NOTRE OPINION
–
Des propositions raisonnables à l’intention de la Convention
sur le changement climatique
Tout
le monde semble à présent d’accord que le climat de la Terre est
en train de changer, que ce changement résulte directement des
activités humaines et que les conséquences sociales, écologiques,
politiques et économiques en seront catastrophiques si rien n’est
fait – et vite – pour s’attaquer au problème.
La
12e Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur
le changement climatique se réunira à Nairobi, au Kenya, du 6
au 17 novembre. Malheureusement, jusqu’à présent la convoitise
humaine l’a emporté sur l’intelligence, de sorte que la Convention
a été dominée par des intérêts très peu soucieux de l’environnement
et des personnes et trop attirés par l’argent.
Il
est donc nécessaire de se concentrer sur ce qu’il faut vraiment
faire pour éviter la crise climatique dangereusement proche, plutôt
que sur l’argent qu’il y a à gagner ou à perdre suivant le scénario
qu’on choisisse.
C’est
un fait bien connu que les causes principales du dérèglement du
climat sont associées à la consommation de combustibles fossiles
(charbon, pétrole et gaz) et, à un degré moindre, au déboisement,
les deux entraînant les émissions de carbone responsables du réchauffement
planétaire.
Or,
ces deux causes sont tout à fait différentes. Le carbone contenu
dans les combustibles fossiles ne fait pas partie du cycle du
carbone biosphérique. Une fois ces combustibles extraits et brûlés,
leur carbone vient s’ajouter au carbone de la surface et ne reprendra
sa forme souterraine originelle de pétrole, charbon ou gaz que
dans un temps incommensurable. L’utilisation de combustibles fossiles
est donc, en pratique, une cause irréversible du changement climatique.
Voilà
pourquoi l’utilisation de combustibles fossiles devrait être considérée
de nos jours comme une provocation écologique extrême que rien
ne peut « compenser ». Si les gouvernements avaient adopté cette
attitude en 1997, au moment d’approuver le Protocole de Kyoto,
nous aurions peut-être en vue un monde sans combustibles fossiles
et un avenir climatique bien plus reluisant.
Les
émissions de carbone provoquées par le déboisement sont différentes,
parce que le carbone piégé dans la biomasse des forêts fait partie,
depuis toujours, du stock de carbone de la surface. Cela veut
dire que si le processus est inversé au moyen du reboisement (qui
n’est pas synonyme de la plantation d’arbres en régime de monoculture),
les forêts vont « aspirer » en croissant une partie du carbone
libéré au moment de leur destruction ou de leur dégradation.
Au
vu de ce qui précède, si les gouvernements entendent s’attaquer
sérieusement au changement climatique ils doivent s’engager à
:
–
supprimer l’utilisation de combustibles fossiles dans très peu
de temps, et
–
stopper le déboisement et restaurer les forêts dans très peu de
temps.
Pourtant,
tous les pays ne sont pas également responsables du changement
climatique. La plupart de la responsabilité du problème revient
au Nord industrialisé, qui est donc obligé de fournir des solutions.
D’ailleurs, la plupart des experts sont d’accord qu’il possède
les ressources financières et techniques nécessaires pour rendre
possible l’élimination des combustibles fossiles.
Dans
le cas des émissions de carbone découlant des combustibles fossiles,
la responsabilité du Nord industrialisé est tout à fait claire,
car c’est lui qui en a libéré la plupart dans l’atmosphère depuis
le début de la révolution industrielle. Or, il est également clair
que la plupart du déboisement qui a lieu dans le Sud a des rapports
avec le Nord. La plupart du soja, de la viande, des crevettes,
de l’huile de palme, du bois, de la pâte, du papier et des minéraux,
dont la production se solde par la disparition des forêts, a pour
destination les marchés du Nord, tandis que des institutions dirigées
depuis le Nord, comme le FMI et la Banque mondiale, imposent au
Sud des politiques qui mènent forcément à l’accroissement du déboisement.
Il
est donc nécessaire que les gouvernements du Nord s’engagent à
:
–
fournir les ressources financières et techniques indispensables
pour supprimer l’utilisation de combustibles fossiles dans très
peu de temps, dans le Nord comme dans le Sud ;
–
introduire dans leurs économies et leurs politiques les modifications
nécessaires pour qu’il soit possible de stopper le déboisement
et de restaurer les forêts dans très peu de temps ;
–
faire en sorte que ces modifications avantagent les pays et les
peuples du Sud sans avoir sur eux d’impacts négatifs. Cela veut
dire, entre autres, qu’on n’établira pas sur leurs terres de grandes
monocultures d’arbres ni de biocombustibles.
De
la même manière, la Convention doit s’écarter des projets de commerce
de carbone, compliqués et frauduleux, auxquels elle a été mêlée
pendant les neuf dernières années. En signe de changement, elle
devrait cesser de considérer que les plantations peuvent être
des puits de carbone et exclure tout de suite la possibilité d’utiliser
dans ces plantations des arbres génétiquement modifiés. Simultanément,
elle devrait commencer à examiner sérieusement les moyens de supprimer
les combustibles fossiles et d’arrêter le déboisement.
Tout
cela n’est qu’une affaire de bon sens... mais, très probablement,
le bon sens sera très éloigné des solutions fausses que les négociateurs
du climat passeront le plus clair de leur temps à discuter quand
ils se rencontreront à Nairobi.
Bien
entendu, le bon sens va à l’encontre de nombreux intérêts. Or,
le principal intérêt à prendre en compte devrait être celui de
l’ensemble de l’humanité, dont l’avenir dépend de ce que feront
– ou ne feront pas – les gouvernements impliqués dans ce processus.
index
LES COMMUNAUTÉS ET LES
FORÊTS
–
Amazonie : en quête d’affaires, l’IIRSA
voit grand
De
nos jours, le développement d’infrastructures au nom de l’intégration
économique régionale est l’une des menaces les plus grandes qui
pèsent sur la durabilité environnementale et la justice sociale.
L’initiative pour l’Intégration de l’Infrastructure régionale
en Amérique du Sud (IIRSA) en est un exemple. L’IIRSA propose
une série de grands projets de haut risque qui auront pour conséquence
un endettement considérable, en plus d’introduire des modifications
profondes dans les paysages et les modes de vie de la région.
Dans cette perspective axée sur la croissance, les montagnes,
les forêts et les marécages sont considérés comme des obstacles
au développement économique, et les fleuves comme des voies pour
l’extraction des ressources naturelles.
L’initiative
IIRSA est coordonnée par les douze gouvernements sud-américains,
avec l’appui technique et financier de banques multilatérales
et nationales. Elle se compose de dix axes pour l’intégration
économique qui traversent le continent et qui exigent de forts
investissements en matière de transports, d’énergie et de télécommunications,
et de sept processus sectoriels d’intégration conçus pour harmoniser
les cadres juridiques des pays.
À
ce jour, plus de quarante mégaprojets complexes et des centaines
de projets mineurs d’amélioration des infrastructures ont été
définis, qui supposent un coût de plus de 37 millions de dollars.
Ces coûts démesurés contribueront à augmenter encore la dette
publique de la région, déjà insoutenable.
L’IIRSA
est en fait le théâtre d’innombrables disputes et controverses
qui n’ont que peu de rapport avec les éventuels avantages pour
les pauvres, ce qui n’est pas étonnant, quand on considère les
intérêts politiques et économiques impliqués et le volume des
ressources financières en mouvement. En plus des gouvernements
des douze pays sud-américains, les vieilles et les nouvelles connaissances
du secteur financier participent directement à l’IIRSA : la Banque
interaméricaine de développement (BID), la Corporation andine
de développement (CAF), le Fonds financier pour le développement
du Río de la Plata (FONPLATA), la Banque nationale de développement
économique et social (BNDES), la Banque mondiale (BIRD) et de
grandes entreprises.
La
combinaison des investissements pour la construction de routes,
voies fluviales et barrages proposées par l’IIRSA, et des investissements
considérables du secteur privé pour l’extraction de ressources
et l’agriculture industrielle (par exemple, celle du soja) n’aura
pas seulement des effets directs sur la diversité biologique,
mais des effets indirects également sur les paysans et les travailleurs
agricoles. Historiquement, les résultats ont toujours été le déplacement
des populations rurales et autochtones, la migration massive et
le déboisement. En fait, nombre des projets proposés par l’IIRSA
sont de vieux projets nationaux de construction
d’infrastructure, que l’on a intégrés dans le cadre régional dans
l’espoir de leur redonner du souffle. Les répercussions qu’ils
auront sur l’environnement, la société, la culture et l’économie
des Andes, du bassin de l’Amazone, du Mato Grosso, du Pantanal
et des fleuves Paraguay et Paraná seront considérables et souvent
irréversibles.
L’Amazonie
est incorporée de force à la stratégie d’intégration promue par
l’IIRSA. Des parties du territoire amazonien qui intéressent
le gros capital sont la cible d’investissements qui cherchent
à les insérer dans la dynamique de la mondialisation capitaliste,
avec sa logique d’inégalité et d’exclusion. L’axe Amazone traverse
presque 1 000 miles du bassin amazonien, de la côte du Pacifique
à celle de l’Atlantique. Il inclut des parties du Brésil, de la
Colombie, de l’Équateur et du Pérou, le fleuve Amazone et la plupart
de ses principaux affluents. La région comprend 4 500 millions
de kilomètres carrés et près de 52 millions d’habitants. Elle
contient presque la moitié de la diversité biologique du monde
et de 15 à 20 pour cent des réserves d’eau douce.
En
ce moment, l’axe amazonien inclut 54 projets IIRSA, partagés en
sept groupes, dont la plupart s’organisent autour des bassins
des affluents du fleuve Amazone. Dans l’Amazonie brésilienne trois
axes sont prévus : celui de l’Amazone (États d’Amazonas, Pará
et Amapá), celui du Massif guyanais (États de Roraima et Amapá)
et celui de Pérou-Brésil-Bolivie (États d’Acre, Rondônia, Amazonas
et Mato Grosso). Dans la liste de l’IIRSA concernant l’Amazonie
brésilienne figure la construction de complexes hydroélectriques
et de lignes de transmission entre les usines hydroélectriques,
la construction ou le réaménagement de routes, la construction
de ports, d’usines de pâte, de traitement de soja, de production
de café instantané et de conditionnement de viande, et des travaux
routiers le long de plus de 6 000 km de voies fluviales navigables
pour faciliter le mouvement de produits et la sortie de ressources
naturelles.
En
ce qui concerne les nouvelles usines hydroélectriques à construire
en Amazonie, leur rôle est de produire de l’énergie surtout pour
les centres économiques les plus dynamiques, et de rendre possible
l’expansion des voies fluviales et des activités de production
de marchandises très demandées à l’extérieur, comme le soja, ainsi
que d’alimenter les industries qui requièrent un grand volume
d’énergie, comme la fabrique d’aluminium ALBRAS – Alunorte, de
Barcarena (PA).
Un
aspect caractéristique de l’IIRSA est que non seulement les leaders
communautaires locaux, mais les hommes d’affaires, les dirigeants
des organismes fédéraux, les membres du pouvoir judiciaire, les
parlementaires et bien d’autres semblent ignorer tout à fait son
existence. Les décisions concernant ce nouvel aménagement territorial
et les projets d’infrastructure pour la région ne sont pas débattus
avec les gouvernements des États et des municipalités, et encore
moins avec les mouvements sociaux, les organisations non gouvernementales
ou les institutions amazoniennes d’enseignement et de recherche.
La
lutte pour l’accès aux ressources naturelles de l’Amazonie et
à leur contrôle devient de plus en plus serrée et se propage dans
toute la région. La vision classique de l’expansion de la frontière
du Sud vers le Nord et de l’Est vers l’Ouest ne suffit plus à
expliquer la nature et la dynamique des conflits dans le Nord
du Brésil, car ces conflits ont aujourd’hui tendance à se disséminer
dans tout le territoire amazonien, à s’étendre sur des zones qui
ne sont pas forcément contiguës et à impliquer des personnes et
des institutions de pays différents.
Parallèlement,
la création et la consolidation de réseaux et de forums de mouvements
sociaux, d’organisations pastorales, d’organisations non gouvernementales
et d’universitaires se sont accélérées elles aussi, face au besoin
de réagir de façon concertée à une menace d’ordre général.
Article
fondé sur des informations tirées de : “Amazon Hub”, Building
Informed Civic Engagement for Conservation in the Andes-Amazon
(BICECA), http://www.biceca.org/en/Index.aspx
; “Incorporação compulsória de territórios” et “IIRSA: os riscos
da integração”, Guilherme Carvalho, expert en planification du
développement (NAEA/UFPA) et technicien de FASE Amazônia – Núcleo
Cidadania, paru dans Orçamento y Política Socioambiental, Nº 17,
septembre 2006, Instituto de Estudos Socioeconômicos – INESC,
http://www.inesc.org.br/pt/publicacoes/boletins/boletim.
php?oid=XGyKPM5ozIOetvHwajV6FgCFnwST07xN.
index
–
Bolivie : un projet de barrages au Brésil
menace la vie des communautés amazoniennes
Le
11 septembre de cette année, l’institut brésilien de l’environnement
et des ressources naturelles et renouvelables (IBAMA) a donné
son approbation à l’étude d’impact environnemental concernant
la construction dans ce pays de deux barrages sur le fleuve Madera,
le plus grand affluent de l’Amazone.
Des
scientifiques boliviens et brésiliens avaient manifesté des inquiétudes
à ce sujet car, d’après les données de l’étude en question, les
barrages feraient diminuer la vitesse de l’eau provoquant des
changements et une détérioration de sa qualité, et auraient des
effets sur les fleuves plus petits qui se déversent dans le Madera.
Or, cet aspect n’a pas été pris en compte dans l’évaluation effectuée.
La zone inondée s’étendrait jusqu’en Bolivie et, avec le temps,
le lit du fleuve monterait de niveau, aggravant encore le problème
des inondations.
D’autre
part, les changements prévus affecteraient les conditions de vie
des habitants de l’Amazonie bolivienne, qui tirent la plupart
de leur nourriture et de leurs moyens de subsistance des fleuves
et de la forêt. Des représentants d’organisations et d’institutions
de la région Nord de l’Amazonie signalent avec alarme que « ces
changements proches vont affoler les poissons, ils leur apporteront
des maladies et la mort, et la même chose arrivera aux oiseaux
et à d’autres animaux des fleuves et de la forêt ; en outre, la
cueillette de noix et d’espèces ligneuses en sera gravement affectée
».
Du
côté bolivien, la forêt tropicale est encore en bon état de conservation.
En plus de l’agriculture, la chasse et la pêche, la population
vit d’activités d’extraction, comme la cueillette de « noix du
Brésil » (Bertholletia excelsa), dont la Bolivie est le plus grand
exportateur du monde. La production de ces noix exige que la forêt
reste inchangée. En revanche, du côté brésilien l’environnement
a été fortement endommagé ; la forêt a été remplacée par des pâturages
et les populations ont été déplacées, parfois de force, vers les
favelas des grandes villes du pays. Pour eux, le développement
a consisté à devenir des pauvres des villes ; pour les indigènes
de la région, il a souvent été synonyme d’extermination.
Les
habitants de la zone rurale de la région amazonienne cultivent
les terres humides qui restent au bord des fleuves après la saison
des pluies. Les barrages proposés inonderaient ces zones en permanence,
éliminant ainsi l’agriculture en tant qu’activité de base de nombreuses
communautés. D’autre part, cette inondation permanente provoquerait
la contamination de l’eau consommée par la population, ce qui
aggraverait les problèmes de malaria, dengue, leishmaniase (une
maladie de la peau d’origine parasitaire), diarrhée infantile
et d’autres maladies encore, comme c’est déjà arrivé au Brésil
après la construction de certains barrages.
La
construction de barrages hydroélectriques s’accompagne en général
de la promesse d’énergie à bas prix mais, comme dans bien d’autres
cas, les coûts astronomiques des barrages et des installations
risquent de remplacer le mythe de l’énergie bon marché des fleuves
par la triste réalité de l’aggravation de l’endettement extérieur
des pays concernés.
En
fait, les deux barrages et leur ligne de transmission font partie
d’un projet plus vaste, qui inclut deux autres barrages, l’un
sur la frontière du Brésil et de la Bolivie, l’autre à l’intérieur
de cette dernière, et une voie fluviale de 4 000 km de long qui
exigera d’introduire de grandes modifications dans le système
des fleuves de la région pour les transformer en canaux.
Face
à la grave menace que cela représente pour la région amazonienne,
les représentants d’organisations et d’institutions du Nord de
l’Amazonie (conseillers municipaux, universitaires, représentants
des communautés, d’associations de pêcheurs, d’organisations indigènes,
d’instituteurs ruraux, CARITAS, IPHAE, Foro Regional Norte Amazónico,
Fobomade, parmi d’autres), réunis dans la ville de Riberalta,
en Bolivie, le 12 octobre 2006, ont pris les décisions suivantes
:
«
Demander d’urgence au gouvernement national d’intervenir immédiatement
auprès du gouvernement du Brésil et d’organismes internationaux
comme les Nations unies, en défense de notre territoire, de nos
fleuves, de la flore et la faune, de l’environnement et de notre
mode de vie ; demander en outre que soit reconnu et respecté notre
droit à être opportunément informés de ces démarches et de leurs
résultats.
Prévenir
le gouvernement brésilien que nous défendrons notre territoire
devant toutes les instances internationales, et que nous montrerons
au monde comment des travaux sont planifiés en ignorant les populations
de l’Amazonie et l’environnement.
Convoquer
nos frères brésiliens qui sont préoccupés et qui seront affectés
par ces travaux à s’unir à nous avec tous les peuples et nations
du monde en une campagne pour la défense de notre territoire amazonien.
»
Article
fondé sur des informations tirées de : “Pronunciamiento de la
región
amazónica
de Bolivia en torno a las represas proyectadas sobre el Río Madera”,
12 octobre 2006, envoyé par Foro Boliviano sobre Medio Ambiente
y Desarrollo (FOBOMADE), adresse électronique :
comunicación@fobomade.org.bo, http://www.fobomade.org.bo
; “Destrucción de la Amazonía: Brasil aprueba EIA de represas
que inundarán territorio boliviano”, Pablo Villegas, FOBOMADE,
http://www.fobomade.org.bo/foro/doc/brasil_madera_bolivia.pdf.
index
–
Laos : que savait SmartWood au moment de délivrer
son certificat ?
Le
mois dernier, j’ai écrit un article sur la certification par le
FSC de la « foresterie villageoise » au Laos. L’article était
fondé sur un rapport dont j’avais pris connaissance, concernant
un projet de la Banque mondiale et du gouvernement finnois : le
Projet de foresterie durable et de développement rural (SUFORD
d’après l’anglais). Le rapport du SUFORD faisait état de graves
problèmes en matière d’extraction de bois dans le cadre de ce
projet, dont 39 000 hectares ont été certifiés par SmartWood en
application du système du Forest Stewardship Council.
Les
forêts et les moyens de subsistance des villageois ont été gravement
endommagés par l’exploitation de leurs forêts. D’après le rapport
du SUFORD, les équipes d’abattage ont coupé leurs arbres à résine
et sont en train d’extraire plus de bois que prévu dans les plans
de gestion. Le volume de l’extraction n’est pas réglé par ces
plans mais par la demande des scieries locales et par les quotas
fixés au niveau de la province.
Le
rapport du SUFORD a constaté que le bois qui sortait des forêts
villageoises certifiées par le FSC (et d’autres zones boisées
de la province de Savannahkhet) n’était pas correctement marqué.
« La traçabilité des arbres ou des grumes est donc impossible
», commente l’auteur du rapport. Ainsi, l’extraction se fait en
enfreignant les normes du FSC et le code forestier du Laos qui,
comme signale le rapport, stipule que les grumes qui ne sont pas
correctement marquées ne peuvent pas être déplacées, qu’elles
portent ou non le label FSC.
En
rédigeant mon article du mois dernier, je souhaitais divulguer
les conclusions du rapport du SUFORD et susciter une discussion
sur la certification. D’après Scott Poynton, directeur
exécutif du Tropical
Forest Trust, ni lui ni SmartWood ne connaissaient l’existence
de ce rapport avant de lire mon article qui, d’autre part, a soulevé
pas mal de discussions. *
À
présent, j’aimerais examiner un aspect qui m’a échappé dans l’article
précédent et dans la discussion qui a suivi : au moment de délivrer
le certificat, SmartWood savait ou non si les opérations forestières
répondaient aux critères du FSC ? Il s’agit d’une question d’une
importance manifestement critique, qu’il s’agisse de la certification
d’une exploitation forestière industrielle, de plantations industrielles
d’arbres ou d’opérations forestières communautaires à petite échelle.
SmartWood
a délivré le certificat en janvier 2006. Quatre mois plus tard,
le SUFORD a trouvé que l’extraction de bois enfreignait gravement
plusieurs principes et critères du FSC. Ma première supposition
a été que SmartWood avait délivré le certificat en sachant que
les opérations certifiées ne respectaient pas les normes du FSC.
Or,
comme Scott Poynton le signale, les choses ne sont pas aussi simples
qu’elles apparaissent quand on ne regarde que cette courte période.
« Pour savoir la vérité il faut aller plus loin dans l’histoire
du projet », dit-il. Il suggère de se situer en juin 2005, date
à laquelle SmartWood a décidé que toutes les conditions préalables
avaient été remplies. Le certificat a été délivré six mois plus
tard, d’après lui « parce qu’il fallait traduire correctement
le contrat, que les deux parties devaient se comprendre, et aussi
parce qu’il y avait eu des changements de personnel à Savannahkhet
».
Poynton
explique que, « entre juin 2005 et mai 2006, il s’est passé suffisamment
de temps pour que les systèmes s’effondrent ». Autrement dit,
à l’époque où SmartWood a délivré son certificat il était tout
à fait possible que les opérations ne répondent pas aux normes
du FSC.
SmartWood
rejette catégoriquement cette possibilité : « Au moment où le
certificat FSC a été délivré, RA/SW [Rainforest Alliance /SmartWood]
avait la certitude que les communautés étaient conformes aux normes
du FSC ».
Pour
ma part, je pense que nous devons chercher plus loin que Poynton
ne suggère. Le résumé public de l’évaluation de SmartWood inclut
un registre des démarches effectuées. Selon ce registre, les inspecteurs
de SmartWood ont visité une seule fois les forêts qu’ils ont certifiées
en Savannahkhet, et ce en mai 2003, presque trois ans avant la
remise du certificat.
En
mai 2003, l’équipe de SmartWood a passé trois jours dans la province
de Savannahkhet, pour évaluer 39 000 hectares d’opérations de
« foresterie villageoise ». Les inspecteurs ont visité deux parcs
à grumes, une zone qui avait été coupée en 1999 et une autre en
cours d’abattage. Ils ont participé aussi à plusieurs réunions.
Un an plus tard, ils sont revenus en Savannahkhet mais n’ont inspecté
aucune activité forestière. En juillet 2005, SmartWood a effectué
une étude sur documents et déterminé que toutes les conditions
préalables avaient été observées et que le certificat pouvait
être délivré.
Par
suite du rapport du SUFORD et de l’article que j’ai rédigé à partir
de ce rapport, SmartWood va faire une vérification sur le terrain
en octobre 2006. Il était grand temps. Espérons que les inspecteurs
de SmartWood seront en mesure de décider si les opérations de
foresterie villageoise sont conformes ou non aux normes du FSC.
Néanmoins, il est très peu probable qu’ils puissent déterminer,
par exemple, la date à laquelle le système de marquage du bois
s’est effondré. Cela aurait pu arriver à n’importe quel moment
entre mai 2003 et mai 2006.
Il
y a dix jours, au cours d’une discussion avec Scott Poynton j’ai
écrit que « SmartWood a certifié une opération en sachant qu’elle
ne respectait ni les principes et critères du FSC ni la Code forestier
du Laos ». Maintenant je vois que SmartWood a certifié cette opération
sans savoir si elle respectait ou non les principes et critères
du FSC ou le Code forestier du Laos. Je ne sais pas ce qui est
pire, mais aucune de ces options n’inspire beaucoup de confiance
en SmartWood ni en le système du FSC.
*
La discussion peut être suivie sur :
www.pulpinc.wordpress.com/tag/fsc
Chris
Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de,
www.chrislang.blogspot.com
index
–
Liberia : le nouveau code forestier éveille
des espoirs et des doutes
Pour
le Liberia, comme pour plusieurs autres pays du Sud qui ont subi
des siècles de colonialisme, sa richesse a été aussi sa malédiction.
Les forêts tropicales couvrent 47 pour cent du territoire du pays.
Entre 1989 et 2003, les recettes de l’exploitation forestière
permirent de financer un conflit brutal grâce au pillage des forêts,
qui étaient une ressource vitale pour les factions armées du Liberia
: le bois sortait, l’argent et les armes affluaient. Il y avait
tant de concessions illégales que leur superficie dépassait celle
du pays.
En
juillet 2003, le Conseil de sécurité de l’ONU imposa des sanctions
aux exportations de bois libérien. Ce blocage mit fin à l’exploitation
forestière et à la présidence de Charles Taylor, qui s’enfuit
du pays et attend maintenant d’être jugé à La Haye pour crimes
de guerre. Guus van Kouwenhoven, un homme d’affaires néerlandais
qui appartenait au cercle des intimes de Taylor et qui dirigeait
l’Oriental Timber Company (OTC), une entreprise à la rapacité
bien connue, est déjà en prison pour avoir violé l’embargo de
l’ONU sur les armes.
Après
ces années de guerre civile dévastatrice, de trafic illégal de
bois et de fraude généralisée pour alimenter le conflit, le Liberia
vient d’adopter, le 9 octobre 2006, un code forestier orienté
par de nouvelles politiques formulées avec les Nations unies.
La nouvelle législation permettra de mettre en oeuvre la première
politique forestière de l’histoire du pays, que la FAO et de nombreux
partenaires internationaux ont contribué à mettre en place (les
États-Unis, l’Union européenne, la Banque mondiale, l’UICN et
des ONG de conservation dont Conservation International, Flora
and Fauna International, plusieurs ONG et industries libériennes),
par le biais de l’Initiative pour les Forêts du Liberia.
D’après
Silas Siakor, le Prix Goldman de l’Environnement 2006 pour l’Afrique,
ce nouveau code qui a permis de lever les sanctions de l’ONU est
prometteur... à condition qu’il puisse être appliqué.
Le
code prévoit de consacrer trente pour cent des forêts à des réserves
; il garantit en outre que les communautés locales devront approuver
toutes les concessions et qu’elles recevront 30 % des recettes.
Avec un détail astucieux : cet argent proviendra de l’impôt foncier
et non des recettes d’extraction. Ainsi, les communautés auront
intérêt à surveiller qu’il n’y ait pas de surexploitation pour
que la terre ne se dévalue pas et que les paiements continuent
indéfiniment. Ce système est considérablement meilleur que celui
que les États-Unis appliquent à leurs propres forêts nationales
!
Dans
le cas des forêts disponibles pour des concessions commerciales,
la loi stipule que ceux qui auront été impliqués dans la guerre,
la corruption ou la faute professionnelle seront exclus de cette
option. Pourtant, bien des hommes d’affaires qui ont allègrement
saccagé les forêts du Liberia en échange de faveurs sont toujours
là, veillant à leurs propres intérêts et prêts à profiter de toutes
les opportunités d’extraire du bois
D’ailleurs,
les Libériens ne sont pas les seuls : lors d’un forum international
sur l’investissement dans les forêts tropicales tenu à Cancun,
Mexique, le 26 avril 2006, Daniel A. Reifsnyder, sous-secrétaire
et délégué à l’environnement nord-américain, a annoncé plein d’enthousiasme
: « Nous sommes en train de donner tout notre appui au Liberia
». Il a remarqué que « Cette conférence sur l’investissement dans
les forêts va se pencher sur les diverses manières d’attirer des
investissements dans la forêt tropicale naturelle ». L’intérêt
commercial pointe derrière des phrases aussi séduisantes que «
la gestion forestière progressiste » et « des politiques de conservation
visant à rendre vraiment plus durable l’utilisation des ressources
forestières ». Le fonctionnaire nord-américain a dit que « les
investisseurs peuvent en tirer des bénéfices tout en préservant
les ressources forestières pour les générations futures ». Connaissez-vous
un exemple de grande entreprise qui fasse cela ?
Article
fondé sur des informations tirées de : “Liberia enacts new forest
policy with UN help to ensure benefits for all”, service d’information
de l’ONU,
http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=20146&Cr=liberia&Cr1=
; New dawn for Liberia's 'blood forests', Richard Black, correspondant
environnemental, BBC News, adresse électronique :
Richard.Black-INTERNET@bbc.co.uk,
http://news.bbc.co.uk/2/low/science/nature/6035617.stm ; “Issues
and Opportunities for Investment in Natural Tropical Forests”,
Daniel A. Reifsnyder, Remarks to International Tropical Forest
Investment Forum, Mexique, 26 avril 2006,
http://www.state.gov/g/oes/rls/rm/2006/65800.htm.
index
LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE D'ARBRES
–
Australie : des ONG dénoncent le système
de certification AFS
Dans
notre numéro précédent (bulletin nº 110 du WRM) nous avons publié
une section sur « le pire en matière de certification de plantations
», où figurait le cas du Système de certification forestière paneuropéen
(PEFC), un programme pour la reconnaissance des systèmes de certification
nationaux.
L’Australian
Forestry Standard (AFS), mis en place par l’industrie forestière
australienne avec le gouvernement et les agences gouvernementales
du pays, représente l’Australie dans le Conseil du PEFC. En outre,
il s’agit d’un élément capital de l’Australian Forest Certification
Scheme (AFCS), lancé en 2000 pour doter le pays d’un « système
de certification forestière australien ».
De
même que les autres systèmes de certification, l’AFS contribue
à l’expansion des grandes monocultures d’arbres, du moment qu’il
autorise la transformation de forêts en plantations. À cette caractéristique
négative s’ajoute le fait que l’AFS a été durement critiqué par
les ONG écologistes locales. En 2002, les
organisations non gouvernementales écologiques (ONGE) de l’Australie
avaient déclaré dans une lettre leur rejet absolu de l’AFS.
Les
ONG avaient expliqué que, du fait que leurs inquiétudes avaient
été constamment ignorées, elles s’étaient retirées du processus
d’élaboration de l’AFS au début de cette année-là, car elles avaient
conclu que « ni dans la mise en place des termes de référence
du Standard, ni dans celle de son Comité de Pilotage, les questions
écologiques n’ont été considérées. Les termes de référence ont
été établis par le gouvernement fédéral australien et l’industrie
forestière, sans consultation aucune des ONGE ni des autres parties
prenantes ». En outre, elles ont signalé que « les nombreuses
tentatives des ONGE de porter remède à ces inégalités ont été
rejetées par ceux qui dirigeaient le processus ».
Standards
Australia, qui se décrit soi-même comme le principal organisme
non gouvernemental de l’Australie pour l’établissement de normes,
avait reçu les objections des ONGE mais n’avait rien fait au sujet
de leurs préoccupations d’ordre écologique, qui concernaient en
particulier la coupe de forêts anciennes, la transformation de
forêts et de végétation indigène en plantations, le défrichage
et l’utilisation inappropriée de produits chimiques.
Toutes
les ONGE se sont retirées du processus en 2002, en raison de l’absence
de participation véritable et des contenus du projet. Depuis,
l’AFS a été développé et complété sans la participation, le soutien
ni l’acceptation du secteur des ONG écologistes, de sorte que
les ONGE craignent fort que le gouvernement australien et l’industrie
forestière ne cherchent à obtenir de concert l’accréditation d’autres
systèmes de certification, ou à faire passer ce standard pour
un système indépendant bénéficiant du soutien des parties prenantes
écologiques.
Dans
une lettre ouverte publiée en octobre 2005, les ONGE australiennes
ont dénoncé que « malgré l’inexistence d’un standard formellement
reconnu et l’absence de participation des ONGE, une organisation
laisse apparaître dans son matériel qu’elle est accréditée par
un ‘standard’ AFS, tandis que les informations figurant dans le
site web d’AFS S.A. font supposer que les ONGE y participent en
permanence ». Elles déclarent que « les ONGE n’approuvent– et
n’ont jamais approuvé – aucun des processus pour l’établissement
de ces standards, qu’il s’agisse de ceux qui ont été adoptés ou
des versions préliminaires, car ils autorisent la certification
de bois provenant de forêts indigènes (y compris des forêts anciennes
et des habitats d’espèces menacées) abattues pour les transformer
en plantations d’arbres en régime de monoculture, ainsi que l’empoisonnement
de la faune sauvage, et qu’ils continuent d’empêcher les ONGE
de participer véritablement à la définition de ces standards ».
L’AFS
n’étant ni indépendant ni impartial, sa mauvaise performance ne
fait qu’aggraver sa responsabilité dans la promotion des « déserts
verts » et de leurs conséquences néfastes pour l’environnement
et les communautés.
Article
fondé sur des informations tirées de : “Open letter to European
Union Environment and Trade Ministers, timber retailers, consumers
and other interested parties”, juin 2003 ; “Open letter from Australian
national ENGO’s campaigning for forest protection and sustainable
forest management”, octobre 2005, envoyées par Jutta Kill, FERN,
adresse électronique : jutta@fern.org.
index
–
États-Unis: opposition à la conférence
nord-américaine sur les plantations à croissance rapide
La
conférence sur les plantations forestières de l’Union internationale
des instituts de recherches forestières (IUFRO), intitulée « Aménagement
forestier durable avec des plantations à croissance rapide »,
qui eut lieu du 10 au 13 octobre 2006, rencontra une forte opposition
de la part de plusieurs organisations écologistes et pour la justice
environnementale.
L’opposition
de ces organisations était une manifestation de solidarité à l’égard
de ceux qui, dans les pays du Sud, souffrent les conséquences
des grandes plantations d’arbres en régime de monoculture, aussi
bien en Asie (Inde, Indonésie, Thaïlande, Malaisie, Cambodge,
Laos, Birmanie, Vietnam) qu’en Afrique (Afrique du Sud, Zimbabwe,
Nigeria, Ouganda, Ghana), en Amérique latine (Brésil, Uruguay,
Argentine, Chili, Équateur, Pérou) et en Océanie (Aotearoa/Nouvelle-Zélande,
Australie).
Le
Sud des États-Unis, où la conférence de l’IUFRO eut lieu, possède
quelques-unes des plus grandes plantations d’arbres du monde,
qui couvrent un cinquième de la superficie arborée et qui consistent
surtout en des plantations de Pinus taeda. La région a subi une
transformation massive des forêts indigènes en plantations industrielles
d’arbres, et les paysans pauvres en ont été durement affectés.
La Caroline du Sud est aussi le siège international d’ArborGen,
joint-venture rassemblant International Paper, MeadWestvaco et
la société néo-zélandaise Rubicon. ArborGen, qui était l’un des
sponsors de la conférence, est le leader de la recherche et le
développement d’arbres génétiquement modifiés. La plupart des
essais sur le terrain d’arbres GM ont lieu dans les États-Unis.
Les
principales manifestations d’opposition ont été les suivantes
:
•
Un mois avant la conférence, Dogwood Alliance, Global Justice
Ecology Project, ForestEthics et la campagne STOP GE Trees ont
organisé une tournée de causeries dans le Sud-Est des États-Unis
pour sensibiliser le public aux effets des grandes monocultures
d’arbres dans la région et dans les pays du Sud et au danger que
comporte l’introduction d’arbres GM dans ces plantations.
•
Juste avant la conférence de l’IUFRO, nous avons organisé un forum
public sur le thème « Une plantation d’arbres n’est pas une forêt
». Ce forum devait avoir lieu dans le bâtiment des sciences de
l’université de Charleston, mais la doyenne s’y est opposée lorsqu’elle
a appris que l’industrie n’y participerait pas, et elle nous a
empêchés d’utiliser le local. Sans nous décourager, nous avons
fait la séance d’ouverture du forum dans l’auditorium du Centre
d’Affaires de l’université. La controverse soulevée par la doyenne
a contribué à attirer une audience plus nombreuse.
•
Le jour de l’ouverture de la conférence de l’industrie, Earth
First! et Rising Tide nous ont rejoints pour adresser à cette
réunion un message contre les plantations (et les arbres GM).
Au moment d’une tournée en ferry-boat autour de Fort Sumter (le
premier événement officiel de la rencontre) les contestataires
ont navigué à côté portant plusieurs bannières, dont certaines
étaient en espagnol et en portugais, en solidarité avec nos amis
du Chili et du Brésil. Cette initiative a créé beaucoup d’agitation
parmi les participants à la conférence et les deux-cents autres
touristes qui faisaient le voyage. Le capitaine était apparemment
d’accord, puisqu’il a levé le pouce avec enthousiasme en direction
des porteurs d’étendards.
•
Ensuite, nous avons présenté dans le lieu de la conférence notre
rapport « Les impacts écologiques et sociaux des plantations d’arbres
de croissance rapide et des arbres génétiquement modifiés ». Danna
Smith, membre de la Dogwood Alliance, a parlé des effets des grandes
plantations de pins tadea sur les écosystèmes et les communautés
rurales du Sud des États-Unis, et Neil Carman, du Sierra Club,
a commenté la destruction écologique généralisée que comporterait
la contamination des forêts indigènes par du pollen et des semences
d’arbres GM. La co-directrice du Global Justice Ecology Project,
Anne Petermann, a évoqué la résistance active aux grandes plantations
d’arbres de la part de communautés indigènes telles que les Mapuche
au Chili et les Tupinikim et les Guarani au Brésil, et de celle
de mouvements sociaux comme le MST (mouvement brésilien des travailleurs
sans terre). Petermann a décrit également les conséquences sociales
potentielles pour les communautés indigènes et rurales qu’auraient
dans ces pays les plantations d’eucalyptus et de pins génétiquement
modifiés.
La
présentation incluait des photos prises en novembre dernier dans
les villages construits par les Tupinikim et les Guarani sur les
terres qu’ils avaient reprises aux vastes plantations d’eucalyptus
d’Aracruz Celulose, le plus grand exportateur du monde de pâte
blanchie d’eucalyptus. Il y avait en outre des photos de la démolition
de ces villages par les forces gouvernementales avec des machines
appartenant à l’entreprise. D’autre part, la présentation montrait
des images concernant la résistance des Mapuche aux plantations
au Chili, et la répression qu’ils ont subie de la part du gouvernement
(qui a ressorti de vieilles lois de l’époque de Pinochet pour
les utiliser contre les activistes mapuche).
Ces
présentations ont suscité une forte controverse au sein de la
conférence. Un représentant d’Aracruz Celulose s’est indigné du
portrait qu’on avait donné de son entreprise, surtout dans la
présentation de Petermann, qui incluait l’action menée cette année
lors de la Journée internationale de la Femme, où 2 000 femmes
masquées du mouvement Vía Campesina ont détruit près de huit millions
de plants d’eucalyptus dans une pépinière appartenant à l’entreprise.
Il a répondu en proposant une visite des installations et des
plantations d’Aracruz Celulose au Brésil, pour que les gens puissent
vérifier eux-mêmes la situation. Nous avons transmis cette proposition
à nos alliés du Brésil, qui pourraient vouloir le prendre au mot.
•
Les activités à Charleston ont donné naissance à la formation
d’une organisation locale. Sa première intervention officielle
a consisté en une représentation en plein air contre ArborGen
au moment du petit-déjeuner offert par DoubleTree aux participants
de la conférence. Ce groupe local sera extrêmement important,
en particulier du fait qu’ArborGen est situé à une trentaine de
kilomètres de Charleston.
•
Toutes ces initiatives ont contribué à conceptualiser un éventuel
réseau « Sud-Sud » pour lutter contre les grandes monocultures
d’arbres et les arbres GM. Il s’agirait essentiellement d’un réseau
entre le Sud des États-Unis et le Sud mondial, qui sont confrontés
à des menaces du même genre dans ce domaine. Nous pensons
qu’il est important que les résistants des régions du Sud sachent
que, dans le Sud des États-Unis aussi, il y a des gens qui luttent
contre les plantations et qui font preuve de solidarité à leur
égard. Cette initiative Sud-Sud permettrait de combler quelques
lacunes au plan international ; d’ailleurs, il existe dans le
Sud de grands mouvements en cours, qui sont stimulants pour les
gens du Nord industrialisé.
Orin
Langelle et Anne Petermann, Global Justice Ecology Project, adresses
électroniques :
langelle@globaljusticeecology.org, globalecology@gmavt.net.
index
–
Inde : les essences plantées sont différentes,
mais les problèmes restent les mêmes
J’ai
eu récemment l’occasion de me rendre en Inde, dans la province
de Bengale occidental, et de visiter les « villages forestiers
» de Dhoteria, Bagora et Mayung, situés dans les districts de
Darjeeling, Kurseong et Kalimpong.
Aux
yeux du nouveau venu, la zone montagneuse de l’Himalaya inférieur
apparaît couverte de forêts denses, composées surtout de très
grands arbres. Pourtant, les gens des lieux savent qu’il ne s’agit
pas de forêts mais de plantations, anciennes et nouvelles, de
deux essences principales : le cèdre japonais (Cryptomeria japonica)
et le teck (Tectona grandis).
La
plantation de ces arbres commença en Inde pendant la domination
des Britanniques, en application du dénommé « système Taungya
», qu’ils avaient d’abord appliqué en Birmanie pour l’étendre
ensuite à leurs autres colonies. Le nom apparemment « technique
» du système permit de dissimuler ses graves conséquences pour
la société et l’environnement. « Volontairement » ou par des moyens
coercitifs, les gens étaient déplacés vers les zones à planter
où ils étaient installés dans ce qu’on appelait des « villages
forestiers ». Leur première tâche consistait à abattre la forêt
indigène et à mettre le feu à la végétation sans valeur commerciale.
La seconde tâche était de planter des espèces choisies : d’abord
le teck, plus tard le Cryptomeria. Cela accompli, les forestiers
« permettaient » aux villageois de semer leurs propres cultures
entre les rangées d’arbres plantés, obtenant ainsi pour rien le
désherbage des plantations. Lorsque la voûte se fermait et que,
faute de soleil, toute culture devenait impossible, le village
forestier n’avait qu’à se réinstaller dans une nouvelle zone où
le même processus recommençait.
L’indépendance
de l’Inde n’apporta aucun changement à la manière de penser ni
d’agir du ministère des Forêts, qui continua d’appliquer pratiquement
la même politique coloniale de domination de la nature et des
gens, comme le prouvent en abondance les témoignages des membres
de la population interviewés au cours du voyage dans la région.
Dans
le village forestier de Dhotera, un homme a dit qu’il avait passé
presque toute sa vie dans la zone. D’après lui, « la Compagnie
coupait la forêt et plantait. Il s’agissait en général de plantations
de divers feuillus mêlés, mais par la suite ils ont découvert
que les Cryptomeria poussaient plus vite, et ils ont commencé
à ne planter que cette essence ». Il a ajouté : « Autrefois, les
villageois tiraient davantage profit, autant des forêts que des
plantations. Ils pouvaient trouver et vendre des fruits et d’autres
choses. Les fruits de la forêt sont très nourrissants. Pourtant,
le ministère des Forêts a détruit la forêt en 1974, donc les gens
ont imité le gouvernement et ils ont commencé à détruire eux aussi
la forêt, en disant ‘si vous pouvez couper, nous aussi nous pouvons
le faire’. À présent c’est encore pire, parce que cette zone a
été classée ‘réserve de faune’, donc nous n’avons aucun droit
et ils essaient de nous expulser comme des intrus ».
Une
autre personne a dit que, dans sa région, il y avait à l’origine
beaucoup d’espèces d’arbres et d’animaux, comme des cerfs, des
ours et des tigres. Il a dit que « par la suite ils ont planté
des tecks et maintenant on n’y voit même pas de bétail. Les racines
de ces arbres ne maintiennent pas la terre en place, ils ne font
pas barrière contre le vent, donc ils ne peuvent pas fournir la
protection qu’offrent les forêts ».
Un
jeune homme a mentionné que nombre de ces plantations sont une
escroquerie, car le ministère des Forêts « reçoit l’argent, plante
des arbres seulement le long des frontières visibles, et l’argent
qui reste va dans les poches des forestiers ».
Une
vieille dame a dit qu’elle était arrivée là il y a 50 ans et qu’elle
avait vu la forêt disparaître. Elle a expliqué : « à cette époque-là,
la forêt était très variée et donnait beaucoup de choses : des
champignons, des fruits, des légumes, des aliments divers. À présent,
il ne reste que les souches des arbres ».
Des
témoignages semblables ont été recueillis dans le village forestier
de Bagora. Un homme a expliqué que « la forêt était pleine de
plantes médicinales, mais maintenant nous devons utiliser les
médicaments du gouvernement parce que ces plantes sont devenues
introuvables. Les animaux sauvages viennent manger nos récoltes
parce qu’ils manquent de nourriture dans les plantations. L’eau
des sources est devenue mauvaise et on ne peut plus la boire.
Les mêmes sources qui étaient pures provoquent maintenant des
maladies ». Il se rappelle qu’à l’époque où ils étaient payés
pour couper la forêt ils travaillaient pieds nus, et il ajoute
: « à présent nous avons des bottes, mais la forêt n’a plus rien.
Les cryptomerias ne nous apportent que des problèmes. Et maintenant,
nous devons même prouver que nous avons vécu dans cette zone pour
éviter l’expulsion ».
Un
autre villageois a décrit ce qui, d’après lui, était la plantation
de teck la plus ancienne de l’Inde (établie en 1864). Il a dit
que le sol était beaucoup plus fertile, avec plein d’humus, mais
que « depuis que la forêt a été abattue l’humus a disparu ». Il
a insisté : « ces plantations ne sont plus nécessaires. Elles
ne sont bonnes ni pour les gens ni pour les animaux. Le teck a
appauvri les gens. Nous ne pouvons pas mener le bétail dans la
plantation. La plantation affecte la flore et la faune sauvages,
et les gens en deviennent plus pauvres. Comme il n’y a pas de
sous-bois, il n’y a pas d’aliments ni de plantes médicinales ».
Un
jeune homme a raconté qu’un village « avait été balayé par un
glissement de terrain ». D’après les villageois, non seulement
les tecks ne maintiennent pas le sol mais ils favorisent l’érosion,
en raison de la taille des gouttes d’eau qui se forment sur la
surface de leurs grandes feuilles. Ces gouttes anormalement larges
tombent des hauts sommets des arbres et s’abattent sur le sol,
qui n’est pas protégé par des broussailles, provoquant ainsi l’érosion
et les glissements de terrain des pentes.
Une
autre personne a dit que les habitants de ce village y avaient
été installés par les Britanniques dans les années 1940. Lorsque
les Britanniques partirent, le gouvernement de l’Inde indépendante
prit la relève, mais « il n’a rien fait pour nous aider. La terre
a été parcellée et ne nous suffit pas, mais nous ne pouvons pas
en obtenir davantage du gouvernement. À présent il y a une route
et une école, mais on nous a pris notre principal moyen de vie.
Le Ministère des Forêts a démarqué la région, mais la démarcation
ne touche qu’une petite partie des villages forestiers. Le reste
est défini comme de l’usurpation ».
Une
personne âgée a ajouté : « Entre 1942 et 1943, la zone était densément
boisée ». Le ministère des Forêts les emmena là et leur donna
des terres, du bois pour construire, des terres séparées pour
les maisons et le pâturage. « Nous avons fait des travaux de toutes
sortes : défricher, produire du charbon, planter des arbres. »
Les fonctionnaires du ministère des Forêts étaient si puissants
que, « s’ils venaient, il fallait leur donner gratuitement du
lait, des poules et des oeufs ». Ce pouvoir des fonctionnaires
forestiers est toujours présent, quoique sous une forme différente
: « nous n’avons le droit de rien prendre dans les plantations
de cryptomeria, tout ce que nous faisons là est considéré comme
illégal ».
Le
problème de l’emploi frappe durement les villageois. L’un d’eux
a affirmé qu’il n’y a pas de travail, « parce que la forêt est
strictement conservée et que les plantations ne nous apportent
rien. Il n’y a rien à manger, pas de pâturages, pas de bois de
feu ; il n’y a même pas de brindilles sèches ». D’après
les villageois, le harcèlement par le ministère des Forêts a augmenté
dans cette zone, devenant ce qu’ils ont appelé une « violation
flagrante des droits de l’homme ».
Les
habitants du village forestier de Mayung ont fait des commentaires
semblables : ils ont mentionné qu’il y avait « beaucoup de glissements
de terrain dans les plantations » et, en ce qui concerne l’emploi,
ils ont dit que les plantations n’en fournissaient presque pas.
Au mieux, ils peuvent travailler environ 15 jours... par an !
C’est la raison pour laquelle les gens commencent à émigrer.
Cependant,
ils nous ont montré également un changement qui a eu lieu dans
une partie de leur zone : une plantation mixte établie en 1998.
Cette plantation est le résultat d’une réunion des villageois
avec le représentant local du ministère des Forêts, où ce dernier
s’est engagé à ne plus imposer de monocultures.
Cela
est perçu comme un progrès, malgré le fait que la sélection des
essences pour la plantation mixte a été faite par le ministère
des Forêts sans demander l’avis des villageois, qui auraient choisi
des espèces plus avantageuses. Dans cette plantation il y a maintenant
un peu de sous-bois, où l’on trouve du fourrage, des fruits, des
plantes médicinales et des champignons. Ils en sont contents,
par rapport aux monocultures de teck et de cryptomeria (« qui
sont affreuses »), mais « le résultat aurait été bien meilleurs
si on avait demandé notre avis ». À présent, ils font des cultures
intercalaires (cardamome, herbe à balais).
En
somme, les témoignages des habitants des zones visitées prouvent,
une fois de plus, que les plantations d’arbres en régime de monoculture
– quelles que soient les essences choisies – sont nuisibles à
la société et destructrices de l’environnement, et que jamais
elles ne devraient remplacer les forêts. Il est maintenant nécessaire
de commencer à récupérer les forêts en aménageant les plantations
existantes et en plantant un mélange d’espèces locales. Mais il
faut également apprendre de l’expérience du village forestier
de Mayung, et faire participer les populations locales à la sélection
des essences à planter, pour faire en sorte que les futures forêts
soient bonnes pour la société et l’environnement.
Ricardo
Carrere, adresse électronique : rcarrere@wrm.org.uy. Informations
réunies au cours d’un voyage d’étude organisé par le National
Forum of Forest People and Forest Workers of India. La visite
était organisée par le Comité de la région Bengale du Nord de
cette organisation et par NESPON
index
–
Indonésie : des problèmes en vue. L’UFS entend ouvrir une
nouvelle usine de particules de bois
United
Fiber Systems prévoit d’ouvrir cette année une nouvelle usine
de particules de bois, d’une capacité de 700 000 tonnes, sur l’île
de Pulau Laut. Cette usine est le premier pas de l’expansion de
l’industrie de la pâte proposée par l’UFS pour le Kalimantan.
Le bois en particules sera exporté en Chine pour alimenter les
usines de pâte et de papier.
Les
négociations de l’UFS pour la reprise de l’usine de pâte de Kiani
Kertas, située en Kalimantan oriental et prévue pour produire
525 000 tonnes par an, ont pris plus d’un an. En juillet 2005,
l’UFS a signé un contrat pour gérer cette usine fortement endettée.
« Notre offre d’achat de Kiani Kertas est encore en discussion
avec les propriétaires », a dit Wong Vun Khi, directeur de l’UFS,
au WRM. L’UFS prévoit aussi de construire une usine de pâte de
600 000 tonnes par an à Satui, en Kalimantan du Sud. « Les travaux
préparatoires du projet sont prêts en principe, mais la date pour
commencer la construction n’a pas encore été fixée », a dit Wong.
Un
nouveau rapport, “No Chip Mill Without Wood” (il n’y a pas d’usine
de copeaux sans bois), rédigé par Betty Tio Minar et publié par
Down to Earth, fait état des problèmes que comportent l’usine
de particules et les projets de production de pâte de l’UFS. L’auteur
et Deddy Ratih, de Walhi South Kalimantan, ont récemment visité
l’Europe pour discuter de ces projets avec les ONG, le public
et les bailleurs de fonds potentiels de l’UFS, en Allemagne, en
Autriche et aux Pays-Bas.
Au
cours d’une réunion organisée à Berlin par Watch Indonesia!, Minar
a expliqué que les ONG locales n’ont pas pu obtenir copie de l’évaluation
d’impact environnemental de l’usine de particules de l’UFS. D’autre
part, l’UFS a besoin de l’autorisation du ministère des Forêts
pour construire l’usine, et de celle du ministère des Transports
pour construire un port dont l’usine a besoin, mais l’entreprise
n’a reçu aucun de ces permis. « Le gouverneur de Kalimantan du
Sud n’a pas encore donné son avis sur le projet », a dit Minar.
Elle
a ajouté que les pêcheurs locaux ont déjà vu les effets de l’usine,
car les récifs coralliens qui entourent l’île ont été utilisés
pour construire le port.
De
son côté, Deddy Ratih a expliqué que l’UFS avait payé moins que
le prix du marché pour la terre où l’usine sera construite. En
outre, sur les 320 postes de travail qu’elle va créer, 30 seulement
seront pris par des habitants de l’île de Pulau Laut, et six par
ceux du village d’Alle-Alle. « Ceux qui ont vendu leur terre à
l’usine de particules espéraient y trouver du travail. À présent,
ils n’ont ni terre ni travail », a dit Ratih.
L’UFS
affirme qu’elle n’utilisera que le bois des plantations pour ses
opérations. Pourtant, quand j’ai demandé copie des études indépendantes
sur la provenance du bois, le directeur de l’entreprise, Wong
Vun Khi, a répondu que « tous les rapports préparés par les consultants
indépendants engagés par l’UFS sont des documents confidentiels
». Down to Earth a commenté que « le refus de l’UFS de donner
des informations sur l’origine potentielle du bois qu’elle utilisera
semble indiquer que les forêts naturelles de Kalimantan du Sud
et d’ailleurs seront détruites, légalement ou non, pour satisfaire
la demande de l’usine ».
Down
to Earth a calculé quelle serait la superficie des plantations
nécessaires pour alimenter chacune des opérations proposées par
l’UFS. L’usine de particules de bois aura besoin de 85 895 hectares.
L’usine de Kiani Kertas a besoin d’environ 170 000 hectares de
plantations pour fonctionner à sa pleine capacité. L’usine de
pâte de Satui proposée par l’UFS exigerait au moins 200 000 hectares
de plantations.
L’entreprise
étatique Inhutani II possède 50 000 hectares de plantations d’acacias
à Pulau Laut, qui pourraient fournir une partie du bois nécessaire
à l’usine de particules. Or, en mai 2006, Inhutani II a rejoint
le Global Forest and Trade Network, un projet du WWF destiné à
produire du bois « respectueux de l’environnement » pour les acheteurs
internationaux. La Société financière internationale de la Banque
mondiale a travaillé avec Inhutani II pendant presque trois ans,
lui apportant son conseil et son assistance technique.
Darius
Sarshar, membre du WWF, a expliqué qu’en ce moment, près de 20
pour cent de la production d’Inhutani II sont constitués par du
bois de sciage, et que cela va probablement augmenter. « Le prix
du bois à pâte n’atteindra jamais celui du bois de sciage ; s’il
le faisait, les usines de pâte ne tarderaient pas à faire faillite
», a-t-il dit. « Il est donc dans l’intérêt commercial d’Inhutani
II de maximiser sa production de bois de sciage, et nous pensons
qu’elle continuera de le faire ».
À
travers sa filiale PT Hutan Rindang Buana (PT HRB), l’UFS a une
concession de plantations d’environ 250 000 hectares. Le directeur
de l’UFS, Wong Vun Khi, a dit au WRM que PT HRB avait planté 75
000 hectares. Pourtant, la société conseil Jaakko Pöyri estime
que la superficie plantée ne dépasse pas 60 000 hectares. De son
côté, Down to Earth rapporte que, d’après une ONG locale, seuls
15 000 hectares sont en état de fournir de la matière première.
«
Cela ressemble au tour de passe-passe que l’on joue avec trois
gobelets et une pièce de monnaie », a dit Liz Chidley, membre
de Down to Earth. « L’UFS essaie de créer l’illusion qu’elle a
assez de plantations pour ses trois projets, mais quand vous y
regardez de près vous voyez que ce n’est pas vrai ».
Down
to Earth fait une série de recommandations, dont une analyse indépendante
des sources d’approvisionnement de bois de tous les projets de
l’UFS, à faire sans délai. « L’UFS doit prioritairement travailler
à atténuer les impacts écologiques et sociaux de son usine de
particules d’Alle-Alle ; quant à l’usine de pâte de Satui, elle
ne devrait pas être autorisée du tout », dit le rapport.
Pourtant,
le manque de plantations n’est pas le seul problème. Les grandes
plantations sont elles-mêmes destructives pour l’environnement
et la société. Comme le rapport le précise, les investissements
dans le secteur de la pâte se font aux dépens des moyens de vie
de la population. Down to Earth recommande qu’au lieu de « donner
la priorité aux intérêts des investisseurs », le gouvernement
de l’Indonésie devrait « soutenir les initiatives d’aménagement
forestier de base communautaire qui, elles, sont durables du point
de vue écologique et social ».
Le
rapport de Down to Earth, “No chip mill without wood”, est disponible
sur http://dte.gn.apc.org/camp.htm
(en anglais et en indonésien) ; la version sur papier peut être
commandée à dtecampaign@gn.apc.org
(en anglais) ou à dteindocamp@gn.apc.org
(en indonésien).
Chris
Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de,
www.chrislang.blogspot.com
index
–
SFI : un système de certification établi par
et pour l’industrie forestière
Le
système de certification SFI (Sustainable Forestry Initiative),
lancé en 1995 par l’American Forest & Paper Association (AF&PA),
l’association la plus puissante du monde en matière de commerce
de bois, concerne une étendue de 40 485 830 ha dans les États-Unis
et le Canada. En essence, il s’agit d’un système créé par l’industrie
forestière pour l’industrie forestière. Les sociétés membres de
l’AF&PA, parmi lesquelles figurent les plus grandes entreprises
forestières des États-Unis et du Canada et les plus grands distributeurs
en gros de produits dérivés du bois, financent le SFI à 82 %.
Avec
son modèle forestier qui consiste à « couper un arbre, planter
un arbre », le SFI permet à l’industrie forestière de maintenir
un approvisionnement continu de fibre de bois, mais ne fait rien
pour maintenir les écosystèmes de forêt et va jusqu’à autoriser
la transformation des forêts en plantations d’arbres.
Cette
réalité est très différente de ce que prévoit l’objectif 4.1.4
de ses normes : « gérer la qualité et la distribution des habitats
naturels et contribuer à la conservation de la diversité biologique,
par la mise en place et l’application, au niveau des bosquets
et du paysage, de mesures destinées à favoriser la diversité des
habitats et la conservation de la flore et la faune des forêts
».
Les
forêts tempérées du Sud des États-Unis sont parmi les plus biologiquement
riches de l’Amérique du Nord. Or, ces forêts sont prises d’assaut
par les entreprises membres du SFI. En effet, au cours des dix
dernières années, des sociétés telles qu’International Paper (IP)
ont accru leur production de papier dans la région, provoquant
une accélération de l’abattage et la transformation de forêts
indigènes et diverses en plantations d’une seule essence.
Dans
le Marais Vert (qui fait partie de l’écorégion de forêt littorale
du moyen Atlantique), l’IP a transformé une zone humide naturellement
boisée et diverse en une plantation de pins en régime de monoculture.
L’aménagement intensif de ces plantations industrielles d’arbres
(avec fossés, drainage, défrichage et pulvérisation d’herbicides)
a considérablement dégradé l’habitat de nombreuses espèces végétales
et animales originaires de la région, telles que la dionée attrape-mouche,
la sarracéniale, le pic à tête rouge et le cynolebias du Wacamaw.
D’après
les estimations, un demi-million de livres d’herbicides (constitués
d’un éventail de 22 marques et mélanges différents) a été pulvérisé
sur les plaines littorales de la Caroline du Nord, le Marais Vert
compris, rien qu’entre 1997 et 2000. Lorsque les inspecteurs du
Service de la qualité de l’eau (en anglais DWQ) sont venus enquêter
sur l’utilisation de produits chimiques par l’IP dans le Marais
Vert, ils ont conclu que, « sur la base de cette étude sur le
terrain, ces herbicides sont utilisés en abondance dans toute
la région sans prendre en considération l’existence de canaux
ni les zones inondées en permanence. À partir de ces observations
sur le terrain, le DWQ est d’avis que ni l’esprit ni la lettre
des labels EPA ne sont respectés et que ces herbicides sont appliqués
à l’eau de surface ». (13 juillet 2000)