NOTRE
OPINION
Dixième
anniversaire du bulletin : un grand
merci à tous !
Avec
le présent numéro, le bulletin du WRM complète sa 10e année d’existence.
Nous profitons de cette occasion pour rendre visibles les innombrables
personnes qui, d’une manière ou d’une autre, ont rendu possible
la publication, d’un mois à l’autre, d’une année à l’autre, de
ce bulletin.
Il
faut donc commencer par dire que l’une des caractéristiques les
plus remarquables de ce bulletin est qu’il est alimenté par un
très large réseau de personnes du monde entier qui sont prêtes
à partager leur connaissance des réalités locales, nationales
et internationales. C’est grâce à ces apports que le bulletin
contient tant d’informations importantes et de première main.
Peu de ces personnes sont ou se considèrent comme des journalistes
mais, dans les faits, elles jouent ce rôle et le font avec beaucoup
de sérieux.
Elles
proviennent de réalités et de cultures très diverses, mais elles
ont en commun une même vision des choses essentielles de la vie
: les droits, l’équité, le respect de la nature, la quête d’un
avenir meilleur pour l’humanité. Dans le cas spécifique des forêts,
elles partagent non seulement l’idée qu’il est nécessaire de les
protéger, mais que pour ce faire il est indispensable de reconnaître
les droits des peuples qui les habitent et qui en dépendent.
Cela
explique une autre caractéristique du bulletin : les articles
qu’il contient ne sont jamais neutres, parce qu’ils sont rédigés
depuis les combats des gens et pour y contribuer. Les informations
qu’ils contiennent sont objectives, mais les auteurs ne se contentent
pas de décrire ce qui se passe : ils prennent le parti de ceux
qui défendent leurs propres droits.
Ainsi,
le bulletin est un outil collectivement produit et mis au service
des luttes. La collaboration et le soutien des luttes sont les
objectifs principaux du bulletin, qui ne se contente pas d’être
un simple moyen de diffusion d’informations.
Le
mot ‘lutte’ évoque en général des images de personnes mobilisées
autour de revendications concrètes. Par exemple, celle des habitants
d’un lieu qui s’opposent à l’exploitation de leurs forêts ou à
l’installation d’un barrage hydroélectrique ou aux plantations
d’eucalyptus. Bien entendu, ces luttes sont constamment divulguées
et appuyées depuis le bulletin.
Mais
le mot ‘lutte’ concerne aussi d’autres situations plus générales,
par exemple, la lutte pour la reconnaissance des droits territoriaux
des peuples indigènes et traditionnels, la lutte pour la modification
des modes de production et de consommation destructeurs, la lutte
pour la défense du climat et de la diversité biologique, et bien
d’autres encore.
Dans
tous les cas, le bulletin veille à apporter des informations et
des analyses sérieuses qui soient en même temps compréhensibles
pour tous, pour contribuer à l’émancipation des gens. La lutte
pour les changements aux plans local et mondial exige que les
personnes soient bien renseignées ; pour cela, il faut que le
langage de la communication soit à la portée de tous, sans perdre
pour autant la profondeur nécessaire.
Bien
entendu, pour que le bulletin soit publié tous les mois, pour
que les gens disposent d’un espace où ils puissent partager leurs
connaissances, pour que le langage soit compréhensible, il faut
un travail de coordination et de facilitation. C’est ce que nous
faisons dans le secrétariat du WRM, et nous sommes fiers d’avoir
à remplir cette fonction.
Néanmoins,
le mérite quant à la qualité et l’utilité de cette publication
revient non seulement à ceux qui rédigent les articles et à ceux
qui en facilitent la publication, mais aux protagonistes les plus
importants : les centaines de milliers de personnes dont les luttes
sont source d’inspiration et de vie du bulletin.
Un
grand merci à tous !
index
LES
COMMUNAUTÉS ET LES FORÊTS
–
Afrique centrale : le déboisement provoque la propagation
du VIH/SIDA chez les populations autochtones, et surtout chez
les femmes
Les
peuples autochtones qui habitent les forêts tropicales d’Afrique
centrale sont très dispersés et leurs groupes s’identifient par
des noms divers. Les membres des populations de plusieurs groupes
ethniques qui se caractérisent par leur petite taille reçoivent
l’appellation générique de « pygmées » et sont au nombre de 300
000 à 500 000 (voir le bulletin nº 119 du WRM). Considérés comme
les habitants originaires du continent, les pygmées sont des cueilleurs
chasseur et ont vécu dans les forêts du Burundi, du Cameroun,
de la République démocratique du Congo (RDC) et de la République
du Congo (RC) depuis des temps immémoriaux. Ils ont toujours eu
des rapports symbiotiques avec la forêt humide et leur subsistance,
leurs pratiques médicinales et leur culture en dépendent entièrement.
Or,
cet équilibre délicat est sur le point de se rompre. La chasse
commerciale intensive, l’ouverture de routes dans la forêt pour
l’exploitation forestière et le déboisement systématique ont dévasté
le riche écosystème de la forêt tropicale, au point que l’existence
même de la communauté est en péril. D’après le Rainforest Action
Network, « entre 1980 et 1995 l’Afrique perdit plus de 10 pour
cent de ses forêts, soit près de 150 millions d’acres. Dans les
années 1990, le taux de déboisement augmenta encore ».
Suivant
leur tradition, les pygmées ont toujours eu l’habitude de se tourner
vers la forêt quand ils étaient malades. Cette autonomie relative
en matière de soins de santé a permis à de nombreux groupes d’éviter
les grandes épidémies qui ont affecté les communautés voisines,
comme celles de choléra, de méningite ou même d’Ebola. Néanmoins,
à mesure que les forêts ont rétréci à cause des activités minières
et forestières, leurs habitants originels ont été poussés vers
les zones peuplés pour rejoindre l’économie formelle, travaillant
comme ouvriers occasionnels ou dans des fermes commerciales, et
ils ont donc été exposés à de nouvelles maladies. Ce changement
les a mis en contact étroit avec les populations ethniques voisines
où l’incidence du VIH est en général plus forte. Ainsi, le VIH/SIDA
s’est propagé au sein de la population pygmée.
Des
études menées au Cameroun et en RC dans les années 1980 et 1990
montraient que la prévalence du VIH dans les populations pygmées
était plus faible que chez les populations voisines, mais la situation
a changé dernièrement. Une étude a trouvé que la prévalence du
VIH chez les pygmées baka du Cameroun oriental était passée de
0,7 % en 1993 à 4 % en 2003.
Lors
d’une conférence récemment organisée à Impfondo, à 800 km au nord
de Brazzaville, la capitale de la RC, les orateurs ont signalé
que les femmes pauvres des communautés pygmées twa du Burundi,
de la RDC, du Rwanda et d’ailleurs étaient en train de se tourner
vers le travail sexuel pour joindre les deux bouts, mais que l’ignorance
au sujet de la pandémie faisait que beaucoup d’entre elles n’étaient
pas conscientes des dangers des rapports sexuels non protégés.
«
Presque toutes les femmes indigènes du Burundi sont analphabètes...
elles ignorent que le VIH/SIDA peut les atteindre elles aussi
», a dit Léonard Habimana, premier journaliste twa du Burundi
et promoteur d’une radio privée, Radio Isanganiro, qui sensibilise
les gens aux dangers des maladies vénériennes, de la violence
sexuelle et du VIH/SIDA dans les communautés pygmées.
«
À cause de la misère, l’exploitation sexuelle des femmes indigènes
est devenue chose courante », a dit Kapupu Diwa, chef d’un réseau
de populations indigènes et locales qui lutte pour l’aménagement
durable des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale.
En
outre, le travail sexuel a été encouragé par l’exploitation forestière
et la construction d’infrastructures, qui font que des groupes
nombreux de travailleurs itinérants s’établissent dans des campements
à proximité des communautés pygmées.
Les
risques pour les femmes twa sont encore plus grands en raison
du mythe très répandu que les rapports sexuels avec elles libèrent
les hommes du VIH. En outre, des organisations des droits de l’homme
ont rapporté que la violence sexuelle contre les femmes indigènes
était très répandue dans la RDC orientale hantée par les conflits.
Or,
en dépit de ces dangers les populations pygmées ont généralement
peu de possibilités d’accéder aux soins de santé et à l’information
sur le VIH. En 2006, le journal médical britannique The Lancet
a publié une étude qui montrait que les Twa ont toujours moins
accès aux services médicaux que les communautés voisines.
D’après
ce rapport, « même là où il existe des installations médicales
les gens ne les utilisent pas, parce qu’ils ne peuvent pas payer
les consultations et les médicaments, qu’ils n’ont pas les documents
et les cartes d’identité nécessaires pour voyager ou pour recevoir
des soins à l’hôpital, ou qu’ils sont soumis à des traitements
humiliants ou discriminatoires ».
Article
fondé sur : “Minorities Under Siege - Pygmies today in Africa”,
IRIN,
http://www.irinnews.org/InDepthMain.aspx?InDepthId=9&ReportId=58605
; ”Central Africa: HIV/AIDS a threat to indigenous forest communities”,
PlusNews,
http://www.plusnews.org/Report.aspx?ReportId=72155.
index
–
Bolivie : les peuples amazoniens discutent
de leur avenir
Un
nouvel espace s’est ouvert en Bolivie pour débattre des problèmes
et de la vision de l’Amazonie bolivienne et pour rendre aux peuples
autochtones la dignité que la conquête leur a volée.
En
juin, dans la ville amazonienne de Guayaramerín, le ministère
de la présidence de la République de Bolivie a organisé le Premier
Forum Amazonien, intitulé « Identité et développement macro-régional
». Le débat s’est centré, entre autres choses, sur l’identité
et la situation actuelle des peuples indigènes, qui représentent
la plus grande diversité ethnique et culturelle du pays et dont
certains sont gravement menacés par de forts processus d’acculturation
et de violation de leurs droits, d’autres sont en péril d’extinction
et quelques-uns vivent dans l’isolement.
À
la séance d’ouverture, Evo Morales Ayma, premier président de
la Bolivie né au sein d’une communauté indigène originaire, a
dit devant près de trois cents personnes parmi lesquelles se détachait
un groupe bigarré de dirigeants indigènes et de paysans de toute
l’Amazonie : « Défendre la Terre est défendre l’humanité. Sauver
l’environnement est sauver l’humanité ».
La
veille, les peuples autochtones et les communautés paysannes de
la région amazonienne avaient défini dans un forum les lignes
stratégiques de ce que devrait être la politique de développement
de l’Amazonie. Pour eux, parmi les fondements de cette politique
doit figurer spécialement « la protection des peuples indigènes
en situation de vulnérabilité extrême, surtout de ceux qui sont
en péril d’extinction, car ils représentent le patrimoine culturel,
historique et ethnique de l’Amazonie ».
Ils
ont manifesté leur position dans un document où ils dénoncent
les tentatives des sociétés transnationales de poursuivre la privatisation
et la monopolisation des ressources naturelles de l’Amazonie,
en s’alliant maintenant aux pouvoirs départementaux représentés
par les préfectures des départements de Beni et Pando.
D’autre
part, le texte revendique le droit des peuples indigènes à l’autonomie
territoriale et communale dans une région qui est considérée comme
l’une des réserves de diversité biologique les plus importantes
du monde.
En
outre, il rejette l’intention du gouvernement du Brésil de construire
de grands barrages dans le bassin du fleuve Madera, car ils mettraient
en danger l’intégrité écologique et sociale d’une grande partie
de l’Amazonie bolivienne. Le gouvernement du Brésil vient d’accorder
un permis environnemental aux barrages Jirau et Santo Antonio
sur le fleuve Madera, malgré l’opposition des représentants brésiliens
et boliviens des communautés, peuples, organisations paysannes
et personnes affectées par ces barrages, réunis dans le « Mouvement
social pour la défense du bassin du fleuve Madera et de la région
amazonienne ». Le complexe du fleuve Madera est le projet pilote
du nouvel aménagement du territoire sud-américain, qui prétend
établir une sorte d’état parallèle, avec sa propre souveraineté
et ses propres règles, en marge de la souveraineté et des lois
nationales.
Le
ministre politique Juan Ramón Quintana a souligné au cours de
l’événement que « ce sont les peuples indigènes qui, avec l’État,
doivent administrer la souveraineté et le contrôle territorial
dans l’Amazonie, pour venir à bout de tant de siècles d’exploitation
et de discrimination coloniale ». D’après cette autorité, le génocide
et l’agression des peuples indigènes amazoniens ont été les instruments
employés pour consolider des intérêts économiques extérieurs à
la région, comme ceux qui ont marqué la période de l’essor du
caoutchouc à la fin du XIXe siècle. La situation s’est prolongée
pendant la deuxième moitié du XXe siècle et le début du XXIe,
à travers le mépris de tout ce qui était indigène reflété dans
la logique de pouvoir des « caciques » politiques de la droite
du pays, qui réclament à présent une autonomie isolationniste,
à l’opposé de ce que demandent les mouvements indigènes.
«
L’Amazonie doit devenir un facteur d’articulation et d’intégration
d’un pays aussi divers que la Bolivie et, à l’intérieur de l’Amazonie,
les peuples indigènes doivent aller dans le même sens pour surmonter
les tares féodales et racistes qui survivent encore dans la région
», a dit le ministre Quintana, chargé de lire la « Déclaration
de Guayaramerín » (http://www.wrm.org.uy/countries/Bolivia/Declaration_Guayaramerin.html),
qui a fermé le premier forum amazonien.
Dans
cette déclaration que tous les participants au forum ont signée
on peut lire : « ce forum donne naissance à un processus irréversible
qui contribuera à fermer les plaies de l’histoire, autant celles
qui ont endeuillé nos peuples indigènes et communautés autochtones
que celles qui ont dégradé et saccagé notre nature et notre diversité
biologique ». Et, plus loin : « à partir d’aujourd’hui, une nouvelle
histoire commence, l’histoire de la dignité amazonienne ».
Article
fondé sur : “Primer Foro Amazónico en Bolivia defendió derechos
de los pueblos indígenas más vulnerables de la región”, Pablo
Cingolani, adresse électronique :
pablocingolani@yahoo.com.ar, envoyé par l’auteur ; “¿Liderazgo
sudamericano de Brasil? La aprobación de las represas del río
Madera viola los principios para la convivencia pacífica de las
naciones”, FOBOMADE, Foro Boliviano sobre Medio Ambiente y Desarrollo,
adresse électronique :
comunicacion@fobomade.org.bo, http://www.fobomade.org.bo.
index
–
Équateur : des peuples autochtones au
bord de l’extinction à cause de l’exploitation forestière illégale
Le
27 avril 2007, après s’être rendu en Amazonie, le président de
la république Rafael Correa a décrété l’interdiction d’extraction
de bois dans la région en raison de la disparition imminente des
forêts indigènes du pays. Or, malgré cette disposition, l’exploitation
du cèdre à l’intérieur du Parc national Yasuní (PNY) et de la
Zone intangible (ZI) se poursuit sans relâche.
Le
Parc national Yasuní et la Zone intangible sont le territoire
des peuples indigènes Tagaeri et Taromenane qui vivent en isolement
volontaire. L’invasion de leur territoire par des entreprises
pétrolières, forestières et touristiques a porté ces peuples au
bord de l’extinction. Pour l’éviter, plusieurs mesures ont été
adoptées, mais elles sont restées lettre morte.
En
parcourant la Zone intangible, des membres du peuple huaorani
accompagnés d’activistes d’Acción Ecológica ont constaté la présence
de plusieurs équipes de bûcherons qui coupaient du bois de cèdre
à l’intérieur de la forêt. La situation de ces hommes est si pénible
qu’ils n’ont d’autre recours que de risquer leur vie pour gagner
de quoi survivre. Ce ne sont pas ces journaliers qui dirigent
l’affaire et en profitent, mais des entrepreneurs influents qui
tirent les ficelles du pouvoir et qui vivent sans doute une vie
confortable.
À
la hauteur du pont du fleuve Shiripuno, de grands canots transportant
des équipes de journaliers, des armes à feu, des scies à chaîne
et des mulets, s’introduisent sans difficulté dans la forêt pour
extraire des planches de cèdre, un bois très prisé pour sa qualité
et sa rareté.
En
cet endroit de l’Amazonie ni les déclarations du Président, ni
le décret de délimitation de la ZI, ni l’interdiction de l’extraction
de cèdre et d’acajou ordonnée par la ministre de l’Environnement
le 11 janvier 2007 ne servent à rien, tout simplement parce qu’il
n’y a personne qui les fasse appliquer. La coordination entre
les autorités et les ministères responsables n’a pas pu être concrétisée
à ce jour ; il n’existe pas de postes de surveillance sur les
routes, ni à l’entrée du parc, ni aux ports ; le système forestier
continue d’être déficient et corrompu et le bois circule allègrement
jusqu’à Guayaquil pour être exporté ou jusqu’à Tulcán pour le
marché colombien.
En
naviguant sur le Shiripuno, nous avons croisé deux grands canots
qui descendaient le fleuve en toute tranquillité, vers les campements
forestiers installés à l’intérieur de la forêt. Les traces de
l’invasion y sont clairement visibles : du plastique, des ordures,
de grandes planches de cèdre flottant dans le fleuve ou à demi
cachées sur ses berges.
Au
bord du fleuve Cononaco on a trouvé une scierie clandestine. Les
planches y étaient entassées en attendant que « leurs propriétaires
» viennent les emporter. Tout près de là, il y a eu plusieurs
attaques des Tagaeri/Taromenane pour défendre leur territoire
des invasions mais, malgré le danger d’un nouvel affrontement,
on continue d’extraire du cèdre à cet endroit.
Notre
avons poursuivi notre voyage sur le Shiripuno jusqu’au village
huaorani de Boanamo. Face au débarcadère il y avait un canot où
l’on chargeait des planches de bois qui arrivaient, dans une embarcation
plus petite, par le Boanamo qui est plus étroit. Trois hommes
ont débarqué le bois et sont repartis en remontant le Boanamo.
Les
gens de Boanamo ont dit qu’un autre Huaorani du nom d’Ike, du
village deTigüino, avait ordonné l’extraction. Comme il n’y avait
pas eu de négociation avec Boanamo ils ont chargé notre guide
de demander à son retour à Ike si c’était vrai que le bois lui
appartenait.
Quinze
personnes habitent à Boanamo. Le chef du village est Omayegue.
Ni lui ni sa femme ne parlent l’espagnol. Aucun des deux n’est
d’accord avec l’extraction de bois de leur territoire. Pendant
l’après-midi et la nuit que nous avons passées dans le village,
nous avons parlé avec Nantu Guaponi, le guide de notre voyage,
à propos de son désaccord avec l’extraction de bois et sa disposition
à trouver des alternatives économiques pour la communauté.
Au
cours de ces discussions, nous avons appris que les Taromenane
habitent à quelques heures de Boanamo. Omayegue connaît leurs
chemins et peut même passer des semaines entières à parcourir
leur territoire, comme le peuple huaorani l’a toujours fait depuis
des milliers d’années.
Nous
avons remonté pendant quinze minutes l’embouchure du Tiwino et
nous avons trouvé un campement habité, où nous avons vu du linge
à sécher et un feu au sol. Il semblait héberger beaucoup de personnes.
Les installations étaient rudimentaires ; quelques troncs à peine
visibles soutenaient un toit en plastique noir. Sur le fleuve
et à côté du campement se trouvait un canot de dimensions moyennes
chargé de bidons de carburant. À 100 mètres du campement il y
avait une grande quantité de planches à demi cachées.
Au
retour, sur la voie d’Auca nous n’avons trouvé aucun poste de
surveillance pour contrôler les camions qui circulent transportant
le bois.
Tout
ceci démontre que le problème de la coupe illégale du cèdre n’a
pas été résolu dans le Parc national Yasuní, le Territoire huaorani
ou la Zone intangible. Il faut prendre des mesures urgentes pour
mettre fin à cette situation si dangereuse. Tous les acteurs
concernés (sauf les peuples libres) savent que la ZI bénéficie
d’une protection spéciale ; pourtant, personne ne la respecte.
Personne n’a non plus la volonté de faire respecter la législation
en place. D’après les exploitants forestiers, « quoi qu’on dise
à Quito, ici tout continue comme avant ».
Il
faut prendre des mesures urgentes qui comprennent l’installation
de postes de surveillance de l’accès au PNY, des points de contrôle
du bois et le contrôle permanent de la circulation de camions
; il faut sensibiliser les populations indigènes impliquées dans
le trafic et trouver pour elles de nouvelles options économiques
; il faut négocier avec les exploitants qui pénètrent dans le
PNY pour qu’ils en sortent pacifiquement ; il faut donner suite
aux plaintes déposées contre les intermédiaires pour pouvoir atteindre
les chefs de file de cette mafia.
Il
faut surtout arriver à des accords avec les populations locales,
pour qu’elles soient les protagonistes de la conservation du PNY
et de ses ressources.
Il
est nécessaire d’adopter des politiques pour la protection des
peuples indigènes en isolement volontaire, en coordination avec
la CONAIE, déclarer la ZI leur territoire autochtone en maintenant
à perpétuité son caractère d’intangibilité, et interdire toute
initiative qui favorise le contact avec ces peuples.
D’autre
part, il faut ne plus accorder de permis d’extraction d’hydrocarbures
dans la réserve de biosphère Yasuní, et la communauté internationale
devrait appuyer le projet de laisser le pétrole sous terre dans
le bloc ITT, comme proposé par le gouvernement de l’Équateur.
Nathalia
Bonilla, campagne sur les forêts d’Acción Ecológica, adresse électronique
: foresta@accionecologica.org,
www.accionecologica.org.
index
–
Inde : un plan pour que l’industrie envahisse
les terres boisées
En
2002, dans le cadre du Dixième Plan, le gouvernement de l’Inde
s’est fixé pour objectif national que 33 % du territoire géographique
du pays se retrouvent sous une « couverture verte » en 2012. Ce
plan a même été présenté comme faisant partie de l’engagement
de l’Inde d’atteindre l’objectif pour le millénaire en matière
de durabilité écologique. Pourtant, il concerne bien davantage
l’objectif de l’industrie de s’emparer des terres boisées pour
y établir des plantations d’arbres.
Le
projet a l’air tout simple : l’Inde possède de grandes étendues
de terres sans couvert forestier. Ce sont des terres classées
comme forêts dégradées. Le pays a besoin de planter des arbres,
mais le gouvernement allègue qu’il manque d’argent. L’industrie
dit qu’elle a besoin de matières premières issues des forêts.
Elle a le capital nécessaire pour faire planter des arbres, et
la technologie et la capacité de gestion nécessaires pour entreprendre
une afforestation massive. Si l’on plante des arbres, les pauvres
auront du travail. Et tout le monde y gagne. Cela s’appelle ‘partenariat
multiparties pour l’afforestation’.
Le
projet a été élaboré en étroite collaboration avec l’industrie,
et surtout avec le secteur de la pâte et du papier, qui consomme
du bois et qui a besoin de se développer car, d’après les estimations,
dans 10 ans le décalage entre l’offre et la demande de papier
et de carton sera de 5 à 6 millions de tonnes. Pour planter la
matière première nécessaire il faut de 1 à 1,2 millions d’hectares
de forêts dégradées. Ainsi, le secteur aura un avantage compétitif
et pourra augmenter sa participation au marché mondial. Si cela
arrive, il faudra encore un million d’hectares de terres boisées
dégradées pour produire un ‘surplus’ à exporter. Les surfaces
requises doivent être vastes et contiguës pour maximiser les économies.
L’industrie
du biodiesel est elle aussi un protagoniste important qui ne cesse
de demander des terres boisées. Elle cherche désespérément de
grandes étendues pour cultiver ses plantes à huile. Cette fois
encore, l’économie d’échelle dit que l’option la moins chère est
d’avoir des plantations captives, et c’est cela qu’elle veut.
De grosses entreprises – Reliance, les britanniques D1 Oil et
British Petroleum – font du lobby pour une réforme des lois qui
permette d’établir des plantations captives sur des terres forestières.
En
outre, il existe la possibilité d’obtenir des crédits d’émission,
puisque les arbres piègent du carbone. Il y a de l’argent dans
les forêts, et l’industrie le veut.
L’industrie
demande un assouplissement des normes. Par exemple, elle veut
que l’on supprime la limitation de 50 hectares aux parcelles qu’on
peut soumissionner. « Les économies d’échelle exigent que l’industrie
obtienne de grandes parcelles de terre, de 6 000 à 10 000 ha de
terres contiguës », a dit David Gardner, de Jaakko Poyry Consulting.
En outre, la Confédération de l’industrie de l’Inde veut une exonération
d’impôts en raison du fait qu’elle « reverdit le pays et contribue
au développement ». Elle oublie que, pour appuyer ce développement,
elle reçoit déjà le meilleur des subsides possibles : de la terre
pour rien.
Il
y a encore un problème : la législation actuelle ne permet pas
à l’industrie de planter des arbres dans des « terres forestières
». Une redéfinition ‘appropriée’ des terres forestières permettrait
aux entrepreneurs d’aller de l’avant. La mission « qu’est-ce qu’une
forêt » a démarré l’année dernière. Un conseiller du ministère
concerné a proposé une définition de forêt qui promet déjà de
creuser de nouveaux nids-de-poule sur la route déjà cahoteuse
de l’aménagement forestier. La voici : « Une étendue sous contrôle
gouvernemental, classée ou répertoriée comme ‘forêt’ en vertu
d’une loi, pour la conservation et la gestion des ressources écologiques
et biologiques ». Cette définition ne réserve aucune place aux
besoins écologiques et de subsistance des populations locales,
qui habitent ces terres mais dont les droits ne sont pas souvent
reconnus ni formalisés.
De
nombreuses personnes savent que la proposition d’accroître le
couvert d’arbres de l’Inde n’est pas nouvelle ; le plan comporte
chaque fois quelques changements, les protagonistes qui entrent
en lice sont chaque fois plus grands. La dernière fois, au début
de 2000, Reliance Industries a failli acquérir des droits sur
les forêts d’Andhra Pradesh. Si la proposition a toujours été
rejetée c’est parce que l’on sait qu’elle ne fera rien pour les
personnes pauvres tributaires des forêts, ni même pour les forêts
qu’elle est censée protéger.
«
Les forêts n’appartiennent ni à l’État ni à l’industrie, et ne
peuvent être ni achetées ni vendues », a dit Shankar Gopalakrishnan,
de la Campagne pour la Dignité et la Survie, organisation qui
chapeaute des groupes des communautés forestières. Plus de 40
millions de personnes dépendent des zones boisées du pays, riches
en ressources, qui équivalent à près de 25 % du territoire. Elles
y gagnent leur vie en élevant du bétail, en recueillant du bois
de feu ou en faisant un peu d’agriculture ; elles perdront leurs
foyers et leurs moyens de vie si les grandes entreprises s’y installent
et en font à leur guise.
Pour
les gens qui dépendent absolument des terres forestières, cette
initiative de clôturage aurait des effets dévastateurs. Cela provoquerait
de plus en plus de tensions entre les plus riches du village,
qui dépendent moins des terrains communaux pour survivre et qui
peuvent donc se permettre « d’accepter » le contrôle privé, et
ceux qui n’ont pas de terres, sont marginalisés et n’ont d’autre
option que d’utiliser ces terres.
Article
fondé sur : “Indian plan to lease degraded forests sparks anger”,
Nita Bhalla, 29 juin 2007, Reuters,
http://www.alertnet.org/thenews/newsdesk/DEL303993.htm ; “Defining
forest in Indian context”, Archi Rastogi, Down to Earth,
http://www.centralchronicle.com/20070611/1106301.htm ; “Private
Affairs”, Down to Earth,
http://www.downtoearth.org.in/section.asp?sec_id=9&foldername=20060415.
index
–
Journée internationale pour la défense de la mangrove
(26 juillet) – Appel à l’action
Depuis
l’an 2000, le 26 juillet est la date où l’on célèbre la journée
mondiale des mangroves. La campagne de cette année s’intitule
« Pour les peuples ancestraux et la souveraineté alimentaire ».
À
ce propos, le réseau latino-américain pour les mangroves, Redmanglar
Internacional, dit que la Journée internationale pour la défense
de la mangrove « lance un appel pour défendre les droits des peuples
ancestraux de l’écosystème de mangrove, à partir de la reconnaissance
du territoire où nous bâtissons notre culture et notre identité
et qui est la base de notre souveraineté alimentaire. »
Redmanglar
explique que « les peuples des mangroves d’Amérique latine ont
vécu, des millénaires durant, en association vitale avec cet écosystème.
C’est le lieu de nos rêves, de notre passé, de notre présent et
de notre avenir. Ici nous vivons ensemble avec nos grands-pères
et nos grands-mères, avec nos fils et nos filles, avec nos frères
et nos soeurs de toutes les Amériques et du monde. Ici nous sommes
debout pour défendre ensemble notre territoire, notre nourriture,
notre travail, notre dignité.
Ce
26 juillet, nous souhaitons que le monde entier entende nos voix,
les voix des populations ancestrales de l’écosystème de mangrove.
Nous espérons que ces voix parviendront à toutes les sociétés,
aux autorités indolentes, aux entreprises déprédatrices. Nous
souhaitons que chaque peuple du Sud entende la voix de l’autre
et que nous continuions de marcher ensemble pour nos idéaux ».
Article
fondé sur des informations tirées de : “On Behalf of Indigenous
and Traditional Communities and Food Sovereignty!, July 26th -
International Mangrove Action Day”, Lider Gongora Farías, président
de C-CONDEM, Secrétaire exécutif de Redmanglar Internacional ;
http://www.redmanglar.org/redmanglar.php?c=635,
Alfredo Quarto, Directeur exécutif du Mangrove Action Project,
mangroveap@olympus.net,
http://www.mangroveactionproject.org.
index
LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE
D'ARBRES
–
Bénin : grandes plantations de palmier à
huile pour la production d’agrocarburants
La
ruée vers les agrocarburants a atteint le Bénin. Avec un fort
soutien du gouvernement et comme une partie essentielle de la
« stratégie pour la relance de l’agriculture » préconisée par
le FMI dans son programme de restructuration, des millions d’hectares
de terres agricoles et boisées seront affectés à la production
d’agrodiesel pour l’exportation, sans discuter ni même se soucier
des conséquences que cela aura pour les Béninois, pour leur production
d’aliments et pour leur environnement.
La
recherche entreprise par Josea Doussou Bodjrenou, de Nature Tropicale,
a montré que la discussion sur l’expansion de la production d’agrodiesel
était centrée sur l’exportation et la maximisation des profits.
Il a été difficile d’obtenir des informations concrètes sur les
plans de développement, sur les terres visées ou sur les accords
avec des entreprises et des gouvernements étrangers, et les projets
se poursuivent au milieu d’une absence presque totale de législation
en la matière.
Le
programme de relance de l’agriculture entraînera une expansion
considérable du secteur de l’huile de palme, ainsi qu’une augmentation
de la production de biodiesel à partir du jatropha et de l’arachide
et de celle de bio-éthanol à partir de la canne à sucre, du manioc
et d’autres cultures.
Le
palmier à huile est originaire des zones humides d’Afrique occidentale.
Il existe déjà un certain nombre de plantations de palmiers dans
le Sud du Bénin, mais elles devraient servir de mise en garde
contre une expansion future, en raison des complications et des
difficultés rencontrées par les communautés au moment de vendre
leurs produits. Les coopératives communautaires qui coordonnent
les ventes de palmier avec le gouvernement ont toujours été hantées
par la corruption et les conflits. Dans ces circonstances, des
entreprises privées sont venues leur proposer de leur acheter
l’huile, directement et à un prix plus élevé. Pourtant, quand
les communautés ont accepté et ont commencé à leur vendre leurs
produits, ces entreprises n’ont pas payé. Les coopératives se
sont retrouvées dans l’embarras, mais sans bénéficier de la solidarité
ni de l’aide du gouvernement.
À
présent, le gouvernement veut trouver entre 300 000 et 400 000
hectares dans les zones humides du Sud du Bénin, Oueme, Plateau,
Atlantique, Mono, Couffo et Zou, pour y établir des plantations
de palmier à huile. Cette région ne représente que 7,7 % du territoire,
mais 50 % de la population du pays y sont concentrés. Cela indique
que les agrocarburants vont concurrencer la production d’aliments
dans les meilleures terres agricoles du Bénin. Une bonne partie
des cultures alimentaires seront, elles aussi, utilisées pour
produire des agrocarburants. Les entreprises industrielles recevront
de l’appui pour obtenir les terres nécessaires. Bien qu’il n’ait
pas été précisé où vont se trouver ces terres ou à qui elles appartiennent,
il est probable que les petits agriculteurs seront perdants lorsque
leurs intérêts se heurteront à ceux des industries.
Au
vu du taux de croissance démographique du Bénin, surtout dans
les zones urbaines, il est évident que pour satisfaire les besoins
alimentaires de la population il faudra élargir les cultures,
en particulier celles de racines comestibles. Mais il est également
évident que la production de biocarburants va pousser les agriculteurs
à affecter moins de terres à la production d’aliments, ce qui
aboutira à l’insécurité alimentaire. Dans le Nord du Bénin, dans
la région de Banikoara, les agriculteurs ont abandonné les cultures
alimentaires et se sont tournés vers les cultures de rente : le
coton et les arachides. Aujourd’hui, l’insécurité alimentaire
sévit dans la région. La population, qui subvenait autrefois à
ses besoins alimentaires, dépend maintenant du Programme alimentaire
mondial (PAM) et des Services catholiques d’aide alimentaire.
Le pouvoir d’achat de la plupart de la population est très faible,
et l’augmentation des prix des aliments due à la diminution des
stocks va favoriser l’importation et la distribution d’aliments
de mauvaise qualité, la dépendance de l’aide alimentaire et même
celle des OGM.
Le
gouvernement du Bénin ne dit pas ouvertement qu’il va détruire
des écosystèmes pour produire des biocarburants ; pourtant, il
est évident que si l’on pousse les grandes industries et les petits
agriculteurs à trouver des centaines de milliers d’hectares pour
la plantation d’agrocarburants, les surfaces affectées à la culture
de produits alimentaires et de produits énergétiques vont énormément
s’élargir et s’étendre même sur les zones humides qui restent,
les forêts communales et sacrées, les jachères et les écosystèmes
riches en diversité biologique du Bénin méridional.
Josea
Doussou Bodjrenou remarque dans son rapport que le Bénin diffère
de certains autres pays d’Afrique du fait que, dans la discussion
sur les biocarburants, l’idée de satisfaire les besoins nationaux
en matière de sécurité énergétique n’a presque pas été considérée.
En revanche, le gouvernement a précisé que l’objectif était de
maximiser les profits des entreprises étatiques et privées. Or,
il est peu probable que ces profits se répercutent sur les paysans
pauvres du Bénin.
Les
étendues de terre dont on parle sont énormes. Bien qu’il ne soit
pas facile de savoir quelle proportion des nouvelles terres proposées
dans le programme de relance de l’agriculture seront affectées
aux agrocarburants, il est prévu d’affecter à l’ensemble du plan
trois millions d’hectares de nouvelles terres d’ici à 2011.
L’envergure
des plans de production de biocarburants au Bénin ne permet pas
de mettre en doute qu’ils mettront en péril la sécurité alimentaire,
les droits fonciers et les habitats écologiques des Béninois.
Dans un pays qui a déjà du mal à faire face à l’exploitation et
à la misère qui ont découlé de sa concentration sur la production
de coton pour l’exportation, la conversion à la production extensive
d’agrocarburants ne saura qu’aggraver les problèmes des paysans
pauvres.
Article
fondé sur : “Biofuel case study: BENIN”, résumé de la recherche
menée par Josea Doussou Bodjrenou, de l’ONG Nature Tropicale,
pour le rapport “Agrofuels in Africa –The impacts on land, food
and forests”, Réseau africain sur la diversité biologique, juillet
2007.
http://www.gaiafoundation.org/documents/ABN%20Agrofuels%20Africa.pdf
index
–
Brésil : les peuples autochtones reprennent
leurs actions pour récupérer les terres prises par Aracruz
Dans
une « Lettre ouverte à la population et aux autorités du Brésil
», la Commission des chefs et leaders tupinikim et guarani déclare
:
«
Aujourd’hui, 24 juillet 2007, nous commençons à entreprendre plusieurs
actions pacifiques dans le but de reprendre possession des 11
009 hectares de terres qui nous appartiennent et qui ont déjà
été identifiées avec précision par la FUNAI [l’Agence fédérale
pour les affaires indigènes] en tant que terres traditionnellement
occupées par les Tupinikim et les Guarani.
Pour
commencer, nous prévoyons d’empêcher la coupe des eucalyptus et
de faire sortir de notre zone les personnes non indigènes, qui
sont sur nos terres illégalement. Ensuite, nous allons organiser
des journées de travail collectif pour reconstruire quelques-uns
de nos villages (Olho d’Agua, Macacos et Areal), qu’Aracruz Celulose
a détruits lorsqu’elle a envahi nos terres. Nous allons bâtir
des maisons et planter des produits alimentaires et des essences
indigènes pour repeupler et reboiser nos terres.
En
interrompant la coupe des eucalyptus et en expulsant les non-indigènes,
nous visons à protéger les plantations d’eucalyptus afin de pouvoir
les utiliser pour rembourser Aracruz Celulose des ‘améliorations’
qu’elle a introduites dans les 11 009 hectares. L’interruption
de la coupe d’eucalyptus s’applique à nous également, comme preuve
supplémentaire de notre désir de collaborer pour que le problème
soit résolu de façon rapide et pacifique.
Cependant,
nous voulons réaffirmer que nos actions sont la conséquence du
retard du gouvernement fédéral à résoudre une dispute qui dure
au moins depuis 40 ans. Nous avons toujours respecté nos engagements
à l’égard du gouvernement, mais le gouvernement n’a pas toujours
respecté les siens. Il convient de rappeler que l’ancien ministre
de la Justice, Márcio Thomas Bastos, au cours d’une assemblée
publique tenue au parlement de l‘État d’Espirito Santo en février
2006, avait promis de démarquer nos terres avant la fin 2006.
Pourtant, en janvier 2007, juste avant de quitter le ministère,
il a retourné à la FUNAI, de façon irrégulière, les dossiers concernant
la démarcation, en dépit du fait qu’il disposait de tous les éléments
nécessaires pour signer les décrets sur la démarcation de nos
terres. À présent, sept mois plus tard, les dossiers ont été retournés
au ministère de la Justice. Combien de temps faudra-t-il encore
pour que les décrets sur la démarcation et le reste des mesures
nécessaires soient signés ?
Finalement,
nous voulons préciser que nous luttons pour récupérer nos terres
et que nous n’allons pas nous désister de ce droit. Si le gouvernement
fédéral persiste dans sa négligence et ses délais, nous allons
intensifier nos actions pour consolider la possession des terres
de nos ancêtres, de nos enfants et de nos petits-enfants, et nos
communautés indigènes se remettront à abattre les eucalyptus.
»
24
juillet 2007, Commission des Chefs et Leaders Tupinikim et Guarani
index
–
Chili : un mensonge qui crève les yeux
C’est
au Chili que le « modèle forestier » introduit dans les pays du
Sud, à savoir les plantations sur de grandes surfaces d’arbres
destinés le plus souvent à la production de pâte de papier pour
l’exportation, a été le mieux « vendu ».
Le
régime militaire de 1973 avait créé le cadre nécessaire à l’adoption
des politiques néo-libérales de déréglementation, de privatisation
et d’ouverture économique unilatérale dans lesquelles s’insère
le secteur forestier, l’un des piliers de la macro-économie chilienne.
L’activité forestière est la deuxième en importance au Chili,
après les mines de cuivre, et sa production figure parmi les dix
principales qui concentrent plus de 50 % des recettes d’exportation.
Ce
que personne ne dit est que, bien que les grandes entreprises
forestières aient contribué à créer una macro-économie de premier
ordre, elles ont contribué également a creuser les écarts sociaux
et à remplacer les forêts indigènes par des plantations d’arbres
exotiques en régime de monoculture. Celles-ci ont appauvri et
expulsé de leurs terres ancestrales les gens qui les habitaient
et qui en tiraient leur subsistance, provoquant en outre la détérioration
du paysage et des facteurs environnementaux, en particulier celle
de l’eau.
Les
paragraphes suivants, extraits d’un article publié dans le magazine
Enlace (avril 2007), montrent bien les conséquences pour les gens
et l’environnement :
Dans
la période de l’année où la demande de main-d’oeuvre est la plus
forte, l’entreprise forestière Mininco emploie seulement 19 personnes
de la commune de Los Sauces de la province de Malleco, située
dans le Sud du Chili ; ces postes reçoivent en outre une rémunération
très faible. Dans une région couverte autrefois de champs de blé
et de forêts indigènes de chênes, raulis et lingue, les plantations
de pin radiata et d’eucalyptus occupent aujourd’hui presque deux
tiers des sols cultivables. Dans cette commune surtout rurale
dont 20 % de la population sont des indigènes mapuche, les entreprises
les plus grandes de l’industrie forestière sont venues s’installer
: Mininco, Arauco, Cautín, Comaco, Casino, Tierra Chilena et d’autres
encore. Comme dans d’autres régions du pays, les énormes profits
qu’elles font se traduisent par la perte de la qualité de vie
des gens de la zone : 33,8 % de la population vivent entre la
pauvreté et l’indigence.
L’activité
agricole a diminué de 22 % au cours des 10 dernières années, et
un peu plus de 1 400 personnes ont été forcées d’émigrer vers
les villages, où se constituent des ceintures de misère au milieu
de l’opulence des entreprises forestières. L’une des raisons est
le manque d’eau, car les plantations ont asséché les sols. Chaque
été, la municipalité doit distribuer de l’eau dans des camions
pour la consommation domestique.
Le
manque d’eau s’accompagne du problème de la contamination par
des produits agrochimiques toxiques. Les voisins des secteurs
ruraux Porvenir Bajo et Porvenir Alto ont des problèmes graves
à cause des fumigations de l’entreprise forestière Comaco. Les
produits toxiques sont surtout des herbicides (glyphosate et simazine)
que l’on applique par des moyens mécaniques ou manuellement avant
la plantation et à divers moments de la première étape de la croissance
des arbres, et qui polluent les fleuves, les ruisseaux et les
canaux.
María
Martínez et son mari habitent une petite propriété adjacente à
une plantation de pins, et leur seule source d’eau est un ruisseau
proche qu’ils utilisent pour la consommation familiale,
pour abreuver le bétail et pour arroser leurs plantations. « J’ai
eu mal à l’estomac », dit-elle avec inquiétude.
Dix
de leur douze brebis sont mortes, et elle est persuadée qu’elles
se sont empoisonnées avec des pesticides, « parce que l’entreprise
a fait des fumigations au bord du ruisseau ».
Les
voisins ont dénoncé que l’application de produits toxiques était
arrivée jusqu’au bord du chemin public. L’eau d’un canal parallèle
à ce chemin est d’une couleur blanchâtre suspecte et la végétation
des bords est brûlée. En été, les camions de l’entreprise circulent
à tout moment, soulevant des nuages de poussière chargée de résidus
de pesticides ; cette poussière pénètre dans les maisons, abîme
l’herbe dont se nourrissent les animaux et inutilise les produits
des potagers familiaux.
La
population de Los Sauces a de bonnes raisons de craindre les poisons
chimiques. En 1997, une femme de 70 ans et un enfant de 14 ans
sont morts, intoxiqués par un raticide anticoagulant (bromadiolone)
qui avait été appliqué par l’entreprise Bosques Arauco. À cette
occasion, plusieurs personnes ont été intoxiquées, des animaux
domestiques et des vaches sont morts. Plus tard, un enfant est
mort après avoir mangé des champignons sauvages que sa famille,
comme tant d’autres, avait l’habitude de cueillir et de consommer
sans aucun problème. Le père de l’enfant a été intoxiqué lui aussi,
mais il a pu survivre. Face à la polémique au sujet de la cause
de l’intoxication, la municipalité a commandé une étude à l’Université
australe de Valdivia ; le rapport signale que « la dispersion
non contrôlée de grandes quantités de substances toxiques telles
que les pesticides (herbicides, insecticides, fungicides, etc.)
employés en agriculture peut rendre vénéneux les champignons des
champs qui, dans des circonstances normales, sont comestibles
».
Dans
la communauté mapuche Lorenzo Quilapi Cabetón, située dans le
secteur Queuque de Los Sauces, la plupart des jeunes ont émigré
à la recherche de travail. « Nous avons beaucoup souffert à cause
des exploitants forestiers », dit Pilar Antileo. Sa famille n’a
plus de potager, car « on ne peut pas planter sans eau ». À une
époque, ils avaient réussi à avoir jusqu’à 150 volailles, dont
les oeufs étaient « pour manger et un peu aussi pour vendre, mais
maintenant on ne peut plus en avoir parce que les renards que
les forestiers ont lâchés pour qu’ils mangent les lapins [qui
attaquent les pins] mangent aussi les poules ». Après une fumigation
aérienne plusieurs personnes qui avaient mangé des champignons
sauvages ont été intoxiquées. « Une dame est morte, Margarita
Espinoza. Et un enfant de 13 ans a trouvé quelques lapins morts
et les a portés chez lui. Ils les ont mangé et tous sont tombés
malades. L’enfant est mort et la maman a mauvaise santé encore
aujourd’hui. Une autre femme, Mercedes Huenchuleo, est allé à
la montagne voir les animaux et elle a senti une mauvaise odeur.
Elle est tombée malade et puis elle est morte. Ils ont dit qu’elle
avait eu crise cardiaque », a dit Pilar. Il y a d’autres cas de
morts suspectes que les gens attribuent aux pesticides.
Dans
le secteur de Guadaba Abajo, les fumigations aériennes ont commencé
il y a trois ans dans les plantations de l’entreprise Cautín.
Ireni Polma, de la communauté Antonio Pailaqueo, dit que les abeilles
de sa famille sont mortes et qu’elle même souffre d’une allergie
permanente au visage depuis cette époque là.
Les
herbicides les plus utilisés à Los Sauces sont la simazine et
le glyphosate (Rango et Roundup). Le premier est vendu au Chili
avec une étiquette « verte » (censée indiquer qu’il est de faible
toxicité), mais en Europe son utilisation est restreinte depuis
2002.
Aux
impacts dénoncés par RAPAL dans cet article s’ajoutent maintenant
d’autres plus récents. À présent, il paraît que les entreprises
forestières vont faire appel à d’autres poisons encore parce qu’une
maladie, inconnue auparavant, est en train d’attaquer les grandes
plantations de pins radiata. Il s’agirait d’un champignon
qui attaque les feuilles et les laisse sèches comme si elles étaient
« brûlées ». La chute progressive des feuilles non seulement
ralentit la croissance mais rend les arbres plus vulnérables à
l’attaques d’autres maladies qui peuvent même les tuer.
Les
premières attaques de cette « maladie foliaire du pin » ont été
détectées en 2003 sur quelques champs isolés, mais l’alarme s’est
répandue à la fin de l’année dernière, lorsque le fléau s’est
étendu sur près de 100 000 hectares. La plupart des plantations
affectées se trouvent dans le Sud-Ouest de la région du Biobío,
dans la province d’Arauco, où plus de la moitié du territoire
est couverte de plantations de Pinus radiata.
L’une
des principales entreprises de plantation (Forestal Arauco) a
déjà commencé à faire des pulvérisations aériennes qui, bien entendu,
ont fait des dégâts de divers genres dans les communautés proches
des plantations. D’après des informations publiées dans la presse,
« quelques habitants affirment qu’après le passage des avions,
les adultes et les enfants ont commencé à avoir des symptômes
tels qu’irritation des yeux, maux de tête, nausées, vomissements
et diarrhée ». Quelques apiculteurs ont même dit que « les fongicides
avaient tué presque la moitié de leurs abeilles ».
Voilà
donc le revers amer de la médaille : derrière le « modèle forestier
chilien » tant vanté règnent la destruction et la détérioration
de l’environnement, l’expulsion, le chômage, la maladie et la
mort de la population, le tout pour permettre à une poignée d’entreprises
de gagner de l’argent.
Le
« succès » du modèle forestier chilien est un mensonge qui crève
les yeux.
Article
fondé sur des informations tirées de : “Chile: ¿un caso modelo?
Desafíos en los umbrales del siglo XXI”, Claudio Maggi/
Dirk Messner, INEF1,
http://www.meso-nrw.de/modelo.pdf ; “Las plantas de celulosa
y el sector forestal. Visión de la agrupación de ingenieros forestales
por el bosque nativo (AIFBN)”,
http://www.ecosistemas.cl/1776/articles-74477_recurso_1.pdf
; “Venenos en las forestales”, Revista Enlace, Nº 76, avril 2007,
http://www.rap-al.org/articulos_files/Enlace_76.pdf ; “La
misteriosa enfermedad que inquieta a las compañías forestales.
La otra plaga de Arauco”, Nación Domingo, Darío Zambra (http://ln.fica.cl/muestra_noticia.php?id=3010),
envoyé par Lucio Cuenca, adresse électronique : l.cuenca@olca.cl.
index
–
République du Congo : des milliers d’hectares
de terres pour l’eucalyptus, le palmier à huile et les mines
Entre
1991 et 2001, Shell Renewables (une division de Shell Oil International)
avait mis en place une opération forestière qui consistait à planter
et récolter des eucalyptus clonés de croissance rapide (cf. bulletin
nº 46 du WRM), dans le but de disposer d’une source de biomasse
de haut rendement pour la génération future d’énergie.
Plus
tard, Shell a vendu ses plantations. Tout récemment, MagForestry
(la division forestière de MagIndustries, une société canadienne
qui participe à des projets énergétiques et industriels en Afrique
centrale, surtout en République du Congo et en République démocratique
du Congo) a pris le contrôle des 68 000 hectares de plantations
d’eucalyptus qui avaient appartenu à Shell, en achetant toutes
les parts d’Eucalyptus Fibre Congo S.A. (EFC).
À
l’heure actuelle, EFC est titulaire d’un contrat de concession
exclusif pour 50 ans, renouvelable pour 21 années supplémentaires,
avec le gouvernement de la République du Congo. Cela permet à
MagIndustries de s’approprier des milliers d’hectares de terres,
non seulement pour des activités forestières qui fournissent très
peu d’emplois, mais également pour les activités de ses
filiales minières : le gisement de saumure de MagMining, l’usine
de potasse de MagMinerals et la fonderie de magnésium de MagMetals.
Les
plantations d’eucalyptus se trouvent à proximité de la ville portuaire
de Pointe-Noire, sur la côte atlantique ; de là, MagForestry peut
envoyer sa production aux ports de mer d’Anvers en Belgique et
de Rotterdam aux Pays-Bas, et les distribuer ensuite dans toute
l’Europe ou les réexporter à n’importe quel endroit du monde.
Une
autre affaire en herbe vient compléter le paquet. Le boum des
biocarburants a poussé MagForestry à entreprendre la construction
d’une usine de copeaux de bois qui produira 500 000 tonnes par
an et qui lui permettra d’avoir une forte participation au marché
mondial de la biomasse.
En
même temps, la société espagnole Aurantia investit dans plusieurs
plantations de palmier à huile de la République du Congo, dans
le but de produire du biodiesel à partir de l’huile de palme.
Les études de faisabilité ont déjà commencé pour permettre d’étudier
quels sont les meilleurs sites pour les plantations et l’usine
et pour évaluer les installations logistiques du pays.
Le
volume de l’investissement n’a pas été révélé. La compagnie n’a
rien dit non plus au sujet de la durabilité et de la fragilité
de l’environnement congolais, ni de ce qu’elle pense faire pour
que sa production d’huile de palme en soit respectueuse.
Entre-temps,
les conclusions alarmantes d’une étude commandée par l’UE et menée
par le CIRAD annoncent que le Congo « possède près de 12 millions
d’hectares de terres aptes à l’établissement de plantations d’arbres
(tels que l’eucalyptus et l’acacia) pour la production d’énergie
». Cela peut signifier que des groupes privés vont envahir ces
12 millions d’hectares pour leurs affaires.
Les
terres congolaises vont rapporter gros... aux grandes entreprises.
Article
fondé sur : “500,000 tonne mill for energy wood chips in the Republic
of Congo”, Biopact, http://biopact.com/2006/11/500000-tonne-mill-for-energy-wood.html
; “Une société espagnole veut investir dans l'exploitation de
l'huile de palme au Congo”, Congoplus.info,
http://www.congoplus.info/tout_larticle.php?id_article=2269
; “Spanish company Aurantia to invest in Congo's palm oil sector
for biodiesel”, Biopact,
http://biopact.com/2007/03/spanish-company-aurantia-to-invest-in.html.
index
–
Indonésie : les agrocarburants d’huile
de palme sont payés par les pauvres en raison de la hausse du
prix de l’huile comestible
Malgré
les déclarations des autorités, le prix de l’huile de cuisine
n’a pas baissé sur le marché intérieur de l’Indonésie. Au contraire,
après la première semaine de juin ce prix continuait de monter
en flèche.
Il
y a un an, les premiers producteurs d’huile de palme du monde,
la Malaisie et l’Indonésie, ont décidé de réserver près de 40
pour cent (six millions de tonnes) de leur production d’huile
de palme crue à la fabrication de biodiesel. Les analystes de
l’industrie ont annoncé que cette décision risquait de faire monter
le prix de l’huile comestible et que les huiles végétales allaient
devenir chères, aussi bien pour l’alimentation que pour la production
d’énergie.
Les
prix de l’huile de palme et d’autres huiles végétales, comme l’huile
de soja, sont montés aussi à cause de l’accroissement de la demande
aux États-Unis pour la fabrication de carburants. Ainsi, les familles
pauvres de l’Indonésie consomment maintenant de l’huile usagée,
c’est-à-dire qu’elles réutilisent l’huile qui a déjà servi à la
cuisine, tandis que le ‘biodiesel’ va servir à alimenter les voitures.
Le
boum des agrocarburants n’a pas l’air de se répercuter sur les
gens du pays. Le prix de l’huile de cuisine n’a cessé de monter
et il a atteint 9 000 roupies le kilo. Le cas le plus grave est
celui d’un village indonésien du district de Tebo, un centre de
plantation de palmier à huile de la province de Jambi où, en juin,
le prix de l’huile de cuisine a atteint 10 000 roupies (250 USD)
le kilo.
Les
entreprises de palmier à huile sont censées réserver un pourcentage
de leur huile de palme crue à la production d’huile de cuisine.
Pourtant, dans la province de Riau il y a 18 entreprises qui n’ont
jamais respecté cette norme. Dans la région de Sumatra,
les entreprises ont davantage intérêt à vendre l’huile de palme
crue sur le marché international qu’à la vendre à moindre prix
dans le pays.
L’huile
de cuisine est l’un des neuf aliments de base en Indonésie. L’augmentation
du prix de l’huile comestible a ruiné l’économie de la population
et les industries familiales, telles que la production de frites,
de gâteaux de soja fermenté et de tofu, qui ont commencé à faire
faillite.
Le
prix de l’huile comestible a affecté non seulement les revenus
des gens mais leur santé. Les communautés pauvres qui ne peuvent
plus acheter de l’huile de palme achètent à la place de l’huile
oplosan, c’est-à-dire de l’huile de cuisine usagée. Dans d’autres
cas, les vendeurs d’huile de cuisine, souhaitant maintenir leur
marge de bénéfices, mélangent l’huile de cuisine usagée avec un
produit chimique qui en éclaircit la couleur. Dans les deux cas,
le résultat est loin de respecter les normes sanitaires.
Les
pauvres paient vraiment très cher la frénésie des agrocarburants.
Article
fondé sur : “Biofuel for machine, ‘Jelantah Oil’ for human”, SETARA,
envoyé par Rivani Noor, CAPPA, adresse électronique :
rivani@cappa.or.id, www.cappa.or.id.
index
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Papouasie–Nouvelle-Guinée : les femmes
sont les plus affectées par les plantations de palmier à huile
De
vastes forêts tropicales de la PNG ont été rasées pour faire de
la place à des plantations de palmier à huile pour l’exportation,
établies en application d’un « plan de regroupement de petits
propriétaires ». Cela veut dire qu’une entreprise centrale qui
possède ses propres plantations passe également des contrats avec
de petits agriculteurs qui l’approvisionnent en fruits de palmier.
La structure du système et les caractéristiques du palmier lui-même
sont en train d’inquiéter sérieusement la société civile.
Si
la plupart des impacts écologiques et sociaux des plantations
de palmier à huile sont déjà bien documentés (cf les bulletins
104, 86 et 74 du WRM), un aspect qui a reçu peu d’attention est
que ces plantations ont des effets différents suivant le sexe
des personnes concernées.
Par
exemple, les entreprises de palmier à huile ne paient que les
hommes, alors que les femmes (et même la famille entière) travaillent
elles aussi à la récolte des fruits. Cela veut dire que les hommes
peuvent dépenser comme ils veulent l’argent qu’ils gagnent, tandis
que les femmes ne reçoivent rien. D’autre part, après avoir fait
pendant de longues heures un travail éreintant dans les plantations,
à la fin de la journée elles sont trop fatiguées pour s’occuper
comme il faut du reste de leurs tâches, de la cuisine et des enfants.
La
plantation, la chasse et la cueillette d’aliments ont un rôle
culturel important en PNG. Les femmes vendent ces produits sur
les marchés des villages, obtenant ainsi un revenu. En même temps,
cette activité leur donne l’occasion de s’entretenir avec les
autres femmes du village. Lorsque les terres coutumières sont
affectées à la culture du palmier à huile, nombre de ces traditions
séculaires se perdent et les femmes se retrouvent sans argent
et sans possibilité de fréquenter les autres.
S’inquiétant
des changements que le palmier à huile est en train d’apporter
dans leur communauté, et de la pollution de la raffinerie qui
affecte les fleuves et la santé de leurs enfants, les femmes de
la région ont formé l’Association des femmes de Sorovi, dont l’objectif
est que les femmes se réunissent pour discuter et pour trouver
des solutions pratiques à ces problèmes.
Parmi
les activités de l’association figure la formation au sujet des
impacts écologiques et sociaux des plantations de palmier et de
la fabrication d’huile de palme. En outre, l’association tâche
d’aider les femmes à entreprendre des activités artisanales qui
leur rapportent de l’argent, pour qu’elles ne dépendent pas uniquement
du palmier à huile pour gagner leur vie et nourrir leurs familles.
La
population n’a pas besoin qu’on lui explique la valeur des ressources
naturelles : elle en dépend constamment pour sa survie. Par contre,
les gens ont besoin de terre pour planter ces jardins de brousse
qui fournissent encore à la plupart des habitants du pays leurs
aliments quotidiens. Ils ont besoin de la forêt pour ramasser
du bois de feu et du bois d’oeuvre pour construire leurs maisons
et leurs pirogues. Ils ont besoin de rivières d’eau propre pour
boire, faire la cuisine et se baigner. Comme on dit en Papouasie–Nouvelle-Guinée,
« Graun Em Laip », c’est-à-dire la terre est la vie : tant que
vous aurez de la terre et des forêts, vous aurez un toit et vous
n’aurez jamais faim. Malheureusement, les plantations de palmier
à huile vont à l’encontre de tout cela et ce sont les femmes qui
en souffrent le plus.
Article
fondé sur des informations tirées de : "Anatomy of a Campaign",
Australian Conservation Foundation,
http://www.acfonline.org.au/default.asp?section_id=96, par
Andrea Babon,
http://www.acfonline.org.au/uploads/res_Habitat_AP_3.pdf.
index
LES NOUVELLES TENDANCES
–
‘Réduction des émissions dues au déboisement’ (REDD)
: le commerce du carbone peut-il sauver nos écosystèmes ?
Lors
de la CdP 13 qui aura lieu à Bali cette année, le groupe de travail
sur la réduction du déboisement dans les forêts tropicales doit
présenter son rapport. D’après les discussions qu’il y a eues
pour le moment, il est probable que des propositions fondées sur
le système de paiement des services environnementaux (les services
rendus par les forêts, tels que le piégeage de carbone, le maintien
de la diversité biologique et l’alimentation du cycle pluvial),
appliqué au Costa Rica, feront partie d’une nouvel