NOTRE
OPINION
–
Les plantations d’arbres à pâte : tous les chemins mènent à Rome
Chaque
fois que l’expression « forêts plantées » est utilisée, on peut
la suivre à la trace jusqu’à l’Organisation pour l’alimentation
et l’agriculture (FAO) dont le siège est à Rome. Plus cette notion
est combattue par les peuples et les ONG qui luttent contre les
plantations, plus la FAO s’acharne à la maintenir.
La
raison en est simple : la FAO a choisi de se mettre au service
des entreprises du Nord qui tirent profit des plantations d’arbres,
en particulier celles du secteur de la pâte et du papier. Le fait
de présenter les plantations d’arbres en régime de monoculture
comme des « forêts plantées » s’est avéré un excellent outil de
marketing, qui permet de cacher le désastre écologique et social
que comportent ces plantations industrielles de « bois rapide
».
Mais
le rôle de la FAO ne s’arrête pas au niveau des définitions. Elle
a fortement encouragé l’établissement des plantations de ce genre
à partir des années 1950 et elle continue d’en faire autant. Entre
1990 et 1995, elle a même soutenu en Chine la recherche sur les
arbres génétiquement modifiés, qui a abouti plus tard à la plantation
massive et incontrôlée de peupliers GM dans ce pays.
Le
dernier exemple de cette démarche de la FAO est l’adoption des
« Directives volontaires pour la gestion responsable des forêts
plantées », qui sont maintenant à l’étape de leur application
au niveau des pays.
Quel
est l’objectif de ces directives ? Même avant de les lire, il
est évident qu’elles visent à encourager l’expansion des plantations
pour l’industrie de la pâte. Il suffit de voir, par exemple :
–
La photo de couverture du rapport : elle montre un « Paysage de
forêts plantées, Bahia, Brésil, avec l’aimable autorisation de
Veracel Company, Brésil ». Les effets négatifs des plantations
de cette entreprise en particulier sur la société et l’environnement
sont bien documentés, et la population locale fait campagne contre
eux. En choisissant cette image pour son rapport, la FAO est en
train de cautionner ces plantations et d’autres pareillement destructrices
qui sont remises en question dans le Sud.
–
Les remerciements : le rapport dit que « la FAO souhaite remercier
ses principaux partenaires dans la préparation des concepts et
des projets initiaux ». Les partenaires mentionnés parmi les associations
du secteur privé ont tous des rapports avec l’industrie de la
pâte et du papier : « Conseil international des associations des
forêts et du papier, Association brésilienne pour le papier et
la pulpe/Sociedade Brasileira de Silvicultura, Association américaine
de la forêt et du papier, Confédération des industries européennes
du papier, Association portugaise de l’industrie du papier, Association
japonaise du papier/Centre japonais des plantations outre-mer
pour le bois de papier, Corporación Nacional de la Madera – Chili,
Fédération suédoise des associations de propriétaires forestiers
et Association néo-zélandaise des propriétaires forestiers privés
». Pourquoi ces associations d’entreprises auraient-elles collaboré
avec la FAO dans le processus de préparation, si elles ne prévoyaient
pas que les directives résultantes allaient les avantager ?
–
Les absences : les « remerciements » ne mentionnent pas une seule
organisation du Sud. Les principaux détracteurs des plantations
sont en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Ainsi, la FAO
a choisi d’exclure les voix critiques de ceux qui se seraient
certainement opposés à des directives destinées à promouvoir les
plantations de « bois rapide », celles dont l’industrie de la
pâte a besoin.
La
bibliographie : aucun document critiquant les plantations n’y
est mentionné. Dans le cas du WRM, la FAO a décidé d’ignorer non
seulement les innombrables articles, fondés sur les témoignages
des populations locales, que nous avons divulgués au cours des
dix dernières années, mais aussi les rapports des recherches sur
les plantations que nous avons menées au Brésil, au Cambodge,
au Chili, en Équateur, en Indonésie, au Laos, en Afrique du Sud,
au Swaziland, en Thaïlande, en Ouganda et en Uruguay. Le fait
qu’elle ait fermé les yeux à ces constatations et à d’autres preuves
documentées des effets des plantations prouve que son rôle est
de défendre les intérêts des entreprises dans ce domaine.
Les
phrases suivantes, extraites des directives, sont elles aussi
très révélatrices :
«
Les gouvernements doivent créer les conditions favorables pour
encourager les entreprises investisseuses et les investisseurs
de moyenne et petite tailles à faire des investissements à long
terme dans les forêts plantées et à produire un retour favorable
sur investissement. » « … les gouvernements doivent faciliter
un environnement de conditions économiques, juridiques et institutionnelles
stables pour encourager les investissements à long terme »
Cela
n’est pas nouveau. Beaucoup de gouvernements du Sud ont déjà créé
ces « conditions favorables », en application des recommandations
de la FAO, de la Banque mondiale, de la Banque asiatique de développement,
de la Banque latino-américaine de développement, d’institutions
bilatérales telles que JICA, GTZ et d’autres, qui ont toutes eu
« un retour favorable » pour l’industrie de la pâte et du papier
et des « retours » très douloureux pour les populations et leur
environnement.
L’industrie
de la pâte est en train de migrer vers le Sud et elle prévoit
d’augmenter de 25 millions de tonnes sa capacité de production
au cours des cinq prochaines années. Cela veut dire qu’elle aura
besoin de grandes étendues de plantations à croissance rapide
pour alimenter ses usines. Dans ces circonstances, les « Directives
volontaires pour la gestion responsable des forêts plantées »
l’aideront à mettre les gouvernements à leur service et à affaiblir
l’opposition à son expansion.
Il
est donc nécessaire de connaître cette nouvelle menace et de s’opposer
à l’application de ces directives au plan national. Il faudrait
rappeler à la FAO que sa mission n’est pas de promouvoir les plantations
d’arbres mais d’être le « chef de file dans les efforts internationaux
de lutte contre la faim ». Du moins, c’est ce qu’on lit sur sa
page web.
Du
moment que le thème choisi cette année par la FAO pour sa Journée
mondiale de l’alimentation (le 16 octobre) est « Le droit à l’alimentation
», il paraît nécessaire de rappeler à cette organisation pour
l’alimentation et l’agriculture que les plantations d’arbres à
pâte ne vont pas faire en sorte que « chaque fille, chaque garçon,
chaque femme et chaque homme aient un accès régulier à une nourriture
de bonne qualité », alors qu’elles vont sans doute permettre à
chaque usine de pâte de recevoir régulièrement une provision suffisante
de bois.
Malheureusement,
quand on regarde la promotion des plantations d’arbres à pâte
ont constate que tous les chemins continuent de mener à Rome.
Le
texte intégral du rapport de la FAO est disponible sur :
ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/009/j9256f/j9256f00.pdf
index
LES
COMMUNAUTÉS ET LES FORÊTS
–
Argentine : l’exploitation forestière,
la malnutrition et la mort au Chaco
Une
vague de froid intense a traversé l’Argentine pendant la première
quinzaine de juillet. Dans les terres chaudes de la province du
Chaco, où la moyenne annuelle est d’environ 20º C, des températures
au-dessous de zéro ont été enregistrées. Cette brusque diminution
a mis tragiquement en lumière les dimensions de l’urgence sanitaire
et alimentaire que traversent les peuples indigènes toba, mocoví
et wichí dans ce district du Nord-Est du pays, dont la santé est
minée par la malnutrition, la tuberculose et la maladie de Chagas.
Au bout de quelques jours il y avait dix morts ; le 2 octobre
ce nombre est monté à 16. La plupart des victimes étaient des
Toba, et elles habitaient toutes El Impenetrable, une région boisée
qui, depuis un siècle, est soumise au saccage de ses quebrachos,
ses caroubiers et ses lapachos et qui disparaît depuis quelques
décennies sous la poussée des bulldozers et du feu aux mains de
ceux qui recherchent la forte rentabilité de la culture du soja.
À
partir de 1995, la province a commencé à vendre la plupart de
ses terres domaniales qui, à l’époque, s’étendaient sur 3 millions
d’hectares ; à l’heure actuelle, il n’en reste que 580 000. Ces
terres ont été vendues à de grands propriétaires qui, par la suite,
les ont défrichées. L’organisation pour les droits de l’homme
du Chaco dénommée ‘Centro de Estudios Nelson Mandela’ avait dénoncé,
en novembre 2006, que la Direction des forêts de la province avait
démantelé ces dernières années sa structure administrative et
opérative. « La politique de l’État est de laisser faire et de
laisser passer. La loi est lettre morte. Le Décret 1341, qui suspendait
la délivrance de permis de défrichage tant que l’aménagement territorial
du Chaco ne serait complété, n’est appliqué ni respecté. Non seulement
le déboisement continue, il est de plus en plus intensif. Un panorama
scandaleux, où règnent la destruction et l’impunité », avait averti
cette organisation dans une déclaration publique, le 20 octobre
2006.
Ce
processus a touché surtout El Impenetrable, qui s’étend à l’Ouest
de la province et qui est le territoire ancestral des Toba et
des Wichi. La disparition de la forêt a eu pour conséquence la
disparition des protéines animales et végétales du régime alimentaire
de ces peuples. « Le caroubier symbolise presque tout, car c’est
dans ses fruits que les populations indigènes trouvaient la plupart
des protéines de leur régime ; depuis qu’il est devenu rare, elles
mangent de la graisse, de la farine, parfois quelques nouilles,
pas toujours ; du riz, de moins en moins ; et de la viande, presque
jamais. Ce régime a provoqué chez eux la dénutrition, la malnutrition,
l’hypertension, le diabète. La dénutrition ou la malnutrition,
dues au fait de n’avoir jamais suffisamment à manger et encore
moins d’aliments nutritifs, les a exposées aux maladies infectieuses,
à la tuberculose et à la maladie de Chagas », a dit Rolando Núñez,
coordinateur du Centre Mandela, dans une interview au mois d’août.
Depuis
avril de l’année dernière les peuples toba, wichí et mocoví n’arrêtent
pas de dénoncer cette situation et exigent au gouvernement de
la province l’adoption de politiques publiques. Ils ont même bloqué
des routes, campé devant le siège du gouvernement local et fait
une grève de la faim. Après des décennies de silence, ce « soulèvement
», comme ils l’appellent, a mis en lumière la pauvreté extrême
et la discrimination que subissent les quelque 60 000 indigènes
du Chaco. Ils sont sortis de l’ombre, mais les accords passés
avec le gouvernement en août 2006 n’ont pas été respectés.
La
situation d’urgence extrême de ces communautés a été dénoncée
par le Défenseur du Peuple, qui a déposé une plainte auprès du
Haut Tribunal de Justice contre les gouvernements national et
provincial, considérés comme responsables. Trois mois sont passés
depuis le début de la vague de morts, mais les autorités se sont
contentées de mettre en place des plans d’aide alimentaire temporaire,
sans s’occuper des causes du problème.
Hernán
Scandizzo, Colectivo Pueblos Originarios – Indymedia Argentine,
originarios-arg@indymedia.org
– www.argentina.indymedia.org/pueblos.
index
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Cameroun : des forêts communautaires au
milieu d’un océan d’exploitation forestière industrielle
J’ai
visité le Cameroun en décembre 2006, et je m’y suis rendu encore
en septembre 2007. Les deux fois j’ai été choqué par la quantité
de camions chargés de grands troncs d’arbres tropicaux qu’on pouvait
voir sur presque toutes les routes. La plupart étaient acheminés
vers les ports d’où ils allaient être exportés, sans traitement
aucun, surtout vers les pays du Nord.
En
voyant ces « forêts anciennes sur roues » qui voyageaient sur
les routes je me suis rappelé le livre d’Eduardo Galeano, « Les
veines ouvertes de l’Amérique latine ». Dans ce cas, il
s’agissait des veines ouvertes de l’Afrique centrale (Cameroun,
Congo, République démocratique du Congo, Gabon), et les troncs
représentaient la vie des forêts et des peuples d’Afrique, drainée
pour être consommée dans le Nord.
Au
Cameroun, l’extraction de bois est faite à l’échelle industrielle
par de grandes entreprises, nationales et étrangères, axées sur
l’exportation et liées aux capitaux étrangers. Paradoxalement,
le pays semble être, sur le papier, assez progressiste en matière
de gestion forestière communautaire. Dans ce sens, une loi sur
la foresterie communautaire, adoptée en 1994, permet aux communautés
de gérer leurs propres forêts (quoique limitées à 5 000 hectares),
en passant un contrat d’une durée de 25 ans avec le ministère
de l’Environnement et des Forêts.
Pourtant,
le gouvernement continue de soutenir l’exploitation industrielle,
lucrative et destructrice, sans aucune intention apparente de
la remplacer par la gestion communautaire des forêts. La visite
d’une forêt communautaire m’a permis de le constater.
Le
12 septembre, nous avons visité la forêt communautaire de la COVIMOF
(Communauté villageoise de Melombo, Okekak, Fakele 1 et 2, Ayos
et Akak). La première chose que nous avons apprise est que le
processus d’approbation de la gestion communautaire est très lent.
Dans ce cas, les cinq communautés concernées ont commencé les
démarches en 1996, et en 2004 seulement elles ont réussi à remplir
toutes les conditions pour l’approbation et la signature de l’accord
légal nécessaire. Elles se plaignent que même maintenant, lorsqu’elles
présentent le plan d’aménagement annuel, le ministère met des
mois à l’approuver, de sorte qu’il ne leur reste qu’une courte
période d’un ou deux mois pour le mettre en œuvre.
La
deuxième leçon est que les communautés doivent se protéger elles-mêmes
contre la coupe illégale dans leur forêt. Pendant qu’elles attendaient
l’autorisation nécessaire pour commencer les opérations forestières,
un groupe de bûcherons clandestins a commencé à couper des arbres
dans leur forêt. Les autorités compétentes en ont été informées
mais n’ont pas réagi. Plus tard, les bûcherons sont revenus avec
des machines lourdes et ils ont entassé les troncs au bord de
la route. On a montré des photos et des vidéos de l’opération
aux autorités locales, mais rien ne s’est passé. Finalement, les
troncs ont été chargés sur des camions et emportés sans aucun
problème, passant en chemin par un poste de contrôle forestier
gouvernemental.
La
restauration de la forêt est encore une activité que les communautés
doivent faire sans l’aide du gouvernement. Cette forêt communautaire
avait déjà été « écrémée » des meilleurs arbres au moment d’une
exploitation antérieure. Les gens de la zone sont maintenant en
train de replanter des arbres indigènes, mais ils le font sans
aucun soutien gouvernemental. Ils ont installé une petite pépinière
où ils produisent près de 5 000 plants de douze essences différentes.
L’année dernière, ils ont planté plus de 1 000 arbres, avec l’aide
du CED (Centre pour l’environnement et le développement) et de
Greenpeace.
La
troisième leçon est qu’ils sont seuls également pour récolter,
transporter, industrialiser et commercialiser le bois. Ce n’est
pas le gouvernement qui leur apporte le soutien technique et la
formation nécessaires, mais des organisations de la société civile
comme le CED. Des machines pour transformer les troncs en bois
ont été achetées grâce à l’aide des ONG, mais il en faudrait bien
davantage pour améliorer le processus d’industrialisation. La
commercialisation est difficile et ils sont souvent soumis aux
abus des acheteurs. Dans tout cela, le gouvernement n’a aucune
participation.
On
dirait donc que les forêts communautaires du Cameroun ont besoin
d’aide extérieure, comme celle fournie par les ONG. Mais les ONG
n’ont pas la capacité de soutenir beaucoup de cas comme celui-ci
; ce sont les organismes gouvernementaux qui devraient s’en charger.
Or, la condition indispensable pour que ce soit ainsi est que
le gouvernement ait la volonté politique de remplacer l’exploitation
forestière industrielle par la foresterie communautaire. La question
principale est là, et elle implique de chercher la manière d’introduire
les changements nécessaires pour y parvenir. Dans ce sens, les
réussites, et même les échecs, des forêts communautaires existantes
peuvent être extrêmement utiles.
Dans
le cas de la forêt communautaire de la COVIMOF, il est important
de souligner que, malgré tous les problèmes, les gens sont fiers
et heureux de leurs accomplissements. La plupart font déjà preuve
d’une expertise dans certaines activités forestières qu’ils n’avaient
pas auparavant. Ils sont décidés à utiliser la forêt de façon
durable et à partager équitablement les bénéfices qui en découlent.
Avec eux, la forêt a de fortes chances d’être vraiment protégée.
Ricardo
Carrere, article rédigé à partir d’observations et d’interviews
sur le terrain lors d’un voyage au Cameroun en septembre 2007.
index
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Équateur : grande victoire contre l’industrie
minière dans la région d’Intag
La
date du 26 septembre 2007 ne sera pas facilement oubliée en Intag,
la zone subtropicale anti-minière du Nord-Ouest de l’Équateur.
Après des mois d’attente, le ministère des Mines et du Pétrole
a finalement annoncé la suspension des activités minières de la
société canadienne Ascendant Copper, titulaire de concessions
dans la région. La décision du ministre Galo Chiriboga est fondée
sur le fait que l’entreprise a enfreint la loi en commençant ses
activités sans avoir demandé les autorisations et les rapports
correspondants de la municipalité de Cotacachi.
Cette
décision concerne 9 504 hectares de concessions et implique que
la société minière ne peut pas faire d’activités d’extraction,
d’administration ni de rapprochement de la communauté. Malheureusement,
il ne s’agit pas d’une décision définitive ; selon le ministre
Chiriboga, elle sera maintenue jusqu’au moment où la société aura
renégocié les conditions de son contrat et de sa présence dans
la zone. Le gouvernement serait en train d’examiner d’autres concessions
également.
Cela
montre que les populations peuvent réussir à défendre leur souveraineté
et leurs intérêts lorsqu’elles en ont la volonté ferme et que
les circonstances politiques leur sont favorables. Des décisions
semblables pourraient être prises à l’égard d’autres concessions
minières à d’autres endroits du pays.
Au
départ, les communautés de l’Intag affectées par le projet minier
et par la présence de l’entreprise se sont montrées pessimistes
car, comme l’a signalé le conseiller municipal Luis Robalino,
originaire de l’Intag, « c’est la quatrième fois qu’on annonce
la même chose, mais l’entreprise est toujours dans la région ».
Pourtant, les gens sont devenus plus optimistes lorsque les fonctionnaires
gouvernementaux sont arrivés pour fermer les bureaux de l’entreprise.
Lors
d’une conférence de presse convoquée début octobre pour faire
connaître la satisfaction suscitée par la décision gouvernementale,
on a évoqué quelques-unes des raisons pour lesquelles la population
ne souhaite pas la présence de l’entreprise minière dans la région.
D’après l’économiste Auki Tituaña, maire de Cotacachi, le président
du Conseil des communautés Polibio Pérez et d’autres leaders de
la zone, l’entreprise a eu dès le début l’intention de diviser
les communautés pour faciliter son entrée dans la zone et les
opérations prévues.
Pendant
les trois années qu’a duré la présence d’Ascendant Copper dans
la région, il y a eu des incidents avec des paramilitaires qui
ont tiré sur les paysans et les paysannes et qui se sont servis
de chiens dressés et de gaz lacrymogènes. Il y a eu des intimidations,
sous forme de plaintes et de procès, contre une centaine de paysannes
et de paysans, pour essayer d’étouffer – sans succès – la résistance.
Beaucoup d’entre eux ont été acquittés par les tribunaux de la
province d’Imbabura ; aucun n’a été condamné.
De
son côté, le maire a dénoncé les rapports de l’entreprise avec
« des ex-militaires, des paramilitaires, des mercenaires, des
trafiquants de drogue et des politiciens corrompus ». Il a dit
aussi : « ils ont pensé qu’en me proposant 60 ou 70 millions de
dollars, comme ils l’ont fait un jour, ils allaient obtenir mon
appui, mais mon prix est bien plus élevé, c’est le prix de la
mine » (d’après le directeur d’Ascendant Copper Francisco Veintimilla,
la valeur de l’entreprise serait d’au moins 110 milliards de dollars).
Et il a ajouté : « Mais franchement, je préfère qu’ils laissent
intacts les arbres, la faune et la flore, et qu’ils respectent
le modèle de développement que nous avons choisi pour nous, pour
l’Intag et le Cotacachi ».
Il
parle de la forêt tropicale brumeuse, d’une valeur biologique
immense, qui se trouve juste au-dessus de la mine de cuivre. Depuis
l’arrivée de l’industrie minière « nous avons même réussi à freiner
la coupe traditionnelle que faisaient nos parents », a dit Polibio
Pérez. « À présent, nous accordons bien plus de valeur à la conservation.
»
Ascendant
Copper se trouve dans la région depuis 2004, mais la résistance
contre l’industrie minière remonte à 1997. Pendant cette période,
beaucoup d’initiatives ont été mises en œuvre dans la région,
de sorte que l’Intag est devenu un modèle de production alternative
: agriculture, tourisme, artisanat, coopératives, organisations
et d’autres activités donnent du travail à des centaines de familles
de la zone. Les incidents provoqués par cette entreprise minière
et par d’autres dans diverses régions de l’Équateur ont donné
naissance à une organisation pour la défense de la vie et des
droits de l’homme (‘Coordinadora en Defensa de la Vida y los Derechos
Humanos’).
On
estime que près de 95 % des habitants de Cotacachi, y compris
les autorités, sont contre l’activité minière (cf Bulletin nº
118 du WRM). « C’est pour défendre les intérêts de l’État, de
la province, du canton et de la zone », disent-ils. Interrogés
à propos de la possibilité d’une consultation populaire, ils se
montrent d’accord, à condition qu’elle soit transparente et qu’elle
ne soit pas organisée par la société transnationale mais par l’État
équatorien.
Pour
l’instant, l’entreprise s’en va mais elle laisse derrière elle
la division et les conflits entre frères, parents, voisins et
anciens amis. D’après les plaintes, certains membres de la communauté
« recevaient un salaire de 300 dollars pour jouer au volley-ball
». Tant qu’il y aura des gisements de cuivre, la zone restera
sous la menace latente de l’industrie minière.
En
attendant, l’Équateur prépare l’Assemblée constituante qui rédigera
la nouvelle constitution du pays. Très probablement, elle sera
présidée par Alberto Acosta, ministre de l’Énergie et des Mines
de la législature actuelle pendant une courte période. À maintes
reprises, celui-ci a fermement déclaré son intention de faire
de l’Équateur un pays sans industrie minière à grande échelle.
Guadalupe
Rodríguez, adresse électronique : guadalupe@regenwald.org
index
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Honduras : pourquoi nous défendons la
forêt
Au
Honduras, entre 80 000 et 120 000 hectares de forêt sont déboisés
chaque année.
Nos
forêts sont très diverses : des forêts de pins, peuplées de sept
espèces différentes ; des forêts de feuillus, avec 200 espèces
d’arbres et une riche diversité biologique, surtout dans les terres
basses ; des forêts brumeuses de feuillus ; des pinèdes ou des
forêts mixtes dans les montagnes ; des feuillus dans des zones
au climat sec ; des mangroves.
La
politique forestière du Honduras n’est pas formulée par la société
civile ni par le pouvoir public, elle est dictée par les entreprises
multinationales, par le biais de la Banque mondiale et des traités
de libre-échange convenus avec l’oligarchie locale qui, par l’intermédiaire
de ses représentants dans le Congrès de la République et dans
d’autres pouvoirs de l’État, approuve les lois et les politiques
désignées pour exploiter la forêt en fonction des intérêts du
capital impérialiste et mondialisant.
Pour
mettre en œuvre ces politiques, ils disposent des militaires,
auxquels on donne le pouvoir de « protéger » la forêt. Comment
se fait-il que ceux qui détruisent les forêts au cours des conflits
armés deviennent, comme par magie, des champions de l’écologie
? D’autre part, le recours aux tueurs à gages est l’une des formes
cachées d’agression contre les populations indigènes, paysannes
et garifunas.
Dans
notre pays, l’exploitation du bois a toujours été associée à la
corruption, à la violation des droits de l’homme et à l’impunité.
La persécution du prêtre Tamayo et d’autres dirigeants et le meurtre,
le 20 décembre 2006, d’Heraldo Zúñiga et Roger Iván Cartagena,
membres du Mouvement écologiste d’Olancho, par les services de
sécurité de l’État du Honduras, sont des exemples de la terreur
dans laquelle se déroule la lutte pour la défense des forêts du
Honduras. À cela s’est ajouté récemment le meurtre de Mario Guifarro
à Parawasito, dans la municipalité de Dulce Nombre de Culmí, région
du Patuca moyen, pendant qu’il travaillait pour le projet ICADE
de démarcation de la forêt, en application du mandat du congrès
de la Fédération indigène Tawahka du Honduras (FITH).
Les
gouvernements et la plupart de leurs experts techniques ont toujours
accusé les pauvres de la destruction de la forêt. Pourtant, ils
ne mentionnent jamais le déboisement provoqué par l’industrie
minière, l’élevage de crevettes, la culture industrielle de l’ananas
et de la banane, les grandes plantations de canne à sucre, de
maïs transgénique et de palmier à huile, ces dernières destinées
à la fabrication d’agrocarburants, la nouvelle affaire en or.
À cela s’ajoutent les grands incendies, accidentels ou provoqués
pour justifier l’extraction de bois, et l’élevage extensif pour
l’exportation de viande à hamburgers.
Les
politiques forestières tendent à transformer l’arbre en une simple
marchandise, sans considérer que, en raison du déboisement des
bassins et des microbassins, l’érosion, les éboulements et les
glissements de terrain sont de plus en plus nombreux, et que cela
rend plus graves les effets des tempêtes tropicales, des ouragans
et des perturbations climatiques, dont les dégâts sont irrémédiables.
Les
traités commerciaux inéquitables et la logique immorale et injuste
du capital favorisent l’adoption de lois et l’application de politiques
forestières qui vont à l’encontre des politiques sur l’eau et
l’énergie et de celles prévues en matière de perturbations climatiques.
Ces lois imposent la privatisation de la forêt, de l’énergie,
de l’eau, de l’éducation et de la santé. Le Congrès national affecte
sans vergogne plus d’un tiers du territoire national à l’industrie
minière, qui détruit la forêt et porte atteinte à la santé animale,
végétale et humaine.
La
diminution de la diversité biologique causée par le déboisement,
la contamination par des métaux lourds provoquée par l’industrie
minière et celle des pesticides utilisés par l’agro-industrie
favorisent la propagation de la dengue, de la malaria, des parasitoses
et des troubles mentaux, qui, en plus de provoquer la maladie
et la mort, coûtent au pays des sommes milliardaires.
La
formulation de politiques humaines, intégrales et planétaires
est devenue urgente pour tous les Honduriens. L’articulation de
la forêt, de la santé et des droits de l’homme en un programme
d’éducation pour la jeunesse est une stratégie importante pour
la formation de leaders, la prise de conscience du besoin de reboisement
et la création de lois qui protègent la forêt.
C’est
pourquoi nous proposons, depuis le Movimiento Madre Tierra (membre
des Amis de la Terre International) et les organisations ‘Centro
América no está en Venta’, Oilwatch International et COHAPAZ (Comité
hondurien d’action pour la paix) la plantation et l’entretien
permanent d’un million d’arbres dans le pays. Notre tâche la plus
urgente consiste à unir tout le mouvement social et écologiste
contre les politiques et les entreprises destructives. Prenons
à cœur la belle mission de défendre la vie, la dignité et la santé
de notre peuple !
Juan
Almendares, adresse électronique : juan.almendares@gmail.com
index
–
Laos : les barrages sur le Sekong vont anéantir
le Cambodge
Il
est prévu de construire une série de grands barrages dans le bassin
du fleuve Sekong, dans le Sud du Laos. Ces projets vont affecter
des dizaines de milliers de personnes et menacé les moyens d’existence
des 30 000 Laotiens qui habitent en aval le long du Sekong. Or,
les plans de ces barrages sont établis sans considérer du tout
les effets qu’ils auront sur les habitants et l’environnement
du Cambodge.
En
juin 2007, la société conseil norvégienne Norconsult a complété
les deux analyses environnementales initiales pour deux des barrages
proposés : le Sekong 4 et le Nam Kong 1. Un rapport récemment
paru sous le pseudonyme d’Anurak Wangpattana se félicite du fait
que les études reconnaissent bien des conséquences que ces barrages
auront pour les gens, les forêts et la pêche dans le Sud du Laos,
mais critique Norconsult pour avoir tout à fait ignoré les répercussions
de ces projets pour ceux qui habitent en aval.
Les
deux barrages que la Russian Region Oil Company prévoit de construire
se trouveront à une centaine de kilomètres de distance l’un de
l’autre. Le Sekong 4, de 600 MW, inondera 150 kilomètres carrés
de terres, comprenant des forêts et d’autres terres utilisées
pour la collecte de produits forestiers non ligneux, des pâturages
et des champs où l’on pratique l’agriculture itinérante. Environ
5 000 personnes seront expulsées de leurs foyers à l’emplacement
de la retenue ; 98 % d’entre elles appartiennent à des peuples
autochtones. Les minorités ethniques katu et nge représentent
80 % de la population du district de Kaleum, dont la capitale
sera inondée par l’eau du réservoir.
L’importance
des forêts pour les habitants du district de Kaleum est évidente,
d’après un rapport rédigé en 2004 par Charles Alton, consultant
de l’ONU, et Houmphan Rattanavong, du Conseil scientifique national
du Laos. Le rapport signale que, dans quatre villages katu du
district de Kaleum près de 76 % des revenus des habitants proviennent
de la collecte de produits non forestiers et 16 % de l’élevage.
Le
barrage Nam Kong 1, de 150-200 MW, prévu pour être construit sur
un affluent du Sekong, inondera 21,8 kilomètres carrés. Anurak
Wangpattana signale qu’il affectera plus de 1 600 personnes qui
vivent en aval. Beaucoup d’entre elles habitant auparavant dans
la zone du réservoir, mais elles ont été déplacées par le gouvernement
pendant les années 1990.
Le
poisson est un élément important du régime alimentaire de ceux
qui habitent la zone prévue pour le réservoir du Sekong 4. « Tous
les villages situés à l’emplacement de la retenue pratiquent la
pêche de façon soutenue, surtout pour leur subsistance, et le
poisson contribue pour une large part aux protéines de leur régime
», signale Norconsult. La construction du barrage fera disparaître
cette activité.
Les
villages en aval du barrage seront pareillement affectés. Le réservoir
du Sekong 4 mettra 14 mois à se remplir. Une fois le barrage en
fonctionnement, le débit du fleuve changera tout à fait. « Il
existe la possibilité que la diversité biologique aquatique et
la productivité du fleuve Sekong diminuent en raison de ces modifications
du débit », disent les experts de Norconsult dans leur langage
flegmatique.
Anurak
Wangpattana explique que l’examen environnemental initial de Norconsult
est le premier pas de l’évaluation d’incidence environnementale
du Sekong 4 et du Nam Kong 1, et suggère que cette évaluation
pourrait être accumulative. Mais ce qui manque pour l’instant
dans les études de Norconsult, signale Anurak, « est la reconnaissance
explicite que les effets négatifs [de ces barrages] vont s’étendre
tout le long du fleuve Sekong en Cambodge ».
Depuis
dix ans, les habitants des villages situés le long du fleuve Sesan,
dans le Nord-Est du Cambodge, subissent les effets dévastateurs
de la construction de barrages sur ce fleuve en amont, au Vietnam.
Des dizaines de villageois se sont noyés lors de l’ouverture soudaine
des écluses du barrage de Yali Falls. Les gens ont perdu du bétail,
des récoltes et du matériel de pêche. La mauvaise qualité de l’eau
a provoqué des éruptions cutanées et des troubles digestifs.
Plus de 3 500 personnes ont maintenant quitté leurs foyers à proximité
du fleuve Sesan et se sont installées plus haut pour échapper
aux inondations et aux variations imprévisibles de son débit,
d’après une recherche récemment menée par l’ONG cambodgienne ‘3S
Rivers Protection Network’ (« 3S » désignant les trois fleuves
Sekong, Sesan et Srepok). « Les gens ont perdu tout espoir et
ne peuvent plus dépendre du fleuve, parce que presque toutes les
ressources qu’il avait ont disparu », a dit aux chercheurs un
chef autochtone du village de Jarai.
Sur
les 30 000 personnes qui habitent le long du Sekong dans la province
de Stung Treng, beaucoup appartiennent aux groupes ethniques lao,
khmer khe, kavet, lun et kuy. La pêche dans le Sekong et les jardins
potagers sur ses berges sont indispensables à leur sécurité alimentaire
et à leurs moyens de vie.
Anurak
Wangpattana prévient que « les promoteurs de barrages écartent
avec beaucoup de facilité les objections, mais l’expérience des
effets transfrontières des grands barrages hydroélectriques construits
ailleurs dans la région du Mékong indique clairement qu’il ne
faut pas fermer les yeux aux répercussions que le Sekong 4 et
le Nam Kong 1 auront au Cambodge et au Laos ».
http://chrislang.org
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–
Paraguay : la lutte des Ayoreo isolés
du Chaco paraguayen pour que la forêt ne s’éteigne pas
En
mars 2007, un appel national et international a été lancé devant
l’imminence du déboisement et de la destruction totale de 24 000
ha (240 km2) de forêt vierge par l’entreprise UMBU S.A. Cette
étendue se trouve au cœur de la zone dénommée « Amotocodie »,
dans le Nord du Chaco paraguayen. L’Amotocodie fait partie du
territoire ancestral du peuple indigène ayoreo, dont deux groupes
isolés l’habitent encore en permanence. Ces groupes n’ont jamais
eu de contact avec la société moderne et vivent à leur manière
traditionnelle, en une relation d’interdépendance et d’appui mutuel
avec la nature et la forêt.
Il
convient de rappeler que le Nord du Chaco paraguayen est presque
entièrement aux mains de propriétaires privés, auxquels la loi
et les pratiques du monde moderne reconnaissent le droit de modifier
ou de détruire la forêt du Chaco presque sans restrictions ni
contrôles. Le projet de déboisement de l’entreprise mentionnée
est représentatif de bien d’autres qui sont en cours ou en préparation
dans la région, et concerne, sans considération aucune à l’égard
des caractéristiques, des particularités ni des contours de la
nature fragile de la forêt du Chaco, l’un des plus grands systèmes
fluviaux de la région, qu’il coupe en deux. De la même manière,
il passe outre à la législation nationale en vigueur, reconnue
au plan international, qui reconnaît que ces territoires appartiennent,
depuis toujours et avant la création des États modernes, aux indigènes.
L’Amotocodie est un territoire indigène, mais la société dominante,
nationale et internationale, a choisi de ne pas tenir compte des
droits territoriaux indigènes. Si elle le faisait, de vastes étendues
de la forêt du Chaco paraguayen (il reste en ce moment près de
10 millions d’hectares intacts) auraient une chance de survivre
à notre présent destructeur et d’avoir un avenir. Les Ayoreo rejettent
avec véhémence l’usage gaspilleur et destructeur que l’homme blanc
fait de leur territoire : « Nous en prendrions meilleur soin.
Nous savons comment le faire ».
L’avancée
du défrichage au profit de l’élevage s’est accélérée ces dernières
années, par suite de l’ouverture des marchés internationaux à
la viande bovine paraguayenne. De plus, ces derniers mois, la
pression de l’expansion catastrophique du soja et des cultures
pour la fabrication d’agrocarburants dans la région orientale
du Paraguay est en train de déplacer les intérêts des éleveurs
vers la région occidentale, celle du Chaco, où « il y a encore
des forêts disponibles ».
À
la suite de l’appel national et international contre le projet
de déboisement d’UMBU S.A., beaucoup de personnes, de personnalités,
de réseaux et d’organismes, majoritairement étrangers, ont adressé
des lettres aux autorités paraguayennes, leur demandant de suspendre
sans délai les permis de déboisement correspondants et de prendre
des mesures énergiques pour assurer la protection de la zone,
ainsi que l’intégrité et les droits des groupes indigènes isolés
qui l’habitent. Pourtant, la pression internationale n’a eu aucun
résultat : depuis le mois d’août, UMBU est en train de défricher
à un rythme accéléré. En deux mois, les bulldozers ont dévasté
et anéanti 3 000 hectares de forêt, soit 30 km2.
Sur
ces 3 000 hectares il y avait une forêt jamais auparavant modifiée,
et encore moins transformée avec violence, par la main de l’homme.
Le fleuve qui la traversait apportait de l’eau en abondance au
temps des pluies ; cette eau faisait vivre non seulement la zone
en question, mais un bassin fluvial plus large qui s’étend de
l’Ouest de l’Amotocodie au Pantanal paraguayen, situé dans l’Est,
près du fleuve Paraguay. Le défrichage a coupé ce fleuve sur une
étendue de plus de 5 km, de sorte qu’il ne peut plus jouer son
rôle d’artère vitale de tout un écosystème ; il est condamné à
se dessécher et, avec lui, les grandes étendues qu’il arrosait.
En outre, l’interruption violente du fleuve prive d’habitat une
population nombreuse et très variée d’oiseaux aquatiques qui fréquentaient
la zone et nidifiaient dans la forêt-galerie sur les deux rives
du fleuve.
Mais
surtout, avec ces 3 000 ha le déboisement parvient jusqu’au cœur
même d’un des territoires collectifs les plus prisés du peuple
ayoreo : le Chunguperedatei, une région qui s’étend le long du
fleuve mentionné, plus avant dans la forêt, sur les deux rives,
et qui contient des lacs légendaires qui ne tarissent jamais,
même pendant les pires sécheresses. Depuis des temps immémoriaux,
plusieurs groupes ayoreo passent de longues périodes dans ce territoire,
lorsqu’ils interrompent leurs déplacements nomades permanents
pour faire des plantations d’été dans la terre sablonneuse et
fertile, riche en sédiments, qui longe le fleuve. L’interruption
du fleuve sur 5 km élimine les nombreux amotoco (les petites clairières
naturelles où l’on fait ces plantations), annule les cinq simijnai
connus (des ruisseaux peuplés de poissons) et des sources qui,
pendant les périodes de sécheresse, peuvent être indispensables
à la survie.
Une
terre ainsi anéantie, vide de tout, est « éteinte », comme disent
les Ayoreo qui ont été dépouillés de leurs territoires dans le
passé, au cours de déboisements semblables, et qui vivent aujourd’hui
de façon précaire sur les frontières de la société moderne. Le
déboisement de ces 3 000 ha fait s’éteindre une partie de l’habitat
de toute une population, avec ses chemins de migration, ses lieux
de chasse de tortues ou de cochons sauvages, ses zones de cueillette
de miel et de fibres de caraguatá, avec lesquelles les femmes
font des sacs, en tissant leurs rêves et leurs visions de la vie.
Il fait s’éteindre des huttes nombreuses où camper et se réfugier
dans la forêt, et des endroits qui sont des jalons de la vie et
de l’histoire de plusieurs générations, comme l’arbre où Orojoide*
– ancien leader d’un groupe forestier contacté de force en 1986
– a retrouvé, vingt ans plus tard, la marque qu’il avait faite
avec sa hache quand il habitait encore la forêt, avant le contact.
Le déboisement fait s’éteindre les points de repère vivants et
matériels de la vie et de l’histoire de tout un peuple.
Par
cette extinction, l’unité fragile et irréparable des humains et
du monde, que nous appelons nature, se rompt une fois de plus.
Cette unité était – elle est encore – vitale pour les deux parties.
Au
moment où ce texte est rédigé, le 12 octobre, les groupes isolés
ont dû se retirer vers l’ouest ou vers le sud, cherchant des espaces
encore vivants et intacts. Pourtant, il suffit de jeter un regard
sur la carte satellite de l’Amotocodie pour voir qu’il y a plusieurs
déboisements en cours et que, bien qu’il y ait encore une zone
compacte de forêt intacte, il reste sans doute peu d’endroits
d’où les Ayoreo n’entendent pas au loin le bruit des bulldozers
qui travaillent nuit et jour. Ils décident encore où ils iront,
mais ils sont de plus en plus conditionnés par la société moderne
qui, peu à peu, les prive de leur autodétermination.
De
« l’extérieur », dans le monde de la société dominante, l’UNAP
(union des Ayoreo du Paraguay) et l’OPIT (organisation locale
des Ayoreo Totobiegosode) luttent inlassablement pour la protection,
la récupération et la reconnaissance légale de ces territoires
qui leur appartiennent déjà parce qu’ils leur ont toujours appartenu,
et pour donner courage à leurs frères invisibles qui, « de l’intérieur
», luttent pour éviter que la forêt s’éteigne.
*
Pseudonyme choisi par l’auteur.
Benno
Glauser, adresse électronique : bennoglauser@gmail.com,
www.iniciativa-amotocodie.org
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–
Amérique latine : l’assemblée de Redmanglar
Internacional
Les
organisations de pêcheurs, de cueilleurs artisanaux, d’écologistes
et d’universitaires de dix pays d’Amérique latine, réunies dans
le réseau Redmanglar Internacional, se sont donné rendez-vous
dans la localité de Cuyutlán, État de Colima, au Mexique, du 8
au 13 octobre.
Au
cours de cette semaine de travail, l’assemblée a dénoncé qu’une
politique d’appropriation et d’utilisation des espaces côtiers
et marins, où les intérêts économiques de quelques-uns passent
avant la conservation des écosystèmes qui sous-tendent la vie
et les droits essentiels des communautés locales, est en train
de se réaffirmer et de se fortifier dans le monde entier.
Le
premier jour, chaque pays membre de Redmanglar Internacional a
décrit la situation actuelle des écosystèmes marins et côtiers
et les activités entreprises pour les défendre. Il faut souligner
les efforts de pays comme le Guatemala, le Pérou et le Venezuela,
qui ont réussi à former ces dernières années des réseaux nationaux
d’organisations associées à la mission de Redmanglar Internacional,
qui consiste dans la défense de l’écosystème de mangrove et des
écosystèmes marins et côtiers, pour assurer leur vitalité et celle
des populations ancestrales qui en sont tributaires, face aux
menaces et aux atteintes des activités susceptibles de dégrader
l’environnement, d’altérer l’équilibre naturel écologique ou de
violer les droits des communautés locales.
Les
jours suivants, l’exposé de Fernando López, professeur à l’Université
centrale de l’Équateur, sur la situation politique et économique
actuelle et sur le patrimoine naturel et culturel de l’Amérique
latine a été le point de départ de discussions sur des thèmes
généraux qui concernent la région. « La situation devant laquelle
nous nous trouvons est d’une énorme complexité, en raison du croisement
de puissants intérêts mondiaux, de l’ampleur des menaces aux populations
et à l’environnement, et du peu de capacité de résistance des
communautés et des organisations politiques et sociales », a dit
Fernando López. En analysant l’Intégration de l’infrastructure
régionale sud-américaine (IIRSA), il a montré qu’elle implique
une intégration des marchés et représente une forte menace à l’égard
des peuples.
Par
la suite, il y a eu dans la Pinacothèque universitaire de la ville
de Colima un exposé sur « Les écosystèmes marins et côtiers, l’eau
et la souveraineté alimentaire », dans lequel sont intervenus
Jorge Varela Márzquez, délégué du Forum mondial des peuples de
pêcheurs, Dolores González, de l’Université centrale du Venezuela
et Alberto Villarreal, de Food and Water Watch.
Pendant
les diverses sessions qui se sont déroulées au cours de la semaine,
les participants ont pris connaissance de la participation du
réseau à des forums internationaux, des campagnes, des mobilisations
et des déclarations, tous des outils efficaces et légitimes des
peuples côtiers ancestraux. Une déclaration a été rédigée contre
la privatisation des côtes, pour exiger aux gouvernements que
soit garanti l’accès aux territoires des pêcheurs et des cueilleurs
artisanaux et pour manifester le désaccord de tous avec la mercantilisation
des biens et des services environnementaux.
L’analyse
de la certification de l’élevage de crevettes faite par Jeovah
Meireles, de l’Université fédérale de Ceará, au Brésil, a porté
l’assemblée à réaffirmer sa position contre la certification de
l’aquaculture industrielle de la crevette, parce qu’il s’agit
d’un maquillage vert qui prétend occulter les délits de l’industrie
crevettière contre l’environnement, la société et l’économie.
D’autre
part, l’assemblée s’est prononcée sur plusieurs thèmes particuliers
des pays membres du réseau, par exemple, la demande au président
du Mexique, Felipe Calderón, de suspendre le projet du Terminal
de gaz naturel liquéfié de Manzanillo, en raison du risque élevé
qu’il comporte pour les écosystèmes du lac de Cuyutlán.
Les
participants à cette 3e Assemblée générale de Redmanglar Internacional
ont fait, le dernier jour de leur séjour au Mexique, une visite
d’observation du lac de Cuyutlán, et ils se sont réunis avec les
pêcheurs du village de Ventanas, pour constater que ce projet
met en danger le système du lac et l’écosystème de la mangrove.
Líder
Góngora Farías, secrétaire exécutif sortant, et l’équipe de la
C-CONDEM de l’Équateur ont nommé Juan José López, représentant
de l’Association colombienne de producteurs pour le développement
communautaire de la Ciénaga Grande du Bas Sinú (ASPROCIG), au
poste de secrétaire exécutif de Redmanglar Internacional pour
la période 2008-2010.
L’Assemblée
s’est terminée par la signature de la Déclaration de Cuyutlán.
http://redmanglar.org/imagesFTP/8221.declaracion_cuyutlan.pdf
Verónica
Yépez, C-CONDEM, veroy@ccondem.org.ec
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LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE
D'ARBRES
–
Brésil : les femmes et les eucalyptus, histoires
de vie et de résistance
L’invasion
des territoires des populations locales par le projet agro-industriel
d’Aracruz Celulose S.A., établi en Espírito Santo dans les années
1960 et 1970, a causé d’énormes pertes matérielles et symboliques
aux peuples indigènes et quilombolas, dont certaines sont irrécupérables.
« Ce sont mes
cousins. Quand Aracruz est arrivée ici et les a expulsés… elle
est venue en envahisseur. Quand elle est arrivée, ils ont eu peur,
ils ont quitté leurs terres et ils sont partis. Elle est venue
avec beaucoup de tracteurs qui sont passés sur leurs maisonnettes.
Ils vivaient dans des huttes de terre et de paille. Et voilà,
mes cousins ont envie de retourner dans leur village. » (Maria
Loureiro, village tupiniquim d’Irajá)
L’arrivé
de ce projet agro-industriel a été désastreuse pour les peuples
de la région : sur 40 villages indigènes, il n’en reste que
sept. D’après les renseignements apportés par les quilombolas,
il y avait 100 villages dans la région nord d’Espirito Santo,
constitués par près de 10 000 familles. Aujourd’hui, il ne
reste que 1 200 familles, réparties dans 37 villages entourés
d’eucalyptus et de canne à sucre pour la production d’alcool.
Une
bonne partie de ces peuples se sont dispersés. Un groupe s’est
réfugié dans les environs de son ancien territoire ; d’autres
sont partis chercher un endroit pour vivre dans les villes de
la zone métropolitaine de Vitória, la capitale de l’État. Le nouvel
aménagement territorial a radicalement modifié la division sexuelle
du travail et, par conséquent, les rôles sociaux et familiaux
des hommes et des femmes. Les indiens et les quilombolas ont vu
leurs parents dispersés. Les familles qui ont réussi à rester
dans leur territoire se sont entassées dans de petites parcelles.
Paradoxalement,
la tristesse de la violence et du génocide que ces peuples ont
dû subir s’accompagne d’une très belle histoire de résistance
qui dure depuis six siècles. La preuve la plus évidente de cette
résistance est la présence d’indiens et de quilombolas dans toutes
les régions du Brésil.
Les
rapports entre les populations traditionnelles d’Espírito Santo
et Aracruz Celulose S.A. rééditent, avec des éléments modernes,
l’histoire de la colonisation. Les communautés indigènes et quilombolas
ont subi des pertes matérielles et symboliques irréparables.
Cette
nouvelle situation soumet les hommes et les femmes à des effets
parfois semblables, parfois différents. En perdant leur territoire,
les femmes ont perdu l’espace où elles plantaient, élevaient des
animaux et produisaient des herbes médicinales.
« Et pour nous,
les femmes, les conséquences ont été très graves aussi. Nous avons
ce sentiment, le sentiment d’avoir perdu nos richesses. »
(Maria Loureiro, Commission des femmes indigènes tupiniquim et
guarani)
La
substitution de la forêt par des plantations d’eucalyptus a fait
disparaître les aliments qu’ils obtenaient par la cueillette,
la pêche et la chasse. En outre, la fin de la forêt tropicale
a été aussi la fin des fleuves et des ruisseaux, qui étaient des
lieux de rencontre des femmes et un espace privilégié pour échanger
leurs savoirs.
« Cela a été
un grand problème, parce que nous vivions du… nous allions pêcher
au fleuve. À présent, il y a ce problème..., le fleuve s’est tari
à cause de l’eucalyptus, n’est-ce pas ? Et nous ne pouvons
qu’accuser l’eucalyptus… C’était très difficile pour nous. Mais
le manque d’eau a toujours été un problème pour nous, les femmes.
Avant, il y avait de l’eau canalisée mais elle n’arrivait pas
bien à nos maisons et nous en avons beaucoup souffert. »
(Maridéia, village tupiniquim de Pau-Brasil)
Les
indiens et les quilombolas ont dû supporter la pollution causée
par les produits chimiques utilisés dans la monoculture industrielle.
« Ensuite, ils
ont commencé à mettre les remèdes [produits agrochimiques toxiques],
comme disait cette jeune femme, ils ont commencé à tout tuer.
Les remèdes tuaient le gibier, les oiseaux, l’eau était contaminée,
les poissons mouraient, et les crabes comme ceux qu’on trouve
à Pau-Brasil. Il y avait un ruisseau qui montait vers Barra do
Sahy. Eh bien, ce ruisseau a disparu. Les poissons aussi, à cause
du poison qu’ils mettaient, ils ont tué nos poissons, nos crabes.
Il n’y a plus rien là-bas, dans la mangrove. Vous pouvez y aller,
vous verrez qu’il n’y a rien, ni crabes, ni ‘juey’ bleu, c’était
notre nourriture, ce qui nous alimentait. Nous ne manquions de
rien, nous pouvions donner à manger à nos enfants. » (Rosa,
village tupiniquim de Pau-Brasil)
La
disparition de la forêt a provoqué aussi la disparition des matières
premières utilisées pour la fabrication d’objets ménagers et pour
l’artisanat qui, dans le cas des indiens, était une activité pratiquée
surtout par les femmes.
La
diminution de la diversité biologique a signifié la disparition
d’une grande variété de médicaments dérivés des plantes, des racines
et des animaux de la forêt ; ainsi, les femmes indigènes
guarani, qui utilisaient auparavant ces herbes pour stimuler ou
réduire la fertilité, ont été privées de leur droit de planifier
leur famille, elles ont dû recourir aux contraceptifs et à la
ligature des trompes. Les indiens et les quilombolas ne trouvent
plus les lianes, les arbres et les graisses d’animaux qu’ils employaient
dans la pratique de leur médecine.
Sans
les écosystèmes qui assuraient la permanence du mode de vie de
ces peuples, le rôle traditionnel de l’homme, dans la communauté
comme dans la famille, a disparu. Après avoir été de grands chasseurs,
agriculteurs et pêcheurs, ils ont été réduits à vendre leur force
de travail aux entreprises sous-traitantes embauchées par Aracruz
Celulose et, dans le cas des quilombolas, aux entreprises productrices
d’alcool, telles que Disa – Destilaria Itaúnas S.A. Pourtant,
la plupart d’entre eux se sont retrouvés au chômage, car la politique
des entreprises est de ne pas embaucher de la main-d’œuvre indigène
ou quilombola pour obliger à partir ceux qui sont restés dans
la région. La dégradation du rôle masculin a exposé les femmes
à l’alcoolisme de leurs conjoints et à la violence domestique.
« […] alors,
cela a ruiné une partie de notre vie, notre liberté et notre culture,
notre vie quotidienne, notre santé. La venue des grandes entreprises
a tout gâché, cela nous a pris un morceau de nous-mêmes, c’est
comme si une partie de nous était vivante et l’autre morte, comme
si nous étions des morts-vivants, vous comprenez ? À cause
des grandes entreprises qui sont venues ici. Nous étions heureux,
maintenant non, notre vie est malheureuse, nous avons besoin de
nous battre pour ce qui nous appartient, pour notre territoire,
pour tout ce qu’ils nous ont arraché ; en perdant cela nous
avons tout perdu, tout ce qui était à nous, alors il ne nous reste
plus qu’à nous plaindre, n’est-ce pas, au nom de tous, de toute
la communauté. » (Eni, de la communauté quilombola de Sao
Domingo)
Certaines
femmes indigènes qui possédaient une connaissance approfondie
de la faune et de la flore sont devenues femmes de ménage, journalières,
bonnes d’enfant et cuisinières des employés d’Aracruz Celulose.
L’obligation d’exercer d’autres activités a affecté leur rôle
maternel, les forçant à sevrer leurs enfants plus tôt et à les
quitter en bas âge pour aller s’occuper des enfants des femmes
de la ville.
Face
aux transformations qu’ils ont subies, ces peuples ont fait des
alliances avec des mouvements et des ONG qui se sont solidarisés
avec leur lutte. Aujourd’hui, ils travaillent en réseau pour essayer
d’accroître de plus en plus leur capacité de résistance.
« Et c’est ainsi
que nous luttons, en nous unissant aux 36 autres communautés,
pour notre territoire, pour l’affaire des terres qu’on a prises
à notre peuple, à nos ancêtres, et qui sont aujourd’hui aux mains
d’Aracruz Celulose. Ainsi, le problème qui nous unit aujourd’hui
est l’expansion de la culture de l’eucalyptus dans nos communautés. »
(Kátia, village de Divino Espírito Santo)
Les
femmes, qui participent elles aussi à cette lutte, ont commencé
à s’organiser dans des domaines spécifiques, dans le but de discuter
des incidences de la monoculture d’eucalyptus et des façons de
contribuer à reconstituer le mode de vie de leur peuple. Elles
prétendent participer de plus en plus dans ce processus. Quand
« […] la situation commencera à affecter leurs enfants,
beaucoup de femmes réagiront ».
L’organisation
des femmes dans des espaces spécifiques est un phénomène récent.
Dans le cas des femmes indigènes, il y a, par exemple, des groupes
organisés dans chaque village qui s’adonnent à la production d’objets
artisanaux et à la récupération des connaissances traditionnelles
et de l’utilisation des herbes médicinales. Le processus d’organisation
est avancé dans certains cas, dans d’autres il n’en est qu’à ses
débuts. Pour le renforcer, elles ont créé il y a un peu plus d’un
an une Commission de femmes indigènes tupiniquim et guarani, qui
vise à mettre en contact les femmes indigènes de tous les villages
et à organiser des activités et des luttes qui les concernent.
Visiblement,
le mouvement pour l’organisation des femmes a contribué à la divulgation
des activités qu’elles font : sur le front, pour la démarcation
de leur territoire ; dans les affrontements avec la police,
au moment de l’occupation de l’usine d’Aracruz (en 2005) ;
dans la cuisine, à la préparation des repas pour les assemblées
indigènes. Ainsi, elles élargissent de plus en plus leur rayon
d’action sociale pour remplacer, en partie, les espaces dont elles
ont été privées. En outre, l’organisation a contribué à augmenter
leur confiance en elles-mêmes.
Après
avoir partagé pendant si longtemps les effets négatifs de la culture
de l’eucalyptus, de nombreuses femmes indigènes et quilombolas
veulent maintenant partager leur expérience d’organisation et
découvrir ensemble les chemins de la liberté. Ce sont des femmes
de plus en plus unies qui se fortifient mutuellement, à mesure
qu’elles luttent contre l’oppression de l’agro-industrie et du
patriarcat.
Extrait
de : "Women and Eucalyptus, stories of life and resistance",
étude commandée par le WRM à Gilsa Helena Barcellos,
gilsahb@terra.com.br, et Simone Batista Ferreira, sibatista@hotmail.com,
membres du Réseau Alerte contre le Désert Vert.
index
–
Colombie : du bois de conflit au label
FSC ?
Entre
les années 2001 et 2005, on pouvait acheter aux États-Unis des
panneaux de contreplaqué fabriqués par Pizano S.A., l’une des
plus grandes entreprises forestières de la Colombie. Ces panneaux
étaient faits en partie avec du bois de plantations certifiées
par le FSC (Forest Stewardship Council) ; le reste du bois
provenait des forêts naturelles du Nord-Est de la Colombie, où
la guérilla, les paramilitaires et l’armée se battaient pour le
contrôle du territoire et de ses ressources naturelles. Ces panneaux
de contreplaqué étaient ensanglantés.
Comment
se fait-il que le FSC se soit taché de sang ? Le groupe Pizano
S.A. est titulaire d’un portefeuille considérable d’actions de
Maderas del Darién S.A., une entreprise forestière qui a exploité
de façon intensive les bassins des affluents du fleuve Atrato,
dans le département du Chocó, lequel traverse la Réserve du Pacifique
colombien, une région remarquée par sa grande diversité biologique.
Quarante pour cent du bois utilisé par Pizano S.A., avec lequel
la société fabrique son contreplaqué, proviennent de ces forêts
de grande valeur écologique. En outre, l’exploitation irrégulière
et destructrice a considérablement réduit les étendues où pousse
le ‘cativo’ (Priora copaifera), une essence menacée, utilisée
pour la fabrication de contreplaqué.
L’activité
de l’entreprise s’est déroulée aux endroits et au moment où avaient
lieu les affrontements et les opérations militaires qui, à partir
de 1997, ont provoqué le déplacement de milliers de personnes.
Les meurtres et les violations des droits de l’homme y ont été
fréquents et sont restés impunis. La coupe illégale est un problème
grave, et la propriété de la terre est l’objet de disputes souvent
portées aux tribunaux. Avec tous ces éléments, l’exploitation
forestière et le conflit armé ont causé la destruction de la vie
communautaire des populations d’origine africaine et la transformation
de leurs territoires en zones déboisées ou en plantations de palmier
à huile.
En
2000, au moment de l’évaluation préliminaire de Pizano S.A., Smartwood
a eu une réunion avec l’Initiative nationale de la Colombie, et
les membres de sa direction ont mis en cause la possibilité d’accorder
à cette entreprise le certificat FSC. Déjà à cette époque, les
informations sur le conflit dans le département du Chocó éclaboussaient
Pizano S.A. Au moment de l’évaluation faite en 2005, la Comisión
Intereclesial Justicia y Paz Colombia, une organisation pour la
défense des droits de l’homme dans toute l’Amérique latine, a
présenté une plainte formelle où elle informait sur la responsabilité
de Maderas del Darién dans la violation des droits de l’homme
et dans le désastre environnemental de la région, avec documents
et décisions judiciaires à l’appui.
La
plainte de l’organisation a eu l’appui de nombreuses organisations
sociales et écologistes de la Colombie et d’Espagne (dont Greenpeace
et Ecologistas en Acción), lesquelles ont demandé par la suite
à Smartwood, en 2005, de ne pas renouveler le certificat FSC de
Pizano S.A. De même, tous ces faits ont été communiqués au directeur
général du FSC, Heiko Liedeker.
Ces
derniers mois, les rapports de l’entreprise filiale de Pizano
S.A. avec le conflit ont été publiquement exposés. En mai 2007,
plusieurs médias colombiens ont publié des déclarations d’anciens
paramilitaires où ceux-ci reconnaissent avoir reçu l’aide économique
de Maderas del Darién. Ces informations ont été immédiatement
transmises à Smartwood.
Or,
tout cela n’a pas suffi. Le 17 juillet 2007, Smartwood a communiqué
aux organisations plaignantes son intention de délivrer une fois
de plus le label FSC aux plantations de Pizano S.A. D’après Smartwood,
il n’y a pas de preuves que les faits dénoncés « se soient
produits dans le passé récent ou qu’ils aient lieu au moment présent ».
Par cette affirmation, Smartwood et l’entreprise reconnaissent
qu’ils ont existé dans un passé « non récent », par
exemple en 2005, pendant que l’entreprise avait toujours le label
FSC et que Smartwood faisait la sourde oreille aux plaintes de
la société civile.
D’après
Smartwood, l’entreprise Pizano S.A. s’est maintenant engagée à
adopter le standard Bois Contrôlé, suivant lequel sont inacceptables
le bois d’origine illégale, le bois en provenance de forêts de
grande valeur pour la conservation ou le bois extrait en violation
des droits civils et coutumiers.
Le
rôle joué par Smartwood en Colombie a porté un nouveau coup à
la crédibilité et au prestige du FSC. À ce jour, aucun inspecteur
de Smartwood n’a visité la région du Darién, et aucun instrument,
protocole ou système n’a été établi pour garantir que le bois
obtenu par la destruction de forêts de grande valeur écologique,
par la coupe illégale ou par la violence ne se mélange pas au
bois des plantations certifiées de Pizano S.A. avant de devenir
un panneau de contreplaqué. Un panneau où le sceau du FSC serait
teint de sang. D’autre part, FSC International n’a jamais donné
des directives claires sur l’exclusion du système de certification
d’entreprises fortement controversées comme Pizano.
Miguel
Ángel Soto, Greenpeace España, adresse électronique:
masoto@es.greenpeace.org,
et Tom Kucharz, Ecologistas en Acción,
adresse électronique:
agroecologia@ecologistasenaccion.org
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Kenya : Pan Paper prévoit d’élargir ses
activités polluantes
Pour
essayer de décourager l’utilisation de sacs en plastique, le gouvernement
du Kenya a appliqué, il y a quelques mois, un impôt de 120 %
sur les plastiques. Bien que cet impôt puisse paraître favorable
à l’environnement, il pourrait avoir sur ce dernier des effets
très graves. Parmi les bénéficiaires de la décision figure l’entreprise
semi-étatique Pan African Paper Mills.
Ces
dernières années, Pan Paper a déclaré des pertes considérables
et, d’après The East African, elle aurait des dettes pour 100
millions USD, dont la plupart arriveront à échéance au cours des
deux prochaines années. En avril 2007, après avoir embauché les
consultants McKinsey pour qu’ils proposent des moyens d’améliorer
le sort de l’entreprise, celle-ci a renouvelé son équipe de direction.
L’impôt sur les plastiques pourrait être une bouée de sauvetage
pour l’entreprise.
L’entreprise
de conditionnement Tetra Pak a déjà commencé à augmenter sa production
au Kenya. « Nous aimerions nous approvisionner davantage
chez Pan Paper. Nous sommes en train de discuter avec eux pour
voir s’ils peuvent produire un volume plus grand des matières
premières dont nous avons besoin », a dit le directeur général
de Tetra Pak, Anders Lindgren, au Business Daily en juillet 2007.
Pan Paper a annoncé récemment qu’elle prévoit de dépenser l’année
prochaine 1,19 million de dollars à la plantation de six millions
d’arbres.
En
ce moment, la capacité de production de Pan Paper dans son usine
de Webuye est de 120 000 tonnes de papier par an. Établie
en 1974, l’entreprise est une joint-venture entre Orient Paper
and Industries (qui fait partie du groupe indien Birla), le gouvernement
du Kenya et la Société financière internationale de la Banque
mondiale.
La
participation de la SFI implique, du moins en théorie, que l’usine
de pâte et de papier devrait respecter les directives sociales
et environnementales de cette société. Pourtant, le personnel
de la SFI admet l’existence d’un conflit d’intérêts entre la protection
de l’environnement et les intérêts économiques de l’entreprise.
En
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