.
Les modèles de processus
décisionnels dans les administrations forestières d’Afrique centrale
Un autre problème majeur mérite
d’être abordé de façon concomitante : la rationalisation des processus
décisionnels dans les administrations forestières d’Afrique centrale.
A l’un des pôles, se situent les administrations forestières qui
fonctionnent selon un mode de « néo-patrimonialisme rationalisé
». L’administration forestière s’apparente à un ensemble d’entités
tribales et/ou politiques plus ou moins rivales ainsi que d’individus
pris comme autant de sous-systèmes structurés autour du Chef de
l’État ; la mise à jour des routines (opérations forestières traditionnelles),
la redistribution des postes de travail et des ressources forestières
ainsi que la recherche d’une certaine crédibilité auprès des bailleurs
de fonds et des ONG internationales constituent le type dominant
d’actions ; dans ce cas, la proposition centrale de la décision
est le résultat d’un output présidentiel. A l’autre pôle, il y
a les administrations forestières qui ont recours à l’extorsion
et à la prédation violente directe des ressources forestières,
ce qui fait référence au cas les plus extrêmes et les plus sanglants
des systèmes politiques, et « aux Seigneurs de la guerre ». L’administration
forestière est un ensemble d’entités tribales, militaires et/ou
politiques structurées autour des « Seigneurs de la guerre » ;
l’expression de la violence pulsionnelle, la mise à jour des routines,
l’extorsion et la prédation directe des ressources forestières
ainsi que l’instrumentalisation des bailleurs de fonds et des
ONG internationales forment le type dominant d’actions ; la décision
est le résultat d’un output des « Seigneurs de la guerre ». Entre
ces deux extrêmes, se place l’administration forestière rationnelle.
Même si le Chef de l’État demeure l’acteur principal, l’administration
forestière se structure autour des institutions de l’Etat, des
textes régissant celles-ci ainsi que des valeurs de la Nation
; la recherche des réponses à la demande sociale des produits
forestiers ainsi que des services environnementaux est le type
dominant d’actions ; la décision est une réponse calculée à un
problème national stratégique.
Soulignons qu’il s’agit là
de modèles. Car l’univers des administrations forestières d’Afrique
centrale est – évidemment - hétérogène. Les « néo-patrimonialistes
rationalisés », les « Seigneurs de la guerre », les acteurs rationnels
sont le plus souvent mêlés, chacun jouant, à des degrés variables,
comme acteur dominant. Néanmoins, les modèles dégagés favorisent
la compréhension de la sociologie des administrations forestières
en Afrique centrale et les processus décisionnels au sein de celles-ci.
C’est le point où la réflexion est susceptible d’emprunter les
chemins de la rationalisation de ces processus.
Les facteurs internes
d’inflexion des décisions
Dans cette perspective, transparaît
la nécessité de visualiser les facteurs significatifs influençant
les décisions dans les administrations forestières d’Afrique centrale.
Le « néo-patrimonialisme » privilégie les déviances et le conformisme,
des faits massivement attestés qui permettent d’affirmer que John
Meynart Keynes – pour ne citer que lui - n’aurait jamais pu faire
carrière dans ces administrations. Au-delà, l’histoire et les
identités des Africains du Centre, même si elles sont remarquables
à bien des égards, ont, en longue période, toujours été ouvertes
à des réseaux d’activités plus ou moins avouables. C’est pourquoi,
nombre d’Africains du Centre, qu’ils soient Hommes/Femmes d’Etat
ou non, font référence à leur volonté de s’engager au service
de leurs pays, en même temps qu’ils continuent, dans les actes,
à légitimer les déviances, à en opposer une faible résistance
et à développer des stratégies d'atomisation de leurs institutions
forestières, en toutes sortes d'actants qui se concurrencent pour
accéder au statut d'interlocuteur des experts étrangers, des organisations
internationales ou des bailleurs de fonds.
Ainsi, contrairement à certaines
idées, les facteurs internes significatifs pour l’amélioration
des décisions dans les administrations forestières d’Afrique centrale
ne sont pas que de l’ordre de la quantité (effectifs et importance
des moyens financiers), mais de la qualité des hommes et du contexte
institutionnel. Par exemple, l’administration forestière congolaise
(République du Congo) qui ne comptait aucun ingénieur des Eaux
et Forêts en 1960 en a plus de 200 aujourd’hui ; son budget, insignifiant
en 1960, atteint plusieurs milliards de FCFA aujourd’hui. Presque
tous les autres pays d’Afrique centrale ont connu des évolutions
similaires. Cependant la gestion forestière dans ces pays est
plus lamentable actuellement qu’en 1960 si l’on considère la généralisation
de la corruption, la dégradation des forêts, la raréfaction du
gibier ou la violence pulsionnelle au sein des administrations
forestières.
Les facteurs externes
d’inflexion des décisions
Outre les facteurs évoqués
précédemment, la mondialisation et l’inscription des Africains
du Centre dans des réseaux de plus en plus denses de liens internationaux,
amicaux et d’intérêts divers ont non seulement des effets positifs
mais aussi des effets de contrainte émoussant leur engagement
au service de la cause de leurs écosystèmes forestiers. En raison
à la fois de l’hégémonie occidentale, de la culture de la sociologie
des relations internationales dans les pays occidentaux et de
la faiblesse du sentiment national chez les Africains.
En addition, les diplomaties
ont une influence considérable sur leurs processus décisionnels
dans les administrations forestières d’Afrique centrale. La diplomatie
occidentale officielle, même présentant un « caractère généreux
», a un versant qu’il convient de maîtriser, particulièrement
sur le terrain de la compétition forestière. Parce que cette diplomatie
est souvent au service des forces dont les actions, dans le passé,
ont été déstructurantes et appauvrissantes pour l’Afrique centrale
; des forces dont la préoccupation première est leur intérêt personnel
mais qui instrumentalisent la puissance de leur État et les conventions
internationales ; des forces qui, sur le terrain de la conservation
forestière, développent des stratégies croisées de lutte contre
d’autres puissances. Tandis que la diplomatie d’Afrique centrale
n’a, pour l’instant, d’autre fécondité que purement brouillonne,
impuissante, laissant les écosystèmes forestiers libres (ou presque)
à des acteurs qui ordonnent les décisions des administrations
forestières africaines à leurs intérêts.
En complément de la diplomatie
officielle, il y a les « diplomaties non gouvernementales ». Elles
ne se limitent pas aux actions menées à travers des organisations
éponymes. Pluriséculaires, ces diplomaties sont multidimensionnelles,
multidirectionnelles, avec des acteurs multiples et divers. On
retiendra ici la contribution de la « langue habile » ou du «
beau discours » à la réussite de leurs objectifs. Pris par la
noblesse de ceux-ci et le souffle de la générosité que ces diplomaties
affichent, les Africains du Centre regardent peu les distorsions
qu’elles induisent dans les décisions de leurs administrations
forestières. En effet, nombreux sont les bonnes âmes qui se déclarent
les avocats des forêts du Bassin du Congo et qui, au bout du compte,
dans un jargon d’érudits, instrumentalisent les Africains, promeuvent
la corruption et le clientélisme ou apportent leurs appuis à des
hommes politiques véreux. Par exemple, un Africain, fonctionnaire
d’une ONG internationale, qui fabriqua un faux rapport de mission,
fut propulsé au poste d’auditeur de cette organisation. Et à un
autre Africain, pourtant compétent, on conditionna son recrutement
à un poste à l’échelle sous-régionale à son alignement sur les
positions d’un ministre qui, si les sources disent vrai, n’est
pas un référent en matière de bonne gouvernance politique et économique.
Conclusions
Il convient d’abord de renforcer
les capacités des Africains à penser eux-mêmes les fonctions de
leurs administrations forestières. Ensuite, il faut établir que
la réflexion sur ces administrations par l’analyse des facteurs
les affectant, y compris les diplomaties, n’est pas une hérésie
intellectuelle ou diplomatique. D’ailleurs, cette démarche n’est
pas entièrement nouvelle ; elle prolonge les efforts engagés depuis
des décennies par quantité d’auteurs notamment dans le domaine
de la sociologie des relations internationales ; elle donne une
visibilité sociale à des facteurs souvent ignorés qui expliquent,
en grande partie, l’inefficacité des nombreuses mesures prises
lors des conférences, des séminaires ou des ateliers.
Cette approche est d’autant
plus opportune que, comme c’est le cas, les administrations forestières
d’Afrique centrale sont plus ouvertes aujourd’hui qu’elles ne
l’étaient en 1960. Dans ce contexte, ce n’est pas la discrétion
des acteurs qui favorisera la prise en compte des préoccupations
des populations africaines dans les fonctions des administrations
forestières mais plutôt le soutien des opinions publiques et des
entreprises. C’est dire que la rationalisation des processus décisionnels
dans ces administrations passe, avant tout, par une pédagogie
publique sur la sociologie de ces administrations et sur celle
des relations internationales.
En outre, quand un acteur
d’un développement dit durable donne seulement à vomir l’honnête
homme qu’il est censé aider, il paraît difficile de soutenir qu’il
est destiné, comme ce devrait être sa mission, à promouvoir un
mieux-être en Afrique centrale. Dans ce cas, si la communauté
internationale ne travaille pas à ce que cet acteur soit éloigné
des forêts africaines, elle participe à la mauvaise gouvernance
forestière, à un développement non durable.
Enfin, si l’on examine les
fonctions des administrations étudiées, on conviendra de la nécessité
de la construction des marchés nationaux, sous-régionaux et régionaux
des produits forestiers de qualité. Sans doute, pour que les administrations
forestières soient ordonnées aux besoins et aux aspirations à
un mieux-être des populations d’Afrique centrale, ces actions
seront insuffisantes. Cependant, des pas importants seront faits
qui devront être renforcés dans le futur grâce à un meilleur encadrement
des impétrants, à l’expérience rationnelle et au soutien notamment
des opinions publiques à la bonne cause.
Par Assitou Ndinga, Email
: ndinga_assitou@yahoo.fr
Ndinga, A., Gestion des forêts d’Afrique centrale. Avec ou Sans
les concernés ? L’Harmattan, Collection «Études Africaines», Paris,
2005
top
– Cambodge : les conclusions du Panel d’inspection
condamnent
un projet forestier de la Banque mondiale
D’après
Global Witness, un document du Panel d’inspection de la Banque
mondiale [1], qui a filtré, adresse de nombreuses critiques à
un projet d’aménagement forestier mené par cette Banque au Cambodge,
car il a n’a pas respecté les mesures de précaution internes,
a ignoré les communautés locales et a échoué dans son objectif
de réduire la pauvreté. Global Witness est une organisation internationale
apolitique. Son activité est centrée sur les rapports entre l’exploitation
des ressources naturelles et le financement des conflits et de
la corruption. Elle a été co-nominée pour le Prix Nobel de la
Paix 2003 pour son travail de découverte sur le financement des
guerres civiles en Afrique par les diamants.
En
1971, les forêts du Cambodge couvraient 73 % du pays, mais elles
furent décimées au cours de la guerre civile par l’exploitation
illégale et non durable. Au début des années 1990, le gouvernement
cambodgien octroya secrètement 32 concessions d’exploitation forestière
à des entreprises privées, dont beaucoup appartenaient à des étrangers.
La plupart de ces entreprises continuèrent l’extraction illégale
et non durable, en quête de profits rapides. La justification
du système de concessions était qu’il représentait une source
permanente de revenus qui pouvaient être destinés au développement
du Cambodge ; cependant, entre 1994 et 2000 le gouvernement ne
reçut que 92 millions de dollars de redevances. Pendant la même
période, les politiciens et les militaires firent d’énormes profits
grâce à l’extraction illicite de bois.
Une
évaluation faite en 2000 par la Banque asiatique de développement
décrivit ce régime de concessions comme « un échec complet ».
Pourtant, la même année la Banque mondiale mit en route un Projet
pilote de gestion et de contrôle des concessions forestières (PPGCCF),
dont le but était de démontrer que le système de concessions pouvait
fonctionner. Le projet était orienté à aider les concessionnaires
à remplir les conditions fixées par le gouvernement pour les nouveaux
plans de gestion durable des forêts (PGDF) et pour les évaluations
des conséquences pour l’environnement et la société (ECES), avant
de poursuivre l’exploitation forestière. Or, pour que le projet
puisse atteindre ces objectifs la Banque avait besoin du maintien
du système de concessions et d’au moins quelques-unes des entreprises
déjà en place. Ainsi, en 2004 le PPGCCF recommanda au gouvernement
cambodgien d’accepter les PGDF et les ECES de six concessionnaires.
Les six avaient enfreint la loi ou les termes de leurs contrats.
Certaines d’entre elles étaient une couverture pour les intérêts
des membres de la famille de quelques fonctionnaires haut placés.
Lorsqu’il
devint évident, en 2005, que le projet n’améliorait pas la situation
mais qu’il l’aggravait, les communautés locales présentèrent une
plainte au Panel d’inspection de la Banque. Ces communautés considéraient
que le projet favorisait les intérêts des mêmes entreprises qui
avaient déjà porté atteinte à leurs moyens de vie. En fait, si
le Panel ne condamne pas le système de concessions lui-même, il
conclut que le projet « ne semble pas avoir tenu compte de l’objectif
principal, qui était d’utiliser le potentiel des forêts pour atténuer
la pauvreté ».
La
plainte présentée au Panel accusait le projet de plusieurs autres
défaillances graves dans sa conception et sa mise en oeuvre. D’après
Simon Taylor, directeur de Global Witness : « Les conclusions
du Panel d’inspection révèlent à quel point la Banque était disposée
à transgresser ses propres réglementations pour que le projet
réussisse ».
Dans
un rapport accablant, le Panel affirme que la Banque a outrepassé
à plusieurs reprises ses propres politiques de sauvegarde dans
divers domaines ; ses commentaires sont rapportés ci-dessous.
*
La consultation lors de l’élaboration des plans de gestion. Le
projet a permis aux entreprises concessionnaires de se charger
des consultations avec les populations sur l’usage futur des forêts.
« L’idée de laisser les concessionnaires se charger des consultations
de la population ou des évaluations des ressources est une erreur
très grave, d’autant plus que les concessions forestières exploitaient
une ressource dont les paysans pauvres étaient tributaires pour
une partie importante de leur subsistance. »
*
Les évaluations environnementales. La Banque a mal classé les
surfaces boisées, permettant que des régions de grande valeur
écologique soient affectées à l’exploitation commerciale. « Il
est indéniable que la forêt de Prey Long mérite d’être considérée
comme une forêt de grande valeur écologique ; ceci aurait dû être
évident pour le personnel de la Banque, tant au moment de la conception
que lors de la mise en oeuvre du projet. »
*
Les peuples autochtones. Les peuples autochtones du Cambodge habitent
surtout dans les régions du Nord et du Nord-Est du pays, c’est-à-dire
dans les mêmes régions où se trouve l’essentiel du système de
concessions forestières. Suivant les directives de la Banque,
lorsque les projets d’investissement affectent les peuples autochtones
il faut prévoir un Plan de développement destiné à assurer que
l’investissement en question leur soit profitable. Cela n’a jamais
été fait. « Si ces plans avaient existé, il aurait été possible
de reconnaître et de corriger une bonne partie des inconvénients
que comportait le Projet. »
*
La propriété culturelle et spirituelle. Les directives de la Banque
visent à conserver les zones d’importance culturelle, et non à
les éliminer. Pourtant, le projet a laissé à des entreprises concessionnaires
douteuses le soin d’identifier les régions d’importance culturelle
et spirituelle à l’intérieur des zones d’abattage. Il y avait
parmi elles des Forêts sacrées et des sites archéologiques importants.
Le Panel a trouvé que cela n’était « pas compatible » avec les
critères de précaution de la Banque.
*
L’incidence sur la société. Le Panel a trouvé que l’absence d’une
évaluation sociale spécifique pour ce projet discréditait gravement
la capacité de la Banque à respecter ses propres politiques opérationnelles.
Par exemple, la Banque ne reconnaissait pas que la coupe d’arbres
à résine effectuée par les concessionnaires forestiers portait
un préjudice grave aux moyens de vie des populations locales.
La résine de plusieurs essences de la famille des dipterocarpaceae
est un produit de grande valeur économique aussi bien au Cambodge
qu’ailleurs. D’après des études récentes, au moins 100 000 paysans
cambodgiens tirent une partie de leurs revenus de la récolte de
résine. Le Panel a signalé que la Direction de la Banque avait
reçu des informations sur ce problème à plusieurs reprises et
de nombreuses sources, et il a conclu : « il est absolument clair,
non seulement que la Banque aurait dû connaître l’importance de
l’extraction de résine pour les communautés tributaires des forêts
et le préjudice que leur portait la coupe illégale de résineux,
mais qu’effectivement elle était au courant du problème ».
*
L’acceptation des plans de gestion de six entreprises concessionnaires
qui n’atteignaient pas le niveau d’exigence requis. « Le Panel
estime que les PGDF et les ECES avaient des défauts dans presque
tous les domaines, aussi bien dans leur conduite que dans leur
contenu. »
Tout
en applaudissant les conclusions du Panel, qui montrent à quel
point le projet est défectueux, Global Witness se demande maintenant
ce que la Banque va faire à ce propos.
Le
président de la Banque mondiale Paul Wolfowitz, a affirmé que
le Panel est très important pour surveiller les performances de
la Banque, comme ce récent rapport semble le prouver. D’après
Simon Taylor, « si la Banque prend les choses au sérieux, elle
doit faire en sorte que les responsables de ce désastre en répondent
et veiller à ce que d’autres projets forestiers, par exemple ceux
de la République démocratique du Congo, ne soient pas en train
de reproduire les mêmes erreurs. D’une manière générale, la Banque
doit repenser ses méthodes de travail lorsqu’il s’agit de milieux
fortement corrompus comme celui du Cambodge, pour que ses efforts
soient profitables aux pauvres plutôt qu’aux élites locales ou
à des entreprises privées suspectes ».
Depuis
que le Panel d’inspection a lancé son enquête, la Banque a retiré
son soutien au système de concessions forestières et à ceux qui
travaillent dans ce secteur, et elle préconise une série d’approches
différentes de la gestion forestière, qui mettent davantage l’accent
sur le rôle des communautés locales.
«
Ce revirement tardif de la politique pour le secteur forestier
du Cambodge est le bienvenu, mais il faut attendre le passage
aux actes. Il faut voir si la Banque fera jouer de concert son
influence politique et sa capacité interne pour que ce paquet
de mesures plus appropriées soit réellement mis en oeuvre », a
dit Taylor.
La
demande d’inspection du PPGCCF fut adressée au Panel d’inspection
en février 2005 par l’ONG Forum sur le Cambodge, que les plaignants
avaient désignée pour les représenter. Ce document peut être téléchargé
sur le site Web du Panel d’inspection, ainsi que la réponse de
la direction de la Banque et l’évaluation et recommandations du
Panel d’inspection : http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/EXTINSPECTIONPANEL/0,,contentMDK:20387088~
pagePK:64129751~piPK:64128378~theSitePK:380794,00.html. Le document
d’information élaboré par Global Witness, qui examine dans le
détail les raisons d’enquêter sur le PPGCCF, fut présenté au Panel
d’inspection en février 2005 avec la demande d’inspection. Il
peut être téléchargé depuis
http://www.globalwitness.org/campaigns/forests/cambodia/briefing.php.
[1]
Le Panel d’inspection de la Banque mondiale fue créé en 1993 afin
d’augmenter la responsabilité de la Banque à l’occasion de ses
prêts et de fournir aux populations un forum de dernier ressort
où elles puissent exiger que les politiques et les conditions
des prêts de la Banque respectent leurs droits.
Eleanor
Nichol, Global Witness, adresse électronique : enichol@globalwitness.org
top
– Costa Rica : les Gringos débarquent
à Tortuga Landing
Un ordinateur. Voilà ce que
le Nord-américain Paul Lambert, représentant de la société Tortuga
Landing, a offert au ministère de l’environnement et de l’énergie
(MINAE) en guise de compensation pour avoir construit un chemin
de 105 mètres de long et quatre de large, et pour avoir annulé
la régénération naturelle d’une forêt de la zone maritime terrestre
de Quepos, localité du Pacifique central. Cela s’est produit pendant
une audience de « conciliation » qui a eu lieu le 17 février dernier
au Tribunal environnemental administratif (dossier nº 184-05-3-TAA).
Quelque temps plus tôt, le
16 mai 2005, alors qu’elle ne savait rien encore du chemin ni
de la coupe, la Fédération du Costa Rica pour la conservation
de l’environnement (FECON) avait déposé une plainte contre Paul
Lambert auprès du Procureur général de la République (dossier
nº 05-007294-647-PE), et demandé la collaboration des autorités
pour enquêter sur ce qui se présentait comme un cas de vente frauduleuse
de terrains dans la forêt mentionnée qui, faisant partie du patrimoine
national et appartenant à l’État, est imprescriptible et inaliénable.
En un mot, elle n’est pas propriété privée.
Tortuga Landing avait publié
sur le site www.latitude9.com
une annonce qui proposait une forêt paradisiaque au bord de la
mer tropicale à Punta Quepos et montrait le croquis du projet
d’urbanisation constitué par quinze parcelles exclusives, dont
neuf se trouvaient dans la zone maritime terrestre. Les parcelles
étaient marquées SOLD (vendu en anglais), à l’exception d’une
seule, dont le prix était de 450 000 dollars.
Le texte en anglais annonçait
: « Dernière parcelle en vente à Tortuga Landing ! Tortuga Landing
est une communauté privée, située dans une forêt tropicale exubérante,
sur une baie privée... La plage de sable privée est l’un des derniers
points précolombiens d’arrivée de tortues marines préservé à l’état
naturel... Une de ces parcelles d’environ trois-quarts d’hectare
est située sur le côté droit de la plage et entourée de forêt
vierge. Une des dernières opportunités de la zone en bordure de
la mer ! » (Une fois la plainte déposée, le texte et les images
de l’annonce ont été retirés de la page Web et remplacés par d’autres.)
Lorsque j’ai pris connaissance
de cette plainte devant le Tribunal environnemental, j’ai demandé
à me constituer partie et c’est ainsi que j’ai obtenu des renseignements
révélateurs :
- En 1998, Paul Lambert avait
commandité l’élaboration du Plan régulateur Playa Pará (un plan
d’aménagement territorial), qui tient compte d’une partie seulement
de la plage (700 mètres) et qui est fait sur mesure pour le projet
Tortuga Landing. Ce Plan régulateur est maintenant contesté.
- Ni Paul Lambert ni Tortuga
Landing n’ont de concession approuvée à Playa Pará.
- Pour approuver l’octroi
d’une concession à Paul Lambert, la municipalité d’Aguirre a mis
comme condition que le chemin soit construit au préalable.
- Avant d’être nommé président
du Tribunal environnemental, Carlos Briceño Obando avait été fonctionnaire
de la présidence de la République et de la municipalité d’Aguirre.
- En matière d’environnement,
Paul Lambert fait appel aux services de la société conseil Alternativas
de Gestión Ambiental Sociedad Anónima (A.G.A.S.A.), constituée
par des membres de l’organisation écologiste du Costa Rica Apreflofas.
Une réflexion pour conclure
: dans ce Costa Rica de plus en plus polarisé, ce n’est pas par
hasard que les trois provinces du littoral (Guanacate, Puntarenas
et Limón), les plus riches en diversité biologique et celles qui
attirent le plus de devises du tourisme, sont celles qui, paradoxalement,
ont les taux de développement humain les plus faibles. Pour satisfaire
les ambitions de quelques-uns, sous prétexte de « promouvoir l’écotourisme
et attirer les investissements étrangers » on est en train de
remplacer de manière irresponsable les tortues et les richesses
naturelles en général par des Gringos, des dollars et... des ordinateurs.
Juan Figuerola, adresse électronique
: juaneco@costarricense.cr
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– Gambie : l’apiculture en tant qu’outil
pour la protection et la restauration de la forêt
Jusqu’au début des années
1900, la Gambie était couverte de forêts denses et presque impénétrables.
Aujourd’hui, il ne reste que quelques rares étendues de forêt
intacte, et 78 % des terres boisées restantes sont classés comme
zones de « végétation de savane arborée et arbustive dégradée
». La cause principale de ce processus de détérioration des forêts
fut l’introduction de l’arachide, qui devint la première culture
d’exportation, destinée surtout à approvisionner le marché français
en huile industrielle et de cuisine.
En Gambie, le moyen le plus
facile et le moins cher de préparer la terre pour l’agriculture
est de la brûler ; ainsi, à la fin de la saison sèche les gens
mettent le feu à des champs petits ou grands. Dans beaucoup de
cas, le feu s’étend jusqu’aux arbres et arbustes voisins, contribuant
à aggraver la dégradation de la forêt. La prévention et le contrôle
des incendies semblent donc essentiels pour protéger les zones
boisées qui restent.
Au cours d’une visite récente
dans le pays, le WRM a interviewé Amadou Ceesay et Ousman Joof,
respectivement directeur général et chef de production de l’Association
nationale d’apiculteurs de la Gambie (ANAG), lesquels ont expliqué
l’importance de leur activité et celle de la gestion communautaire
pour la conservation et la restauration des forêts, surtout en
ce qui concerne la prévention des incendies.
Ils ont dit que la gestion
communautaire des forêts est un projet à long terme et que les
gens ont besoin de trouver des activités forestières génératrices
de revenus. D’après Ceesay, « parmi ces activités, l’apiculture
est l’une des meilleures. À partir du moment où ils ont l’équipement
nécessaire, au bout de deux ou trois mois ils peuvent commencer
à toucher des bénéfices, et le rendement annuel de l’apiculture
est plus élevé que celui de l’agriculture ».
De ce fait, les gens ont intérêt
à protéger la forêt parce qu’ils ont besoin d’une quantité suffisante
d’arbres et de fleurs pour leurs abeilles, de sorte qu’ils entretiennent
ceux qui existent et en plantent d’autres. Avec les ruches, les
communautés forestières sont bien protégées contre les incendies,
non seulement parce que les apiculteurs souhaitent préserver leur
source de pollen mais parce qu’ils doivent protéger les ruches
elles-mêmes, qui sont à l’intérieur de la forêt. Ousman Joof dit
: « Nous jouons le rôle de gardes forestiers : on ne coupe plus,
on ne brûle plus, on plante davantage. Comme nous avons besoin
de fleurs toute l’année, nous plantons des espèces variées. »
Cette activité est développée
conjointement par l’ANAG, le ministère des forêts et les comités
des villages forestiers. L’ANAG se charge de la formation et de
la commercialisation du miel, tandis que le ministère contribue
à l’équipement et au transport.
Il faut signaler que l’apiculture
et la consommation de miel ne sont pas étrangères à la culture
gambienne. Au contraire, il y existe une longue tradition d’utilisation
du miel sauvage, et la plupart des communautés ont des connaissances
traditionnelles en matière d’élevage d’abeilles. Les abeilles
étant originaires d’Afrique, elles sont très résistantes aux maladies.
D’après l’ANAG, « l’idée d’introduire l’apiculture dans les forêts
communautaires est venue des agriculteurs eux-mêmes, et la plupart
du miel produit se vend en Gambie, où il est utilisé aussi en
médecine ». Ils soulignent que « chaque foyer a du miel ». Les
gens pensent maintenant à la possibilité de planter des arbres
pour se procurer d’autres sources de revenus : le miel, la cire,
les fruits, les confitures (de miel et de mangue), le bois de
feu.
De l’avis d’Amadou Ceesay,
l’apiculture « est le moyen le plus rapide et le moins cher de
protéger les forêts, parce que les populations locales en tirent
profit ».
top
–
Inde : le rapport de la Commission parlementaire conjointe, une
victoire pour les habitants des forêts en lutte
Le Forum national des habitants
et travailleurs des forêts (FNHTF) a bien accueilli le rapport
présenté par la Commission parlementaire conjointe (CPC) à propos
du projet de loi sur les droits forestiers, et il espère que le
Cabinet central l’approuvera et l’enverra au parlement. En outre,
le FNHTF reconnaît le rôle joué par le président et les membres
de la CPC, ainsi que celui des autres mouvements sociaux et groupes
d’activistes des forêts qui ont collaboré par leurs suggestions
à l’élaboration du projet de loi et apporté des contributions
à la CPC.
L’actuel gouvernement de l’Alliance
progressiste unie avait présenté au Parlement, le 13 décembre
2005, le « Projet de loi sur les Tribus enregistrées (Reconnaissance
des Droits forestiers), 2005 », et promis de corriger les injustices
passées à l’égard des tribus. Bien que la plupart des organisations
de la société civile et des mouvements de lutte aient bien accueilli
cette initiative gouvernementale, beaucoup ont signalé que le
projet de loi avait une portée limitée et limitait les droits
des tribus enregistrées sur les terres boisées, tout en violant
les droits des habitants des forêts non enregistrés. Le projet
avait été critiqué également parce qu’il ébranlait l’autorité
du gram sabha [conseil villageois], laissait présager des expulsions
massives du fait qu’il fixait 1980 comme date limite, et maintenait
la possibilité de déplacer des milliers de personnes des réserves
et parcs nationaux.
Ainsi, le FNHTF, qui lutte
pour les droits des personnes tributaires des forêts depuis sa
création en 1998, a réclamé une législation forestière plus complète
; l’organisation a été peut-être l’une des premières du pays à
manifester publiquement son inquiétude à propos de la faible portée
du projet et à demander que celui-ci comprenne également les membres
des tribus forestières non enregistrées.
Le FNHTF, ses groupes membres
et les organisations du Nord-Est ont également souligné que le
problème complexe des forêts des États du Nord-Est, de leurs lois
et des rapports entre elles et leurs habitants ne se reflétait
pas dans le projet de loi. Depuis, le FNHTF et d’autres groupes
et mouvements d’activistes n’ont cessé de manifester leurs inquiétudes
aux décideurs et d’intervenir auprès des partis politiques, des
législateurs et des membres du parlement. Le FNHTF a présenté
à la Commission parlementaire conjointe une série détaillée de
modifications qu’il fallait apporter au projet de loi.
Il s’agit d’une véritable
victoire pour le FNHTF, et elle réaffirme notre foi dans le pouvoir
populaire. Néanmoins, nous sommes conscients des nouveaux défis
que cela comporte. Le plus grand de tous consistera à pousser
les deux chambres du parlement à approuver le projet. En outre,
lorsque la loi sera appliquée il y aura probablement des conflits,
et il faut faire les préparatifs nécessaires pour traiter les
situations de ce genre.
Le FNHTF est persuadé qu’il
s’agit là d’une partie seulement d’une question plus large qui
concerne les moyens de subsistance et la propriété des ressources
forestières, et que des problèmes bien plus grands tournent autour
des implications du changement climatique, de l’usurpation des
droits de propriété collectifs, de la destruction des forêts naturelles
en faveur des plantations et de la marchandisation des forêts
au nom du commerce mondial. Les interventions de plus en plus
fréquentes des institutions financières internationales dans le
secteur environnemental du pays sont en train de déplacer les
communautés et de faciliter la transformation de ce secteur en
un objectif commercial.
Il est nécessaire de renforcer
la lutte collective et de faire échouer les initiatives qui vont
à l’encontre de la vie, de la subsistance et de la dignité des
populations forestières. Le FNHTF s’engage à poursuivre le combat
pour les droits de ces communautés.
Ashok Chowdhury, envoyé par
Mamata Dasgh, National Forum of Forest People and Forest Workers,
adresse électronique :
mamata_dash@yahoo.com.
top
– Du Mexique à l’Équateur
: la
fraternité
dans l’histoire, la mémoire et la résistance
De
nombreuses lettres ont été adressées de l’extérieur au gouvernement
de l’Équateur, dans le cadre d’une campagne de soutien aux organisations
sociales et indigènes équatoriennes qui cherchent à éviter l’approbation
dans leur pays d’une législation qui impliquerait l’expansion
des grandes monocultures d’arbres (voir l’article sur l’Équateur
dans ce même numéro du bulletin). Pourtant, nous avons choisi
de publier le texte complet de la lettre du Conseil d’organisations
de médecins et de sages-femmes traditionnels de Chiapas (le COMPITCH),
parce qu’elle reflète le sentiment de nombreuses personnes et
qu’elle sort du coeur d’un peuple latino-américain qui bat en
ce moment à l’unisson du coeur équatorien.
« À Madame Ana Albán Mora,
Ministre de l’environnement de l’Équateur, et... aux autres.
Nous sommes des Mexicains
du peuple, des indigènes mayas, des habitants des forêts de Chiapas,
tous pareillement latino-américains.
Nous constituons l’organisation
de médecins traditionnels la plus large (mais non forcément la
plus importante) de Chiapas, État fédéré sud-oriental du Mexique.
Chez nous sont présentes toutes les tendances politiques, toutes
les religions, toutes les langues indigènes qui sont encore parlées
dans cet État.
Nous ne sommes pas nombreux,
et pourtant... En 2001, après deux années de résistance, nous
avons obtenu l’annulation du projet de bioprospection nord-américain
ICBG Maya. Il y a un an, vingt-quatre heures après une manifestation
éclair, nous avons obtenu l’annulation du projet de loi étatique
qui devait définir (par les entreprises) la richesse biologique
de l’État. Il y a quelques mois, nous avons réussi à neutraliser
le projet de décret de loi fédérale sur l’accès aux ressources
génétiques. La raison de notre opposition et de notre mobilisation
a toujours été la même : l’absence de consultation des intéressés,
en l’occurrence, nous-mêmes et d’autres comme nous, les majorités
sociales.
On nous a dit que la même
chose se passe en Équateur, que le peuple n’est pas convoqué à
participer à la discussion publique d’un processus qui affectera
ses ressources naturelles, les forêts dans le cas présent, mais
que l’on convoque bien, en revanche, la classe industrielle, celle
qui a l’argent.
Nous n’allons pas vous faire
une pétition formelle, administrative, vous demandant de suspendre
ceci ou de modifier cela. Nous vous demandons seulement de prendre
un miroir, de le regarder et de voir ce qu’il reflète, en avant
et en arrière, comme il faudrait toujours regarder les miroirs.
Si celui-ci ne reflète que le présent, c’est-à-dire, la permanence
de ce qui est, eh bien, vous perdez et nos compagnons équatoriens
sont ceux qui gagnent. Car, savez-vous, nos miroirs, ceux du peuple,
reflètent la mémoire et l’avenir, ils montrent d’où vient le visage
qui les regarde mais aussi ce qui viendra à partir du visage que
l’on regarde. Mais ils gagnent aussi, nous gagnons tous, parce
que, contrairement à ce qui se passe dans votre cas, Madame le
Ministre, personne ne nous paie pour que nous défendions les richesses
de nos patries, que nous préservons pour le bonheur de tous ;
et parce que, contrairement à ce qui se passe dans votre entourage,
en le faisant nous nous multiplions.
À l’intention de l’UICN, la
FAO, la Banque mondiale, Tropenbos International, le Ministère
de l’Agriculture des Pays-Bas et le reste, nous ajoutons quelques
prières respectueuses car, connaissant leur histoire récente,
nous concluons que la réflexion qui précède ne serait pas suffisante
dans leur cas.
Depuis le miroir fidèle de
l’histoire, la nôtre et celle de vos propres peuples,
La Direction du Conseil d’organisations
de médecins et sages-femmes indigènes traditionnels de Chiapas
(le COMPITCH).
Président : Manuel Pérez Jiménez
Secrétaire : Domingo López Sántiz
Trésorière : Francisca Pérez Pérez
Fait à Palenque, Chiapas,
Mexique, le 20 juin 2006. »
top
LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE D'ARBRES
– Brésil
: des représentants indigènes font campagne en Europe
pour récupérer leurs terres occupées par
Aracruz Celulose
Paulo
Henrique de Oliveira et Antônio Carvalho ont voyagé en Europe
en avril et mai 2006, afin de faire connaître leur lutte pour
la démarcation des territoires tupinikim et guarani d’Espírito
Santo. Le premier est un leader tupinikim de Caieiras Velhas et
coordinateur de l’Articulation de Peuples indigènes et d’organisations
du Nord-Est, de Minas Gerais et d’Espírito Santo (APOINME) ; le
deuxième est un chef guarani. Ils ont parcouru pendant trois semaines
la Norvège, les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Autriche, où ils ont
parlé à de nombreuses organisations sur les 11 009 hectares de
leurs terres qui sont actuellement aux mains d’Aracruz Celulose,
le géant brésilien producteur de pâte à papier. Paulo de Oliveira
raconte ainsi son voyage :
«
Nous avons quitté le Brésil le 25 avril, dans le but de montrer
ce qui arrive aux peuples indigènes dans notre pays et surtout
dans l’État d’Espírito Santo, où le territoire indigène est occupé
par une entreprise multinationale, Aracruz Celulose S.A., qui
compte certains pays européennes parmi ses actionnaires.
En
Norvège, pays qui a investi 34 millions de couronnes norvégiennes
(environ 4,5 millions d’euros) dans l’entreprise, nous avons eu
une réunion avec la Banque de Norvège, avec des membres du Parlement
et avec le Conseil d’éthique du Fonds gouvernemental des retraites.
Nous leur avons demandé de supprimer toute participation dans
l’entreprise.
Quelques-unes
des usines qui achètent de la pâte à Aracruz sont allemandes.
Là, nous avons participé à des réunions avec certaines d’entre
elles, avec le Forest Stewardship Council (qui a certifié la bonne
gestion d’une partie des opérations d’Aracruz), avec le ministre
du développement, avec des membres du parlement appartenant au
Parti Vert et avec certaines ONG. Nous avons parlé du manque de
respect dont Aracruz Celulose fait preuve à l’égard des autochtones
et de la Constitution du Brésil, laquelle garantit les droits
indigènes. Nous avons demandé aux diverses personnes et organisations
que nous avons rencontrées de faire pression sur Aracruz pour
qu’elle nous rende nos terres, pour qu’elle obéisse aux décisions
du Ministre de la Justice et pour que le gouvernement brésilien
définisse dès que possible les limites des terres des Tupinikim
et des Guarani et fasse respecter la Constitution du pays.
Au
cours du voyage, nous avons pu discuter avec d’autres ONG et renforcer
notre lutte et notre organisation ; en outre, nous avons constaté
que les Européens sont très sensibles à la cause indigène et qu’ils
font tout leur possible pour nous aider. Par exemple, les enfants
d’une école que nous avons visitée avaient entrepris de cirer
des chaussures pour réunir de l’argent et nous aider dans notre
lutte.
J’espère
que ceux que nous avons rencontrés, les politiciens, les entreprises,
le ministre du Développement, le FSC et la Banque tiendront leurs
promesses, et qu’Aracruz nous rendra nos terres. J’espère que
le gouvernement activera le processus de démarcation et que nous
pourrons continuer à lutter pour aider nos frères et soeurs qui
se battent pour leurs terres, leurs droits et leur dignité, car
notre lutte ne se termine pas ici. Ce n’est que le début d’un
combat pour une vie meilleure et une planète meilleure. »
La
lutte des Tupinikim et des Guarani semble porter ses fruits. Le
discrédit international d’Aracruz pour son usurpation des terres
indigènes a été tel que l’entreprise a récemment annoncé sa décision
de « demander le retrait volontaire temporaire du certificat du
FSC (Forest Stewardship Council) concernant les forêts de son
Unité de Guaibá, située dans l’État de Rio Grande do Sul. Cette
certification, délivrée avant l’acquisition de l’unité mentionnée,
avait déjà été revalidée trois fois consécutives et devait arriver
à son terme en décembre 2006 ».
Entre-temps,
Aracruz essaie de masquer son vrai visage en dépensant une fortune
pour disposer d’espaces dans des émissions de télévision, de manière
à toucher une audience très large partout au monde. Au niveau
national, sa dernière publicité durant la Coupe mondiale de football
montre des célébrités du pays, comme Pelé, l’ancien joueur de
football, qui se jettent l’une à l’autre un ballon, tandis qu’une
voix dit : “Aracruz: fazendo um papel bonito lá fora”, c’est-à-dire
« Aracruz joue un joli rôle à l’étranger ». (Le jeu de mots se
perd dans la traduction ; en effet, « papel » en portugais veut
dire aussi bien rôle que papier, ce dernier étant le produit final
de la pâte fabriquée par Aracruz.)
Rien
n’est plus éloigné de la réalité, et les communautés locales le
savent très bien. Le 16 juin, à Jacutinga, une communauté proche
de Linhares située dans le Nord d’Espírito Santo, sept tracteurs
de l’entreprise ont été mis en mouvement pour abattre une partie
de la forêt brésilienne dénommée Mata Atlântica. Bien que l’opération
ait été menée un jour férié, elle s’est heurtée à la ferme résistance
des membres du Mouvement des Petits Paysans qui protègent la région
depuis plus de vingt ans. (Le rapport complet est disponible sur
:
http://www.wrm.org.uy/countries/Brazil/Aracruz_World_Cup.doc).
N’étant
digne de certification ni de confiance, Aracruz ne devrait pas
exister.
top
– Brésil : les conséquences
des plantations d’eucalyptus pour les femmes
L’incidence environnementale
et sociale des plantations d’eucalyptus en régime de monoculture
a été l’objet de bien des études dans de nombreux pays. Néanmoins,
ces études ont souvent ignoré la dimension de genre, passant ainsi
sous silence les effets spécifiques de ces plantations sur les
femmes. Les passages suivants, extraits d’une recherche sur les
plantations et les usines de pâte d’Aracruz Celulose au Brésil,
sont donc très utiles pour éclairer le problème et pour promouvoir
un examen plus attentif de ces conséquences moins bien connues.
« Les femmes indigènes, afro-latines
(quilombolas) et paysannes, qui habitaient avec leurs familles
et communautés les régions envahies par la culture de l’eucalyptus,
jouaient un rôle socio-économique bien défini. D’après le récit
de M. Antônio dos Santos, du village de Pau Brasil, les femmes
indigènes avaient des tâches spécifiques. Elles fabriquaient certains
produits artisanaux, comme des tamis, tandis que les hommes faisaient
des poteries et des avirons. Comme les hommes, elles travaillaient
au potager, plantant et désherbant, et à la pêche. Les femmes
quilombolas, par exemple, produisaient le bijú, un aliment typique
de cette population, pour la consommation de leurs familles mais
aussi pour en tirer des revenus en le commercialisant.
Après l’arrivée des plantations
d’eucalyptus, les femmes, et les autres habitants de la région,
ont subi des changements dans l’organisation de leur territoire
et leur place dans la communauté, dans ce que l’on produisait
et dans la manière de le faire. Leur rôle socio-économique au
sein de la famille et de la communauté s’est vu modifié et plusieurs
d’entre elles, ayant perdu leurs terres, ont été obligées de chercher
un autre endroit pour vivre et travailler. Elles ont émigré avec
leurs enfants et leurs familles vers les zones urbaines proches
du lieu où elles habitaient ; beaucoup de familles sont allées
dans les villes de São Mateus et d’Aracruz. D’autres sont allées
vers la capitale de l’État, où elles ont rejoint les habitants
des favelas et remplacé leurs activités rurales par celles d’employées
de maison, nettoyeuses ou blanchisseuses chez les familles de
classe moyenne et de la bourgeoisie urbaine.
Les femmes qui résistent encore
au milieu des eucalyptus continuent de s’occuper de leurs maisons
et de leurs familles mais, en même temps, elles se heurtent à
plus de difficultés qu’avant. Par exemple, les fleuves et les
ruisseaux où elles lavaient le linge, d’où l’on tirait l’eau pour
boire et où l’on pêchait sont presque tous contaminés. Ainsi,
les membres de la famille, y compris les femmes, doivent se déplacer
pour trouver de l’eau potable. Mme. Doralim Serafim dos Santos,
quilombola, raconte que ‘personne ici ne lave plus le linge dans
le ruisseau, parce qu’il en sort tout sale et jauni ; quand j’étais
petite, nous allions pêcher à la lanterne dans le ruisseau, et
l’eau était tout à fait claire’.
À cela s’ajoute le problème
de la disparition de la forêt indigène, source de matières premières
pour l’artisanat. En outre, la contamination du sol par l’utilisation
dans les plantations de produits agrochimiques toxiques compromet
la plantation d’herbes médicinales que font les femmes. Les herbes
médicinales sont très utilisées par les populations traditionnelles,
pour prévenir et combattre les maladies. Le manque de terres fertiles
en quantité suffisante complique aussi l’articulation des tâches
domestiques et agricoles. Aujourd’hui, les femmes doivent parcourir
de longues distances pour travailler sur les plantations de tiers,
à la culture du café et de la canne à sucre, par exemple. Ces
femmes sont plus exposées à des accidents du travail.
Il faut dire aussi que, dans
l’État d’Espírito Santo, il y a aujourd’hui 800 000 foyers, soit
26 % du total, dont le chef de famille est une femme. Cela veut
dire qu’il s’agit d’un des États brésiliens qui compte le plus
de foyers dirigés par des femmes. Ce chiffre révèle que le travail
rémunéré des femmes a cessé d’être un complément du revenu familial,
pour devenir essentiel à leur subsistance et à celle de leurs
familles.
Il y a aussi l’expérience
des femmes indigènes qui, ayant perdu leurs moyens de subsistance,
ont cherché d’autres moyens d’apporter une contribution financière
à leur famille. Quelques-unes sont devenues employées de maison
des chefs de l’entreprise Aracruz. Pourtant, après l’auto-démarcation
des terres indigènes en 1998, elles ont été renvoyées en représailles.
Elles ont dû chercher d’autres sortes de travail à l’extérieur
des villages. Pourtant, certaines d’entre elles ont eu de la chance
et trouvé du travail comme éducatrices et agents de santé dans
leurs propres villages.
Tous ces efforts des femmes
pour contribuer à la subsistance de la famille ont provoqué des
modifications de leur rôle traditionnel, ce qui, d’une manière
ou d’une autre, affecte toute la communauté. D’autre part, malgré
les préjudices causés par cette grande entreprise agro-industrielle,
elle cherche toujours à se rapprocher de la population en prenant
des initiatives d’assistance. Dernièrement, elle a organisé des
cours de formation pour que ces femmes apprennent de nouveaux
métiers et travaillent comme manucures, pédicures ou serveuses,
des professions qui leur sont étrangères.
Il faut signaler que le nombre
des femmes des communautés voisines qui travaillent à Aracruz
est très réduit. Vers 1998, seuls 6,8 % du personnel de l’entreprise
étaient des femmes, d’après les informations de l’époque. La plupart
d’entre elles travaillaient au nettoyage ou dans le secteur administratif,
ou bien dans la pépinière, ou au repiquage des plantes, peut-être
parce qu’on pense que les femmes sont meilleures que les hommes
dans ce genre d’activités qui exigent une manipulation délicate.
Pourtant, ces services sont presque tous sous-traités, et certains
sont mécanisés.
Les femmes, autant que les
hommes, ont eu des accidents en travaillant aux champs. Par exemple,
le 14 juillet 1986 une ancienne travailleuse d’Aracruz Celulose
est descendue dans une cave avec une caisse de 30 plants d’eucalyptus
qui pesait 45 kilos. Elle est tombée et s’est fracturé la colonne
vertébrale. Après avoir été transférée à un service de nettoyage
de bureaux, elle a été renvoyée parce qu’elle ne pouvait pas rester
debout. Aujourd’hui elle a 51 ans, ne peut pas soulever une chaise
et doit prendre des médicaments pour combattre les douleurs. Elle
n’a jamais trouvé d’autre travail.
À de nombreuses occasions,
les femmes, invisibles, ont dû prendre soin de leurs maris malades
ou blessés à cause de leur travail dans les plantations. Mme.
Doralina raconte que ‘certains jours, il avait mal aux yeux en
rentrant et ne pouvait presque pas dormir la nuit ; après cela,
il a commencé à avoir des troubles de la vue, il ne voyait pas
bien, et il a dû se faire examiner’. Il y a même des veuves, dont
les maris travaillaient à Aracruz ou chez des sous-traitants,
qui doivent entretenir toutes seules leur famille, sans l’aide
de personne ».
Extrait du rapport de recherche
« Les plantations d’eucalyptus et la production de pâte à papier.
Promesses d’emploi et destruction du travail. Le cas d’Aracruz
Celulose au Brésil », par Alacir De’Nadai, Winfridus Overbeek
et Luiz Alberto Soares, pour le compte du Mouvement mondial pour
les forêts (WRM) et du Réseau d’alerte contre le désert vert,
mai 2005,
http://www.wrm.org.uy/paises/Brasil/fase.html
top
– Colombie : la population tient en échec
la multinationale Smurfit Cartón de Colombia
La Colombie n’est pas étrangère
à la situation que traversent divers pays latino-américains en
raison de l’établissement de monocultures d’arbres de croissance
rapide.
La soi-disant « Loi générale
forestière », récemment approuvée, a été rebaptisée par les écologistes
« loi des trois mensonges », car elle n’est ni légale, ni générale
ni forestière. Pour être légale elle devrait servir les intérêts
de la société colombienne dans son ensemble, et non ceux des grandes
entreprises forestières. Elle serait générale si elle concernait
d’autres questions associées aux forêts, comme leur utilisation
par les communautés ou la restauration de l’écosystème, pour n’en
nommer que deux, et non seulement leur exploitation. Finalement,
il ne s’agit pas d’une loi forestière mais d’une loi de nature
économique, destinée à permettre et faciliter l’accès des grandes
entreprises à l’exploitation des forêts qui, dans l’optique de
cette loi, sont considérées comme de simples marchandises.
Parallèlement, un réseau complexe
d’acteurs qui comprend des institutions financières internationales
comme la Banque mondiale, la Banque interaméricaine de développement
et des agences de « coopération » de divers pays – le Japon, l’Allemagne,
les Pays-Bas, les États-Unis et bien d’autres – est entré en scène
pour préparer le terrain, comme il est arrivé dans plusieurs pays
latino-américains.
La Loi forestière générale
apportera bien des malheurs aux forêts – et au peuple – de la
Colombie ; l’un d’eux est qu’elle ouvrira de nouvelles portes
à l’établissement de plantations d’arbres de croissance rapide.
La Colombie possède aujourd’hui
près de 200 000 hectares de plantations de pins et d’eucalyptus.
La principale entreprise étrangère dans le pays est la transnationale
Smurfit Cartón de Colombia, propriétaire de grandes étendues de
plantations d’arbres (40 000 hectares) et d’une usine de production
de carton et de papier. Son nom est associé aussi à des violations
des droits de l’homme, au déboisement et à la contamination (voir
les articles publiés dans les bulletins 74, 43).
Près de la vallée du Cauca,
l’entreprise possède de grandes plantations d’eucalyptus et de
pins, qu’elle prévoit maintenant d’élargir ; ainsi, elle a prétendu
accéder à la municipalité de Guacarí, plus précisément à Vereda
de Santa Rosa de Tapias, dans le secteur d’Alto Pomares.
Ce qu’elle n’avait pas prévu
est qu’elle allait se retrouver devant une communauté organisée
et pas du tout disposée à lui permettre de s’installer dans son
territoire.
Il s’agit d’une région élevée,
extrêmement riche, où naissent les cours d’eau qui alimentent
17 communautés constituées de 1 500 familles de paysans de la
région. Ces paysans sont de petits propriétaires ; ils possèdent
en moyenne 4 ou 5 plazas (1 plaza = 6 400 mètres de terres). Bien
que la culture dominante soit le café, elle alterne avec d’autres
cultures très diverses, comme les légumes, les arbres fruitiers
et le bambou (utilisé pour la construction des maisons), et se
combine avec l’élevage de porcs, de bétail et de poules. De leur
terre et de leur travail ils tirent presque tous les éléments
nécessaires à leur subsistance.
L’eau qui vient des sources
des hautes terres est un élément indispensable à la production
de leurs fermes. Ils savent que l’installation de Smurfit dans
ces terres et l’établissement de plantations d’arbres de croissance
rapide se traduiront par l’épuisement de cette ressource que tous
les paysans partagent à l’heure actuelle et qui est indispensable
à la préservation de leur souveraineté alimentaire.
Smurfit prétend y accéder
en s’associant à l’une des familles grandes propriétaires terriennes
qui restent dans la région. Cette famille possède 320 hectares.
Pour l’entreprise, le premier pas consisterait donc à occuper
ces 320 hectares ; ensuite, elle achèterait d’autres terres et
finirait par encercler les paysans qui se résistent à vendre les
leurs, jusqu’à ce qu’ils soient obligés de les abandonner.
Lorsque les paysans ont appris
quels étaient les projets de Smurfit ils ont commencé à s’organiser,
à se renseigner et à déposer des plaintes auprès des divers organismes
concernés, dans le but de freiner l’avancée de l’entreprise. Au
cours de plusieurs réunions ils se sont durement confrontés avec
les représentants de l’entreprise, qui les ont menacés et leur
ont dit que Smurfit allait s’y installer « quoi qu’il arrive ».
Smurfit a invité les paysans
à visiter ses « forêts plantées » et à voir les avantages innombrables
qu’elles allaient leur apporter. Dans des camionnettes 4x4, ils
ont parcouru les plantations avec les techniciens de l’entreprise.
Ils n’ont pas réussi à voir une seule personne au travail le long
des 4 500 hectares qu’ils ont parcourus ; cette situation est
profondément différente de celle des zones qu’ils habitent à présent.
Le silence des plantations les a étourdis. Ils n’ont pas vu un
seul oiseau, ni un grillon, ni une maison ; la terre n’était plus
de la terre, mais des cailloux... L’entreprise a dirigé la tournée
et ne leur a pas permis de parler avec les habitants de la région
visitée. Alors, ils ont décidé d’organiser leur propre tournée
dans la même région, par leurs propres moyens, pour la voir de
leurs propres yeux et non à travers les yeux de l’entreprise,
et pour parler avec les populations locales à propos des effets
des plantations. Ils ont pu confirmer ce qu’ils savaient déjà
: il faut arrêter Smurfit !
Récemment, des voisins de
diverses municipalités de la vallée du Cauca affectés par les
monocultures d’arbres, parmi lesquels figurent les habitants de
Guacarí, se sont réunis pour constituer un Front de Résistance
aux Plantations.
L’enjeu est important, car
ils doivent affronter des pouvoirs considérables. Pourtant, le
seul moyen de faire échec et mat à Smurfit est de s’unir, de s’informer
et de tisser des liens.
– Équateur : un dialogue bizarre
pour la promotion des monocultures d’arbres
En mai 2003, nous disions
que “dans presque tous les pays les grandes monocultures d’arbres
ont été imposées et se sont développées une fois les lois nationales
modifiées en faveur d’entrepreneurs nationaux et étrangers qui
obtiennent toutes sortes de bénéfices, des subventions directes
et indirectes, des exonérations d’impôts et même des crédits préférentiels
et des remboursements » (voir l’article sur l’Équateur du bulletin
nº 70).
À l’époque, le Mouvement mondial
pour les forêts a été témoin des pressions exercées sur le gouvernement
de l’Équateur pour qu’il prenne des mesures dans ce sens. Nous
avons participé à un séminaire dont l’objectif était la formulation
d’un « Plan national de boisement et de reboisement ». La méthode
d’organisation de cette manifestation ayant permis qu’elle soit
monopolisée par les entreprises forestières, les rares organisations
civiles, paysannes et indigènes du pays qui ont réussi à y participer
ont fait une déclaration où elles affirmaient, entre autres, que
« pour les communautés paysannes et indigènes les plantations
forestières commerciales à grande échelle, et les monocultures
en particulier, ne sont pas une option de développement ; au contraire,
elles provoquent des problèmes dont les suivants :
* Le défrichement d’étendues
de forêt indigène pour remplacer celle-ci par des plantations
d’arbres exotiques, comme il est de règle dans les projets de
« reboisement ».
* La diminution des réserves d’eau par suite des plantations effectuées,
en particulier dans les paramos [régions désertiques].
* La diminution de la fertilité du sol, qui se produit lorsque
les monocultures de plantes exotiques remplacent nos espèces indigènes
et notre diversité biologique.
* L’appropriation de terres appartenant aux communautés, que ce
soit au moyen de baux ou d’hypothèques sur des périodes de jusqu’à
99 ans, comme dans le cas des communautés affectées par les industries
forestières.
* L’achat de terres par des entreprises transnationales, comme
dans le cas de Mitsubishi à Muisne.
* La perte de diversité biologique et les modifications de la
flore et de la faune que les plantations entraînent toujours.
* L’augmentation du risque d’incendie, comme dans le cas de SIGSIG.
* Le rétrécissement des zones de conservation, comme dans le cas
du parc national Cotopaxi.
Trois années plus tard, une
nouvelle initiative menace de consolider une législation encourageant
les grandes monocultures d’arbres. Le ministère de l’environnement
a lancé un processus dénommé « Dialogue national sur le système
de contrôle forestier de l’Équateur », qui comprend cinq ateliers
régionaux et un atelier national ; la mise en oeuvre de ce système
est prévue pour juillet de cette année. L’initiative a été durement
critiquée par de nombreuses organisations sociales et indigènes
du pays, qui considèrent qu’il s’agit d’un « dialogue » non participatif,
au point que le 9 juin elles ont envoyé une lettre à la ministre
de l’environnement, où elles demandent, entre autres choses, que
le projet soit immédiatement suspendu (le texte complet est disponible
sur
http://www.wrm.org.uy/paises/Ecuador/CartaMAE.pdf).
Les organisations affirment
que « ce processus n’inclut pas des acteurs importants qui sont
directement affectés par la destruction des forêts, ni leurs organisations
de base ni leurs organisations nationales. Au cours du dialogue
régional [qui a eu lieu dans la ville] d’Esmeraldas, le manque
de participation des groupes citoyens et communautaires a été
évident. La représentation majoritaire est celle de l’industrie
forestière. Ceci est inquiétant, car les représentants des entreprises
ne peuvent pas être juge et partie dans la discussion d’un thème
aussi délicat pour le pays que le contrôle du déboisement. L’inégalité
de la représentation explique pourquoi ces réunions visent surtout
à formuler une politique forestière, à élargir l’étendue des plantations
d’arbres, à multiplier les encouragements dans ce sens et à affaiblir
les réglementations correspondantes. Tout ceci est manifestement
favorable aux industriels forestiers, mais ne résout pas le problème
qui est à l’origine de l’initiative : le contrôle des forêts.
L’adoption d’une politique
de contrôle forestier suppose, à notre avis du moins, la prise
en compte des aspects suivants :
La participation active et
le consentement des communautés affectées, de leurs organisations
de base et de leurs organisations nationales.
La conservation des dernières
forêts intactes qui restent dans le pays, en interdisant absolument
leur exploitation et en exigeant le respect de la législation
qui protège le patrimoine forestier de l’Équateur.
L’application d’un moratoire
à l’industrie forestière, en attendant de définir les conséquences
sociales, environnementales et économiques qu’elle a eues pour
le pays.
L’interdiction d’élargir les
plantations, surtout celles d’eucalyptus, de pins et de palmiers
africains, qui sont en train d’éliminer les forêts primaires et
les terres à vocation agricole, et qui sont une menace pour les
réserves d’eau et pour la vie des populations locales ».
Les organisations signataires
dénoncent que « le secteur forestier essaie d’établir une politique
forestière à sa convenance, négligeant absolument le fait que
ce qu’il faut dans notre pays est une politique de contrôle des
forêts, aujourd’hui absente. »
Pour toutes les raisons énoncées,
les organisations ont quitté le processus et demandent aux autorités
de « convoquer à un dialogue comportant une participation, une
représentation et un consentement véritables, où nous puissions
décider de la gestion de nos ressources en général, au lieu de
faciliter les conditions pour que les groupes de pouvoir habituels
continuent de détruire le patrimoine naturel de notre pays. »
L’Équateur a encore la possibilité
d’y parvenir. C’est la raison pour laquelle on a organisé une
action internationale de soutien aux organisations sociales et
indigènes qui essaient d’éviter l’approbation, dans leur pays,
d’une législation qui impliquerait l’expansion des monocultures
d’arbres à grande échelle. Partout au monde, ceux qui voient clairement
que ces plantations ne favorisent que les grandes entreprises
et qu’elles n’apportent aux populations que des résultats désastreux
pour la société, l’environnement et l’économie, se sont solidarisés
avec la demande du peuple équatorien et ont envoyé des lettres
pour l’appuyer, avant qu’il ne soit trop tar
top
– Indonésie : un appel à
l’annulation des plans pour l’établissement de 3 millions
d’hectares de palmier à huile
Le 12 avril 2006, le rapport
« The Kalimantan Border Oil Palm Mega-project » a été publié pour
montrer les plans du gouvernement indonésien d’établir jusqu’à
trois millions d’hectares de plantations de palmier à huile sur
l’île de Bornéo : 2 millions d’hectares sur la frontière Kalimantan-Malaisie
et 1 million d’hectares ailleurs, dans des zones qui sont encore
densément boisées et habitées par des communautés indigènes. L’objectif
du plan est de répondre à la demande internationale d’huile de
palme bon marché, laquelle doit alimenter à son tour la demande
nationale et mondiale de biocombustible.
Il y avait déjà eu un plan
antérieur pour établir la plantation de palmier à huile la plus
grande du monde (2 millions d’hectares) sur une bande de 5 à 10
kilomètres de large située le long de la frontière du Kalimantan
et de la Malaisie. Ce méga-projet, qui avait été présenté en affirmant
qu’il apporterait « la prospérité, la sécurité et la protection
environnementale à la région frontalière du Kalimantan », avait
mal tourné lorsqu’un plan de gestion de la PTPN (entreprise étatique
de plantation) avait commencé à circuler. Ce document contenait
une carte où l’on voyait sans l’ombre d’un doute que la plantation
de 1,8 million d’hectares allait saccager les forêts primaires
de trois parcs nationaux, parcourir des pentes raides et des montagnes
tout à fait inappropriées pour la culture du palmier à huile et
annuler les droits fonciers coutumiers des Dayak, les habitants
autochtones de la région.
Ces plans se sont heurtés
à plusieurs campagnes et pressions de la société civile indonésienne
et à l’opposition internationale, de sorte que le gouvernement
a dû revoir sa position et y introduire des modifications, reconnaissant
qu’il y avait des questions de conservation à prendre en considération.
Pourtant, le nouveau rapport révèle que les plans de départ sont
toujours sur la table et que l’expansion du palmier à huile se
poursuit. À beaucoup d’endroits, des entreprises huilières se
sont déjà installées sur la frontière. Les projets d’expansion
dans le Kalimantan sont toujours vivants. Les nouveaux plans d’expansion
ne s’adaptent pas à la région frontalière, où la surface appropriée
pour la culture du palmier à huile est négligeable, mais les experts
de l’Agence nationale pour la planification du développement (Bappenas)
ont trouvé la solution : ils ont modifié la définition de la zone
en augmentant sa largeur, qui est passée de 5-10 km à 100 km.
La surface qui conviendrait
à la culture du palmier inclut des forêts utilisées par des milliers
de personnes qui en dépendent pour leur subsistance et habitées
par des communautés indigènes. Dans la nouvelle zone démarquée,
un règlement spécial (le décret présidentiel nº 36/2005) permettrait
au gouvernement, au nom de « l’intérêt public », d’exproprier
les terres des communautés qui ne veulent pas de plantations de
palmier à huile.
À l’intérieur de la zone frontalière
désignée, peu de communautés indigènes sont au courant des plans
de développement du gouvernement. Les déclarations des populations
locales et de leurs leaders communautaires indiquent que ceux
qui les connaissent s’opposent catégoriquement à la culture du
palmier à huile dans leur région. Une réglementation présidentielle
(Pepres nº 36/2005) est particulièrement inquiétante du point
de vue des droits fonciers coutumiers, car elle permet au gouvernement
d’ordonner la mise à disposition de terres pour des raisons «
d’intérêt public ». Le projet frontalier étant justifié pour des
raisons de ce genre (la sécurité, la prospérité et la protection
de l’environnement), et les forces armées indonésiennes y étant
impliquées, le gouvernement peut choisir d’appliquer cette réglementation
pour imposer les plantations dans la région. Le ministère des
forêts et celui de l’agriculture prévoient d’encourager d’autres
cultures de rente que le palmier à huile (caoutchouc, café, thé,
cacao, poivre, etc.) qui pourraient être profitables, mais ces
projets risquent de se heurter à la résistance des populations
locales si l’intention du gouvernement est de faire venir de grands
investisseurs de l’extérieur pour qu’ils établissent ces cultures
dans les terres de droit coutumier.
Les Amis de la Terre Indonésie
(WALHI) et l’organisation locale Sawit Watch (« Oilpalm Watch
») appellent le gouvernement indonésien à annuler officiellement
le plan de plantation sur la frontière.
Article fondé sur des informations
tirées de : “European Hunger for Palm Oil and Timber Triggers
Expansion of Destructive Palm Oil Plantations on Kalimantan”,
des Amis de la Terre Pays-Bas, Sawit Watch, les Amis de la Terre
Indonésie (WALHI), les Amis de la Terre Angleterre, Galles et
Irlande du Nord,
http://www.eng.walhi.or.id/kampanye/hutan/konversi/060412_palmoilplantation_/
; “The Kalimantan Border Oil Palm Mega-project”, Eric Wakker,
AIDEnvironment, rapport commandé par Milieudefensie – Les Amis
de la Terre Pays-Bas et la Société suédoise pour la conservation
de la nature (SSNC),
www.milieudefensie.nl/globalisering/publicaties/rapporten/KalimantanOilPalmMega-lowres.pdf.
top
– Mozambique : les plantations industrielles
d’arbres veulent entrer dans le pays
En mai 2006, le ministère
de l’agriculture du Mozambique a présenté le document de travail
« Stratégie nationale de reboisement » (le
texte complet est disponible ici). Dans ce document sont exposés
les principes essentiels pour promouvoir dans le pays l’établissement
de plantations d’arbres dont on annonce qu’il s’agira d’essences
de croissance rapide.
Comme dans tous les pays où
l’on a introduit les grandes plantations d’arbres en régime de
monoculture, ce projet s’accompagne de la promesse de créer des
emplois et d’éliminer la pauvreté, contribuant ainsi à la croissance
du pays, surtout dans les zones rurales.
De même, il est fondé sur
ce qu’on pourrait appeler le « péché originel » qui, depuis la
FAO, se transmet d’un projet à l’autre : l’assimilation des monocultures
d’arbres à des forêts. Ainsi, le projet du Mozambique promet que
les plantations d’arbres serviront à préserver les sols et l’eau,
à récupérer des écosystèmes fragiles dégradés, à élever les taux
de productivité, à améliorer la qualité de l’environnement et
la conscience sociale de la valeur de la nature. Ni plus, ni moins.
L’encre a coulé à flots à
ce propos depuis le Mouvement mondial pour les forêts. Notre campagne
mondiale contre les grandes monocultures d’arbres a pour but de
faire connaître leurs conséquences néfastes, pour l’eau et le
sol surtout mais aussi pour la population rurale et pour leur
véritable économie.
Le projet annonce que sept
millions d’hectares ont des potentialités forestières, dans les
provinces de Sofala, Manica, Zambézia, Nampula et Niassa. Il propose
d’établir, au cours des 20 prochaines années, au moins deux millions
d’hectares de plantations d’arbres. Il annonce en outre que près
de trois millions d’hectares à vocation forestière seraient divisés
en parcelles pour les mettre « à la disposition d’investisseurs
éventuels qui établiraient des plantations industrielles ».
Pour attirer les investisseurs,
le projet propose que la législation forestière offre des encouragements
à la plantation d’arbres à des fins industrielles et pour l’exportation
vers les marchés émergents du Pacifique et de l’océan Indien.
Les principaux destinataires seraient la Chine, l’Inde et d’autres
pays asiatiques avides de matière première pour la production
de pâte et de papier destinée à répondre aux besoins d’un modèle
de consommation dispendieux.
Bien entendu, comme le dit
le projet lui-même, la campagne de promotion des monocultures
industrielles d’arbres est encouragée et patronnée par les grandes
entreprises forestières productrices de pâte et de papier. Sappi
y Mondi, de Sudáfrica?? Rien de nou