disponible en espagnol, en portugais et en anglais

Numéro 118 - Mai 2007

NOTRE OPINION
LES COMMUNAUTÉS ET LES FORÊTS

LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE D'ARBRES

LES INVESTISSEMENTS DU NORD DANS LE SUD

LE COMMERCE DU CARBONE

 

NOTRE OPINION

 

– La protection des forêts : des paroles et des actes

 

Tout le monde semble être d’accord qu’il faut protéger les forêts qui restent au monde... mais les forêts continuent de disparaître au même rythme alarmant de toujours. Il est donc important de faire la différence entre ceux qui veulent vraiment protéger les forêts et ceux dont les paroles et les actes vont dans deux sens opposés. La plupart des articles de ce numéro du bulletin du WRM en sont de bons exemples.

 

Prenons par exemple le cas de l’article sur l’Équateur, où les communautés locales luttent pour éviter qu’une entreprise minière canadienne détruise leur environnement, qui comprend une étendue de forêt ancienne d’une énorme valeur biologique située dans la zone tampon d’une des plus importantes réserves écologiques du pays. Hommes, femmes et jeunes se sont organisés autour de la position commune et non négociable « Non aux mines », qui bénéficie aujourd’hui du soutien unanime de tous les gouvernements de la région et de celui des populations qui habitent à l’intérieur des limites des concessions minières ou dans leur voisinage.

 

Dans le cas du Congo, les Efe ont utilisé et protégé la forêt d’Ituri pendant des siècles. Au début des années 1990, des entreprises forestières européennes et malaises ont commencé à détruire cette forêt, et donc les moyens de vie des Efe, tandis que l’appétit des sociétés transnationales pour les minerais de la région – l’or et le coltan – provoquait la guerre et une destruction encore plus grande de la forêt.

 

Au Laos, la société conseil norvégienne Norconsult a remporté un contrat de 1,5 millions USD pour superviser les travaux de construction du barrage Xeset 2, financé par l’Agence norvégienne de coopération au développement. La Chine y est fortement impliquée aussi : la Banque export-import de Chine finance 80 % de ce projet de 135 millions USD, et l’entrepreneur principal est la China North Industries Corporation. Un habitant du pays a dit : « Nous ne voulons pas qu’ils construisent le barrage. Il va beaucoup affecter notre terre et l’environnement... Mais nous n’osons pas nous opposer aux fonctionnaires du gouvernement ». Les agences gouvernementales et les consultants, du Laos, de la Norvège et de la Chine, savent que cela est vrai, mais les plans continuent quand même.

 

Tout le monde sait que les plantations de palmier à huile sont une cause majeure de destruction des forêts. Néanmoins, la demande de biodiesel des pays du Nord encourage l’expansion de cette culture partout dans les tropiques. Dans le cas de la Thaïlande, le gouvernement entend augmenter la superficie de ces plantations, qui est aujourd’hui de 400 000 hectares, pour atteindre 1,2 millions d’hectares en 2009. Comme le signale l’article sur la Thaïlande, « si l’expansion des plantations de palmier à huile avait lieu comme prévu dans les plans gouvernementaux, la Thaïlande perdrait irréversiblement sa sécurité alimentaire, ses forêts et sa diversité biologique. Pour le peuple thaïlandais, ce serait une catastrophe ».

 

Plusieurs articles apportent des exemples supplémentaires du double discours des gouvernements et des entreprises. Heureusement, la médaille a deux faces. Sur l’autre, il y a les gens de la région et les organisations qui les soutiennent, avec leur propre programme environnemental et social.

 

Par exemple, fin avril de cette année, le Mouvement brésilien des paysans sans terre et Via Campesina ont organisé une rencontre internationale sur les plantations d’eucalyptus en régime de monoculture pour définir des stratégies en matière d’actions conjointes contre l’avancée dans le Sud de la monoculture d’arbres et des usines de pâte.

 

En avril également, des organisations uruguayennes de petits agriculteurs, des ONG et d’autres organisations sociales des quatre coins du pays ont lancé une Initiative nationale pour la suspension des plantations d’arbres en régime de monoculture.

 

En Ouganda, le gouvernement a finalement décidé en mai d’abandonner le projet de livrer les réserves de la forêt centrale de Mabira à la plantation commerciale de canne à sucre. Cette décision est le résultat de fortes mobilisations de la population locale (au cours desquelles cinq personnes ont été tuées et bien d’autres blessées) contre la destruction de la forêt.

 

Au Costa Rica, plusieurs organisations encouragent la restauration familiale des forêts, à partir d’expériences documentées mises en oeuvre dans le pays, par opposition au modèle de la monoculture d’arbres pratiquée jusqu’à présent.

 

En somme, les gouvernements se contentent de parler de la conservation des forêts, tandis que les gens prennent des mesures réelles pour protéger leurs forêts et leur environnement. Dans le cas des premiers, l’explication réside dans le profit, comme le précise l’article sur l’usine de pâte de l’entreprise finnoise Botnia en Uruguay, Pourquoi utilise-t-on des fonds publics de l’UE ? D’après l’auteur, la réponse à cette question est bien simple : « Botnia reçoit des fonds publics européens parce que cela convient à l’industrie européenne ». Dans le deuxième cas, la raison de la lutte des peuples pour protéger leurs forêts est également simple : « Vous allez comprendre pourquoi on nous appelle le Peuple de la Forêt... Lorsque la forêt mourra, nous mourrons ».

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LES COMMUNAUTÉS ET LES FORÊTS

 

Costa Rica : une initiative écologiste de restauration de la forêt

 

L’association Communautés écologistes La Ceiba – Amis de la Terre Costa Rica (COECOCEIBA – AT), constituée par des membres de divers secteurs sociaux (universitaires, professionnels, écologistes et paysans) estime qu’il est temps de mettre au point, de manière innovante, de nouveaux modèles de récupération du couvert forestier et de donner une opportunité à des méthodes de reboisement autochtone comprenant quelques-uns des principes de base que la forêt tropicale, principal écosystème naturel du pays, applique de façon silencieuse. Il est temps de donner une opportunité à la créativité et aux expériences déjà existantes dans les communautés, et d’essayer des modèles plus sains pour l’environnement et plus justes et participatifs pour la société.

 

C’est dans ce but que l’association présente l’expérience de la famille Díaz Alvarado dans son ancienne plantation d’ananas dans la Zone Nord du Costa Rica. Cette initiative combine la régénération naturelle enrichie par la plantation et/ou l’aménagement d’essences de valeur ; elle offre des opportunités de production qui s’intègrent de manière complémentaire à l’économie paysanne, et elle génère des services environnementaux de bonne qualité pour toute la société du pays.

 

La famille Díaz Alvarado (Mme. Eduviges, M. Félix, leurs deux filles et leur fils) est arrivée il y a 22 ans à Castelmare de Saíno de Pital, une petite communauté située dans le Nord du Costa Rica, au centre d’une plaine chaude et humide sur les rives du fleuve Tres Amigos, l’un des principaux affluents du fleuve San Carlos. Dans cette région, il pleut en moyenne de 3 à 4 mètres, régulièrement distribués le long de l’année. La terre y est en général argileuse et rouge et d’une fertilité moyenne ou faible.

 

Leur parcelle se composait à l’époque d’environ 9 hectares d’enclos arborés traversés par un petit ruisseau où l’on conservait un bosquet de protection. Là avaient survécu quelques amandiers énormes (Dipteryx panamensis) et une poignée de vieux arbres qui restaient de la forêt originelle. Pendant les premières années, la famille a entrepris de transformer peu à peu la prairie en plantation d’ananas, en laissant se développer de petits lauriers (Cordia alliodora), des chênes corail (Terminalia amazonia), des ‘manga larga’ (Laetia procera) et d’autres espèces qui germaient spontanément.

 

Pendant ce temps-là, quelques entreprises achetaient des terres dans les zones environnantes pour semer de grandes étendues d’arbres en régime de monoculture. Au début, elles plantaient des lauriers et des eucalyptus ; plus tard, après l’échec total des plantations de ces deux essences, elles ont planté des melinas (Gmelina arborea), des terminalias (Terminalia ivorensis) et des acacias (Acacia mangium). À maintes reprises il y a eu des conflits entre les techniciens des entreprises et la famille Díaz Alvarado ; parfois c’était parce que les entreprises voulaient leur faire quitter leur propriété, d’autres fois parce qu’elles bouchaient de terre les ruisseaux en défrichant ou, tout simplement, parce que les Díaz Alvarado et d’autres voisins protestaient et déposaient des plaintes en voyant la forêt détruite au profit des plantations.

 

Quelques années plus tard, le village de Castelmare a commencé à se réduire ; la concentration de la terre et les grandes plantations d’arbres n’ont pas permis à la communauté de se développer comme d’autres établissements paysans de la région. En l’absence de bonnes routes leur permettant de transporter leurs produits pour les vendre et faute d’une école pour les enfants, la famille a dû s’installer en 1984 à Saíno de Pital, un village petit mais avec quelques avantages. C’est alors qu’ils ont décidé de conserver la parcelle et de mettre en oeuvre un projet sylvicole, pour montrer à ces techniciens qui parcouraient la zone en semant des arbres en régime de monoculture comment produire du bois de façon naturelle et sans faire tant de dégâts. En outre, cela permettrait à la famille de mettre quelque chose de côté pour l’avenir. Le projet était compatible avec la disponibilité de main-d’oeuvre de la famille et elle y a persévéré, malgré les difficultés de déplacement (pour se rendre à la propriété il fallait parcourir neuf kilomètres de mauvais chemins, et il n’y avait pas de transport collectif).

 

À l’époque ils y allaient deux fois par semaine. Ils ont conservé la plantation d’ananas, mais ils ont commencé à repiquer des jeunes arbres qu’ils prenaient dans les forêts voisines et à entretenir ceux qui germaient naturellement sur place. Comme les ananas étaient toujours là, de temps en temps ils désherbaient à la machette, en respectant toujours les petits arbres, surtout les essences commerciales ou celles de bois de prix, ainsi que celles qui apportaient quelque chose à la vie sauvage.

 

D’autre part, on a inclus dans les activités d’entretien un programme d’élagage pour que les arbres à bois grandissent en gardant une bonne forme. Vers la fin des années quatre-vingt-dix, on a lancé aussi un programme d’enrichissement avec des essences rares ou en péril d’extinction et avec des arbres fruitiers dans les clairières que laissaient les espèces pionnières de croissance rapide et cycle vital court (par exemple, le ‘buriogre’, Trichospermum sp).

 

Aujourd’hui, l’expérience a un peu plus de vingt ans. Elle a donc atteint sa majorité, et montre quelques résultats très intéressants en ce qui concerne la protection de la diversité et la contribution à la récréation, au respect de soi, à l’éducation et à l’économie des habitants de la campagne.

 

La forêt de la famille Díaz Alvarado a une structure semblable à celle de n’importe quelle forêt secondaire de 15-20 ans dans le climat tropical humide de la zone nord. Le sommet des arbres atteint près de 25 mètres, et le couvert est fermé. Dans les secteurs non aménagés, le sous-bois est riche en plantes de diverses familles : Rubiaceae, Piperaceae, Heliconiaceae, Zamiaceae, Smilacaceae, etc. Avec les plantes mentionnées poussent aussi de nombreux plants d’essences à bois de prix, dont les graines proviennent de grands arbres qui restent de la forêt primaire sur les bords du ruisseau. Dans le secteur nord, le sous-bois a été aménagé pour permettre une combinaison de vieux ananas, d’espèces ornementales, d’espèces médicinales et de petits arbres de croissance lente.

 

Comme dans d’autres forêts secondaires de la région, la densité de cette forêt est de quelque 500 individus par hectare, et il en est de même quant à sa composition, la variété des espèces étant elle aussi semblable.

 

D’après le témoignage de la famille Díaz Alvarado et de quelques voisins, le débit du ruisseau qui naît dans cette parcelle a progressivement augmenté, ce qui fait penser que le régime hydrique des eaux souterraines a dû s’améliorer à mesure que le couvert de la forêt et du sous-bois s’est renforcé dans la zone de protection.

 

Il faut souligner que l’objectif de cette forêt n’est pas de produire du bois de la manière la plus rapide et en faisant des coupes rases ; au contraire, la forêt restaurée est considérée comme un complément économique, et la famille a l’intention d’extraire le bois tombé ou les arbres qui atteignent la maturité suivant un plan d’aménagement qui consiste à extraire chaque année quelques arbres mûrs pendant la période sèche. Ainsi, on réussira à conserver la forêt au cours du temps.

 

Cette expérience (qui n’est pas unique, il en existe probablement d’autres semblables dans d’autres régions tropicales) a le mérite d’être une réponse au modèle de monoculture forestière qui a détruit des forêts, concentré entre les mains de quelques-uns de vastes étendues de terres et asséché les marais, et qui est l’une des causes principales de la diminution de la diversité biologique dans la zone nord du Costa Rica.

 

Extrait et adapté de : “La restauración ecologista del bosque tropical. Una alternativa de reforestación ambientalmente sana y socialmente justa y participativa”, COECOCEIBA- Amigos De La Tierra, Costa Rica, adresse électronique : licania@racsa.co.cr, http://www.coecoceiba.org.

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Équateur : affermissement de la résistance contre les mines en Intag

 

Douze années sont passées sans que les puissantes transnationales minières aient pu faire fléchir la volonté des paysans de la région d’Intag, canton de Cotacachi, province d’Imbabura, dans le Nord-Ouest de l’Équateur.

 

Ce cauchemar a démarré en 1991, lorsqu’un Japonais dont on ne sait toujours pas le nom a commencé à parcourir de long en large la région dans son véhicule. Personne ne savait exactement ce qu’il faisait. Vers 1995, on a appris qu’il faisait de la « prospection minière », c’est-à-dire qu’il cherchait des minerais dans le sous-sol.

 

Du fait de cette activité, ce que le Japonais avait de pittoresque est devenu gênant et nocif car, par suite des perforations effectuées et des substances polluantes déversées dans les ruisseaux, les paysans ont commencé à remarquer que la santé des enfants qui s’y baignaient était affectée et que le bétail tombait malade, parmi d’autres contretemps.  La population a donc commencé à s’organiser, en principe pour obtenir des informations sur ce qui se tramait à son insu. C’était l’époque de la Bishi Metals, une multinationale japonaise dont les activités sont restées dans les mémoires comme un jeu d’enfants, par rapport à ce qui viendrait plus tard.

 

Dans ces circonstances est née DECOIN (Défense et conservation écologique d’Intag), une organisation de base qui coordonne des programmes d’éducation et de protection de l’environnement, dont un programme pour la protection des bassins versants et  bien d’autres initiatives écologiques et sociales, parmi lesquelles figure la création de la Réserve communautaire de Junín.

 

Les habitants de Cerro Pelado, Junín, El Triunfo, Villaflora, Cuaraví, La Armenia, Cazarpamba et Barcelona, les communautés les plus affectées par le projet minier, n’ont cessé de confirmer, depuis le moment où les transnationales minières ont commencé à débarquer, leur décision de ne pas leur permettre d’opérer dans leurs terres. À ce jour, ces entreprises n’ont pas pu commencer leurs activités minières proprement dites, car les concessions sont situées à l’intérieur de la Réserve communautaire de Junín, région de forêts primaires d’énorme valeur biologique situées dans la zone tampon de la Réserve écologique Cotacachi-Cayapas, l’une des plus importantes de l’Équateur. En outre, ces forêts brumeuses font partie de la biorégion du Chocó et constituent le hot-spot Andes Tropicales, le site le plus brûlant du point de vue biologique parmi les 34 points névralgiques les plus importants du monde. Cette réserve est protégée avec beaucoup de zèle par les communautés.

 

L’histoire de la résistance contre l’industrie minière en Intag ne serait pas concevable sans d’autres piliers organisationnels, auxquels sont venus s’ajouter des événements favorables, comme l’élection, en 1996, de l’économiste Auki Tituaña, dirigeant indigène charismatique,  à la mairie de Cotacachi. Le maire a lancé un processus politique réellement participatif qui a permis, parmi bien d’autres choses, d’approuver à l’initiative des habitants de l’Intag une ordonnance municipale déclarant le canton de Cotacachi ‘canton écologique’ (le texte de l’ordonnance est disponible à l’adresse : accionecologica.org/descargas/ areas/otros/documentos/ordenanza.doc). Il s’agit d’une norme unique en Amérique latine et peut-être même dans le monde, qui vise à protéger les ressources naturelles et, à cet effet, à empêcher l’extraction minière.

 

De nombreuses circonstances y ont contribué, mais ce qui a définitivement mis fin à la présence de Bishi Metals en Intag est la prise du campement de l’entreprise par les habitants des communautés qui allaient être affectées par le projet minier : les gardes ont été expulsés, le matériel de l’entreprise a été retiré et placé sous la surveillance du maire, le campement minier a été démonté et le reste brûlé. Ceci a coûté un procès à quelques-uns des participants dont les actions ont été dénoncées, non pas par l’entreprise qui, bon gré mal gré a eu l’air d’accepter la volonté du peuple, mais par l’État équatorien, nommément par le ministère de l’Énergie et des Mines. Vu qu’il n’a jamais été possible de prouver que les paysans aient été coupables, après un long procès ils ont bénéficié en 1999 d’un non-lieu définitif.

 

Il convient de signaler que la Loi minière en vigueur en Équateur a été financée par la Banque mondiale, dans le cadre du Projet de développement minier et de contrôle environnemental (PRODEMINCA). De nombreuses infractions aux normes écologiques de la Banque mondiale ont été commises pendant la mise en oeuvre de ce projet ; par suite des plaintes déposées par la DECOIN, la Banque a lancé une enquête sur le projet.

 

Les concessions minières de la région d’Intag s’appellent Golden 1, Golden 2 et Magdalena 1. Il s’agit de 7 000 hectares qui, après le départ de Bishi Metals, ont été acquis par l’entreprise minière canadienne Ascendant. À l’heure actuelle, les concessions d’Ascendant totalisent 22 500 hectares dans la région.

 

D’après les témoignages des voisins, l’arrivée de cette entreprise minière a marqué le début du pire cauchemar jamais vécu dans la région d’Intag. La conséquence la plus grave est le conflit social suscité par les propositions de ceux qui ont assuré l’intermédiation entre l’entreprise et les communautés par le biais d’organisations de développement fictives (d’abord le Conseil de développement de García Moreno, CODEGAM, ensuite l’Organisation de développement d’Intag, ODI). Leur intervention a provoqué des affrontements entre parents, amis et voisins.

 

Le maire Tituaña s’est adressé à l’entreprise par une lettre ouverte datée du 15 décembre 2004, où il énumérait les violations des lois qu’elle avait commises : « Depuis les premiers jours où Ascendant Exploration a été présente dans notre canton, [...] ses employés n’ont informé aucune autorité de ses plans, et n’ont pas demandé non plus l’autorisation correspondante pour opérer dans notre territoire. D’autre part, la non-consultation des communautés qui seraient affectées par le projet minier de votre entreprise est une faute grave et une violation évidente des droits constitutionnels de l’Équateur, et nous ne permettrons jamais qu’elle reste impunie. [...] la volonté des communautés n’a pas été respectée, ni les plans de développement local formulés de manière participative avec les acteurs sociaux du canton. En outre, nous avons reçu [...] des menaces de mort contre des leaders qui luttent contre l’activité minière ». Un aspect fortement contesté est la validité des concessions minières.

 

Parmi les plaintes présentées par la population auprès d’organismes des droits de l’homme figurent des pots-de-vin proposés aux présidents des communautés pour qu’ils signent en faveur de l’industrie minière ; la présence de gardes du corps et de paramilitaires fortement armés de pistolets, de gaz et de bombes lacrymogènes, lesquels ont à plusieurs reprises tiré sur les villageois ; des paiements pour qu’on assiste aux réunions convoquées par l’entreprise et des pressions pour que les présents signent des papiers en blanc ; des contrats avec des sous-traitants non autorisés ; des invasions réitérées de propriétés privées.

 

La concession minière est située dans une zone habitée par des colons de cinq communautés (environ 150 familles), que le projet ferait partir. Les paysans ont toujours eu des difficultés pour obtenir des titres de propriété, car il y a eu des obstacles concernant la documentation à présenter et la justification de leurs droits sur les terres. Peu après l’arrivée des entreprises minières, des trafiquants de terres, c’est-à-dire des personnes qui s’adjugent la possession et démontrent par des documents faux qu’ils y ont droit, ont essayé à maintes reprises de s’emparer illicitement et d’obtenir la propriété de terres situées dans les concessions minières et dans les environs, et ils y sont parfois arrivés en quelques jours grâce à la complicité de fonctionnaires corrompus. Il y a eu aussi des achats illégaux de terres appartement au domaine forestier de l’État, ou situées dans des zones protégées contre les mines, et même de terres que les vendeurs avaient déjà vendues à d’autres personnes à des prix inférieurs. Une telle confusion a porté la Commission contre la corruption (CCCC) à mener une enquête exhaustive qui sera complétée dans les prochains jours.

 

Depuis septembre 2006, les communautés locales condamnent les tentatives réitérées et systématiques de l’entreprise de discréditer et de calomnier les personnes et les organisations qui se sont déclarées opposées à l’industrie minière. D’après la Commission oecuménique des droits de l’homme (CEDHU), l’une des manifestations les plus agressives de ces tentatives est une campagne de dénonciations systématiques contre les leaders et les paysans qui se sont interposés chaque fois que les employés de l’entreprise ou des membres de leur entourage ont essayé d’entrer dans les concessions minières.

 

Les événements décrits ont fait croître l’opposition à l’industrie minière, qui inclut aujourd’hui l’opposition unanime de tous les gouvernements locaux. Les sept gouvernements régionaux de la zone d’Intag, le gouvernement de la province et les communautés situées à l’intérieur des limites et dans les zones adjacentes de la concession ont manifesté publiquement leur opposition au projet minier.

 

En plus de résister à l’extraction minière, l’intéressant processus d’organisation qui a eu lieu dans la région d’Intag a permis d’améliorer la production de café biologique, que l’on exporte presque intégralement au Japon à un prix juste qui se maintient malgré les fluctuations du marché. D’autres groupes organisés fabriquent des produits artisanaux, comme ceux que l’on fait avec du sisal, des broderies faites à la main, des savons à base d’Aloe vera et d’autres produits naturels. Dans la communauté de Junín, centre de la résistance, il existe une existe une initiative de tourisme communautaire qui regroupe la plupart des familles et qui reçoit en moyenne plus de 650 touristes par an, générant des profits considérables. En outre, on a formé un groupe de gardes forestiers qui veillent à protéger l’environnement et à préserver l’intégrité des forêts primaires, des eaux et de la diversité biologique.

 

Les hommes, les femmes et les jeunes se sont réunis dans des organisations diverses, chacune ayant un but défini. La résistance aux mines a donné naissance à une génération de fiers leaders, hommes et femmes, consciencieux, formés et informés de leurs droits. La position commune dans la zone est ‘non aux mines’, et elle n’est pas négociable. Les gens sont pour l’environnement, pour l’eau, pour la vie et pour les générations futures. Ils sont pour la forêt brumeuse, le coq-de-roche, l’ours à lunettes et des milliers d’autres espèces.

 

Au plan politique, la situation que traverse l’Équateur est une porte ouverte au triomphe définitif de ce processus qui a déjà duré douze longues années. Le dialogue est ouvert. L’Assemblée constituante éveille de nombreux espoirs, même si, comme on nous a expliqué à Intag, « nous ne pouvons pas attendre l’assemblée constituante, cette lutte est quotidienne ». Et les intérêts économiques ne dorment pas.

 

Guadalupe Rodríguez, adresse électronique : guadalupe@regenwald.org (licenciée en philosophie et lettres, activiste des droits de l’homme et de l’environnement, elle a coproduit et réalisé en 2001 le premier documentaire sur la résistance à l’industrie minière en Intag, intitulé Intag, mi Zona Verde). Pour en savoir plus : Defensa y Conservación Ecológica de Intag, www.decoin.org ; Journal Intag, www.intagnewspaper.org/ ; documentaire “La Ruta del Cobre”, http://www.lifeonterra.com/episode.php?id=84 ; “Balacera de contratados por la empresa Ascendant a través de una de sus tercerizadoras sobre la población local de Intag” : http://www.youtube.com/watch?v=jrNOB2Vc4vM.

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– La politique du « déboisement évité », les peuples autochtones et les communautés locales : il faut d’urgence un débat sur les risques sociaux éventuels

 

La conservation des forêts revient dans le programme international sur le climat... Il en était temps !

 

De plus en plus de gouvernements du Nord et du Sud, d’agences bilatérales de développement, de banques multilatérales de développement et de grandes ONG conservationnistes affirment que « les pays » devraient recevoir une compensation pour protéger les « réservoirs de carbone » des forêts existantes. Certains pensent que les plans des gouvernements du Sud pour la protection des forêts pourraient générer des droits de polluer que ces gouvernements vendraient ensuite aux industries du Nord pour qu’elles puissent continuer à fonctionner comme d’habitude.

 

Presque tous les enthousiastes de ces politiques du « déboisement évité » (DE) rejettent la possibilité d’étudier au cas par cas les projets de conservation des forêts. Dans le cadre de la politique du DE, que la terminologie officielle de la CCCC de l’ONU appelle Réduction des émissions du déboisement (RED - Reduced Emissions from Deforestation), ils veulent des systèmes nationaux ou régionaux  comprenant de grandes étendues de forêt. Ainsi, disent-ils, on réduirait les frais de surveillance : il est bien moins cher de mesurer le déboisement depuis un satellite que de superviser une quantité de projets différents sur le terrain.

 

Les défenseurs du DE disent aussi qu’en reconnaissant aux « pays » la responsabilité de sauver les forêts on contribuerait à promouvoir une approche plus large des politiques forestières nationales, ce qui permettrait d’éviter que la protection de la forêt à un endroit donné aboutisse au déboisement à un autre endroit du même pays.

 

Or, dans cet engouement pour le DE on a fait relativement peu attention aux risques et défis qu’il comporte pour la société, ou aux conséquences qu’il peut avoir pour les peuples autochtones et les communautés locales dont la subsistance, la culture et le bien-être dépendent des forêts. Les mouvements et les militants pour les forêts devront engager un débat à ce sujet, à cause du fort impact qu’il pourrait avoir sur leurs forêts ancestrales, sur leurs droits essentiels et sur leur liberté.

 

Fonds publics ou commerce mondial du carbone ?

Certains gouvernements, et surtout celui du Brésil, suggèrent que les encouragements économiques pour que les pays en développement protègent leurs forêts devraient provenir d’un fonds international spécial alimenté par des fonds publics provenant des pays donateurs. Dans son rapport au gouvernement du Royaume-Uni sur les aspects économiques du changement climatique (Review on the Economics of Climate Change) publié début 2007, l’ancien économiste de la Banque mondiale Sir Nicholas Stern disait que « ...le soutien international pour que les pays prennent des mesures pour éviter le déboisement devrait commencer dès que possible... », au moyen de plans pilotes qui « ... pourraient être financés avec les contributions volontaires des pays développés, des entreprises et des ONG ». Stern suggère que les fonds publics pour le DE pourraient être assignés là où ils seraient le plus utiles pour chaque pays, et servir à combattre la pauvreté et les causes sous-jacentes du déboisement.

 

De leur côté, les grandes ONG conservationnistes, les entreprises de « finances du carbone » et de « foresterie du carbone », ainsi que certains gouvernements du Sud tels que ceux du Costa Rica et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, allèguent que les fonds publics ne vont jamais suffire à assurer un financement suffisant et durable du déboisement évité. Ce groupe soutient que seul le commerce mondial de crédits de pollution parviendrait à financer des systèmes RED efficaces. Parmi les défenseurs du commerce du DE figurent de plus en plus de consultants de sociétés de finances du carbone, par exemple EcoSecurities, qui sont avides d’obtenir de gros profits en commercialisant le carbone des forêts. Ces sociétés et entrepreneurs, ainsi que de nombreux chercheurs en sylviculture, de grandes ONG et la Banque mondiale, font maintenant d’intenses pressions sur les gouvernements donateurs pour les persuader de donner du soutien juridique et institutionnel aux marchés mondiaux du carbone des forêts.

 

La Banque mondiale cherche à capter des fonds mondiaux pour le carbone

La Banque mondiale applique aux finances du carbone des forêts une démarche qui mêle le côté public et le côté commercial. À présent, elle est pressée de capter tout nouveau financement mondial pour le déboisement évité, indispensable à sa proposition controversée d’une nouvelle Alliance mondiale pour les forêts (AMF) avec de grandes ONG conservationnistes, telles The Nature Conservancy, CI et WWF. Dans le cadre de l’AMF, la Banque prévoit de piloter des plans de déboisement évité dans cinq pays tropicaux, en application de sa Forest Carbon Parnership Facility (FCPF) qu’il demande aux pays industrialisés du G8 d’appuyer en juin 2007, lors de leur prochain sommet en Allemagne.

 

En attendant, la Banque est déjà en train d’inviter les gouvernements de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, du Costa Rica et de l’Indonésie et les organismes régionaux du Brésil et de la République démocratique du Congo à financer la protection des forêts à travers le déboisement évité. En mai 2007, la Banque mondiale cherchait à persuader ces pays de signer des accords pour limiter les émissions de carbone du déboisement d’ici à 2009 ou 2010, en échange de 250 millions USD en investissements.

 

Encore un PAFT ?

Or, cette fois encore, il paraît que les plans de la Banque mondiale, des gouvernements et des ONG pour combattre le déboisement au plan national, ainsi que leurs propositions d’inclure la conservation dans l’économie mondiale du carbone, se déroulent avec très peu ou pas de participation informée des peuples des forêts qui risqueraient d’être affectés. Lors d’une réunion récente à Oxford, les représentants du Forest Peoples Programme ont été stupéfaits d’entendre les consultants forestiers dire que les droits de l’homme et les problèmes des peuples autochtones étaient des « questions secondaires » qui « détournaient l’attention » des politiques pour la protection des forêts. Tout en concédant que quelques peuples indigènes risquent malheureusement d’être « saccagés », ils ont estimé que ce serait peut-être le prix à payer pour réaliser l’objectif majeur de ralentir le changement climatique !

 

Pourtant, toute expansion et mise en oeuvre rapides des plans de DE qui ne compteraient pas la participation des peuples des forêts et le respect de leurs droits et des problèmes sociaux risquent de répéter les mêmes erreurs d’autres initiatives mondiales contre le déboisement dans les tropiques, lesquelles ont échoué (comme le PAFT, Plan d’action pour les forêts tropicales, dirigé par la FAO et la Banque mondiale dans les années 1980). (1)

 

Risques sociaux éventuels

Les défenseurs des nouveaux plans sur le « déboisement évité » affirment que les taux de compensation doivent être plus élevés que les rendements d’autres utilisations de la terre qui sont des causes directes de déboisement (par exemple, l’expansion du palmier à huile, les plantations industrielles d’arbres, la conversion à l’agriculture, l’extraction d’hydrocarbures, etc.). D’après les estimations actuelles, les gouvernements pourraient gagner des centaines de millions, voire des milliards de dollars par an en n’abattant pas leurs forêts.

 

De telles sommes pourraient facilement devenir assez attrayantes pour pousser les autorités étatiques des forêts et des zones protégées à en expulser les gens qu’ils considéreraient comme des « intrus ». Dans la hâte de recevoir des paiements compensatoires en montrant par des images satellite que le défrichage et le brûlage des forêts ont cessé, les organismes de protection des forêts pourraient faire du zèle et se laisser tenter par l’idée de chasser les cultivateurs itinérants, entourant les forêts d’un cordon de sécurité pour empêcher les habitants traditionnels et les autres communautés tributaires des forêts d’en faire un quelconque usage.

 

Des politiques forestières directives et le retour à la « conservation par les armes et les gardes » ?

Cela pourrait avoir pour conséquences que le contrôle étatique des forêts augmente, que les peuples autochtones ou marginaux soient injustement accusés d’être les responsables du déboisement, que les droits territoriaux et fonciers coutumiers soient violés, que les États et les ONG délimitent des zones dans les forêts sans la participation informée de leurs habitants, que l’on impose aux peuples indigènes et aux communautés locales un partage inégalitaire du coût de la protection des forêts au moyen de contrats eux aussi inégalitaires et abusifs. Cela susciterait également la spéculation, l’appropriation de terres et les conflits fonciers (aggravés du fait de la concurrence pour obtenir des compensations DE) ; la corruption et le détournement des fonds internationaux par les élites nationales ; l’augmentation des inégalités et les conflits potentiels entre ceux qui reçoivent de l’argent du DE et ceux qui n’en reçoivent pas.

 

RED ou REDD ?

Certains partisans des nouveaux plans DE, comme le gouvernement de l’Inde, veulent que les projets de boisement et de régénération naturelles soient eux aussi compensés. Cette idée est appelée Réduction des émissions du déboisement et de la dégradation des forêts (REDD). D’autres signalent que l’inclusion du reboisement soulèverait les mêmes problèmes scientifiques et sociaux que posent les projets tant critiqués de compensation d’émissions par la plantation d’arbres. (2) Cela impliquerait aussi de définir ce qu’on appelle « dégradation ». Ainsi, certains partisans influents du DE, comme le Brésil, soutiennent que les plans mondiaux doivent se limiter au seul déboisement (RED).

 

Problèmes non résolus de l’échange d’émissions

L’un des problèmes que pose le DE est qu’il requiert de mesurer quelle étendue de forêts a été sauvée par rapport à une « ligne de base » correspondant au taux qu’atteindrait le déboisement si rien n’était fait. Ce taux, bien entendu, sera déterminé par un petit cercle d’experts techniques, avec toutes les possibilités de corruption intellectuelle que cela implique.

 

Les plans qui impliquent le commerce des émissions sont affligés d’un deuxième problème. Quelques organisations de peuples autochtones et défenseurs de la justice sociale ont remis en question les côtés éthique, politique et scientifique du commerce des stocks de carbone sur le marché international. (3) Ces critiques rejettent l’idée que le problème du climat puisse ou doive être résolu en permettant aux industries et aux entreprises pollueuses du Nord d’acheter aux gouvernements des pays du Sud riches en forêts le « droit » de continuer à polluer. Ils rejettent également l’idée que la valeur des forêts puisse se réduire à la valeur monétaire de leurs stocks de carbone, et affirment que, pour leurs peuples, les valeurs non monétaires, culturelles et spirituelles de leurs forêts ont une importance fondamentale et doivent être respectées. Ils soutiennent que le commerce de crédits de carbone est impraticable parce qu’il n’attaque pas ce qui est à la racine du changement climatique (les émissions continuelles et grandissantes provenant des combustibles fossiles). (4)

 

Il y a ensuite le problème de la propriété et de la souveraineté : les acheteurs étrangers peuvent-ils « acheter » les stocks de carbone des forêts qui, en vertu de lois coutumières et de titres aborigènes, n’appartiennent ni à l’État ni à des propriétaires privés mais à une collectivité ? Comment et en quels termes serait obtenu le consentement  préalable dans les cas de ce genre ?

 

Et les peuples des forêts dans tout cela ?

Certains allèguent qu’avec du financement public, nombre des problèmes scientifiques, juridiques et éthiques liés au commerce mondial d’émissions pourraient être évités. Pourtant, le problème fondamental ne serait pas résolu, car les pollueurs pourraient continuer à polluer. En outre, le financement public et celui des agences d’aide au développement continueraient de comporter des risques d’ordre social. À cela, les partisans de l’idée répondent que si ces risques pouvaient être éliminés ou limités, les politiques de DE et l’augmentation des crédits extérieurs au commerce du carbone pourraient offrir aux peuples autochtones et aux communautés tributaires des forêts des opportunités importantes. Pourtant, ils ne parlent pratiquement pas de respecter pleinement leurs droits ni de prendre en compte leurs priorités dans la conception et la mise en oeuvre des politiques sur le déboisement évité.

 

Au cas où des politiques de ce genre seraient adoptées, elles devraient inclure au moins des garanties, solides et applicables au plan local, qu’elles soutiendront les droits de l’homme et s’attaqueront aux problèmes d’équité, de gouvernement et de droits. Les vagues promesses que toutes ces questions seront prises en compte dans la certification future des forêts RED, comme l’affirment nombre d’ONG conservationnistes et la Banque mondiale, ne suffisent pas. Il faut garantir fermement que les droits des peuples des forêts seront respectés avant que les gouvernements, les donateurs internationaux et les banques multilatérales de développement s’embarquent dans des plans RED.

 

Il est urgent de lancer le débat sur les aspects sociaux des politiques du déboisement évité

Avant tout, il est essentiel que les peuples autochtones et les mouvements de base participent pleinement, à l’échelon national et international, au débat sur le pour et le contre du déboisement évité dans les politiques mondiales sur le climat.

 

Qui va décider quelles zones boisées seront ou non comprises dans les plans nationaux de DE ? Qui va décider d’inclure les droits de propriété et de possession des forêts dans les programmes de déboisement évité ? Qui va déterminer quelles forêts sont éligibles pour les paiements REDD et comment ? Comment devra-t-on utiliser les forêts protégées ? Quelles activités seront permises ou interdites dans les forêts protégées pour pouvoir bénéficier de la compensation DE ? Qui recevra les paiements ? Ces plans seront-ils vraiment avantageux pour la population locale ?

 

Ce débat doit démarrer sans délai pour que les peuples des forêts puissent éviter une nouvelle série de politiques directives, nationales et mondiales, qui ne prennent pas en compte leurs droits et leurs intérêts. Les mouvements pour les forêts doivent s’organiser pour discuter de ces questions, défis et opportunités dès que possible, de manière à engager les gouvernements et les décideurs. Autrement, il est peu probable que leurs droits soient respectés au moment de concevoir et d’appliquer les politiques futures sur le déboisement évité.

 

Article composé par Tom Griffiths, Forest Peoples Programme (FPP), adresse électronique : tom@forestpeoples.org. Pour davantage d’informations sur certaines questions d’ordre social soulevées par les politiques mondiales sur le déboisement évité voir l’article Seeing RED: Avoided deforestation and the rights of Indigenous Peoples and local communities, disponible sur www.forestpeoples.org.

 

(1) Voir Colchester, M. et Lohmann, L. (1990) : The Tropical Forestry Action Plan: What Progress? WRM et The Ecologist, Penang et Sturminster Newton.

(2) WRM (2000) : Climate Change Convention: Sinks that stink, WRM, Montevideo.

(3) Forum international des peuples autochtones et des communautés locales sur le changement climatique (2000) : “Deuxième forum autochtone international sur le changement climatique – Déclaration des peuples autochtones sur le changement climatique“, La Haye, 11 et 12 novembre 2000.

(4) Voir surtout : Lohmann, L. (2006), “Carbon Trading: a critical conversation on climate change, privatisation and power”,  Development Dialogue Nº 48 (septembre 2006).

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Laos : grâce à “l’aide” de la Norvège et de la Chine, le fleuve Xeset aura un nouveau barrage

 

Fin 2006, la société conseil norvégienne Norconsult a remporté un contrat de 1,5 millions USD pour superviser la construction du barrage Xeset 2 dans le Sud du Laos. Ce contrat, financé par la Norad (Agence norvégienne d’aide au développement), n’a fait l’objet d’aucun appel d’offres.

 

Norconsult a beaucoup d’expérience de travail sur le fleuve Xeset, car elle a participé à la planification et à la construction du Xeset 1 (45 MW), qui a été complété en 1991, financé par la Suède, la Norvège, la Banque asiatique de développement et le PNUD. Pendant la saison sèche, le Xeset 1 ne produit presque pas d’électricité parce que le débit du fleuve Xeset est très faible.

 

Huit ans après la construction du Xeset 1, Norconsult a été engagée à nouveau pour faire une étude de faisabilité des barrages Xeset 2 et Xeset 3. La Norad a destiné 1,8 millions USD à la réalisation de cette étude. Les barrages Xeset 2 et Xeset 3 sont prévus en amont du Xeset 1 ; en détournant l’eau de fleuves proches pour qu’ils se déversent dans le Xeset, on augmentera le volume d’eau qui passe par les turbines du Xeset 1. Comme dans le cas du Xeset 1, la plupart de l’électricité du Xeset 2 (76 MW) sera exportée vers la Thaïlande.

 

L’idée de construire de nouveaux barrages pour tenter de résoudre les problèmes du premier est évidemment tentante pour une société comme Norconsult. Pourtant, augmenter le nombre des barrages équivaut à augmenter le nombre des fleuves et des pêches détruits et celui des personnes qui perdent leurs moyens de vie.

 

Il y a deux ans, Phetsavanh Sayaboulaven a interviewé des paysans de la zone du Xeset 2. Presque tous les habitants de la région sont autochtones, et beaucoup appartiennent aux groupes ethniques Jru (Laven) et Kouay. L’un d’eux a dit à Phetsavanh : « Nous ne voulons pas qu’ils construisent le barrage. Il va beaucoup affecter notre terre et l’environnement. La compensation officielle ne sera pas suffisante, comme dans le cas du barrage de Houay Ho. Mais nous n’osons pas nous opposer aux fonctionnaires du gouvernement ».

 

La Chine aussi joue un rôle important dans le barrage Xeset 2. La banque chinoise Import-Export Bank of China finance à 80 pour cent ce projet de 135 millions USD, et le reste est apporté par Électricité du Laos. L’entrepreneur principal est la China North Industries Corporation (Norinco), une entreprise mieux connue dans le domaine de la fabrication d’armes que dans celui de la construction de barrages. Les travaux du Xeset 2 sont en cours, et il est prévu que le barrage soit prêt en 2009.

 

Lorsque Norinco a commencé à construire le barrage, les paysans ont commencé à voler : des barres de fer, des tuiles et de grandes quantités de pétrole ont disparu du site des travaux. Quelques paysans se sont enrichis rapidement. Le vol pouvait être perçu comme une forme de résistance au barrage, ou comme une tentative des paysans de s’assurer qu’ils obtiendraient au moins quelque compensation. Les Laotiens qui travaillaient pour l’entreprise chinoise aidaient les paysans à voler du pétrole. Il ne servait à rien de renvoyer ces travailleurs, parce que ceux qu’on embauchait pour les remplacer aidaient eux aussi les voleurs. La situation est devenue violente quand des paysans ont tué un travailleur chinois qui essayait de les empêcher de voler du pétrole.

 

Probablement pour essayer de calmer les choses, le gouvernement du Laos a veillé à ce que les paysans reçoivent quelques indemnités.  D’après des recherches récentes menées dans le pays, les paysans de la zone immédiate au site des travaux ont reçu un total d’environ 150 000 USD, en compensation des terres et des caféiers perdus.

 

Mais ceux que les travaux de construction n’ont pas encore affectés n’ont rien reçu. Or, plus de 12 500 paysans qui vivent le long du fleuve Tapoung en verront diminuer considérablement le débit lorsque l’eau sera détournée vers le réservoir du Xeset 2. Ces paysans ne savent pas s’ils vont recevoir une quelconque indemnité ni, dans le cas affirmatif, comment elle sera calculée.

 

Les paysans utilisent l’eau du Tapoung pour cultiver du riz en saison sèche. Ils plantent une grande variété de produits sur les rives et dans les terres voisines du fleuve. Beaucoup de plantes sauvages poussent le long du Tapoung, dont des plantes comestibles et médicinales. Les poissons, les crevettes, les crabes et les escargots sont une source de protéines importante pour la population. Le fleuve est aussi la source principale d’eau potable pour beaucoup de villages pendant la saison sèche. « S’ils construisent le barrage et empêchent l’eau de couler dans ce fleuve, ce sera très malheureux », a dit une femme âgée à Phetsavanh. « Le fleuve me nourrit depuis mon enfance et dans mes vieux jours. »

 

Quand Norconsult a décidé en 1999 que les barrages Xeset 2 et 3 étaient réalisables, ses consultants savaient que, grâce à cette décision, l’entreprise allait obtenir d’autres contrats à l’avenir. Or, la décision a été remise en question quatre années plus tard par une étude financée par la Banque asiatique de développement, suivant laquelle les barrages Xeset 2 et 3 « n’étaient pas viables ». Quand j’ai demandé comment les consultants de Norconsult avaient fait pour arriver à la conclusion opposée, l’entreprise a choisi de ne pas faire de commentaires.

 

La situation est paradoxale dans le Plateau Boloven : une société conseil norvégienne bénéficie de « l’aide » de la Norvège, une entreprise de construction chinoise bénéficie de « l’aide » de la Chine, et ce sont les paysans du Laos qui devront faire les frais de la destruction des fleuves et des moyens de subsistance.

 

Chris Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de, http://chrislang.org

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Ouganda : la lutte pour la forêt Mabira a finalement porté ses fruits !

 

Ces dernières semaines, l’Ouganda a été le théâtre de manifestations de plus en plus nombreuses contre le projet du gouvernement d’allouer plus de 7 100 hectares de la forêt Mabira, réserve naturelle depuis 1932, à l’entreprise SCOUL pour la plantation de canne à sucre. L’élimination de la forêt pourrait dévaster un environnement déjà fragile, car elle provoquerait l’érosion du sol, rendrait le climat plus sec et ferait disparaître une zone tampon qui protège le lac Victoria contre la pollution. Les avis contraires au projet des techniciens, des professionnels et des experts, joints aux manifestations populaires, ont abouti à la démission du Conseil et du personnel technique supérieur du service forestier national (NFA). Le nouveau Conseil, nommé en décembre 2006, a entrepris d’approuver de nouvelles affectations de terres boisées à des activités commerciales : Kitubulu à Entebbe, Buyaga (Lyantonde), Mpanga (Fort Portal), Nebbi, Arua, Ntungamo, Kitgum et Bobi, parmi d’autres.

 

Les Ougandais qui habitent près de la forêt Mabira craignent que leur mode de vie ne s’écroule. « Elle est tout : bois de feu, charbon, plantes médicinales, fruits comestibles, bois d’oeuvre, elle retient la pluie et remplit les fleuves. Nous ne pouvons pas vivre sans elle », a dit Haruna Salongo, de 48 ans.

 

« La forêt Mabira fait partie de notre patrimoine et de l’avenir de nos enfants. C’est une forêt tropicale de feuillus que l’on propose d’abattre pour produire du sucre en Ouganda. Cette forêt est l’une des plus riches en diversité biologique qui restent en Afrique. En outre, elle a des valeurs supplémentaires pour les communautés qui l’habitent et qui l’entourent. La valeur de la forêt pour l’Ouganda et ses habitants dépasse la valeur de ses arbres ; il s’agit d’un endroit que les touristes fréquentent pour observer les oiseaux, se promener ou faire d’autres activités ; elle a une valeur historique et culturelle ; elle joue un rôle écologique considérable car elle est un système naturel de filtration d’eau et de régulation du climat mondial », ont dit les membres de la Croisade pour sauver Mabira (SMC), un réseau qui regroupe des particuliers, des ONG, des leaders civiques, religieux et culturels, des institutions universitaires, des organisations politiques et des communautés locales réunis pour empêcher le bradage de Mabira et d’autres réserves forestières de l’Ouganda.

 

Alors que grandissait l’opposition à la plantation de canne à sucre et que la presse locale disait que 80 pour cent des parlementaires allaient voter contre, Museveni s’est braqué. « L’augmentation de la production de sucre relancerait l’emploi, les recettes fiscales et les recettes d’exportation, essentielles pour que l’Ouganda ‘ait de l’argent pour surveiller et protéger l’environnement’ », a dit M. Museveni. Les habitants de Mabira regardent d’un oeil sceptique les promesses d’emploi, et rappellent que les gens de l’île Bugala, sur le lac Victoria, ont été persuadés l’année dernière de donner une partie de leur forêt tropicale intacte à l’entreprise privée Bidco, d’origine kényane, qui produit de l’huile de palme. D’après les gens des lieux, Bidco a planté 4 000 hectares de palmiers, situés surtout dans une zone boisée qui a été rasée au bulldozer. L’État a accepté de donner à Bidco 2 000 hectares supplémentaires en éliminant le statut de réserve naturelle de la zone, mais ce projet a été retardé par le tollé général qu’il a soulevé. Les habitants disent qu’ils ont perdu des ressources d’une importance vitale, telles que le bois, les médicaments, les cordes et l’eau douce, sans recevoir ni du travail ni de l’argent.

 

« Ils ont promis des tas de choses », a dit Joyce Nakirijja, de 70 ans, assise dans la cour de sa ferme entourée de bananiers. « Nos petits-enfants allaient avoir du travail, on allait construire de nouvelles rues, des écoles et des hôpitaux. C’étaient des mensonges : nous avons toujours des chemins de terre et l’entreprise importe des travailleurs du continent ». Elle a mentionné aussi le problème des singes qui, ayant perdu leur foyer à cause du déboisement, envahissent les champs.

 

Le 12 mai 2007, les leaders de la SMC ont organisé une manifestation contre le bradage de la forêt Mabira. Il devait s’agir d’une manifestation pacifique, mais elle est devenue chaotique. Cinq personnes sont mortes, certaines propriétés ont été détruites, il y a eu quelques blessés et de nombreux leaders ont été arrêtés et détenus. Ces derniers sont maintenant traduits en justice sous des accusations diverses, qui vont du meurtre à la participation dans une « manifestation illégale », pourtant autorisée par la police. Ils devront se présenter au tribunal le 28 juin et le 26 juillet.

 

Pourtant, il y a maintenant une bonne nouvelle après tant de peines ! Le gouvernement de l’Ouganda a annoncé le 22 mai qu’il abandonnait son projet de céder les réserves de la forêt Mabira centrale pour la plantation commerciale de canne à sucre.

 

La lutte des Ougandais a été fructueuse, pour eux et pour ceux qui viendront.

 

Article fondé sur : “Legal Questions Over Plan to Give Away Mabira Forest”, “Save Mabira Forest in Uganda”, “Mabira Forest Crusade – Court”, “Uganda Govt. Gives up Mabira Sale!”, NAPE, http://www.nape.or.ug/.

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République démocratique du Congo : les Pygmées Efe sont dépossédés de leur pays et de leurs moyens de subsistance

 

Dans le Nord-Est de la République démocratique du Congo se trouve la forêt tropicale d’Ituri, dense et montagneuse, qui s’étend sur près de 70 000 kilomètres carrés. La zone est riche en ressources naturelles. Du bois tropical y est récolté en grands volumes, légalement et illégalement. Des minéraux tels que l’or et le coltan (ce dernier utilisé dans les téléphones portables) y sont exploités intensivement une fois les arbres abattus.

 

La forêt d’Ituri est le foyer de l’un des peuples les plus anciens de l’Afrique : les Efe, que l’on appelle aussi pygmées Mbuti. Leur habitat originel comprenait une partie plus grande de l’Afrique mais, de nos jours, ils sont confinés dans la forêt d’Ituri, depuis qu’ils ont été repoussés par l’affluence sans précédent d’immigrants provoquée par la guerre civile. Les camps de réfugiés où vivent des dizaines de milliers de personnes déplacées ne sont pas rares à l’est de la forêt d’Ituri, le long de la route Beni-Komanda-Bunia.

 

Au début des années 1990, des entreprises forestières européennes et malaises se sont installées dans la région, apportant avec elles des épidémies de malaria dévastatrices, le braconnage qui a décimé le gibier, l’argent, le tabac et la marijuana, et laissant les Efe malades, affamés et découragés.

 

Les Pygmées sont des cueilleurs-chasseurs ; ils vivent de la chasse de petit gibier, car celle de gros gibier comme le buffle et l’éléphant est interdite depuis longtemps. Ils chassent avec des flèches (parfois empoisonnées) et avec des filets. Les familles pygmées vivent dans des huttes arrondies faites avec des feuilles. Leur culture est étroitement liée à leur musique polyphonique et à leur danse, auxquelles tout le monde participe. En plus de leurs voix, ils utilisent des instruments de musique : tambours, flûtes, clochettes pour les chevilles, trompettes (molimo), arcs-en-bouche, mbiras, etc. Leurs vêtements traditionnels faits d’écorce (mulumba) et peints de beaux dessins abstraits sont encore créés et portés occasionnellement, mais l’habillement occidental est en train de déplacer cette tradition.

 

Après la colonisation belge, la dense forêt tropicale était presque impénétrable, faute de routes appropriées. D’énormes bourbiers empêchaient tout transport, car on était sûr de s’y enliser. Grâce à cette situation, l’habitat des Efe était resté intact.

 

Pourtant, au cours de la décennie passée leur mode de vie traditionnel a été très perturbé. L’exploitation forestière commerciale pénètre de plus en plus profondément dans la forêt ; à mesure que celle-ci rétrécit, les Pygmées Efe disposent de moins en moins d’aliments. À partir de la mi-2006, la réparation et la reconstruction des routes a permis aux exploitants de pénétrer plus facilement dans la forêt... ce qui équivaut à la destruction de l’habitat naturel du peuple pygmée Efe.

 

Avec leur territoire et leurs moyens de vie ravagés par la guerre et par les grandes entreprises en quête d’affaires, les Efe se retrouvent acculés dans une impasse qui met leur vie en danger.

 

Sur la nouvelle route Komanda – Beni, près d’Idohu, on peut voir des Pygmées Efe qui transportent sur leur tête, à deux, des planches de bois vert et mouillé qui pèsent de 70 à 80 kilos. Chaque équipe reçoit environ 5 dollars pour 7 km de transport, et ne peut faire cela qu’une fois par jour. Le paiement se fait après réception du bois. Quelques-uns utilisent leurs bicyclettes ; on voit parfois l’un d’eux qui transporte sa charge tout seul, tenant à la main gauche son arc et ses flèches inutiles, puisqu’il est impossible de chasser : le bruit des tronçonneuses a fait disparaître le gibier.

 

Cette activité commerciale représente un circuit économique fermé : on accomplit sa lourde tâche, on est payé peu d’argent, on achète de la nourriture, on n’a plus d’argent, le lendemain on recommence. On n’y gagne rien, et la forêt disparaît. Moke, un Efe âgé et plein de sagesse, a dit un jour : « Vous allez comprendre pourquoi on nous appelle le Peuple de la Forêt... Lorsque la forêt mourra, nous mourrons ».

 

Article fondé sur : “Pygmies”, Foundation Pygmy Kleinood, http://www.pygmee.nl/pygmy_algemeen.html, “Ituri Forest”, Foundation Pygmy Kleinood, http://www.pygmee.nl/pygmy_projecten.html ; “Increase of Forest Cutting speed in Eastern Ituri Forest, DRCongo”, Foundation Pygmy Kleinood, info@pygmee.nl, www.pygmee.nl.

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LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE D'ARBRES

 

Brésil : pourquoi les femmes du MST s’opposent à la monoculture de l’eucalyptus

 

La lutte entre deux projets d’agriculture s’est intensifiée au Brésil. Il y a d’un côté le projet agro-industriel, fondé sur la concentration de grandes étendues de terres, sur la production pour l’exportation, sur les grands volumes et sur la monoculture, surtout celle du soja, de l’eucalyptus et de la canne à sucre. De l’autre côté, il existe au Brésil plusieurs mouvements sociaux de Vía Campesina qui défendent la réforme agraire, un modèle agricole fondé sur l’agro-écologie, sur la production orientée à renforcer le commerce intérieur, sur l’agriculture familiale et paysanne, sur la diversification de la production, sur la coopération et sur la modification du modèle technologique et producteur.