NOTRE OPINION
–
Journée internationale contre les
plantations d’arbres en régime de monoculture
En 2004, le
réseau brésilien qui fait campagne contre la propagation
des plantations d’arbres eut l’idée d’instituer une Journée
internationale contre les plantations d’arbres en régime
de monoculture, coïncidant avec la Journée nationale
de l’arbre que l’on célèbre le 21 septembre.
Il est important
de souligner qu’il ne s’agit certainement pas d’une journée
contre la plantation d’arbres en général, mais contre
un type de plantation en particulier : les grandes plantations
d’arbres en régime de monoculture.
Il devient
de plus en plus évident que cette opposition est nécessaire.
Tandis que les gouvernements et de nombreuses institutions internationales
continuent de promouvoir ce qu’ils appellent « plantations
forestières » ou « forêts plantées
», les communautés locales continuent de combattre
ce qu’elles décrivent comme des « déserts
verts », des « arbres égoïstes »
ou des « forêts mortes ».
Ces différences
d’appellation reflètent l’écart qui existe entre
ceux qui défendent ces plantations parce qu’ils les voient
comme quelque chose de positif – des forêts – et ceux qui
s’y opposent en raison de leurs conséquences négatives
pour la société et l’environnement, les qualifiant
comme nous venons de l’indiquer.
La connaissance,
accumulée au cours des décennies passées,
que les plantations sont établies aux dépens de
l’environnement et des moyens de subsistance des populations a
atteint maintenant un tel degré de certitude qu’elle ne
peut plus être ignorée. Dans un pays après
l’autre, les monocultures d’arbres ont été suivies
d’une perte nette d’emplois, d’expulsions forcées ou «
volontaires », de l’appropriation de vastes étendues
de terres par des entreprises nationales ou transnationales, de
la diminution et la pollution des réserves d’eau, de la
diminution de la diversité biologique, de l’appauvrissement
des sols, de la destruction des écosystèmes locaux
– forêts ou prairies – et, dans bien des cas, de la répression,
l’incarcération et même la mort parmi d’autres violations
des droits de la personne.
Les consommateurs
devenant de plus en plus conscients de tout ce que comporte la
fabrication de produits à base de bois, du papier à
l’ameublement, les systèmes de certification sont nés
pour leur garantir que les objets qu’ils achetaient ne portaient
pas atteinte aux forêts ni aux populations qui en dépendent.
Ces systèmes
de certification ont reçu l’appui de divers acteurs nationaux,
régionaux et internationaux, et plusieurs labels ont été
créés : Canadian Standards Association Standard
(CSA), Forest Stewardship Council (FSC), Programme for the Endorsement
of Forest Certification Schemes (PEFC), Sustainable Forestry Initiative
(SFI), The Australian Forestry Standard (AFS), Sistema Brazileiro
de Certificação Florestal (CERFLOR), Certificación
Forestal en Chile (CERTFOR), Malaysian Timber Certification Council
(MTCC).
Or, aucun
d’entre eux n’a réussi à voir ce qui est évident
pour les populations qui habitent à proximité des
plantations : que les grandes monocultures d’arbres sont «
incertifiables » par définition.
Ces dernières
années, le WRM a pris pour cible de ses critiques la certification
de plantations par le FSC. Ceci a pu donner l’impression que les
autres labels étaient meilleurs. Si tel est le cas, nous
nous en excusons. La seule raison pour laquelle nous nous sommes
centrés sur le FSC est que la participation d’ONG sociales
et écologiques apportait à ce système une
certaine crédibilité dont les autres labels, promus
par des gouvernements ou des entreprises, sont absolument dépourvus
(voir plus loin les articles sur le PEFC, le CERFLOR et le CERTFOR).
Quoi qu’il
en soit, que les systèmes de certification soient meilleurs
ou pires, là n’est pas la question. Nous n’avons pas besoin
de certification mais de législation, et de respect des
lois. La situation est si grave qu’on ne peut pas confier à
des plans d’application volontaire ou a des consultants le soin
de décider si les plantations méritent ou non le
label : au vu de leurs impacts, aucune ne fait le poids.
La législation
doit prévoir, en premier lieu, que les gouvernements retirent
sans délai tous les types de subsides et d’encouragements
qu’ils accordent aux entreprises de plantation.
Deuxièmement,
les gouvernements doivent interdire toute nouvelle plantation
dans les zones où il a été constaté
qu’elles avaient des conséquences négatives pour
la société et l’environnement.
Troisièmement,
les gouvernements doivent mener des recherches indépendantes
et participatives pour évaluer les dommages causés
par les plantations existantes, indemniser les populations qui
en ont été victimes et, le cas échéant,
leur restituer les terres qu’on leur a prises.
Quatrièmement,
les gouvernements doivent appliquer le principe de précaution
et empêcher l’établissement de plantations susceptibles
d’avoir des effets négatifs sur la société
et l’environnement.
Ce qui précède
n’est qu’un échantillon des nombreuses mesures que les
gouvernements devraient adopter pour commencer à redresser
la situation créée par leurs politiques de promotion
des plantations. C’est aux habitants de chaque pays ou région
de décider quelles sont celles qui sont applicables et
quelles autres il faudrait y ajouter. Le 21 septembre pourrait
être consacré à célébrer les
arbres, ces êtres vivants que la plupart des gens considèrent
comme des symboles écologiques ; or, la manière
dont ils sont utilisés pour le profit de quelques-uns rend
nécessaire, pour la troisième fois, de consacrer
cette date à la lutte contre leur plantation en régime
de monoculture. Espérons que ce besoin ne se fera plus
sentir dans un très proche avenir.
index
LES COMMUNAUTÉS ET LES
FORÊTS
–
Brésil : campagne internationale contre
la violence en milieu rural
Dans le cadre
de la campagne nationale et internationale « Plus de violence
à la campagne ! Coupez ce mal à sa racine ! »,
organisée au Brésil par Rel-UITA et la Confédération
nationale des travailleurs de l’agriculture (CONTAG) contre la
violence en milieu rural, une équipe constituée
par Alvaro Santos, Emiliano Camacho et l’auteur de cet article
s’est rendu de Montevideo, Uruguay, à l’état de
Pará, dans l’Amazonie brésilienne. Le but de ce
voyage était de tourner une vidéo documentaire incluant
des témoignages sur quelques-uns des nombreux cas de dirigeants
ruraux assassinés ou menacés de mort.
Ces personnes
luttent sur la « première ligne de feu », là
où les « grileiros » brûlent des milliers
et des milliers d’hectares de forêt pour s’emparer de ces
terres sans autorisation aucune (quand ils l’ont elle est toujours
frauduleuse), et les exploiter pendant les quelques années
où elles seront fertiles, car elles sont condamnées
à la désertification. L’association d’aventuriers
enrichis, de militaires à la retraite ou en activité
qui ont fondé leurs propres dynasties féodales depuis
l’époque dictatoriale des années 60, d’exportateurs
de bois précieux qui ont raflé presque 40 % du meilleur
bois de l’Amazonie brésilienne et continuent d’avancer,
d’éleveurs et de planteurs de soja qui occupent d’énormes
étendues de terres piratées, est un facteur de pouvoir
si fort qu’il peut, sauf dans une poignée de cas honorables,
terrasser la justice, la police et le système politique
local.
La vidéo
de 40 minutes produite à cette occasion (*) reprend trois
histoires qui permettent de comprendre comment se traduit au plan
personnel, individuel, chez les survivants, ce massacre écologique
et social que l’on commet dans l’Amazonie. Pour se faire une idée
de l’ampleur du désastre, quelques données suffisent
:
– Rien que
dans la période de la dictature au Brésil (1964
– 1985), 10 millions d’hectares de l’Amazonie furent affectés
à l’agriculture, la plupart des terres allant à
des militaires de haut rang.
– Depuis,
plus de 1 550 meurtres ont eu lieu dans le cadre du conflit foncier
entre de grands propriétaires terriens et des paysans sans
terre ou des dirigeants de travailleurs ruraux. Rien qu’entre
1985 et 2004, il y a eu pour cette cause 560 homicides dénoncés.
– La police
n’a enquêté que sur 30 % de ces homicides ; 6 % seulement
ont donné lieu à un procès et dans 3 % des
cas la justice s’est prononcée, presque toujours pour absoudre
les suspects « par manque de preuves ». Au bout du
compte, les cas où quelqu’un a été condamné
n’atteignent pas 1 %, sans qu’on ait pratiquement jamais «
réussi » à porter en justice les auteurs intellectuels
des crimes.
– Du fait
de l’inefficacité des institutions judiciaires et policières,
300 homicides se sont déjà prescrits.
– En 2003,
il y a eu 35 000 familles expulsées de leurs parcelles
; en 2004, il y en a eu 37 000 ; en 2005, ce chiffre est descendu
à « seulement » 26 000 familles. Pourtant,
les chiffres partiels de cette année permettent de supposer
qu’à la fin de l’année 2006 le nombre des familles
expulsées aura augmenté par rapport à l’année
précédente.
– Les Brésiliens
appellent « grileiros » les propriétaires terriens
qui ont « volé » des terres domaniales, atteignant
souvent des dizaines de milliers d’hectares. Ces « grileiros
» ouvrent une brèche dans la forêt pour permettre
l’entrée et la sortie de grands camions. Ensuite, ils coupent
tout le bois de grande valeur commerciale et brûlent le
reste. Les photos satellite montrent tous les jours des centaines
d’incendies (qu’on appelle « queimadas » au Brésil)
dont les colonnes de fumée montent de partout dans la forêt
amazonienne, de la Bolivie au Venezuela.
– Après
avoir coupé la « forêt inutile », les
grileiros obtiennent de faux titres de propriété
avec la complicité d’autorités locales corrompues
et clôturent la nouvelle « acquisition ». Il
y a des exploitants qui réussissent, par ce procédé,
à accumuler plus de 200 000 hectares. D’abord, ils y mettent
du bétail, qui « domestique » le sol selvatique
; ensuite, ils plantent du soja transgénique en utilisant
massivement du glyphosate pour éliminer les mauvaises herbes.
– Dans la
ville de Santarem, située en pleine selve sur la rive de
l’Amazone, la transnationale Cargill a construit sans aucun genre
de permis son propre port et les silos de soja les plus grands
du monde, où elle entrepose le soja que produisent les
établissements illégaux mentionnés.
– D’après
des estimations officielles et conservatrices, près de
cent millions d’hectares ont été brûlés
à cette fin, dont 90 % dans l’Amazonie. Cette superficie
équivaut à celle de toute l’Amérique centrale
plus le Mexique.
– Les projet
de réforme agraire de la société civile proposent
une utilisation rationnelle de la forêt : sur la totalité
des terres allouées à une communauté ou à
une famille d’agriculteurs, seuls 20 % peuvent être cultivés,
et les bénéficiaires s’engagent à conserver
les 80 % restants, où ils ne peuvent faire que certaines
activités d’extraction durables. La propriété
de la terre est conditionnée par le respect de cet engagement.
–
D’après les syndicats et les associations de paysans locaux,
le gouvernement actuel a fait des efforts évidents pour
changer cette situation. Par exemple, ces dernières années,
17 325 personnes soumises au travail d’esclave dans des propriétés
éloignées des centres peuplés ont été
libérées. En 2005, les ressources fédérales
affectées à résoudre et à prévenir
ces problèmes se sont multipliées par quatre. Des
lois ont été approuvées pour la protection
de zones importantes de l’Amazonie (il faudra maintenant les faire
appliquer), sans satisfaire pour autant les besoins et les aspirations
des populations concernées. On a approuvé une loi
pour la protection des communautés quilombolas (**). L’armée
brésilienne a commencé à mettre en place
un programme de positionnement géographique de la «
frontière chaude » de la forêt amazonienne,
qui concerne les zones les plus souvent attaquées par les
grileiros et les exploitants forestiers ; il y a eu d’autres initiatives
encore.
– Malgré cela, le déboisement se poursuit
dans l’Amazonie brésilienne au rythme d’environ deux millions d’hectares
par an, et les changements décidés dans la capitale mettent parfois
des années à parvenir jusqu’aux endroits concrets où les communautés
et les paysans de la campagne subissent les conséquences de l’impunité
et de l’absolutisme des propriétaires terriens.
La
campagne nationale et internationale organisée par Rel-UITA
et la CONTAG a déjà eu des résultats positifs,
tels que la visite de délégations syndicales et
parlementaires européennes au gouvernement et à
la région de Pará, dans le but de connaître
sur place la situation dénoncée. La présence
de la police fédérale et l’augmentation des ressources
économiques et humaines du ministère public affectées
à la région ont éveillé l’espoir d’un
changement. Cependant, l’expérience accumulée pendant
tant d’années de lutte fait qu’aucune organisation sociale
ne baisse la garde et que toutes soient actives et en alerte.
Carlos Amorín,
Rel-UITA. L’article complet (en espagnol) est disponible sur :
http://www.wrm.org.uy/paises/Brasil/Para.html.
(*) “En la
frontera del miedo. Historias de vida y muerte”, direction et
scénario : Carlos Amorín et Alvaro Santos; caméras
: Emiliano Camacho, Alvaro Santos, César Ramos ; édition
: Fabián Arocena ; réalisation : Osmedia (www.osmedia.com.uy)
; production : Rel-UITA (www.rel-uita.org),
CONTAG (www.contag.org.br).
Informations sur le film vidéo: uita@rel-uita.org.
(**) Communautés
de descendants d’esclaves africains fugitifs.
index
– Bassin du
Congo : le financement international de l’exploitation forestière
oligarchique
En Afrique,
les concessions forestières sont généralement
considérées comme des unités d’aménagement
forestier. Pourtant, elles ressemblent plutôt à une
sorte de monnaie d’échange dans un système caractérisé
par la politique du pouvoir et l’exploitation.
La communauté
internationale a joué un rôle important dans l’établissement
et la perpétuation de cette politique d’exploitation forestière
« patrimoniale ». La principale manière dont
les pays du Nord favorisent l’exploitation oligarchique est probablement
en fournissant du soutien politique, militaire, économique
et diplomatique aux régimes oligarchiques qu’elle est destinée
à servir. En général, ce soutien est non
officiel, privé ou indirect. Les institutions financières
internationales (IFI) y apportent une aide supplémentaire
en octroyant des prêts sans exiger comme condition une réforme
du secteur forestier, en proposant des réformes erronées
ou inefficaces et en fournissant des investissements du secteur
privé.
Malgré
les problèmes bien connus du secteur forestier du Cameroun,
le financement international a continué d’affluer dans
le pays : dans les années 1990, au moins 75 millions de
dollars d’aide étrangère ont été assignés
à des projets forestiers et de conservation.
Vers le milieu
des années 1990, l’Administration britannique pour le développement
à l’étranger (puis le DFID) essayèrent de
mettre en oeuvre un programme pour « rendre opérationnelles
» les dispositions du Code forestier 1994 du Cameroun en
matière d’établissement de forêts communautaires.
Cela demandait, premièrement, d’établir des normes
claires pour l’allocation des forêts communautaires (ce
que le gouvernement camerounais n’avait jamais fait) et, deuxièmement,
de créer dans le ministère des forêts une
unité chargée d’administrer les forêts communautaires.
Les forêts communautaires, telles que définies par
la législation camerounaise, sont de très faibles
dimensions (5 000 hectares maximum) et de très courte durée
(15 ans, renouvelable pour 15 ans de plus). En outre, elles ne
peuvent être établies que dans les zones de forêt
« non permanente », et non dans les zones définies
comme concessions forestières (UFA). Or, avec l’approbation
du Code forestier de 1994, ces zones de forêt non permanente
devenaient de plus en plus importantes pour la machine politique
car elles permettaient d’accorder des droits d’exploitation de
courte durée, ce qu’on appelle « ventes de coupe
». L’administration forestière s’employa donc activement
à empêcher la mise en oeuvre des forêts communautaires.
Cela montre
que les institutions qui gèrent à présent
le « secteur forestier » dans quelques régions
d’Afrique sont non seulement articulées autour de l’exploitation
forestière industrielle (parce que celle-ci est liée
aux intérêts des principales figures politiques),
mais qu’elles sont directement opposées à toute
utilisation des ressources forestières – par exemple, les
forêts communautaires – qui, même en favorisant la
croissance, risquerait de priver ces figures politiques de la
discrétion absolue avec laquelle ils ont utilisé
les forêts comme moyen de parrainage politique.
Étant
donné l’importance des concessions forestières pour
huiler les rouages du parrainage politique et de la corruption
dans tous les pays du bassin du Congo (et ailleurs : en Côte-d’Ivoire,
au Togo, en Guinée, etc.), il n’est pas surprenant que
les projets bénéficiant de financement international
destinés à fournir de l’aide technique pour améliorer
les « performances » des concessions forestières
africaines aient été des échecs spectaculaires.
Extrait de
: “The political ecology of the African logging concession system
and the complicity of international donors”, Simon Counsell et
Arnaud Labrousse, envoyé par Simon Counsell, Rainforest
Foundation, adresse électronique : simon@rainforestuk.com.
index
–
Laos : le bois certifié par le FSC est
illégal
Lorsqu’une
opération forestière est certifiée dans le
cadre du système du Forest Stewardship Council, cela devrait
signifier que nous pouvons être tranquilles que la forêt
en question est raisonnablement bien gérée. Malheureusement,
il paraît que ce n’est pas le cas. SmartWood, une entreprise
de certification accréditée par le FSC, a dernièrement
certifié des opérations forestières au Laos
qui produisent du bois illégal selon le Code forestier
du pays.
La certification
FSC est le résultat de plus d’une décennie de projets
et de millions de dollars d’aide internationale. Entre 1996 et
2000, un projet financé par la Banque mondiale et le gouvernement
finnois a constitué une série d’Associations forestières
villageoises dans les provinces de Savannahkhet et Khammouane
du Laos. L’objectif de ce projet qui faisait partie du Programme
de conservation et de gestion des forêts (FOMACOP) était
de développer un modèle de « foresterie villageoise
», à travers lequel les villageois couperaient les
arbres et recevraient une partie de l’argent de la vente du bois.
La première
tentative de déterminer si la « foresterie villageoise
» pouvait être certifiée par le FSC a eu lieu
en 1999. Pourtant, les hauts fonctionnaires du gouvernement du
Laos n’aimaient pas l’idée que les opérations forestières
soient supervisées de l’extérieur. Le bruit a couru
qu’ils avaient peur de perdre une source de revenus très
lucrative : les pots-de-vin de l’industrie forestière.
Le programme FOMACOP a disparu en 2000, peu après cette
tentative de certification avortée.
Par la suite,
la Banque mondiale et le gouvernement ont entrepris un autre projet,
appelé cette fois Projet de foresterie durable et de développement
rural (SUFORD). En mai 2003, SmartWood a fait une évaluation
de la gestion des forêts. En janvier 2006, lorsqu’une série
de conditions ont été remplies à la satisfaction
de SmartWood, cette dernière a délivré un
certificat FSC à 39 000 hectares de forêts gérées
par six villages de la province de Savannahkhet. Un mois plus
tard, un autre certificat a été délivré
à quelque 10 000 hectares de foresterie villageoise situés
dans la province de Khammouane.
Le WWF a appuyé
cette certification, tout comme le Tropical Forest Trust, une
organisation créée en 1999 pour augmenter l’étendue
des forêts certifiées par le FSC dans les tropiques.
« La certification FSC de ces forêts représente
un progrès énorme pour la foresterie durable et
la conservation dans la région », a dit Roland Eve,
directeur du WWF pour le Laos.
Or, un rapport
qui a filtré, rédigé par un consultant du
projet SUFORD financé par la Banque mondiale et la Finlande,
raconte une histoire différente. Le document porte sur
une visite effectuée par une équipe du Ministère
des Forêts du Laos et par un consultant, Tomas Jonsson,
au projet SUFORD. Le groupe s’est rendu dans le district de Thapanthong
de la province de Savannahkhet entre les mois de mars et de mai
2006.
L’équipe
a trouvé que les opérations d’extraction forestière
certifiées ne suivaient pas les plans de gestion. D’après
le rapport de Jonsson, « les documents étaient éparpillés
et il en manquait des parties » ; ils « n’étaient
que partiellement compris » par le personnel local, bûcherons
et villageois.
L’équipe
a trouvé que les villageois et le personnel local étaient
« presque incapables d’utiliser les cartes où figuraient
les arbres à abattre ». Ces cartes étaient
incorrectes. Dans la forêt, les arbres à couper n’étaient
pas marqués comme il fallait. Des arbres non marqués
avaient été coupés. Certains arbres marqués
étaient toujours debout. Des arbres à résine,
que les villageois utilisent, avaient été coupés.
Certaines grumes, grandes et de bonne qualité, étaient
abandonnées sur place. Les voies de traînage ne coïncidaient
pas avec celles qui figuraient sur les cartes. Pas étonnant
du tout, puisque l’équipe de traînage n’avait pas
de copie de ces cartes. Ils n’avaient pas non plus d’équipement
de sécurité ni de matériel de protection.
Ils vivaient sous une bâche, dans un campement sans installations
sanitaires ni toilettes.
Les arbres
abattus étaient plus nombreux que prévu dans les
plans de gestion, parce que la province accordait des quotas «
supérieurs aux volumes approuvés dans les plans
d’exploitation ». Plusieurs zones avaient été
coupées, alors qu’il n’était pas prévu de
le faire dans les plans de gestion. D’autre part, l’équipe
a trouvé des indices que les villageois coupaient des arbres
et sciaient le bois dans une zone certifiée.
L’équipe
a conclu que l’extraction ne suit pas les plans de gestion mais
répond plutôt à la demande d’un nombre toujours
plus grand de scieries locales. Les plans sont interprétés
comme « l’autorisation de couper un certain volume de bois,
plutôt que des arbres qui ont été choisis
et marqués à cette fin », dit le rapport de
Jonsson.
La certification
FSC devrait permettre de suivre la trace du bois jusqu’à
l’endroit spécifique de la forêt dont il provient
par un système de marquage et de traçage. «
À tous les endroits inspectés (forêt, dépôt,
usine) », l’équipe n’a trouvé « aucun
arbre ni aucune grume qui soit marqué selon les règles
». Les grumes marquées n’avaient pas le numéro
approprié ou étaient marquées à la
craie. « Il est donc impossible d’assurer le traçage
et la chaîne de surveillance du bois », a écrit
Jonsson dans son rapport.
En outre,
l’équipe d’inspection a trouvé des preuves de coupes
clandestines, dans des zones sans plans de gestion ou dont les
plans ne sont pas encore approuvés. Or, si le bois n’est
pas marqué correctement, il n’y a pas moyen de savoir si
on ne fait pas passer pour du bois certifié par le FSC
du bois provenant de ces opérations ou d’autres opérations
illégales.
Pourtant,
SmartWood est au courant de tout cela. Ses évaluateurs
ont stipulé comme condition : « À la fin de
la première année, toutes les grumes doivent porter
des marques claires et persistantes (p. ex. peintes ou taillées)
identifiant le village, le strip et le numéro de grume
».
Selon le Code
forestier du Laos, il est illégal de déplacer des
grumes qui ne sont pas correctement marquées. Donc, tant
que la condition de SmartWood n’aura pas été remplie,
le bois extrait de Savannahkhet et certifié par le FSC
est illégal.
Chris Lang,
adresse électronique : chrislang@t-online.de,
www.chrislang.blogspot.com
index
–
Nicaragua : extraction minière
dans la Réserve de Biosphère du Sud-Est
Le Nicaragua
subit depuis longtemps les effets de l’industrie minière.
Les nombreuses exploitations d’or et d’autres minéraux
métalliques y ont laissé des séquelles :
détérioration écologique, pollution des ressources
hydriques par des taux élevés de cyanure, de plomb
et d’arsenic, et atteintes irréparables à la santé
de milliers de travailleuses et de travailleurs qui, de surcroît,
ont souffert des violations de leurs droits du travail.
Certaines
municipalités du Nicaragua, qui ont misé sur le
développement à partir des activités extractives,
sont celles où l’indice de pauvreté est le plus
élevé, d’après les données de l’Institut
nicaraguayen des statistiques (INEC). Pourtant, le gouvernement
s’avère très intéressé à continuer
d’allouer des concessions minières dans tout le pays. Le
Centre Humboldt a constaté qu’à la date de décembre
2005, les concessions minières pour la prospection et l’exploitation
de minéraux métalliques et non métalliques
totalisaient 1 401 539 d’hectares, dans un pays dont la superficie
terrestre est de 121 428 km2 (12 142 800 d’hectares).
Ces derniers
temps, le gouvernement municipal de Nueva Guinea a délivré
à l’entreprise Minerales de Nicaragua S.A. (MINESA) un
permis d’exploration et d’exploitation minière à
ciel ouvert. Des membres du Comité de développement
municipal (CDM), de la Commission environnementale municipale
(CAM) et de la Société civile organisée (SCO)
ont dénoncé ce fait au tribunal du contentieux de
la Cour suprême de justice (CSJ). En mars 2004, MINESA avait
demandé la Direction général des ressources
naturelles du Ministère du développement, de l’industrie
et du commerce (MIFIC) une concession minière pour une
période de 25 ans, dans un lot dénommé San
Antonio, d’une étendue de 23 000 hectares.
Cet endroit
se trouve dans la municipalité de Nueva Guinea, qui fait
partie de la Réserve de Biosphère du Sud-Est du
Nicaragua. Cette réserve s’étend sur 18 340 km2
et abrite une flore et une faune très diverses. «
Le sol de Nueva Guinea est argileux et acide. Du fait qu’il s’agit
d’une région tropicale humide, la décomposition
des feuilles, le matériel organique et l’humidité
permettent l’existence d’une couche fertile qui le rend productif.
Or, le développement des activités minières
porterait atteinte à l’environnement, car le sol deviendrait
sec », a expliqué Luis Umaña, représentant
de la SCO. L’exploitation minière changerait tout à
fait le type de végétation, la diversité
biologique, la flore et la faune, affecterait la productivité
des sols et provoquerait le déplacement de la population
et des activités économiques les plus rentables.
Umaña
a expliqué aussi que, par des initiatives de ce genre,
le gouvernement municipal de Nueva Guinea contribuera à
la dégradation socio-écologique de la région,
où plus de 120 000 personnes en subiront les effets. S’agissant
d’une région où il pleut constamment, il existe
le danger que la terre absorbe le cyanure répandu, contaminant
ainsi l’eau souterraine.
La SCO a dénoncé
que la loi qui prévoit la réalisation d’une consultation
de la population avant d’octroyer une concession minière
n’avait pas été respectée. « La loi
nº 475, qui concerne la participation et la possibilité
de consultation des citoyens, a été violée.
Par conséquent, nous avons demandé de plus amples
informations, afin de pouvoir donner notre avis sur la viabilité,
les avantages ou les préjudices que cette activité
puisse apporter à la municipalité de Nueva Guinea
», a dit Umaña.
Il a exhorté
le maire et le gouvernement de respecter les articles 60 et 102
de la Constitution politique du Nicaragua, lesquels garantissent
le droit des citoyens de vivre dans un environnement sain et établissent
l’obligation de l’État de préserver et conserver
l’environnement et les ressources naturelles.
Article
fondé sur des informations tirées de : “Reserva
de la biosfera del Sur Este de Nicaragua en Peligro por concesión
Minera”, Aldo Palacios, distribué par Red de Periodistas
Ambientales ; “Expansión de Concesiones y Actividades Mineras
en Territorios Centroamericanos”, Centro Humboldt, http://www.humboldt.org.ni/descargas/denuncias_veredictos/
veredicto%20Caso%20Centroam%E9rica%20mineria.pdf
index
LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE D'ARBRES
–
Brésil et Uruguay : les promesses
de Stora Enso et la dure réalité
Depuis
quelques mois, en Uruguay comme dans le Sud du Brésil,
des déclarations de fonctionnaires de l’entreprise suédo-finnoise
Stora Enso et d’autorités gouvernementales des deux pays
circulent avec insistance, vantant les bénéfices
que l’installation des usines de pâte de l’entreprise en
question apportera aux habitants de la région.
Nils
Grafström, président de Stora Enso pour l’Amérique
latine, et d’autres cadres supérieurs de la firme parcourent
diverses localités des deux pays dans le seul but d’annoncer
la richesse, le développement et la préservation
de l’environnement. Quelque chose de semblable arrive aussi en
ce moment dans d’autres pays latino-américains, africains
et asiatiques, en Chine par exemple, où les Suédois
et les Finnois n’arrêtent pas de vanter les bontés
sociales, économiques et écologiques de leurs projets,
qui consistent à établir des milliers d’hectares
de plantations et de nouvelles usines de pâte.
Or,
les faits montrent qu’une fois les entreprises installées
dans les pays du Sud, la réalité est très
différente de leurs promesses.
L’expérience
de l’usine de pâte Veracel (propriété conjointe
de Stora Enso et Aracruz, gérée par la première)
dans l’état brésilien de Bahia est un exemple clair
de non-durabilité. C’est ce que nous trouvons dans une
lettre que nous avons reçue, signée par un groupe
important d’« hommes, femmes et enfants, travailleurs ruraux
et urbains, indigènes, écologistes, scientifiques,
professeurs et étudiants » de cette région
brésilienne, qui dénoncent « la situation
de dégradation et de misère dans laquelle se trouve
la région de l’Extrême Sud de Bahia, situation suscitée
par l’entreprise de pâte Veracel, une joint-venture de Stora
Enso ».
Cette
situation est le résultat des dommages sociaux et écologiques
provoqués autant par les grandes monocultures d’arbres
que l’entreprise ne cesse d’établir depuis des années
dans la région pour disposer de la matière première
nécessaire, que par l’usine elle-même, qui a commencé
à fonctionner en 2005 avec une production annuelle de 900
000 tonnes de pâte pour l’exportation.
La
lettre dit que « depuis des années, Veracel est à
l’origine de la dégradation de l’environnement, de la concentration
de terres, de l’expulsion de milliers de travailleurs ruraux vers
les périphéries des villes, avec les grands bouleversements
écologiques et sociaux que cela comporte ».
En
ce qui concerne la génération d’emplois, la lettre
affirme : « non satisfaite de l’étendue de terres
qu’elle a acquises dans l’extrême Sud de Bahia pour la plantation
d’eucalyptus, Veracel Celulose avance maintenant vers le Sud de
l’État » ; « rien que dans la municipalité
de Mascote, l’entreprise a acheté des propriétés
diverses. Environ 400 travailleurs ont perdu leur travail. Une
bonne partie de ces travailleurs sont allés s’installer
dans la périphérie des villes voisines ».
D’après
les signataires de la lettre, ce qui est en train d’arriver en
Uruguay et dans bien d’autres pays arrive aussi chez eux : «
Dans l’une des propriétés du groupe Santa Rita (constitué
par quatre établissements d’élevage) acheté
par Veracel ... les maisons, les corrals et les plantations ont
déjà été rasés pour effacer
toute trace des êtres humains qui, un jour, ont habité
là et vécu de la terre ».
Comme
dans d’autres régions aussi, les plantations ont des effets
sur l’eau ; à ce propos, la lettre dit : « Dans toute
la région, la plantation extensive d’eucalyptus a provoqué
la disparition de divers fleuves et ruisseaux ».
Lorsque
Stora Enso s’est installée en Bahia, elle a fait les mêmes
promesses d’emploi, de croissance et de richesse qu’elle fait
maintenant dans d’autres pays. Par exemple, on lit dans la presse
uruguayenne que, d’après « les informations reçues
de Stora Enso à ce jour », l’entreprise va créer,
dans la période de fonctionnement, « environ 3 000
emplois directs et indirects ». Dans le cas de Bahia, non
seulement cette promesse n’a pas été tenue mais
l’entreprise a provoqué l’exode rural, le chômage
et la misère.
Nous
aimerions savoir jusqu’à quand ces entreprises pourront
continuer de mentir impunément.
La
lettre mentionnée dans cet article est disponible sur :
http://www.wrm.org.uy/countries/Brazil/LetterStoraEnso.html
index
– Cambodge
: les conséquences des plantations de pins dans la province
de Mondolkiri
L’établissement
de monocultures d’arbres de croissance rapide pour obtenir du
« fast wood » s’est accéléré
au Cambodge, par suite de la transition dans laquelle le pays
s’est engagé au début des années 1990 pour
s’orienter vers une économie axée sur le marché.
Les plantations proposées et établies en application
du modèle des « concessions économiques »
sont des monocultures d’acacia, de pin et d’eucalyptus. La plupart
de ces concessions économiques violent la législation
cambodgienne et rien ne semble prouver qu’elles aient apporté
à l’État les avantages et les bénéfices
escomptés.
Entre
septembre 2004 et mars 2005, l’EFCT (Environmental Forum Core
Team), une organisation d’activistes de l’environnement, a mené
des recherches sur le terrain dans quatre concessions économiques
du pays. L’EFCT fait partie d’un réseau d’ONG écologistes
établi par le Forum des ONG du Cambodge en 1995. Par des
méthodes qualitatives et quantitatives, l’EFCT a examiné
les bénéfices et les désavantages probables
des concessions économiques pour la subsistance de la population
locale (le rapport complet est disponible sur : http://www.ngoforum.org.kh/Land/Docs/Plantation/EFCT%20Plantations%20Report%20FINAL.pdf).
Parmi
les cas analysés figure celui de la plantation d’arbres
de croissance rapide du groupe Wuzhishan LS dans la province de
Mondolkiri. La société Wuzhishan a été
créée en mai 2004 ; en août 2004, elle a été
autorisée à établir 199 999 hectares de plantations
de pins dans les districts Sen Monorom et Ou Reang de la province
de Mondolkiri. Les limites de la concession se superposent en
partie à la « zone de conservation de la biodiversité
de Seima ».
Lors
de la planification de la concession, il n’y a eu aucune consultation
des communautés locales et très peu de communication
avec les autorités locales. Aucune carte officielle indiquant
l’étendue de la concession n’est accessible au public.
En septembre 2004, les opérations de Wuzhishan ont démarré
pour de bon ; l’herbicide glyphosate a été appliqué
en abondance dans des zones de prairie, la végétation
morte a été brûlée et la plantation
de 250 000 jeunes pins a commencé. Pour préparer
le terrain de la plantation, Wuzhishan a défriché
non seulement les prairies utilisées comme pâturage
de leur bétail par la population locale phnong, mais des
forêts sacrées et des lieux de sépulture ancestraux
qui sont des éléments essentiels de la culture phnong.
L’utilisation de l’herbicide a été critiquée
par toutes les communautés : il aurait contaminé
les réserves d’eau, affecté la santé des
gens et provoqué la mort du bétail.
L’opposition
a éclaté le 16 juin 2005, lorsqu’un groupe de 650
à 800 personnes affectées, la plupart d’entre elles
appartenant peuple phnong, a manifesté en face des bureaux
de l’entreprise à Sen Monorom. Le 17 juin 2005 le Conseil
des Ministres a adressé à Wuzhishan une notification
lui ordonnant de suspendre immédiatement les travaux de
plantation dans toute la concession. Un comité interministériel
a été désigné pour résoudre
le problème.
Néanmoins,
fin juin l’affaire n’avait pas l’air d’avancer et l’entreprise
continuait de planter ; ainsi, les communautés ont protesté
à nouveau en bloquant des routes dans les communes affectées
par la concession. Il a été dénoncé
par la suite que ces communautés avaient été
victimes de nombreuses menaces et de tactiques d’intimidation.
Les barricades ont duré à peu près une semaine,
avant que l’entreprise ne les démolisse avec des camions
pleins de travailleurs brandissant des faux, des couteaux et des
bâtons.
Les
recherches ont montré que presque tous les foyers interviewés
(98 %) avaient pour activité principale l’agriculture et
l’élevage. 65 % ont dit que les activités de l’entreprise
avaient porté atteinte à ces tâches agricoles,
en raison surtout de la perte de terres cultivables et des effets
des pulvérisations au glyphosate. Beaucoup de femmes n’iraient
plus travailler au champ de crainte d’être violées
par les travailleurs de l’entreprise.
Les
interviews ont montré une diminution considérable
du bois disponible, attribuée surtout au fait que Wuzhishan
avait éliminé la forêt. La faune aurait elle
aussi diminué, les activités de Wuzhishan ayant
fait disparaître leur habitat.
À
l’époque du rapport, on ne savait pas encore quel était
le volume des pertes des paysans, parce que les limites précises
de la plantation à proximité des villages étaient
encore en cours de négociation. Malgré cela, 57
% des personnes interrogées ont dit qu’elles allaient perdre
une partie de leurs terres. De grandes étendues de prairie
éloignées du centre des villages, où les
villageois font paître aujourd’hui leur bétail, sont
en train de disparaître. Les forêts naturelles et
les arbres fruitiers (qui poussent aussi bien dans la forêt
que dans la prairie), indispensables pour la collecte de produits
non ligneux, sont maintenant abattus, et l’on barre les sentes
utilisées par les Phnong. De surcroît, les travailleurs
de l’entreprise volent les animaux, les fruits et les récoltes.
Des sites culturels importants, comme les forêts sacrées
et les cimetières, ont été détruits.
La reconnaissance de la propriété foncière
se complique du fait des systèmes de propriété
communale pratiqués par les Phnong.
Au
total, 21 % des foyers interviewés ont dit qu’ils avaient
des membres qui travaillaient dans la plantation. Chacun travaillait
huit heures par jour et recevait entre 30 et 42,50 dollars par
mois ; certains travailleurs recevaient aussi 25 kg de riz par
mois. L’UNCOHCHR (le bureau cambodgien du haut commissaire aux
droits de l’homme de l’ONU) a dit que les conditions de travail
étaient rudes. Les villageois interrogés ont dit
que lorsqu’ils se sentaient malades ils ne pouvaient pas demander
l’autorisation de partir, qu’ils devaient travailler dur, que
le salaire n’était pas suffisant, qu’ils étaient
préoccupés par le cas de violation dénoncé,
qu’ils recevaient des pressions pour travailler plus durement,
et que les travailleurs leur avaient volé des moutons,
des chiens et des vaches pour les manger. Des rapports plus récents
(août 2005) signalent que la plupart des employés
de la plantation sont maintenant des travailleurs migrants, et
non des Phnong.
La
concession de Wuzhishan a eu de graves effets négatifs
sur les moyens de vie de la population, en particulier sur ceux
des Phnong, et provoqué des protestations qui ont nécessité
l’intervention du gouvernement central pour négocier une
solution. L’absence de consultation de la population locale pendant
les étapes initiales du développement de la concession
a suscité une méfiance considérable à
l’égard de l’entreprise et le sentiment généralisé
que les préoccupations des gens ne sont pas prises en compte
comme il faudrait. Les services et les autorités du gouvernement
local n’ont pas été consultés non plus, et
ils ont été écartés de la prise de
décisions. Interrogés sur leur sentiment à
l’égard de l’entreprise, 11 % des foyers ont répondu
qu’ils en étaient contents parce qu’ils pouvaient y trouver
du travail, mais 88 % ont dit qu’ils ne l’aimaient pas.
Depuis
la publication du rapport, les personnes affectées ont
essayé de reprendre le dialogue avec le gouvernement. En
octobre 2005, des fonctionnaires du ministère de l’Environnement
ont fait, en moins de deux jours, une évaluation d’incidence
environnementale et sociale. Cette évaluation (qui n’a
pas encore été publiée) n’a identifié
aucun effet négatif sur l’environnement et a attribué
les conséquences sociales aux exigences déraisonnables
des villageois. L’idée que les communautés locales
sont trop exigeantes et trop ignorantes pour comprendre le «
développement » a été réitérée
depuis à l’occasion de plusieurs réunions des représentants
communautaires et des fonctionnaires gouvernementaux. Dernièrement,
les conseillers communaux de la zone affectée de la province
de Mondolkiri ont été conduits dans des tournées
d’études à la capitale et à des provinces
« plus développées », pour qu’ils apprennent
par l’exemple. Les organisations de la société civile
n’en ont pas été informées et elles ont été
systématiquement empêchées d’aider les communautés.
Les villageois phnong craignent que le gouvernement ne démarque
leurs terres communautaires sans respecter leurs droits traditionnels,
pourtant clairement reconnus par la législation cambodgienne.
La situation n’a pas encore été résolue.
Extrait
et adapté de : “Fast-wood Plantations, Economic Concessions
and Local Livelihoods in Cambodia”, Environment Forum Core Team
(EFCT), http://www.ngoforum.org.kh/Land/Docs/Plantation/EFCT%20Plantations%20Report%20FINAL.pdf.
Information actualisée par le Foru
index
– Inde
: la nouvelle politique forestière nationale ouvrira-t-elle
la voie aux arbres GM ?
Le
rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation
et l’agriculture (FAO) sur la biotechnologie appliquée
à la foresterie (“Preliminary Review of Biotechnology in
Forestry Including Genetic Modification”, ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/008/ae574e/ae574e00.pdf),
publié en décembre 2004, présentait la situation
de la biotechnologie forestière en général,
et celle de la modification génétique des arbres
en particulier. Le rapport mentionne l’existence de 225 essais
sur le terrain d’arbres GM dans 16 pays. Malheureusement, le tableau
est quelque peu faussé du fait qu’il ne distingue pas les
essais actuels de ceux du passé. Sur ces 225 essais, 150
figurent dans les États-Unis. Les autres se trouvent surtout
dans des pays européens (France, Allemagne, Grande-Bretagne,
Espagne, Portugal, Espagne et Suède), ainsi qu’en Australie
et au Canada. Dans le Sud, la liste inclut l’Inde, l’Afrique du
Sud, l’Indonésie, le Chili et le Brésil, La Chine
est le seul pays dont on sait qu’il a développé
des plantations commerciales d’arbres GM, avec plus d’un million
d’arbres plantés dans dix provinces.
L’étude
mentionne que l’Inde a fait un seul essai sur le terrain d’un
arbre GM. Or, une nouvelle Politique forestière nationale
est maintenant débattue à huis clos et, d’après
un rapport de l’Indian Financial Express, elle « est censée
ouvrir la voie aux arbres génétiquement modifiés
pour relancer l’industrie papetière et améliorer
la qualité des dérivés du bois ».
Les
arbres génétiquement modifiés ont le potentiel
de modifier radicalement et pour toujours les forêts du
monde. Comme dans le cas des cultures GM, la fuite de gènes
est un problème grave, mais ses effets ont une portée
plus grande en raison du rôle proéminent que jouent
les arbres dans l’écosystème.
Malgré
ses recherches, le personnel de l’Ecologist Asia n’a pas réussi
à découvrir des informations plus précises
sur la politique forestière proposée. La filiale
indienne de Monsanto dit qu’elle ne travaille pas avec des arbres
GM en ce moment. En réponse aux questions qui lui ont été
posées par courrier électronique, la représentante
de Monsanto à Mumbai, Susan Joseph, a dit que « les
activités de Monsanto en Inde portent sur le développement
d’herbicides de haute qualité, de semences hybrides (maïs
et tournesol) et de traits biotechnologiques (coton Bt) ».
Pourtant, quand on lui a demandé quelle serait l’attitude
de Monsanto au cas où la nouvelle politique forestière
favoriserait les arbres GM, elle n’a pas répondu.
Anne
Peterman, du Global Justice Ecology Project (États-Unis),
qui coordonne en ce moment une campagne internationale contre
les arbres GM, a dit à ce sujet :« on est en train
de modifier génétiquement les arbres pour les rendre
résistants à l’herbicide Roundup de Monsanto. Si
l’on propose en Inde des arbres Roundup-Ready, il y a là
une connexion avec Monsanto, même si cette entreprise n’est
pas directement impliquée. Sans aucun doute, elle va tirer
profit de ces arbres grâce à l’augmentation de la
vente de son herbicide toxique Roundup ». D’autre part,
si, comme le suggère l’Indian Financial Express, le but
de l’utilisation d’arbres GM est de développer l’industrie
papetière, il est probable qu’un des traits à modifier
sera la taux de lignine des arbres. La lignine donne de la rigidité
et de la résistance aux parois des cellules végétales
; en en réduisant la quantité on ferait économiser
de l’argent à l’industrie de la pâte et du papier,
qui aurait moins de lignine à enlever pendant le traitement
des fibres de bois.
Or,
comme signale le professeur Joe Cummins de l’Institute of Science
in Society (ISIS, Royaume-Uni) dans un article sur la réduction
du taux de lignine, « les désavantages dépassent
les avantages, car les plantes à faible taux de lignine
sont plus vulnérables aux prédateurs, comme les
insectes, les champignons et les bactéries ».
Ces
arbres affaiblis par le manque de lignine auront besoin d’autres
traits génétiquement modifiés, comme la résistance
Bt aux insectes et la tolérance aux herbicides. Ainsi,
la propagation de traits dans l’écosystème, déjà
arrivée dans plusieurs cas de cultures GM, n’est qu’une
question de temps.
Des
agences internationales telles que la FAO jouent un rôle
important dans ce domaine. En réponse à une question
adressée par courrier électronique, Pierre Sigaud,
de la FAO, a dit que « la FAO ne prend pas de position pour
ou contre les arbres GM ». Dans une déclaration sur
la biotechnologie publiée dans son site web, la FAO dit
qu’elle encourage « une approche prudente, au cas par cas,
des inquiétudes légitimes au sujet de la sécurité
biologique de chaque produit ou processus, avant d’autoriser sa
commercialisation ». Cependant, la participation de la FAO
dans le programme de la Chine sur les arbres GM est bien, dans
les faits, une prise de position en faveur de la plantation industrielle
de ces arbres. Un courrier demandant des précisions à
ce sujet est resté sans réponse.
Parmi
les essences qui pourraient être commercialisées
en Inde figure l’eucalyptus GM, qu’on appelle « l’arbre
égoïste » en raison du grand volume d’eau qu’il
consomme, ce qui se répercute sur les nappes phréatiques
si vulnérables de l’Inde. Les pulvérisations d’herbicides
au glyphosate, comme le Roundup de Monsanto, provoqueraient inéluctablement
la contamination de l’eau potable et des problèmes de santé
chez la population : cancer, fausses couches, etc. Le Danemark
a déjà interdit le glyphosate pour cette raison.
La
nouvelle politique nationale forestière de l’Inde est conçue
sur ce fond, peut-être sous la pression des entreprises
qui entendent tirer profit des arbres GM. En ce vingt-et-unième
siècle où les forêts déjà éprouvées
de l’Inde luttent pour survivre, ainsi que les populations humaines,
les écosystèmes indigènes et surtout les
réserves d’eau qui en sont tributaires, il serait temps
de demander que le processus se déroule avec transparence.
Article
fondé sur des informations tirées de : “The International
Status of Genetically Modified Trees”, 2005, Anne Petermann, Global
Justice Ecology Project, http://www.globaljusticeecology.org/index.php?name=getrees&ID=339
; “Preliminary Review of Biotechnology in Forestry Including Genetic
Modification”, FAO, décembre 2004, ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/008/ae574e/ae574e00.pdf
; “GM trees bloom in rush to feed growing paper industry”, BV
Mahlakshmi, 2005, http://www.financialexpress.com/fe_full_story.php?content_id=97000
;“Frankentrees Threaten India’s Forests”, Philip Carter, adresse
électronique : pcarter@web.ca, http://www.writingfortheplanet.com/images/GE_Trees.pdf#search=%22
Frankentrees%20Threaten%20India%E2%80%99s%20Forests%22.
index
–
Indonésie : les experts de la Banque
mondiale et du WWF cherchent de nouveaux moyens de subventionner
les plantations
Quel
que soit le pays du Sud où l’on projette d’établir
des plantations d’arbres, le gouvernement correspondant offre
aux investisseurs toute une série d’encouragements. En
Indonésie, le gouvernement a déboursé des
milliards de dollars pour développer les plantations. Les
secteurs de la plantation et de la pâte ont reçu
eux aussi une aide généreuse. La Banque mondiale
et la Banque asiatique de développement ont financé
des recherches à ce sujet dans les années 1980.
Plusieurs agences de crédit à l’exportation ont
contribué à financer la construction d’usines de
pâte.
Pendant
les années 1980, alors que les entreprises forestières
étaient en train de détruire de vastes étendues
de forêts indonésiennes, le gouvernement a institué
un « Fonds pour le reboisement », financé avec
les redevances que payaient ces mêmes entreprises. Lorsqu’elles
s’acquittaient de leur obligation de reboiser, elles pouvaient
réclamer l’argent qu’elles avaient payé au fonds.
Bien entendu, la plupart d’entre elles se sont contentées
de payer les royalties au Fonds pour le reboisement et n’ont rien
reboisé du tout. Ainsi, l’argent accumulé dans le
Fonds a augmenté rapidement.
Dans
les années 1990, le gouvernement a changé l’affectation
du fonds pour le destiner au financement direct des plantations
industrielles d’arbres. Or, la plupart de l’argent est tombé
entre les mains de la famille et des copains de Suharto. L’ONG
Down to Earth signale que Suharto avait utilisé l’argent
du fonds pour financer la compagnie aérienne étatique
et les Jeux de l’Asie du Sud-Est. Entre 1993 et 1998, plus de
cinq milliards de dollars ont disparu du fonds. Parmi les prêts
effectivement alloués aux entreprises de plantation industrielle
d’arbres, beaucoup sont devenus des créances irrécouvrables.
Il y a deux ans, le ministère des Forêts a rééchelonné
le plan de remboursement et quatorze entreprises ont dû
fermer parce qu’elles ne pouvaient pas payer leurs dettes.
Les
entreprises ont présenté des propositions pour obtenir
du financement, mais les étendues plantées étaient
bien plus petites que ce qu’elles déclaraient. Entre 1990
et 1997, presque un milliard de dollars US du fonds a été
distribué. Cette somme aurait dû correspondre à
cinq millions d’hectares de plantations, mais la véritable
superficie plantée n’atteignait pas un million d’hectares.
Au
début de cette année, l’Alliance forestière
Banque mondiale / WWF a entrepris, avec le Ministère des
Forêts, un projet qui vise à mettre en place «
des mécanismes financiers susceptibles d’augmenter et d’accélérer
le développement des plantations ». Dans une «
note conceptuelle » datée de février 2006,
l’Alliance affirme qu’il faut « au moins doubler »
l’étendue des plantations en Indonésie pour assurer
l’avenir de l’industrie de transformation du bois du pays (où
dominent l’industrie de la pâte et du papier). La capacité
totale des usines de pâte indonésiennes est de presque
six millions de tonnes par an. D’après le Centre pour la
recherche forestière internationale, près de 70
pour cent du bois que consomment ces usines sont constitués
par du bois dur provenant de ce qui reste des forêts du
pays.
Partout
où elles ont été établies, les plantations
ont eu un coût écologique et social considérable.
Dans la province de Riau, par exemple, 75 % des terres que possède
la société Asia Pulp & Paper se trouvent dans
des tourbières. La seule manière d’y établir
des plantations est de défricher la forêt et de drainer
le marais.
La
solution évidente consisterait à résoudre
le problème de l’énorme surcapacité du secteur
papetier. Les plantations ne sont même pas profitables.
D’après l’Alliance Banque mondiale / WWF, « on considère
que le rendement des plantations est insuffisant pour attirer
des investissements commerciaux ». Pourtant, l’Alliance
est décidée à sauver l’industrie papetière
en trouvant de nouveaux subsides pour financer davantage de plantations.
La
proposition de l’Alliance BM / WWF est une aubaine pour les consultants.
D’après la « note conceptuelle » de février
2006, l’Alliance devait embaucher des « experts-conseil
» et leur payer en moyenne deux mille dollars par semaine.
D’après
la note, ces experts devraient formuler un plan et une stratégie.
Ils devraient chercher des institutions financières ou
d’autres mécanismes susceptibles d’apporter des encouragements
financiers. Ils devraient prévoir les résultats
intermédiaires et organiser des ateliers. Ils devraient
élaborer des critères et des indicateurs, identifier
les opportunités et les obstacles et analyser les tendances
futures et l’évolution probable du marché.
Les
experts devraient déterminer « les conditions et
les interventions qui contribueront à améliorer
le financement des plantations, en partant du principe ‘l’arbre
qu’il faut à l’endroit qu’il faut pour les raisons qu’il
faut, c’est-à-dire en visant les marchés qu’il faut’
».
Les
experts devraient « chercher à identifier des bénéficiaires
et des mécanismes financiers susceptibles de faire en sorte
que les ressources correctes parviennent aux groupes corrects,
que ceux-ci s’engagent dans des activités correctes (viables
du point de vue environnemental, social et financier) pour des
raisons correctes (informées et adaptées au marché)
avec le financement correct ».
Les
experts devraient « s’efforcer d’établir des moyens
institutionnels pour faire en sorte que les fonds corrects parviennent
aux projets corrects, sur la base d’informations correctes et
d’un rendement correct de l’investissement dans des délais
corrects ».
Les
experts devraient être capables de faire tout cela sans
se donner la peine de parler avec les communautés affectées
par les plantations industrielles d’arbres. D’après la
« note conceptuelle » de l’alliance Banque mondiale
/ WWF, « l’étude de faisabilité devrait se
fonder sur une synthèse des études et analyses préalables,
plutôt que sur la collecte de données primaires ».
Par
ce projet de subvention, l’Alliance Banque mondiale / WWF montre
qu’elle a choisi son camp : elle est pour l’industrie de la pâte
et contre la population.
Chris
Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de,
www.chrislang.blogspot.com
index
– Pérou
: les déprédateurs de toujours passent du déboisement
aux plantations
Dans
le numéro précédant du bulletin du WRM (nº
109), nous avons parlé de l’expansion des plantations de
palmier à huile et dénoncé les conséquences
qu’elle avait pour la forêt amazonienne et pour les paysans
qu’elle forçait à se déplacer.
Or,
cet élan s’applique aussi à d’autres espèces
exotiques. En juillet dernier a été présenté
le Plan national de Reboisement, approuvé en janvier de
cette année, qui encourage l’établissement de plantations
d’arbres à des fins commerciales et industrielles, au rythme
d’une moyenne de 104 500 hectares par an, d’ici à 2024.
Dans
un pays où plus de huit millions d’hectares de forêts
ont été saccagés, il est ironique que l’on
propose comme palliatif ce plan de reboisement, et que ceux qui
le font soient les auteurs de la déprédation antérieure.
En
effet, le Plan national de Reboisement a été lancé
par les organismes officiels – l’institut national des ressources
naturelles, INRENA, et le Ministère de l’économie
et des finances – en collaboration avec des industriels et des
exploitants forestiers. Comme dans d’autres pays de la région,
il s’agit d’attirer les investissements privés au moyen
d’encouragements d’ordre fiscal qui, d’après le plan, équivaudraient
à environ 853 millions de dollars, y compris des opérations
d’échange de dette extérieure contre des plantations.
Le plan prévoit que le paiement des subsides pour chaque
type de plantation et le développement de l’investissement
privé se feront « par le développement d’un
marché des capitaux qui puisse offrir des lignes de crédit
avec des délais de grâce suffisamment longs et des
intérêts préférentiels ». Ainsi
l’annonce le groupe forestier Fondebosque : “Investissements forestiers
privés. La grande opportunité” (http://www.fondebosque.org.pe/boletin/Boletin25.htm).
Les
institutions financières internationales sont là
pour faciliter l’affaire. La Banque mondiale, l’Agence de coopération
internationale du Japon (JICA) et la Banque interaméricaine
de développement (BID), ainsi que la FAO, figurent parmi
les sources possibles de coopération technique et financière
internationale. Parmi ces mécanismes de financement possibles,
la Corporación Andina de Fomento (CAF) et la BID se chargeraient
de l’endettement, tandis que le Fonds italo-péruvien et
la Coopération financière allemande s’occuperaient
de l’échange de dette.
L’affaire
n’est soumise à presque aucune restriction, puisque les
plantations d’arbres exotiques (des eucalyptus et des pins) à
des fins commerciales et industrielles peuvent être établies
sur tout le territoire national ou presque : sur des terres agricoles,
des forêts ou des prairies, et même dans des terres
appartenant aux communautés paysannes andines qui, d’après
le plan, « sont celles qui possèdent les plus grandes
étendues de terres appropriées pour l’établissement
de ce type de plantations ». Or, nous avons dénoncé
à maintes reprises les méfaits de ces plantations
dans d’autres pays (cf. “El problema de las plantaciones forestales”,
sur notre site web : http://www.wrm.org.uy/plantaciones/acerca.html).
D’autre
part, le secteur a réussi dernièrement à
faire approuver par le Congrès une nouvelle loi qui va
dans le sens du Plan national de reboisement, et qui permet d’allouer
sous forme de concession des terres déboisées du
domaine public à des investisseurs privés souhaitant
mettre en œuvre des projets d’afforestation et de reboisement.
Cette loi a déjà été promulguée
par le Pouvoir exécutif, et il ne manque plus que de réglementer
son application.
Les
déprédateurs d’hier, qui se sont enrichis grâce
à la destruction des forêts péruviennes, deviendront
maintenant, d’après le discours officiel, des « reboiseurs
», recevant en échange des ressources considérables
de la part de l’État. Mais, quel que soit le nom qu’on
leur donne, leur activité aura les mêmes conséquences
de toujours, car leurs plantations d’arbres en régime de
monoculture détruiront les sols, l’eau, la flore et la
faune et feront sombrer dans la misère les populations
locales.
Plan
Nacional de Reforestación, http://www.inrena.gob.pe/iffs/pnr/proyecto_pnr-
v151205v1.pdf#search=%22Plan%20Nacional%20de%20Reforestaci%C3%B3n%20per%C3%BA%22
; informations apportées par Carlos Dávila
Obregón, adresse électronique : carlosfelipedaob@yahoo.es.
index
– Afrique
du Sud : les effets spécifiques des plantations d’arbres
sur les femmes
L’histoire
des plantations en Afrique du Sud est comparable à celle
du développement de cette industrie dans n’importe quel
autre pays du Sud : au Brésil, Aracruz Celulose a été
établie sous la dictature militaire ; le boum de la production
de pâte en Indonésie a été planifié
et mis en route pendant le régime de Suharto ; la Cambodge,
la Thaïlande et le Chili nous fournissent d’autres exemples
encore d’entreprises de plantation ou de production de pâte
à papier qui ont tiré profit de l’oppression étatique.
En
Afrique du Sud, l’étape initiale a concerné des
terres sous le contrôle de l’État, dont les populations
ont été déplacées et réinstallées
par décret gouvernemental dans d’autres régions
tribales. Les années 1980 ont vu une vague de nouvelles
plantations dirigées par des entreprises forestières,
avec Sappi et Mondi en tête. Ce développement a eu
lieu surtout dans des terres qui appartenaient au préalable
à des agriculteurs blancs. Grâce aux coûts
d’installation artificiellement faibles, en particulier dans le
domaine des salaires et du prix d’acquisition des terres, et des
généreux subsides alloués par le gouvernement
de l’époque, l’industrie forestière locale est devenue
un grand exportateur de bois et de produits dérivés.
Cependant,
l’industrie des plantations n’a pas amélioré la
vie ou le niveau de vie des communautés locales. Les soi-disant
accords d’autonomisation et opportunités d’embauche pour
la population n’ont pas touché tout le monde et sont donc
devenus une source de différenciation et de division sociale.
De surcroît, l’invasion des plantations industrielles d’arbres
a eu des effets sur l’environnement, tels que la destruction irréversible
des prairies, la diminution du débit des fleuves et celle
de la qualité de l’eau, lesquels, dans la vie d’une communauté
rurale typique, sont difficiles à séparer des problèmes
sociaux, culturels, économiques et politiques.
Au
bas de ce panorama négatif se trouvent les femmes, qui
subissent des dommages spécifiques par suite de diverses
activités du secteur des plantations qui les affectent.
Certains facteurs se traduisent par des pressions plus fortes
sur elles, en raison du contexte culturel et social d’une société
patriarcale où la division du travail entre les femmes
et les hommes est historiquement définie ; les politiques
économiques coloniales n’ont fait que compliquer cette
situation. La vie familiale rurale est patriarcale ; rien ne menace
le statut du chef de famille et c’est généralement
lui qui prend les décisions importantes. Dans ces économies,
le rôle des femmes se complique du fait qu’elles ne sont
pas intégrées ni appelées à participer
aux grandes questions. Le plus souvent, elles ne sont pas perçues
comme productives mais comme reproductives.
Les
femmes sont affectées par l’industrie forestière
quand elles y travaillent, quand elles sont cultivatrices ou quand
elles habitent près ou dans les plantations. Celles qui
y travaillent subissent les effets des salaires différenciés
ou de leur possibilité (ou impossibilité) d’obtenir
des postes qualifiés ou mieux payés. Celles qui
plantent des arbres sont affectées par leur possibilité
ou non d’obtenir des terres suffisantes pour être rentables,
et de garder le produit de la vente du bois ou de décider
comment l’utiliser. Théoriquement, et souvent dans la pratique,
la plantation d’arbres est une option économique pour les
femmes rurales qui n’en ont pas d’autre, pourvu qu’elles obtiennent
une terre appropriée. Néanmoins, beaucoup de parcelles
appartiennent par contrat à des hommes, bien que ce soient
les femmes qui les travaillent. Cela dépend des arrangements
contractuels, mais il arrive que les hommes voient leurs revenus
augmentés tandis que les femmes font le travail. Il est
rare que cet argent profite aux femmes et aux enfants qui l’ont
gagné, car les hommes ont tendance à considérer
qu’ils ont déjà été payés par
le simple fait de pouvoir rester dans leur propriété.
Les
problèmes associés au fait de vivre à proximité
ou à l’intérieur des plantations concernent la sécurité.
Les plantations proches des foyers ont multiplié les problèmes
de sécurité ; les femmes sont violées, les
voleurs cachent leur butin dans les plantations : « En tant
que parents de petites filles, nous sommes très inquiets.
Il y a toujours des hommes inconnus qui s’y promènent sans
but ; de nombreuses attaques sexuelles ont été dénoncées.
Donc, elles ne peuvent plus aller chercher de l’eau ou du bois
de feu. D’ailleurs, les voleurs et les cambrioleurs se servent
des plantations pour y cacher et entreposer leur butin. Lorsque
la police découvre ces choses ils viennent et nous harcèlent
en fouillant nos maisons, dans le style de l’apartheid »,
a dit une femme de la région.
Les
femmes consacrent leur temps à de multiples activités,
parmi lesquelles les responsabilités productives (les aliments,
l’eau et l’énergie pour le foyer) se superposent aux responsabilités
reproductives (l’enfantement, le soin des enfants). L’arrivée
des plantations industrielles d’arbres dans ces communautés
rurales complique les tâches des femmes en matière
d’alimentation et de soin des enfants. « En tant que femme,
je pense que la nourriture est mon plus gros problème.
Nous n’étions pas habituées à acheter des
aliments parce que, chez nous, nous avions des champs plantés
de haricots et de maïs. Il y avait même des champs
pour les récoltes de l’année suivante. On pouvait
tranquillement alterner les cultures, parce qu’il y avait des
terres suffisantes. Nous avions acheté des machines pour
moudre notre propre maïs. Nous n’achetions jamais de la farine.
Ce sont des choses comme celle-là qui nous rappellent l’endroit
d’où nous venons. »
L’industrie
forestière a été taxée, avec raison,
de « principale voleuse d’eau ». La question de l’eau
et des plantations d’arbres est très importante dans un
pays comme l’Afrique du Sud, où l’eau est rare ; elle est
très importante aussi pour les communautés rurales
auxquelles on a assigné des terres dans des zones qui n’étaient
pas suffisamment bonnes pour l’agriculture et l’établissement
des Européens. Dans la province de KwalaZulu-Natal, les
plantations d’arbres avides d’eau sont souvent situées
dans les bassins supérieurs des fleuves, ce qui diminue
la disponibilité d’eau en aval. Dans les zones communautaires
rurales, la disparition de l’eau superficielle a des implications
fortement négatives pour la capacité de survie des
gens. Les plantations font disparaître les petites sources,
les ruisseaux et les étangs, et cela oblige les gens à
se déplacer vers des zones marginales écologiquement
sensibles pour trouver de l’eau pour leur bétail et leurs
potagers. De même, lorsque l’eau vient à manquer
ce sont les femmes qui doivent marcher de longues distances pour
en trouver. Ce sont elles qui doivent se lever bien plus tôt
pour apporter de l’eau à la famille.
Une
femme âgée de Sabokwe, Mme. Ziqubu, a expliqué
: « Le problème est que nous devons disputer l’eau
aux plantations. Elles utilisent beaucoup d’eau. Je me rappelle
que quand nous sommes venus ici, en 1996, le ruisseau proche de
notre jardin coulait en permanence, parce que les eucalyptus n’étaient
pas là. Cette étendue de terre, d’ici à la
route là-bas, était une prairie. De crainte de nous
voir cultiver et construire nos maisons sur cette terre, l’entreprise
s’est dépêchée d’y planter des arbres. Depuis,
il y a de moins en moins d’eau. Le ruisseau est en train de s’épuiser.
La terre, que nous devions drainer parce qu’elle était
marécageuse, est devenue très sèche. Il nous
suffisait de creuser de très petits puits pour arroser
la terre ; à présent, nous devons creuser plus profondément
et aller loin chercher de l’eau. L’eau à boire est devenue
rare elle aussi. En outre, nous devons ramener de l’eau pour le
bétail, les poules et les chèvres, en plus de celle
qu’il nous faut pour la maison. Cela rend le travail des femmes
encore plus dur. Nous avons un potager coopératif entretenu
par les femmes de cette communauté ; nous l’avons clôturé,
avec l’aide du ministère de l’agriculture. Pourtant, nous
avons des problèmes pour l’arroser. Nous apportons l’eau
dans des seaux sur nos têtes... mais il y a des femmes très
âgées qui participent dans ce projet de potager.
On ne peut pas vivre et travailler comme cela. Le problème
de l’eau est aussi crucial que l’accès à la terre.
Vous aurez beau obtenir des terres, sans eau vous ne pourrez pas
y faire grand-chose. Donc, nous voici, au milieu d’un désert
créé par l’industrie des plantations. Quand on pense
qu’ils ne nous aident même pas à creuser des puits,
à construire des moulins à vent ou d’autres techniques
pour avoir de l’eau... Voilà pourquoi je disais plus tôt
que c’est nous qui faisons les frais des méfaits de cette
industrie ».
Extrait
et adapté de : A Study of the Social and Economic Impacts
of Industrial Tree Plantations in the KwaZulu-Natal Province of
South Africa, John Blessing Karumbidza, WRM, décembre 2005
http://www.wrm.org.uy/countries/SouthAfrica/book.pdf.