NOTRE
OPINION
–
Plantations d’arbres, arbres GM et agrocarburants : appel à la
CDB
L’objectif
principal de la Convention sur la diversité biologique (CDB) est
la conservation et l’usage durable de la diversité biologique
du monde. Il semble donc évident que ses signataires devraient
s’occuper avec soin de tout ce qui menace la diversité biologique.
Étant
donné que l’Organe subsidiaire chargé de donner des avis scientifiques,
technologiques et techniques à la Convention (OSASTT) se réunira
à Paris début juillet, nous estimons que l’occasion est bonne
pour parler des effets sur la diversité des plantations d’arbres
en régime de monoculture, des arbres génétiquement modifiés et
de la production d’agrocarburants.
En
ce qui concerne les plantations d’arbres, leur expansion est en
train d’affecter la diversité végétale et animale, en particulier
(mais non seulement) dans les tropiques riches en diversité biologique.
Malgré cela, les organes officiels continuent de définir ces plantations
comme des « forêts », ce qui leur donne une bonne image. Nous
pensons que la CDB devrait s’opposer, du point de vue de la diversité
biologique en général, à l’utilisation des termes « plantations
forestières » et « forêts plantées » pour désigner les plantations
d’arbres en régime de monoculture. À cet égard, l’OSASTT pourrait
fournir des avis scientifiques à la Conférence des Parties, et
lui demander de distinguer clairement les forêts des plantations
d’arbres et d’inclure ces dernières parmi les dangers pour la
diversité biologique qu’il faut analyser et combattre de façon
appropriée.
En
ce qui concerne les arbres génétiquement modifiés, la dernière
Conférence des Parties (CdP 8) avait pris une initiative positive
et importante (Décision VIII/19), recommandant aux Parties « d’adopter
une approche de précaution lorsqu’elles examinent la question
des arbres génétiquement modifiés ». Dans une lettre adressée
au secrétariat de la CDB en novembre 2006, un groupe nombreux
d’ONG apportait des informations et des analyses sur le danger
que comportent les arbres GM, concluait que « les arbres GM n’ont
aucun rôle à jouer dans la conservation de la diversité biologique
des forêts du monde ; au contraire, ils risquent fort de réduire
la diversité biologique des forêts, avec toutes les conséquences
d’ordre social que cela comporte », et ajoutait que « les connaissances
scientifiques actuelles, quoique incomplètes, indiquent que cette
technologie pourrait provoquer l’extinction des espèces végétales
et animales des forêts, ce qui aurait de graves effets négatifs
sur la diversité biologique ». La lettre exhortait la CDB à «
avancer dans le sens de la décision des Parties, qui recommande
l’adoption d’une approche de précaution, en adoptant la décision
à effet obligatoire immédiat d’interdire la commercialisation
d’arbres GM ». Sur ce point aussi, nous pensons que l’OSASTT pourrait
jouer un rôle important en recommandant l’interdiction mentionnée.
En
ce qui concerne les agrocarburants, il est évident que les plantations
pour les fabriquer sont fortement encouragées dans le monde entier
et surtout dans le Sud. Dans la plupart des cas, il s’agira de
divers produits agricoles (canne à sucre, soja, maïs et autres),
d’arbres et de palmiers à huile plantés en régime de monoculture
sur de vastes étendues. Toutes ces plantations, qui s’accompagneront
d’applications intensives de produits chimiques, porteront atteinte
à la diversité biologique. Pour aggraver encore les choses, dans
le cas des plantations d’arbres des recherches sont en cours en
vue de les modifier génétiquement pour produire de l’éthanol.
Là encore, l’OSASTT pourrait fournir à la CDB des informations
importantes sur les conséquences pour la diversité biologique
du développement des agrocarburants.
Les
dangers pour la diversité biologique que nous venons d’énumérer
n’ont pas encore reçu une attention suffisante de la part de la
CDB. Nous espérons donc que l’OSASTT s’y attellera lors de sa
prochaine réunion et fournira les avis scientifiques nécessaires
à la Conférence des Parties.
index
LES
COMMUNAUTÉS ET LES FORÊTS
–
Brésil : des indiens amazoniens sont obligés
de quitter leur isolement
En
mai de cette année, un groupe d’indigènes vivant jusqu’alors en
isolement volontaire s’est mis en contact avec le monde extérieur.
Cela s’est passé dans le Nord de l’État de Pará. Les indigènes
ont marché pendant cinq jours et parcouru plus de cent kilomètres
à travers la dense forêt amazonienne ; ils ont traversé la frontière
de Mato Grosso et sont arrivés à l’improviste dans un village
des indiens Kayapó.
Il
est important de signaler que ce contact n’a pas été le résultat
d’une décision librement prise mais d’une incursion d’exploitants
forestiers dans leur territoire, qui les a obligés à fuir et à
entreprendre cette longue et dure traversée jusqu’au village.
Il
s’agit d’un groupe de 87 indiens Metyktire (un sous-groupe des
Kayapó), qui avaient été initialement contactés en 1950 mais qui
avaient décidé à l’époque de retourner dans la forêt ; depuis,
ils ont toujours vécu en isolement volontaire.
D’après
les rapports, le premier contact a été fait par deux hommes qui
ont produit des sons devant l’une des maisons du village et qui
ont été vus par deux jeunes gens. Une fois surmontée la méfiance
mutuelle suscitée par cette rencontre inattendue, le reste du
groupe est entré peu à peu dans le village Kayapó.
Par
précaution, il a été décidé que seuls les membres du village peuvent
avoir des contacts avec les Metyktire, pour éviter la contagion
de maladies contre lesquelles ils n’ont pas de défenses immunologiques.
Le village est habité par des indiens de la même ethnie qui, dans
les années 50, avaient décidé d’établir des contacts avec les
blancs. Le leader du village, Megaron Txucarramae, qui est également
délégué auprès de la FUNAI (Fondation nationale indigène du Brésil),
est l’interlocuteur des nouveaux venus. D’après la FUNAI, on ne
sait pas encore s’il y a d’autres Metyktire dans la forêt, blessés
ou morts, ou qui n’aient pas encore décidé d’en sortir.
On
croyait que les Metyktire avaient disparu ; personne ne savait
où ils étaient. Ils ont été accueillis avec beaucoup de joie par
les Kayapó, avec des chants et des danses. Les images ne sont
pas encore disponibles mais on peut entendre les enregistrements
des chants qui ont été transmis par la radio locale (voir
http://www.survival-international.org/news/2462). D’après
les récits, les Metyktire parlent une version plus pure du mebengokré
(la langue des Kayapó), ils sont grands et forts, ils portent
les cheveux longs et le « botoque » (un disque de bois inséré
dans la lèvre inférieure).
Gilberto
Hazaña et Sydney Possuelo, du Centre de travail sur les indigènes,
disent les peuples qui vivent en isolement volontaire « ... le
long de cette période (500 ans !) ont cherché des régions isolées
pour s’y réfugier, des régions non convoitées par l’acharnement
mercantiliste (ou missionnaire) de nos ‘fronts d’expansion’. Nous
estimons qu’il existe encore dans l’Amazonie (surtout brésilienne,
mais aussi bolivienne, péruvienne, colombienne, vénézuélienne,
équatorienne et guyanienne) des dizaines de peuples autochtones
qui vivent presque de la même manière qu’il y a cinq cents, six
cents ou mille ans : vêtus seulement de parures de plumes ou de
cache-sexe, vivant de la chasse, la pêche, la cueillette et l’agriculture
artisanale, se servant de haches de pierre et utilisant le feu,
sans maladies virales et dans un environnement plantureux. Il
est indéniable que la plupart des peuples isolés de l’Amazonie
se trouve aujourd’hui une situation extrêmement grave, du fait
de l’avancée des fronts prédateurs (forestiers et miniers) sur
les dernières zones vierges de la région ».
Ce
récent contact du peuple Metyktire est une bonne occasion pour
réfléchir à l’avenir de ces peuples, sans tenir compte du côté
pittoresque ni de la couverture sensationnaliste qu’en font la
plupart des médias.
Premièrement,
il faut bien se rappeler qu’ils ne se sont pas mis en contact
par leur propre décision. Bien au contraire : d’après les premières
versions, ils échappaient aux exploitants forestiers et ils ont
fui pendant cinq jours à travers la forêt dense pour arriver finalement
chez leurs frères Kayapó. C’est-à-dire qu’ils auraient pu être
abattus par les forestiers – comme c’est arrivé dans bien des
cas – sans laisser de traces ; heureusement, ils ont pu échapper.
Bien
d’autres questions se posent : quel avenir peuvent avoir ces communautés
lorsqu’elles sont forcées de contacter le monde extérieur où règne
le mercantilisme et où le plus intéressant de l’affaire va être
la diffusion d’images montrant des indiens nus qui portent le
« botoque » aux lèvres ? Quel avenir auront-elles en s’intégrant
à un pays – et à un monde – où règne le racisme et où la plupart
des indigènes vivent dans la pauvreté extrême ? Quel sera l’avenir
des dizaines de communautés qui habitent encore la forêt, au Brésil
surtout, et dont les territoires sont livrés aux entreprises forestières,
minières et pétrolières au nom du « développement » et de la «
croissance économique » du pays ?
Peut-être
le plus important serait-il de nous demander ce que nous pouvons
faire pour que les droits de ces peuples soient respectés et qu’ils
puissent décider librement s’ils veulent vivre isolés ou non.
À
cet égard, nous sommes d’avis qu’il faut d’abord faire savoir
qu’ils existent et réussir à faire comprendre et à faire respecter
leur décision de vivre en isolement. Il faut que les gens
comprennent qu’il ne s’agit pas de peuples ignorants qui vivent
dans la misère, mais de peuples qui ont une culture à eux, adaptée
à utiliser durablement « l’environnement plantureux » où ils habitent.
Parallèlement,
il est indispensable de faire en sorte que les gouvernements reconnaissent
les droits territoriaux de ces peuples – des droits antérieurs
à l’existence des États nationaux actuels – et qu’ils veillent
à les faire respecter en empêchant l’accès à leurs territoires
des exploitants forestiers, miniers ou autres qui viennent les
détruire.
Sans
l’appui de la société extérieure, ces peuples ne pourront pas
défendre leurs territoires ancestraux contre des envahisseurs
armés et sans scrupules, et n’auront d’autre choix que de contacter
le monde extérieur ou disparaître. C’est pourquoi nous appelons
tout le monde, et en particulier les peuples des pays amazoniens,
à redoubler d’efforts pour protéger les droits des peuples indigènes
qui vivent en isolement volontaire.
Article
rédigé à partir d’informations tirées de : “Indio brabo”, article
de Rodolfo Salm publié dans Correio da Ciudadania,
http://www.correiocidadania.com.br/content/view/434/57/ ;
Survival International,
http://www.survival-international.org/news/2462 ; Bulletin
nº 87 du WRM,
http://www.wrm.org.uy/bulletinfr/87/vue.html.
index
–
Équateur : mobilisation pour un pays sans
industrie minière à grande échelle
Les
communautés équatoriennes affectées par l’industrie minière ont
convoqué une mobilisation le 5 juin, date de la journée mondiale
de l’environnement. Divers points de résistance ont été désignés
dans tout le pays, à Imbabura, Quito, Chimborazo, Cañar, Azuay,
El Oro, Zamora et Morona. Bien que la manifestation se soit déroulée
de façon pacifique, la police a réprimé les premiers jours les
communautés mobilisées, surtout à Tarqui, Victoria del Portete,
Molleturo et San Carlos-Balao, provoquant par sa brutalité l’indignation
de la population, qui réclame maintenant une enquête et des sanctions
pour les responsables.
La
mobilisation a été quand même un succès. Des milliers de personnes
affectées par les grands projets miniers y ont participé dans
les régions du pays où les conflits sont les plus graves. Cela
a encouragé les communautés et les organisations constituées,
telles que la Coordination nationale pour la défense de la vie
et de la souveraineté, à continuer de lutter pour réaliser les
objectifs proposés dans leur plateforme et d’avancer vers le moment
où l’Équateur sera déclaré « pays sans industrie minière à grande
échelle ». D’autre part, les efforts déployés par les communautés
ont contribué à thématiser définitivement le problème des mines
au plan national et international.
L’un
des aspects les plus préoccupants pour les communautés qui s’opposent
à l’activité minière dans le pays est que le gouvernement ne semble
pas avoir la volonté politique de respecter et de faire respecter
la Constitution et les intérêts collectifs des Équatoriens face
à la terrible menace qui pèse sur les vies des communautés affectées
du fait de l’omniprésence des transnationales minières et de leur
mise en fonctionnement, imminente dans certains cas. En s’opposant
à l’industrie minière, les communautés défendent leurs droits,
leur eau, leurs forêts et un environnement sain pour les générations
futures. De leur côté, les entreprises minières font appel à la
police ou à leurs propres services de sécurité, et se servent
des dénommés « intermédiaires communautaires » pour harceler et
effrayer la population et les dirigeants, ce qui créé une situation
d’insécurité et de violence permanente (cf Bulletin nº 118).
Dans
la province amazonienne de Zamora, le canton Yantzaza est tout
à fait envahi par les concessions minières. Cette région, riche
d’une flore et d’une faune uniques au monde, possède encore des
forêts touffues qui ont réussi à survivre aux attaques de la logique
prédatrice dominante depuis l’époque de la conquête. Zamora Chinchipe
est en outre le berceau de peuples originaires ; la région a accueilli
des familles d’autres provinces, déplacées par le déboisement,
la sécheresse et les graves problèmes qui s’ensuivent. L’agriculture
qu’ils ont développée dans les bassins fertiles des fleuves leur
permet d’être autosuffisants en matière d’alimentation et de fournir
des aliments sains à d’autres régions du pays. Le Réseau pour
la défense de la nature, la dignité et la vie de cette province
déclare : « Nous voulons que l’État définisse des politiques qui
nous aident à nous établir et à rester dans nos villages, dans
un pays dont nous rêvons qu’il soit écologique et agricole, et
non minier ».
Sur
les pentes occidentales des Andes, la communautés de la zone nord-occidentale
d’Intag, dans la province d’Imbabura, défendent elles aussi leur
forêt tropicale brumeuse, l’habitat d’une diversité biologique
unique au monde. Grâce à un processus d’organisation pionnier
dans le pays, ces communautés ont mis au point une multiplicité
d’activités productives qui confirment les désavantages de l’extraction
minière, car celle-ci impliquerait non seulement le déplacement
de familles et de populations entière mais la destruction de ces
forêts d’une si grande valeur.
Ces
communautés déclarent aussi, par l’intermédiaire de la Coordination
nationale, leur « décision de faire pression sur le gouvernement
jusqu’à ce qu’il décide d’agir en faveur du peuple ». L’activité
anti-minière a rencontré des obstacles ces derniers jours, du
fait de la démission du Ministre de l’Énergie et des Mines, Alberto
Acosta. En principe, celui-ci avait l’air disposé à appuyer les
communautés et certains le considéraient comme un allié possible
au sein du gouvernement, bien qu’il n’ait pas pris d’initiatives
concrètes dans le sens d’une des réclamations fermes des communautés
affectées, à savoir le retrait des concessions minières. Il semble
évident que le ministre Acosta a quitté son poste sous les pressions
de divers groupes d’intérêts ; il est maintenant candidat à la
prochaine Assemblée constituante.
Avec
ou sans un ministre allié, la lutte contre l’industrie minière
continue de convoquer tous les secteurs de la société à participer
à la mobilisation que l’on prétend poursuivre jusqu’à la fin juin,
dans le but de freiner l’invasion des transnationales qui prétendent
saccager les minéraux du sous-sol et laisser dans le pays la pauvreté,
le chômage, la contamination environnementale et sociale. La Coordination
nationale exhorte le gouvernement à « écouter les clameurs de
milliers de familles qui défendent leur vie et la dignité nationale
et à agir d’urgence, en annulant les concessions, en suspendant
sans délai les activités des transnationales minières dans tout
le pays et en leur exigeant de quitter nos communautés ».
Vis-à-vis
de l’Assemblée constituante, les communautés mobilisées proposent
d’autres mesures : que toute l’Amazonie, ainsi que les sources
et les rives des fleuves soient déclarées réserves écologiques
intangibles pour les intérêts commerciaux privés d’extraction
et d’exploitation ; que l’eau superficielle et souterraine soit
à l’abri de toute privatisation ; que les ressources naturelles
soient nationalisées et utilisées en fonction des caractéristiques
écologiques, sociales, culturelles et ancestrales des peuples
et des communautés ; que les communautés victimes de dommages
écologiques, psychologiques et sociaux causés par les activités
minières soient indemnisées ; que l’on adopte un cadre juridique
visant à améliorer les pratiques minières artisanales ; que les
agriculteurs reçoivent des garanties en matière de possession
du sol et du sous-sol, et que leur activité passe avant l’activité
minière ; que les communautés soient garanties contre le déplacement.
Guadalupe
Rodríguez, adresse électronique : guadalupe@regenwald.org
index
–
Indonésie : la forêt sous l’assaut de
l’industrie forestière
La
forêt tropicale de l’Indonésie est la troisième du monde en ordre
de grandeur, après celles du Brésil et de la République démocratique
du Congo. Bien qu’elles ne représentent que 1,3 pour cent de la
surface boisée mondiale, les forêts indonésiennes abritent 10
pour cent des espèces végétales, 12 pour cent des mammifères,
17 pour cent des reptiles et amphibiens, et 17 pour cent des oiseaux.
De par la richesse de sa faune, l’Indonésie est le deuxième pays
du monde. En outre, ses forêts sont le foyer d’espèces en
péril d’extinction, telles que l’orang-outang, le tigre, le rhinocéros
et l’éléphant asiatique.
Les
forêts sont la deuxième source de revenus de l’Indonésie, après
le pétrole. Pendant la présidence de Suharto, ces revenus furent
utilisés pour le maintenir le régime du Nouvel Ordre pendant trente-deux
ans. Les opérations forestières, sous la forme de concessions
(Hak Pengusahaan Hugan – HPH), de plantations industrielles d’arbres
(Hutan Tanaman Industri – HTI) et d’autres plantations (comme
le palmier à huile et l’hévéa) furent distribuées à la famille,
les amis et les partenaires du président, sans compter les principales
autorités militaires et les élites politiques, pour récompenser
leur loyauté. Ceux qui contrôlaient les forêts bénéficiaient d’un
pouvoir et d’une fortune considérables.
Or,
pour les communautés villageoises tributaires des forêts, celles-ci
ont un sens tout à fait différent. La gestion excessive et destructrice
a dépouillé les forêts, portant grave préjudice aux pauvres de
la campagne. Pour ces personnes, les valeurs culturelles sont
liées à la forêt. La plupart des populations rurales qui habitent
en dehors des îles densément peuplées de Java, Bali et Madura,
pratiquent une combinaison d’agriculture de subsistance et commerciale
en cultivant du riz gogo (une variété de riz de montagne sans
irrigation), d’autres cultures annuelles et des arbres. Ils récoltent
en outre divers produits de la forêt, tels que rotin, miel, résine,
herbes, fruits, poissons et gibier, à des fins domestiques et
commerciales. À Sumatra et Kalimantan, près de sept millions de
personnes tirent leur subsistance de leurs plantations d’hévéas,
qui couvrent un total d’environ 2,5 millions d’hectares. À Sumatra,
les communautés gèrent, sans aide extérieure, quatre millions
d’hectares de forêts, en appliquant des méthodes agroforestières
diverses qui allient la forêt naturelle et les vergers.
Les
communautés forestières ont une connaissance profonde de l’aménagement
traditionnel des forêts, qu’elles ont héritée de leurs ancêtres.
Cet aménagement traditionnel est spécifiquement reconnu dans la
Constitution nationale de 1945.
La
plupart des peuples des forêts ne possédant pas de documents écrits
pour certifier la propriété, le gouvernement Suharto ignora les
droits autochtones et prit le contrôle des vastes et profitables
forêts indonésiennes. Le programme de développement du régime
du « Nouvel Ordre » était fondé sur l’exploitation des forêts
du pays. L’État réclama plus de 90 pour cent des terres boisées
à l’extérieur de Java. Ces « forêts étatiques » furent désignées
dans certains cas sans suivre la procédure correcte, dans d’autres
sans payer aux communautés concernées les indemnités requises.
Des forêts mûres, que les populations autochtones avaient aménagées
de façon durable pendant des générations et qui étaient riches
en flore et en faune, furent affectées à la production de bois
et transformées en vastes plantations d’arbres exotiques de croissance
rapide.
L’expansion
accélérée et le développement des industries de traitement du
bois dépassèrent la capacité de production des régions boisées
et des plantations. De ce fait, les exploitants forestiers pénétrèrent
plus profondément dans les forêts naturelles, coupant des arbres
autant dans les zones protégées que dans les forêts domaniales
que les communautés autochtones réclament encore. La Banque mondiale,
qui a récemment critiqué l’abattage illégal suscité par le développement
excessif de l’industrie de la pâte, est elle-même en partie responsable
du problème. Dans les années 1980, la Banque mondiale fut l’un
des organismes impliqués dans la promotion de l’expansion de l’industrie
de la pâte et du papier. En 1984, par exemple, la Banque mondiale
finança une étude, réalisée par la société finnoise Jaakko Pöyry,
dont le but était de « renforcer la structure de l’industrie indonésienne
de la pâte et du papier ».
D’après
une recherche de l’ONG indonésienne WALHI, au moins 72 pour cent
des forêts du pays ont été détruits. Dans un communiqué de presse,
WALHI signalait en 2004 que le taux de déboisement de l’Indonésie
ayant atteint 3,8 millions d’hectares par an, il était le plus
élevé du monde. Pour mieux comprendre cette destruction, disons
que cela équivaut à six terrains de football par minute. Cela
veut dire aussi que le gouvernement de l’Indonésie perd, chaque
minute, 1 300 dollars d’impôts et de droits de douane non perçus
(soit, en moyenne, le triple du revenu annuel d’une famille indonésienne),
tandis qu’une poignée de conglomérats et une élite d’hommes d’affaires
empochent 24 000 USD, grâce au pillage des forêts du pays.
Ce
déboisement accéléré a eu des conséquences diverses et répandues.
Les effets sur l’environnement comprennent la disparition d’une
diversité biologique unique, l’augmentation de la fréquence des
inondations et des sécheresses, la diminution de la quantité et
de la qualité de l’eau, et la prolifération des incendies de forêt
qui polluent l’air et contribuent au changement climatique.
Bien
que les gens soient de plus en plus conscients de ces effets sur
l’environnement, ils connaissent mal et parlent rarement des conséquences
de l’extraction forestière illégale pour les droits de l’homme.
La surcapacité de l’industrie de traitement du bois et l’incapacité
des plantations industrielles d’arbres à satisfaire la demande
ont provoqué l’exploitation destructrice, légale et illégale,
des forêts de l’Indonésie. Comme dans d’autres secteurs où l’illégalité
est profitable, les réseaux criminels jouent un rôle important
dans le chantage et la protection des opérations illicites et
ils n’hésitent pas à recourir à la violence pour éliminer toute
opposition. En Indonésie, le secteur illégal et l’usage de la
violence sont souvent associés aux fonctionnaires gouvernementaux.
Paradoxalement,
le déboisement et la perte des moyens de vie des populations locales
sont encouragés par les politiques gouvernementales, censément
destinées à apporter la prospérité à la nation. Le concept de
développement de Suharto, comme celui de beaucoup de pays industrialisés
émergents, comportait d’accélérer l’expansion de l’économie par
l’exploitation des ressources naturelles. Or, l’expansion de l’économie
devint finalement moins importante pour Suharto que la consolidation
de son pouvoir au moyen du patronage politique, et c’est dans
ce but qu’il distribua des permis pour l’exploitation des ressources
naturelles. Plus de 62 millions d’hectares de forêts furent accordés
en concessions (HPH), sans un processus d’adjudication approprié,
à des magnats et des entreprises forestières étatiques qui avaient
des liens avec la famille de Suharto ou avec les militaires. Or,
depuis la chute de Suharto en 1998, le pays continue de subir
l’héritage de son régime en matière de mauvais gouvernement forestier
et d’absence d’application des lois.
Extrait
et adapté de : “Social conflict and environmental disaster: A
report on Asia Pulp and Paper’s operations in Sumatra, Indonesia”,
Rivani Noor et Rully Syumanda, août 2006,
http://www.wrm.org.uy/countries/Indonesia/Book8.pdf.
index
–
Laos : Point de succès sans échec. Politique
vs réalité dans le secteur forestier
Au
cours de la décennie passée, les organismes de crédit ont investi
des dizaines de milliers de dollars dans l’amélioration de la
gestion forestière du Laos, dans le but déclaré de contribuer
au développement rural et à la sécurité des moyens de vie. Or,
malgré ces investissements, qui ont compris entre autres des projets
milliardaires financés par la Banque mondiale, le gouvernement
de la Finlande et l’Agence suédoise de coopération au développement
(Sida), les forêts de production du Laos sont toujours aussi mal
gérées.
Dans
le dernier numéro de Watershed Magazine (vol. 12 nº 1, juillet
2006 – février 2007), Benjamin D. Hodgdon, expert forestier et
écologiste social avec dix années d’expérience en Indochine, rapporte
le cas d’un projet mis en oeuvre avec le soutien d’une ONG et
qui vient d’être suspendu par le gouvernement du Laos, pour montrer
les graves problèmes qui hantent les forêts de production du pays.
Son
article (No success like failure: Policy versus reality in the
Lao forestry sector) offre un aperçu peu fréquent de la réalité
du secteur forestier laotien, une réalité en contraste frappant
avec la législation forestière adoptée par le gouvernement sur
l’ordre de ses principaux bailleurs de fonds.
L’article
présente d’abord les arguments en faveur de la foresterie communautaire
dans le cas du Laos, ainsi que la mise en oeuvre de la version
laotienne de cette foresterie communautaire, centrée surtout sur
la production de bois et dénommée « aménagement forestier durable
et participatif » (AFDP). Cette politique, résultat d’un processus
de dix années soutenu par la Banque mondiale et le gouvernement
de la Finlande, stipule noir sur blanc que les villageois qui
habitent dans ou à proximité des zones désignées forêts de production
ont le droit de participer à la planification et à la gestion
de la forêt et le droit de percevoir un pourcentage significatif
des profits de la vente du bois.
Voilà
la norme. La réalité est quelque chose de très différent.
Pour
illustrer ce point, Hodgdon raconte le cas d’un projet soutenu
par le WWF, dont le but était de lancer l’AFDP dans la province
de Xekong, une province lointaine et majoritairement indigène
du Sud du pays. Le projet, qui concernait une zone de 10 000 hectares
dénommée Phou Theung, travaillait avec les organismes forestiers
des gouvernements provincial et central et visait à impliquer
sept villages (des peuples ethniques Krieng, Alak et Souay) à
la planification et la gestion de la forêt, en application de
la législation nationale sur l’AFDP.
Or,
avec le temps, et surtout lorsque la saison de coupe battait son
plein, de graves irrégularités de la part des partenaires gouvernementaux
du projet sont devenues apparentes.
«
Il était fréquent que les forestiers quittent leur travail dans
le projet ou soient transférés pour travailler avec des entreprises
qui sortaient illégalement du bois de la zone du projet », écrit
Hodgdon. Lorsqu’on leur en a présenté des preuves, les autorités
provinciales ont plaidé l’ignorance ou affirmé qu’il s’agissait
d’activités menées « en fraude ». En fait, comme le montre l’article,
« les fonctionnaires gouvernementaux connaissaient parfaitement
et avaient approuvé » ces extractions illégales de bois.
Du
fait des activités du projet pour améliorer la gestion des forêts
et appliquer la législation nationale, des personnes haut placées
du Ministère des Forêts et du gouvernement provincial de Xekong
se sont mises d’accord pour le faire annuler, en alléguant que
« seul l’État » a le droit de prendre des décisions en matière
d’exploitation forestière.
L’annulation
du projet, écrit Hodgdon, montre que bien des membres du gouvernement
du Laos n’appuient pas l’AFDP, pour des raisons politiques et
économiques. Du point de vue politique, le projet impliquait que
le gouvernement n’aurait plus le pouvoir de décision en matière
de ressources forestières de grande valeur ; du point de vue économique,
il « se traduisait par une diminution de l’argent qui rentrait
dans les poches de quelques personnes ayant de bons appuis ».
La
conclusion de l’article est qu’il y a peu de chances de pouvoir
imposer l’AFDP, à moins d’introduire des changements fondamentaux
dans les institutions politiques et juridiques du Laos. « Bref,
» dit Hodgdon, « il faut des institutions démocratiques pour que
les réformes démocratisantes, telles que la législation sur l’AFDP,
puissent fonctionner ».
La
version intégrale de cet article est disponible sur :
http://www.terraper.org/pic_water/Watershed%2012(1).pdf.
index
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Les peuples autochtones d’Afrique centrale
perdent leur forêt et, avec elle, leur santé
Les
cueilleurs chasseurs autochtones des forêts d’Afrique centrale,
les dénommés Pygmées, comprennent au mois 15 groupes ethnolinguistiques
différents, dont les Gyéli, les Kola, les Baka, les Aka, les Bongo,
les Efe, les Mbuti, les Twa de l’Ouest et les Twa de l’Est, qui
habitent dans dix pays centrafricains : Angola, Cameroun, Guinée
Équatoriale, République centrafricaine, Gabon, République du Congo
(le Congo), République démocratique du Congo, Ouganda, Rwanda
et Burundi. On estime que leur population totale est de 300 000
à 500 000 personnes.
Le
mot « pygmée » a parfois des connotations péjoratives, mais il
est utilisé par les activistes autochtones et par les organisations
qui les défendent pour englober les différents groupes de cueilleurs
chasseurs et d’anciens cueilleurs chasseurs de la forêt d’Afrique
centrale, et pour les distinguer d’autres groupes ethniques, économiquement
et politiquement dominants, qui habitent également la forêt mais
qui s’adonnent davantage à l’agriculture.
Les
risques pour la santé des peuples pygmées sont en train de changer,
à mesure que les forêts centrafricaines, qui sont la base de leur
structure sociale, de leur culture et de leur économie traditionnelles,
sont détruites ou expropriées par l’exploitation forestière, l’agriculture
et les initiatives de conservation :
«
... depuis que nous avons été expulsés de nos terres, la mort
nous suit partout. Presque tous les jours nous enterrons quelqu’un.
Le village est en train de se vider. Nous sommes voués à l’extinction.
Toutes les personnes âgées sont déjà mortes. Notre culture meurt
elle aussi... » Un Twa déplacé du parc national Kahuzi-Biega,
République démocratique du Congo.
Les
Pygmées qui vivent de la façon traditionnelle forment de petits
groupes égalitaires et mobiles dont les stratégies de survie comprennent
la chasse, la cueillette, l’agriculture artisanale et l’échange
de produits forestiers avec les agriculteurs voisins. Ils considèrent
qu’ils appartiennent à la forêt, à laquelle ils sont intimement
liés par l’intermédiaire des esprits de leurs ancêtres et de ceux
de la forêt. Les communautés pygmées continuent d’habiter la forêt
quand ils le peuvent, mais beaucoup d’entre eux passent maintenant
davantage de temps sur les bords des routes, où ils ont plus de
contact avec les communautés d’agriculteurs bantous, et ils dépendent
davantage de l’agriculture et du travail payant.
Dans
la région des Grands Lacs d’Afrique centrale, la coupe de grandes
étendues de forêt a laissé sans terres les Twa, qui vivent maintenant
dans la misère et s’efforcent de maintenir leur identité culturelle.
Le
taux de mortalité est élevé dans les communautés pygmées, comme
l’est le taux de fertilité. La cause de l’augmentation de la mortalité
peut être associée à la perte de leur vie à la forêt. L’importance
cruciale de la terre pour la survie est indiquée par la baisse
de la mortalité que l’on aurait constatée chez les enfants de
moins de 5 ans (de 59 % à 18 %) chez les familles twa d’Ouganda,
une fois qu’on leur a donné des terres.
Lorsque
les éléments de leur régime alimentaire disparaissent par suite
de l’abattage destructeur ou du braconnage commercial, et qu’ils
n’ont pas de terres pour planter des aliments de remplacement,
la situation nutritionnelle des Pygmées se dégrade. Les enfants
et les femmes enceintes sont les plus vulnérables, et le problème
s’aggrave encore par l’effondrement de leurs systèmes traditionnels
de partage des aliments.
En
outre, la perte des forêts prive les communautés pygmées de leur
célèbre pharmacopée traditionnelle composée de plantes médicinales,
qui inclut des médicaments contre l’helminthiase, le ver de Guinée,
la jaunisse, la malaria, la diarrhée, le mal de dents et la toux.
Lorsque
les communautés pygmées passent davantage de temps à l’extérieur
de la forêt dans des établissements fixes, l’incidence de la malaria
et des parasites augmente, à cause de l’augmentation de la densité
de la population et du manque d’installations sanitaires.
Les
moyens culturels traditionnels d’éviter les tensions et la discorde
(par exemple, les cérémonies nocturnes de chant destinées à restaurer
l’harmonie entre les membres du groupe et la forêt) commencent
à disparaître, tandis qu’augmentent l’alcoolisme et la violence
domestique contre les femmes.
Dans
la plupart de l’Afrique centrale rurale, les services essentiels
de santé sont absents, fonctionnent de façon rudimentaire ou ont
été détruits au cours de conflits. Même lorsqu’ils existent, de
nombreux Pygmées ne les utilisent pas parce qu’ils ne peuvent
pas payer les consultations et les médicaments, n’ont pas les
documents ou les cartes d’identité nécessaires pour voyager ou
pour être traités à l’hôpital, ou sont victimes de discrimination
et d’humiliations.
Les
peuples pygmées se sont avérés résistants ; des siècles durant,
ils se sont adaptés à des situations nouvelles tout en préservant
leurs différences culturelles, mais toujours à condition d’avoir
accès à la forêt. Les groupes pygmées qui peuvent encore compter
sur la forêt pour une large mesure sont, à plusieurs égards, en
meilleure santé que les groupes d’agriculteurs voisins. D’ailleurs,
c’est la forêt qui leur permet de se sentir à l’aise, et ce sentiment
de bien-être est indispensable pour la santé mentale et spirituelle.
En revanche, la perte des terres boisées et de leurs ressources
et la sédentarisation qui s’ensuit augmentent pour eux les risques
de nutrition insuffisante, de maladies infectieuses, de parasites
et de SIDA, sans leur donner pour autant davantage de possibilités
de se faire soigner.
Pour
préserver et améliorer la santé des peuples pygmées, les gouvernements,
les agences de développement, les missionnaires et les organisations
non gouvernementales doivent oeuvrer pour les droits des Pygmées
à leurs terres et leurs ressources coutumières, c’est-à-dire à
la forêt.
Extrait
et adapté de : “Health of Indigenous People in Africa”, Nyang’ori
Ohenjo, Ruth Willis, Dorothy Jackson, Clive Nettleton, Kenneth
Good, Benon Mugarura, de la série Déterminants sociaux de la santé,
http://www.who.int/social_determinants/resources/articles/lancet_ohenjo.pdf.
index
LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE
D'ARBRES
–
Afrique du Sud : les plantations commerciales
d’arbres, une option de développement pour les zones rurales «
à prendre ou à laisser »
La
page Web http://www.southafrica.info,
publiée à l’intention de l’International Marketing Council d’Afrique
du Sud, incluait en mars un article qui disait : « L’Afrique du
Sud a décidé que les provinces d’Eastern Cape et KwaZulu Natal
étaient fondamentales pour le développement du secteur forestier,
du bois et du papier, et que le reboisement était un aspect essentiel
de la stratégie à adopter ». Pour ceux qui ne connaissent pas
le jargon forestier, il est important de signaler qu’en Afrique
du Sud le mot « reboisement » désigne en fait la plantation en
régime de monoculture d’essences exotiques sur de vastes étendues
de l’écosystème de prairie indigène. L’article s’accompagnait
d’une photo suivie du texte : « L’Afrique du Sud se tourne vers
le secteur de la foresterie, du bois et du papier pour relancer
l’investissement et l’emploi en Eastern Cape et KwaZulu-Natal
».
Après
tant d’années d’expérience en matière de plantations d’arbres
et de leurs conséquences pour les gens et l’environnement, il
semble étonnant que l’industrie puisse parler sérieusement des
plantations comme génératrices d’emploi et que le gouvernement
puisse continuer de les encourager.
L’avantage
de cet article (disponible sur
http://www.southafrica.info/doing_business/investment/oppurtunities/forestry-010307.htm)
est qu’il a suscité un débat intéressant. Ce qui suit est extrait
d’un message envoyé par Sinegugu Zukulu, qui travaille pour l’Endangered
Wildlife Trust, où il décrit son expérience personnelle dans le
Nord du Zululand.
Sinegugu
explique d’abord pourquoi il pense que « les gens vont accueillir
ceci comme une grande initiative » : « c’est cela ou rien. La
seule option de développement pour les zones rurales, à prendre
ou à laisser ! ».
Il
explique ensuite pourquoi l’option s’est déjà avérée mauvaise
:
«
J’ai eu l’occasion de voir ce que la foresterie a fait dans le
Nord du Zululand. En 1995 ou 1996, je suis allé à Mtubatuba, rendre
visite à une famille Mlambo qui fréquente la même église que moi
à. C’était au milieu des plantations d’eucalyptus. Toutes les
familles avaient transformé leurs terres en plantations de canne
à sucre ou d’eucalyptus. Le résultat avait été que toutes les
sources et tous les ruisseaux étaient en train de s’épuiser. Il
y avait de longues queues devant ce qui avait été une source permanente.
Les gens attendaient que l’eau monte. Lorsque je leur ai dit que
c’était à cause des eucalyptus qu’ils avaient plantés, ils ne
m’ont pas cru. J’ai prédit aussi que les ruisseaux et les sources
allaient bientôt se tarir.
Quelques
années plus tard, ils m’ont téléphoné pour me dire que ma prédiction
avait été correcte. Les pâturages pour le bétail étaient partis,
remplacés par les eucalyptus. L’eau des ruisseaux, qui coulait
librement et en permanence à des endroits comme Mtunzini, était
maintenant stagnante ou avait disparu.
Les
gens étaient forcés d’aller tous les mois aux magasins pour s’approvisionner,
car ces plantations commerciales ne produisaient pas d’aliments.
Ceux qui n’avaient pas d’argent ont commencé à souffrir de faim.
Les plantations de maïs qui étaient entourées de plantations d’eucalyptus
se sont mises à jaunir, car les racines des eucalyptus s’étendaient
partout et absorbaient toute l’eau. Les hautes températures les
brûlaient, parce que les arbres empêchaient le vent frais de passer.
Est-ce
bien cela qu’ils veulent pour nous ? Va-t-on informer les gens
de tous ces effets secondaires ou conséquences environnementales
? Nous avons déjà plus que notre lot de plantations d’eucalyptus
et d’acacia. À mon avis, c’est encore une de ces solutions miracle,
sans une évaluation d’impact environnemental qui permette au public
de savoir ce qu’elle implique. Le gouvernement de notre pays n’applique
pas cette constitution merveilleuse que nous avons, qui garantit
notre droit à un environnement sain, inoffensif et préservé pour
les générations futures. Les évaluations d’impact environnemental
(EIA) ne servent à rien si les gens ne sont pas éduqués pour s’engager
dans le processus. Donc, le premier pas est d’éduquer le public.
Notre gouvernement prend le risque d’implanter un mauvais développement
parce qu’il sait que les habitants des zones rurales sont analphabètes.
Pour
ma part, je n’appuierais pas ceci dans mon village. Je serais
heureux d’appuyer n’importe quoi qui consiste à réduire le nombre
des plantations d’eucalyptus que nous avons déjà. Ce plan est
lui aussi destiné à satisfaire l’avidité des grandes entreprises
forestières, telles que SAPPI et MONDI. Dans ce pays, les principales
coupables de la diminution de la diversité biologique sont les
plantations d’arbres. Elles sont aussi les premières à financer
l’éducation en matière d’environnement. Il me semble très bizarre
que les Centres d’éducation environnementale soient financés par
les mêmes entreprises qui causent le problème. Les éducateurs
s’en retrouvent coincés, car ils ne peuvent rien dire contre les
coupables lorsqu’ils font leurs cours sur l’environnement. C’est
absurde. »
Les
problèmes énumérés par Sinegugu ne sont pas des inventions. Les
mêmes, ou presque, ont été constatés et documentés absolument
dans tous les pays, de l’Amérique latine à l’Asie, où l’on a établi
des plantations de ce genre. Jusqu’à quand le secteur de la pâte
et du papier va-t-il prévaloir sur les gens et l’environnement
? Jusqu’à quand les gouvernements du Sud vont-ils appuyer cette
activité destructrice ? Jusqu’à quand vont ils continuer de mentir
à propos de l’emploi ?
Article
fondé sur un courrier électronique envoyé par Sinegugu Zukulu.
L’auteur a autorisé le WRM à utiliser son message.
index
– Brésil : réponse à
la tentative de Veracel d’obtenir le label
FSC pour ses plantations
La
société de certification SGS a lancé une consultation au sujet
de la certification, au titre du FSC, des plantations d’eucalyptus
de l’entreprise Veracel Celulose S.A. qui appartient à Stora Enso
(Suède-Finlande) et à Aracruz Celulose (Norvège-Brésil). Ces plantations,
qui occupent 78 000 hectares dans l’extrême Sud de l’État de Bahia,
ont suscité une forte résistance au plan local (cf Bulletin nº
109). L’évaluation principale aura lieu entre le 23 et le 27 juillet
2007.
Nous
publions ci-dessous une lettre ouverte qui, en plus de donner
l’alerte pour éviter que Veracel reçoive le label FSC, reflète
l’indignation que provoque la prétention de certifier une entreprise
qui a causé et continue de causer tant de malheur et de souffrances.
Lettre
ouverte aux femmes et aux hommes de bonne volonté
Je
vais parler de choses que j’estime très contradictoires. Comment
comprendre la certification des PLANTATIONS D’ARBRES ? La question
n’est pas si simple qu’elle paraît. Il ne s’agit pas d’arbres
indigènes du biome MATA ATLANTICA, où je suis née, où j’ai grandi
et où j’ai été témoin de plusieurs cycles de destruction, mais
qui ne sont rien par rapport à ce dernier : la monoculture de
l’eucalyptus ! J’ai vu abattre la forêt pour la remplacer par
des eucalyptus. JE L’AI VU. J’ai vu s’épuiser les fleuves, les
ruisseaux et les sources. J’ai vu un travailleur rural, un homme
de la campagne qui ne sait ni lire ni écrire, qui n’a appris qu’à
travailler la terre, arriver en pleurs dans la ville avec ses
dix ou onze enfants, effrayé de l’avenir incertain. Les plus grands
vendent maintenant de la drogue aux coins des rues, certains ont
déjà été en prison et l’aîné a été tué par la police. Comme ça,
parce qu’il s’agissait d’un bandit dangereux ! Et le père répète
en pleurant, comme s’il voulait se convaincre que ce n’est pas
de sa faute, je n’ai pas appris à mon fils à voler ni à tuer,
non madame ! Je lui ai appris à semer et à récolter, le cycle
des récoltes, ce qu’il faut planter à chaque saison. Il a appris,
il était très bon à ça, mais nous avons perdu la terre...
Les
plus jeunes et les petits-enfants, ceux dont le père a été tué,
sont allés à SOS Vida pour se récupérer de la malnutrition profonde
causée par le manque d’aliments.
Et
je reçois maintenant un texte tiré de « Valor Econômico » dont
le titre est « Veracel s’arme contre ceux qui s’opposent à l’usine
» et qui dit : « L’industrie de la pâte est en train de réunir
des informations statistiques commandées à des institutions indépendantes
pour montrer les effets économiques et sociaux de ses entreprises
et pour réfuter les critiques à l’égard de ses usines.
Veracel,
fabricant de pâte situé dans l’extrême Sud de Bahia, publie aujourd’hui
une étude qui signale que l’entreprise est déjà responsable d’environ
15 % du PIB agricole de la région. L’usine, qui a commencé à fonctionner
en mai 2005, a eu à son compte 60 % de toute la croissance économique
de la région dans la période 2003 – 2006.
‘Nous
savions que Veracel avait des effets positifs sur Bahia et sur
la région, mais nous ne savions pas à quel point », dit le président
de l’entreprise, Renato Gueron.
Il
explique que l’une des raisons pour lesquelles l’étude effectuée
par la division projets de la Fondation Getúlio Vargas (FGV) a
été commandée était d’obtenir des renseignements concrets pour
répondre aux opposants de l’usine de pâte. ‘Il existe des organisations
non gouvernementales aux motivations idéologiques, et d’autres
groupes dépourvus d’arguments techniques, qui s’opposent au type
d’activité que nous menons’, allègue Gueron. »
Je
fais partie du groupe qui, d’après le directeur de l’entreprise,
a des motivations idéologiques et ne possède pas d’arguments techniques.
Je suppose donc que ce que je vois n’est pas réel, car cela n’a
pas été scientifiquement vérifié. Pour que ce soit scientifiquement
vrai il me faut un technicien, un universitaire, qui suive les
normes et les règles préétablies et manipulées, une personne qui
ait lu des centaines de livres, qui dise dans un long rapport
incompréhensible que ce que j’ai vu et vécu est vrai !
Pourtant,
cette situation est perçue et vécue par les hommes, les femmes,
les jeunes et les enfants. Tous les jours, nous éprouvons dans
notre chair les conséquences néfastes de l’usine responsable à
60 % de la croissance économique régionale dans la période 2003
– 2006 ! Mais de quelle croissance parlez-vous, de la croissance
pour qui ? Ils parlent sans doute des bénéfices distribués à Aracruz
et Stora Enso, associées de Veracel. Il n’y a que cela de vrai,
les profits sont vérifiés par des experts. Mais si personne n’essaie
de vérifier que la population de la région vit dans la misère,
comment le prouver ? Il y a des pauvres qui ont faim, des pauvres
qui volent, et alors ? Ce qu’il faut c’est construire des prisons
! Il serait temps qu’il y ait une prison à Eunápolis !
La
justice, les politiciens, les scientifiques et les actionnaires
n’habitent pas ici et, s’ils le font, ils ont des services de
sécurité privés et construisent de hauts murs pour protéger leurs
maisons et leurs familles. Voilà les hommes de bien, les détenteurs
de la vérité ! Il est vrai que la région a grandi du point de
vue économique ; elle est déjà responsable de 15 % du PIB. Donc,
oublions que, pour y parvenir, l’entreprise a coupé la Mata Atlántica
; que l’IBAMA lui a fait payer en 2005 une amende pour avoir empêché
la régénération de 1 200 hectares de forêt ; qu’elle a été condamnée
par l’IBAMA à payer une autre amende en 2007 pour avoir déversé
du poison dans les sources ; que la justice a décidé qu’elle devait
respecter la loi et retirer les plantations d’eucalyptus dans
le voisinage des parcs nationaux (Pau Brasil, Descobrimento et
Monte Pascoal) ; que la justice fédérale l’oblige maintenant à
payer ce qu’elle doit aux travailleurs de l’Institut Veracel.
Oublions aussi que cet institut n’était qu’une façade, où les
enfants recevaient des vêtements neufs et des chaussures pour
recevoir les visiteurs illustres qui venaient de Suède et de Finlande
et que, lorsque ces visiteurs repartaient, les fonctionnaires
devaient tout reprendre et les laisser en pleurs, pieds nus et
vêtus de hardes ; oublions que l’entreprise ne remplit pas les
conditions établies dans le permis environnemental octroyé par
le Conseil de l’environnement de l’État de Bahia, par exemple
qu’elle doit fournir du bois à d’autres usages pour éviter la
pression sur ce qui reste de la Mata Atlántica et qu’elle ne doit
pas acheter de petites propriétés sans l’autorisation du Syndicat
des travailleurs ruraux ; oublions que seulement dans la municipalité
d’Eunápolis, près de 7 000 familles ont quitté la campagne entre
1996 et 2000 parce que leurs terres ont été vendues à Veracel
; oublions qu’elle a détruit un village (Maurília) pour construire
l’usine et que les habitants de ce village vivent maintenant dans
la périphérie des villes, sans travail et dans la misère ; que
dans la ville de Barrolândia, située à proximité de l’usine, il
y a des gens qui meurent d’inanition parce qu’ils dépendaient
des activités rurales mais ne trouvent plus autour d’elles que
des plantations d’eucalyptus ; oublions qu’en plus de mourir de
faim, ces personnes meurent de lèpre et de tuberculose ; oublions
que cette entreprise ne respecte pas la législation du Brésil.
Oublions tout et CERTIFIONS-LA.
L’objectif
de Veracel est d’obtenir la certification du FSC (sigle du Forest
Stewardship Council ou conseil de gestion forestière), une organisation
non gouvernementale créée au Canada en 1993. Cette certification
vérifie que tout le processus de production d’une entreprise,
de la production des semences d’eucalyptus à la fabrication de
la pâte, est respectueux de l’environnement, socialement juste
et économiquement viable. D’après ce que nous avons pu constater,
seule la condition d’être économiquement viable est remplie et
ne concerne que les actionnaires étrangers. Le PEUPLE BRÉSILIEN
n’y trouve que la misère, la faim et le chômage.
La
plantation effrénée d’eucalyptus dans la région Extrême-Sud de
Bahia s’est déjà emparée de presque toutes les terres productives,
des établissements agricoles traditionnels, des villages campagnards
les plus importants, des chemins, des ruisseaux, des hameaux centenaires,
bref, de tout ce qui compose la culture d’un peuple.
Tout
cela a été obtenu par l’entreprise au moyen de fausses promesses
et de mensonges. La population régionale a été dupée par le pouvoir
économique et la capacité intellectuelle des techniciens de l’entreprise.
Aujourd’hui, les habitants de la région sont conscients des méfaits
de Veracel ; nous trouvons régulièrement dans la presse des manifestations
populaires accusant l’entreprise d’irrespect et d’irresponsabilité.
Accorder
la certification à une entreprise comme Veracel équivaut à dire
que le PEUPLE BRÉSILIEN ne doit pas exister, que le PEUPLE BRÉSILIEN
est condamné à mourir de faim.
Eunápolis,
20 juin 2007
Ivonete
Gonçalves, enseignante et coordinatrice exécutive de CEPEDES –
Centro de Estudos e Pesquisas para o desenvolvimento do Extremo
Sul – Bahia.
I.
Gonçalves est née et vit à Eunápolis, municipalité victime de
la monoculture de l’eucalyptus et de l’usine de pâte de Veracel.
index
–
Équateur : clameur populaire pour la révision du plan agro-forestier
En
application de plusieurs programmes et initiatives étatiques et
sous les auspices de certains organismes de coopération internationale,
la monoculture d’arbres de croissance rapide s’est installée dans
les trois régions continentales de l’Équateur et se propage rapidement,
souvent au détriment d’écosystèmes primaires.
Qu’il
s’agisse des plantations pour le piégeage de carbone dans la région
du paramo, des plantations de pins dans la Sierra centrale ou
des plantations d’eucalyptus et de palmier dans la zone tropicale
de la province d’Esmeraldas de la région du Chocó, le modèle est
toujours le même : la monoculture à grande échelle pour le marché
d’exportation et pour le profit de l’agro-industrie. Elles balayent
sur leur chemin les économies locales, les modes de vie et la
culture des populations et leur souveraineté alimentaire, l’eau,
le sol, l’avenir...
Face
à cette situation, de nombreuses communautés affectées se sont
réunies le mois dernier et présenté la lettre suivante :
«
Lettre ouverte au Président Rafael Correa et à la population de
l’Équateur au sujet du Plan national d’afforestation et du Plan
agricole national
Les
organisations indigènes, afro-descendantes et paysannes, réunies
dans la ville de Quito le 24 mai 2007 pour analyser les plans
nationaux agricole et d’afforestation, souhaitent faire part de
leur inquiétude à Monsieur le Président Rafael Correa.
Sachant
que votre gouvernement considère comme prioritaire d’oeuvrer en
faveur des populations traditionnellement exclues, à savoir les
peuples indigènes, les afro-descendants et les paysans de ce pays,
nous avons mis notre espoir en votre gestion car, traditionnellement,
les politiques de l’État ont toujours avantagé et continuent d’avantager
les grands propriétaires terriens, les grands producteurs et les
exportateurs de produits agricoles, au détriment de l’économie
paysanne.
Or,
nous avons vu que le programme de l’actuel Ministre de l’Agriculture
suit la même tendance, et que la Patrie continue d’appartenir
à un petit nombre. Il privilégie l’agro-industrie, encourage la
monoculture et prétend renforcer un paquet technologique qui porte
atteinte aux ressources naturelles, le sol, l’eau, la diversité
biologique, et aggrave les inégalités à la campagne et le processus
d’appauvrissement des paysans. La plantation de produits pour
la fabrication de biocarburants est encouragée sans tenir compte
des revendications de souveraineté alimentaire et de défense des
droits collectifs des nationalités et des peuples.
En
outre, l’afforestation proposée se ferait en régime de monoculture,
ce qui est anti-écologique ; elle serait faite sans études préalables
sur les conséquences pour les modes de vie ruraux et paysans,
et viserait uniquement la plantation d’arbres pour l’industrie
et l’exportation.
Les
organisations rurales de paysans, d’afro-descendants et d’indigènes
de l’Équateur présentes à la rencontre, sujets fondamentaux des
politiques d’État, demandent que le gouvernement national de l’économiste
M. Correa exige à son Ministre de l’Agriculture que sa politique
soit cohérente avec le projet de réformer l’Équateur en bénéfice
de la population la plus pauvre du pays.
Les
organisations rurales, paysannes et indigènes de l’Équateur présentes
à cette rencontre demandent :
1.
Une réforme agraire intégrale qui contrôle et élimine la concentration
de terres et qui permette un accès juste des petits producteurs
aux moyens de production.
2.
La protection et l’encouragement de la production agro-alimentaire
nationale, en mettant l’accent sur les programmes de production
durables gérés conjointement par les organisations rurales du
pays.
3.
Que la diversité biologique, les ressources phytogénétiques et
les savoirs traditionnels soient protégés en empêchant le développement
des plantations agricoles et forestières qui les affectent et
en évitant l’introduction de semences transgéniques et de paquets
technologiques nuisibles.
4.
Des politiques pour le secteur agricole qui respectent la diversité
des peuples et des nationalités, des paysans et des paysannes,
et qui encouragent la pluralité culturelle ; la reconnaissance
de la contribution des femmes aux processus de production souverains.
5.
Que toute politique agricole et forestière soit formulée avec
une participation fondamentale des organisations paysannes, indigènes
et afro-équatoriennes, en respectant leurs modes de gestion propres
et en garantissant leur contrôle des ressources naturelles de
leur territoire.
6.
Que la souveraineté alimentaire soit garantie au plan local et
national, en veillant à ce que des ressources telles que la terre
et l’eau soient affectées en priorité à la satisfaction des besoins
alimentaires de la population plutôt qu’à n’importe quelle activité
extractive (minière, pétrolière ou forestière), et que l’eau soit
réservée à la consommation humaine et non aux barrages hydroélectriques.
7.
L’État doit affecter ses ressources à garantir la satisfaction
des demandes mentionnées et non à avantager l’agro-industrie ;
il ne doit pas promouvoir des mécanismes d’endettement qui mènent
à une commercialisation injuste des terres.
Nous
nous adressons à vous, Monsieur le Président, pour que ce 24 mai
où nous fêtons l’indépendance de l’Équateur soit le jour où les
organisations paysannes, indigènes et afro-descendantes fêteront
la fin de la longue nuit néolibérale.
[Signatures]
»
Informations envoyées par:
Acción Ecológica, email:
cbosques@accionecologica.org
index
–
Indonésie : vision commune sur les moyens
d’enrayer l’expansion des plantations d’arbres à pâte
Les
représentants de vingt-cinq ONG et organisations communautaires
indonésiennes se sont réunis à Riau, Sumatra, le 13 janvier 2007,
pour faire entendre leurs graves inquiétudes au sujet des effets
de l’industrie de la pâte et du papier et de ses plantations d’arbres
de croissance rapide sur les forêts et les gens.
Dans
le cadre du programme dénommé HTI (Hutan Tanaman Industri, Développement
des plantations industrielles d’arbres et de l’industrie de la
pâte) lancé par le gouvernement au début des années 1980, plus
de cinq millions d’hectares ont été affectés à la monoculture
d’arbres de croissance rapide (Acacia mangium et eucalyptus) pour
approvisionner l’industrie de la pâte, du papier et de la rayonne.
Cette expansion massive a déjà démarré et vise à transformer les
forêts anciennes en plantations d’arbres, en plus des plantations
d’hévéas et de palmiers à huile.
Les
représentants des organisations de la société civile, après avoir
délibéré sur les demandes essentielles qu’il fallait adresser
à l’industrie de la pâte et du papier et au gouvernement, ont
signé et présenté un document où ils expriment leur conviction
que l’expansion des plantations d’arbres à pâte « a dépassé toutes
les limites que les forêts et l’humanité puissent supporter ».
Dans
le but d’inclure le pays dans le marché mondial du papier en tant
que fournisseur de matière première bon marché, la nature a été
exploitée jusqu’à l’épuisement et les habitants des forêts ont
été dépossédés et condamnés à la souffrance. Le document signale
: « L’usage des forêts pour satisfaire la demande en matière première
de l’industrie de la pâte et du papier pour la consommation internationale
s’est accompagné d’une série terrible d’expropriations et de violations
des droits des populations, qui a laissé des cicatrices. Nous
avons vu comment les rouages du marché, facilités par plusieurs
politiques gouvernementales, ont favorisé de façon directe ou
indirecte des pratiques commerciales qui ont nui aux moyens de
vie de la population et à l’environnement dans son ensemble. »
Les
effets adverses de l’industrie de la pâte et du papier sur l’environnement
et sur les communautés voisines privent ces dernières de leurs
moyens de vie et sont la cause de conflits sociaux et de la misère.
Ainsi, le document exhorte à « sauver d’une catastrophe inimaginable
les forêts qui restent et protéger les droits des populations
autochtones et locales dans toutes les zones affectées par les
plantations d’arbres et les usines de pâte et de papier ».
Les
parties concernées ont maintenant « une vision commune de la reconstruction
et la transformation qu’il faut appliquer à l’industrie de la
pâte et du papier de l’Indonésie ».
Elles
déclarent : « En échangeant nos expériences en matière d’organisation
et de soutien des communautés affectées et en discutant sérieusement
sur l’industrie de la pâte et du papier, nous sommes parvenus
à certaines conclusions qui nous portent à réclamer ensemble des
changements de politique, dans le but de mettre fin à toutes les
pratiques nuisibles et à toute expansion future de cette industrie.
En travaillant ensemble et chacun à sa manière, nous avons l’intention
de suivre de près tous les instruments politiques au cours des
prochaines années et de pousser à les modifier ou à les réformer.
À
partir de ces expériences, nous avons rédigé cette Vision commune
des changements à introduire dans l’industrie de la pâte et du
papier de l’Indonésie, qui concernent les politiques, l’industrie
et la situation sociale.
BUT
Faire
en sorte que les droits et les intérêts des communautés locales
et autochtones soient respectés et que les impératifs d’ordre
écologique soient prioritaires au moment de satisfaire la demande
de papier indonésien.
OBJECTIFS
1.
Intervenir dans les initiatives politiques locales, nationales
et internationales favorables à l’expansion des plantations d’arbres
à pâte et de l’industrie papetière en Indonésie.
2.
Élargir la reconnaissance des pratiques forestières durables des
communautés locales et autochtones.
3.
Fermer les usines de pâte et de papier qui provoquent la pollution
de l’environnement et portent atteinte aux intérêts des communautés
; éviter la construction de nouvelles usines ; arrêter l’expansion
des plantations d’arbres à pâte. »
La
prochaine action prévue par les OCS est d’organiser une réunion
stratégique complémentaire dans le courant de l’année.
Article
fondé sur “CSOs take a stand on pulp”, Down to Earth Nº 73, mai
2007, adresse électronique : dte@gn.apc.org,
http://dte.gn.apc.org.
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Réunion en Europe avec des banquiers, à propos
de finances et d’usines de pâte
L’entrée
de la banque est loin d’être à l’échelle humaine. Le bâtiment
de verre et d’acier se dresse devant les visiteurs comme une machine
géante, impeccablement propre, faite peut-être pour avaler les
gens et fabriquer de l’argent.
Je
me suis rendu au siège de la banque la semaine dernière, pour
assister à une réunion organisée par l’ONG allemande Urgewald,
où il serait question du financement que les banques accordent
à l’industrie de la pâte. La réunion a eu lieu au 50e étage :
de là-haut, la vue est spectaculaire. Le soleil brillait et se
reflétait sur le fleuve qui serpente à travers la ville. Je n’avais
pas l’impression d’être dans le ventre de la bête capitaliste.
Une douzaine de banquiers des sept banques principales se sont
présentés pour entendre les exposés de six ONG. (La réunion s’est
déroulée suivant la règle de Chatham House, qui dit que je suis
libre d’utiliser les informations reçues mais sans dire qui était
là ni ce que chacun a dit.)
Avant
la réunion, j’avais calculé que l’industrie de la pâte avait l’intention
d’augmenter sa capacité de production d’environ 25 millions de
tonnes au cours des cinq prochaines années. La plupart de ces
plans concernent le Brésil, l’Uruguay, la Russie, la Chine, l’Australie
et l’Indonésie. Même en supposant qu’il y aura de nouvelles fermetures
d’usines de pâte dans le Nord, il s’agit d’une augmentation de
capacité très considérable. Au cours de la décennie passée, l’industrie
s’est développée au rythme d’environ un million de tonnes par
an. À présent, elle entend multiplier ce rythme par cinq. Or,
il est devenu évident pendant la réunion que mes 25 millions étaient
très en dessous de la vérité : trois nouvelles usines de pâte
sont prévues en Russie et une en Malaisie, que je n’avais pas
comptées dans mes estimations.
L’évolution
en dents de scie de l’industrie de la pâte est directement liée
à sa surcapacité de production. Quand le prix de la pâte monte,
elle se développe. Quant toute la nouvelle production entre en
circulation, les prix tombent. C’est déjà arrivé à plusieurs reprises,
et tout semble indiquer que c’est sur le point d’arriver encore
une fois.
Les
banquiers ont entendu parler des promesses faites il y a 20 ans
en Indonésie : l’industrie de la pâte allait apporter la prospérité,
créer des emplois et sauver les forêts, en donnant au bois une
utilité économique. La réalité est que l’industrie a apporté la
pollution, peu d’emplois, des conflits sociaux, des litiges en
matière de droits fonciers et la destruction de grandes étendues
de forêt. Elle a même remplacé les forêts par des plantations.
Aujourd’hui, à Sumatra, les entreprises papetières sont en train
d’abattre les forêts de tourbière et d’assécher les marais pour
y établir des plantations. Ce faisant, ils libèrent dans l’atmosphère