NOTRE
OPINION
–
La fraude de la neutralité en carbone
Être
« neutre en carbone » semble être à la mode. La Banque mondiale,
le Vatican, les Jeux Olympiques, la Coupe de football du monde,
le Body Shop, les Rolling Stones et une longue liste de célébrités
se proclament totalement ou partiellement « neutres en carbone
». Même Mercedes Benz a organisé récemment en Californie ce qui
a été décrit comme « la première semaine mondiale de la mode neutre
en carbone » ! On comprend donc que le New Oxford American Dictionary
ait choisi « carbon neutral » comme le terme de l’année 2006.
Il
faut reconnaître que cela fait bien d’être « neutre en carbone
», et que quelques-uns de ce que nous venons de mentionner croient
honnêtement qu’ils font ce qu’il faut faire, parce qu’être « neutre
en émissions de carbone » semble équivaloir à ne pas en émettre
du tout. Pourtant, ce concept cache un jeu dangereux où de nombreuses
entreprises gagnent tandis que le climat de la terre perd.
La
meilleure manière de « neutraliser » cette absurdité est peut-être
de la ridiculiser : c’est ce que font les gens qui ont crée le
site web Cheatneutral (littéralement, neutre en fraude). À l’exemple
des inventeurs de la compensation d’émissions, ils ont inventé
le concept de la compensation de la fraude. « Cheatneutral – déclarent-ils
– compense vos escroqueries en payant quelqu’un d’autre pour qu’il
soit honnête et ne triche pas. Cela neutralise votre gêne et votre
sensation de culpabilité et vous donne bonne conscience. »
La
prétention de « neutraliser » les émissions de carbone est tout
aussi ridicule. Les voyages en avion neutres en carbone sont peut-être
ceux qui montrent le mieux qu’il s’agit d’une farce. Les avions
ne fonctionnent pas au carburant renouvelable, ils fonctionnent
au pétrole. Une fois brûlé pour que l’avion puisse voler, le carbone
contenu dans le carburant est libéré dans l’atmosphère, et ne
retournera jamais à sa place originelle dans le sous-sol. Ce carbone
ne peut jamais être neutralisé ; il s’ajoute au volume toujours
croissant de carbone atmosphérique qui est en train de détruire
le climat de la planète.
Malgré
cela, les très imaginatifs marchands de carbone ont trouvé la
manière d’en tirer de l’argent. Si les gens ne veulent pas se
sentir coupables ou si les entreprises veulent s’afficher « soucieuses
du climat », il existe de plus en plus de compagnies qui, moyennant
de l’argent, sont disposées à leur offrir le moyen de s’en sortir.
Par
exemple, la société britannique Carbon Neutral Company raconte
que « les vols sont l’une des causes du changement climatique
qui augmentent le plus vite, à cause de leurs émissions de carbone
». Néanmoins, tous ceux que cela inquiète sont immédiatement rassurés
: « Neutralisez vos émissions de carbone en prenant nos Vols Neutres
en Carbone, et rendez votre voyage plus écologique ». Suivant
la distance à parcourir, la « neutralisation » de votre vol vous
coûtera entre 4,50 £ et 52,50 £. En plus de vous débarrasser du
sentiment de culpabilité, l’entreprise fournit aux acheteurs un
« Certificat avec dédicace personnelle, à votre souhait », une
« Carte en couleurs et des informations sur ‘vos’ projets », une
« étiquette à bagages en cuir recyclé » et un « dossier crème
fermé par du ruban » (ce n’est pas une blague, c’est dans le site
web de Carbon Neutral !)
Bien
d’autres entreprises ont été créées pour tirer profit de la compensation
d’émissions en proposant des services de ce genre. TerraPass,
Native Energy, DriveNeutral, Climate Friendly, AtmosFair, Climate
Care et GreenSeat n’en sont que quelques exemples.
Les
moyens de « compensation » qu’elles offrent sont variés, et vont
des ampoules électriques économiques à la plantation d’arbres.
Ce sont ces dernières qui nous concernent le plus. Un rapport
récemment paru (State of the Voluntary Carbon Market 2007) explique
que certains projets sont plus « charismatiques » que d’autres,
et il ajoute : « Les arbres sont un moyen de piégeage de carbone
que tout le monde comprend, même les petits enfants le comprennent...
».
Or,
malgré leur « charisme », les arbres se sont avérés problématiques,
de sorte que quelques institutions pro-neutres en carbone se sont
écartées publiquement des projets de ce genre : « En raison des
nombreux problèmes suscités par les projets de plantation d’arbres,
la Fondation David Suzuki n’achète des compensations que dans
des projets d’efficacité énergétique et d’énergie renouvelable
». The Body Shop explique que « En 2006, nous avons compensé nos
voyages d’affaires... en finançant des projets de plantation d’autre
chose que des arbres ». La Cleaner Climate Company, qui fournit
à Adobe des services neutres en carbone, explique qu’elle « ne
plante pas d’arbres » parce que « les connaissances scientifiques
en matière de piégeage de carbone ne sont pas suffisamment précises
» et qu’elle « veut avoir des effets positifs sur les communautés
locales », impliquant par là que les plantations ont des effets
négatifs.
Les
préoccupations au sujet des compensations associées à la plantation
d’arbres ne sont pas nées par hasard, elles sont le résultat de
nombreuses années de mobilisation contre les grandes plantations
d’arbres en régime de monoculture, de la documentation de leurs
impacts et de la lutte contre elles. En outre, certains cas particulièrement
négatifs (comme les plantations de la fondation néerlandaise FACE
en Équateur et en Ouganda) ont été investigués et largement diffusés,
ce qui a obligé les entreprises de commercialisation du carbone
à se tourner vers des investissements moins risqués.
La
préoccupation croissante au sujet des plantations est une excellente
nouvelle pour les populations qui ont subi les effets de celles
établies pour compenser les émissions de carbone. Néanmoins, cela
veut dire tout simplement que le marché du carbone en plein essor
se tourne maintenant vers d’autres domaines plus « charismatiques
». Cette escroquerie doit être mise au grand jour. Le public doit
savoir que la « neutralité en carbone » vaut exactement autant
que la « neutralité en fraude », c’est-à-dire zéro, et qu’il est
indispensable de prendre d’urgence des mesures véritables pour
réduire de façon drastique les émissions des combustibles fossiles,
sans plus tricher.
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LE CHANGEMENT CLIMATIQUE
–
Création d’une coalition pour intensifier
les actions destinées à prévenir le changement climatique et à
résoudre ce problème
Pendant
la Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies
sur les changements climatiques tenue à Bali, en Indonésie, en
décembre 2007, un certain nombre de mouvements et de groupes sociaux
ont convenu de former une coalition dénommée Climate Justice Now!
pour améliorer l’échange d’informations et la coopération entre
eux et avec d’autres organisations, afin d’intensifier les actions
destinées à prévenir le changement climatique et à résoudre ce
problème.
Les
membres de cette coalition sont Carbon Trade Watch, Transnational
Institute ; Center for Environmental Concerns ; Focus on the Global
South ; Freedom from Debt Coalition, des Philippines ; Les Amis
de la Terre International ; Gender CC – Women for Climate Justice,
Coalition mondiale des forêts ; Global Justice Ecology Project
; International Forum on Globalization ; Kalikasan-Peoples Network
for the Environment (Kalikasan-PNE) ; La Vía Campesina ; des membres
du Groupe de Durban pour la Justice climatique ; Oilwatch ; Pacific
Indigenous Peoples Environment Coalition, Aotearoa/Nouvelle-Zélande
; Sustainable Energy and Economy Network ; The Indigenous Environmental
Network ; Réseau du Tiers Monde ; Walhi/Les Amis de la Terre Indonésie
; Mouvement mondial pour les forêts tropicales.
Le
14 décembre, la coalition a publié la déclaration suivante :
«
Au cours de la Conférence sur le Climat de l’ONU, les activistes
d’organisations et de mouvements sociaux du monde entier ont porté
la lutte pour la justice sociale, écologique et de genre aux salles
de négociation et aux rues de Bali.
À
l’intérieur et à l’extérieur du centre des conventions, les activistes
ont réclamé des politiques et des pratiques qui protègent les
moyens d’existence et l’environnement.
Des
dizaines d’événements parallèles, de rapports, de manifestations
spontanées et de conférences de presse ont été l’occasion d’exposer
la fausseté des solutions au changement climatique, telles que
la compensation des émissions, le commerce d’émissions, les agrocarburants,
le libre-échange et la privatisation, proposées par les gouvernements,
les institutions financières et les entreprises multinationales.
Les
communautés affectées, les peuples autochtones, les femmes et
les paysans ont exigé des solutions réelles à la crise climatique,
des solutions qui n’ont pas bénéficié de l’attention des dirigeants
politiques. Parmi ces solutions authentiques figurent :
*
la réduction de la consommation ;
*
d’importants transferts économiques des pays du Nord vers ceux
du Sud – sur la base de leur responsabilité historique et de leur
dette écologique – destinés à payer les coûts de l’atténuation
et de l’adaptation, et obtenus en réduisant les budgets militaires,
par de nouveaux impôts et par l’annulation de la dette ;
*
laisser les combustibles fossiles sous terre et investir dans
l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, sûres,
propres et administrées par les communautés ;
*
une conservation des ressources fondée sur les droits, qui respecte
les droits territoriaux des autochtones et qui favorise la souveraineté
populaire sur l’énergie, les forêts, la terre et l’eau ;
*
l’agriculture familiale durable et la souveraineté alimentaire
des peuples.
Dans
les négociations, les pays riches industrialisés ont exercé des
pressions injustifiables sur les gouvernements du Sud pour que
ces derniers s’engagent à réduire leurs émissions. Simultanément,
ils ont refusé de respecter leurs obligations légales et morales
de réduire drastiquement leurs émissions et de soutenir les initiatives
prises par les pays en développement pour réduire les leurs et
s’adapter aux effets du changement climatique. Une fois de plus,
on oblige la majorité à payer pour les excès de la minorité.
Au
vu des résultats des négociations officielles, l’élan donné au
mouvement mondial pour la justice climatique est le principal
succès de Bali.
Nous
allons poursuivre notre lutte, non seulement dans les négociations
mais aussi sur le terrain et dans les rues : nous voulons la justice
climatique, tout de suite ! »
index
–
La perspective de genre et le changement climatique
Pour
la première fois dans l’histoire de la Convention sur les changements
climatiques des Nations unies, une coalition de femmes du monde
entier a présenté des documents sur les questions les plus pressantes
négociées à Bali, en Indonésie, du 3 au 14 décembre, en les examinant
du point de vue des femmes et dans une perspective de genre. La
coalition mondiale Genre et Changement climatique (Gender CC)
a présenté ces documents de position lors d’une conférence de
presse organisée pendant la Convention et en a distribué des centaines
de copies aux délégués gouvernementaux.
L’un
des points fondamentaux de ces déclarations est que « les femmes
sont les plus affectées par le changement climatique, mais elles
sont aussi les catalyseurs-clés d’un changement positif. Leurs
connaissances et leur expérience sont essentielles pour réussir
à atténuer le changement climatique et à s’adapter à ses effets
».
Elles
ont réclamé « un régime climatique conçu dans un cadre d’égalité
entre les sexes et orienté par la durabilité, et non par les facteurs
économiques dominants. Pour atténuer le changement climatique,
il faut s’attaquer avec plus de force à ses causes profondes ».
Elles
ont demandé aussi « la reconnaissance de la contribution des femmes
à la conservation des forêts. Les femmes devraient figurer dans
tous les mécanismes pour la protection des forêts, dans les mesures
et les plans de compensation. Le commerce du carbone, les grands
projets hydroélectriques et l’expansion des agrocarburants ne
vont pas résoudre le problème du changement climatique ; au contraire,
ils accélèrent le déboisement ».
Ulrike
Roehr, coordinatrice suppléante du réseau Gender CC, a déclaré
: « Nous devons remettre en question la perspective dominante,
centrée surtout sur les technologies et les marchés, et mettre
la justice et l’aide au cœur des mesures et des instruments ».
Roehr a souligné que « l’absence d’une perspective de genre dans
le processus actuel sur le climat représente une violation des
droits des femmes – ces principes fondamentaux adoptés par la
communauté de l’ONU – mais conspire aussi contre l’efficacité
des mesures et instruments en matière de climat ».
Le
dernier jour de la conférence, le réseau Gender CC a présenté
à la séance plénière une forte déclaration qui disait : « Nous
exhortons nos gouvernements à appliquer des réductions radicales
des émissions à la source. Vous avez le pouvoir de le faire tout
de suite. Les personnes menacées par le changement climatique
ne peuvent pas attendre ».
D’autre
part, en une déclaration commune faite avec MADRE (voir
http://www.wrm.org.uy/actors/CCC/Bali/Women_Agrofuels.pdf),
les deux organisations pour l’égalité entre les sexes ont rejeté
les agrocarburants comme moyen valable de réduire les émissions
de carbone, et elles ont exhorté toutes les parties à soutenir,
entre autres, la demande du Rapporteur spécial de l’ONU sur le
droit à l’alimentation, Jean Ziegler, de suspendre pendant cinq
ans le développement des agrocarburants qui, de plus en plus,
envahissent les terres agricoles et aggravent de ce fait la faim
dans le monde.
Pour
davantage d’informations sur le réseau Gender CC veuillez contacter
Ulrike Roehr, Gender CC – Women for climate justice,
roehr@life-online.de, www.gendercc.net.
index
–
L’industrie papetière et « l’affaire du
changement climatique »
L’industrie
de la pâte et du papier essaie depuis de nombreuses années de
« verdir » son image. On dirait que l’industrie la plus polluante
de la planète se sent de taille à relever n’importe quel défi.
Bien que la production de papier soit celle qui consomme le plus
d’énergie et la cause principale des émissions de gaz à effet
de serre, cette industrie prétend maintenant devenir « neutre
en carbone ». Si la réduction des émissions de gaz à effet de
serre est quelque chose que tout le monde pourrait approuver,
la discussion à ce sujet élude le fait que l’industrie de la pâte
et du papier est en pleine expansion, surtout dans le Sud. Elle
ignore aussi le problème que représente la surconsommation de
papier dans le Nord. La meilleure manière de réduire l’incidence
de cette industrie est de réduire la quantité de papier produit
mais, bien entendu, les papetiers n’ont pas intérêt à parler de
cela.
En
octobre 2007, l’Association des Produits forestiers du Canada
(APFC) a annoncé qu’elle allait devenir d’ici 2015 la première
industrie « neutre en carbone ». Cette nouvelle a été annoncée
au cours d’une conférence dans un hôtel cinq étoiles du centre
d’Ottawa. Les discours d’ouverture ont été faits par Keith Trent,
de Duke Energy, et Clive Mather, PDG de Shell Canada. La conférence
s’intitulait, fort à propos, « L’affaire du changement climatique
».
L’APFC
s’est associée au WWF pour « orienter l’initiative ». Elle déclare
avoir déjà réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 44%
entre 1990 et 2004, mais ce chiffre est faux : il exclut les dénommées
« émissions indirectes », celles produites par la génération de
l’électricité utilisée par l’industrie.
Un
rapport de 2005, qui inclut les émissions directes et indirectes,
a conclu que les émissions de gaz à effet de serre du secteur
forestier avaient été en 2002 égales à celles de 1980. Le rapport,
produit par le Conseil canadien des ministres des Forêts, signale
que le secteur forestier est « le plus grand utilisateur d’énergie
du Canada » et qu’il « produit des émissions considérables de
GES [gaz à effet de serre] ».
Un
autre rapport, plus récent, présente des chiffres qui indiquent
que la situation s’est même aggravée. L’APFC n’avait aucun prétexte
pour ignorer ce rapport, puisqu’il avait été fait à sa demande.
Rédigé par le Conseil national pour l’amélioration de l’air et
des cours d’eau (National Council for Air and Stream Improvement
– NCASI), le rapport compare les émissions de 1990 avec celles
de 2005. Il calcule les émissions indirectes issues de la transformation,
les émissions « indirectes » de la génération d’énergie, les émissions
dues au transport, et le méthane émis par les produits forestiers
éliminés dans les sites d’enfouissement. D’après le NCASI, en
2005 l’industrie avait été responsable de l’émission de 53,3 millions
de tonnes équivalent dioxyde de carbone, alors qu’en 1990 ces
émissions avaient atteint 49,7 millions de tonnes : il y a donc
eu une augmentation de 7,2 pour cent.
Mais
le rapport du NCASI ne s’arrête pas là : il introduit quelques
calculs innovants, concernant la « séquestration » et les « émissions
évitées », qui donnent l’impression que les choses ne sont pas
aussi mauvaises qu’il paraît et qu’en tout cas elles vont bientôt
s’améliorer. « L’analyse semble indiquer que les émissions de
gaz à effet de serre générées dans la chaîne de valeur de l’industrie
des produits forestiers sont largement compensées par la séquestration
», dit le rapport du NCASI. Les émissions de méthane en provenance
du papier et d’autres produits forestiers qui pourrissent dans
les sites d’enfouissement sont les plus importantes de l’industrie
forestière canadienne, et représentaient en 2005 environ 46% des
émissions de gaz à effet de serre de cette industrie. Le NCASI
nous rassure en expliquant que « les émissions de méthane attribuables
aux produits forestiers enfouis sont plus que compensées par le
volume net de carbone stocké dans les produits forestiers déposés
dans ces sites ». Dans ces sites d’enfouissement, certains produits
forestiers pourrissent vite et libèrent du méthane rapidement,
d’autres mettent plus longtemps à pourrir et libèrent du méthane
plus lentement. Le NCASI appelle cela « séquestration ».
Quant
aux « émissions évitées », elles concernent les changements que
l’industrie pourrait introduire, en produisant davantage de papier
recyclé ou en utilisant la génération combinée de chaleur et d’énergie.
L’idée que l’industrie pourrait éviter des émissions en produisant
moins de papier n’est pas mentionnée ; en revanche, le NCASI prévoit
une augmentation de la consommation de produits forestiers.
En
septembre 2007, la Confédération des industries papetières européennes
(CEPI) a publié un cadre sur « l’empreinte carbone » de cette
activité. La CEPI ne claironne pas que l’industrie deviendra «
neutre en carbone », mais elle présente une série d’arguments
dont les entreprises peuvent se servir pour convaincre les consommateurs
que leurs produits le sont. Comme il fallait s’y attendre, ses
arguments sont semblables à ceux de son équivalente canadienne.
Par exemple, la CEPI suggère à l’industrie de dire que le carbone
est piégé autant dans les forêts que dans les produits de papier
: « utilisez l’argument que, grâce à l’aménagement durable des
forêts, les stocks de carbone des forêts restent stables ou même
augmentent avec le temps, et développez cet argument ».
Si
la consommation de papier augmente, c’est dû en partie au fait
que les entreprises papetières trouvent constamment de nouveaux
usages pour le papier et de nouvelles manières d’en consommer
davantage. Lorsque ces papiers échouent dans les dépotoirs, ils
pourrissent et produisent du méthane. Au lieu d’essayer de « verdir
» ses activités par des arguments fallacieux sur le piégeage de
carbone, l’industrie de la pâte et du papier devrait arrêter de
fabriquer des ordures.
Chris
Lang, http://chrislang.org
index
–
Pourquoi il y a si peu de plantations
comme puits de carbone dans le Mécanisme de développement propre
du Protocole de Kyoto... pour le moment
De
manière générale, on associe automatiquement les arbres à des
avantages pour l’environnement, et les consommateurs semblent
demander des projets de compensation « doux », plutôt que les
projets de réduction des émissions de type industriel qui ont
dominé le marché du Mécanisme de développement propre (MDP). D’après
les estimations, près de 40 % des crédits carbone du marché volontaire
proviennent de projets concernant les arbres.
Les
projets forestiers et, en particulier, les plantations établies
pour fonctionner comme puits de carbone ont été les grands absents
du marché du carbone « certifié », et n’ont qu’une part minuscule
dans le Mécanisme de développement propre, le programme d’échange
du Protocole de Kyoto.
Dans
le bulletin nº 119 du WRM, Jutta Kill signalait que « dans les
trois années écoulées depuis l’adoption des normes à appliquer
aux projets de boisement et de reboisement et après douze tournées
de candidatures, une seule plantation, située en Chine, a été
enregistrée en tant que projet MDP ».
C’est
une bonne nouvelle pour les populations qui luttent contre les
plantations d’arbres en régime de monoculture car, si elles avaient
eu du succès, ces plantations destructrices auraient été légitimées
par le Protocole de Kyoto comme un prétendu « remède » au changement
climatique et elles se seraient étendues davantage dans le Sud
grâce aux subsides canalisés par le marché du carbone.
À
l’origine de la notion de puits de carbone est l’idée que les
plantations d’arbres pourraient, par photosynthèse, « compenser
» les émissions de carbone en absorbant du CO2. Or, Larry Lohmann
(1) avait déjà prévenu, il y a de nombreuses années, que « le
problème est de calculer de façon sérieuse et fiable ‘l’équivalence’
entre le carbone retenu en permanence dans les gisements fossiles,
le CO2 contenu transitoirement dans l’atmosphère, et le carbone
piégé temporairement par une plantation d’arbres ou un programme
national de plantation d’arbres. Personne ne sait comment le faire
et, probablement, personne ne le saura jamais ».
Pourtant,
de nombreux gouvernements étaient très intéressés à promouvoir
ces plantations, offrant des ‘crédits carbone’ abondants et bon
marché grâce à la rapidité de la croissance des arbres dans les
pays du Sud. Alors, pourquoi ces plantations n’ont pas été unanimement
adoptées comme un moyen de « compensation » ?
Une
explication possible est que, si le Protocole de Kyoto reconnaît
le boisement et le reboisement comme des activités valables pour
éliminer les gaz à effet de serre, il établit aussi des limitations
aux compensations découlant des activités dénommées LULUCF (Utilisation
de la terre, changement d’affectation de la terre et sylviculture)
: ces compensations ne peuvent pas dépasser l’équivalent de 1
% des émissions de l’année de base (1990) par pays et par an.
En outre, les crédits de ces projets de plantation sont temporaires,
et les acheteurs considèrent que cela les rend complexes et dangereux.
D’autre
part, les plantations d’arbres en tant que puits de carbone sont
risquées : elles peuvent brûler et libérer le carbone stocké dans
les arbres, comme il est arrivé il y a peu de temps en Afrique
du Sud et au Swaziland (voir le bulletin nº 123 du WRM). En plus,
il existe de nombreux problèmes juridiques concernant la propriété
foncière, le transfert de droits, la rédaction et la gestion des
contrats, et des inconvénients d’ordre méthodologique tels que
l’absence d’information sur la ligne de base, l’imprécision dans
la définition de forêt, les « fuites », etc. (2)
À
cela s’ajoute le plus important : l’opposition aux plantations
sur place, et le soutien de cette opposition de la part des ONG
au plan international, ont certainement eu de l’impact. Comme
disent l’économiste Franck Lecoq et le fonctionnaire de la Banque
mondiale Philippe Ambrosi dans un rapport publié en 2007 (3),
« dans le MDP, les projets LULUCF se sont heurtés aux critiques
de certaines parties prenantes, en particulier à celles des ONG
écologistes. D’après leurs détracteurs, les projets LULUCF seraient
contestables sur le plan écologique, inonderaient le marché de
crédits douteux et contribueraient à provoquer des catastrophes
environnementales dans le Sud, parce qu’ils favoriseraient la
plantation d’essences exotiques à croissance rapide au détriment
de l’aménagement forestier durable de base communautaire. Ces
pressions ont abouti à limiter sévèrement la portée des projets
LULUCF dans le cadre du MDP des accords de Marrakech ».
Or,
deux décisions ont été prises ces derniers temps qui risquent
d’attirer davantage de plantations dans le MDP. Premièrement,
on a éliminé les restrictions suivant lesquelles les projets MDP
de plantation d’arbres pouvaient avoir lieu uniquement dans des
terres qui n’avaient pas été boisées après 1990. Cette restriction,
établie à l’origine pour éviter que le MDP encourage l’abattage
des forêts pour les remplacer par des monocultures, a été éliminée
par le Conseil d’administration du MDP. Avec ce changement, le
MDP deviendra bien plus attrayant pour les entreprises de plantation
et de grandes étendues de plantations industrielles dont la gestion
est controversée deviendront éligibles (voir le bulletin nº 119
du WRM :
http://www.wrm.org.uy/bulletin/119/CDM.html). Le second changement
vient d’être décidé à Bali, lors des négociations sur le climat.
Il augmente les dimensions des projets de plantation d’arbres
qui peuvent être candidats au MDP, simplifie les démarches et
diminue les exigences en matière d’évaluation des impacts écologiques
et sociaux. Ce sera encore un encouragement supplémentaire pour
que les entreprises de plantations essaient d’accéder au MDP.
Un
autre point qu’il convient de mentionner est que, si un seul projet
de plantation a été enregistré en tant que projet de boisement
et de reboisement du MDP, les entreprises de plantation ont découvert
une autre voie d’accès au MDP : en tant que projets énergétiques,
et non comme puits de carbone. V&M do Brasil, dont les plantations
sont à Minas Gerais, au Brésil, a emprunté cette voie et tire
profit du MDP sans figurer comme un projet de plantation. Dans
le cas de V&M, le meurtre d’un paysan commis par les gardes
de sécurité à l’intérieur des plantations n’a pas suffi à faire
révoquer l’enregistrement MDP (voir le bulletin nº 119 du WRM,
http://www.wrm.org.uy/boletin/119/Brasil3.html).
Pour
l’instant donc, il y a eu très peu de plantations en tant que
puits de carbone dans le cadre du Mécanisme de développement propre
du Protocole de Kyoto, mais les tendances récentes pourraient
changer cette situation et rendre nécessaire de redoubler la vigilance
et la résistance.
(1)
The carbon shop: planting new problems,
http://www.wrm.org.uy/plantations/material/carbon.html
(2)
Markets for LULUCF Credits,
http://www.climatefocus.com/newspubs/downloads/publications/LULUCF_markets.pdf
(3)
The Clean Development Mechanism: History, Status, and Prospects,
http://earthmind.net/labour/briefing/docs/reep-2007-cdm.pdf
Article
fondé sur des commentaires de Jutta Kill, FERN (jutta@fern.org),
Kevin Smith, Carbon Trade Watch (kevin@carbontradewatch.org)
et Larry Lohmann, The Corner House (larrylohmann@gn.apc.org,
et sur les documents de référence.
index
LES
COMMUNAUTÉS ET LES FORÊTS
–
Les défenseurs de la nature traités en délinquants
Le
Sommet des communautés criminalisées pour avoir défendu la nature
a eu lieu à Quito en novembre dernier. Les poursuites font partie
d’une stratégie visant à étouffer toute manifestation contre les
activités extractives des transnationales en Équateur. On dirait
que n’importe qui peut être accusé, pour peu qu’il se prononce
contre l’irrationalité de l’économie mondiale.
La
plupart des cas de ce genre ont lieu dans les dernières zones
de forêt tropicale qui restent dans le pays, où se trouvent aussi
les ressources minières et pétrolières. Dans cette réunion ont
été analysées les circonstances des cas de poursuites injustes,
de plus en plus nombreuses, chez les populations indigènes et
paysannes qui s’opposent aux activités d’extraction des entreprises
nationales et transnationales.
La
rencontre de Quito a été le premier pas pour « montrer à l’opinion
publique nationale et internationale l’escalade des persécutions
politiques, judiciaires et parajudiciaires contre des leaders
sociaux qui défendent la nature et la vie face à un modèle de
développement économique qui viole les droits », comme énoncé
dans la convocation du sommet. En Équateur, les actions contre
les paysans ont eu lieu dans le Nord, dans la région subtropicale
d’Intag et, dernièrement, dans le Sud du pays, dans la région
amazonienne.
Quelques-uns
des présents ont l’air soulagés, probablement parce qu’ils voient
qu’ils ne sont pas les seuls à se retrouver dans cette situation.
Ce monde fait de policiers, tribunaux, enquêtes, sentences, juges,
avocats et procureurs a été une surprise pour eux. Certains sont
devenus experts en législation et en procédure pénale, ce qui
n’est pas étonnant : une seule personne fait parfois l’objet de
dix, quinze et même vingt procès.
Dans
cette situation se retrouvent Tarquino Cajamarca, du canton Limón
Indanza de la province amazonienne de Morona Santiago, persécuté
par Sipetrol, l’entreprise qui gère le projet Hidroabanico ; Rodrigo
Aucay, d’El Pangui, dans la région amazonienne de Zamora Chinchipe,
persécuté par l’entreprise minière Corrientes Resource, qui appartient
à la société canadienne Ecuacorrientes ; Polibo Pérez, de la zone
subtropicale d’Intag, persécuté par l’entreprise minière canadienne
Ascendant Copper. Des témoignages sur ces cas ont été entendus
au cours de la réunion. D’après les organisations pour les droits
de l’homme, le délit le plus grave de ces trois leaders communautaires
reconnus et respectés dans leurs régions d’origine est d’avoir
été les contestataires les plus fermes des activités des transnationales.
Malheureusement, il ne s’agit pas de cas isolés.
La
défense de ces trois personnes et de tous les paysans accusés
coûte très cher, en termes économiques mais aussi en efforts physiques
et psychologiques. Il ne suffit pas de payer les honoraires des
avocats ; les accusés doivent parcourir d’énormes distances pour
se rendre aux audiences. Beaucoup d’entre eux habitent dans des
régions lointaines, où la délinquance n’existait pratiquement
pas avant l’arrivée des transnationales. Ces personnes sont maintenant
victimes d’un modèle de développement tout à fait étranger à leur
mode de vie et à leur vision du monde. Certains ont été en prison,
d’autres ont dû se cacher pendant des jours ou des semaines, quittant
leurs familles et leurs activités quotidiennes, pour éviter d’être
arrêtés. Tarquino Cajamarca, de Limón Indanza, fait l’objet d’un
mandat d’arrestation.
La
défense est difficile. Dans bien des cas, la plainte n’est pas
portée directement par les entreprises ou par des personnes qui
ont des rapports visibles avec elles, mais par des gens payés
pour porter faux témoignage et pour accuser un leader paysan d’un
délit quelconque, que ce dernier n’a pas commis. Dans certains
procès, les témoignages des divers témoins étaient identiques,
ce qui montrait qu’ils répétaient un texte qu’on leur avait donné
au préalable. La Commission œcuménique des droits de l’homme (CEDHU)
et la Fondation régionale d’assistance en droits de l’homme (INREDH),
les deux ayant leur siège à Quito, possèdent toute la documentation
concernant de nombreux cas semblables. D’après un membre d’INREDH,
on est en train d’inclure les paysans dans des listes noires.
On leur vole du matériel de travail, des ordinateurs par exemple,
pour immobiliser les organisations de revendication sociale. L’Unité
de recherches de la CEDHU a rapporté en outre de nombreux cas
d’agressions de la part de personnes appartenant aux entreprises
d’extraction ou payées par elles : menaces de mort, persécution,
agressions physiques, harcèlement, calomnies et bien d’autres.
Mais
les accusés de délits communs qu’ils n’ont pas commis sont de
plus en plus nombreux, ce qui rend nécessaire et urgent de prendre
des mesures. Un nombre alarmant de leaders communautaires et de
paysans est dénoncé par les entreprises en réponse à la résistance
opposée par quelques communautés à leurs activités pétrolières,
minières ou autres dans des zones de forêt tropicale. D’après
l’Unité de recherches de la CEDHU, les actions en justice dépassent
la centaine et les accusés sont bien plus nombreux, puisque la
plupart du temps il s’agit de procès multiples, c’est-à-dire contre
plusieurs personnes à la fois. Toutes ces personnes savent très
bien pourquoi elles s’opposent à ces activités économiques : «
Qui a tiré profit de ces 30 années d’exploitation du pétrole ?
Les rues des pays du Nord sont de plus en plus belles et bien
éclairées, tandis qu’à Lago Agrio (une ville pétrolière de l’Amazonie
équatorienne) les gens sont toujours dans le noir et, pire encore,
malades de cancer et de pollution », dit Humberto Cholango, président
d’Ecuarunari. De nombreuses populations affirment qu’elles ne
veulent pas subir le même sort et s’opposent à l’extraction des
ressources naturelles dans leurs régions. La résistance contre
l’industrie minière est manifeste en Intag, Pacto, El Pangui,
Napo, Machala et à d’autres endroits du pays.
«
Les peuples ont été enfantés par la terre mère et c’est pour cela
qu’il faut la défendre », dit Cholango. « Mais sans violence »,
précise Esperanza Martínez, présidente d’Acción Ecológica, organisation
présente au sommet. « La non-violence est une arme beaucoup plus
puissante et, en tant que défenseurs de la nature, nous n’en connaissons
pas d’autre », ajoute-t-elle. Or, parmi les délits dont on accuse
les leaders et les paysans figurent le sabotage et le terrorisme,
les atteintes à la sécurité de l’État, la rébellion, les attentats
contre des fonctionnaires, l’apologie du délit, l’association
illicite, les délits contre la propriété, comme le vol, et les
délits contre les personnes, comme l’enlèvement. Ces accusations
ont pour but de dissimuler la résistance populaire et, en passant,
d’éliminer ou de neutraliser les personnes qui s’opposent le plus
fortement aux activités des entreprises dans leurs territoires.
Des paramilitaires ou des mercenaires sont embauchés pour faire
le sale boulot, comme c’est arrivé à maintes reprises en Équateur.
Dans
la région subtropicale d’Intag, sur les 15 procès intentés par
l’entreprise minière canadienne Ascendant Copper, quatre ont abouti
à l’acquittement des villageois injustement accusés. « La justice
nous a donné raison », dit Robinson Guachagmira, qui a exposé
à Quito le cas de l’Intag. « J’ai été moi-même en prison pendant
huit jours, les jours les plus mauvais de ma vie, où je me consolais
en pensant que ce sacrifice allait peut-être contribuer à garder
intacts l’environnement et les forêts de ma région pour les générations
futures ». Plus de 90 personnes de la région nord-ouest de l’Intag
ont subi des accusations arbitraires de ce genre.
D’après
Raúl Moscoso, un avocat défenseur des causes sociales qui était
présent au sommet, « les actions de résistance des communautés
sont des actes politiques ». Me Moscoso est l’auteur de la première
version du projet de Loi d’Amnistie pour les cas de ce genre.
La rédaction de ce projet de loi et la formation d’un réseau international
de personnes affectées pour éviter l’affrontement isolé et individuel
des accusations est l’une des solutions proposées au grave problème
des poursuites contre les paysans ; une autre est la proposition
de mesures de mobilisation collective. En proposant la Loi d’Amnistie,
qu’on a réussi le jour même du sommet à remettre à Alberto Acosta,
président de l’assemblée constituante, et au Procureur général
de la Nation, on entend protéger les personnes qui participent
à des actions de résistance communautaire en exécution ou à exécuter.
L’amnistie générale devrait être applicable aussi à des cas individuels,
et inclure les cas de responsabilité civile.
Malheureusement,
la situation de l’Équateur n’est pas unique : la même chose arrive
dans d’autres pays latino-américains, autour des industries extractives
ou de l’agro-industrie, comme dans le cas de la culture massive
du soja au Paraguay ou du palmier africain en Colombie, où les
entreprises font appel aux plaintes et aux actions en justice
contre la population paysanne afro-colombienne pour faire taire
tous ceux qui veulent empêcher le développement des industries
dans les terres communautaires. Au Guatemala également, sept indigènes
Maya Mam ont subi des procès, cette fois accusés par l’industrie
minière. « L’entreprise prétend, par cette accusation fabriquée,
affaiblir le mouvement social contre les mines et pour les droits
de la population dans la municipalité de San Miguel Ixtahuacan,
tout en développant son activité dans la région et en déstructurant
les organisations qui s’opposent à l’exploitation minière », d’après
l’organisation guatémaltèque Derechos en Acción.
DERNIÈRE
MINUTE : Le problème de la criminalisation de la contestation
sociale fait actuellement la une en Équateur, du fait que la femme
préfet de la province amazonienne d’Orellana a été arrêtée, accusée
d’avoir organisé la manifestation sociale qui a culminé le 29
novembre à Tiguino et Dayuma. Vingt-deux autres personnes ont
été détenues avec elle. Leurs délits ont consisté à réclamer le
goudronnage d’une route, la distribution d’eau et d’électricité,
et la réparation des dommages écologiques et sanitaires provoqués
par l’extraction de pétrole. La province est en état d’urgence
et on y a décrété le couvre-feu. De son côté, à l’occasion de
divers événements publics le président Correa a parlé de la même
manière de la contestation sociale, qualifiant les écologistes
de gauchistes, de romantiques, d’enfantins et même de terroristes,
ignorant le fait que la contestation provient de la population
et non des « écologistes ». Derrière la colère du président se
cache l’intention d’exploiter coûte que coûte les mines et le
pétrole, en une quête désespérée de ressources, après s’être présenté
à maintes reprises comme « ami de la population autochtone »,
qui sera la plus affectée. Le président semble ne pas aimer beaucoup
la résistance sociale légitime suscitée par les résultats des
30 années d’exploitation pétrolière en Amazonie, où la pauvreté
et l’abandon persistent malgré toutes les promesses des entreprises.
En
conclusion, nous pouvons signaler qu’il faut que les leaders et
les paysans affectés s’unissent, au plan national et international,
et qu’on donne une réponse appropriée au problème de la criminalisation
de la part des institutions de l’État, pour éviter que cette situation
persiste ; de même, il faut des instruments, comme la loi d’amnistie,
qui empêchent les transnationales et l’État lui-même de harceler
la population. N’importe quel défenseur de l’environnement, des
forêts tropicales et des droits de l’homme risque d’être accusé
de sabotage, de terrorisme, de vol, d’enlèvement, d’injures, d’incendie,
de lésions ou d’association illicite, mais n’oublions pas que,
quoi qu’il arrive, la défense des droits reste la responsabilité
de tous.
Guadalupe
Rodríguez, campagne Selvas Tropicales y Derechos Humanos, Salva
la Selva, Amérique latine, adresse électronique:
guadalupe@regenwald.org,
www.salvalaselva.org,
www.activistas.nireblog.com.
index
–
Inde : l’application de la Loi sur les Droits
forestiers tribaux de 2006
Le
ministre des Affaires tribales de l’Inde a promis au parlement
du pays, le 7 décembre 2007, que la Loi sur les droits forestiers
tribaux approuvée par cet organe en 2006, serait mise en application
à partir du 1er janvier 2008.
Les
membres des tribus de l’Inde sont environ 90 millions ; la plupart
d’entre eux sont appelés Adivasi. Ils ont vécu surtout de la forêt
de façon durable, et cette loi pourrait garantir leurs droits.
Au cours des 60 dernières années, près de 30 millions ont été
déplacés de leurs foyers et privés de leurs moyens de subsistance
par des projets de « développement ».
La
nouvelle loi reconnaît, pour la première fois, que les Adivasi
et d’autres populations forestières traditionnelles, qui ne possédaient
pas auparavant de titres de propriété sur leurs maisons ou leurs
champs, avaient le droit formel de vivre dans la forêt et de subsister
à leur manière.
Or,
l’application de la loi a été reportée pendant des mois, et elle
a même été contestée par des annonces à la télévision où l’on
voyait des enfants portant des pancartes et réclamant que les
Adivasi soient déplacés des forêts pour protéger ces dernières.
Le
Premier ministre Manmohan Singh et le leader du parti du Congrès
Sonia Gandhi considèrent maintenant si l’Inde va décider rapidement
que d’innombrables habitants autochtones des forêts soient déplacés
de leurs foyers dans 600 réserves, sans préciser quels sont leurs
droits, ou si l’Inde va d’abord, en application de cette nouvelle
loi, définir leurs droits avant de décider si et comment ils peuvent
être déplacés. Faire en quinze jours la démarcation des « habitats
faunistiques critiques » dans les 600 réserves constituerait une
violation des procédures requises et risquerait de déplacer des
millions de personnes.
La
loi prévoit la procédure légale appropriée pour l’établissement
des habitats faunistiques critiques, pour que la réinstallation
de ceux qui les habitent puisse se faire uniquement avec le consentement
préalable des communautés concernées et moyennant des compensations
convenues, sur la base des droits dûment établis. En outre, les
engagements internationaux pour la protection de la diversité
biologique exigent que les communautés autochtones et locales
jouent un rôle semblable et qu’elles participent à l’utilisation
durable et à la conservation de la diversité biologique.
On
ne sait pas encore ce que le gouvernement de l’Inde va décider
avant la fin de l’année au sujet de l’expulsion éventuelle des
communautés forestières autochtones. Le 13 décembre 2007, le programme
Forêts et Diversité biologique des Amis de la Terre International,
le WRM et plusieurs autres organisations écologistes ont demandé
au Premier ministre et à Sonia Gandhi, présidente de la coalition
gouvernante UPA, de veiller à ce que la Loi sur les Droits forestiers
soit dûment appliquée.
Quoi
qu’il en soit, le processus de légalisation des droits coutumiers
et traditionnels des Adivasi de vivre dans la forêt, de cueillir
des produits de la forêt et de pratiquer l’agriculture de subsistance
ne sera pas facile, puisque plusieurs élites et groupes qui profitent
du tourisme dans les réserves aimeraient garder leur emprise sur
la forêt. De nombreuses manifestations des organisations pour
les droits forestiers réunies dans la Campagne pour la Survie
et la Dignité ont lieu dans plusieurs États de l’Inde, contre
les expulsions forcées et pour que la nouvelle loi soit dûment
appliquée.
Comme
dit cette loi, la reconnaissance des droits des habitants autochtones
des forêts est nécessaire pour corriger l’injustice historique
dont ils ont été victimes. Ceci est vrai non seulement en Inde
mais dans le monde entier.
Ville-Veikko
Hirvela, adresse électronique : villeveikkoh@gmail.com.
index
–
Mékong : la MRC se trompe de cible
Les
vieux projets de barrages sur le cours inférieur du fleuve Mékong
ont été réactivés ces derniers temps. D’après les communiqués
de presse de l’ONG thaïlandaise TERRA, les gouvernements du Laos,
du Cambodge et de la Thaïlande ont autorisé des entreprises thaïlandaises,
malaises et chinoises à conduire des études de faisabilité pour
la construction de six grands barrages hydroélectriques. Il y
a dix ans, ces projets avaient été rejetés en raison de leur coût
élevé et des risques qu’ils comportaient pour l’environnement.
La
Commission pour le Mékong (MRC) a l’obligation de protéger le
fleuve. D’après TERRA (voir les communiqués de presse sur
http://www.wrm.org.uy/countries/Thailand/MRC/Mekong_Mainstream_dams_media.pdf
et
www.wrm.org.uy/countries/Thailand/MRC/Press_Release_12_Nov.pdf),
« suivant l’Accord du Mékong de 1995, la MRC doit ‘faire tout
son possible pour éviter, minimiser et atténuer les effets nuisibles
sur l’environnement... du développement et de l’utilisation des
ressources hydriques du bassin du Mékong’ (article 7) ». En 2003,
lors du 6e symposium technique de la Commission pour le Mékong,
les chercheurs avaient conclu que « tout barrage sur le Mékong...
pourrait être désastreux pour la pêche ». Pourtant, d’après TERRA
la MRC est restée remarquablement silencieuse, et cette organisation
est d’avis que « bien que la MRC ait été créée pour surmonter
les antagonismes passés dans la région du Mékong, elle reste dominée
par les intérêts nationaux de ses pays membres, centrés exclusivement
sur les bénéfices économiques ».
Environ
175 organisations internationales et locales, dont le WRM, ont
signé une lettre adressée au président du secrétariat de la MRC
et aux institutions qui financent actuellement cette commission,
où elles manifestent leur préoccupation face au projet de construction
de six barrages hydroélectriques sur le bas Mékong et à « l’échec
de la Commission internationale pour le Mékong à faire respecter
l’Accord de 1995 en ce moment critique » (voir la version intégrale
de la lettre sur
http://www.wrm.org.uy/countries/Thailand/MRC/Letter_%2012_November.pdf).
Au
lieu de répondre aux graves questions soulevées dans la lettre,
la réaction de la MRC a été de se mettre à vérifier si les organisations
signataires existaient vraiment. La MRC a sans doute le droit
de ce faire, mais elle devrait au moins le faire comme il faut.
Le
WRM a reçu un message de la MRC (signé par Lieven Geerinck) qui
disait que « la Commission pour le Mékong prend très au sérieux
les affirmations » et que « la liste des organisations signataires
du document joint est très importante, quoique nous ayons trouvé
quelques agences peu compétentes en la matière (par exemple,
www.proyectogato.org). Nous croyons vraiment à la communication
authentique. Pourriez-vous confirmer que votre organisation a
signé la lettre jointe ? » (Voir le message de la MRC sur
http://www.wrm.org.uy/countries/Thailand/MRC/MRC_Message.html.)
La
MRC semble avoir commis une grosse erreur en supposant que Proyecto
Gato est une organisation « peu compétente en la matière ». Si
elle s’était donné la peine de chercher sur Google « Jan Cappelle
» (le signataire de la lettre) et « Proyecto Gato », elle aurait
compris qu’il ne s’agit pas d’une organisation pour la défense
des chats (‘gato’ veut dire ‘chat’ en espagnol), et elle aurait
su qu’il s’agit en revanche d’une organisation directement concernée
par le problème des barrages dans la région.
Cette
erreur n’était pas la seule. Le communiqué de presse et le briefing
étant publiés par TERRA, une organisation qui s’occupe de la question
depuis des années, la MRC aurait dû s’adresser à elle et non à
quelques-uns des signataires de la lettre pour leur demander s’ils
l’avaient signée ou non ou s’ils étaient ou non « compétents en
la matière ».
La
MRC devrait agir comme il sied à une institution supposée sérieuse
et répondre à la demande de fournir « quelques indications sur
la supervision professionnelle et l’évaluation technique des projets
de barrage », et de donner des informations sur sa « principale
stratégie de coordination de tous les projets hydroélectriques
dans le bassin du Mékong pour veiller à la mise en œuvre de solutions
durables ou de mesures alternatives ».
Qu’a
fait la MRC pour garantir que les barrages construits depuis 1995
dans la région du Mékong ne violent pas les droits fondamentaux
de l’homme ou ne provoquent pas la destruction de l’environnement
? Qu’a-t-elle fait au sujet des effets nuisibles des barrages
construits avant 1995 ?
Les
organisations civiles du Mékong attendent toujours la réponse
de la MRC à ces questions.
index
–
Le projet de loi de la Thaïlande sur les
forêts communautaires : pour qui est-il bon d’après le gouvernement
militaire ?
L’Assemblée
législative nationale (ALN) établie après le coup militaire de
l’année dernière en Thaïlande et qui doit être dissoute après
les élections générales du 23 décembre, a approuvé sur son lit
de mort le tant attendu projet de loi sur les forêts communautaires.
Pourtant, au lieu de consolider les droits constitutionnels de
toutes les communautés de gérer leurs zones boisées, l’ALN a choisi
d’exclure celles qui habitent à l’extérieur des « zones de
conservation » de la participation à la gestion des forêts.
Au
lieu d’accepter la vérité du fait que les populations thaïlandaises
ont maintenant dix-huit années d’expérience dans la gestion communautaire
des forêts après l’interdiction des concessions d’exploitation
forestière, la plupart des politiciens et des membres de l’ALN
continuent de voir les villageois comme des destructeurs des forêts.
Les informations partiales et les analyses superficielles des
problèmes ont suscité la crainte et les soupçons chez le public
thaïlandais. Deux manières seulement sont proposées pour résoudre
le problème de la destruction des forêts. La première est de définir
des zones de conservation (article 3) où les gens ne sont pas
autorisés à vivre. « Zones de conservation » veut dire
« parc national, refuge de faune, zones de chasse interdite,
comme prévu par les lois respectives, ou d’autres zones qui sont
des bassins hydrologiques, ou des zones qui ont une valeur écologique
et qu’il faut conserver en application des réglementations ministérielles ».
La deuxième consiste à approuver des lois qui donnent aux fonctionnaires
étatiques le pouvoir exclusif d’appliquer des amendes en cas de
destruction forestière.
Malgré
ces points de vue démodés, les communautés ont tiré des enseignements
de la crise provoquée par la dégradation des forêts, qui a porté
de graves atteintes à leurs moyens de vie à un endroit où les
populations agricoles dépendent de la nature. Les communautés
qui avaient contribué dans le passé à la destruction des forêts
ont maintenant choisi de les préserver. Il est évident qu’elles
ne peuvent aménager les forêts convenablement que si la société
reconnaît leur rôle et que si elles peuvent faire leurs propres
choix économiques, politiques et sociaux. Dans ce cas, elles pourront
gérer la forêt en se servant d’instruments formels et informels,
suivant les caractéristiques des zones et la situation du groupe
et de la communauté. Plusieurs groupes extérieurs ont organisé
un processus d’apprentissage, qui inclut des enseignements sur
les problèmes rencontrés par une communauté déterminée et l’échange
de connaissances entre des communautés différentes, complétés
par des informations et des nouvelles venues de l’extérieur.
La
gestion communautaire des forêts ne se voit pas avantagée par
une approche juridique qui vise à fixer les limites des divers
types de forêts pour que l’État puisse les gérer plus facilement,
en les divisant en zones suivant les responsabilités des différentes
unités gouvernementales. Au contraire, la gestion des forêts communautaires
ne distingue pas de façon stricte les zones agricoles, les zones
d’habitation et les zones boisées, et ne définit pas strictement
non plus à qui appartiennent les champs et les forêts.
La
gestion des forêts communautaires de la Thaïlande a commencé avec
des communautés installées à l’intérieur et à l’extérieur des
forêts de conservation. Cela reflète une conscience accrue du
fait que la gestion efficace des forêts dépend d’un processus
d’apprentissage et de renforcement au sein de la communauté. Les
communautés ont la capacité nécessaire pour gérer les forêts,
et sont disposées à le faire, dans des limites qui ont été convenues
avec elles en fonction des conditions sociales et environnementales,
économiques et politiques.
La
version du Projet de Loi sur les forêts communautaires proposée
par la population part de l’idée qu’il faut tirer des enseignements
de la pratique de la foresterie communautaire. La gestion communautaire
des forêts mérite d’être soutenue pour élargir l’étendue des forêts
naturelles en Thaïlande, au lieu de faire des plantations commerciales
d’arbres dans les forêts des réserves nationales, et de reboiser
des zones dégradées ou des terres domaniales et des zones humides
que les projets de développement sont en train de détruire. Les
forêts communautaires devraient être autorisées surtout dans les
zones de conservation, qui risquent constamment d’être détruites
par l’exploitation illégale, avec la complicité de fonctionnaires
et de riches individus. Ces régions ont été maintenues hors de
portée des lois et dans l’ombre de la corruption par des fonctionnaires
gouvernementaux qui ne cherchent jamais que leur propre profit.
L’ALN a-t-elle considéré le fait que les communautés établies
dans les zones de conservation et autour d’elles ont joué un rôle
important, en protégeant les forêts voisines, et que beaucoup
de leaders communautaires ont été assassinés lorsqu’ils protégeaient
les forêts dans bien des régions ?
L’expansion
des zones de conservation faite par l’État dans les forêts fertiles
qui restent concerne précisément les zones qui ont été protégées
par les communautés. Au lieu de les récompenser en leur faisant
confiance, le projet de loi sur les forêts communautaires les
a privées de leur droit de gérer ces forêts, sous prétexte qu’elles
sont installées à l’extérieur des zones de conservation. L’installation
des villages à l’extérieur des zones de conservation est le résultat
d’une négociation entre les communautés et l’État. Les gens ont
demandé que leurs villages et leurs fermes établis de longue date
ne soient pas inclus dans les zones de conservation, tout en acceptant
que leurs forêts communautaires soient intégrées dans les zones
de conservation gouvernementales. L’intention était bonne :
les gens espéraient que leurs forêts seraient bien soignées si
elles étaient gérées conjointement par la communauté et par l’État.
Or, elles ont beaucoup souffert en voyant qu’après avoir cédé
leurs forêts communautaires pour qu’elles appartiennent aux zones
de conservation, ces forêts étaient détruites encore plus vite.
La communauté n’avait aucun moyen d’arrêter l’abattage et, en
même temps, elle était empêchée d’utiliser la forêt.
Cette
situation a suscité aussi davantage de conflits graves entre l’État
et les communautés. Au bout du compte, la société et les communautés
thaïlandaises n’ont vu qu’une aggravation de la destruction forestière
pratiquée par des groupes d’investisseurs et des fonctionnaires
gouvernementaux. À l’avenir, elles se retrouveront fortement appauvries
du fait d’avoir été écartées de la forêt dont elles dépendaient.
Qui va en assumer la responsabilité, une fois que le gouvernement
militaire aura envoyé la Loi sur les forêts communautaires aux
politiciens d’avant qui retourneront après les élections de ce
week-end ?
Sayamol
Kaiyoorawong. L’auteur de cet article a travaillé en faveur de
la version du Projet de Loi sur les forêts communautaires rédigée
par la population. Elle est directrice d’Environmental Awareness
Building, organisation de la province de Trang, en Thaïlande du
Sud. L’article a été publié d’abord en thaïlandais, en décembre
2007, par le Prachtaam News Network (www.newspnn.com).
index
LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE
D'ARBRES
–
Chili : ce qu’on ne dit pas du travail forestier
Le
développement du secteur forestier du Chili se caractérise par
la grande inégalité de la distribution de la richesse générée
par cette industrie. Les groupes économiques propriétaires de
ces entreprises que tous les Chiliens et Chiliennes subventionnent
génèrent des fortunes, tandis que la population regarde comment
sont méprisés ses efforts et ses ressources sans recevoir en retour
des bénéfices réels.
Les
dommages économiques qui découlent des catastrophes environnementales
sont assumés par les personnes affectées (comme à Río Mataquito
et Río Cruces, en Valdivia, où l’eau a disparu dans des zones
nettement forestières, etc.). De leur côté, l’État et l’entreprise
font la sourde oreille au sujet des dégâts que provoquent leurs
plantations de pins et d’eucalyptus dans les communautés voisines,
majoritairement mapuche.
On
cache à l’opinion publique les conditions du travail forestier
et les travailleurs eux-mêmes, qui semblent invisibles. Les médias,
qui pourraient divulguer les nombreux problèmes auxquels ils se
heurtent, dans le travail mais aussi d’ordre physique et psychologique,
n’ont pas de contact avec eux. Dans d’autres secteurs, comme celui
des mines ou du transport commercial, les travailleurs se trouvent
dans des zones urbaines ou peuplées, et les médias parlent plus
facilement d’eux parce qu’ils sont plus près. En revanche, le
travail forestier se fait en général dans des régions éloignées
et d’accès difficile et, de plus, dans des parcelles forestières
privées. À cela s’ajoute la faible capacité d’organisation des
travailleurs, due au fait qu’ils sont embauchés par de petits
entrepreneurs et sous-traitants.
N’ayant
plus accès à des ressources naturelles qui ont subi les effets
des plantations forestières, comme l’eau, qui devient de plus
rare autour des plantations, les paysans et les Mapuche pauvres
s’en vont vers les villes, où ils s’installent dans les banlieues
pauvres et grossissent le nombre de ceux qui dépendent de l’aide
sociale.
D’autre
part, la circulation des nombreux poids-lourds qui transportent
le bois abîme les routes et les ponts et ces dégâts retombent
directement sur les petits horticulteurs qui, empêchés de porter
leurs produits aux centres de consommation, finissent souvent
par les perdre. Ainsi, les coûts ne sont pas supportés par les
entreprises mais par toute la population chilienne qui est celle
qui fournit l’argent pour payer la réparation des voies endommagées.
Les
travailleurs forestiers sont payés en fonction du rendement, mesuré
en mètres cubes, mais il arrive que les entreprises manipulent
les chiffres, comme dans le cas des Entreprises de Services Forestiers
(Emsefor), qui donnent aux travailleurs des informations fausses
sur le calcul des salaires à payer.
Il
n’y a pas d’information sur le chiffre réel des accidents de travail,
parce que les accidents mineurs (coups, foulures, blessures qui
ne requièrent pas de soins majeurs), qui sont fréquents, sont
traités en dehors du système officiel, généralement dans des cliniques
privées ou par des médecins particuliers, et ne sont pas déclarés.
Les entreprises font cela pour ne pas augmenter la moyenne des
accidents du travail, car cela ferait monter le coût des assurances.
Le
régime de travail, qui oblige les chefs de famille à rester éloignés
de leurs foyers pendant 12 jours pour avoir ensuite 3 jours de
repos, ne facilite pas le maintien de rapports familiaux convenables
et conspire contre la stabilité des foyers.
Les
travailleurs sont en contact avec des plantations qui viennent
d’être arrosées de pesticides, herbicides et fongicides ; les
entreprises ne se soucient pas de les soumettre à des examens
médicaux réguliers, et ils ne reçoivent pas toutes les informations
nécessaires sur les risques auxquels ils sont exposés.
La
preuve la plus claire des répercussions de ce modèle de développement
se trouve dans les indices de pauvreté et de développement humain
des régions consacrées surtout au travail forestier, comme la
huitième région et la province de Malleco de la neuvième région
du Chili.
Bien
entendu, l’exploitation forestière génère des profits en abondance,
mais il convient de se demander de quel genre de richesse il s’agit,
quelle est la part qui revient à ceux qui contribuent à la produire
(les travailleurs forestiers tels que les scieurs, les ébrancheurs,
les divers opérateurs, les transporteurs, les mécaniciens, etc.)
et combien rentre dans les coffres de groupes économiques sans
scrupules, tandis que tous les Chiliens paient les frais de cette
industrie.
Il
n’y a pas de doute que ceux qui s’appauvrissent sont plus nombreux
que ceux qui sortent de la pauvreté grâce au travail forestier.
Le prétexte utilisé par les gouvernants et les entreprises pour
promouvoir l’exploitation forestière dans les régions les plus
pauvres du Chili est la création d’emplois, mais en réalité c’est
le contraire qui arrive. L’industrie forestière a fait disparaître
des emplois indépendants, bien payés, où les travailleurs doivent
s’efforcer mais obtiennent des revenus suffisants et sont libres,
sans atteintes graves à l’environnement ; c’est ce qui arrive
dans la pêche artisanale, le tourisme et l’agriculture. En échange,
l’industrie forestière a créé des emplois mal payés, dangereux,
proches de l’esclavage, et qui ont un fort impact sur l’environnement.
Quel
genre d’emplois voulons-nous ? Quel genre d’emplois veulent nos
gouvernants pour nous ? Apparemment, ces derniers ne s’en soucient
pas, tant qu’ils pourront conserver les leurs.
Red
de Acción por los Derechos Ambientales (RADA), adresse électronique
: radatemuko@googlegroups.com.
index
–
Chili : la valeur nulle du label CERTFOR
sur les plantations d’arbres
La
plupart des plantations des entreprises forestières chiliennes
sont certifiées, certaines par le FSC et la plupart par CERTFOR
(affiliée au PEFC). En chiffres ronds, le FSC a certifié près
de 350 000 hectares, tandis que CERTFOR a certifié environ 1 600
000 ha. Vu l’importance de CERTFOR au Chili, il convient de l’analyser
de façon plus détaillée.
La
première chose qui attire l’attention est le nombre d’hectares
certifiés par cette entreprise, qui équivaut à presque 80 % de
la superficie plantée du pays. Cela veut dire que les entreprises
certifiées sont les principales responsables de la plupart des
problèmes environnementaux associés aux plantations que l’on a
constatés au Chili : destruction de la forêt indigène, dégradation
des ressources hydriques en quantité comme en qualité, effets
négatifs sur les sols, la flore et la faune.
Ces
plantations ont eu également de graves répercussions sociales
: occupation de territoires mapuche, répression, criminalisation,
migration, perte d’emplois, mauvaises conditions de travail, maladies
associées à l’utilisation de produits agrochimiques toxiques.
Il
faut signaler qu’il n’a pas été facile de trouver des informations
sur ces entreprises certifiées. On a finalement réussi à obtenir
les grands chiffres mentionnés dans les paragraphes suivants,
mais il n’a pas été possible de découvrir des renseignements précis
sur la situation et les dimensions des diverses propriétés, car
aucune de ces entreprises n’en fait mention sur sa page web.
Un
autre fait remarquable est qu’un seul groupe économique (Grupo
Arauco) possède plus d’un million d’hectares de plantations de
pins et d’eucalyptus certifiées par CERTFOR. Ce groupe est constitué
par les entreprises Bosques Arauco (289 000 ha), Forestal Celco
et Forestal Cholguán (550 000 ha) et Forestal Valdivia (252 000
ha).
Un
autre grand groupe économique – Grupo Matte, propriétaire de Forestal
Mininco – possède entre 550 000 et 600 000 ha certifiés par CERTFOR.
En
plus des effets négatifs accumulés de leurs plantations (un aspect
qui semble n’avoir aucune importance pour les certificateurs),
ces deux grands groupes ont un long dossier d’atteintes à la société
et l’environnement. Dans un article publié dans le nº 120 du présent
bulletin (« Chili : un mensonge qui crève les yeux ») nous en
avons résumé plusieurs. Nous avons dit, par exemple, que « dans
la période de l’année où la demande de main-d’œuvre est la plus
forte, l’entreprise forestière Mininco emploie seulement 19 personnes
de la commune [lesquelles] reçoivent en outre une rémunération
très faible. [...] Comme dans d’autres régions du pays, les énormes
profits qu’elles font se traduisent par la perte de la qualité
de vie des gens de la zone : 33,8 % de la population vivent entre
la pauvreté et l’indigence ».
D’autre
part, « L’activité agricole a diminué de 22 % au cours des 10
dernières années, et un peu plus de 1 400 personnes ont été forcées
d’émigrer vers les villages [...]. L’une des raisons est le manque
d’eau, car les plantations ont asséché les sols. Chaque été, la
municipalité doit distribuer de l’eau dans des camions pour la
consommation domestique ».
«
Le manque d’eau s’accompagne du problème de la contamination par
des produits agrochimiques toxiques. Les voisins des secteurs
ruraux Porvenir Bajo et Porvenir Alto ont des problèmes graves
à cause des fumigations de l’entreprise forestière Comaco. Les
produits toxiques sont surtout des herbicides (glyphosate et simazine)
que l’on applique par des moyens mécaniques ou manuellement avant
la plantation et à divers moments de la première étape de la croissance
des arbres, et qui polluent les fleuves, les ruisseaux et les
canaux. »
Les
travailleurs qui réussissent à se faire embaucher par ces entreprises
certifiées ont eux aussi des problèmes. Dans un article de presse
récemment publié (15-11-07) on lit que « des travailleurs forestiers
de la province d’Arauco, en Curanilahue, accusent Forestal Arauco
d’interventionnisme dans les syndicats, de ne pas respecter ses
engagements ni ses obligations, d’avoir gravement appauvri la
province ». Ce qui est encore plus grave est qu’un mouvement organisé
en mars dans la zone d’Arauco « pour lancer les négociations entre
les travailleurs sous contrat et les holdings forestiers (Bosques
Arauco, Forestal Mininco) [...] s’est soldé par la mort d’un travailleur
».
En
outre, ces entreprises sont responsables de la criminalisation
de l’opposition et des longues peines de prison infligées aux
opposants. Le 15 juin 2007 cette règle a eu une exception : pour
la première fois, une entreprise forestière (Mininco) a perdu
un procès contre un villageois mapuche, José Cariqueo. Il faut
pourtant signaler que José Cariqueo a subi pendant cinq ans les
poursuites et l’emprisonnement en raison des accusations fausses
de Mininco.
En
définitive, en délivrant son label à ces entreprises, CERTFOR
est en train de certifier sa propre mort.
Article
rédigé à partir d’informations tirées de : Mapuexpress. Trabajadores
Forestales denuncian a Empresa Arauco del Grupo Angelini, 15/11/07,
http://www.mapuexpress.net/?act=news&id=2185
; Pehuén. Mapuche gana juicio a forestal Mininco, 15/6/07,http://www.pehuen.org/mapuche-gana-juicio-forestal-mininco
; El Quinto Infierno. Amplia gama de actividades en Santiago y
regiones por movilización de CUT,
http://www.elquintoinfierno.cl/2007/08/28/amplia-gama-de-actividades-
en-santiago-y-regiones-por-movilizacion-de-cut/; données sur
les plantations certifiées : http://www.pefc.org/
et http://www.certfor.org/.
index
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Papouasie-Nouvelle-Guinée : les habitants
de l’île Woodlark exigent d’arrêter la plantation de palmiers
à huile
Les
85 000 hectares du territoire de l’île Woodlark, située dans
la province de Milne Bay en Papouasie-Nouvelle-Guinée, sont presque
entièrement couverts d’une dense forêt tropicale de plaine où
habitent plusieurs espèces endémiques.
La
plupart des 6 000 habitants de l’île dépendent de l’environnement
naturel et des ressources maritimes, pratiquent l’horticulture
(ils plantent surtout des ignames, du taro, des patates douces
et des bananes) ainsi que la pêche et la chasse, ces dernières
jouant un rôle plus faible mais non moins important dans leur
régime alimentaire.
À
présent, l’île risque d’être envahie par une plantation de palmier
à huile de 60 000 hectares, qui fait partie d’un projet de
l’entreprise malaise Vitroplant Ltd. Le projet comporte aussi
la construction d’une usine de fabrication d’ester méthylique
dans la ville d’Alotau, capitale de la province. L’usine sera
alimentée par les fruits des palmiers à huile plantés en régime
de monoculture sur l’île, et produira du biodiesel pour la consommation
intérieure et l’exportation.
La
plantation couvrira environ 60 000 ha, dont la plupart correspondent
à des terres domaniales et le reste aux terres coutumières des
villages.
L’entreprise
a demandé un permis environnemental qui ne lui a pas encore été
accordé. Dans sa demande, elle déclare que toutes les conditions
requises ont été remplies, y compris la consultation des propriétaires
des terres.
Néanmoins,
George Laume, membre de CELCOR INC – FoE-PNG, a reçu des informations
d’habitants de l’île concernant ce grand projet de palmiculture
et il a pu constater que les consultations n’ont pas été suffisantes
et que les communautés s’opposent à cette initiative.
Le
rapport de Jeremy Hance, publié le mois dernier (1), dit que « d’après
les insulaires, ils n’ont pas été consultés à l’avance au sujet
des plans, mais lorsque Vitroplant Ltd. avait déjà passé le contrat
avec le gouvernement ». Hance rapporte les paroles du docteur
Simon Piyuwes, natif de l’île, qui est devenu le champion de la
lutte contre la plantation de palmier à huile : il existe
« plusieurs raisons pour lesquelles les plans de Vitroplant
Ltd. sont inacceptables pour les insulaires. Le défrichage détruirait
l’ébène endémique de l’île et causerait l’extinction d’espèces
rares, et les déchets menaceraient la vie marine. Il prévoit non
seulement un désastre écologique mais la désintégration de la
culture indigène, car les plans de l’entreprise apporteraient
dans l’île ‘des comportements sociaux inacceptables’. La famine
menacerait tous les insulaires, puisque ‘il n’y aura pas de place
pour l’horticulture et la chasse’. Le Dr Piyuwes admet que le
projet peut comporter quelques avantages pour l’île, d’ordre économique
ou en matière d’infrastructure, mais il est persuadé que les désavantages
sont bien plus importants ».
Ce
projet, que ses défenseurs considèrent comme indispensable pour
le développement de l’île, est perçu par bien d’autres comme une
menace pour la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Plus d’une centaine
d’insulaires et de sympathisants ont voyagé récemment jusqu’au
siège du gouvernement provincial de Milne Bay, à Alotau, pour
exiger l’arrêt du projet et réclamer la restitution de leurs terres.
L’arrêt
des plantations de palmier à huile exigée par la population pourrait
changer le cours des événements dans le pays. Sous la poussée
des habitants de l’île Woodlark, informés et déterminés, ce changement
aura peut-être lieu.
Article
fondé sur des informations fournies par George Laume, CELCOR INC.
FoE-PNG, adresse électronique :
glaume@celcor.org.pg,
www.celcor.org.pg,
et (1) Biofuels versus Native Rights: Planned logging of Woodlark
Island for biofuels opposed by islanders and scientists, Jeremy
Hance, rapport spécial pour mongabay.com, 12 novembre 2007,
http://news.mongabay.com/2007/1112-hance_woodlark.html.
index
–
Swaziland : Woodmark et Sappi ignorent
les leçons d’un agriculteur voisin
Peter
George est agriculteur. Ou, pour plus de précision, il l’était.
Dans les années 1970, il acheta la ferme Elangeni située dans
le haut veldt du Swaziland. Il plantait des légumes, et quelques
eucalyptus et acacias. Deux fois par jour il se rendait au marché
local pour vendre ses choux. Il avait quelques moutons, quelques
poules, deux vaches et un chien berger presque aveugle. Après
quelques années, il commença à élever des poissons qu’il vendait
aux restaurants et hôtels des environs. Il bâtit sa propre maison,
se maria et fonda une famille.
Lorsqu’il
acheta la ferme, il y avait de l’eau en abondance dans les ruisseaux
qui descendaient les pentes proches. Vers le milieu des années
1980, la compagnie Usutu Pulp commença à planter des pins sur
ces collines. George dut cesser d’exploiter sa ferme quand les
ruisseaux s’asséchèrent. En 1988, l’entreprise sud-africaine de
la pâte et du papier, SAPPI, devint l’actionnaire majoritaire
de l’usine de pâte d’Usutu et des plantations associées. « En
1990, il n’y avait plus d’eau pour les légumes et très peu pour
la consommation de la maison », explique-t-il. Au début, il pensa
que c’était peut-être à cause de la sécheresse. « Mais pour que
les ruisseaux ne coulent plus, même à la saison des pluies, il
fallait qu’il y ait une bonne raison », dit-il.
En
novembre 2007, j’ai fait partie de l’équipe du WRM qui a visité
le Swaziland. Avec des collègues des Amis de la Terre, qui étaient
là pour leur assemblée annuelle, nous avons visité l’usine de
pâte, malodorante et polluante, d’Usutu. L’eau du ruisseau qui
coule devant l’usine était d’un noir de jais à cause des effluents.
Peter
George nous a invités à visiter sa ferme le lendemain. Quand nous
sommes arrivés, les travailleurs s’affairaient à abattre les plantations
d’eucalyptus qui avaient brûlé plus tôt dans l’année. Depuis que
les ruisseaux se sont asséchés, l’eucalyptus est l’une des rares
cultures qu’il peut entreprendre. Les plantations de SAPPI proches
de la ferme de George étaient noircies par le feu ; Sappi a perdu
cette année près de sept pour cent de ses plantations au Swaziland,
à cause des incendies.
Nous
avons fait le tour de la ferme et George nous a montré l’endroit
où la compagnie Usutu Pulp avait planté des arbres, juste en travers
des ruisseaux qui avaient arrosé sa ferme. SAPPI commença à éliminer
ces plantations en 2002 et, depuis, les ruisseaux se sont remis
à couler, mais l’un d’eux a mis 18 mois à le faire. SAPPI n’a
pas replanté juste à côté des ruisseaux, mais elle n’a pas non
plus respecté les bandes de 30 mètres de large prévues par les
réglementations du pays tout le long des fleuves. À un endroit,
les arbres étaient à une dizaine de mètres de l’eau.
Il
nous a montré les restes d’un mur, tout ce qui restait d’une maison
maintenant encerclée de rangées de pins de SAPPI. Ces collines
« avaient toujours été des pâturages et des terres labourées par
les gens du pays », a dit George.
Il
nous a raconté qu’en 1994 il avait écrit à SAPPI pour se plaindre
du manque d’eau dans sa ferme. Sept mois plus tard, SAPPI lui
avait répondu et lui avait promis de se pencher sur le problème.
D’après l’entreprise, les recherches allaient prendre deux années.
Il en attend toujours les résultats.
En
2004 il intenta un procès contre SAPPI. George signale que ce
n’était pas seulement sa terre qui était sèche, « les ruisseaux
s’étaient asséchés dans d’autres propriétés, et ce n’était pas
toujours à cause de la sécheresse ».
En
juin 2006, la société Woodmark de la Soil Association certifia
que les plantations de SAPPI au Swaziland étaient bien gérées
d’après le système du Forest Stewardship Council. Peter George
rencontra l’équipe d’inspection de Woodmark en mars 2006. Le résumé
de l’évaluation publié par Woodmark reconnaît que la rencontre
eut lieu mais n’en donne que peu de détails. Ce résumé mentionne
que les ruisseaux s’étaient asséchés mais ajoute qu’ils sont maintenant
« redevenus normaux ». Il ne dit rien du fait que, pendant douze
ans, il n’y a eu pratiquement pas d’eau à la ferme. « Le problème
de la réduction du débit d’eau causée par la plantation d’arbres
et la plainte subséquente sont une affaire pendante qui est donc
soumise à la considération judiciaire », commentent les conseillers
de Woodmark dans le résumé public.
Selon
la législation britannique, la discussion publique d’une affaire
judiciaire en cours ou en passe de l’être peut être un délit.
Cette norme vise à protéger le droit de l’accusé à un procès équitable
mais, dans ce cas, Woodmark s’en sert pour éviter un débat légitime.
Woodmark
semble vouloir que Peter George s’en aille. Lorsque ses inspecteurs
sont retournés au Swaziland en 2007 pour faire l’évaluation annuelle
des plantations de SAPPI, ils n’ont pas invité Peter George à
la réunion des parties intéressées, et ils n’ont pas visité sa
ferme non plus.
George
a écrit une lettre à Woodmark en août 2007, où il signale que
« SAPPI ne détient aucun permis de plantation pour les parcelles
en question, et elle n’en a pas demandé non plus ». Il possède
une lettre de SAPPI où cette entreprise déclare qu’elle n’a pas
de permis de plantation pour le Block X, qui se trouve en amont
de la ferme Elangeni. « À mon avis », écrivit George à Woodmark,
« SAPPI ne devrait pas être certifiée tant que cette question
n’aura pas été réglée. Si cette certification est délivrée, je
ferai le nécessaire pour la contester ». Woodmark n’a pas répondu
aux lettres de George.
Les
problèmes rencontrés par Peter George dans sa ferme au Swaziland
ne sont pas uniques. Le WRM a rapporté de nombreux autres cas
de fleuves et de réserves d’eau disparus après l’établissement
de plantations d’arbres. Au lieu d’ignorer Peter George, les «
experts » de Woodmark devraient avoir l’humilité de comprendre
qu’ils ont beaucoup à apprendre de lui.
http://chrislang.org
index
–
L’Union européenne et les agrocarburants
: une durabilité indéfendable
Les
plantations de palmier à huile, de soja, de canne à sucre et d’autres
produits continuent de s’élargir aux dépens des forêts tropicales
et d’autres écosystèmes essentiels. Les populations autochtones,
latino-américaines d’origine africaine et paysannes en sont gravement
affectées, dépouillées de leurs terres et de leur mode de vie.
L’Union européenne prétend justifier l’expansion accélérée des
agrocarburants dans leurs territoires en établissant des critères
de durabilité supposée. Pourtant, avant même d’avoir fixé ces
critères et d’avoir consulté les populations concernées, les objectifs
ou pourcentages obligatoires d’agrocarburants à mélanger aux carburants
d’origine fossile étaient déjà fixés. Ces pourcentages sont si
élevés (5,75 % jusqu’en 2010 et 10 % jusqu’en 2020) que, d’après
de nombreuses analyses, il sera impossible de les atteindre. Cette
manière de procéder suggère que les critères de durabilité seront,
une fois de plus, une façade écologique visant à confondre l’opinion
publique, et qu’ils n’avantageront que les grandes entreprises
engagées dans ce qui s’annonce déjà comme une affaire en or.
Avant
d’établir des normes et des obligations qui ont des répercussions
sur les pays du Sud, les pays industrialisés auraient dû analyser
de façon plus exhaustive les effets de leurs politiques nationales
sur le développement des pays producteurs. Mais bien que ces politiques
n’aient pas encore été complètement définies, l’affaire se développe
dans les pays du Sud, rasant la forêt amazonienne et d’autres
forêts de la zone tropicale, des territoires indigènes et leurs
habitants, des populations d’origine africaine, la diversité biologique
et tout ce qu’elle trouve sur son chemin. Il est fortement contradictoire
que l’on essaie de présenter une activité purement commerciale
comme la solution aux problèmes de l’environnement et au changement
climatique, qui sont réels et très graves, mais qui ne seront
pas résolus par le marché des agrocarburants.
De
plus, l’absence de cohérence et de coordination entre les secteurs
concernés et les personnes affectées, et entre les programmes
politiques du Nord et du Sud, qui découle en partie de cette tentative
de marier les réalités commerciales à la protection de l’environnement,
risque de créer des problèmes sociaux irréparables chez les populations
extrêmement vulnérables des pays producteurs du Sud. Les paysans
sont expulsés de la campagne, les autochtones et les descendants
d’Africains sont poussés sur la voie de l’extinction.
D’autre
part, la viabilité économique de certaines industries semble impliquer
de menacer constamment la stabilité climatique et planétaire.
À l’heure actuelle, les effets écologiques et sociaux de la production
de matière première pour la fabrication d’agrocarburants dans
les pays du Sud, en réponse à la demande des pays du Nord, a déjà
des connotations qui inquiètent beaucoup les communautés affectées
et les organisations écologistes et sociales, d’autant plus que
ces effets risquent de se multiplier de façon exponentielle et
sans retour. Les prix de la terre et des vivres sont en train
d’augmenter considérablement. Pour produire des agrocarburants,
on abat des forêts tropicales, ce qui affecte la diversité biologique
et le mode de vie des habitants de ces écosystèmes, et on utilise
en plus de fortes doses de produits agrochimiques qui contaminent
la population, le sol et l’eau.
En
Équateur, les communautés afro-descendantes de La Chiquita et
les indigènes Awá de Guadualito ont obtenu récemment, après une
longue démarche judiciaire, une protection constitutionnelle sans
appel qui oblige le ministère de l’Environnement à contrôler la
contamination des sources d’eau provoquée par les entreprises
de palmier à huile et à prendre les mesures nécessaires pour corriger
cette situation. D’après un rapport sur l’expansion des plantations
de palmier africain dans la région, « l’élargissement des plantations
de palmier comporte un déboisement intensif, puisqu’on est en
train de les établir dans des zones peuplées de forêts naturelles
».
L’Union
européenne a entrepris d’inclure dans ses normes la condition
de durabilité pour l’importation de matière première des pays
du Sud, mais elle ne dispose d’aucun système pour garantir que
les critères sociaux et environnementaux sont respectés. D’ailleurs,
aucun système de certification sociale et environnementale de
ceux qu’on applique à l’heure actuelle dans d’autres domaines
semblables ne donne les résultats escomptés. Au contraire, le
système que l’on prend comme référence, celui du Forest Stewardship
Council pour la certification forestière, fait l’objet de nombreuses
plaintes (1), qui concernent autant des irrégularités en matière
d’environnement que des violations des droits de l’homme rendues
possibles par l’existence de graves défauts dans la structure
du système de certification. Dans les initiatives en cours pour
la certification de la durabilité des agrocarburants participent
surtout les gouvernements et d’autres institutions du monde industrialisé,
des entreprises et des organisations qui défendent leurs intérêts,
mais les effets négatifs actuels, les préoccupations des organisations
sociales du Sud et les populations qui risquent d’en être affectées
ne sont pas pris en compte. C’est du maquillage écologique pur
et simple.
Une
question se dégage de tout ce qui précède : de quelle durabilité
parle-t-on ? Une définition acceptable impliquerait la protection
ou l’aménagement approprié de l’environnement, la conservation
de la culture et du patrimoine et le bien-être économique et social
à long terme des communautés locales, à quoi s’ajoute à l’heure
actuelle l’atténuation des effets du réchauffement planétaire
sur le climat. Or, la ruée vers les agrocarburants ne semble comporter
aucun souci à l’égard de la conservation de la culture et du patrimoine,
de l’environnement ou du bien-être à long terme, et le climat
est utilisé surtout comme un prétexte.
Le
boom des agrocarburants consiste plutôt dans la conquête la plus
rapide possible des plus grands marchés possibles. En outre, telle
qu’elle est présentée, cette affaire permet aux entreprises de
se poser en écologistes et protectrices de l’environnement (avec
Al Gore en tête).
Tant
que les pays industrialisés formuleront des plans de durabilité
sans l’intervention des pays producteurs, ces plans ne reflèteront
pas les réalités ni les priorités socio-écologiques de ces derniers.
D’ailleurs, bien souvent ces priorités ne sont pas claires dans
les pays producteurs eux-mêmes, dont les politiques sont généralement
très influencées par les transnationales et les institutions qui
les appuient, comme la Banque mondiale, la BID, les organismes
de coopération internationale, etc. C’est pourquoi ce sont les
petits producteurs et la population la plus pauvre qui courent
le risque de payer tous les coûts, comme c’est déjà le cas.
Les
pays du Nord ont l’obligation de considérer les répercussions
de leurs politiques commerciales en matière d’agrocarburants sur
d’autres régions du monde, en particulier sur les pays du Sud.
Guadalupe
Rodríguez, campagne Selvas Tropicales y Derechos Humanos, Salva
la Selva, Amérique latine, adresse électronique :
guadalupe@regenwald.org,
www.salvalaselva.org.
On
trouvera une bibliographie et divers documents produits dans le
Sud au sujet des effets des agrocarburants sur les pays du Sud,
en espagnol, sur :
www.stop-agrocombustibles.nireblog.com ; en anglais : www.biofuelwatch.org.
(1)
Voir http://www.fsc-watch.org.