NOTRE OPINION
–
La surconsommation de papier :
les répercussions de l’injustice
Il
existe dans le monde actuel des millions de personnes dont le
niveau de consommation est inférieur à celui de leurs besoins
élémentaires. Autrement dit, il y a des millions de personnes
– des enfants pour la plupart – qui souffrent la faim et la misère.
En revanche, des millions d’autres personnes, bien moins nombreuses
que les premières, consomment en excès, sans que cela signifie
que leurs besoins élémentaires, en tant qu’êtres humains, soient
satisfaits.
Le
résultat de ce qui précède est non seulement un monde dont l’injustice
est indéniable, mais un monde qui s’achemine tout droit à la catastrophe
écologique. Bien entendu, la faute n’est pas à ceux qui consomment
peu mais à ceux qui consomment trop. Bien que cela s’applique
à la consommation de presque n’importe quel produit – du pétrole
aux crevettes – le cas du papier et du carton permet d’illustrer
le problème.
En
2004, la consommation mondiale de papier et de carton fut de 52
kilos par personne (1). Comme toutes les moyennes, celle-ci masque
la disproportion qui existe entre ceux qui consomment beaucoup
et ceux qui consomment peu. En effet, la consommation des habitants
des pays dits « développés » fut en moyenne de 175 kilos,
tandis que celle des pays dits « en voie de développement »
ne dépassa pas 20 kilos. En outre, ces moyennes cachent à leur
tour la réalité que, dans certains pays du Nord, la consommation
est encore supérieure (c’est le cas de la Finlande, avec 334 kg,
des États-Unis, avec 312 kg, et du Japon, avec 250 kg), et qu’une
consommation considérée comme « faible » (par exemple,
20 kilos) peut très bien suffire à couvrir les besoins élémentaires
de papier.
Le
problème est que la consommation excessive a de l’incidence sur
la vie de millions de personnes du Sud. En effet, ce papier et
ce carton sont produits avec de la pâte de papier ; pour
la fabriquer il faut du bois ; ce bois provient de plus en
plus d’énormes monocultures d’arbres, qui sont surtout des eucalyptus,
des pins et des acacias.
Ces
plantations sont établies dans des régions qui réunissent plusieurs
conditions : la croissance rapide des arbres, l’accès à de
grandes étendues de terres fertiles et bon marché, le faible coût
de la main-d’oeuvre, la disponibilité de subventions et d’aides
de l’État, un faible contrôle environnemental. C’est-à-dire, essentiellement
dans le Sud.
Dans
tous les pays, les conséquences sont les mêmes : extension
du latifundium, multiplication des propriétaires étrangers, concentration
du pouvoir, expulsion de la population rurale, perte nette d’emplois
au plan local, épuisement des sols et des ressources hydriques,
diminution de la diversité biologique. En dépit des promesses
de « développement » qui accompagnent l’établissement
des plantations, les effets ne font que s’aggraver à mesure qu’augmente
la superficie plantée, comme il est facile de le constater dans
des pays où les plantations couvrent des millions d’hectares,
en Afrique du Sud, au Brésil, au Chili ou en Indonésie.
Le
problème s’aggrave encore lorsque des usines de pâte pour l’exportation
viennent s’installer à proximité des zones plantées, avec les
effets adverses sur la société et l’environnement que cela comporte.
Aracruz et Veracel au Brésil, Arauco au Chili et en Argentine,
Sappi et Mondi en Afrique du Sud et au Swaziland, Advance Agro
en Thaïlande, Asia Pulp and Paper en Indonésie sont des exemples
connus des graves conséquences de cette industrie.
Et
tout cela pour quoi faire ? Pour que l’industrie du papier
puisse disposer de pâte bon marché en abondance de manière à continuer
d’élargir ses marchés et d’augmenter ses profits en inventant
sans cesse de nouveaux « besoins ».
Ainsi,
dans le Nord surtout mais de plus en plus dans le Sud, une consommation
démesurée de papier est imposée. Les exemples n’en manquent pas.
Une quantité impressionnante d’articles jetables en papier et
en carton – des gobelets, des assiettes, des plateaux, des serviettes
et même des nappes – sont en train de remplacer massivement leurs
équivalents conservables. Il est courant à présent que lorsqu’on
achète un objet quelconque – jouet, montre, paire de chaussures
– celui-ci vienne enveloppé dans du papier, à l’intérieur d’une
boîte en carton que l’on remet à l’acheteur dans un sac en papier.
Les foyers sont envahis chaque matin de correspondance non demandée
composée de publicité imprimée sur du papier. En définitive, chaque
personne est forcée de consommer quotidiennement un volume de
papier et de carton qu’elle n’a jamais demandé ni voulu consommer.
Le
problème dépasse donc la responsabilité du consommateur individuel
pour appartenir au domaine plus large de la société de consommation.
Par conséquent, il ne suffit pas de culpabiliser l’individu pour
le résoudre, il faut s’y attaquer au niveau de l’ensemble de la
société.
À
ce niveau-là, les sociétés du Nord doivent réussir à comprendre
que leur mode de vie, où la consommation tient une place disproportionnée,
est en train d’affecter les possibilités de survie des habitants
d’autres parties du monde, qui ont les mêmes droits. Elles doivent
comprendre aussi que cette consommation démesurée est en train
de pousser la planète à une catastrophe écologique qui est déjà
visible, dans le changement climatique, l’épuisement et la contamination
de l’eau, la diminution de la diversité biologique et ainsi de
suite.
L’usage
excessif et injustifié de papier et de carton n’est qu’un exemple
parmi bien d’autres, qui peut servir à déclencher, dans le Nord
surtout, le débat indispensable sur les limites qu’il faut fixer
à la consommation et sur les moyens d’y parvenir. Les sages paroles
de Gandhi peuvent servir à éclairer ce débat : « Le
monde contient bien assez pour les besoins de chacun mais pas
assez pour la cupidité de tous ».
(1)
World Resources Institute – Consommation de papier et de carton
par personne :
http://earthtrends.wri.org/searchable_db/index.php?theme=9&variable_ID=573&action=select_countries.
index
LES COMMUNAUTÉS ET LES
FORÊTS
– Papouasie-Nouvelle-Guinée :
l’exploitation forestière industrielle et les violations des droits
de l’homme
L’histoire
sociale, économique et politique de la PNG a été façonnée par
ses forêts tropicales. Ces forêts presque impénétrables qui couvrent
60 pour cent de la surface terrestre du pays ont limité le commerce,
défini les lois coutumières et modelé la vie et la culture. Lorsque
le monde pense à la PNG, il voit ses forêts.
Or,
l’exploitation de ces systèmes de vie incomparables corrode maintenant
la société et la politique de la PNG ; si elle ne laisse
que des bénéfices économiques négligeables, ses effets sur la
région sont, par contre, alarmants.
L’industrie
forestière de la PNG est dominée par une poignée de sociétés malaises,
dont la plus grande est Rimbunan Hijau. Cette industrie est synonyme
de corruption politique, d’extorsion policière et de répression
brutale des travailleurs, des femmes et de ceux qui remettent
en question ses procédés. Ses opérations détruisent systématiquement
les sources de nourriture, les réserves d’eau et la propriété
culturelle de ces mêmes communautés. Elles fournissent un terrain
propice à la contrebande d’armes, à la corruption et à la violence
dans tout le pays. Cette industrie n’apporte aucun bénéfice économique
durable aux populations forestières ; en revanche, elle génère
des coûts considérables à long terme et ne verse au budget national
qu’une modeste contribution de cinq pour cent.
La
situation est loin de respecter le quatrième objectif national,
défini en 1975 au moment de l’indépendance du pays : que
les « ressources naturelles et l’environnement... soient
conservés et utilisés pour le bien collectif de nous tous, et
renouvelés pour le bien des générations futures ».
L’industrie
forestière a de l’influence en PNG grâce à ses donations politiques,
à son patronage public, à ses pressions et aux médias qui lui
appartiennent. Ou bien, les entreprises « achètent »
tout simplement les droits d’exploitation. Les ministres du gouvernement
interviennent dans les projets d’exploitation forestière, à leur
profit. Or, le pouvoir de l’industrie sur le gouvernement du pays
s’étend bien au-delà du domaine forestier. Une société (Rimbunan
Hijau, contrôlée par le milliardaire malais Hiew King Tiong) a
des intérêts dans le secteur financier, les médias, la technologie
de l’information, le commerce de détail, l’imprimerie, les voyages
et la navigation. Ces intérêts s’étendent à l’extérieur de la
PNG. La famille Tiong a des capitaux dans les médias de la Chine,
la Malaisie, le Cambodge, Hong Kong, la Papouasie-Nouvelle-Guinée,
le Canada et les États-Unis, plus une station radiophonique en
Nouvelle-Zélande. En Australie, les investissements des Tiong
incluent le centre commercial Harbourside dans le port Darling
de Sydney, et des entreprises qui représentent 10 pour cent de
la production de mangues du pays.
Sans
une action internationale concertée, la réforme de l’industrie
forestière de la PNG est loin à l’horizon. À l’intérieur du pays,
la corruption a suffoqué la volonté d’appliquer les lois existantes
contre les intérêts des entreprises forestières. Lorsque des actions
en justice ont été intentées, les personnes concernées ont subi
des attaques, physiques aussi bien que commerciales.
En
PNG, la capacité et la volonté politique de faire respecter la
loi et les droits de l’homme sont menacées, notamment par l’industrie
forestière elle-même. Parmi les cas inquiétants de violation des
droits de l’homme figurent :
*
Appropriation indue de terres. Le procédé par lequel le
gouvernement de la PNG achète des droits d’exploitation aux communautés
propriétaires de terres et délivre des « permis d’extraction »
aux entreprises forestières est entaché de graves irrégularités
et équivaut à l’appropriation illégale des terres boisées.
*
Détentions arbitraires des propriétaires terriens et brutalité
policière. Les tentatives d’éviter cette appropriation sont
réprimées brutalement ; dans certains cas, les auteurs des
violences sont des policiers qui travaillent au noir pour les
entreprises forestières. Les atrocités documentées incluent des
villageois roués de coups pour s’être adressés à la justice, des
incarcérations sans chef d’accusation, des maisons et des récoltes
brûlées, des animaux domestiques abattus avec des M16, et des
hommes obligés à avoir des rapports homosexuels entre eux sous
la menace d’un revolver.
*
Intimidation et abus sexuel à l’encontre des femmes. Les
femmes sont les suivantes à subir ces violences. Les « hommes
importants » de la communauté se chargent des accords avec
les entreprises forestières, et certains d’entre eux considèrent
les redevances d’exploitation comme de l’argent obtenu pour rien,
à dépenser en alcool et en armes. On a constaté des abus sexuels
de la part des employés forestiers, ainsi que des mariages de
convenance entre des employés expatriés et des femmes locales.
*
Contamination des aliments et de l’eau. Loin d’apporter
aux gens les avantages promis, l’exploitation forestière les prive
de leur droit à un niveau de vie approprié. Les fleuves sont pollués
par les sédiments en provenance des forêts éliminées et des pistes,
et par les produits chimiques utilisés pour tuer les ravageurs
et protéger le bois abattu. Les poissons, les écrevisses, les
cochons sauvages, les casoars, les kangourous et les oiseaux,
tous des aliments de base des communautés locales, ont quitté
les zones exploitées.
*
Destruction de sites et d’objets culturels et de cimetières.
Il est rare que ces profanations soient compensées. Par de tels
actes, les communautés sont privées du droit d’utiliser leur terre
à des fins spirituelles et culturelles.
*
Conditions de travail injustes. Les conditions de travail
sont lamentables dans beaucoup de campements de bûcherons. Dans
la province du Golfe, des travailleurs sont morts et ont été enterrés
sur place, l’entreprise voulant éviter la dépense de retourner
les corps à leurs familles. Il arrive que les travailleurs de
l’industrie forestière ne soient pas payés, qu’ils vivent dans
la promiscuité et dans de mauvaises conditions sanitaires, qu’ils
travaillent de sept heures du matin à sept heures du soir, qu’ils
n’aient d’autre choix que d’utiliser le transport de l’entreprise,
qu’ils soient retenus contre leur gré dans leur lieu de travail.
Les
violations des droits de l’homme se sont multipliées grâce à l’isolement
physique des communautés forestières, et à cause de la corruption
et des ressources insuffisantes du gouvernement de la PNG. Ces
mêmes conditions ont permis l’existence du trafic d’armes, de
bois et de personnes. La sécurité de toute la région, et non seulement
le gouvernement de la PNG, sont menacés.
En
PNG, la population locale est la plus compétente pour gérer la
forêt de façon durable. Or, ces compétences sont ignorées dans
le processus, contrairement à ce que prévoient les objectifs nationaux
et les principes directeurs du pays.
Il
faut suspendre immédiatement l’octroi et le renouvellement de
tous les permis d’exploitation forestière. Le système actuel ne
fonctionne pas.
Extrait
de : "Bulldozing Progress: Human Rights Abuses and Corruption
in Papua New Guinea's Large-scale Logging Industry", par
le Centre for Environmental Law and Community Rights et l’Australian
Conservation Foundation, 2006,
http://www.acfonline.org.au/uploads/res_ACF-CELCOR_full.pdf.
index
–
Colombie : le peuple Bari se prononce
pour son territoire
Les
Bari sont un peuple minoritaire de la famille des Arawak, dénommée
Les Enfants de la Forêt. Ils habitent le bassin du Catatumbo,
dans le département du Nord de Santander. Les Motilón Bari parlent
le bari-ara et possèdent leur propre organisation politique et
sociale intérieure et extérieure. Leur autorité suprême est le
Conseil autonome des Caciques, constitué par les vingt-trois caciques
de leurs vingt-trois communautés. Leur économie étant axée sur
l’autosuffisance, la défense de leur territoire équivaut à la
préservation des biens naturels qui sont la base de leur subsistance.
Au
cours des ans, les Motilón Bari ont vu leur territoire rétrécir
sans cesse, du fait des puissants intérêts commerciaux qui cherchent
à tirer profit de ses richesses. Leur intégrité a été remise en
péril en mai 2005, lorsque le ministère de l’Environnement autorisa
le fonctionnement de l’entreprise pétrolière ECOPETROL, en dépit
des nombreuses défaillances graves de l’étude d’incidence environnementale
initialement présentée.
Mais
les violations des droits des Bari ne s’arrêtent pas là. À la
présence des militaires dans leur territoire pour protéger les
grands projets industriels, laquelle affecte la libre circulation
et la réalisation des activités de subsistance et culturelles
de ce peuple, vient s’ajouter maintenant l’inquiétude suscitée
par le fait que le gouvernement entend faire des fumigations,
y compris dans les parcs naturels. Le territoire bari en serait
affecté, car les réserves d’eau, les cultures et les espèces animales
dont les Bari se nourrissent seraient contaminées et cela finirait
par avoir des répercussion sur les membres de la population.
Devant
cette situation, le Conseil autonome des Caciques Bari et l’Association
des communautés motilón-bari de la Colombie (Asocbari) ont organisé
pour le 12 octobre prochain une audience publique qui aura lieu
à Tibú, dans le Nord de Santander, sous la consigne « Nous
allons nous prononcer pour notre territoire ». Les objectifs
de cette audience sont les suivants :
« 1.
Convoquer les autorités et les institutions de l’État pour qu’elles
s’engagent à résoudre les problèmes du peuple indigène bari et
exiger des explications sur les décisions qu’elles ont prises,
qui violent les droits de ce peuple.
2.
Faire connaître la violation grave des droits du peuple indigène
bari que représente le fait d’avoir ignoré sa présence à Socbacaira,
territoire ancestral où se déroule le projet d’exploration et
d’exploitation de pétrole (le puits Alamo I).
3.
Présenter aux autorités, aux institutions et à l’État colombien
les demandes suivantes :
–
la reconnaissance de la présence du peuple bari dans ses territoires
ancestraux
–
la suspension de la mise en oeuvre du projet d’exploration et
d’exploitation Alamo I
–
la révocation du Permis environnemental 0624 du 15 mai 2005 pour
l’exploration du puits Alamo I, dont l’octroi a été entaché d’irrégularités
telles que la certification par la Direction des Ethnies du Ministère
de l’Intérieur de l’absence de communautés indigènes à Socbacaira
(qu’ECOPETROL appelle Alamo I).
–
que l’État colombien, les forces militaires, ECOPETROL, les autorités
civiles et militaires et les organismes de sécurité respectent
leur obligation constitutionnelle de protéger et de garantir les
droits des peuples indigènes, mettent fin à la violation de ces
droits et prennent les mesures nécessaires pour que cette situation
ne se renouvelle pas à l’avenir. »
Convocation
d’Asocbari, adresse électronique :
puebloindigenabari@yahoo.es et de Corporación Colectivo de
Abogados Luis Carlos Pérez, adresse électronique :
paraquehayajusticia@yahoo.es,
www.colectivodeabogadoslcp.org.
index
–
Le 26 juillet, journée internationale pour la protection des mangroves
Le
26 juillet a été choisi en 2000 comme journée internationale pour
la protection des mangroves en raison de la grande importance
de cette date pour le mouvement latino-américain dirigé par Red
Manglar (Réseau Mangrove). En effet, le 26 juillet 1998, Hayhow
Daniel Nanoto, un activiste de Greenpeace originaire de la Micronésie,
est mort d’une crise cardiaque alors qu’il participait à une manifestation
géante organisée par FUNDECOL et Greenpeace International. Au
cours de cette manifestation, la population de Muisne est venue
se joindre aux ONG pour démolir un étang à crevettes illégalement
construit, essayant de rendre à cette zone endommagée sa condition
préalable de forêt de mangliers. Depuis la mort de Hayhow, FUNDECOL
et d’autres encore commémorent cette journée comme une date où
il faut se souvenir et redoubler d’activité pour sauver les mangroves.
En
2003, le Projet d’Action pour les Mangroves (MAP) et Red Manglar
ont rejoint leurs forces pour encourager les pêcheurs du monde
entier à commémorer la Journée pour les Mangroves en formant des
flottilles pour protester contre l’expansion destructrice des
élevages de crevettes dans leurs zones. Cet appel à l’action a
reçu des réponses positives du Bangladesh, l’Inde, la Malaisie,
l’Équateur, le Brésil, la Colombie, le Mexique, le Honduras, le
Nigeria, le Sénégal, le Kenya, l’Europe et les États-Unis.
Depuis,
chaque 26 juillet est consacré aux mangroves dans le monde entier.
La commémoration de cette année s’intitule « Les mangroves,
notre héritage naturel ». D’après le réseau latino-américain
Red Manglar, basé en Équateur, « Les mangroves sont notre
héritage, notre source de vie, notre moyen de subsistance, notre
lieu de travail, notre entrepôt et notre foyer ».
Pourtant,
du Mexique au Pérou parviennent chaque jour des nouvelles sur
des cas de pollution, de déboisement et de dévastation des écosystèmes
de mangrove, provoqués par les grands projets de barrages, de
tourisme et d’élevage de crevettes. La contamination des estuaires,
le dragage des chenaux, les travaux de génie civil entrepris au
détriment de ces écosystèmes et l’abattage sans discrimination
se poursuivent sans cesse.
Red
Manglar prévient que « dans ces pays où la coupe irrationnelle
des mangroves a provoqué la disparition des barrières protectrices
contre les phénomènes naturels, ni les inondations, ni les tempêtes
tropicales ni les cyclones n’ont diminué l’élan destructeur du
tourisme industriel, incapable de tourner les yeux vers ce qui
s’est passé en Asie il n’y a qu’un an et demi, lorsque le terrible
tsunami a dévasté des installations touristiques splendides et,
bien entendu, des villes entières ».
Au
Bangladesh, l’Institut d’études sur l’écologie et le développement
a organisé un débat pour commémorer la journée des mangroves.
Les orateurs ont signalé que la destruction des forêts de mangliers
allait aggraver les souffrances des personnes les plus pauvres
du monde qui habitent les zones littorales, en les privant de
la possibilité de résister aux cyclones, aux percées de la marée
et au tsunami. Ils ont dit que « la destruction des mangroves
met en danger nos écosystèmes. L’expérience du dernier tsunami
asiatique nous a appris que les mangroves avaient protégé la côte
du Bangladesh et du Sud-Est de l’Inde contre ce raz-de-marée dévastateur.
Les mangroves comme celle des Sunderbans maintiennent la vie sur
la terre ; il faut les protéger et les conserver, d’autant
plus que la probabilité de tsunami, de cyclones et de montée du
niveau de la mer est de plus en plus grande ».
Le
Centre pour la conservation de l’environnement côtier (CCEC) du
Bangladesh a lui aussi adopté un programme pour la protection
des écosystèmes côtiers du Sud-Ouest du pays, en particulier au
polder 30 de Batiaghata Upazilla, en formant une société de 51
membres pour la protection des mangroves. Ils prévoient d’en faire
autant au polder 32 de Dacope, voisin du Sundarban, déclaré Site
du Patrimoine mondial par l’UNESCO.
En
Inde, COPDANET! a organisé des concours de dessin et de peinture
pour les écoliers sur le thème de la Journée pour la protection
des Mangroves ; celle-ci a été célébrée en grand, avec un
rallye, une assemblée publique et une distribution de prix par
les hauts fonctionnaires du ministère des forêts.
Quant
à l’Afrique, l’ONG locale « Congo Nature Conservation »
a célébré la journée internationale en recevant des messages et
des coups de fil en défense du programme d’aménagement durable
des mangroves du Congo, menacées par l’urbanisation, la contamination
maritime par le pétrole, les mauvaises techniques de pêche, etc.
D’après
MAP, « dans le monde entier, le mouvement pour la défense,
la conservation et la récupération de cet écosystème si gravement
menacé gagne du terrain, car il s’agit d’un héritage de nos nations
et du territoire de populations indigènes traditionnelles ».
Article
fondé sur des informations envoyées par Alfredo Quarto, Mangrove
Action Project (MAP), adresse électronique :
mangroveap@olympus.net,
http://www.earthisland.org/map/map.html.
index
–
Les liens culturels avec la forêt : le tissu
de la santé
Dans
bien des cas, les systèmes culturels de ceux qui habitent à l’intérieur
ou en lisière de la forêt (y compris les citadins et les chercheurs
qui étudient la culture) sont intimement liés au milieu forestier.
Ces civilisations ont évolué au sein de la forêt, et leur survie
requiert que leur environnement se maintienne.
Les
liens culturels avec la forêt concernent la subsistance, la génération
de revenus, les plantes médicinales, les rôles suivant le sexe,
les systèmes de symboles et de connaissance et les rapports spirituels.
Cette imbrication de la culture dans la forêt contribue fortement
à donner un sens à la vie des personnes qui, sans la forêt, risquent
de rester à la dérive. Lorsque la forêt est détruite, les aspects
associés de leur culture en sont affectés négativement. Cela mène
à son tour à des troubles psychiques et à la disparition des systèmes
de connaissance associés à la forêt. Les effets de ce genre sont
encore plus probables lorsque la disparition de la forêt n’est
ni prévue ni contrôlée ou qu’elle est provoquée de l’extérieur,
car cela suscite chez les habitants des lieux des sentiments de
destitution, d’infériorité et d’impuissance.
La
santé mentale a été étroitement associée à l’idée d’intégrité
culturelle : les gens vivent et meurent dans un contexte
culturel et écologique déterminé, et le sens de leurs vies – un
élément essentiel du bien-être de l’homme et donc, de sa santé
– découle de ce contexte. Lorsque celui-ci change, que ce soit
par le déboisement rapide ou par l’exposition à des cultures étrangères
ou à d’autres forces, les gens tendent à en subir des effets adverses,
d’ordre émotionnel ou d’ordre physique résultant du stress.
La
maladie mentale peut annuler aussi bien la motivation que la capacité
de gérer avec efficacité les ressources qui restent. La perte
des connaissances en matière d’environnement peut avoir un effet
semblable. Ce qui s’ensuit est un cercle vicieux descendant qui
affecte encore davantage le milieu.
Les
visions de santé et de maladie varient chez les populations forestières.
Ces différences culturelles expliquent pourquoi les habitants
des forêts réagissent parfois négativement aux approches de la
médecine et de la santé publique fondées sur l’hypothèse que les
préférences, les besoins et les croyances en matière de soins
de santé sont universels. Lorsqu’on essaie de traiter une maladie
sans connaître les interprétations locales de ses causes, le résultat
est souvent un traitement inefficace, l’absence de suivi de la
part des patients et le mauvais usage des médicaments. De même,
il peut être inutile d’essayer de combattre la faim sans avoir
compris quelle est la notion locale de la faim ; une erreur
fréquente consiste à fournir des aliments culturellement inacceptables.
Le maintien de la santé exige de tenir compte de la nature holistique
de la culture, et des interconnexions entre les forêts, les peuples
qui les habitent et leurs civilisations.
L’importance
des rapports entre la forêt, les personnes et la santé est évidente,
surtout chez les cueilleurs-chasseurs et chez de nombreux groupes
d’agriculteurs itinérants. D’autres aspects importants sont le
degré d’intégration des croyances et pratiques en matière de santé
avec d’autres parties des systèmes culturels (leur enchâssement),
les diverses orientations théoriques et hypothèses philosophiques
sur la santé et les soins de santé, et la variété d’approches
de la santé et la maladie qui existent dans les forêts du monde.
L’entretien de la santé humaine exige d’observer la nature holistique
de la culture et les interconnexions entre les peuples forestiers,
leurs cultures et leurs forêts. À une échelle plus globale, la
protection de la diversité culturelle peut fonctionner comme une
police d’assurance contre la dépendance excessive des modèles
culturels occidentaux.
Pour
que la communication avec les peuples forestiers soit efficace
il faut connaître leur vision du monde et être disposé à apprendre
de leurs perceptions. La possibilité de généraliser l’application
des connaissances indigènes sur les aliments et les médicaments
est variable et demande à être analysée, mais ces connaissances
incluent probablement des éléments utiles pour les spécialistes
en matière de médecine et de forêts. Une reconnaissance plus répandue
de l’utilité des connaissances indigènes peut contribuer à rendre
aux peuples forestiers la confiance en eux-mêmes, ce qui aurait
des répercussions favorables sur leur santé mentale.
En
adhérant strictement à la notion occidentale de la santé on risque
de faire plus de mal que de bien. L’exemple le mieux connu en
est peut-être l’usage excessif ou erroné des antibiotiques, mais
il y en a d’autres : la marginalisation, voire la criminalisation,
des médecins traditionnels, qui se traduit par une diminution
du recours à tout soin de santé ; la promotion de
légumes occidentaux, alors que d’autres, plus nourrissants et
d’origine locale, sont faciles à obtenir ; le refus des médecins
formels de reconnaître la maladie mentale telle que traditionnellement
définie, qui aboutit à la dissimulation des cas qui apparaissent.
Les médicaments nouveaux et leur mode d’emploi peuvent être interprétés
différemment et utilisés de façon incorrecte, à moins que ceux
qui les apportent se rapprochent des idées locales sur la santé,
la maladie et la médecine. Comme nombre d’auteurs l’ont suggéré,
pour améliorer la santé des peuples des forêts (et d’ailleurs),
il peut être nécessaire d’adopter une approche participative.
Extrait
de : “Forests and human health: assessing the evidence”,
Carol J. Pierce Colfer, Douglas Sheil, Misa Kishi, Center for
International Forestry Research (CIFOR), 2006, CIFOR Occasional
Paper; nº 45,
http://www.cifor.cgiar.org/publications/pdf_files/OccPapers/OP-45.pdf.
index
LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE D'ARBRES
–
Brésil : les Pataxó, les eucalyptus
et la ‘durabilité’ de Veracel Celulose
Le
cas de Veracel Celulose permet – comme tant d’autres – de mettre
à nu les faussetés du discours des entreprises sur la « durabilité ».
Veracel est une entreprise moderne, qui appartient à parts égales
à Stora Enso (Suède-Finlande) et à Aracruz Celulose (Norvège-Brésil).
Veracel est propriétaire de 164 000 hectares de terres, dont
78 000 plantés d’eucalyptus, dans l’État de Bahia. Sa gigantesque
usine, d’une production annuelle de 900 000 tonnes de pâte
destinée à l’exportation, y fonctionne depuis l’année dernière.
Sur
sa page Web, Veracel dit : « Respecter l’environnement,
créer des emplois et des revenus, promouvoir l’amélioration de
la qualité de vie de la population et rapporter des bénéfices
aux actionnaires en appliquant des principes de durabilité, voilà
quelques-uns des engagements de l’entreprise ».
Nous
ne mettons pas en doute que l’entreprise soit sérieusement engagée
à « rapporter des bénéfices aux actionnaires ». Néanmoins,
son engagement avec le respect de l’environnement, la création
d’emplois et de revenus et l’amélioration de la qualité de vie
de la population s’avère absolument faux.
En
effet, cette entreprise s’est rendue coupable de la destruction
d’une partie de la Mata Atlântica avec des chaînes, des tracteurs
et des incendies de grandes proportions (voir le bulletin n1 102
du WRM). Cela remet en question sa responsabilité en matière de
conservation de l’environnement.
Pour
ce qui est de la création d’emplois, il a été parfaitement démontré
que les plantations d’eucalyptus sont la pire option possible ;
dans les cas d’Aracruz et de Veracel, ceci a été documenté dans
un récent rapport de recherche, que l’on peut consulter sur
http://www.wrm.org.uy/paises/Brasil/faseESP.pdf.
Du
point de vue social, la promotion de « l’amélioration de
la qualité de vie de la population » n’est évidemment pas
compatible avec l’appropriation de terres qui appartiennent aux
populations indigènes. Or, d’après le document final de la IV
assemblée du ‘Front de résistance et de lutte Pataxó’ effectuée
en août 2005, cette entreprise continue d’envahir les terres traditionnelles
du peuple indigène Pataxó : « Cette entreprise [Veracel]
n’a cessé d’agresser notre environnement, de convaincre nos leaders
par la distribution et la promesse de bénéfices, dans le but évident
de nous diviser et de continuer d’envahir notre territoire ».
Convaincre les leaders pour semer la division est incompatible
avec l’affirmation, elle aussi extraite de la page Web de Veracel,
que l’entreprise « fonde ses relations sur l’éthique et la
transparence ».
D’autre
part, cette année, dans le document final de la 5e
assemblée du ‘Front de résistance et de lutte Pataxó’, les indigènes
et les organisations qui les appuient ont exigé « la fin
de la plantation d’eucalyptus sur nos terres, occupées par l’entreprise
Veracel Celulose qui continue de porter atteinte à notre environnement ».
Cela
veut dire que Veracel, qui se déclare engagée avec les principes
de durabilité, continue de garder en son pouvoir et de planter
d’eucalyptus des terres qui appartiennent aux Pataxó, et ceux-ci
continuent de l’accuser d’agression à l’environnement. Il faudrait
peut-être redéfinir le terme « durabilité » pour qu’il
s’adapte aux pratiques de Veracel car, en l’utilisant comme elle
le fait, cette entreprise se moque absolument du sens qu’on lui
donne en général.
Article
rédigé à partir du document final de la 5e assemblée
du ‘Front de résistance et de lutte Pataxó’ et de la page Web
de Veracel :
http://www.veracel.com.br/pt/.
index
–
Chili : la population de Mehuín se dresse
à nouveau contre l’entreprise de pâte Celco S.A.
Le
village côtier de Mehuín est situé dans la partie nord-ouest de
la province de Valdivia, à la limite des régions IX et X, sur
une petite baie entourée des collines de la cordillère littorale,
où se déverse le fleuve Lingue. Sa population est d’environ 1 700
personnes mais cohabite avec treize communautés de près de 3 000
indigènes mapuche-lafkenche qui descendent dans le village pour
y vendre leurs produits et s’approvisionner. D’autre part, il
existe à Mehuín des secteurs bien définis qui possèdent leurs
propres caractéristiques culturelles. L’un d’eux est constitué
par les pêcheurs artisanaux, qui habitent surtout dans un quartier
dénommé La Caleta, sur les berges du Lingue, où se déroule une
bonne partie de la vie quotidienne du village.
Il
y a presque 10 ans, l’entreprise chilienne Celco S.A. commença
en secret à faire des études pour y installer une usine de pâte
et construire un tuyau qui déverserait dans la baie 900 litres
de déchets industriels liquides par seconde. Le projet fut approuvé
en mai 1996 ; la résolution en matière d’environnement laissait
à Celco le choix entre deux possibilités pour le déversement
des déchets liquides : dans un fleuve en installant un système
plus moderne, ou dans la mer, à 35 kilomètres de distance.
Pour
l’entreprise, l’option la plus économique était d’aller jusqu’à
la mer, mais elle se heurta à l’opposition de la population de
Mehuín, qui refusa dès le début la réalisation des études correspondantes
parce qu’elle était persuadée qu’elles seraient approuvées et
que, par conséquent, la mer serait contaminée. Une campagne d’opposition
à l’utilisation de la mer comme dépotoir de déchets contaminants
fut organisée, qui s’appela « NO AL DUCTO » (non au
tuyau).
Celco
réagit en utilisant les mêmes moyens qui avaient été utilisés
dans d’autres cas de conflits dans le pays. Le premier consistait
à essayer d’imposer le projet en tant que décision des autorités,
et à faire croire à la communauté que ce serait un délit que de
s’y opposer. L’abus de pouvoir et l’autoritarisme étaient des
armes fortes et reconnues. Le deuxième consistait à convaincre
les gens des avantages du projet et à discréditer tout argument
contraire et tout groupe opposant, en particulier les groupes
écologistes, que l’on accusait de terroristes et de manipulateurs.
Le troisième consistait à offrir de l’argent, ce qui était facile
pour un projet qui impliquait d’investir 1 400 millions de
dollars. On proposa une nouvelle école, du matériel de travail
pour les pêcheurs, un quai pour couvrir le tuyau qui allait pénétrer
dans la mer, et de l’argent pour certains dirigeants, au cas où
le conflit se terminerait. En outre, Celco profita du pouvoir
des médias favorables à l’industrie, parmi lesquels le journal
de Valdivia était le plus ardent défenseur du projet.
Celco
essaya d’accéder à Mehuín par terre et par mer pour faire les
études en question, mais rencontra une communauté déjà bien organisée,
qui avait réussi à sensibiliser une bonne partie de l’opinion
publique. Le gouvernement était le point de mire de tout le pays
et d’une partie de la communauté internationale, qui regardait
avec inquiétude le déroulement des conflits écologiques et indigènes
et la forte répression qui avait été appliquée dans certaines
régions mapuche. Devant une défaite imminente, l’entreprise et
le gouvernement négocièrent une sortie du conflit : approuver
le projet dans les conditions prévues au départ, c’est-à-dire
en déversant les déchets liquides dans le fleuve Cruces, avec
un traitement écologique plus moderne qui garantirait une contamination
plus faible.
Pourtant,
peu après le début des activités de l’usine et du déversement
de ses déchets dans le fleuve Cruces, les habitants de Valdivia
commencèrent à sentir des odeurs nauséabondes qui donnèrent lieu
à une série de réclamations. Pire encore, une menace silencieuse
descendait le fleuve Cruces, un bouillon chimique contenant des
métaux lourds, des sulfates et des composés organochlorés, alimenté
par un million de litres par jour de déchets industriels liquides,
qui inonda les eaux du Sanctuaire naturel Carlos Anwandter (à
30 kilomètres en aval de l’usine de pâte) et provoqua la mort
ou la migration de milliers de cygnes à col noir.
La
crise écologique éveilla la conscience de milliers d’habitants
de la province et du pays. Après des mois de mobilisations, le
président de l’époque, Ricardo Lagos, proposa une « solution » :
déverser les déchets de Celco dans la mer.
Mais
les gens de Mehuín sont prêts à résister. Après s’être opposés
avec succès au groupe économique le plus puissant du pays et à
cette idée de développement national d’après laquelle la croissance
du pays requiert le sacrifice de quelques-uns, même si cela implique
la mort de petits écosystèmes, ils persistent à vouloir éviter
la contamination de l’eau pour sauver leur seul moyen de vie.
Convaincus que dès qu’un grand conglomérat économique comme Celco
présente une étude d’incidence environnementale, celle-ci est
approuvée, ils sont décidés à empêcher que l’étude soit faite.
La possibilité d’appliquer le principe de précaution ou de modifier
une décision gouvernementale en utilisant les mécanismes de participation
citoyenne est nulle. Historiquement, seuls 4 % des projets
soumis à cet instrument de gestion ont été rejetés et, sur ceux
qui ont été approuvés, un maximum de 25 % subissent une supervision
minimale. Ainsi, il n’est pas aventuré de conclure que les études
d’incidence environnementale ne contiennent que des déclarations
d’intention qui, dans la plupart des cas, ne seront pas respectées.
Dans
ce contexte, la communauté de Mehuín a été réveillée le jeudi
17 août par la sirène que les guetteurs postés sur les collines
faisaient sonner pour annoncer l’arrivée d’embarcations à l’endroit
où Celco devait commencer le mesurage. Deux remorqueurs payés
par l’entreprise sont arrivés près de Punta Chanchán, escortés
par les patrouilleurs de la marine chilienne « Chiloé »
et « Antofagasta » et par un navire de guerre avec plus
d’une centaine de marins, quelques hommes en cagoule et des canots
Zodiac prêts pour l’action.
En
20 minutes les canots des pêcheurs étaient là pour faire face
à la situation. Trente autres sont venus de Queule, du Sud de
la région IX, où l’on s’oppose aussi au tuyau. Les agents publics
ont tiré sur les canots de pêche à plusieurs reprises, comme en
témoigne l’enregistrement vidéo. L’après-midi, les pêcheurs n’ayant
pas cédé dans leur position, les deux remorqueurs se sont retirés
vers le Nord et les bateaux de la marine sont retournés à Corral
et à Valdivia.
Le
président de la Fédération des Pêchers de Mehuín, Joaquín Vargas,
a dit qu’ils défendent la source de travail de plus de 400 familles
qui vivent de la pêche : « Nous défendons le droit de
travailler dans un environnement non contaminé. C’est ce que l’État
doit faire, veiller pour un environnement sans contamination,
protéger le patrimoine de tous les Chiliens, comme le dit la Constitution ».
Selon
Vargas, les études d’incidence environnementale n’offrent aucune
garantie aux pêcheurs, car on finit toujours par les approuver.
« Là où fonctionnent des usines de pâte qui ont une étude
d’incidence environnementale approuvée, les résultats sont faciles
à voir. On les voit tout près d’ici, à Valdivia, sur le fleuve
Cruces. Les cygnes qu’il y avait là pouvaient s’envoler, mais
nous, les pêcheurs, nous n’avons pas d’ailes pour partir ».
Article
fondé sur des informations tirées de : “El conflicto de Mehuín”,
José Araya Cornejo,
http://www.wri-irg.org/nonviolence/nvse23-es.htm,
et sur des informations envoyées par Vladimir Riesco Bahamondes,
Acción por los Cisnes, adresse électronique :
riesco@surnet.cl, et Lucio Cuenca, Observatorio de Conflicto
Ambientalista de Santiago ; “Segundo
intento de la empresa por iniciar estudios en la zona.
Con presencia de buque de guerra y marinos
encapuchados Celco no pudo iniciar estudio para ducto al mar”,
Eliab Viguera, OLCA. L’enregistrement vidéo
(en espagnol) est disponible sur :
http://www.mehuin-celco.blogspot.com/.
index
–
Chili : la forêt de Ñielol, témoin des
mensonges sur les forêts et les plantations
La
colline Ñielol, située dans la ville de Temuco, dans la Région
IX du Chili, est un témoin fidèle des nombreux mensonges que l’on
entend dans cette région et dans bien d’autres, dans ce pays et
ailleurs, à propos des forêts et des plantations.
Pour
commencer, on prétend égarer les gens en parlant de forêts, alors
qu’il s’agit en fait de monocultures d’arbres. Les entreprises
forestières, qui ont tout intérêt à créer cette confusion, se
servent de plusieurs termes : forêts, forêts plantées, forêts
artificielles, forêts de production, forêts de rendement. Pourtant,
la différence entre une forêt et une plantation devient évidente
pour tous ceux qui, après avoir parcouru les plantations monotones
de pins et d’eucalyptus de la région, arrivent à la forêt de Ñielol.
Sa
beauté et sa diversité biologique permettent de confirmer que
nous nous trouvons devant une vraie forêt. On y trouve de nombreuses
espèces d’arbres indigènes, telles que Quillay, Roble, Coihue,
Luma, Temu, Nirre, Lleuque, Raulí, Canelo, Maitén, Huala, Hualo,
Olivillo, Peumo, Boldo, Copihue (la fleur nationale), qui abritent
à leur tour un nombre infini d’espèces animales et végétales.
À
l’entrée de la forêt de Ñielol nous trouvons une preuve supplémentaire
de la grande différence qui existe entre une forêt et une plantation :
un panneau indiquant que l’indice de risque de feu y est faible.
En revanche, les panneaux généralement situés près d’une plantation
quelconque annoncent le contraire : le danger d’incendie
y est élevé. La raison de cette différence est que les forêts,
qui génèrent de l’eau, sont capables de conserver l’humidité de
l’écosystème et ont donc tendance à annuler la possibilité qu’un
incendie y éclate. Les plantations, bien connues pour leur capacité
d’épuiser les ressources hydriques et d’assécher les sols, augmentent
le risque d’incendie, ce qui a été démontré à maintes reprises.
Pour
les habitants de Temuco et pour les visiteurs (ou, du moins, pour
ceux qui peuvent payer le prix de l’entrée), la forêt de Ñielol
témoigne aussi de toute la richesse dont les communautés ne disposent
plus, en dépit du fait que ce sont elles, justement, qui ont su
l’utiliser de manière à la préserver pour les générations futures.
Les
entreprises forestières affirment en général que, grâce à leurs
plantations, la pression sur les forêts diminue. Or, les gens
de la région soutiennent que cela est faux et que, loin d’avoir
freiné le déboisement, les plantations l’ont accéléré. L’une des
raisons est que, le bois des plantations étant cher et inaccessible
pour les familles, le bois de feu est tiré des rares étendues
de forêt qui n’ont pas encore été détruites et envahies par les
plantations des entreprises forestières.
Cela
revient à dire que les entreprises de plantation sont responsables
non seulement du déboisement passé mais également du déboisement
actuel. En effet, les habitants de la zone racontent que, lorsque
les entreprises « nettoient la forêt » pour la remplacer
par des plantations, elles emploient des machines lourdes qui
font disparaître des centaines d’hectares en quelques instants.
Une personne a déclaré qu’elle venait de le voir dans la commune
de Cunco, près de Temuco. Cela n’est pas étonnant ; plusieurs
organisations dénoncent le problème depuis 2003. La plupart des
plaintes retombent sur l’entreprise Forestal Millalemu. Il est
donc incroyable que cette entreprise ait été certifiée par le
FSC et que sa candidature ait été présentée par le conseil consultatif
régional de la Commission nationale de l’environnement, CONAMA.
De
leur côté, diverses organisations sociales de plusieurs régions
du pays se sont réunies le 28 juillet dernier dans la ville de
Temuco. Conscientes que le modèle forestier chilien est présenté
dans bien d’autres pays latino-américains et dans le monde entier
comme un exemple de développement, elles ont décrit dans une lettre
ouverte les conséquences négatives que les monocultures d’arbres
ont eues pour les communautés de leur territoire :
« La
plupart de nos riches forêts, dont nos communautés se sont nourries
et ont vécu pendant des centaines d’années, ont été remplacées
par des monocultures d’arbres qui n’apportent aucun avantage à
la population.
Ces
monocultures ont affecté le débit de nos fleuves et ruisseaux
et provoqué une diminution de la diversité d’espèces d’arbres
et de la flore et la faune associées. Elles ont causé d’autres
dommages encore à l’environnement, tels que l’érosion et la dégradation
du sol, l’apparition de ravageurs et de maladies, et des troubles
de santé chez la population en raison des poisons utilisés pour
combattre ces derniers. Les recherches sur les arbres transgéniques
que l’on mène déjà dans ces régions ne feront qu’aggraver encore
les problèmes écologiques.
Les
monocultures d’arbres n’ont pas augmenté le nombre d’emplois ;
elles n’ont pas amélioré le niveau de vie des communautés environnantes,
comme annoncé depuis des décennies par leurs promoteurs, mais
les ont appauvries de plus en plus ; elles ont suscité le
travail d’esclave à haut risque, augmenté l’insécurité du travail
et l’exode rural. Les deux régions les plus plantées du pays sont
celles où l’indice de pauvreté est le plus élevé.
La
plupart des terres des communautés sont maintenant entre les mains
de grandes société transnationales et de groupes économiques puissants
qui ont profité des encouragements à l’afforestation contenus
dans le décret-loi 701, adopté en 1974, un an après l’instauration
de la dictature militaire, et toujours en vigueur. À ces incitations
sont venus s’ajouter des crédits spéciaux pour les frais d’établissement
et l’élimination d’impôts sur la terre et sur les plantations.
La libéralisation totale du commerce de produits forestiers a
stimulé encore l’expansion forestière, en éliminant des quotas,
des droits de douane et des normes qui fixaient des conditions
minimales à l’exportation de ces produits. En outre, depuis quelques
années, les entreprises ont réussi à appliquer de nouvelles stratégies
pour que certains organismes de l’État disposent d’un volume encore
plus grand de fonds publics pour faire participer de petits paysans
à la plantation d’arbres. D’autre part, la population subventionne
constamment les entreprises, puisque l’État doit prendre à son
compte les coûts économiques associés aux pistes, routes et ponts,
les coûts sociaux découlant de la détérioration de la santé, de
l’augmentation de la marginalité et de la délinquance, et les
coûts socio-écologiques dérivés de l’élimination de la forêt indigène,
de la modification de l’utilisation traditionnelle de la terre
et des carences alimentaires.
L’installation
d’usines de pâte dans notre territoire a provoqué des problèmes
plus graves encore, socioculturels, écologiques et économiques,
dans les communautés où elles ont été implantées.
Par
suite du modèle forestier chilien, il y a eu des centaines de
personnes détenues, jugées et condamnées, des dizaines de blessés,
des milliers de personnes mobilisées, appartenant surtout au peuple
mapuche, pour avoir tenté de reprendre le territoire usurpé et
de freiner les monocultures d’arbres et l’installation d’usines
de pâte. »
Au
sommet de la colline de Ñielol, deux poèmes de Selva Saavedra
ont été transcrits. Dans l’un d’eux, intitulé « Ex-arbres »,
la poétesse chilienne se demandait, déjà au siècle dernier :
« le déboisement... jusqu’à quand ? ». Excellente
question. Il faudrait y ajouter : « la plantation d’arbres...
jusqu’à quand ? »
Ana
Filippini, Mouvement mondial pour les forêts (WRM), adresse électronique :
anafili@wrm.org.uy. Cet article, accompagné de photos, est
disponible sur :
http://www.wrm.org.uy/paises/Chile/Nielol.pdf
index
–
Uruguay : l’entreprise papetière Botnia
prétend tirer profit du dérèglement climatique
L’entreprise
finnoise Oy Metsä-Botnia Ab (nom commercial : Botnia), créée
en 1973, est le deuxième producteur de pâte à papier d’Europe.
Elle possède quatre filiales, dont deux installées en Uruguay :
la société Forestal Oriental S.A. (FOSA), qui possède des plantations
d’eucalyptus, et Botnia S.A., établie en 2003 pour mettre en oeuvre
le projet d’installation d’une usine de pâte d’un million de tonnes
par an.
Cette
usine géante – avec toutes ses installations et les fabriques
annexes de produits chimiques, plus les plantations d’eucalyptus
pour son approvisionnement – représente, non seulement pour Botnia
mais pour la Finlande, le plus grand projet industriel privé de
son histoire entrepris à l’étranger. L’entreprise disposera d’un
approvisionnement sûr, en quantité abondante et bon marché, de
cellulose à fibre courte tirée du bois des vastes plantations
d’eucalyptus qui, grâce à la fertilité des sols uruguayens, peuvent
être coupés sept ou huit années après leur plantation.
L’entreprise
a trouvé en Uruguay des conditions très avantageuses : la
terre et la main d’oeuvre bon marché, d’importantes subventions
directes et indirectes pour l’établissement des plantations d’eucalyptus,
d’énormes bénéfices garantis grâce à la concession d’une zone
franche (qui l’exempte d’impôts) et l’usage illimité et tout à
fait gratuit des grands volumes d’eau douce que requièrent la
croissance des eucalyptus et l’élaboration de la pâte. À cela
s’ajoute le fait que l’État uruguayen construit et entretient
gratuitement l’infrastructure routière nécessaire au transport
du bois vers l’usine.
Les
perspectives de profit de Botnia en Uruguay sont donc très rassurantes,
bien que sa présence dans la région soit fortement controversée,
comme nous l’avons signalé dans les bulletins nos 75,
83, 91, 94, 95, 100, 102 et 103, où sont mentionnées les initiatives
prises depuis 2003 pour empêcher son installation.
Or,
la créativité de l’entreprise pour augmenter sa rentabilité semble
n’avoir pas de limites. La nouvelle la plus récente est qu’elle
a présenté un projet pour profiter du dénommé « mécanisme
de développement propre » (MDP), créé dans le cadre du Protocole
de Kyoto de la Convention sur le changement climatique des Nations
unies pour la réduction des gaz à effet de serre. Nous avons déjà
analysé cet instrument (voir le bulletin nº 37 du WRM) qui autorise
les pollueurs à « compenser » leurs émissions en investissant,
dans les pays du Sud, dans des projets censés réduire les émissions
de ces gaz.
Quoi
qu’il en soit, Botnia vient de présenter son projet MDP à la Faculté
d’Ingénierie de l’Université de l’Uruguay, par l’intermédiaire
de deux sociétés conseil : Carbosur (uruguayenne) et Poyry
(finnoise). La présence de Poyry (autrefois Jaakko Poyry) est
à souligner, car elle a joué un rôle essentiel dans la promotion
de monocultures d’arbres de croissance rapide et d’usines de pâte
dans le monde entier, en recommandant dans tous les cas, bien
entendu, l’usage de la technologie et de l’expertise finnoises.
Le
projet MDP de Botnia est fondé sur un raisonnement plus compliqué
que celui qu’on utilise habituellement dans les projets de ce
genre. L’entreprise produirait de l’électricité en brûlant la
liqueur noire dérivée de la préparation de la pâte de bois. Cette
électricité serait utilisée dans le processus de production, et
il y aurait un excédent de 32 MW que l’on vendrait à UTE, l’organisme
étatique chargé du réseau électrique public. D’après Botnia, les
émissions produites par le brûlage de la liqueur noire seraient
nulles, car il s’agit d’un « matériel de biomasse renouvelable »
(les plantations d’eucalyptus) : « La combustion de
la liqueur noire ne produit pas d’émissions de gaz à effet de
serre car elle fait partie d’un cycle qui implique son renouvellement
par la nouvelle croissance de la biomasse » (des eucalyptus).
Et le MDP dans tout cela ? Toujours d’après Botnia, « Ainsi,
on réduirait les émissions de gaz à effet de serre en remplaçant
la génération d’électricité à partir de combustibles fossiles
[que fait UTE] par la génération à partir de biomasse renouvelable »
[que ferait Botnia].
Si
son projet était accepté en tant que MDP, Botnia recevrait des
bénéfices additionnels de la vente de « crédits de carbone »
sur un « marché du carbone » où nombre d’entreprises
et d’États sont avides de « compenser » leurs activités
polluantes en achetant ces papiers qui leur permettent de continuer
comme avant. Pour Botnia, il s’agit d’une affaire en or :
elle vend l’électricité qu’elle a en trop, et vend aussi des crédits
de carbone.
Pourtant,
même dans la logique du MDP, plusieurs questions restent posées,
en particulier en matière de ce qu’on appelle « l’additionnalité ».
En effet, pour éviter d’accorder des crédits de carbone à des
projets qui de toute façon auraient été mis en oeuvre, la Convention
sur le changement climatique a établi certaines règles.
Pour
commencer, il est indispensable de démontrer que la diminution
des émissions de gaz à effet de serre est due au projet, et que
cette diminution n’aurait pas lieu sans lui. Or, si l’on considère
l’ensemble du projet (de la coupe des arbres à l’exportation de
la pâte), il est fort probable, comme nous le verrons plus loin,
que les émissions totales de gaz à effet de serre produits par
Botnia seront plus élevées que celles qu’il y aurait eu dans le
pays sans la présence de cette entreprise.
Ensuite,
il faut savoir si la viabilité commerciale du projet dépend de
l’assignation de crédits de carbone. De toute évidence, il n’en
est pas ainsi dans le cas de Botnia. Le projet présenté pour l’approbation
de l’usine de pâte incluait déjà le brûlage de liqueur noire pour
la génération d’énergie ; en outre, non seulement il était
économiquement viable mais, d’après le président de l’entreprise,
« ses coûts de production seraient à peu près la moitié de
ceux d’une usine de pâte moderne en Finlande » (Helsingin
Sanomat, 8 mars 2005).
D’autre
part, Botnia affirme que la diminution des émissions n’aurait
pas lieu dans son usine mais dans l’entreprise étatique d’électricité :
« La demande future d’électricité en Uruguay devra être satisfaite
en augmentant la génération à partir de combustibles fossiles
(pétrole et gaz naturel), qui émettent des gaz à effet de serre ».
Comment
peut-on affirmer que les 32 MW d’électricité que Botnia vendrait
à UTE auraient été forcément générés à partir de combustibles
fossiles ? UTE possède trois barrages hydroélectriques en
fonctionnement, plus un autre partagé avec l’Argentine, et il
existe la possibilité de développer d’autres sources d’énergie,
éolienne, solaire ou à base de biocombustibles.
De
surcroît, le calcul de Botnia en matière d’émissions est tout
à fait simpliste. En effet, Botnia soutient que les émissions
résultant de la combustion de la liqueur noire sont nulles, parce
qu’elles sont « compensées » par les plantations d’eucalyptus
en croissance. Or, même en supposant que cela soit vrai, l’entreprise
« oublie » les émissions que produira l’ensemble du
projet. D’une part, elle omet de mentionner les émissions actuelles
découlant de la construction de l’usine, lesquelles sont considérables.
D’autre part, elle omet de mentionner les émissions découlant
de l’ensemble du projet en fonctionnement : celles des fabriques
de produits chimiques associées à la production de pâte, celles
du combustible consommé par les machines forestières, celles des
camions qui transportent le bois jusqu’à l’usine (la circulation
s’annonce intense et, d’après certains calculs, il y aurait un
camion toutes les deux minutes et demie, 24 heures sur 24, tous
les jours de l’année), celles du trafic portuaire, celles du combustible
brûlé par les bateaux qui transportent la pâte vers les papeteries
de Finlande et de Chine, etc.
Tout
compte fait, il faudrait commencer par établir quel est le taux
d’émissions de gaz à effet de serre avant la construction de l’usine
de Botnia. Ainsi, on pourrait faire un bilan sérieux des émissions
nettes qui résultent de son installation et de sa mise en fonctionnement.
Si on le faisait, le résultat serait sans aucun doute que les
émissions de gaz à effet de serre auront
considérablement augmenté en Uruguay, précisément ce que la Convention
sur le changement climatique essaie d’éviter.
Pourtant,
dans ce scénario de fiction où la contamination devient un marché
et les émissions de carbone deviennent des comptes courants, on
perd tout à fait de vue que la vie ne fonctionne pas ainsi. En
théorie, les émissions peuvent être considérées comme « nulles »
et « compensées » par les eucalyptus en croissance mais,
dans la pratique, elles sortiront tous les jours par la cheminée.
Les effets de la pollution retomberont sur les écosystèmes et
sur les personnes – les Uruguayens et les Argentins – proches
de l’usine géante de Botnia, et celle-ci n’émettra pas seulement
du dioxyde de carbone mais bien d’autres substances chimiques,
comme les sulfures et même les dioxines, susceptibles d’affecter
la santé des populations voisines.
En
dépit de tout cela, ce mécanisme pervers couvre d’un vernis vert
des projets, des activités et des développements dans les pays
du tiers monde qui condamnent ces derniers à la dépendance, dans
un ordre mondial injuste où l’inégalité se creuse de plus en plus,
où les biens naturels sont exploités sans limites et où la pauvreté
et l’exclusion comptent moins que les besoins du marché. Dans
ce contexte, même le dérèglement climatique, qui est l’un des
problèmes écologiques les plus graves de la planète, finit par
donner naissance à une affaire de plus – le marché du carbone
– dont Botnia entend profiter.
En
Uruguay, le projet MDP de Botnia représente un pas de plus pour
renforcer les intérêts qui cherchent à placer le pays, d’après
l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano, « dans la plus pure
tradition coloniale : d’immenses plantations artificielles
que l’on appelle forêts et qui se transforment en pâte à papier
à travers un processus industriel qui déverse des déchets chimiques
dans les fleuves et rend l’air irrespirable ».
index
–
Indonésie : la répression dans les
plantations de palmier à huile
La
culture intensive du palmier à huile et la production d’huile
de palme pour l’exportation ont toujours été associées à la répression.
À l’origine, les plantations furent introduites par les régimes
coloniaux. Après la deuxième guerre mondiale, cette culture se
répandit rapidement en Asie, associée à l’élimination des forêts
effectuée pour combattre les rebelles malais.
Cette
expansion ne s’est pas accompagnée du développement des droits
des travailleurs et travailleuses des plantations de palmier à
huile. Le travail y est toujours aussi dur et dangereux. Les techniques
de production n’ont guère changé au cours des cent cinquante dernières
années. Le crochet en bois, utilisé autrefois pour cueillir les
fruits, a été remplacé dans certains cas par un crochet encore
plus tranchant fait d’un alliage de métaux. En outre, les travailleurs
appliquent de grands volumes d’herbicides toxiques sans la protection
appropriée, en portant au dos des boîtes métalliques d’où s’égoutte
le produit. Les accidents sont courants et l’espérance de vie
est faible. Les organisations syndicales sont souvent brutalement
réprimées.
L’année
dernière, afin de démanteler un syndicat récemment créé, Musim
Mas (le plus grand producteur d’huile de palme du monde, basé
à Sumatra, en Indonésie) a renvoyé d’un coup de plume plus de
mille syndicalistes, en représailles pour avoir fait la grève.
L’entreprise a expulsé les travailleurs de leurs foyers et leurs
enfants des écoles, et elle a arrangé que six dirigeants syndicaux
soient arrêtés et jugés. En ce moment, ces six jeunes hommes purgent
des peines qui vont de 14 mois à 2 ans pour avoir commis le « crime »
de vouloir exercer leurs droits collectifs en tant que travailleurs.
L’Union
internationale des travailleurs de l’alimentation (UITA) a entrepris
de réunir des appuis syndicaux dans le monde entier pour un groupe
nombreux de ces travailleurs, qui avaient résisté aux efforts
de l’entreprise de les faire renoncer par écrit à leurs droits
et à leur affiliation syndicale en acceptant des indemnités pour
leur renvoi. Cette étape de la lutte s’est terminée lorsque le
syndicat nous a informés que près de 200 travailleurs avaient
accepté le 7 juin l’indemnité proposée pour la perte de leurs
postes de travail. En échange, ils ont été contraints de retirer
to