NOTRE
OPINION
–
Réseaux régionaux : un progrès dans la lutte
contre les plantations
Les
gouvernements du Cambodge, de la Chine, du Laos, de la Thaïlande
et du Vietnam sont en train de promouvoir l’établissement de plantations
industrielles d’hévéas, de palmiers à huile, d’eucalyptus et de
pins. Pourtant, les villageois affectés sont en train de manifester
ouvertement leur mécontentement. Au cours d’une réunion organisée
le mois dernier au Cambodge nous avons appris que les communautés
locales s’opposaient avec force à ces projets parce qu’elles voyaient
que les plantations envahissaient leurs terres et portaient atteinte
à leurs moyens de vie. Nos visites sur le terrain au Cambodge
et au Laos nous ont permis de constater que leurs forêts ont été
abattues, leurs rizières de montagne détruites et leurs pâturages
occupés pour faire de la place aux plantations d’arbres.
Comme
dans d’autres pays du Sud confrontés à des projets du même genre,
les ONG de la région du Mékong ont à jouer un rôle important en
soutenant le droit des communautés locales de prendre leurs propres
décisions en matière d’utilisation de leurs terres et ressources.
Néanmoins, certaines ONG ont l’air de croire qu’il n’est pas possible
de s’opposer aux plantations et que la seule option est d’essayer
de les améliorer.
Or,
cette supposition est tout simplement fausse. À titre d’exemple,
il convient de mentionner qu’un projet de plantation concret,
Pheapimex, vient d’être stoppé par les communautés locales, précisément
au Cambodge. Dans bien d’autres cas (comme en Thaïlande et, plus
récemment, en Équateur), l’expansion des plantations a pu être
arrêtée ou considérablement freinée grâce à l’opposition organisée.
Les
luttes au plan local ont été renforcées par les activités menées
pendant de nombreuses années par les gens et les organisations
du monde entier qui ont soutenu les communautés locales, sensibilisé
l’opinion, divulgué des informations et des analyses, effectué
des recherches, fait pression sur les gouvernements et les institutions
internationales et organisé des campagnes contre les grandes plantations
d’arbres en régime de monoculture.
Bien
que l’opposition au plan local soit un point de départ indispensable,
il est évident que le pouvoir combiné des gouvernements et des
entreprises – avec l’assistance d’un grand nombre d’organismes
« experts » et d’agences « d’aide » – exige des mouvements d’opposition
forts, et que cela implique de créer de vastes réseaux nationaux,
régionaux et internationaux.
De
tels réseaux existent déjà dans bien des pays du Sud et, dernièrement,
des réseaux régionaux formels et informels ont été créés pour
s’opposer aux plantations en Afrique, en Asie et en Amérique latine.
Dans
le cas de l’Amérique latine, le Réseau contre la monoculture d’arbres
est né en janvier 2003, lors du Forum social mondial, et il fait
activement campagne dans presque tous les pays de la région.
En
ce qui concerne l’Asie, il y a eu deux rencontres (la première
en Thaïlande en 2003, la deuxième au Cambodge le mois dernier)
de représentants des organisations de la région du Mékong, lesquelles
ont abouti à la décision de travailler ensemble pour s’opposer
à la multiplication des plantations (voir plus loin l’article
« Cambodge : la population autochtone s’oppose à la prolifération
des plantations industrielles d’arbres »).
En
Afrique, les activistes d’Afrique du Sud contre les plantations
travaillent maintenant en rapport étroit avec des organisations
du Swaziland et du Mozambique et établissent des liens avec celles
d’autres pays africains où les plantations existent déjà ou sont
encouragées (voir plus loin les articles sur l’Afrique australe
et le Mozambique).
Les
membres de ces réseaux sont convaincus qu’on peut effectivement
freiner les plantations et, en dépit des difficultés, ils s’efforcent
activement d’y parvenir. Dans ce sens, la création de réseaux
régionaux représente un grand progrès. Leur succès dépendra de
leur capacité de créer un grand mouvement populaire contre les
plantations. S’ils y réussissent, nul doute que les plantations
seront stoppées.
index
LES
COMMUNAUTÉS ET LES FORÊTS
– Gambie : quand la population
rurale est au centre de l’aménagement forestier
La
Gambie est un petit pays (10 000 km2), pauvre du point de vue
économique et qui se heurte à plusieurs problèmes d’ordre environnemental
et social. Parmi les premiers, le déboisement est probablement
le plus dangereux pour l’écologie et la population. Jusqu’au début
des années 1900, la Gambie était couverte de forêts denses. En
1981, près de 45 % (430 000 ha) de la superficie du pays étaient
classés comme terres boisées. En 1988, ce chiffre était tombé
à 340 000 ha, soit 30 % des terres. En outre, la dégradation des
forêts est si grave que la plupart d’entre elles ont disparu,
ne laissant à leur place qu’une savane arbustive ou arborée de
mauvaise qualité.
Il
est donc intéressant de voir comment la Gambie – avec des ressources
financières très limitées – est en train de s’attaquer au problème
en adoptant une démarche centrée sur la population. À cet égard,
le ministère des Forêts a mis en place le « concept d’aménagement
forestier de la Gambie » (Gambian Forest Management Concept –
GFMC), qui oriente toutes ses activités.
Quelques
extraits de ce document suffisent à montrer qu’il s’écarte considérablement
des approches dominantes de la gestion forestière :
–
« L’administration forestière et chaque fonctionnaire forestier
doivent regarder au-delà des arbres et se soucier davantage des
personnes et des multiples utilisations potentielles des terres
boisées. Les forestiers doivent élargir leur approche traditionnelle
afin d’impliquer les populations rurales dans l’aménagement et
l’utilisation rationnelle de leurs forêts. »
–
« Les décisions concernant l’usage de la terre ne doivent pas
être prises en tenant compte uniquement de l’avis des forestiers
; elles doivent prendre en considération le développement, le
besoin de terres agricoles, etc., de la population. »
–
« L’objectif de l’aménagement forestier doit s’orienter davantage
vers le pâturage pour le bétail, au lieu de se centrer uniquement
sur la protection ou sur la production de bois ou d’autres produits
de la forêt. »
–
« La fonction des fonctionnaires forestiers a changé : ils ne
sont plus des policiers, mais des partenaires dans la gestion.
»
Le
GFMC met la population rurale au centre de la gestion des forêts.
Par conséquent, il suit une démarche participative pour faire
en sorte que les gens soient pleinement intégrés à la planification,
la prise de décision, l’organisation et l’administration. En fait,
si la foresterie communautaire a été adoptée c’est parce que le
ministère des Forêts a compris que ses efforts de protéger les
forêts étaient inutiles si la communauté locale ne s’engageait
pas de bon gré à y participer.
Il
a été constaté que l’introduction et l’application de la foresterie
communautaire comportaient de créer des rapports de confiance
et que, du fait de la profonde méfiance des villageois à l’égard
des mesures et des politiques gouvernementales découlant des expériences
passées, il fallait consacrer longtemps à faire naître chez eux
le sentiment que la forêt leur appartenait.
Avant
de passer un accord de gestion communautaire de la forêt avec
le ministère des Forêts, l’une des conditions fondamentales que
doit remplir une communauté est de créer un comité forestier au
niveau du village. Ce comité est responsable de toute l’organisation
du travail.
La
mise en oeuvre comporte essentiellement trois étapes : l’étape
préparatoire concerne la préparation de l’aménagement forestier
par les communautés locales ; pendant l’étape préliminaire, les
communautés doivent démontrer leurs capacités en matière de protection
et de gestion ; à l’étape de consolidation, les communautés améliorent
leurs compétences techniques et administratives afin de parvenir
à l’autogestion.
Une
fois le processus complété, la communauté passe un accord de gestion
communautaire de la forêt (CFMA) avec le ministère des Forêts.
Cet accord octroie à la communauté (ou à plusieurs communautés)
des droits de propriété permanents sur une forêt clairement délimitée.
Le CFMA prévoit que les communautés ont le droit de garder les
avantages dérivés de leur forêt. La seule condition qu’il établit
est qu’il y ait un plan simple pour la gestion des ressources
forestières.
L’expérience
gambienne avait l’air si intéressante que le secrétariat du WRM
a décidé qu’il serait utile de visiter le pays. Ainsi, nous avons
contacté le directeur du ministère des Forêts, M. Jato S. Sillah,
qui a eu la gentillesse d’organiser une série de visites à des
forêts communautaires, ainsi que des interviews avec le personnel
forestier compétent. Ce que nous avons vu et entendu coïncidait
en général avec la politique forestière mentionnée.
Nous
avons visité plusieurs forêts communautaires et parlé avec les
membres des comités forestiers, qui nous ont expliqué les nombreux
avantages qu’ils tiraient des diverses utilisations de la forêt.
Nous avons eu une réunion avec l’association nationale d’apiculteurs,
qui nous ont raconté comment cette activité contribue à prévenir
les incendies de forêt et à augmenter les revenus de la population
rurale (voir
http://www.wrm.org.uy/bulletin/107/Gambia.html). Nous avons
vu des forestiers sans uniforme qui s’entretenaient avec les membres
de la communauté sur un pied d’égalité. Nous avons vu des affiches
des forêts communautaires qui disaient « pâturage permis ». Les
fonctionnaires forestiers nous ont montré que les démarches bureaucratiques
pour obtenir le statut de forêt communautaire étaient très simples.
Du directeur du ministère des Forêts au personnel travaillant
sur le terrain, tous avaient l’air vraiment convaincus des avantages
du système et engagés à le mettre en oeuvre.
Bien
entendu, on ne peut pas tirer des conclusions définitives d’une
courte visite à une poignée de régions d’un pays. Néanmoins, cette
expérience semble être un pas important dans la bonne direction,
et pouvoir être appliquée dans d’autres pays qui se heurtent à
des problèmes similaires. Il conviendrait de mieux évaluer la
réalité sur le terrain, mais le cadre conceptuel est raisonnable,
non seulement du point de vue de la conservation mais du point
de vue économique et social également.
Article
fondé sur des informations tirées de : Gambian Forest Management
Concept (GFMC), 2e version préliminaire, mai 2001,
http://www.wrm.org.uy/countries/Gambia/GambiaGFMC.pdf ; Community
Forest Ownership: Key to Sustainable Forest Resource Management.
The Gambian Experience,
http://www.wrm.org.uy/countries/Gambia/GambianExperience.html
; voyage de Ricardo Carrere en Gambie, juin 2006.
index
– Kenya : le complexe
de la forêt Mau en danger
La
diminution du couvert forestier du Kenya a contribué à réduire
les moyens de vie de nombreux Kényans, en provoquant la baisse
de la productivité de la terre, la famine et la sécheresse. La
sécheresse actuelle, que le pays subit depuis 2005, en est un
exemple. D’après les rapports, le bétail y est mort par milliers,
et les conflits à propos de l’utilisation des ressources se sont
soldés par la perte de vies humaines.
Bien
que la plupart des forêts du Kenya aient été décimées par la dégradation
parmi d’autres facteurs, le couvert forestier du Complexe Mau,
et surtout celui de la forêt Maasai Mau, ont été les plus affectés
et se sont considérablement rétrécies au cours du temps.
Le
Complexe Mau est la forêt la plus grande du Kenya et couvre près
de 400 000 ha. Il est situé à 2 000 – 2 600 mètres au-dessus du
niveau de la mer, sur la pente occidentale de l’Escarpement Mau,
à 250 km environ de Nairobi, et il limite avec Kericho à l’Ouest,
Nakuru au Nord et Narok au Sud. Il comprend sept blocs de forêt
: Mau du Sud-Ouest, Mau de l’Est, Transmara, Mau Narok,
Maasai Mau, Mau de l’Ouest et Mau du Sud. De ces blocs, seul celui
de Maasai Mau n’est pas officiellement classé.
S’agissant
d’une forêt de montagne, le Complexe Mau est l’un des principaux
« châteaux d’eau » du Kenya, avec le mont Kenya, l’Aberdare Range,
le mont Elgon et les montagnes Cherengani qui constituent les
bassins versants de tous les principaux fleuves (sauf un) de l’Ouest
de la vallée du Rift. Il alimente de grands lacs, dont trois sont
transfrontaliers.
Les
forêts du Sud du Complexe Mau sont riches en diversité biologique
animale et végétale. Elles sont le foyer d’ongulés tels que le
bongo et le duiker à dos jaune, de carnivores tels que le léopard
et le chat doré, et de l’éléphant africain. En particulier, la
forêt de Maasai Mau comprend de grandes étendues de cèdres et
de Podocarpus, parsemées de clairières naturelles.
La
plupart de la population du Kenya habite le bassin du lac Victoria.
Cette région est traversée par de grands fleuves qui descendent
du Complexe Mau. L’eau des forêts Mau est utilisée par plus de
quatre millions de personnes qui habitent 578 localités du Kenya
et plusieurs autres du Nord de la Tanzanie. En outre, le Complexe
Mau alimente les fleuves en permanence ; il crée un microclimat
indispensable à la production agricole, et fournit de nombreux
produits tels que les plantes médicinales, le bois de feu et les
pâturages.
La
forêt est le foyer des Ogiek, une communauté qui, depuis des temps
immémoriaux, habite surtout la forêt Mau de la province de Rift
Valley et qui, jusqu’aux années 1950, subsistait grâce à la chasse
rationnelle de gibier sauvage et à la cueillette de fruits. Pourtant,
la législation, les politiques et la propagation rapide de la
religion et l’éducation occidentales ont fait perdre aux Ogiek
leur culture, leurs traditions et leurs territoires. À présent,
ils pratiquent l’agriculture et l’élevage artisanaux. La forêt
Mau est vitale aussi pour les bergers maasai, qui y mènent leur
bétail pendant la saison sèche.
Plus
de 46 000 hectares de forêt en ont été retranchés pendant la dernière
décennie, pour les affecter à d’autres usages, tels que l’établissement
humain et l’agriculture privée. Le déboisement massif provoqué
par l’occupation de grandes étendues, la production de charbon
et l’abattage d’arbres indigènes a déjà une incidence très grave
sur les ressources hydriques, qui se manifeste par des puits taris
et des rivières asséchées.
La
forêt Maasai Mau, large de 46 278 hectares, est une richesse naturelle
considérable en ce qui concerne les réserves d’eau, la régulation
du microclimat et la diversité biologique. Or, elle a perdu 20
330 hectares entre 1986 et 2003. Le levé aérien présenté dans
le Rapport de situation 2005 montre que 11 095 hectares de la
partie occidentale de la forêt Maasai Mau (région de Narok Sud)
ont été détruits ou fortement affectés par la colonisation. À
l’époque où l’étude a été effectuée, le défrichage se poursuivait
activement et de nombreux panaches de fumée s’élevaient des voûtes
d’arbres qui restaient.
L’élimination
de la forêt pour l’établissement de colons est un problème complexe.
Il arrive souvent que les forêts soient morcelées pour réinstaller
des familles qui ont été forcées de quitter les forêts voisines.
La réinstallation se fait en général sans la participation
des communautés locales, de sorte qu’elles ne reçoivent que de
petites parcelles, tandis que les puissants (spéculateurs, exploitants
et fabricants de charbon ayant de bons contacts) s’emparent de
la plupart des terres (voir le bulletin nº 55 du WRM).
Article
fondé sur des informations tirées de : “Mau Complex Under Siege.
Continuous destruction of Kenya’s largest forest”, PNUE, Kenya
Wildlife Service, KFWG, juin 2005 ; “Maasai Mau Forest Status
Report 2005”, PNUE, Kenya Wildlife Service, KFWG, et Ewaso Ngiro
South Development Authority ; “Article 2 of the African Charter
and the Ogiek: challenges and way forward”, Kanyinke Sena, envoyé
par l’auteur, adresse électronique : kanyinke@yahoo.com
;
“Mau
Forest Complex On The Spotlight”, Ogiek Welfare Council, forum
des amis des peuples proches de la Nature,
http://build.blodeuwedd.org/?q=node/288.
index
– Ouganda : une entreprise
sucrière projette de détruire la forêt Mabira
Une
entreprise sucrière ougandaise projette d’élargir son domaine
en détruisant 7 000 hectares, soit près d’un tiers, de la forêt
Mabira, l’une des rares forêts intactes qui restent sur les bords
du lac Victoria, où habitent des espèces uniques d’oiseaux et
de singes.
Ce
plan a suscité une forte controverse, du fait qu’il menace des
centaines d’espèces uniques confinées dans des étendues de plus
en plus réduites de forêt tropicale et qu’il risque d’affecter
la régime des pluies dans une région déjà atteinte par la sécheresse
en raison du changement climatique.
Le
président Yoweri Museveni a ordonné au mois d’août une étude de
faisabilité concernant la possibilité de céder un quart de la
réserve de la forêt Mabira à la société privée Sugar Corporation
of Uganda (SCOUL), l’une des entreprises sucrières les plus grandes
du pays, pour qu’elle élargisse sa plantation voisine de canne
à sucre. La presse locale a rapporté les paroles de Museveni,
qui a dit que l’industrie doit avoir la priorité. D’après le journal
étatique New Vision, il aurait affirmé : « Il est plus facile
de planter des forêts que de bâtir des industries ». « Quand on
a des usines, on peut trouver de l’argent pour conserver l’environnement.
» (!)
L’initiative
a indigné les parlementaires, les résidents de Mabira et les fonctionnaires
du Service forestier national (NFA), qui ont dit que le coût environnemental
de la destruction d’une des dernières parcelles de forêt naturelle
serait incalculable. Mais le gouvernement dit que les emplois
créés compenseraient les pertes causées par l’élimination de la
forêt.
«
Vous ne pouvez pas couper la forêt. Nous perdrions nos vies »,
a dit John Kasule, un homme de 50 ans qui habite à l’extérieur
de la réserve. « La forêt apporte la pluie, nous y trouvons du
bois de feu, de quoi faire des maisons et des cordes. Elle donne
40 types de plantes médicinales que nous n’aurions plus », a-t-il
dit, en signalant un enchevêtrement épais d’arbres et de grosses
plantes grimpantes qui s’étendait au loin.
La
forêt absorbe la pollution d’une zone industrielle, piégeant des
millions de tonnes de dioxyde de carbone, et contribue à maintenir
l’humidité du centre de l’Ouganda. Si on l’éliminait, le climat
deviendrait plus sec et le rendement des récoltes en serait affecté,
explique un rapport du Service des forêts. « Mabira est la ligne
de partage des eaux de deux fleuves qui se déversent dans le Nil,
elle joue le rôle de stabilisateur écologique entre deux grandes
villes industrielles et protège le lac Victoria », a dit Gaster
Kiyingi, porte-parole du NFA.
«
Au lieu d’être négatifs... nous devons planter davantage d’arbres
», a dit Maria Mutagmba, ministre de l’Environnement. D’autres
ne sont pas d’accord avec elle. « Depuis combien d’années les
experts forestiers font-ils des recherches pour trouver la manière
de régénérer la forêt tropicale ? Nous ne savons même pas par
où commencer », a dit Jacovelli. « Une forêt tropicale avec des
centaines d’espèces est impossible à replanter. Quand elle est
partie, c’est fini. »
Article
fondé sur : “EU Scheme Cuts Uganda Sugar Funding in Forest Row”,
16 novembre 2006, et “Plan To Axe Ugandan Forest For Sugar Sparks
Anger”, 29 novembre 2006, par Tim Cocks, Reuters News Service,
envoyé par Andrew Boswell,
a_boswell_2004@yahoo.co.uk.
index
– Inde : les paysans résistent à la prise de leurs
terres par le gouvernement ‘de gauche’ du Bengale
occidental
L’État
indien du Bengale occidentale détient le record unique d’être
gouverné par le ‘gouvernement de gauche démocratiquement élu’
qui a le plus duré dans le pays et même dans le monde, comme la
gauche ne cesse de le rappeler.
Cet
État ‘gauchiste’ est livré au pillage et la terreur y règne chez
les paysans, les travailleurs agricoles et les petits commerçants
de Singur, une zone agricole située dans le bassin fertile du
fleuve Ganga.
Le
Bengale occidental contient quelques-unes des régions agricoles
les plus productives du sous-continent indien, en particulier
les vastes plaines vertes arrosées par le fleuve Ganga et ses
centaines d’affluents. La couleur verte est celle des grandes
rizières qui ont dominé traditionnellement le paysage bengali
pendant la plus grande partie des deux derniers millénaires. Une
longue période qui vit les armées d’invasion venir et repartir,
les Britanniques bâtir leur empire et disparaître, le nationalisme
indien naître et dégénérer en prétexte à l’exploitation... la
gauche avait en fait taxé de ‘fausse’ la liberté politique de
l’Inde. En 1948, le parti communiste indien appela à la révolution
armée, qui devait démarrer au Bengale. Cette révolution avortée,
et nombre des combats antérieurs et postérieurs, eurent lieu autour
du bassin vert du Ganga. Le mot ‘Dhan’ (l’équivalent bengali de
riz) devint synonyme de lutte, les gens se ralliant autour de
lui pour résister avec des faucilles, des arcs et des flèches
aux seigneurs féodaux et aux paysans riches, dans ce qui était
le départ d’un voyage vers un ordre social nouveau. En 30 années
à peine après l’indépendance du pays, le parti communiste survécut
à maintes scissions – et à une sévère répression – pour devenir
la force politique dominante du Bengale.
Pendant
les décennies 1960 et 1970, le Bengale s’engouffra dans les luttes
territoriales menées par la gauche et la gauche radicale, qui
permirent finalement aux plus forts d’arriver au pouvoir. Les
pauvres de la campagne, petits agriculteurs marginaux, travailleurs
agricoles et métayers, constituaient le soutien le plus fort du
gouvernement du ‘Left Front’ nouvellement élu. Une fois au pouvoir,
le gouvernement essaya de servir ses électeurs et commença une
réforme agraire par des mesures telles que la redistribution des
terres excédentaires et la tant nécessaire régularisation des
Bargadaars (métayers formels et informels et ceux qui cultivaient
les terres des autres sous contrat verbal). Ces réformes eurent
des effets positifs sur l’économie de la région, et la production
agricole se multiplia dans l’État à mesure que de nombreuses terres
étaient libérées et affectées au labourage.
Les
champs verts du Bengale dominèrent l’économie et la politique
de cet État, permettant à la gauche de régner sans interruption
pendant 30 années ininterrompues. Or, bien des choses ont eu lieu
pendant ces trente années. L’iconographie politique et le discours
de la gauche ont subi des changements considérables dans le monde
entier, et les révolutions et les conflits territoriaux ont cessé
d’être en vogue dans la plupart des sociétés socialistes de naguère.
L’URSS a disparu, tandis que la République populaire chinoise
a construit une économie capitaliste au sein d’un État socialiste
‘réformé’, et, dans beaucoup de pays les communistes ont accordé
leurs violons avec les sociaux-démocrates et autres refuges de
la gauche modérée. Pourtant, ces événements tumultueux n’ont pas
touché la gauche du Bengale. Les ‘communistes’ au pouvoir jurent
toujours par Staline, aiment Fidel, accueillent Hugo Chávez comme
un héros et fêtent les victoires électorales de la gauche en Amérique
latine. Quand on regarde les bannières rouges et les drapeaux
à la faucille et au marteau déployés bien en vue un peu partout,
on a l’impression que rien n’a changé.
Or,
derrière la façade et le discours rouges, tout a changé. Le mastodonte
inexorable de la mondialisation et du libre-échange s’y est installé,
les centres commerciaux et les grandes avenues ont remplacé les
baraques, et les ‘communistes’ se sont métamorphosés en une bande
vorace de spéculateurs immobiliers, d’entrepreneurs et d’éminences
grises. Le gouvernement est devenu pragmatique et commencé à courtiser
les capitalistes en public, la logique politique de cette démarche
étant que, dans l’ère du capital mondial, on ne peut construire
le socialisme qu’en développant le capitalisme ! D’ailleurs, on
doit toujours imiter la Chine et ses pas de géant vers la croissance.
Le
dernier exemple en date de ce ‘socialisme par le capitalisme’
est Singur, où le gouvernement a acquis de force près de 1 000
acres d’excellentes terres agricoles pour la fabrique d’automobiles
à bas prix du groupe Tata. Les forces policières déployées par
le gouvernement se sont déchaînées dans les villages de Singur,
pour ‘faciliter’ le processus d’acquisition des terres. Au cours
d’un incident qui ressemblait de près au massacre qui a eu lieu,
au début de cette année, à Kalinganagar dans la province d’Orissa
(où 13 indigènes ont été tués par la police lorsqu’ils essayaient
d’empêcher le groupe Tata de clôturer leurs terres), la police
a réagi avec violence lorsque les fermiers et les travailleurs
agricoles se sont opposés à l’appropriation de terres agricoles
fertiles et à la tentative de les clôturer avec des barbelés.
Un contingent nombreux est entré dans les foyers et battu toutes
les personnes présentes. Les femmes ont été maltraitées ; même
les enfants et les vieillards infirmes n’ont pas été épargnés.
On a mis le feu à des greniers et à des champs. De nombreuses
personnes ont été blessées et plus d’une cinquantaine arrêtées.
La résistance et le saccage, qui ont continué pendant toute la
journée, ont été enregistrés en direct par les chaînes de télévision
régionales.
La
police a mis en place un cordon de sécurité autour de Singur et
des zones voisines après l’incident du 2 décembre, empêchant tout
le monde d’y entrer, y compris le célèbre activiste social Medha
Patkar. Les leaders du parti communiste (marxiste) de l’Inde,
dont le Premier ministre Buddhadev Bhattacharya, ont défendu publiquement
l’action de la police, en disant que l’incident n’était qu’un
nouveau spectacle monté par la gauche ultra, et que l’acquisition
de terres et la construction de la fabrique de Tata allaient se
poursuivre sans problèmes.
Les
manifestations spontanées contre la brutalité policière continuent
de secouer le Bengale et, à Singur, des travailleurs agricoles
font la grève de la faim. La portée et l’intensité des manifestations
populaires ont mis le gouvernement sur la défensive et, à présent,
il accuse l’opposition de diffamation et de désinformation. Les
médias contrôlés par le gouvernement signalent que la zone n’est
pas si fertile que cela, et que l’État n’a acquis que des terres
de monoculture ou des jachères permanentes. Le gouvernement continue
d’affirmer que la fabrique de voitures et les capitalistes ‘nationaux’
socialement responsables comme Tata apporteront le développement
à la population.
Pourquoi
une fabrique automobile a-t-elle besoin de tant de terres agricoles
? Combien de familles le projet va-t-il déplacer directement ?
Combien des terres acquises étaientt affectées à la monoculture
? Combien de travailleurs agricoles et de ‘bargadaars’ non enregistrés
y a-t-il dans la zone du projet ? Le gouvernement refuse de donner
des réponses précises à ces questions.
Les
informations officielles (et leur absence) montrent que le gouvernement,
dans son engagement avec le capital, le marché et la mondialisation,
a décidé de fermer les yeux à la réalité et d’accepter le ‘défi’
de poursuivre le projet. Ce ‘défi’ comporte d’ignorer l’existence
de plusieurs milliers de familles qui dépendent de ces terres
: travailleurs sans terre, travailleurs agricoles saisonniers,
conducteurs de cyclo-pousse et petits transporteurs, commerçants
ambulants de produits agricoles qui les portent à de lointains
marchés de gros, artisans et autres métiers. Les propriétaires
fonciers peuvent être dédommagés en partie de la perte de leurs
terres, mais qui peut compenser la perte des moyens de subsistance
?
Tandis
que la police armée et la force d’intervention rapide rôdent autour
et que d’importantes questions sur Singur restent sans réponse,
le gouvernement du Bengale s’apprête à mettre en oeuvre d’autres
projets, tels que la cession de plusieurs milliers d’acres de
terres agricoles situées à Ghangar (près de Calcutta) au groupe
indonésien Salim, fidèle défenseur du régime infâme de Suharto
qui tua des milliers de communistes indonésiens. Une autre portion
considérable de terre serait octroyée à Jindals pour l’installation
d’une sidérurgie dans les régions boisées du Sud-Ouest du Bengale.
Dans le littoral de cette même région, le gouvernement est décidé
à mettre en oeuvre, avec l’aide des États-Unis, un projet de centrale
nucléaire de 10 000 mégawatts qui déplacera plus de 200 000 paysans,
travailleurs agricoles et pêcheurs. D’après le gouvernement du
Bengale et l’administration Bush, ce dernier projet serait ‘propre’
et contribuerait à résoudre la crise climatique !
L’ironie
de la chose est que cette guerre totale à l’environnement, l’économie
et le peuple du Bengale est menée par la gauche qui, à l’extérieur
du pays, figure parmi les opposants les plus énergiques des expulsions
au nom du développement et de la conspiration ‘impérialiste’ pour
mettre en vente les ressources naturelles. Il s’agit peut-être
d’un exemple de la nouvelle réalité ‘réformée’ que nous vivons,
où le capital et le marché encerclent le peuple de partout et
s’approprient les idées familières de subversion et d’opposition.
Néanmoins,
de nouveaux concepts voient le jour et la contestation se renouvelle
sans cesse, contrairement à ce que le capital proclame sur la
fin de l’histoire. En Inde, les tribus de Kalinganagar ne permettent
l’entrée dans leur région d’aucun représentant de l’administration
locale ni de Tata depuis le massacre. Quelques kilomètres plus
loin, les villageois résistent à l’appropriation de terres pour
un projet sidérurgique de la société transnationale POSCO. Les
Adivasi de Jharkhand ont catégoriquement refusé tout projet de
développement sur leurs terres ancestrales. Au Bengale, les paysans,
les travailleurs et les groupes de la société civile protestent
contre les modèles de développement injustes et tyranniques. La
gauche au pouvoir aurait intérêt à tenir compte de ces signaux.
La répression ne fournit que des réponses de très courte durée
et potentiellement désastreuses.
Soumitra
Ghosh, NESPON et NFFPFW, adresse électronique :
soumitrag@gmail.com, avec la collaboration de Nagarik Mancha,
un forum de citoyens de Kolkata.
index
LES COMMUNAUTÉS
ET LA MONOCULTURE D'ARBRES
– Cambodge : conférence de la région du Mékong
sur les plantations d’arbres
«
Pendant notre rencontre, nous avons entendu les représentants
des communautés de douze provinces cambodgiennes et d’autres pays
de la région expliquer comment leur vie, leurs moyens de subsistance
et leur environnement sont affectés par les grandes plantations
établies dans leurs zones respectives. »
Le
paragraphe qui précède fait partie de la déclaration finale, intitulée
« Déclaration d’unité », à laquelle a abouti la Conférence régionale
du Mékong sur les plantations d’arbres, qui s’est déroulée les
21 et 22 novembre 2006 à Kratie, au Cambodge. La rencontre, organisée
conjointement par le Forum des ONG du Cambodge, Oxfam Grande-Bretagne
(Cambodge), Towards Ecological Recovery and Regional Alliance
(TERRA) et le Mouvement mondial pour les forêts (WRM), a rassemblé
des représentants des cinq pays de la région (Cambodge, Laos,
Thaïlande, Vietnam et Chine) et des personnes venues d’ailleurs.
Les participants ont eu l’occasion de partager entre eux les enseignements
tirés de leurs expériences avec les plantations industrielles
d’arbres et les effets qu’elles ont eus sur les moyens de vie
de la population. D’autre part, ils ont échangé des idées et des
suggestions pour résoudre les problèmes qui découlent de ces plantations.
Cette
rencontre a été organisée en raison de l’inquiétude croissante
qu’éveillent les plans gouvernementaux d’élargir les plantations
d’arbres dans la région du Mékong, en se limitant à certaines
espèces en régime de monoculture : l’eucalyptus, le pin, le palmier
à huile et l’hévéa.
À
travers l’échange d’expériences, les participants se sont renseignés
sur l’importance des forêts, des terres et d’autres ressources
naturelles pour la subsistance et la culture des populations qui
y trouvent des aliments, des plantes médicinales, des revenus
et la sécurité spirituelle. Ils ont coïncidé que « les plantations
ne sont pas des forêts » et que, « lorsqu’on remplace une forêt
par une plantation, les nombreuses communautés qui habitent dans
la forêt et autour d’elle, qui la protègent et en prennent soin,
perdent leurs moyens de vie. » Ainsi, « les plantations appauvrissent
autant les populations que leur environnement ».
À
l’opposé des gouvernements, qui allèguent que les plantations
contribuent à la croissance économique des pays et à la réduction
de la pauvreté, les participants à la conférence ont affirmé que
« les plantations ont augmenté la pauvreté, car elles ont déplacé
des communautés entières, détruit des moyens de subsistance indispensables
et empêché l’accès des populations aux ressources naturelles ».
Pire
encore, les expériences présentées ont montré que, « très souvent,
l’établissement de plantations s’est accompagné de violence ;
parfois, cette violence a été ouverte et évidente, comme dans
les cas d’emprisonnement et de meurtre ; dans d’autres cas, les
communautés subissent des intimidations et des menaces destinées
à effrayer les gens pour qu’ils ne réagissent pas ». Mais les
participants ont affirmé que, même lorsqu’il n’y a pas d’intimidations
ouvertes, « le fait de priver les paysans de leurs terres est
un acte de violence ».
En
ce qui concerne les plans gouvernementaux de promouvoir les plantations
d’arbres à grande échelle, les présents ont tous été d’accord
que, comme l’expérience le montre, « la lutte populaire a été
le seul moyen de provoquer un changement », et ils ont souligné
que « la lutte n’est pas synonyme de violence ; il s’agit des
diverses mesures que les gens peuvent adopter pour défendre et
faire valoir leurs droits ». Ils ont affirmé également que « la
loi est un outil très important, mais elle ne suffit pas à garantir
la protection des droits des populations ». Ils ont dit que «
les stratégies de lutte les plus efficaces sont celles qui proviennent
des communautés affectées, et non des ONG ni d’autres groupes
extérieurs », et que « les gens peuvent renforcer la défense de
leur cause en travaillant avec d’autres communautés et en trouvant
des positions communes ».
Le
résultat le plus important de la réunion a été l’engagement de
continuer à travailler ensemble contre l’expansion des plantations
d’arbres en régime de monoculture, et la décision de renforcer
les luttes régionales. Les participants ont reconnu « l’importance
et la valeur d’échanges régionaux tels que celui-ci ». Ils ont
approuvé « la création d’autres échanges entre les organisations
populaires de la région, pour continuer d’apprendre et de développer
nos stratégies », et se sont engagés à communiquer « les principes
et les conclusions [de la conférence] à tous nos mouvements, réseaux
et gouvernements ».
Le
texte intégral de la « Déclaration d’unité » peut être consulté
sur :
http://www.wrm.org.uy/countries/Cambodia/Statement_Unity.html.
index
– Pérou : promotion mensongère
des plantations
Le
Pérou est l’un des rares pays d’Amérique du Sud où la monoculture
d’arbres ne se fait pas encore à grande échelle, mais le gouvernement
s’apprête à promouvoir son expansion. En effet, le pays a déjà
un « Plan national de reboisement 2005-2024 » [Plan National]
et une « Loi pour la promotion de l’investissement privé dans
l’afforestation et/ou le reboisement » [Loi d’afforestation],
qui seront les principaux outils pour justifier et rendre viables
les plantations d’arbres. L’objectif concret pour 2024
est d’avoir établi 860 000 ha de plantations commerciales, surtout
dans l’Amazonie, et 909 000 ha supplémentaires de plantations
affectées à la « protection environnementale », surtout dans la
Sierra.
Il
est évident, à la lecture de ces documents, que le gouvernement
péruvien s’est borné à copier le même modèle déjà implanté dans
bien d’autres pays de la région, et à utiliser les mêmes arguments
fallacieux pour obtenir l’appui nécessaire des citoyens, en particulier
dans les régions prévues pour les plantations : création d’emplois,
réduction de la pauvreté, croissance, effets positifs sur l’environnement.
De même, les moyens d’encouragement sont calqués de ceux d’autres
pays (exonération d’impôts, crédits préférentiels, recherche à
charge de l’État, etc.), et le seul côté innovant (l’accès du
secteur privé à des terres) est le plus dangereux de tous.
L’exposé
des motifs de la Loi d’afforestation commence par dire que « La
promotion de l’investissement privé dans l’afforestation et le
reboisement s’insère dans le cadre d’une stratégie de réduction
de la pauvreté en milieu rural ». D’autres avantages supposés
sont également mentionnés, tels que la « génération de richesse
et d’emplois permanents ». Le Plan national donne davantage de
détails sur l’emploi, affirmant que les plantations créent un
emploi direct pour quatre hectares, de sorte que 425 000 postes
seraient ainsi créés. Le Fonds de promotion du développement forestier
(FONDEBOSQUE) va encore plus loin : dans son dépliant de divulgation,
il affirme que les plantations « créent au moins un emploi direct
tous les deux hectares » ; ainsi, le total des postes créés serait
de 850 000.
Malheureusement,
tout ce qui précède est absolument faux. À ce propos, il convient
d’examiner les informations qui circulent en Uruguay, l’un des
pays que le Plan national mentionne comme exemple « réussi ».
D’après une étude de la Direction des statistiques agricoles de
l’Uruguay, l’afforestation crée 7 emplois permanents tous les
1 000 hectares (d’autres sources réduisent ce chiffre à 4,5 emplois
sur 1 000 ha). C’est-à-dire que, dans le meilleur des cas, l’afforestation
créerait à peine 1 emploi direct pour 143 hectares, ce qui est
très loin des affirmations absurdes du Plan national et de FONDEBOSQUE.
La situation est la même dans d’autres pays « à succès » comme
le Chili et le Brésil, où l’afforestation s’est avérée la pire
option possible en matière de génération d’emplois. L’afforestation
ne réduit pas la pauvreté, elle l’augmente.
En
matière d’environnement, le Plan national affirme que les plantations
de toutes sortes (d’espèces exotiques ou indigènes, en régime
de monoculture ou dans des systèmes agroforestiers, pour la production
ou pour la protection) ont les mêmes fonctions que les forêts.
Donc, non seulement elles n’auraient aucune incidence négative
mais tous leurs effets seraient positifs. À cet égard, le Plan
affirme que les avantages seraient, entre autres, « la régulation
du régime hydrique du bassin », « le contrôle de l’érosion des
sols », « l’amélioration des sols et la protection des cultures
» et « l’aménagement de l’habitat de la faune et la flore ».
Malheureusement,
cela aussi est faux, tout simplement parce que les monocultures
d’arbres ne sont pas des forêts et ne peuvent donc pas remplir
les mêmes fonctions des forêts. Dans tous les pays de la région
où il existe de grandes plantations on a constaté qu’elles ont
des répercussions graves sur l’eau, qu’elles favorisent l’érosion,
qu’elles dégradent les sols et portent atteinte aux cultures voisines,
et qu’elles affectent gravement la flore et la faune indigènes.
Ces effets négatifs des plantations viennent surtout de leurs
dimensions. Or, justement, dans le cas du Pérou, les plantations
prévues sont de grandes dimensions. Ainsi, leurs prétendus avantages
écologiques ne seront pas tels ; au contraire, elles auront des
conséquences désastreuses pour l’eau, le sol, la flore et la faune.
Les plantations ne bénéficient pas l’environnement, elles le dégradent.
Sur
la base de ces faussetés et de bien d’autres, l’article premier
de la Loi d’afforestation déclare « d’intérêt national la promotion
de l’investissement privé dans les activités d’afforestation et/ou
de reboisement ». Cela veut dire que l’État donnera aux entreprises
de plantation des appuis multiples, dont l’exonération d’impôts,
des incitations fiscales et l’échange de dette extérieure, et
que l’État lui-même établira les plantations de « protection environnementale
», surtout dans les terres des communautés paysannes des Andes.
Ainsi, ce sera le peuple péruvien qui paiera (directement et indirectement)
l’installation des plantations, qu’elles soient privées ou étatiques.
Plus
grave encore est le fait que les plantations deviendront un instrument
pour privatiser les terres domaniales. En effet, le Plan national
dit que « l’État mettra à la disposition du secteur privé, par
des mécanismes d’acquisition divers, l’accès à la propriété privée
de terres publiques pour les affecter à l’établissement de plantations
forestières industrielles ». De son côté, la Loi d’afforestation
dit dans son deuxième article que « l’État, par l’intermédiaire
de l’Agence pour la promotion de l’investissement privé (PROINVERSION),
pourra vendre aux enchères publiques, avec engagement d’investissement,
des terres de son domaine aptes à l’utilisation forestière, à
des fins d’afforestation et/ou de reboisement... ».
Bref,
ces plans vont à l’encontre des intérêts des plus démunis et n’avantageront
que les secteurs les plus puissants de l’économie, lesquels auront
accès à la terre et aux bénéfices prévus dans cette nouvelle législation.
Par conséquent, les organisations de la société péruvienne doivent
impérativement se renseigner et intervenir avant qu’il ne soit
trop tard. Il est encore possible d’arrêter ce processus.
index
– Brésil : journée internationale
d’action pour la démarcation des terres des indiens tupinikim
et guarani
Aujourd’hui
[12 décembre], des centaines d’indiens de sept communautés tupinikim
et guarani de l’État d’Espirito Santo, au Brésil, ont occupé Portocel,
le port où la pâte de papier de l’entreprise Aracruz Celulose
est embarquée vers Europe, les États-Unis et l’Asie. Avec plusieurs
groupes solidaires du Brésil et de l’extérieur, ils réclament
au gouvernement brésilien de faire une fois pour toutes son devoir
constitutionnel et de démarquer les terres traditionnelles des
peuples indigènes tupinikim et guarani : 11 009 hectares qui ont
été envahis par Aracruz Celulose S.A., une grande entreprise papetière.
En
février 2006, le Ministre de la Justice Márcio Thomaz Bastos avait
promis, au cours d’une séance publique du parlement de l’État
d’Espirito Santo à laquelle assistaient des représentants de peuples
indigènes, des parlementaires et des autorités, que la Loi de
Démarcation serait promulguée avant août 2006 et que les limites
de la zone seraient ratifiées avant la fin de l’année. Le 12 septembre
2006, un rapport favorable à la démarcation a été soumis par la
Fondation nationale indienne au Ministre de la Justice. Depuis,
le rapport est entre ses mains, attendant une décision qui, légalement,
devrait être prise aujourd’hui, le 12 décembre 2006. Affirmant
que le gouvernement n’a pas respecté les délais convenus, la Commission
des chefs et leaders tupinikim a convoqué à une journée de solidarité.
Le
retard a permis à Aracruz Celulose de prendre des mesures publiques
contre les communautés indigènes, dont une forte campagne de diffamation,
incitant aux préjugés et à la haine raciale.
Aujourd’hui,
des organisations solidaires d’Allemagne, Norvège, les Pays-Bas
et les États-Unis coordonnent des manifestations, surtout devant
les ambassades et les consulats du Brésil, en solidarité avec
les manifestations organisées par les Tupinikim et les Guarani.
Nous
vous prions de passer un moment à adresser une courte lettre au
Ministre de la Justice, lui demandant de reconnaître les droits
des Tupinikim et des Guarani en démarquant le territoire ancestral
qui est leur patrie.
12
décembre 2006
Monsieur
le Ministre de la Justice, Márcio Thomaz Bastos, Esplanada dos
Ministérios, Bloco T, Ministério da Justiça, 4º andar, CEP 70064.900
– Brasília – DF Brasil. Fax : +55 61 3224 4784 ou 32241936. Adresse
électronique : gabinetemj@mj.gov.br,
cc : Président Luíz Inácio Lula da Silva, adresse électronique
pr@planalto.gov.br.
Monsieur
le Ministre,
Par
cette lettre, nous souhaitons manifester que nous soutenons les
Tupinikim et les Guarani d’Espírito Santo dans leur lutte pour
la démarcation de leurs terres.
Le
12 septembre 2006, la FUNAI adressa au Ministre de la Justice
des rapports concernant deux zones (« Tupiniquim » et « Comboios
») qui, ensemble, constituent la patrie des Tupinikim et des Guarani,
aux fins de la promulgation de deux nouvelles lois de démarcation.
Ces lois seraient destinées à rectifier les erreurs commises par
un Ministre de Justice antérieur et à ajouter 11 009 hectares
au territoire des Tupinikim et des Guarani, de manière à reconnaître
pleinement leurs droits à leurs terres ancestrales.
Tout
retard supplémentaire, tel que la demande de nouvelles études,
exacerberait la situation déjà tendue dans la région. Toutes les
études effectuées ont affirmé les droits des Tupinikim et des
Guarani. La situation actuelle nous inquiète, car Aracruz Celulose
mène en ce moment une campagne de diffamation contre les communautés
indigènes qui attise les préjugés et les stéréotypes d’ordre racial.
Il
paraît que, lors d’une séance publique du Parlement d’Espírito
Santo tenue le 9 février 2006, le président de FUNAI et vous-même
vous êtes engagés à démarquer les terres des Tupinikim et des
Guarani dès que possible, sans dépasser les dates limites fixées
par la loi.
Nous
ne mettons pas en doute les droits des Tupinikim et des Guarani,
et nous sommes persuadés que vous ferez de votre mieux pour faire
respecter la Constitution fédérale et défendre les droits des
peuples indigènes, établis par des instruments tels que la Convention
169 de l’OIT, que le Brésil a ratifiée.
Nous
réitérons que nous soutenons absolument la cause des Tupinikim
et des Guarani d’Espírito Santo.
Veuillez
agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos sentiments distingués.
Signature
:
index
– Les premiers pas du SAPAN
(Réseau d’Afrique australe contre les plantations)
En
réponse aux efforts de l’industrie du bois d’élargir de 600 000
hectares la superficie des plantations industrielles d’arbres,
un petit groupe d’ONG d’Afrique du Sud lança en 1995 une campagne
contre les plantations.
Les
arbres exotiques, dont l’acacia australien, le pin et l’eucalyptus,
couvrent à présent plus de trois millions d’hectares dans l’Est
du pays, une région bien irriguée et très rentable du point de
vue agricole. Néanmoins, un million et demi d’hectares correspond
à des plantations abandonnées ou mal entretenues, ou à des zones
infestées de jeunes plants venus des plantations d’arbres envahissants.
Ces terres envahies représentent un grand danger pour l’économie
nationale, car elles consomment les rares ressources hydriques
et affectent négativement les communautés rurales et la diversité
biologique naturelle. Pourtant, autant le gouvernement que l’industrie
qui en est responsable ont toujours ignoré le problème.
La
coalition Timberwatch, créée en 1997 comme un réseau local, est
devenue au cours des ans une coalition d’ONG nationales réunissant
dix organisations écologistes qui estiment qu’il faut s’attaquer
aux dégâts causés par les grandes plantations d’arbres, dont les
effets sont fortement négatifs pour la société et l’environnement.
En participant constamment aux processus politiques et en bâtissant
un réseau de soutien dans les zones de plantation d’arbres, Timberwatch
a réussi à sensibiliser fortement le public aux coûts, préalablement
cachés ou ignorés, associés aux plantations. Grâce à cela, les
démarches pour étudier les demandes de licences sont devenues
plus transparentes et inclusives, ce qui a permis de limiter l’expansion
de nouvelles plantations en Afrique du Sud.
Cependant,
ce succès local doit être considéré dans le contexte plus large
de toute la région sud-africaine, où plusieurs pays ont déjà été
affectés par les plantations. Au Swaziland, un pays relativement
petit en étendue, presque 10 % de la superficie sont couverts
de plantations d’arbres semblables à celles de la période coloniale,
qui ont forcé les habitants à quitter leurs terres traditionnelles
et ont diminué les possibilités des fermiers d’accéder à l’eau
et aux pâturages.
Des
plantations ont été établies également en Angola, en RDC, au Malawi,
en Zambie, au Zimbabwe, en Tanzanie et au Mozambique. Récemment,
la Banque mondiale et plusieurs représentants de l’industrie forestière
ont suggéré que le Mozambique aurait le potentiel de planter encore
sept millions d’hectares. Le gouvernement mozambicain a déjà approuvé
de nouveaux projets de plantation dans les provinces de Niassa
et de Manica, mais il paraît qu’il y a eu très peu de consultation
des ONG écologistes et des communautés locales. De même, aucune
étude formelle n’aurait été menée sur les conséquences nuisibles
des plantations d’arbres pour les valeurs sociales et culturelles
traditionnelles et pour les économies locales autonomes.
Tout
semble indiquer que la demande de bois des plantations pour la
production de pâte augmentera, et que la production de biocarburants
se développera rapidement, à mesure que l’utilisation de combustibles
fossiles sera limitée dans les pays industrialisés, sous l’effet
de la pression internationale pour qu’on réduise les émissions
de CO2 dans l’atmosphère. D’après les informations disponibles,
les plans des nations européennes de se reconvertir vers les biocarburants
comptent sur l’importation de biodiesel et de bioéthanol d’Afrique
et d’autres régions du monde « en développement ». Cela veut dire
que la plupart des pays de la SADC (Communauté de développement
de l’Afrique australe) seront probablement ciblés en tant qu’opportunités
bon marché pour l’établissement de vastes monocultures destructrices,
y compris des plantations d’arbres.
En
réaction contre cette menace, Timberwatch prévoit de contribuer
à établir un large réseau de personnes intéressées et d’organisations
écologistes traversant la région de la SADC. Cette idée a été
analysée au cours de l’assemblée annuelle qui s’est tenue à Durban
le 18 novembre. Le groupe sait que l’échange d’expériences est
un élément indispensable pour que l’idée se développe et devienne
réalité. Ainsi, l’un des membres du Réseau latino-américain contre
les monocultures d’arbres a été invité à participer à la rencontre,
pour expliquer le processus de création du réseau.
Par
la suite, Timberwatch a participé à la réunion organisée au Mozambique
par Geasphere (l’une des organisations membres de Timberwatch),
où les délégués des organisations locales ont discuté des impacts
négatifs des plantations industrielles d’arbres en régime de monoculture
(voir l’article sur le Mozambique dans ce même numéro).
On
espère que le Réseau d’Afrique australe réussira à mieux faire
connaître les problèmes principaux qui entourent l’établissement
ou l’expansion des plantations industrielles d’arbres, et qu’il
contribuera à la formation de groupes de militants locaux dans
les pays affectés. Avec l’aide et l’encouragement de la communauté
des ONG internationales, le rôle de ce réseau sera important pour
empêcher que les maigres ressources de l’Afrique continuent d’être
exploitées par les agents de la surconsommation du Nord.
Wally
Menny, Timberwatch, adresse électronique : plantnet@iafrica.com
index
– Cambodge : la population
autochtone s’oppose à la prolifération des plantations industrielles
d’arbres
«
Tous les villageois comprennent qu’il faut protéger la forêt.
Nous ne pouvons pas vivre sans elle. » Celui qui parle habite
la commune de Dak Dam, dans la province de Mondulkiri située dans
le Nord-Est du Cambodge. « Notre vie est plus difficile maintenant
», a-t-il ajouté.
Nous
étions une vingtaine, venus du Vietnam, de la Thaïlande, du Cambodge,
des Philippines et du Royaume-Uni, assis avec les villageois à
l’ombre d’un grand arbre près de l’école du village. Nous allions
à la Conférence de la région du Mékong sur les plantations d’arbres
qui allait avoir lieu à Kratie les deux jours suivants. Nous étions
venus à Dak Dam pour apprendre comment la communauté autochtone
Phnong luttait pour préserver ses terres contre Wuzhishan, une
société chinoise et cambodgienne qui a des rapports étroits avec
le gouvernement du Cambodge. En août 2004, le gouvernement avait
accordé à Wuzhishan un permis de principe pour une concession
de 199 999 hectares, avec l’autorisation d’y établir immédiatement
une plantation commerciale d’essai de 10 000 hectares.
«
La compagnie a élargi ses terres à 20 000 hectares », nous a dit
un villageois. Un autre a affirmé qu’elle avait pris 30 000 hectares.
Ni Wuzhishan ni le gouvernement n’ont fourni aux villageois une
carte des opérations de plantation. « Les gens ont demandé pourquoi
l’entreprise pouvait prendre la terre », a dit l’un d’eux. « Nous
luttons contre l’entreprise parce que nous avons besoin de la
terre pour l’agriculture. Cela fait deux ans que nous nous plaignons
auprès de la compagnie. »
Ils
ne plantent pas le riz en rizière mais en montagne et sur brûlis.
L’entreprise avait utilisé certains de ces champs ; cette année,
il y a eu une sécheresse dans la zone et ils ont perdu une partie
de leur récolte.
«
L’entreprise a coupé tous les arbres sur nos terres, même les
arbres sacrés », a dit l’un d’eux. « Notre peuple souffre à cause
de cela. Elle a détruit aussi la terre que nous utilisons pour
enterrer nos ancêtres. L’entreprise est venue couper les grands
arbres. Nous ne coupons jamais ces arbres. Au sommet de la montagne
nous avions planté des arbres fruitiers. L’entreprise les a tous
coupés et nous n’avons plus de fruits. Nous les vendions au marché
pour acheter des aliments. »
Les
répercussions sur la culture qu’a eues l’arrivée de l’entreprise
ont été mentionnées à plusieurs reprises au cours de la réunion.
« Notre culture respectait les arbres et la terre. En tant qu’indigènes,
nous croyons qu’il est important de vivre ensemble d’une certaine
manière. Il y a eu un changement dans la culture de la communauté
depuis l’arrivée de la compagnie », a expliqué un villageois.
«
Les enfants et les filles ont été exploités par les travailleurs
de l’entreprise », a ajouté un autre. « Les jeunes filles tombent
amoureuses des travailleurs, et puis l’entreprise s’en va ailleurs.
Nous avons peur des travailleurs. Ils boivent du vin et de la
bière et font de mauvaises choses. »
«
Le gouvernement nous a interdit de brûler les prairies », a dit
un villageois, « mais nous avons besoin de les brûler pour les
améliorer pour le pâturage. » La compagnie a embauché des travailleurs
pour surveiller les villageois qui essayaient de brûler les arbres
ou les champs.
Un
villageois nous a dit que l’entreprise utilisait des produits
chimiques pour éliminer l’herbe dans les zones où elle plante.
« Les produits chimiques coulent dans les fleuves et les
ruisseaux. C’est de cette eau que nous buvons. Les produits chimiques
ont tué les poissons. »
Les
villageois se sont plaints aux autorités locales des activités
de l’entreprise. La réponse a été une forte répression. On les
a empêchés de quitter la province, par exemple pour aller à des
ateliers à Phnom Penh. Lorsque des centaines d’entre eux se sont
rendus à pied à Sen Monorom pour demander au gouverneur du district
de résoudre leurs problèmes, on les a reçus avec des canons à
eau. Les autorités leur ont dit de retourner dans leurs villages
et leur ont promis que la situation serait réglée en quelques
jours. « Mais rien ne s’est passé », a signalé un villageois.
« Les autorités ont dit que c’est du développement pour notre
pays. Mais ça ne l’est pas. »
Il
y a quelques mois, les villageois ont organisé une réunion pour
discuter des problèmes avec Wuzhishan, mais personne n’est venu
en représentation de l’entreprise. « L’un de nous a essayé de
contacter la compagnie à Phnom Penh, mais cela n’a rien donné.
La compagnie ne répond jamais à nos réclamations. »
Sawaad,
un agriculteur du Nord-Est de la Thaïlande qui a participé à la
conférence sur les plantations du Mékong, a parlé aux villageois.
« En Thaïlande, nous avons eu le même problème il y a quinze ans.
Nous n’avions pas assez d’expérience quand Phoenix Pulp and Paper
a commencé à planter des eucalyptus. Les eucalyptus provoquent
des problèmes avec l’eau, l’environnement et les moyens de vie.
Les droits fonciers sont un gros problème. Quand nous l’avons
su c’était trop tard, l’entreprise était déjà là. Au début, les
gens ont écrit des lettres. C’était comme ici : nous avons envoyé
des tas de lettres mais personne n’a répondu. Alors nous avons
commencé à former des groupes et à réunir des centaines de personnes.
»
Sawaad
sourit en expliquant comment les agriculteurs thaïlandais se sont
organisés pour résister à l’expansion des plantations sur leurs
terres. « Les gens doivent trouver leurs propres moyens de faire
pression sur le gouvernement. En Thaïlande, nous avons créé le
Réseau des petits agriculteurs du Nord-Est et l’Assemblée des
pauvres. Nous avons fait des rassemblements pour protester et
pour négocier avec le gouvernement. Je ne sais pas exactement
combien de manifestations il y a eu au cours des quinze dernières
années, probablement entre 300 et 500. En 1997, l’Assemblée des
pauvres a manifesté pendant 99 jours devant la résidence du gouverneur
à Bangkok. Les manifestations réunissaient parfois des centaines
de personnes, parfois des milliers. Nous devons compter sur nous-mêmes,
sur nos organisations. Nous ne pouvons compter sur personne d’autre.
»
L’un
des habitants de Phnong a demandé quelle avait été la réaction
du gouvernement à ces manifestations. « Le gouvernement a fait
tout ce qu’il pouvait pour nous arrêter », a répondu Sawaad. «
J’ai été huit fois en prison. Mais nous n’étions pas de petits
groupes d’individus, nous travaillions en réseau. Donc, si le
gouvernement attaquait une personne ou l’envoyait en prison, le
réseau continuait de travailler. »
Nous
avons quitté le village à travers les collines onduleuses. Nous
pouvions voir le paysage parsemé des pins de l’entreprise plantés
en petits cercles isolés. Lorsqu’il a commencé à pleuvoir, je
me suis rappelé les paroles d’un des villageois : « Nous allons
continuer de nous plaindre au gouvernement jusqu’à ce qu’il nous
rende notre terre. »
Chris
Lang, adresse électronique :
chrislang@t-online.de,
www.chrislang.blogspot.com
index
– Laos : des entreprises vietnamiennes
établissent des plantations de caoutchouc dans le Sud du pays
En
juillet 2004, une délégation de la Compagnie générale du caoutchouc
du Vietnam (GERUCO) a visité le Laos. À l’époque, les plantations
d’hévéas n’occupaient qu’une petite étendue dans le Sud du pays.
Le premier ministre adjoint, Thongloun Sisolit, a dit à la délégation
que le Laos pouvait fournir au Vietnam entre 50 000 et 100 000
hectares de terres pour la culture de l’hévéa.
Quelques
mois plus tard, le gouvernement du Laos a autorisé un projet de
30 millions de dollars de la Compagnie de caoutchouc Dac Lac,
une entreprise étatique vietnamienne qui porte le nom d’une province
située dans la région montagneuse centrale du Vietnam, où elle
possède 14 000 hectares de plantations d’hévéas. L’objectif de
l’entreprise est de planter 10 000 hectares dans les provinces
de Champasak, Saravane, Sekong et Attopeu, en souscrivant un contrat
de location pour 50 ans. En octobre 2006, l’entreprise avait déjà
planté 3 200 hectares d’hévéas.
Le
Vietnam Economic Times a rapporté que Thongloun Sisolit avait
décrit le projet comme « un modèle pour aider les gens à se préparer
à la production commerciale ».
Or,
la Compagnie de caoutchouc Dac Lac a remplacé les forêts et les
terres des paysans par des plantations d’hévéas. Elle a payé des
compensations aux agriculteurs pour les cultures de rente éliminées,
mais non pour leurs rizières en montagne. Avant la plantation
des hévéas, la plupart de ces terres étaient un mélange de rizières,
de jachères et de forêts. La compagnie s’est contentée de les
déclarer « forêts dégradées » et de tout enlever.
En
mars 2005, une autre entreprise vietnamienne s’est installée dans
la province de Champasak : la société par actions VietNam-Laos
Rubber, qui projette d’y planter 10 000 hectares d’hévéas, avec
un investissement total de 30 millions de dollars. Cette entreprise,
qui appartient à la Compagnie générale de caoutchouc du Vietnam,
paie au gouvernement du Laos une redevance annuelle de 9 USD par
hectare.
En
décembre 2006, la société par actions de production de caoutchouc
Quang Minh, a signé un contrat avec la Commission de planification
et d’investissement du Laos, pour un projet de 15 millions de
dollars concernant la plantation de 4 900 hectares d’hévéas dans
les provinces de Sekong et d’Attopeu.
Le
mois dernier, des représentants du Mouvement mondial pour les
forêts qui étaient au Laos ont visité l’une des plantations de
la VietNam-Laos Rubber située près du village de Mak Ngeo, dans
la province de Champasak. Un panneau y interdit le pâturage. Un
côté du chemin de terre a été récemment planté. La terre rouge
et les rangées d’hévéas d’un mètre de haut s’étendent sur une
longue distance. Au-delà, nous avons vu les restes de la forêt
qui avait été abattue pour faire de la place aux nouveaux arbres.
De l’autre côté de la piste, les hévéas étaient plus grands, ils
dépassaient les deux mètres. Quatre paysans laotiens enlevaient
l’herbe et les buissons au pied des arbres. Ils nous ont dit qu’ils
avaient perdu leur terre au profit de la compagnie. Travaillant
ensemble, ils pouvaient nettoyer environ 150 mètres par jour,
parfois plus, parfois moins, suivant la quantité de mauvaises
herbes qu’ils trouvaient. L’entreprise leur payait 50 000 kip
(environ 5,25 USD) pour le désherbage de 150 mètres, de sorte
qu’ils recevaient chacun un peu plus d’un dollar par jour.
Près
de 200 Vietnamiens y travaillent. Pendant que nous étions là,
deux d’entre eux sont arrivés à moto. L’un parlait le laotien
et commença à donner des instructions aux travailleurs. Il était
au Laos depuis un an.
En
suivant la route un peu plus loin, nous avons vu une pépinière
avec des boutures d’hévéa plantées dans de petits sacs en plastique
remplis de compost. Dès qu’elles avaient des feuilles et des racines
elles pouvaient être plantées en plein air. Ces boutures venaient
du Vietnam.
Il
y a quelques années, une entreprise malaise avait établi près
de là une plantation d’essai de palmier à huile. Aujourd’hui,
cette plantation est abandonnée et envahie par la végétation.
Une plantation récente d’hévéas se trouve à proximité, entourée
d’une clôture et d’un fossé pour empêcher l’entrée du bétail.
En
mai 2006, dans un atelier sur « le développement du caoutchouc
a Laos » organisé à Vientiane, Sounthone Ketphanh, directeur adjoint
du Centre de recherches forestières du Laos, a expliqué que la
demande de caoutchouc de la Chine avait encouragé des entreprises
chinoises et vietnamiennes à investir dans des plantations d’hévéa
au Laos. Les investisseurs chinois sont dans le Nord du pays,
et les vietnamiens dans le Sud.
D’après
un rapport du Vientiane Times, Sounthone aurait décrit les avantages
de ces plantations : « À la différence d’autres cultures de rente,
le caoutchouc offre aux agriculteurs des profits de longue durée
sur une période de 30 à 40 ans. Ces profits ne viennent pas seulement
de l’extraction de latex, mais des cultures intercalaires qu’ils
peuvent faire pendant les premières années après la plantation
et de la vente du bois lorsque la production de latex arrive à
sa fin ».
Les
participants ont signalé que le prix du caoutchouc sur le marché
mondial évolue « en dents de scie », ce qui pourrait s’avérer
désastreux pour les entreprises et les agriculteurs qui consacrent
leurs terres à cette culture. Depuis mai 2006, le prix du caoutchouc
s’est effondré, mais les analystes prédisent qu’il va remonter.
Sounthone
a signalé l’existence d’un autre problème. Il a dit à l’atelier
de Vientiane que « du côté des inconvénients, la croissance rapide
des plantations d’hévéa provoque une perte considérable des ressources
forestières et la destruction des bassins versants, ce qui est
particulièrement grave au Laos, où la sécurité alimentaire dépend
directement des landes boisées ».
Chris
Lang, adresse électronique :
chrislang@t-online.de,
www.chrislang.blogspot.com
index
–
Uruguay : avant même de commencer
à fonctionner, l’usine de pâte de Metsa Botnia sent déjà le pourri
Il
est possible que le public finnois connaisse très peu ou pas du
tout l’histoire de l’Uruguay et les rapports qu’il y a entre cette
histoire et l’usine de pâte que Metsa Botnia est en train de construire
dans ce pays. C’est pourquoi il convient d’expliquer que, de 1973
à 1984, l’Uruguay fut gouverné par une dictature militaire. À
l’époque, les militaires violèrent tous les droits de l’homme
possibles et imaginables, et la torture était une pratique courante.
Des milliers d’Uruguayens, hommes et femmes, furent emprisonnés
et torturés ; les morts ou les « disparus » se comptaient par
milliers, ainsi que ceux qui durent vivre ces années-là dans l’exil.
À la même époque, l’Argentine était elle aussi gouvernée par une
dictature militaire brutale.
Pour
les Uruguayens et les Argentins, les militaires continuent de
symbolyser la violation généralisée des droits de l’homme. En
Uruguay, nombre des officiers chargés des tortures, des morts
et des disparitions sont aujourd’hui colonels et généraux. Le
public finnois doit savoir que les forces qu’ils commandent ont
reçu, il y a quelques jours, l’ordre de protéger le site où l’on
bâtit l’usine de pâte de metsa Botnia, et que cela porte atteinte
à l’image de la Finlande.
La
situation présente n’est pas le fruit du hasard. Le besoin de
faire appel d’abord à la protection de la police, puis à celle
des militaires, est le résultat des tactiques de l’entreprise
finnoise, qui s’est mis à dos les populations voisines, celles
de l’Argentine en particulier. Au lieu de jeter un pont de compréhension
et d’accepter qu’il était nécessaire de convaincre, l’entreprise
a essayé de s’imposer. Lorsque le président de l’Uruguay en personne
lui a demandé de suspendre les travaux pour faciliter les négociations
avec l’Argentine voisine, elle a refusé de le faire. Elle a eu
plusieurs affrontements avec les travailleurs et les syndicats,
aggravés par sa décision de faire venir des centaines de travailleurs
d’Europe orientale et d’autres pays. Les exagérations de l’entreprise
quant à la pollution et à l’odeur d’une usine deux fois plus grande
que celles qui fonctionnent en Finlande lui ont fait perdre toute
crédibilité.
Ainsi,
Metsa Botnia est maintenant responsable de la militarisation de
la région et d’avoir suscité une situation de confrontation dangereuse
avec la puissante République argentine. Au lieu d’apporter la
croissance en Uruguay, elle a provoqué des divisions internes
et des problèmes extérieurs. L’appui explicite qu’elle reçoit
du gouvernement de la Finlande rend difficile de distinguer l’entreprise
de son pays d’origine, de sorte que tout ce que fait la première
se répercute sur le deuxième.
Le
peuple finnois devrait exiger des explications à son gouvernement,
car ce qui est en jeu est l’image de son pays. Ce pays qui, naguère
encore, jouissait d’une image positive, est de plus en plus remis
en question en Uruguay comme en Argentine. Le fait que le gouvernement
uruguayen ait besoin de défendre l’investissement finnois avec
du personnel militaire est un signe clair que l’entreprise et
son pays d’origine ont de gros problèmes. Lorsque la présence
des militaires devient nécessaire, cela veut dire que bien des
choses ont mal tourné. La situation pourrait s’aggraver encore
si les soldats venaient à recevoir l’ordre de tirer sur les gens.
Cela sent le pourri dans le domaine de Metsa Botnia et l’odeur
ne vient pas, pour l’instant, de la production de pâte à papier.
(Dernière
minute : lundi 18, le gouvernement a annoncé qu’il avait ordonné,
à la demande de Botnia, le retrait des effectifs militaires affectés
à la surveillance des terrains où l’on construit l’usine de pâte
de cette entreprise à Fray Bentos. Botnia, responsable de la militarisation,
allègue maintenant que « les conditions de tension, d’inquiétude
et d’insécurité ont considérablement diminué ». Il n’est pas clair
de quelles conditions il s’agit, puisque la mesure adoptée par
les villes argentines frontalières de bloquer l’accès aux ponts
binationaux n’a pas changé, et que le dialogue entre les gouvernements
des deux pays reste aussi difficile qu’avant. Il faut donc se
demander pourquoi l’entreprise a changé d’avis. Est-ce peut-être
que la situation dénoncée risque de porter atteinte à son image
internationale ? De son côté, le ministère de la Défense s’est
déclaré satisfait de la décision, car la surveillance du périmètre
de Botnia représentait un effort considérable, mais il a précisé
que, s’il le fallait, les troupes y retourneraient.)
Communiqué de presse du groupe uruguayen Guayubira, 12 décembre
2006, adresse électronique :
info@guayubira.org.uy,
http://www.guayubira.org.uy.
index
LE
POINT SUR LE COMMERCE DU CARBONE
– Mozambique
: mise en garde contre la promotion de la monoculture d’arbres
En
1997, la Convention des Nations unies sur le changement climatique
mit en place le Protocole de Kyoto pour limiter les émissions
de carbone responsables du réchauffement de la planète. Depuis,
la situation s’est aggravée, les effets du dérèglement du climat
s’étant accélérés. Pourtant, dans les conférences on parle surtout
des « opportunités » d’affaires qu’offre la catastrophe climatique.
Lors
de la dernière conférence, organisée mi-novembre à Nairobi, au
Kenya, l’une des « opportunités » sur lesquelles on a le plus
insisté concernait la possibilité que les pays appauvris d’Afrique,
d’Asie et d’Amérique latine tirent profit des « projets MDP »
(ce qu’ils appellent Mécanisme de développement propre et que
nous appelons Mécanisme de douteuse propreté). Parmi ces projets
figure le boisement et le reboisement pour le stockage de carbone
(cf. bulletin nº 37 du WRM), et la culture de plantes pour la
fabrication de biocarburants (cf. bulletin nº 112 du WRM). Ni
les uns ni les autres n’aboutissent à une réduction des émissions
qui provoquent le réchauffement de la planète ; il ne s’agit que
de subterfuges pour continuer à gagner de l’argent, sans rien
faire pour s’attaquer aux véritables causes du changement climatique.
Bien
des gouvernements des pays pauvres, captifs de la dette et de
la dépendance, ont tendance à voir d’un bon oeil ces « opportunités
». C’est le cas du Mozambique. Après avoir reçu à Maputo, le 20
novembre, une délégation des Nations unies fraîchement débarquée
de Nairobi, les autorités mozambicaines ont annoncé avec beaucoup
d’enthousiasme les bénéfices que le pays allait recevoir s’il
acceptait des projets de ce genre.
Le
même jour, l’organisation sud-africaine GeaSphere, qui lutte depuis
longtemps contre la monoculture d’arbres, a organisé une manifestation
à laquelle ont participé des délégués des organisations locales
pour discuter des impacts des plantations forestières à grande
échelle. À cette occasion, Philip Owen, coordinateur de GeaSphere,
Nhlanhla Msweli, représentant de l’organisation SCAPEI, et Ana
Filippini, du WRM, ont donné des informations sur les effets que
l’établissement de grandes plantations en régime de monoculture
a déjà eus sur la société, l’économie et l’environnement de nombreuses
communautés.
Les
participants, sachant en outre que le gouvernement du Mozambique
prévoyait de promulguer une loi pour la promotion des plantations,
ont décidé de constituer un groupe de coordination avec Vera Ribeiro,
la représentante de GeaSphere dans ce pays, et adresser un message
d’alerte à la population mozambicaine pour qu’elle n’accepte pas
les propositions de promotion des monocultures.
Pour
atteindre cet objectif, la coordination régionale avec d’autres
organisations sera indispensable. Les expériences de l’Afrique
du Sud et du Swaziland peuvent être fondamentales pour que le
Mozambique prenne conscience des impacts des monocultures d’arbres.
index
– Inde : la sylviculture
pour le stockage de carbone est en cours de réalisation
Les
projets forestiers de stockage de carbone ont fait une entrée
tardive dans le marché du MDP parce qu’ils sont très controversés.
Le cadre juridique nécessaire, formulé en 2001 lors des accords
de Marrakech, n’a été adopté qu’à la fin de 2005, au cours des
négociations de Montréal sur le climat. Ainsi, il n’y a rien de
concret à signaler pour l’instant.
Pourtant,
l’Inde est décidée à s’y mettre. La Banque mondiale, les secteurs
privés forestiers et autres, les scientifiques et le gouvernement
s’affairent à dresser des plans et à faire des calculs très différents
entre eux sur le montant des crédits carbone que l’Inde pourrait
tirer des arbres. En 2003, le lobby indien de la pâte et du papier
avait publié un projet de « reverdissage de l’Inde », dans le
cadre d’une campagne qu’il menait de longue date pour réussir
à louer des terres boisées « dégradées » et y établir des plantations
industrielles. La possibilité d’obtenir des crédits carbone au
moyen de ces plantations y était examinée dans tous ses détails.
Un projet divulgué par le ministère de l’Environnement et des
Forêts (MEF) est venu confirmer en 2004 une nouvelle politique
environnementale « libéralisée », qui encourageait le commerce
du carbone et d’autres services environnementaux. Ces initiatives
coïncident avec un autre plan grandiose du MEF, qui consiste à
transformer en plantations industrielles d’arbres et de cultures
de rente 30 millions d’hectares de forêts « dégradées » et d’autres
terres, d’ici à 2020, par le biais d’un nouveau type de collaboration
avec le secteur privé, les gouvernements étatiques et les communautés
locales.
Parmi
les nombreux projets MDP prévus en Inde figurent les projets forestiers
dans les États de Madhya Pradesh et Andhra Pradesh. Là, une organisation
dénommée Community Forestry International (CFI) a examiné les
possibilités d’utiliser les arbres pour absorber du carbone. La
CFI déclare qu’elle appuie « les décideurs, les agences de développement,
les ONG et les forestiers professionnels à créer les instruments
juridiques, à former les ressources humaines et à lancer les processus
de négociation et les méthodes nécessaires pour aider les gestionnaires
locaux des ressources » à établir et à régénérer des forêts. À
Madhya Pradesh, son travail a été soutenu par l’Agence de développement
international et le Service forestier du ministère de l’Agriculture
nord-américains ; à Andhra Pradesh, elle a reçu l’appui de la
division Changement climatique et Énergie du ministère canadien
des Affaires étrangères et du Commerce international.
La
CFI suggère que le MDP serait en Inde une possibilité viable de
générer des revenus pour les communautés autochtones rurales.
Or, il existe de bonnes raisons d’en douter. En Inde comme partout
ailleurs, ce n’est pas dans la théorie abstraite qu’il faut chercher
la clé des conséquences du MDP pour la société et le climat, mais
dans la structure institutionnelle dans laquelle ce mécanisme
viendrait s’insérer.
Prenons,
par exemple, le projet MDP prévu pour Adilabad, dans l’État d’Andhra
Pradesh. Après l’avoir examiné, la CFI a vu des possibilités de
piéger du carbone par le reboisement et l’afforestation de terres
non boisées ou de forêts dégradées dont les réserves de carbone
ont été entamées par une population humaine nombreuse et croissante,
par le nombre toujours plus grand des têtes de bétail qui paissent
dans la forêt sans contrôle aucun, et par l’invasion des terres
boisées et leur affectation à la culture itinérante.
D’après
la CFI, la meilleure option serait de régénérer les forêts de
teck et de divers feuillus. Les plantations d’eucalyptus clonés
accumuleraient plus vite du carbone et serviraient à d’autres
usages commerciaux tels que la production de bois et de pâte,
tout en augmentant les retours pour les investisseurs intéressés,
mais elles seraient plus coûteuses à établir et à entretenir,
et seraient certainement condamnées par les communautés adivasi
et par les activistes, qui y verraient une nouvelle forme de colonialisme.
La
CFI a décidé que les groupes d’entraide de femmes (SHG) seraient
les mieux placés pour s’occuper de la régénération des forêts.
Ces groupes avaient été établis dans les années 1990 au niveau
étatique par l’Agence de développement intertribal, dans le but
d’améliorer la situation financière des foyers au moyen de plans
de micro-crédit et de formation de capacités, et en les mettant
en contact avec les institutions financières et les autorités
gouvernementales. La CFI est d’avis que ces groupes sont bien
plus dynamiques, responsables et transparents que d’autres institutions
locales telles que les comités de protection des forêts, qui sont
considérés comme inefficaces, non transparents, indignes de confiance
et ayant de mauvais rapports avec le ministère des Forêts.
On
dirait que c’est parfait. Sauf qu’il est difficile de voir comment
les vertus des groupes d’entraide s’appliquent à l’économie du
carbone. Pour commencer, la CFI affirme que les projets forestiers
de piégeage de carbone ne seront viables que si les SHG se réunissent
en une fédération, car les démarches pour leur préparation et
leur mise en oeuvre sont très coûteuses. Or, elle n’explique pas
comment ces fédérations pourraient se constituer dans les communautés
rurales, ni comment les SHG pourraient participer aux projets
MDP et accéder au marché du carbone. Elle ne mentionne pas non
plus que les SHG travaillent de nos jours de manière relativement
isolée des institutions Panchayat Raj (dernière autorité autonome
formelle au niveau du village dans l’Inde rurale), du ministère
des Forêts et des comités locaux de protection des forêts.
On
pourrait argumenter qu’il n’y a pas de raison de s’inquiéter pour
l’instant, et qu’il est possible d’apprendre à mesure qu’on avance.
Mais le problème est que la simple existence d’études comme celles
de la CFI est en train de légitimer l’idée de réaliser dans le
Sud des projets de compensation des émissions de carbone. Or,
peu d’étrangers remarqueront que les conclusions de ces études
sont suspectes.
Extrait
et adapté de : “Carbon Trading: A Critical Conversation on Climate
Change, Privatisation and Power”, Dag Hammarskjold Foundation,
Durban Group for Climate Justice et The Corner House. Cette publication
peut être téléchargée sur : http://www.dhf.uu.se.
index
– Ouganda : le FSC ne fait pas respecter les droits
des populations du mont Elgon
Depuis
1994, une organisation néerlandaise dénommée Fondation FACE travaille
au Parc national du mont Elgon, en collaboration avec le Service
ougandais de la Faune (UWA), responsable de la gestion des parcs
nationaux du pays. Le projet UWA-FACE prévoit de planter des arbres
sur une étendue de 25 000 hectares juste à l’intérieur des limites
du parc national. À ce jour, UWA-FACE a planté 8 500 hectares.
Selon les termes du contrat avec l’UWA, la fondation FACE est
propriétaire du carbone contenu dans les arbres plantés au mont
Elgon, et ces arbres ne doivent pas être coupés pendant au moins
99 ans. FACE entend tirer profit de la vente du carbone stocké
dans les arbres sous la forme de crédits carbone. D’après Alex
Muhwezi, directeur de l’UICN pour l’Ouganda, « FACE obtient un
permis pour continuer de polluer et nous devons planter quelques
arbres ».
En
mars 2002, SGS Qualifor avait certifié que le projet de plantation
d’arbres d’UWA-FACE était bien géré selon le système du Forest
Stewardship Council. Le certificat s’applique seulement au projet
UWA-FACE, et non à la gestion de tout le parc national du mont
Elgon. En délivrant ce certificat, la SGS s’est débrouillée pour
ignorer presque entièrement le conflit qui existe entre les communautés
locales et l’administration du parc.
En
juillet 2006, le Mouvement mondial pour les forêts et l’ONG ougandaise
‘Climate and Development Initiatives’ ont rendu visite aux communautés
qui habitent autour du mont Elgon. Nous y avons trouvé une situation
atroce. Les villageois nous ont dit que l’UWA gérait le parc avec
brutalité. En 1993 et 2002, les villageois en ont été expulsés
par la violence. Depuis, ils ont été battus, torturés et humiliés
par les gardes forestiers, qui les ont menacés et ont arraché
leurs cultures.
Dans
un village à la frontière du parc, un habitant nous a montré une
enveloppe qui contenait des douilles des balles tirées par les
gardes forestiers. « Les balles ont été tirées par des gens qui
voulaient nous tuer », a-t-il dit. « Quelques personnes sont mortes.
D’autres ont été blessées. »
Il
serait important de savoir si la SGS peut se limiter à certifier
le projet de plantation de la fondation FACE, ou si elle devrait
prendre en considération la gestion de tout le parc national.
La SGS ne s’est jamais suffisamment penchée sur la question.
Le
résumé du rapport de certification, publié en mars 2002, dit qu’on
était en train d’intégrer le projet UWA-FACE dans l’UWA et que,
« puisqu’il n’est pas permis de certifier une partie seulement
d’une Unité d’aménagement forestier », le certificat allait devoir
couvrir l’ensemble du Parc national du mont Elgon. La SGS prévoyait
que « cette extension de la portée [du certificat] aurait lieu
fin 2002 ou en 2003, lorsque l’intégration aura été complétée
».
En
mai 2005, la SGS s’est rendue au mont Elgon pour déterminer si
le projet de plantation d’arbres de la fondation FACE et de l’UWA
était toujours conforme aux normes du FSC. Dans le « rapport d’inspection
» rédigé à partir de cette visite, les conseillers de la SGS ont
signalé qu’il fallait « préciser quelle est la portée exacte du
certificat ». En avril 2006, la SGS a fait une nouvelle visite
d’inspection. Cette fois, les inspecteurs n’ont pas mentionnée
la portée de la certification.
J’ai
demandé à Gerrit Marais, de la SGS, pourquoi la SGS n’avait toujours
pas évalué le parc national, plus de quatre ans après avoir écrit
qu’il fallait le faire. Marais a répondu que « la SGS avait été
engagée par FACE pour certifier la zone de ‘restauration de la
forêt’ du Parc national, qui est la seule zone boisée sur laquelle
le partenariat FACE-UWA a un contrôle effectif. Le reste
du parc dépend uniquement de l’UWA. À moins que le partenariat
soit suffisamment intégré... on ne peut pas élargir la portée
de la certification ». En fait, la SGS a permis à son client,
la fondation FACE, de décider comment appliquer les critères du
FSC. La réalité est que la plantation d’arbres de la fondation
FACE à l’intérieur des frontières du parc national ne peut pas
être séparée de l’aménagement du parc national. Elle fait partie
intégrante de la gestion du parc national.
Pourtant,
l’erreur la plus monumentale de la SGS concerne la population
indigène du mont Elgon et des environs. Le 27 octobre 2005, au
tribunal de Mbale, le juge J.B. Katutsi a résolu que « les Benet
du département de Benet, ceux de la commune de Yatui et du village
de Kabsekek du département de Kween et ceux de la commune de Kwoti
du département de Tingey sont les habitants historiques et autochtones
des zones en question qui ont été déclarées Zone protégée ou Parc
national. » Me Katutsi a résolu qu’il faut déclasser ces zones
et que les Benet ont « le droit d’y rester et d’y pratiquer des
activités agricoles sans être dérangés ».
Les
rapports d’inspection de la SGS ne mentionnent pas cette décision
du tribunal. Celui d’avril 2006 parle une seule fois des Benet
: « À l’extérieur de l’UAF [unité d’aménagement forestier] la
tribu Benet s’est installée à l’intérieur des limites du parc
national du mont Elgon. Il faudrait en évaluer la portée... pour
connaître l’importance du litige au sujet des frontières ».
Le
principe nº 3 du FSC dit que « les droits légaux et coutumiers
des peuples indigènes à la propriété, à l’usage et à la gestion
de leurs territoires et de leurs ressources doivent être reconnus
et respectés ». Dans sa décision d’octobre 2005, la Haute Cour
de Mbale a confirmé ce principe. L’UWA, la fondation FACE et la
SGS ne l’ont pas encore fait.
Chris
Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de,
www.chrislang.blogspot.com
index
– Colombie : les affaires du piégeage
de carbone, les territoires et les communautés
La
douzième session de la conférence des parties sur le changement
climatique (CdP 12) s’est terminée il y a quelques jours. Une
fois de plus, on a pu constater que les gouvernements et les parties
concernées ont très peu d’intérêt à chercher des solutions tranchantes
à la crise climatique à laquelle nous assistons. En revanche,
il a été évident qu’il existe beaucoup d’intérêt à promouvoir
l’application de stratégies inventées, axées sur les mécanismes
du marché, parmi lesquelles ont une place de choix les projets
de plantations forestières fonctionnant comme dépotoirs de gaz
à effet de serre.
Parmi
les projets MDP (mécanisme de développement propre), ces dépotoirs
supposés attirent beaucoup l’attention des pollueurs des pays
industrialisés, parce que les plantations en question permettent
de maintenir en place le modèle responsable de la crise climatique,
qu’elles peuvent être établies dans les pays appauvris à des coûts
sensiblement inférieurs à ceux de leurs propres pays, et qu’elles
représentent enfin une source supplémentaire de richesse.
Bien
entendu, la réalisation de tous les projets de ce genre requiert
de grandes étendues de terre. Or, la plupart de ces terres sont
actuellement occupées par les populations indigènes, noires et
paysannes du monde, qui représentent un obstacle pour les plans
d’expansion des monocultures.
La
CdP parle bien de la vulnérabilité et du fonds d’adaptation au
changement climatique, mais elle devrait peut-être s’occuper de
la grande vulnérabilité des communautés locales aux projets mentionnés
qui, comme nous verrons plus loin, commencent déjà à avoir des
effets négatifs sur les territoires et les populations.
La
Colombie n’est pas étrangère à cette situation, comme cela se
dégage des déclarations des membres de la délégation officielle,
qui ont manifesté qu’ils participaient à la CdP attirés par la
possibilité d’accéder aux ressources qui dériveraient des affaires
du MDP.
Le
gouvernement colombien possède un service du changement climatique
au sein du ministère de l’Environnement, le Logement et le Développement
territorial, où sont inscrits les projets approuvés dans le cadre
du MDP, c’est-à-dire les puits de carbone forestiers. Ces projets
sont aujourd’hui au nombre de huit, mais en fait ils sont douze,
car l’un d’eux, le ‘Projet forestier national’, concerne cinq
régions du pays.
La
mise en oeuvre de ces 12 projets suppose l’utilisation de 222
885 ha, ce qui représente une augmentation d’environ 150 % de
la superficie occupée par des plantations dans le pays. Pourtant,
ce chiffre pourrait être bien plus élevé, considérant qu’un de
ces projets comporte à lui seul l’utilisation de plus de 100 000
ha, sans que l’on sache quelles seront exactement ses dimensions.
Comme il fallait s’y attendre, la plupart des essences qu’il est
prévu d’utiliser sont exotiques : pin, eucalyptus, teck, melina
et acacia.
À
ce jour, seuls deux projets sont à l’étape d’implantation sur
le terrain. Il est possible d’évaluer partiellement l’un d’eux
et d’identifier les irrégularités visibles ou les aspects inquiétants
(nous montrerons plus loin, à titre d’exemple, de quelle manière
on entend établir plusieurs de ces projets dans les territoires
collectifs de quelques communautés autochtones).
En
examinant de près l’un des projets en exécution depuis 2002, ‘Procuenca’,
nous voyons qu’en avril 2006 il y avait 3 200 ha de plantations
établies, dont 60 % étaient des plantations de pins et d’eucalyptus.
En ce qui concerne les modalités de mise en oeuvre, il faut mentionner
les « contrats de comptes en participation », un système par lequel
les propriétaires fournissent les terres pour l’établissement
des plantations et reçoivent un prêt pour le reboisement commercial.
L’argent provient du Certificat d’incitation à l’afforestation
(CIF).
Ce
qui précède veut dire que l’établissement des plantations est
financé avec les ressources de l’État colombien, mais que, simultanément,
il sera financé avec le produit de la vente de crédits de réduction
d’émissions dans le cadre du MDP. Dans ce sens, ce projet est
l’un des plus avancés, ou le plus avancé en ce qui concerne le
commerce de crédits dans le pays. Les propriétaires ont une idée
claire de la manière dont seront distribuées les sommes fournies
par le CIF pour couvrir en partie la dette contractée, mais ils
n’ont aucune information sur la distribution des sommes en provenance
des crédits carbone, lesquelles seront versées au projet mais
non à ses exécuteurs directement.
D’autre
part, parmi les acteurs impliqués dans ce projet figurent ceux
qui, au plan international, ont des intérêts manifestes dans l’affaire
et dans le marché du carbone. Pour n’en citer que quelques-uns,
en plus des consultants particuliers il y a la FAO, qui a été
appelée à s’occuper de l’administration et de l’assistance technique
afin de rendre le projet transparent ; en outre, il y a les grandes
ONG, telle Conservation International (CI), chargée de l’élément
d’additionalité que représente la conception de couloirs biologiques.
Simultanément, cette organisation et la Banque mondiale apparaissent
comme les principaux clients dans la vente des crédits sur le
marché du MDP.
Passons
maintenant aux projets dont la mise en oeuvre est en attente.
Nous avons d’abord celui du Parc national naturel Paramillo, où
il faut d’emblée remettre en question la réalisation d’une activité
forestière productive dans un territoire dont l’utilisation est
tacitement limitée à la recherche, l’éducation environnementale
et la récréation passive. Dans le cas de ce parc, l’objectif invoqué
est l’établissement de plantations forestières comme stratégie
pour fournir aux petits propriétaires de nouvelles options économiques,
pour garantir la protection du parc national et renforcer la conservation,
ce qui est absurde si l’on compare cet objectif aux effets négatifs
des plantations forestières, de leur gestion, de leur exploitation
et du modèle général auquel elles sont soumises.
Finalement,
il y a les projets conçus pour être établis sur les territoires
des communautés indigènes, comme celui prévu pour la région des
plaines du département de Cordoba, où se situe également le parc
Paramillo. Dans ce cas, l’objectif est d’établir 1 500 ha de plantations
destinées à apporter des avantages économiques aux communautés
indigènes. On peut supposer qu’il s’agit de celles du peuple Zenú
qui habite la région.
L’autre
projet, dénommé ‘Renacimiento de la Orinoquía’, vise à établir
plus de 100 000 ha de plantations de palmiers à huile, de pins,
d’eucalyptus, d’hévéas, d’acacias et d’autres espèces sur les
plaines orientales du département de Vichada. Là encore, l’objectif
serait de fournir des options économiques à la population indigène
locale. Dans ce cas, ce qui attire d’abord l’attention est que
les territoires utilisés appartiennent à des communautés indigènes.
Les zones concernées sont celles de Marandua, Carimagua, Cimarron
et Wacoyo.
Un
autre aspect important est l’absence de précision quant à la superficie
à utiliser. En effet, il y a quelques mois on a présenté à l’Union
européenne le projet de créer un puits de carbone de trois millions
d’hectares, qui serait le plus grand de la planète. Le responsable
de ce travail est Carlos Gustavo Cano, aujourd’hui membre du conseil
de direction de la Banque de la République mais auparavant ministre
de l’Agriculture. En tant que tel, il avait été chargé
de présenter au Congrès le code forestier actuellement en vigueur,
qui a supprimé toutes les mesures de contrôle de l’établissement
et de la gestion des plantations et qui a facilité l’accès de
l’investissement privé à l’exploitation des forêts colombiennes.
Les
deux derniers projets mentionnés comportent plusieurs dangers
pour les territoires et les populations indigènes du pays. Le
plus grave est que le code forestier a éliminé les permis pour
l’établissement de plantations et n’exige plus que d’inscrire
ces dernières. Cela veut dire que l’on ne vérifie plus si les
monocultures empiètent sur des territoires collectifs ou sur des
zones protégées ou affectées à la conservation, ce qui empêcherait
leur réalisation. La même chose se passe pour ce qui est de l’exploitation
et la gestion des plantations.
D’autre
part, il s’avère que le droit légitime des communautés indigènes
à la « consultation préalable » est violé, du fait que la nouvelle
réglementation adoptée par le gouvernement actuel limite l’exigence
de consultation aux projets pour lesquels un « permis environnemental
» est requis. Or, nous venons de voir que cette condition a été
éliminée dans le cas des plantations établies en application du
code forestier. Ainsi, les communautés n’ont pas de pouvoir de
décision sur les activités prévues par des tiers sur leurs territoires,
malgré les impacts futurs que nous avons décrits.
Diego
Alejandro Cardona Calle, CENSAT Agua Viva, Les Amis de la Terre
Colombie, adresse électronique : bosques@censat.org
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– Les ONG exigent à la Convention sur le climat
que les arbres GM soient exclus du MDP du Protocole
de Kyoto
En
2003, une commission de la 9e Conférence des Parties (CdP 9) à
la Convention cadre de l’ONU sur le changement climatique (UNFCCC)
qui s’était réunie à Milan avait décidé que les arbres GM pouvaient
être utilisés dans ce qu’on appelle mécanisme de développement
propre (MDP), dans des plantations censément destinées à compenser
les émissions de carbone des usines du Nord industrialisé.
En
réponse, un réseau international d’organisations a été constitué
pour exiger à l’ONU d’exclure les arbres GM du Protocole de Kyoto.
En effet, ces organisations pensaient que la décision d’autoriser
les entreprises à vendre des « crédits carbone » était devenue
encore plus problématique du fait d’y avoir inclus des plantations
d’arbres GM, incertaines et risquées, pour les utiliser comme
des dépotoirs de carbone. Cela ne faisait qu’aggraver une situation
déjà mauvaise (voir le bulletin nº 80 du WRM).
Le
réseau international CAN (Climate Action Network), qui regroupe
des ONG écologistes et dont l’objectif est de pousser les individus
et les gouvernements à agir pour limiter les changements climatiques
provoqués par l’homme, avait réclamé que les plantations d’arbres
en régime de monoculture soient exclues du MDP, en affirmant que
les grandes plantations commerciales mettent en danger la diversité
biologique, la protection des bassins versants et les moyens de
subsistance durables des populations locales. Le réseau avait
également demandé que les espèces exotiques envahissantes et les
arbres génétiquement modifiés soient strictement interdits dans
les projets de boisement ou de reboisement MDP.
Cette
année, la CdP 12 de l’UNFCCC s’est réunie à Nairobi, au Kenya,
du 6 au 17 novembre. La demande d’interdire l’utilisation d’arbres
génétiquement modifiés dans les plantations établies comme puits
de carbone a été présentée une fois de plus.
«
Il faut interdire l’utilisation d’arbres GM dans les grandes plantations
affectées au piégeage de carbone », a dit Anne Petermann, du Global
Justice Ecology Project. Elle a expliqué que « la fuite de pollen
ou de graines d’arbres GM vers les forêts indigènes pourrait avoir
des conséquences écologiques tout à fait imprévisibles et graves,
et affecter la capacité de piégeage de carbone des forêts, ce
qui aggraverait le réchauffement de la planète ». Andrew Boswell,
de l’organisation Large Scale Biofuels Action Group, a ajouté
: « Vu la recommandation de mars 2006 de la Convention de l’ONU
sur la diversité biologique, suivant laquelle la possibilité d’utiliser
des arbres GM doit être considérée avec précaution, nous exhortons
les pays du Sud à être extrêmement prudents avant d’adopter ces
technologies qu’ils ne contrôlent pas et qui risquent de ne pas
leur être avantageuses ».
Malheureusement,
la Convention a servi de lieu de rencontre aux gros intérêts qui
ne se soucient guère de l’environnement ni des gens et qui ne
pensent qu’à l’argent. (Voir les informations sur la CdP 12 de
la Convention cadre de l’ONU sur le changement climatique à l’adresse
: http://www.wrm.org.uy/actors/CCC/index.html#nairobi).
Article
fondé sur des informations tirées de : “CAN Recommendations: Modalities
for Including Afforestation and Deforestation under Article 12”,
CdP 9, décembre 2003 ; "False & Destructive “Solutions”
to Global Warming: Groups Condemn Large-Scale Biofuels, Genetically
Engineered Trees & Crops, Monoculture Tree Plantations”, communiqué
de presse sur la Convention cadre de l’ONU sur le changement climatique,
Nairobi, Kenya, 16 novembre 2006.
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