NOTRE OPINION
– La révision
des normes pour la certification des plantations : l’avenir
du FSC est en jeu
En
matière de certification des plantations, le FSC se retrouve dans
une impasse où ce qui est en jeu n’est autre que sa crédibilité.
Le processus intérieur de révision des normes pour la certification
des plantations est très avancé et, en septembre de cette année,
le Groupe de Travail constitué à cet effet présentera ses recommandations.
À
ce propos, il faut signaler plusieurs aspects inquiétants. D’une
part, depuis le début de la révision le FSC n’a jamais cessé de
certifier de grandes étendues de plantations. En 2002, lorsque
l’assemblée a décidé de lancer le processus, il y avait 3,3 millions
d’hectares de plantations certifiés. En 2004, lorsque la révision
a finalement commencé, la superficie certifiée était de 4,9 millions
d’hectares ; aujourd’hui, elle atteint 7,4 millions d’hectares.
Le WRM et d’autres organisations avaient formellement demandé
la suspension de toute certification de plantations jusqu’au moment
où la révision serait terminée (http://www.wrm.org.uy/actors/FSC/lettermoratorium.html),
mais leur demande n’a pas été acceptée.
Ce
qui est plus inquiétant encore est que l’on évoque la possibilité
d’éliminer carrément le Principe 10 (qui concerne justement les
plantations). Des années durant, nous avons signalé que ce principe,
qui permet de certifier pratiquement n’importe quelle plantation,
avait de graves défauts, mais il serait pour le moins insolite
de prétendre, comme on prétend maintenant, que la solution serait
de l’éliminer (http://www.wrm.org.uy/actors/FSC/comments.html).
D’autre part, cela aboutirait à une confusion conceptuelle encore
plus grande puisque, définitivement, le FSC considèrerait forêts
et plantations comme synonymes.
Il
faut signaler aussi que l’actuel processus de révision n’est pas
en train d’analyser un problème très important : celui des
intérêts des entreprises de certification, dont les profits dépendent
davantage de la quantité d’hectares certifiés que de la qualité
de leur certification (voir l’article « Le ver dans la pomme
du FSC : les intérêts particuliers et la dénommée ‘certification
indépendante’ »).
La
réaction du FSC et des entreprises de certification face à la
publication d’une enquête du WRM sur quatre plantations certifiées
en Uruguay (http://www.wrm.org.uy/countries/Uruguay/book.html)
en est un exemple illustratif. SmartWood dénature les faits, sans
répondre aux critiques qui lui sont adressées (voir
http://www.wrm.org.uy/actors/FSC/fymnsa_clarifications.pdf).
La SGS rédige une réponse qu’elle remet au FSC mais qu’elle ne
publie pas. En se fondant uniquement sur la réponse des parties
critiquées, sans contacter le WRM ni l’auteur de l’étude et sans
lancer une enquête intérieure, le directeur du FSC International,
Heiko Liedeker, rejette publiquement le rapport dans une déclaration
publiée le 14 juillet 2006 intitulée « Le FSC garantit
que les consommateurs peuvent être tranquilles » (FSC
guarantees peace of mind to consumers, disponible sur
http://www.wrm.org.uy/actors/FSC/Peace_mind.pdf).
En tant qu’auteurs du rapport, nous pouvons garantir aux consommateurs
qu’aucune de ces plantations ne devrait être certifiée.
Également
inquiétante est la tentative de réinterprétation des critères
existants (que l’on ne respecte pas dans les faits) pour qu’ils
s’adaptent aux plantations, au lieu de faire en sorte que les
plantations soient conformes aux critères (voir le commentaire
du critère 6.3 dans l’article « La révision des normes du
FSC en matière de plantations : monter la barre ou affaiblir
les normes ? »). De fait, les plantations devaient se
conformer strictement tous les principes et critères pour obtenir
la certification, aucune monoculture d’arbres à grande échelle
ne porterait le label du FSC. Pourtant, grâce à la « flexibilité »
des entreprises de certification, elles y parviennent la plupart
du temps.
D’autre
part, ni le FSC ni son Groupe de Travail ne semblent prendre sérieusement
en compte les preuves documentées des conséquences des plantations
en général et des plantations certifiées en particulier. Cependant,
ces preuves abondent et montrent que les plantations ont des effets
cumulés sur la flore, la faune, l’eau et la société, au point
qu’il s’avère indispensable de considérer l’incidence de toutes
les plantations d’une région, et non celle d’une plantation déterminée.
Bien
entendu, ce n’est pas à nous de dire au Groupe de Travail ce qu’il
doit faire. Mais nous pouvons lui demander que le résultat de
ses efforts serve à assurer que le FSC respectera son propre mandat,
suivant lequel les opérations certifiées (qu’il s’agisse de forêts
ou de plantations) doivent être « environnementalement responsables,
socialement bénéfiques et économiquement viables ». Du moment
que bien des plantations actuellement certifiées ne respectent
pas l’une, l’autre ou aucune de ces trois conditions, il serait
bon d’inclure dans les recommandations les éléments suivants :
–
le retrait immédiat de la certification des plantations les plus
contestées, celles dont les effets négatifs sur la société et
l’environnement sont déjà suffisamment documentés ;
–
l’ouverture immédiate d’une enquête indépendante sur toutes les
autres plantations mises en question ;
–
la suspension de toute nouvelle certification de grandes plantations
jusqu’au moment où l’on aura sérieusement décidé si ce type de
monoculture à grande échelle est susceptible ou non de remplir
les trois conditions du mandat du FSC.
La
position du WRM à l’égard de la certification de plantations par
le FSC est bien connue, comme l’est notre opposition à l’expansion
des monocultures d’arbres en général. Néanmoins, ce qui nous intéresse
au sujet du processus actuel de révision est que des modifications
profondes soient introduites pour éviter que, sans le vouloir,
le FSC continue d’affaiblir les luttes locales contre les entreprises
qui portent atteinte à l’environnement et aux moyens de vie des
populations. Ce ne sont pas les définitions qui nous préoccupent,
mais les gens et leur milieu.
Si
ce processus n’aboutit pas à augmenter fortement le niveau d’exigence
pour la certification des plantations, il n’aura servi à rien.
Ce serait un échec pour le FSC lui-même, qui perdrait rapidement
l’appui des organisations sociales et environnementales dont il
tire sa crédibilité. Le cas de l’Espagne, où des organisations
font campagne pour convaincre les autres de se retirer du FSC
(voir l’article ci-dessous) devrait être sérieusement pris en
compte.
En
définitive, le Groupe de Travail a en ce moment une énorme responsabilité.
Il peut choisir de « changer quelque chose pour que rien
ne change », ou introduire des modifications profondes dans
la politique jusqu’ici en vigueur. La crédibilité future de l’organisation
dépendra de sa décision.
index
CONTRIBUTIONS AU PROCESSUS DE RÉVISION
– La révision de la politique du FSC en matière
de plantations : monter la barre ou
affaiblir les normes ?
En
novembre 2002, l’Assemblée générale du Forest Stewardship Council
a approuvé une motion en faveur d’une révision de ses normes en
matière de plantations. À l’époque, les plantations certifiées
et générées suivant le système FSC couvraient 3,3 millions d’hectares.
Presque
deux années plus tard, le FSC a lancé sa révision des normes sur
les plantations lors d’une réunion à Bonn, en Allemagne. À ce
moment-là, la superficie des plantations certifiées par le FSC
était déjà de 4,9 millions d’hectares.
La
révision des normes sur les plantations comporte deux étapes :
une phase politique et une phase technique. La phase politique
touche maintenant à sa fin. À sa quatrième rencontre, en avril
2006, le groupe de travail respectif a présenté une série de « recommandations
préliminaires ». À présent, les plantations certifiées atteignent
7,4 millions d’hectares.
Ainsi,
depuis la motion de l’Assemblée générale de novembre 2002, le
FSC a certifié 4,1 millions d’hectares supplémentaires. Il l’a
fait en appliquant une politique en matière de plantations qui,
d’après la motion approuvée par les membres du FSC, « n’est
pas suffisamment claire et requiert des améliorations ».
Lors
de sa quatrième réunion, le groupe de travail sur la politique
a formulé la vision de ce que le FSC devrait accomplir au cours
des dix prochaines années. D’après le groupe, cette vision implique
de « monter la barre » pour aboutir à une amélioration
des normes du FSC en matière de plantations ; tel devrait
être le résultat du processus de révision. Or, ni cette vision
ni les recommandations du Groupe de travail ne permettent de prévoir
que la situation sera meilleure pour les personnes affectées par
les plantations industrielles d’arbres.
Le
groupe de travail suggère que le FSC introduise un « système
de gestion sociale » que les gestionnaires des forêts et
des plantations appliqueraient pour « traiter des questions
sociales dans la gestion des forêts et des plantations, et que
les organismes de certification seraient ensuite en mesure de
vérifier ». Cette proposition ne tient pas compte du fait
que les communautés locales et les gestionnaires des plantations
sont parfois en totale opposition. Dans certains cas, il peut
être extrêmement dangereux pour la population de parler contre
les entreprises. Il est donc absurde de suggérer que les entrepreneurs
n’ont qu’à appliquer un système de gestion sociale.
D’après
le groupe de travail, les responsables des plantations doivent
se charger de la « consultation ». Les organismes de
certification du FSC sont censés « déterminer si le consentement
a été ‘fabriqué’ » et si « les recherches menées par
l’entrepreneur au sein de la communauté locale ont permis d’identifier
toutes les parties affectées ». Or, les entrepreneurs n’ont
que peu d’intérêt à dévoiler les problèmes de leurs opérations
de plantation. D’autre part, pour déterminer si toutes les parties
affectées ont été identifiées et si le consentement a été fabriqué
ou non il faudrait des mois, voire des années d’études, en tout
cas bien plus que les quelques jours que les organismes de certification
du FSC consacrent à l’évaluation du fonctionnement des plantations.
À
l’heure actuelle, aucune plantation établie à partir de novembre
1994 sur des terres auparavant boisées ne peut être certifiée
dans le cadre du FSC. Il y a ici un problème, car cette limitation
n’exclut pas la certification de plantations établies depuis 1994
là où il y avait, par exemple, des prairies. Pour monter la barre
il faudrait, entre autres, interdire la transformation en plantations
des prairies et autres écosystèmes.
Le
groupe de travail suggère d’effectuer une autre révision pour
examiner la réaffectation de terres, où seraient considérés ces
autres écosystèmes. Pourtant, il suggère également de revoir la
date limite de 1994, en partie parce que le système actuel « risque
d’exclure des gestionnaires responsables qui n’avaient pas entendu
parler du FSC en 1994 et qui avaient transformé des forêts naturelles
en plantations en toute bonne foi, mais qui se voient à présent
exclus du processus de certification ».
Lorsque
la révision des normes sur les plantations a été lancée en 2004,
l’une des personnes qui ont critiqué la date limite de 1994 était
Arian Ardie, directeur chargé de la durabilité d’Asia Pulp and
Paper. Bien entendu, APP a intérêt à modifier cette date limite.
Au cours des cinq dernières années, APP a été responsable du défrichage
d’environ 450 000 hectares de forêt pour alimenter son usine
de pâte d’Indah Kiat à Riau, d’après Nazir Foead de WWF Indonésie.
Pourtant, dans le monde bizarre du FSC, APP est une partie prenante
dont l’avis doit être pris en compte.
En
juillet 2002, Tim Synnot, qui était à l’époque le directeur de
la politique du FSC, avait écrit : « Les F&C [principes
et critères] du FSC ne sont pas toujours clairs et précis ;
ils prêtent à des interprétations différentes et contradictoires
de la part des conseillers, des gestionnaires et des membres du
FSC. » Quatre années plus tard, le groupe de travail n’a
pas encore clarifié la situation. En revanche, dans le rapport
de sa quatrième réunion il déclare que « le manque de confiance
dans la certification FSC des plantations n’est pas dû à la forme
ni aux contenus des principes et critères », et il propose
de laisser le soin de tout changement éventuel de ces principes
et critères à un processus de révision séparé.
Le
critère 6.3 du FSC dit que « les fonctions et les valeurs
écologiques doivent être maintenues intactes, améliorées ou restaurées,
notamment : a) la régénération et la succession de la forêt;
b) la diversité génétique, la diversité des espèces et des écosystèmes;
c) les cycles naturels qui affectent la productivité de l'écosystème
forestier. » D’après ce critère, toutes les plantations industrielles
d’arbres devraient être exclues de la certification FSC.
Pourtant,
au lieu de recommander que les organes de certification du FSC
appliquent strictement ce critère, tel qu’il est écrit, le groupe
de travail propose qu’il soit interprété comme suit : « Une
plantation certifiée par le FSC doit viser activement à optimiser
sa stratégie de conservation. » Cela implique d’affaiblir
considérablement le critère en question.
Dans
sa vision du FSC, le groupe de travail espère qu’il y aura « une
demande importante de produits forestiers certifiés » au
cours des dix prochaines années. Dans le cadre de la Révision
des Plantations, il s’agit là d’une déclaration surprenante. Beaucoup
de plantations industrielles d’arbres fournissent la matière première
pour l’industrie de la pâte et du papier. Le groupe de travail
espère donc qu’il y aura « une demande importante »
de produits papetiers. Cela porterait atteinte aux luttes locales
contre les plantations industrielles d’arbres et aux campagnes
des ONG du Nord pour la réduction de la consommation de papier.
Au
lieu d’exclure du système FSC les plantations industrielles d’arbres,
le groupe de travail est en train d’en faciliter la certification.
Plutôt que de monter la barre, il affaiblit les normes. En fait,
il ne peut pas faire autrement, s’il faut que le FSC soit en mesure
de répondre à la « demande importante de produits certifiés »
que le groupe prévoit dans sa vision d’avenir.
Chris
Lang, e-mail: chrislang@t-online.de
_________________
Le
FSC invite à faire des commentaires aux « Recommandations
préliminaires » de son Groupe de travail sur le site :
http://www.fsc.org/plantations/public_consultation.
index
– Le ver dans la pomme du
FSC : les intérêts particuliers et la dénommée « certification
indépendante »
En
tant que l’un de ses membres fondateurs, je suis responsable,
du moins en partie, d’avoir permis l’existence d’une erreur néfaste
dans le système du FSC lorsque celui-ci a été établi : pour
le dire sans détours, les organes de certification censément « indépendants »
accrédités par le FSC ne sont pas indépendants du tout. Ayant
pu observer de près le FSC depuis sa création, il me semble aujourd’hui
évident que ce défaut est à l’origine de presque tout ce qui a
mal marché, et que c’est la raison pour laquelle nous voyons maintenant
tant de certificats délivrés sans justification aucune à des entreprises
forestières et à des plantations qui ne respectent pas la plupart
des principes et critères (P&C) du FSC.
Le
problème est qu’à présent les contrats pour l’évaluation en vue
de la certification sont passés directement entre les entreprises
forestières et de plantation d’une part et les certificateurs
accrédités du FSC de l’autre. Pour cette raison – et parce que
l’octroi d’un certificat est une garantie de profits futurs découlant
des visites de contrôle et des réévaluations – les certificateurs
ont un fort intérêt financier à délivrer des certificats, même
lorsque les entreprises en question ne respectent pas les P&C
du FSC.
Une
autre conséquence encore est que les certificateurs rivalisent
entre eux pour montrer aux candidats à la certification que c’est
à eux qu’ils doivent s’adresser pour l’obtenir. La manière d’y
parvenir est de baisser leurs critères d’évaluation, de « fermer
les yeux » aux problèmes graves qu’ils risquent de trouver
ou d’adopter une attitude « compréhensive » à l’égard
de l’entreprise évaluée. En effet, les certificateurs accrédités
sont en chute libre en ce qui concerne la rigueur de leurs évaluations.
Or, cela conspire contre l’intégrité du système du FSC.
Il
en existe des preuves en abondance. Par exemple, il y a quatre
ans la Rainforest Foundation a obtenu des documents internes d’un
des certificateurs accrédités, lesquels montraient qu’il avait
délibérément ignoré les réclamations de toute la communauté d’ONG
écologistes et sociales de l’Indonésie (qui demandaient la suspension
totale de la certification) au nom de ses propres « intérêts
économiques stratégiques ». Cela impliquait, entre autres
choses, de délivrer de lucratifs certificats FSC à des entreprises
dont une au moins enfreignait ouvertement les P&C (ce certificat
a été retiré par la suite, après une campagne prolongée).
Dans
d’autres cas, les systèmes internes d’évaluation des certificateurs
ont été manipulés pour que les entreprises forestières ou de plantation
atteignent le minimum requis pour obtenir un certificat. Par ailleurs,
les « conseils de certification » censément indépendants,
qui doivent superviser les décisions de chaque certificateur accrédité,
ont ignoré de manière éhontée les véritables conclusions des conseillers
ou toute recommandation adverse, et rendu un avis favorable au
certificat, favorisant par là les intérêts économiques de l’organisme
de certification car, en fait, c’est pour lui qu’ils travaillent.
Le
FSC devrait s’attaquer à ces problèmes au moyen de ses instruments
de surveillance et d’accréditation. Or, dans la pratique, il ne
peut pas le faire et il ne le fait pas. Le contrat du FSC avec
les certificateurs l’empêche de faire quoi que ce soit qui puisse
« léser les intérêts économiques » de ces derniers.
De surcroît, quelques-uns des « quatre grands » certificateurs
(SGS, SCS, SmartWood et Soil Association Woodmark) ont tout simplement
menacé de quitter le FSC s’il devient trop stricte sur l’application
des normes. Conscient sans doute de l’impression que cela ferait
sur ses concurrents et ses bailleurs de fonds, le FSC s’est laissé
intimider et il s’est soumis. Ainsi, il continue de tolérer que
des certificats absolument injustifiés soient délivrés partout,
que ce soit au Brésil, au Cameroun, en Équateur, en Indonésie,
en Irlande, en Slovaquie, en Afrique du Sud, aux États-Unis ou
ailleurs.
Une
autre conséquence encore de la structure actuelle est que le gros
des recettes de la certification est capté par les certificateurs,
tandis que le FSC lui-même est toujours à court d’argent et dépend
des donateurs, lesquels ont à leur tour leurs propres programmes
au sujet de l’organisation.
Bien
entendu, rétrospectivement cela est merveilleux. Mais il semble
clair que le problème du conflit d’intérêts au sein du FSC doive
être résolu pour que le FSC fasse des progrès véritables lui permettant
d’atteindre les objectifs qui sont ceux de la plupart des lecteurs
de ce bulletin. Par exemple, il faut se demander à quoi cela va
servir d’investir tant d’efforts en une révision des normes en
matière de plantations (même à supposer que le P10 soit considérablement
amélioré), si l’on va continuer de permettre aux certificateurs
d’en faire à leur tête.
Il
faut couper le lien financier direct entre les certificateurs
et les entreprises forestières ou de plantation. Une manière d’y
parvenir serait que les entreprises s’adressent directement au
secrétariat du FSC pour les évaluations nécessaires à la certification.
Ensuite, le FSC passerait à son tour des contrats avec les certificateurs
pour la réalisation de ces évaluations (et la supervision ultérieure)
en appliquant les critères de l’appel d’offres : le certificateur
qui propose les normes d’évaluation les plus élevées au prix le
plus bas obtient le contrat pour une évaluation donnée. Ainsi,
la « chute libre » actuelle deviendrait immédiatement
une « montée libre ». En outre, les certificateurs seraient
obligés d’inclure, par exemple, un certain pourcentage de certifications
de forêts communautaires dans leur dossier, pour pouvoir aspirer
à certifier les opérations forestières industrielles, qui sont
plus lucratives.
Le
Conseil d’administration du FSC serait responsable d’ordonner
chaque année l’évaluation indépendante d’un échantillon de certifications
choisies au hasard, pour s’assurer que les certificateurs respectent
leurs contrats ; ceux qui ne l’auraient pas fait seraient
fortement pénalisés ou l’on retiendrait le paiement de leur contrat.
Le Secrétariat du FSC se ferait payer ses services, obtenant ainsi
des recettes régulières et réduisant sa dépendance des donateurs
extérieurs.
Il
est évident que les certificateurs vont s’opposer farouchement
à ces changements, qui les obligeraient à effectuer des évaluations
plus rigoureuses. Pourtant, le choix est simple : ou bien
le FSC se libère de leur emprise, ou bien il continue de sombrer
vers le discrédit le plus absolu.
Simon
Counsell, Rainforest Foundation. Note : un document d’information
plus détaillé à ce sujet est disponible sur demande à l’adresse
de l’auteur,
simonc@rainforestuk.com.
index
– Brésil : demande d’explications au FSC, à Imaflora/Smartwood
et à Aracruz
Le
1er juin 2006 a eu lieu à Vitória, dans l’État brésilien d’Espírito
Santo, le séminaire « Les droits des peuples autochtones et l’avancée
des agro-industries : problèmes et défis ». À ce séminaire ont
participé les communautés tupinikim et guarani et d’autres populations
affectées par les grandes plantations d’arbres en régime de monoculture,
ainsi que plusieurs secteurs de la société civile de l’État, pour
réfléchir sérieusement à la question.
Les
discussions ont porté sur l’inadéquation absolue du modèle actuel
de développement qui découle de l’expansion, dans les zones rurales
du Brésil, de grandes monocultures d’eucalyptus, de pins, de soja
et de canne à sucre. Il est urgent de modifier ce modèle, en commençant
par financer des activités productives d’un genre tout à fait
différent, accordant la priorité à la vie, à la diversité, aux
personnes et communautés affectées par les monocultures d’arbres
à grande échelle, et surtout aux femmes, qui sont celles qui souffrent
le plus les effets de ces plantations.
L’accent
a été mis sur le cas d’Aracruz Celulose. Cette entreprise avait
essayé, en 1999, d’obtenir le certificat FSC pour ses plantations
d’eucalyptus dans l’État de Bahia, mais une forte et massive mobilisation
d’organisations, communautés, mouvements et citoyens avait réussi
à l’éviter. Par la suite, l’entreprise a « acheté » ce certificat
en 2003, en achetant à la société Riocell près de 40 000 hectares
situés dans l’État de Rio Grande do Sul, dont les plantations
avaient été certifiées par le FSC en 2001. Pourtant, grâce à l’intervention
des Tupinikim et des Guarani auprès du secrétariat international
du FSC, l’entreprise a annoncé qu’elle avait pris elle-même l’initiative
de « demander l’annulation du certificat FSC ».
L’entreprise
n’ayant jamais reçu de sanction, les communautés locales se demandent
comment il est possible qu’elle ait réussi à conserver pendant
trois ans, dans cette région, un certificat qui exige de respecter
les droits des peuples autochtones et leurs terres, alors que,
dans une autre région, elle viole ces mêmes droits.
À
présent, les communautés réclament « les explications nécessaires
sur ce qui s’est passé au sujet des parties impliquées :
1.
Le FSC. Pourquoi le FSC a-t-il permis à Aracruz de maintenir depuis
2003 le certificat, alors que cette entreprise occupait des terres
indigènes ? Pourquoi le FSC n’est-il pas intervenu lorsque les
communautés indigènes ont délimité elles-mêmes leurs terres en
mai 2005, et qu’elles ont été violemment expulsées de deux villages,
en janvier 2006 ? À cette dernière occasion, la maison d’hôtes
d’Aracruz a été utilisée comme quartier général de la police fédérale
et comme commissariat, et deux Indiens y ont été emprisonnés pendant
plusieurs heures. Le FSC croit-il qu’une telle entreprise mérite
d’être certifiée, ne serait-ce que pour une journée ?
2.
Aracruz Celulose. L’entreprise est en train de divulguer l’information
qu’il n’y a jamais eu d’Indiens dans ses terres, et affirme avec
conviction qu’elle a légalement acheté ses terres en Espírito
Santo, y compris les terres indigènes. Si cela est vrai, pourquoi
a-t-elle décidé de renoncer au certificat du FSC ?
3.
Imaflora/Smartwood. Pourquoi Imaflora/Smartwood n’a pas évalué
l’entreprise Aracruz Celulose lorsque celle-ci a acheté l’entreprise
Riocell ? Pourquoi lui a-t-elle permis de garder le certificat
pendant près de trois ans, alors qu’Aracruz occupait des terres
indigènes à Espírito Santo et qu’il y avait des informations en
abondance à ce sujet sur l’Internet ?
Nous
réclamons que les trois acteurs impliqués dans cette affaire s’expliquent
publiquement. Et nous espérons que le FSC n’autorisera plus à
l’avenir la certification d’unités d’aménagement forestier gérées
par des entreprises qui violent les droits de l’homme et/ou mettent
en danger les communautés locales, qu’il s’agisse d’indigènes,
de quilombolas, de pêcheurs ou de paysans. Il est temps que le
FSC oeuvre pour la promotion d’une gestion forestière diversifiée
et solide, qui bénéficie tout le monde. Il dispose d’une excellente
occasion de ce faire, maintenant qu’il a entrepris la révision
de ses normes de certification en matière de plantations d’arbres.
»
Extrait
de la lettre ouverte “The harshness of capital against life --but
Aracruz Celulose lost the FSC-certificate!”, publiée par le mouvement
‘Alerta contra o Deserto Verde’ le 4 juillet 2006 (http://www.wrm.org.uy/countries/Brazil/Open_Letter_Aracruz.html).
Pour de plus amples informations sur le processus de révision
du FSC au Brésil, voir “Documento para o Grupo Internacional de
Revisão dos Princípios e Critérios do FSC para plantações de árvores”
(en portugais, http://www.wrm.org.uy/paises/Brasil/Carta_Revisao_FSC.pdf)
index
– Plantations certifiées en Uruguay : le
FSC peut-il vraiment garantir la tranquillité
aux consommateurs ?
En
mars 2006, le WRM a lancé une publication analysant la certification
des monocultures industrielles d’arbres en Uruguay (“Greenwash:
Critical analysis of FSC certification of industrial tree monocultures
in Uruguay”,
http://www.wrm.org.uy/countries/Uruguay/book.html). Le livre
porte sur les quatre principales entreprises de plantation certifiées
et inclut une analyse minutieuse des rapports des certificateurs,
accompagnée d’interviews des travailleurs et des membres des populations
voisines de la zone où se trouvent les plantations en question.
Le rapport conclut que, n’étant pas gérées d’une manière « environnementalement
responsable, socialement bénéfique et économiquement viable »,
aucune d’elles ne remplit les conditions du mandat du FSC.
Les
deux entreprises de certification concernées (SGS et SmartWood)
ont réagi en adressant leur réponse au FSC. En se fondant sur
ces « preuves », le FSC a publié une déclaration intitulée
« Le FSC garantit la tranquillité aux consommateurs »
(voir
http://www.wrm.org.uy/actors/FSC/Peace_mind.pdf).
Les paroles du directeur du FSC International, Heiko Liedeker,
y sont citées : « À la lecture des rapports des organisations
de certification il apparaît que certaines informations contenues
dans le rapport du WRM sont fondées sur des malentendus ou présentées
hors contexte ». Il finit par affirmer que « les consommateurs
peuvent compter sur le système FSC comme garantie de bonne gestion
forestière ».
Nous
sommes convaincus que, ce faisant, le FSC est en train de manquer
une bonne occasion de changer, surtout dans le cadre de l’actuelle
révision de ses normes en matière de plantations. Le rapport du
WRM n’est absolument pas « fondé sur des malentendus »
et il ne présente rien « hors contexte ». Il est fondé
sur des faits.
Nous
aimerions vraiment commenter la réponse de la SGS mais, malheureusement,
nous ne pouvons pas le faire, pour la simple raison qu’elle n’a
pas été rendue publique. En revanche, nous pouvons commenter celle
de SmartWood (disponible sur
http://www.wrm.org.uy/actors/FSC/fymnsa_clarifications.pdf),
qui dit que « les conclusions du rapport du WRM sur l’interaction
des diverses parties prenantes ne coïncident pas avec les informations
que possède SW sur divers éléments ». À ce sujet, SmartWood
donne les informations suivantes :
« Le
rapport du WRM dit que le dirigeant du syndicat des travailleurs
locaux (José Bautista) avait donné à SW son opinion sur la certification
de FYMNSA et que SW l’avait ignorée (“lo
que dije a SmartWood sobre la certificación de FYMNSA no lo tuvieron
en cuenta para nada" : rien de ce que j’ai dit à SmartWood
sur la certification de FYMNSA n’a été pris en compte). En revanche,
après que SmartWood est venue évaluer les opérations de FYMNSA,
quelques jours plus tard il y avait un grand panneau de SmartWood
dans les bureaux de l’entreprise (“luego que vino SmartWood a
los pocos días había un gran cartel de la certificadora en las
oficinas de la empresa"). Nous souhaitons donner les précisions
suivantes : SOIMANORPA, le syndicat dirigé par M. Bautista,
a été créé en 2003. Il n’a jamais été interviewé au moment de
l’évaluation initiale de FYMNSA tout simplement parce que cette
organisation n’existait pas à l’époque. Il a été interviewé au
cours de l’évaluation ultérieure d’une autre opération, Villa
Luz, où il a rencontré les audits de SW, Jacques Boutmy et Rolyn
Medina. Pendant cette rencontre il a signalé que, de son point
de vue, le WRM n’était pas au courant de la réalité sociale ou
de celle des travailleurs sur le terrain. Il a dit aussi que FYMNSA
était une entreprise leader, qui permettait l’interaction du syndicat
avec ses travailleurs, et que son syndicat était en communication
permanente et ouverte avec FYMNSA. »
Voilà
la version de SmartWood, que M. Heiko Liedeker semble considérer
comme vraie.
Le
20 juillet, j'ai parlé avec M. Bautista pour lui
demander s’il était d’accord. Il a répondu : « Tout
est faux ». M. Bautista est une personne très ordonnée, qui
garde des notes de tout ce qu’il fait. Il a été en mesure de retrouver
celles concernant la réunion avec Jacques Boutmy et Rolyn Medina,
et il a découvert qu’elle avait eu lieu le 20 octobre 2004, bien
avant que le WRM ne commence à penser à mener cette recherche !
Je
lui ai demandé plus spécifiquement si, à son avis, « FYMNSA
était une entreprise leader qui permettait au syndicat l’interaction
avec ses travailleurs » et si « son syndicat était en
communication permanente et ouverte avec FYMNSA ». Cette
fois encore, il a répondu : « est faux ». Pour
ce qui est de l’affirmation de SW, qui dit que « son syndicat
était en communication permanente et ouverte avec FYMNSA, Bautista
a expliqué que, s’il est vrai que l’entreprise reçoit le syndicat,
il ne s’agit là que d’une simple formalité, et il a ajouté :
« il y a trois jours j’ai été interviewé à Rivera [la capitale
du département où se trouve FYMNSA] par la chaîne 6 de télévision
et par quatre radios locales, et j’ai dit que l’entreprise violait
les droits du travail et qu’elle n’aurait jamais dû être certifiée.
C’est peut-être la raison pour laquelle SmartWood a réagi comme
elle l’a fait ».
Dans
son rapport au FSC, SmartWood ajoute que « FYMNSA a embauché
maintenant un consultant extérieur pour s’assurer que les lois
du travail, les règlements et les procédures sont respectés à
l’égard de tout le personnel et des sous-traitants. Ce consultant
envoie des rapports mensuels à FYMNSA qui incluent des demandes
de mesures de rectification ».
J’ai
demandé à M. Bautista ce qu’il en pensait, et il a répondu :
« Je n’en suis pas au courant ». On pourrait penser
que le leader syndical avec lequel FYMNSA entretient de si bons
rapports serait la première personne à apprendre une si bonne
nouvelle. Malheureusement, ce n’est pas le cas.
Pire
encore, M. Bautista a expliqué en long et en large la situation
très conflictuelle vécue en ce moment en raison des violations
des lois du travail par l’entreprise, et m’a adressé une synthèse
des points principaux du conflit (voir
http://www.wrm.org.uy/actors/FSC/Letter_Batista.html).
Contrairement à ce que la réponse de SmartWood laisse supposer,
le document de Bautista se termine ainsi : « Le dialogue
avec le syndicat existe encore, mais FYMNSA n’a pas encore rectifié
ses violations des lois du travail et son manque de respect à
l’égard de l’organisation syndicale et des travailleurs ».
Même
sans tenir compte de tous les autres effets négatifs d’ordre environnemental
et social énumérés dans le rapport du WRM, ce qui précède suffit
à montrer que, du moins dans ce cas où il y a violation des droits
des travailleurs, le FSC ne peut pas dire sérieusement qu’il va
« garantir la tranquillité des consommateurs ».
Ricardo
Carrere, auteur du rapport mentionné dans le présent article.
Adresse électronique :
rcarrere@wrm.org.uy.
index
–
Le pouvoir des entreprises. Le cas du FSC
local de l’Équateur.
Le
taux de déboisement de l’Équateur est l’un des plus élevés du
monde. À cela concourent divers acteurs, parmi lesquels figurent
non seulement les grandes entreprises forestières qui, en général,
oscillent dans leurs activités d’extraction de bois entre la légalité
et l’illégalité, mais également les entreprises qui défrichent
pour installer de vastes monocultures d’arbres, qu’il s’agisse
de palmier africain, de pins ou d’eucalyptus.
Pour
apaiser l’opinion mondiale qui, devenue consciente des problèmes
que cela comporte, rejette ces activités, le marché a trouvé une
solution : la certification. Ainsi, il existe aujourd’hui
en Équateur des projets fortement négatifs pour l’environnement
et des entreprises très destructrices qui possèdent un certificat
FSC, comme c’est le cas des vastes monocultures d’arbres destinées
à piéger du carbone que possède l’entreprise PROFAFOR del Ecuador
S.A., ou des plantations industrielles d’arbres des entreprises
ENDESA et BOTROSA.
En
Équateur, le groupe national légalement reconnu par le FSC est
le Conseil équatorien pour la certification forestière volontaire
(CEFOVE). Tout comme le FSC, il se compose de trois chambres,
environnementale, économique et sociale. Elles en assurent la
présidence à tour de rôle et, théoriquement, le pouvoir de décision
est équitablement partagé entre les trois. Pourtant, aucune mesure
n’ayant été prise pour s’assurer que leurs membres occupent vraiment
la position qui leur revient, il y a eu des irrégularités et des
abus divers commis par les entreprises forestières du groupe Durini
(Setrafor, Endesa, Botrosa et Acosa) et par leurs groupes de pression :
la Fondation forestière Juan Manuel Durini (FFJMD), la Corporation
de gestion forestière durable (COMAFORS) et l’Association équatorienne
des industriels du bois (AIMA). D’autre part, la chambre économique
est sous l’emprise du GRUPO DURINI, qui détient la majorité absolue
des voix grâce à l’affiliation de quatre de ses entreprises et
deux de ses groupes de pression.
À
titre d’exemple, l’entreprise PROFAFOR del Ecuador S.A., chargée
de produire et de négocier en bourse des crédits de carbone, se
trouve dans la chambre environnementale, alors qu’elle devrait
appartenir à la chambre économique. Les autres membres de la chambre
environnementale ont protesté, mais PROFAFOR a refusé d’introduire
la modification correspondante. Pour l’année 2006, la présidence
du CEFOVE revient à la chambre environnementale, avec PROFAFOR
à la tête. Or, l’année dernière la présidence a été assurée par
Juan Carlos Palacios, de COMAFORS, en représentation de la chambre
économique, de sorte que les groupes économiques ont dominé pendant
deux années consécutives.
D’autre
part, la coordinatrice du CEFOVE travaille à mi-temps dans cet
organisme et complète sa journée au Ministère de l’Environnement,
dans le bureau du directeur forestier national. De cette situation
découle un grave conflit d’intérêts, et la possibilité que les
intérêts publics du Ministère de l’Environnement infléchissent
la politique du CEFOVE et inversement.
Acción
Ecológica et le WRM ont publié en 2005 le livre « Sumideros
de Carbono en los Andes Ecuatorianos » (Les puits de carbone
dans les Andes équatoriennes). Il s’agit d’une étude approfondie
des effets négatifs des plantations de PROFAFOR. Or, les membres
du CEFOVE n’ont pas traité de cette étude, et aucun commentaire
n’a été formulé sur les arguments montrant qu’il devrait être
impossible d’accorder une certification de bonne gestion aux monocultures
en question. En revanche, l’élection de PROFAFOR à la présidence
du conseil de direction du CEFOVE ne peut être interprétée que
comme un soutien institutionnel à cette entreprise si controversée.´
C’est
la chambre économique qui détient le pouvoir au CEFOVE. Cela est
devenu évident en 2005, lorsque la Fédération du Centre Awá de
l’Équateur (FCAE) – qui fait partie de la chambre environnementale
– a présenté une plainte contre les entreprises Setrafor et Endesa/Botrosa
(membres de la chambre économique) et contre Plywood Ecuatoriana
et CODESA (membres indirects, par leur affiliation à COMAFORS
et à AIMA). La FCAE dénonçait que ces entreprises avaient envahi
son territoire et ses forêts, légalement reconnus comme Réserve
ethnobotanique du territoire ancestral Awá, avaient causé de graves
dommages écologiques et sociaux dans ce territoire et dans les
zones immédiatement voisines, considérées comme zones tampon,
et extrait des arbres sans l’autorisation correspondante des représentants
légaux de la fédération.
Paradoxalement,
c’est la FCAE qui a été mise en question, pour avoir dénoncé un
membre du CEFOVE. En revanche, aucune mesure n’a été prise pour
arrêter les entreprises forestières. Au contraire, le CEFOVE a
déclaré que « les entreprises SETRAFOR, CODESA et PLYWOOD
n’ont pas le contrôle absolu des procédés et des attitudes de
leurs employés et leurs sous-traitants sur le terrain ».
De surcroît, Endesa/Botrosa, avec l’appui du CEFOVE, a reçu cette
année-là un certificat FSC émis par GFA Consulting Group pour
ses plantations d’arbres. Ce certificat fait disparaître d’un
coup de plume les plus de 40 années de violations des droits des
populations locales et de dégradation environnementale, et ouvre
le vaste marché international à l’une des entreprises les plus
destructrices des forêts primaires équatoriennes.
Cependant,
le manque de crédibilité du CEFOVE est devenu évident ces derniers
temps, grâce à la démission de la FCAE et de la fondation Altropico,
qui était l’un de ses membres fondateurs. Jaime Levy, directeur
exécutif de l’organisation, explique dans une lettre ouverte adressée
aux membres du CEFOVE et du FSC le 13 juillet 2006 : « Nous
estimons qu’il est impossible de continuer de partager un espace
dont les objectifs consistent à réussir une meilleure gestion
écologique des forêts, le respect véritable de leurs propriétaires
et une distribution juste des profits économiques des opérations
forestières, avec des membres comme COMAFORS et les entreprises
productrices de contreplaqué qui, à notre avis, sont responsables
de la disparition presque totale des forêts du Chocó à Esmeraldas ».
« Ce patrimoine des Équatoriens et du monde est gravement
menacé par les activités de ces entreprises ; en dépit de
leurs discours sur la conservation et la gestion durable des forêts
indigènes qui restent, et malgré leur appartenance au CEFOVE et
au FSC, la réalité que nous avons vue ces dernières années dans
le Nord d’Esmeraldas est tout à fait différente. Et, à l’heure
actuelle, en ce moment même, l’exploitation des forêts résiduelles
avec des machines lourdes se poursuit à un rythme accéléré, avec
très peu de contrôle de la part du Ministère de l’Environnement. »
Les
plantations certifiées de l’Équateur sont une preuve des failles
du système ; celui-ci est dominé par les forces économiques
qui contrôlent le CEFOVE, représentant du FSC pour l’Équateur.
Leur énorme pouvoir et leur influence conspirent contre la population
locale et contre le besoin de conserver les forêts.
Natalia
Bonilla, Acción Ecológica, adresse électronique :
foresta@accionecologica.org, et Klaus Schenck, adresse électronique :
klaus@regenwald.org
index
RECHERCHES SUR LES PLANTATIONS CERTIFIÉES
Au
cours des dernières années, le WRM a coordonné des recherches
avec des organisations de plusieurs pays d’Afrique, d’Asie et
d’Amérique latine, dans le but de documenter l’incidence des grandes
monocultures d’arbres sur les personnes et la nature (voir
http://www.wrm.org.uy/publications/index.html#books). Parmi
les cas étudiés figuraient des plantations certifiées ; une
des recherches portait exclusivement sur les plantations certifiées
par le FSC en Uruguay. Cette section du bulletin inclut des résumés
de ces études de cas, qui témoignent de certifications problématiques.
– Afrique du Sud : une étude considère les
plantations d’arbres certifiées par le FSC comme un héritage de
l’apartheid
Une
étude exhaustive menée en Afrique du Sud par John Blessing Karumbidza
(“A Study of the Social and Economic
Impacts of Industrial Tree Plantations in the KwaZulu-Natal Province
of South Africa”, disponible sur
http://www.wrm.org.uy/countries/SouthAfrica/book.pdf)
a identifié toute une série d’effets dommageables, d’ordre économique,
écologique et social, des monocultures d’arbres, qui affectent
les communautés locales, les ressources hydriques et les écosystèmes.
L’introduction des plantations industrielles d’arbres dans le
pays a reçu une nouvelle impulsion dans les années 1980, grâce
à l’action des entreprises forestières Sappi et Mondi, les deux
possédant des plantations certifiées par le FSC : Mondi Business
Paper, de 399 068 ha, et Mondi Millennium Newsprint, de 48 530
ha. Les deux ont reçu leurs certificats par l’intermédiaire de
la SGS, société accréditée par le FSC. Les plantations SAPPI Forests
Group Scheme, de 76 041 ha, et SAPPI Forests, de 383 164
ha, ont eu leurs certificats par l’intermédiaire de la Soil Association
Woodmark (SA), également accréditée par le FSC.
Le
développement des grandes monocultures d’arbres a été possible
grâce à des coûts d’investissement artificiellement bas, surtout
dans les domaines des salaires et de l’achat de terres, ainsi
que par des subsides généreux accordés à l’époque par le gouvernement.
De ce fait, deux processus ont été lancés : l’accélération
des rapports capitalistes ruraux et l’utilisation intentionnelle
des arbres pour la modification du paysage. Ce développement a
eu lieu dans le cadre des politiques de ségrégation et d’apartheid
qui ont joué un rôle fondamental dans la détermination des caractéristiques
raciales et spatiales du paysage agraire sud-africain. Depuis
1994, date des premières élections démocratiques, l’initiative
originelle du secteur de la plantation d’arbres a incorporé deux
stratégies particulières : l’établissement de projets de
plantation à des fins sociales ou pour la création d’emplois,
et la tentative d’inclure un élément BEE (‘Black economic empowerment’
ou autonomisation économique des Noirs) dans la structure existante
des grandes entreprises de plantation industrielle d’arbres. Or,
il devient de plus en plus évident que ces programmes ont échoué
à réduire la liste toujours plus longue des problèmes que les
activités du secteur de la plantation industrielle d’arbres posent
à la société, l’économie et l’environnement.
Les
plantations industrielles d’arbres ont déplacé les gens de leurs
foyers originels, bouleversant les mécanismes de subsistance traditionnels
et remplaçant des prairies riches et diverses par un échiquier
de plantations et de champs cultivés. Le sol et l’eau sont pollués
par les pesticides, les herbicides et autres contaminants chimiques
utilisés dans les plantations d’arbres, y compris le carburant
et l’huile à moteur des véhicules et des tronçonneuses. Les arbres
des plantations modifient le pH du sol, et toutes les essences
choisies par l’industrie envahissent les bassins des fleuves,
les forêts, les prairies et les marais, et requièrent d’utiliser
davantage de polluants chimiques et de carburants pour les éradiquer.
Il est rare que les travailleurs des plantations reçoivent l’équipement
de protection nécessaire ; ainsi, ils sont exposés aux émanations
des pulvérisations d’insecticides et aux vapeurs des carburants
des lourds véhicules utilisés.
Et
pourtant, malgré les problèmes que posent les plantations industrielles
d’arbres en Afrique du Sud, le Forest Stewardship Council a certifié
que 1 665 418 hectares en sont bien gérés.
Le
cas du Consortium Siya Qhubeka, certifié par la SGS, est cité
par le FSC comme « une modification du modèle de gestion
des plantations » (FSC, non daté). Pourtant, l’étude mentionnée
révèle que la société dénommée Siya Qhubeka est plus un partenariat
de Mondi avec le gouvernement qu’une véritable initiative d’autonomisation.
D’ailleurs, aucune date n’est fixée pour le transfert des actions
de Mondi à la communauté, et ce transfert se fera à l’initiative
de Mondi, plutôt qu’à celle de la communauté ou du gouvernement.
À
propos de ce transfert, il avait été convenu que, dans la mesure
du possible, « les communautés locales et les Sud-africains
noirs auraient l’opportunité de profiter des activités industrielles
de l’entreprise ». La plupart du bois produit par l’entreprise
étatique South African Forestry Company Limited (SAFCOL) ne s’adaptait
pas aux besoins de production de pâte de Mondi, car il s’agissait
surtout de pins pour des grumes de sciage. Mais au lieu de rechercher
d’autres options d’usage de la terre, susceptibles d’orienter
Siya Qhubeka vers l’agroforesterie, les terres dont on a enlevé
les pins sont maintenant affectées à la plantation d’eucalyptus ;
il faudra cinq ans pour compléter cette tâche. De même, on est
en train de planter des eucalyptus dans les terres où il n’y avait
pas de plantations, sans donner l’option de les affecter à un
autre usage.
Siya
Qhubeka contrôle trois propriétés distinctes. Celle de St.Lucia,
dans le Nord, a 12 550 ha plantés. Elle s’étend le long de
la frontière occidentale du Greater St.Lucia Wetland Park, et
se trouve dans sa totalité à l’intérieur des barrières à gibier
du parc, censément pour que les éléphants, les buffles et les
rhinocéros aient accès aux terres de Siya Qhubeka, y compris aux
2 171 ha de terres non plantées. La plantation de KwaMbonambi
est au nord de Richards Bay ; elle a 6 257 ha plantés
d’arbres et 1 516 ha non plantés. Vers le sud d’Empangeni
se trouve la plantation de Port Durnford (3010 ha), qui a 947
ha non plantés. Au total, Siya Qhubeka possède 21 817 ha
de plantations d’arbres, et 4 634 ha non affectés aux plantations
industrielles. Ces derniers correspondent surtout à des routes,
des servitudes, des zones de services, des coupe-feux et des pentes
ou des marais incultivables.
En
prenant la décision d’accorder le contrat à Siya Qhubeka, le ministère
de l’Eau et des Forêts a souligné que les membres des populations
des trois régions où se trouvent les plantations, à savoir Mtubatuba,
KwaMbonambi et Port Durnford, seraient embauchés en sous-traitance
pour la fourniture de services. Les principales activités concernées
par ces contrats sont la plantation, le débroussaillement et,
en partie, le défrichage. Or, la coupe d’arbres est de plus en
plus mécanisée, l’industrie ayant acquis des machines intégrées
qui coupent, écorcent et entassent les grumes, les laissant prêtes
pour le transport. L’abattage est un processus cher qui requiert
beaucoup de main-d’oeuvre ; en mécanisant cette étape de
la production de bois, la création d’emplois dans le secteur devient
limitée. Il n’est pas surprenant que les seuls sous-traitants
de la communauté qui travaillent dans les anciennes plantations
de SAFCOL ne s’occupent qu’à planter et à nettoyer les plantations,
car ces processus ne requièrent pas de gros investissements. Dans
beaucoup de cas, les travailleurs utilisent leurs propres outils.
C’est le cas d’Umbonambi Forestry Services (UFS), qui a remporté
le contrat pour planter les eucalyptus de Siya Qhubeka dans son
établissement de KwaMbonambi. UFS n’emploie que 17 personnes et
un superviseur, et son équipe de travailleurs est censée planter
6 hectares par jour. Dans l’établissement de Mtubatuba, la société
Thalaku, constituée par trois entrepreneurs du village de Khula,
en Dukuduku, se charge de débroussailler les plantations. Thalaku
emploie de 40 à 45 personnes, suivant le volume du contrat. La
société se charge aussi d’enlever les jeunes pins dans la zone
de St. Lucia Eastern Shores, que l’on est en train de réhabiliter
à des fins de conservation.
L’auteur
de l’article conclut : « en fait, le FSC est en train
de certifier un héritage de l’apartheid ».
index
– Brésil :
la certification des plantations de V&M et de Plantar
Le
« Mouvement d’Alerte contre le Désert Vert » est un
grand réseau d’opposition à l’expansion des plantations d’eucalyptus
à grande échelle dans la région qui comprend les États de Minas
Gerais, Espírito Santo, Bahia et Rio de Janeiro. Son existence
et son combat ont leur origine dans la constatation des effets
négatifs de ces plantations sur la société et l’environnement.
Or, certaines d’entre elles ont été certifiées par le FSC.
Une
équipe de membres du réseau a participé à une étude de cas menée
fin 2003 (“Certificando lo incertificable. Certificación del FSC
de plantaciones de árboles en Tailandia y Brasil” (http://www.wrm.org.uy/actores/FSC/texto.pdf),
qui a porté également sur les plantations des entreprises V&M
et Plantar S.A. Reflorestamentos, les deux certifiées par le FSC
par l’intermédiaire de deux organismes de certification :
Société Générale de Surveillance (SGS) et Scientific Certification
Systems (SCS).
L’entreprise
V&M possède 235 886 hectares de terres dans l’État de
Minas Gerais, qui comprennent 25 propriétés dont les dimensions
vont de 1 000 à 36 000 hectares. Plantar est propriétaire
d’une quinzaine d’établissements ruraux, qui totalisent 280 000
hectares.
Les
recherches menées ont permis de constater que quelques-unes des
plantations certifiées occupent des terres usurpées à leurs habitants
originels ; ainsi, la certification a conspiré contre la
lutte des populations locales pour récupérer leurs terres. En
outre, d’autres conflits ont été identifiés, qui opposent les
petits agriculteurs et les entreprises et qui concernent l’utilisation
de produits chimiques, la fermeture de routes ou la modification
de l’accès aux ressources hydriques et à leur gestion.
D’autre
part, la certification du FSC a fortement érodé les droits des
travailleurs : « Rien ne peut justifier le silence absolu
de la SGS et de la SCS qui, dans leurs résumés publics comme dans
leurs rapports annuels, ne mentionnent pas les graves problèmes
en matière de travail qui existent dans les unités de gestion
forestière certifiées appartenant aux entreprises V&M et Plantar,
en particulier si l’on considère l’importance accordée à cette
question dans les discussions politiques locales et dans la presse
et la télévision de l’État de Minas Gerais. Des conditions de
travail infrahumaines, des journées excessivement longues, le
travail enfantin, la sous-traitance illégale de la main d’oeuvre,
la dépendance des travailleurs, le transport irrégulier, le travail
insalubre et dégradant, les listes noires de dirigeants syndicaux,
le manque de liberté et l’absence d’autonomie syndicale sont autant
de problèmes qui ont suscité d’innombrables articles dans la presse
régionale et qui ont été au centre des débats publics dans diverses
municipalités, dans les parlements des États et dans le parlement
fédéral. »
La
récupération des terres plantées d’arbres en régime de monoculture
et leur reconversion en forêts communautaires ne sont pas des
tâches faciles à accomplir, ni du point de vue politique ni dans
la pratique. Dans le cas des plantations certifiées, la difficulté
est encore accrue, la certification devenant un argument dont
les propriétaires se servent pour s’opposer aux communautés locales.
L’étude
de cas du Brésil montre aussi comment les plantations d’eucalyptus
– y compris celles des deux entreprises certifiées (V&M et
Plantar) – ont été l’une des causes principales de la destruction
de la végétation indigène du « cerrado », laquelle a
privé les populations locales de moyens de vie durables. Du point
de vue de la certification du FSC, peu importe que les entreprises
aient brûlé le cerrado pour obtenir du charbon et établir des
plantations d’eucalyptus, puisque la destruction a eu lieu avant
novembre 1994. Pourtant, « ... les effets de la destruction
du biome se font sentir encore aujourd’hui, en particulier chez
les habitants de la région, qui ont perdu une bonne partie de
la flore, de la faune et des ressources hydriques, et subi les
conséquences de l’application de produits agrochimiques. Loin
de protéger ce qui restait de la végétation indigène, les milliers
d’hectares plantés d’eucalyptus sont devenus un danger ».
L’étude
affirme que les avantages économiques et sociaux découlant de
produits tels que le charbon végétal utilisé dans la production
d’acier, ou le bois employé dans la production de pâte pour l’industrie
papetière, sont « faibles par rapport aux graves conséquences
des plantations industrielles associées, qui ont bouleversé la
vie des travailleurs, ou aux effets socio-économiques négatifs
que les communautés locales ont subis. »
Il
convient de souligner aussi que l’ensemble du processus de certification
a été entaché d’irrégularités, que les principes du FSC n’ont
pas été respectés et que les intérêts des sociétés de certification
y ont influé. L’étude conclut que la gestion forestière de V&M
et de Plantar enfreint la législation nationale et internationale,
par exemple certains traités de l’Organisation internationale
du travail. Quant à la législation environnementale, V&M et
Plantar n’ont pas respecté la résolution qui exige aux entreprises
de ces dimensions de présenter une étude d’incidence environnementale
pour obtenir les permis correspondants.
Le
rapport documente aussi le fait que les plantations de V&M
et de Plantar ne respectent pas certains principes du FSC, puisque
la plupart des plantations ont été établies dans des zones de
cerrado, contribuant ainsi à la destruction de ce biome menacé
et provoquant en outre des dommages sociaux, environnementaux,
culturels et économiques.
Le
FSC s’enorgueillit de l’attention qu’il accorde aux questions
sociales, et fonde sa crédibilité sur la consultation des organisations,
des communautés et des populations locales. Pourtant, dans le
cas du Brésil le processus de consultation a été très médiocre.
Le Résumé public sur V&M énumère diverses « parties prenantes »
avec lesquelles, d’après la SGS, il y a eu « réunions et
discussions », mais ne mentionne pas les résultats de ces
réunions et discussions. Les membres des syndicats de la liste
de « parties prenantes » censément consultés par la
SGS affirment qu’ils ne l’ont pas été lors du processus de certification
de 1998.
D’autre
part, les services des sociétés de certification sont payés par
les entreprises qui souhaitent être certifiées ; ainsi, ces
sociétés ont grand intérêt à délivrer rapidement les certificats,
sans imposer beaucoup de conditions et sans vérifier si les principes
du FSC sont strictement respectés.
Finalement,
les rapports des sociétés de certification concernant les entreprises
mentionnées manquent d’une analyse attentive de l’univers socio-économique
des zones où se trouvent les plantations et d’une mise en contexte.
Les rapports reflètent que les inspecteurs ont fait une interprétation
subjective, aussi bien en définissant les contenus et les points
prioritaires de leur analyse qu’en choisissant les interlocuteurs
les moins critiques, qu’ils ont fait des visites sur le terrain
orientées par un horizon interprétatif très limité et qu’ils ont
ignoré les références spatiales et temporelles du territoire.
La
conclusion de l’étude est la suivante : « Après avoir
évalué la certification des entreprises Plantar S.A. et V&M,
nous pouvons affirmer sans crainte d’erreur que la garantie que
l’on prétend donner aux consommateurs est aujourd’hui inexistante ».
index
– Équateur : zéro
bénéfice pour les communautés dans les plantations certifiées
de FACE PROFAFOR
En
1999, le programme FACE de Forestación del Ecuador S.A., ou PROFAFOR,
a chargé l’entreprise de vérification suisse SGS-Société Générale
de Surveillance d’évaluer la gestion de ses 20 000 hectares
de monocultures d’arbres dans la sierra équatorienne. En 2000,
la SGS lui a délivré un certificat pour le piégeage de dioxyde
de carbone (il s’agissait de la première fois où l’on certifiait
cette fonction dans des plantations d’arbres, et non dans des
forêts réelles) et, en décembre 2001, le label de certification
forestière prouvant que les « Principes et Critères »
du FSC étaient respectés.
Mais
qu’est-ce que FACE PROFAFOR ? Le programme FACE (en anglais
Forest Absorbing Carbon Dioxide Emissions, soit Forêts pour le
piégeage d’émissions de dioxyde de carbone) a été créé en 1990
par le conseil d’administration des Entreprises de génération
d’électricité des Pays-Bas, N.V. Sep. Au départ, son objectif
était l’établissement de 150 000 hectares de plantations
d’arbres pour compenser les émissions d’une nouvelle usine électrique
thermique qui serait installée aux Pays-Bas et qui allait libérer
dans l’atmosphère des millions de tonnes de dioxyde de carbone.
Pour des raisons de coût, il a été décidé d’établir ces plantations
d’arbres dans des pays en développement. Ainsi, FACE est arrivé
en Équateur pour mettre en place le programme FACE de Forestación
del Ecuador S.A., ou PROFAFOR, et financer l’entreprise PROFAFOR
del Ecuador S.A., chargée de la plantation d’essences exotiques
(pins et eucalyptus) en régime de monoculture censées « piéger »
le CO2 de l’atmosphère.
En
raison des graves conséquences environnementales et sociales de
l’établissement de plantations forestières, l’organisation équatorienne
Acción Ecológica a mené en 2005 une recherche aboutissant au rapport
“Sumideros de carbono en los Andes
ecuatorianos. Los impactos
de las plantaciones forestales del proyecto holandés FACE-PROFAFOR
sobre comunidades indígenas y campesinas”, disponible sur
http://www.wrm.org.uy/paises/Ecuador/FACE2005.pdf.
Les
recherches sur le terrain ont conclu que la certification FSC
non seulement ne garantissait pas que les communautés concernées
par le projet forestier certifié en tirent des bénéfices économiques,
sociaux ou environnementaux, mais que, dans le cas des communautés
indigènes des Andes équatoriennes, la situation était exactement
l’inverse, du fait que ces communautés étaient obligées d’absorber
les coûts internes et externes du projet.
D’autre
part, la certification permet à FACE PROFAFOR d’améliorer son
image et de dissimuler les effets négatifs du projet. Les communautés
affectées par des projets certifiés doivent faire face au pouvoir
et au poids du « label vert », qui diminue la crédibilité
de leurs revendications et de leurs luttes.
D’après
le rapport, PROFAFOR obtient de ces communautés de la terre, du
travail et de l’argent.
En
revanche, les contrats conclus ne prévoient aucun type de paiement
pour les terres appartenant à la communauté où se produit le « piégeage
et stockage de carbone » que FACE négocie sur le marché international.
FACE PROFAFOR se réserve 100 % des droits sur le carbone
piégé, et exige aux communautés de n’affecter ces terres à aucune
autre activité que l’entretien de la plantation et d’assumer la
totalité des responsabilités qu’implique le maintien du puits
de carbone pendant la durée du contrat, qui est de 25 à 30 ans.
D’autre
part, l’offre de « génération d’emploi » de ce projet
est non seulement fictive mais comporte dans les faits un résultat
négatif que l’économie communautaire doit prendre à son compte.
Pour respecter les termes de leur contrat avec FACE PROFAFOR,
les communautés ont dû parfois embaucher des gens de l’extérieur,
soit parce que leurs membres n’ont pas les compétences nécessaires
pour exécuter certaines tâches de conformité aux spécifications
techniques, soit parce que les plantations se trouvent à des endroits
où l’accès est difficile et qui sont soumis à des situations climatiques
extrêmes.
Quant
à l’argent, pendant les trois premières années PROFAFOR déduit
du montant initialement proposé à la communauté le « coût »
des plantes et de l’assistance technique. Non seulement les communautés
finissent par recevoir à peu près la moitié de la somme prévue
au départ, mais elles sont obligées de destiner les ressources
apportées par FACE exclusivement aux fins du Contrat de Boisement ;
or, ces ressources ne suffisent pas généralement à couvrir les
frais qui s’avèrent nécessaires pour compléter l’établissement
des plantations.
En
outre, les contrats en question interdisent des activités comme
l’élevage, de sorte que les familles propriétaires de bétail doivent
parfois louer des terres pour leurs bestiaux ; auparavant,
cette dépense n’existait pas. Il arrive aussi qu’elles doivent
réduire le nombre de têtes de leurs troupeaux, faute de pâturages
suffisants.
Pour
préserver son image, FACE allègue que ses activités ont lieu sur
des terres dégradées ou à des altitudes où l’agriculture n’est
pas possible et où le pâturage n’est pas rentable.
Mais
la réalité est très différente. FACE introduit des plantations
de pins dans des écosystèmes vierges, et non sur des sols dégradés.
Les plantations sont établies dans un écosystème très fragile
et de grande importance hydrologique : le páramo,
essentiel pour la régulation de l’hydrologie régionale et source
d’eau pour la plupart de la population des Andes. Ces sols retiennent
beaucoup d’eau grâce à la grande quantité de matière organique
qu’ils possèdent. L’implantation d’arbres exotiques ne favorise
pas la stabilité de l’écosystème.
L’introduction
d’essences exotiques dans une région élevée telle que le páramo
transforme et détériore la structure fragile du sol et provoque
une grave formation de crevasses en raison des changements du
régime hydrologique. Elle porte atteinte à la flore et à la faune
de la zone et contribue au mauvais rendement des plantations,
ce qui conspire contre le piégeage de carbone qui est l’objectif
visé.
Huit
années après le début de ses activités, FACE a obtenu la certification
forestière, en dépit du fait que l’établissement de ses plantations
a impliqué la destruction d’écosystèmes primaires sans aucune
mesure d’atténuation des effets provoqués.
Bref,
la certification FSC des plantations de FACE PROFAFOR en Équateur
ne garantit pas que les communautés « bénéficiaires »
du projet en tirent des profits économiques, sociaux et environnementaux.
Au contraire, elle est la preuve d’une « flexibilité »
considérable – et contestable – de la part du FSC dans l’application
de ses principes et critères.
index
– Swaziland : les
effets négatifs des plantations de Mondi Peak certifiées par le
FSC
Près
de 9 % du Swaziland sont à présent couverts de plantations
d’arbres (eucalyptus, pins et acacias). En décembre 2004, Wally
Menne, membre de la coalition sud-africaine Timberwatch, a publié
son rapport de recherche sur les incidences environnementales
et sociales des grandes plantations d’arbres au Swaziland (“Timber
Plantations in Swaziland: An investigation into the environmental
and social impacts of large-scale timber plantations in Swaziland”,
http://www.wrm.org.uy/countries/Swaziland/Plantations.pdf).
L’étude
de Menne inclut les plantations d’arbres certifiées de Mondi Forests
(filiale de l’entreprise géante Anglo American Corporation), qui
opère au Swaziland par l’intermédiaire de son associée Peak Timber
Ltd et sa partenaire sud-africaine Mondi Timber.
Mondi
Forests (connue aussi comme Mondi Peak) est propriétaire de presque
32 000 hectares, dont environ 20 000 hectares de plantations,
dans le Nord du Swaziland. Environ 90 % de ces plantations
se trouvent dans la région du village de Pigg’s Peak. Il s’agit
de 6 000 hectares de pins et de 14 000 hectares d’eucalyptus,
avec une petite étendue d’une trentaine d’hectares plantée d’acacia
noir. La plupart des eucalyptus sont exportés pour la production
de pâte ; presque 75 % des pins sont exportés également.
Au cours des dix dernières années, il y a eu une reconversion
systématique, de la culture du pin passant à celle de l’eucalyptus,
ce dernier étant censé rapporter davantage en raison de son rythme
de rotation rapide ; à présent, 75 % des plantations
de Peak sont des plantations d’eucalyptus.
Les
plantations de Mondi Peak ont été certifiées pour la première
fois par le FSC en 1996 ; le site Web du FSC ne dit pas que
Mondi a des plantations certifiées au Swaziland, parce que celles-ci
sont comprises dans la superficie totale des plantations que l’entreprise
possède en Afrique du Sud. Cette certification est révisée tous
les cinq ans ; la prochaine révision aura lieu en 2007. La
société de certification SGS, accréditée par le FSC, se charge
des inspections annuelles.
L’étude
sur le terrain a essayé de déterminer si ces plantations d’arbres
avaient profité aux communautés locales ; parmi les réponses
reçues figurent les suivantes :
Nhlanhla
Msweli, de l’organisation sociale Campagne du Swaziland contre
la pauvreté et l’inégalité économique (SCAPEI) rappelle qu’aux
alentours de 1997 il y a eu de fortes réductions des dépenses
dans l’industrie du bois, y compris chez Mondi. Les licenciements
ont été justifiés en invoquant les problèmes économiques mais,
simultanément, on s’est adressé à des sous-traitants qui, souvent,
étaient d’anciens employés que l’on avait aidés à établir leurs
propres entreprises. Ainsi, le marché du travail est devenu extrêmement
compétitif. La sous-traitance des activités n’a pas bénéficié
beaucoup de personnes car, en fait, il s’agit d’un moyen de transférer
les risques et les coûts aux entreprises nouvellement établies.
Si celles-ci font faillite, les investissement faits avec l’argent
des indemnités de licenciement se perdent et la pauvreté s’accroît.
Mme.
Duduzile (Matilda) Zwane, directrice de l’école primaire d’Ekuthuleni
(le village où habitent les travailleurs de la principale scierie
de Mondi Peak) a donné une opinion défavorable des plantations
d’arbres. Elle était persuadée que leur établissement n’avait
pas apporté grand-chose à la communauté, ni à ceux qui travaillaient
à cette industrie ni aux habitants de la zone. Si les travailleurs
recevaient quelques provisions, leurs salaires étaient bas. Quelque
temps plus tôt il y avait eu une grève à la scierie, pendant laquelle
un incendie accidentel avait éclaté, provoqué par une étincelle
d’une machine à souder qui avait mis le feu à de la sciure et
provoqué des dégâts considérables. La grève avait été levée, mais
les travailleurs avaient été congédiés par la suite. La scierie
allait être modernisée par l’installation d’équipements d’une
technologie avancée. L’entreprise utilisait de grosses machines
pour faire le travail, au lieu d’employer davantage de personnes.
L’entreprise
ne faisait pas grand-chose pour aider la communauté. Seuls les
employés de confiance et leur famille directe pouvaient utiliser
les installations de soins médicaux de Mondi. Les autres devaient
s’adresser à l’hôpital public de Pigg’s Peak. La pauvreté poussait
les jeunes filles à se prostituer. Elles se contentaient de recevoir
deux emalangeni (6 emalangeni = 1 dollar), en général d’hommes
plus âgés qui travaillaient à l’usine. Elle a ajouté que la plupart
des filles de la région étaient enceintes avant d’avoir fini le
niveau cinq.
L’entreprise
n’offrait pas de bourses d’études et n’avait pas contribué à la
construction de l’église du village. L’école avait besoin urgent
de davantage de salles de classe et de logement pour les enseignants.
Les foyers des travailleurs sont en général très pauvres. L’école
n’a pas de cour de récréation et les rues du village sont en très
mauvais état.
Mme.
Zwane a déclaré qu’elle avait remarqué que les fleuves s’étaient
taris au fil des ans dans la zone des plantations. Elle se rappelait
que, quand elle était enfant, les gens pouvaient nager à certains
endroits qui sont maintenant à sec.
Ce
qui précède coïncide avec ce que Rex Brown, d’Environmental Consultancy
Services, a dit au cours de cette étude. Il a déclaré que les
trois principales plantations du pays (Shiselweni, Usutu et Mondi)
ont été établies sans considérer les effets qu’elles auraient,
à court terme et à long terme, sur l’environnement, les moyens
de vie, l’eau et la pollution. En ce qui concerne l’eau, Brown
a dit que les plantations semblent fonctionner comme des éponges
et que, du fait en partie des caractéristiques des essences, elles
absorbent de grandes quantités d’eau qui ne retournent pas dans
les fleuves et les ruisseaux. Ceci, joint à la demande toujours
plus grande d’eau dans les bassins versants, provoque des pénuries
annuelles.
Pour
conclure, l’auteur de l’étude dit : « Les plantations
de la zone de Pigg’s Peak peuvent être considérées, au mieux,
comme mal gérées, au pire, comme absolument dégoûtantes. Il est
incroyable que ces plantations qui, par endroits, sont un mélange
d’essences sans aménagement aucun, aient pu bénéficier de la certification
du FSC ».
index
– Uruguay : quatre
entreprises qui ne devraient pas être certifiées
En
1987 fut approuvée en Uruguay une législation destinée à promouvoir,
par des exonérations d’impôts et des subventions, les grandes
monocultures d’arbres exotiques (surtout des pins et des eucalyptus)
pour l’exportation. À partir de ce moment-là, ce pays surtout
agricole commença à transformer une partie de ses prairies fertiles
en « déserts verts ». Ceux-ci dépassent aujourd’hui
les 700 000 hectares.
Une
opposition croissante aux monocultures d’eucalyptus et de pins
se développe parallèlement. Cette opposition est en partie le
résultat de plusieurs années de campagnes et de dénonciations
concrètes de la part des organisations écologistes, sociales et
syndicales du pays, qui ont documenté les effets négatifs de ce
modèle forestier. Pourtant, le « mérite » revient aussi
aux entreprises d’afforestation elles-mêmes, dont les plantations
se sont avérées aussi nuisibles que prévu par les organisations
de la société civile, et dont les pratiques sociales ont laissé
beaucoup à désirer.
À
partir de 2001, le FSC entre en scène (Forest Stewardship Council
ou Conseil de gestion forestière). Par l’intermédiaire de la société
de certification SmartWood, il certifie 5 000 hectares de
plantations, propriété de l’entreprise Industrias Forestales Arazatí.
Pour ceux qui connaissaient déjà cette entreprise, célèbre depuis
longtemps pour la destruction environnementale (l’assèchement
de marais) dont elle a été responsable et pour sa politique antisyndicale
(elle a même menacé les représentants du Syndicat du Bois de les
sortir à coups de feu), il était clair que, si elle réussissait
à se faire certifier, toutes les autres y parviendraient aussi.
C’est effectivement ce qui est arrivé. L’une après l’autre, les
entreprises qui demandent un certificat l’obtiennent. Pendant
ce temps-là, les dégâts se poursuivent et s’aggravent à mesure
que les plantations, certifiées ou non, couvrent des surfaces
de plus en plus vastes de diverses régions du pays.
En
août 2005, sept entreprises avaient des plantations certifiées
par le FSC en Uruguay. La superficie totale certifiée était de
133 711 hectares, comprenant cinq plantations de plus de
5 000 hectares et deux petites autres de 31 et 184 hectares.
D’après l’origine du capital, deux entreprises étaient étrangères
(COFOSA, finlandaise, et EUFORES, espagnole) et les cinq autres
uruguayennes. Cinq ont été certifiées par SGS Qualifor, et deux
par SmartWood (Rainforest Alliance).
Une
recherche sur le terrain menée fin 2005 par le WRM et publiée
en mars 2006 (“Maquillaje Verde. Análisis crítico de
la certificación de monocultivos de árboles
en
Uruguay por el FSC”, disponible à l’adresse
http://www.wrm.org.uy/paises/Uruguay/libro.pdf)
décrit les quatre principales entreprises certifiées en Uruguay
(EUFORES, COFOSA, FYMNSA et COFUSA) et conclut qu’aucune d’elles
ne respecte les termes du mandat du FSC, qui dit que « le
but du FSC est de promouvoir une gestion des forêts [sic] du globe
qui soit environnementalement responsable, socialement bénéfique
et économiquement viable ».
Nous
avons mentionné les résultats de cette étude dans l’article sur
l’Uruguay du bulletin nº 104 du WRM. Les graves incidences qu’elles
ont sur l’eau, la flore (en particulier celle de la prairie, principal
écosystème du pays et base de la production agricole), la faune
et le paysage révèlent que les plantations certifiées ne remplissent
pas la condition d’être gérées de façon « environnementalement
responsable ».
Mais
la promotion des monocultures d’arbres a eu d’autres conséquences
encore. Pour optimiser la rentabilité du modèle, il convient de
l’appliquer à de grandes surfaces. Ainsi, l’achat de vastes étendues
de terres, surtout par des entreprises étrangères, s’est accéléré.
D’autre part, il s’agit d’une activité qui exclut toutes les autres
en raison des effets adverses qu’elle a sur elles. De ce fait,
elle contribue à l’exode rural. En outre, les emplois qu’elle
a générés sont précaires, saisonniers et en régime de sous-traitance.
L’ensemble de ces circonstances annule la possibilité que leur
gestion soit « socialement bénéfique ».
Quant
à la condition d’être « économiquement viable », l’on
constate que, sans les fortes subventions directes et indirectes
(exonérations d’impôts, construction et entretien de routes) reçues
de l’État (c’est-à-dire du peuple uruguayen), cette activité ne
se serait sans doute jamais développée dans le pays.
Finalement,
dans le cas concret de l’Uruguay la certification des plantations
ne contribue pas à promouvoir la gestion responsable des forêts
(qui sont protégées par la loi) ; en revanche, elle encourage
la destruction totale du principal écosystème du pays (la prairie).
En
outre, la certification contribue à affaiblir l’opposition locale,
car les entreprises se voient apposer un label censément vert
par une institution prestigieuse qui compte la participation active
d’ONG sociales et environnementales ; d’ailleurs, ce sont
ces dernières qui ont créé et promu le système en question.
De
surcroît, ces certifications diminuent la crédibilité du FSC,
dont l’objectif premier est de protéger les forêts par une gestion
appropriée. Le fait même que le FSC considère les plantations
comme des « forêts » conspire contra sa crédibilité,
et à cela s’ajoute la certification de grandes monocultures d’arbres,
par laquelle le FSC déclare qu’elles sont « environnementalement
responsables, socialement bénéfiques et économiquement viables ».
index
D’AUTRES
CERTIFICATIONS DE PLANTATIONS CONTESTÉES
Le
WRM a divulgué beaucoup d’informations sur la certification des
plantations, dont deux livres, deux numéros spéciaux du bulletin
et de nombreux articles portant sur une grande diversité de pays
(voir
http://www.wrm.org.uy/actors/FSC/index.html).
Cette section présente un petit nombre de cas récents qui, à notre
avis, mériteraient d’être pris en considération lors de la révision
des normes du FSC en matière de plantations.
– Australie : des monocultures d’arbres certifiées
accusées de pulvérisations aériennes et de perte de diversité
biologique
Les
principales entreprises de plantation qui fonctionnent actuellement
en Australie et qui ont été certifiées par le FSC sont Albany
Plantation Forest Company Pty Ltd (23 509 ha), Timbercorp
Forestry Pty Ltd (97 000 ha), Integrated Tree Cropping Limited
(166 636 ha) et Hancock Victorian Plantations Pty Limited
(246 117 ha).
Parmi
les principaux problèmes que soulève la certification des nouvelles
plantations d’eucalyptus bleu (Eucalyptus globulus) en
Australie figure la pulvérisation aérienne de pesticides et la
pollution de l’eau potable qui en découle. Dans le cas des plantations
de Hancock, l’incidence de ces pulvérisations sur les bassins
versants qui fournissent de l’eau potable à des milliers d’habitants
de Victoria peut être examinée sur
http://www.forest-network.org/Docs/amis_fsc_05-04.htm.
Brenda
Rosser, du réseau Tasmanian Clean Water Network, a signalé les
répercussions sur la santé de l’utilisation incontrôlée de pesticides
en Tasmanie : apparition de cas de cancer et de troubles
neurologiques, augmentation de l’incidence du lymphome non-Hodgkins,
du cancer de la prostate, du cancer de la thyroïde et de tous
ces cancers combinés, un pourcentage jamais vu en Australie de
personnes souffrant de diabète, et davantage de cas de maladies
coronariennes, d’obésité, d’hypertension et de cholestérol que
dans les autres États australiens (voir le bulletin nº 97 du WRM).
À propos de la Révision des normes sur les plantations menée par
le FSC, Brenda Rosser conclut que « si le FSC continue de
considérer la ‘durabilité’ comme un objectif vague et nébuleux,
il deviendra (et je crois qu’il l’est peut-être déjà) rien d’autre
qu’un instrument au service des entreprises pour améliorer l’image
de l’industrie ‘forestière’ ».
index
– Colombie :
l’incroyable et triste certification des plantations de Smurfit
Le
WRM a organisé en 2003 une visite en Colombie pour connaître les
populations affectées par les plantations de l’entreprise Smurfit
et recueillir des témoignages sur le terrain. L’article rédigé
à ce moment-là disait :
« Les
gens nous ont dit que ‘les plantations ont épuisé l’eau’, que
‘les fumigations ont liquidé tout ce qu’il y avait au sol’, que
‘la faune a pratiquement disparu’, qu’il y avait auparavant ‘des
nuées d’oiseaux’ mais que ‘maintenant, en été seulement quelques
oiseaux apparaissent, mais pas en hiver’, et qu’il n’y a plus
de poisson non plus ».
En
ce qui concerne l’emploi, ils nous ont fait savoir que ‘tout le
travail est à la tâche’ (par l’intermédiaire de sous-traitants),
et que ‘le contrat implique de travailler pour deux et de gagner
pour un’. Comme dans la jungle, seuls les plus forts survivent
: ‘si vous n’atteignez pas la production on vous renvoie, on ne
peut pas avoir plus de 40 ans, et il faut être très résistant
pour arriver à ce rendement’. En matière d’organisations de travailleurs,
non seulement il n’y a pas de syndicats mais ‘celui qui rouspète
est dehors’, et ‘ici personne ne dit mot’. »
À
l’époque nous avions considéré comme impossible que les plantations
d’une entreprise de ce genre obtiennent un certificat garantissant
que leur production de bois était socialement et environnementalement
responsable. Pourtant, la même année et malgré ces antécédents
néfastes, Smurfit a réussi à faire certifier 38 000 hectares
de plantations. De la même manière, à notre grande inquiétude
nous avons appris en 2003, sur le site Web du FSC, que Smurfit,
représentée par Víctor Giraldo, faisait partie du Conseil de Direction
de cet organisme.
Il
y a peu de temps, le WRM a été invité à retourner en Colombie
pour parcourir des zones où se trouvent de grandes étendues de
plantations de la même entreprise. La situation n’a pas changé.
Au contraire, les dégâts se sont aggravés. Quant à Smurfit, elle
est toujours représentée au sein du Conseil de Direction du FSC.
Pour
de plus amples informations sur les effets des plantations de
Smurfit en Colombie nous conseillons la lecture des bulletins
nº 77 et 107 du WRM et celle de l’article : “Cómo afecta
a las comunidades campesinas y a la biodiversidad. La industria
papelera en la zona Andina”, Guillermo Castaño Arcila, Revista
Semillas en la economía campesina, Nº 20, décembre 2005,
http://www.semillas.org.co/articulos.htm?x=24037.
index
– Équateur : la plantation certifiée Río
Pitzará d’Endesa-Botrosa (*)
En
avril 2006, la société de certification allemande GFA Consulting
Group a décerné le label du FSC aux opérations forestières de
la société Endesa-Botrosa et à ses plantations d’arbres de Río
Pitzará, un établissement de 8 380 hectares situé sur la
côte de l’Équateur (GFA-FM/CC-1267). La certification FSC d’Endesa-Botrosa
(qui appartient au groupe forestier Durini) est un rude coup porté
sur les communautés locales paysannes, indigènes et afro-équatoriennes,
dont les forêts et les styles de vie ont été dévastés par ces
entreprises pendant des décennies.
L’évaluation
d’Endesa-Botrosa par la GFA a été superficielle depuis le début ;
cette organisation a systématiquement ignoré le non-respect des
Principes et Critères du FSC de la part de l’entreprise. L’évaluation
a été fait à partir d’un questionnaire que la GFA a envoyé par
courrier électronique, début 2005, à 39 membres d’ONG, d’institutions
et d’entreprises de Quito. Ainsi, la GFA n’a reçu aucune critique
importante sur Endesa-Botrosa. Il faut signaler en outre que les
personnes figurant sur la liste présentée par la GFA n’ont pas
toutes reçu le questionnaire, et que certaines n’y ont pas répondu.
Pourtant,
le plus grave est que la GFA n’a consulté aucun représentant des
propriétaires des forêts naturelles où Endesa-Botrosa extrait
plus de 73 % du bois utilisé. La plupart des forêts naturelles
exploitées par SETRAFOR (l’entreprise appartenant au groupe Durini
qui fournit le bois à Endesa-Botrosa), sont irréparablement dégradées
ou tout à fait détruites par les exploitants forestiers. Cette
destruction a des conséquences graves pour la population locale.
D’autre part, l’organisation équatorienne Acción Ecológica a envoyé
à la société de certification, en juin 2005, une plainte détaillée
et formelle, qui peut être consultée sur
http://www.wrm.org.uy. Dans les semaines qui ont suivi il
y a eu des réunions avec la GFA, en Équateur et en Allemagne,
où ces plaintes ont été exposées.
D’après
le rapport de certification de GFA, l’établissement Río Pitzará
d’Endesa-Botrosa est situé dans les provinces d’Esmeraldas et
de Pichincha ; sa végétation naturelle est la forêt tropicale
humide et la forêt prémontane humide. La plantation occupe 5 406
hectares, auxquels viendront s’ajouter 1 800 hectares supplémentaires
dans les prochaines années.
Le
rapport ne donne pas d’informations concrètes et détaillées sur
la date et les circonstances de l’achat des terres et de leur
remise à Endesa-Botrosa ; il ne dit pas non plus quels en
étaient les propriétaires antérieurs, ni quelle était sa végétation
originelle. Pourtant, dans cette région précisément, la concession
de terres à Endesa-Botrosa a suscité des conflits très durs encore
non résolus, des plaintes des paysans locaux et de l’ONG Acción
Ecológica, ainsi que des enquêtes menées par des institutions
publiques suivies de sentences défavorables à l’entreprise.
Un
cas bien documenté est celui de la parcelle de 3 123 hectares
El Pambilar, que l’Institut national de développement agricole
(INDA) avait cédé à Botrosa en 1998. Après plus de deux années
d’affrontements violents entre les paysans et le personnel de
l’entreprise, de plaintes et d’enquêtes officielles, le Ministère
de l’Environnement a confirmé en 2000 que 90 % des terres
(2 830 ha) appartenaient au Patrimoine forestier de l’État
(PFE) et que leur adjudication avait été illégale. Le ministère
a décidé qu’Endesa-Botrosa devait restituer ces terres à l’État,
et le Tribunal constitutionnel a résolu que les paysans devaient
recevoir des indemnités de l’entreprise pour les dommages qu’ils
avaient subis.
D’autre
part, la gestion des plantations forestières d’Endesa-Botrosa
est déficiente. Une étude menée par la GTZ en 1997 sur des plantations
de « pachaco » (Schizolobium parahyba) a conclu
que « la durabilité constatée dans la production de bois
est limitée » et que « des éléments essentiels pour
la durabilité de la gestion forestière en sont absents ».
« En particulier, on a constaté des déficiences dans la reconnaissance
du site forestier et du sol et dans l’analyse des nutriments,
ainsi que dans l’adaptation de la machinerie aux faibles dimensions
du bois et, surtout, dans la formation des opérateurs. »
Il a été observé également que, dans ces plantations, de nombreux
arbres tombent malades après sept ans et finissent par mourir,
et qu’« un nombre de plus en plus considérable d’arbres situés
dans les zones les plus anciennes de la plantation étaient en
très mauvais état ». L’entreprise a perdu ainsi près de 2 500
hectares de plantations de « pachaco ».
Dans
une autre étude on signale que les plantations de l’essence africaine
Terminalia superba à Río Pitzará ont été établies dans
une forêt secondaire, en abattant la végétation naturelle. Pour
aggraver encore les choses, la région du fleuve Pitzará est, d’après
la liste rouge de l’UICN, le seul habitat d’une espèce de grenouille
très rare, Eleutherodactylus helonotus, qui est en péril
d’extinction. Cette grenouille a été repérée à deux endroits seulement,
proches du fleuve Pitzará, sur une étendue totale de moins de
10 kilomètres carrés. La transformation de son habitat naturel
en plantations industrielles d’arbres peut provoquer l’extinction
de l’espèce.
En
dehors des plantations, il existe une autre exigence très importante
du FSC qu’Endesa-Botrosa ne respecte pas : tout le bois non
certifié doit être du « bois contrôlé », c’est-à-dire
légalement exploité.
En
résumé, les illégalités dans lesquelles l’entreprise a été impliquée,
comme la concession illégale de terres du Patrimoine forestier
de l’État, le conflit foncier violent avec les paysans locaux
et les crimes commis contre eux, la coupe de forêts résiduelles,
et le fait que la région boisée où la plantation de Río Pitzará
a été établie est le seul habitat d’une espèce animale en péril
d’extinction, n’autorisent pas la certification de la plantation.
Et pourtant, elle porte aujourd’hui le label du FSC.
Natalia
Bonilla, Acción Ecológica, adresse électronique :
foresta@accionecologica.org, et Klaus Schenck, adresse électronique :
klaus@regenwald.org.
(*)
La société Endesa-Botrosa est notoire en raison de la dévastation
gigantesque des forêts équatoriennes que provoquent ses activités
d’exploitation forestière. Néanmoins, dans le présent article
nous avons choisi de signaler uniquement les connotations de la
certification de ses plantations, car c’est là le thème central
de ce bulletin.
index
– Espagne : des organisations
espagnoles quittent le FSC
Des
organisations espagnoles réclament depuis plus d’un an, sans résultat,
l’annulation de la certification de « gestion forestière
responsable » délivrée par le FSC à la filiale de l’entreprise
de pâte ENCE (Norfor). En juin 2005, l’« Asociación pola
defensa da Ria », membre de la Fédération écologiste galicienne
(FEG) a adressé à la délégation du FSC en Espagne une demande
urgente d’annulation de la certification en question (http://www.wrm.org.uy/actores/FSC/cancelacionNORFOR.pdf),
accompagnée d’un rapport critique à ce sujet (http://www.wrm.org.uy/actores/FSC/informeNORFOR.pdf.
En outre, elle demandait que le rapport soit envoyé à l’organisme
central du FSC et que celui-ci entreprenne une révision des autres
processus de certification menés dans le monde, avec la possibilité
d’en exclure la société de certification SGS.
En
l’absence de réponse du FSC, et considérant que la légitimité
de la certification FSC provient essentiellement de la présence
de groupes écologistes dans son sein, l’assemblée de la Fédération
écologiste galicienne, réunie le 20 mai de cette année, a décidé
le retrait de la fédération du groupe national d’appui du FSC
en Espagne, et demandé aux autres groupes écologistes espagnols
d’en faire autant (voir
http://www.wrm.org.uy/actores/FSC/Solicitud_Gallegos.html).
L’organisation
exprime son inquiétude face à l’expansion alarmante des grandes
monocultures d’arbres (en particulier, de celles d’eucalyptus
pour la fabrication de pâte à papier), qui provoquent la dégradation
des sols, la diminution rapide de la diversité biologique et la
disparition ou la paupérisation des communautés rurales. Elle
estime, en outre, que la certification du FSC est « l’un
des instruments dont les entreprises se servent pour obtenir des
licences et du soutien économique, ainsi que pour affermir leur
situation sur le marché ». Devant cette situation, la Fédération
écologiste galicienne déclare que « l’appui du mouvement
écologiste au label FSC ne peut pas être un chèque en blanc, et
il n’a de sens que dans la mesure où, derrière chaque certification,
il y aura une gestion forestière dont on puisse raisonnablement
affirmer qu’elle est ‘environnementalement responsable, socialement
bénéfique et économiquement viable’, ce qui est aujourd’hui très
loin d’être vrai ».
index
– Irlande : remise en question de la certification
des plantations de Coillte par le FSC
Les
forêts irlandaises ont subi un défrichage massif au cours des
derniers siècles. Là où les arbres enlevés ont été remplacés on
a planté, dans la majorité des cas, des conifères exotiques en
régime de monoculture ou presque ; la plupart de ces plantations
ont été effectuées par une seule entreprise, Coillte, propriétaire
de 438 000 hectares de plantations certifiées.
En
2002, Coillte Teorante a obtenu un certificat du Forest Stewardship
Council par l’intermédiaire de Soil Association/Woodmark. Auparavant,
elle avait été certifiée par la SGS.
La
certification de ces plantations a été fortement critiquée en
Irlande pour de nombreuses raisons, parmi lesquelles figurent
les suivantes :
–
Elles ont contribué à la pollution de l’eau en raison de l’acidification,
de l’envasement et de la contamination par des engrais phosphatés.
–
Elles tuent la flore indigène en raison de la diminution de la
quantité de lumière qui atteint le sol.
–
Elles augmentent le risque de maladies et d’invasion de ravageurs
(par exemple, il y a eu des invasions de charançons des pins,
autrefois inconnus en Irlande).
–
Elles requièrent une utilisation de pesticides plus intense que
les forêts de feuillus indigènes, en raison de leur vulnérabilité
aux ravageurs et aux maladies. Cela aboutit à tous les problèmes
de santé et de contamination associés aux pesticides, qui sont
des produits chimiques dangereux.
–
Elles sont très vulnérables au feu, en raison de la teneur en
résine des essences non indigènes. Ce risque augmente dans le
cas des tourbières.
–
Elles augmentent les risques de dommages physiques que comportent
l’assèchement, la plantation, la construction de routes et l’abattage.
–
Elles contribuent au dépeuplement et au déclin des villages ruraux.
Le type d’exploitation forestière appliqué aujourd’hui en Irlande
est fortement mécanisé, et requiert un minimum de main-d’oeuvre.
–
Elles détruisent la diversité biologique indigène.
Au
vu de ce qui précède, la Woodland League d’Irlande a déclare que
« malgré tout ceci, Coillte s’est débrouillée pour obtenir la
certification du FSC, grâce aux critères nationaux qui ont été
fixés par une société dénommée IFCI et qui sont bien plus faibles
que les principes du FSC ».
Pour
de plus amples informations sur le cas des plantations de Coillte
visitez le site : http://woodlandleague.org/info/info/IT&F-Coillte&CertificationJan2005.htm.
index
– Venezuela :
critiques à l’encontre des plantations d’une entreprise chilienne
certifiées par SmartWood
Nous
rapportons ci-dessous les conclusions présentées dans un rapport
de voyage (disponible en espagnol, (http://www.wrm.org.uy/paises/Venezuela/Gira2006.pdf)
concernant
l’enquête récemment menée par quatre représentants du ‘Réseau
latino-américain contre les monocultures d’arbres’ dans la région
où se trouvent les plantations de pins d’Uverito, qui s’étendent
sur 600 000 hectares dans les États de Monagas et d’Anzoátegui.
En 2003, l’entreprise SmartWood en a certifié 12 parcelles, soit
139 650 hectares, appartenant à la société Terranova de Venezuela
(TDV). La TDV fait partie du Grupo Forestal Terranova, basé au
Chili, qui est associé à d’autres entreprises chiliennes et à
des capitaux nord-américains.
« Tout
le long de notre parcours dans la zone des plantations de pins
nous avons pu observer des villages très pauvres, presque entièrement
dépourvus de services. Pour incroyable que cela paraisse, le rapport
de certification de SmartWood le confirme, quand il dit que la
situation de la plupart de ces villages est très précaire, que
ce soit en matière de logement ou des services connexes, distribution
d’eau, assainissement et ébouage, ou en matière de soins de santé
et d’éducation. Apparemment, ces plantations n’ont pas apporté
aux habitants de la région des améliorations visibles ni rien
de ce qui avait été annoncé par les entreprises et par ceux qui
ont contribué à promouvoir les monocultures d’arbres. Même dans
un village comme Chaguaramas, dont on nous a dit que s’il n’y
avait presque personne quand nous sommes passés c’était parce
que la plupart des habitants travaillaient dans la pépinière de
l’entreprise, on ne voyait pas que les gens vivent mieux grâce
à ces emplois. D’une manière générale, on peut affirmer que ces
plantations n’ont pas été socialement bénéfiques pour les communautés
voisines.
La
terre crevassée et les incendies permanents dans la zone des plantations
témoignent d’un changement radical de l’écosystème naturel qui,
là où il a pu survivre, est loin d’avoir ces problèmes. Le degré
auquel ont été affectés l’écosystème naturel et les ressources
hydriques, tout en étant visible à l’oeil nu, mériterait une étude
plus approfondie. Les rares recherches publiées à ce sujet mentionnent
des changements importants dans la structure du sol et dans les
ressources hydriques, mais elles se centrent en général sur l’incidence
de ces facteurs sur les plantations de pins, et non sur l’écosystème
naturel. Des observations effectuées pendant le trajet on peut
déduire que les plantations ont créé un climat favorable aux incendies
qui ont durement frappé l’environnement, la société et l’économie ;
que les cours d’eau, qui dépendent en bonne mesure des systèmes
naturels, ont été affectés, et que de nombreux fleuves, comme
le Morichal Largo, sont contaminés, probablement par suite des
fortes quantités de produits agrochimiques toxiques appliquées
aux plantations. Du point de vue environnemental, avant de continuer
à établir des plantations d’envergure il serait justifié de mener
au moins une enquête sérieuse sur les effets adverses déjà existants.
Du
point de vue économique enfin, si le projet de plantations d’Uverito
a été possible c’est non seulement grâce aux 275 millions de dollars
que, d’après les représentants de l’organisme gouvernemental responsable,
CVG Proforca, il a fallu y investir, mais grâce au soutien économique
qu’il a reçu du gouvernement sous la forme d’infrastructures.
D’après le gouvernement, 800 millions de dollars ont déjà été
dépensés pour la construction d’un pont, et une somme semblable
a été promise pour cet ouvrage et pour terminer les nouvelles
routes, dont on a pu constater au cours du voyage qu’elles profiteront
presque exclusivement aux multinationales associées aux plantations.
Nous n’avons pas réussi à apprendre exactement combien a reçu
l’État vénézuélien de la multinationale TDV, mais nous savons
que la négociation a été dénoncée comme frauduleuse et que la
société TDV, certifiée par SmartWood, a été remplacée par la multinationale
Masisa. Quoi qu’il en soit, les plantations et les projets industriels
associés n’auraient pas été possibles si l’État vénézuélien n’avait
pas dépensé beaucoup plus que ce qu’il semble avoir reçu ou recevra
en échange. »
Comme
le rapport le signale, nous entendons depuis des années des représentants
du gouvernement et des entreprises, des universitaires et même
des membres des ONG vénézuéliennes affirmer que « les plantations
d’Uverito » n’ont jamais causé de problèmes et que, d’ailleurs,
elles ont été établies à des endroits où il n’y avait « rien »
auparavant. Or, le rapport éveille des doutes à ce sujet et sème
le doute sur l’analyse effectuée par SmartWood sur la rationalité
écologique, économique et sociale de ces plantations.
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