NOTRE
OPINION
–
Les espèces exotiques envahissantes : bien
plus qu’une question technique
L’Organe
subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques, techniques
et technologiques (OSASTT) à la Convention sur la diversité biologique
(CDB) aura sa treizième réunion à Rome du 18 au 22 février 2008.
En
ce qui concerne le WRM, deux points d’une importance extrême figurent
à l’ordre du jour : la diversité biologique des forêts et
les espèces exotiques envahissantes. Bien qu’il soit prévu de
les traiter séparément (le premier par toute l’assemblée et le
deuxième par un groupe de travail), nous pensons qu’ils sont inextricablement
liés.
Les
espèces exotiques envahissantes sont une des causes principales
de la perte de diversité biologique dans les forêts et dans d’autres
écosystèmes, mais le problème de la plantation d’arbres d’espèces
exotiques et envahissantes est rarement mentionné ou traité, en
dépit du fait que certaines espèces d’eucalyptus, de pins et d’acacias
sont déjà devenues envahissantes dans beaucoup de pays (par exemple,
en Afrique du Sud, au Chili, aux États-Unis ou en Uruguay).
S’il
existe de nombreuses définitions du terme « espèces exotiques
envahissantes », la plus acceptée est peut-être celle qui
les considère comme des espèces non indigènes qui ont une incidence
négative, du point de vue économique, environnemental ou écologique,
sur les habitats qu’elles envahissent.
La
manière dont l’invasion se produit n’a pas d’importance :
le vent, l’eau, les oiseaux ou les animaux peuvent avoir apporté
les semences de plantes qui vont se propager spontanément dans
l’habitat en question, ou ces espèces peuvent avoir été introduites
par des entreprises de plantation et avoir des effets négatifs
sur l’économie, l’écologie ou l’environnement.
D’après
ce qui précède, toutes les plantations industrielles d’arbres
exotiques en régime de monoculture sont considérées comme envahissantes
par les populations dont les habitats – et donc les moyens de
vie – sont négativement affectés par elles. Et, du fait qu’elles
affectent la diversité biologique, elles devraient être traitées
comme des espèces envahissantes dangereuses par la Convention
sur la diversité biologique.
À
ce propos, les experts de l’OSASTT devraient poser la question
essentielle et y répondre : ces plantations d’arbres exotiques
affectent-elles négativement ou non les habitats qu’elles envahissent ?
Si elles le font, il est clair que, du point de vue de la conservation
de la biodiversité, elles devraient être interdites, tout comme
le commerce de semences et de plantes d’autres espèces envahissantes
(p. ex. Lantana camara, Solanum mauritianum) a été interdit
dans beaucoup de pays.
Des
questions du même genre devraient être posées et répondues au
sujet des arbres génétiquement modifiés. Existe-t-il le risque
qu’ils affectent négativement les habitats, du point de vue économique,
environnemental ou écologique ? Pourraient-ils se propager
spontanément ? Leur pollen pourrait-il contaminer d’autres
espèces ? Si les réponses à ces questions sont affirmatives,
la décision de la CdP8 qui exhorte les pays à appliquer le principe
de précaution devrait être revue et remplacée par l’interdiction
absolue d’introduire des arbres GM dans l’environnement.
Bien
que les espèces plantées puissent se propager spontanément grâce
au vent, à l’eau, aux oiseaux ou aux animaux (et la même chose
arrive lorsqu’il s’agit d’arbres GM), les plantations elles-mêmes
ne sont pas le fruit du hasard, et la recherche en arbres GM non
plus. Les deux sont le résultat de décisions prises par les entreprises
dans le but d’augmenter leurs profits.
Ainsi,
si nous regardons la question de la diversité biologique dans
une perspective économique et politique, il devient évident que
les sociétés transnationales sont les espèces exotiques envahissantes
les plus dangereuses de toutes. Comme leurs équivalentes naturelles,
elles envahissent les terres et les forêts et détruisent les habitats
qui permettent à d’innombrables espèces et à la population locale
de subsister.
Les
exemples présentés dans ce numéro du bulletin (et bien d’autres
dans les 125 numéros antérieurs) suffisent à prouver ce qui précède.
Les entreprises minières en Inde, au Congo, au Bangladesh, de
pâte et papier au Chili et aux États-Unis, pétrolières et forestières
en Équateur, produisant de l’huile de palme en Indonésie, toutes,
sont en train d’envahir et de détruire des habitats riches en
diversité biologique et les moyens de subsistance de la population.
Néanmoins,
nous ne demandons pas à l’OSASTT de s’occuper de ce problème fondamental.
Ce que nous lui demandons coïncide davantage avec son mandat en
tant qu’organe consultatif de la CDB :
–
qu’il adopte une définition de
forêt d’où les grandes plantations soient exclues ;
–
qu’il exhorte la CDB à recommander
aux gouvernements de mettre fin à l’expansion des grandes plantations
d’espèces d’arbres exotiques en régime de monoculture ;
–
qu’il recommande à la CDB d’interdire
la plantation d’essences qui se sont déjà avérées envahissantes ;
–
qu’il recommande à la CDB d’interdire
les arbres GM.
Voilà
des résultats possibles de la réunion de l’OSASTT qui seraient
très positifs pour la diversité biologique et pour les gens.
index
LES COMMUNAUTÉS
ET LES FORÊTS
– Bangladesh
: résistance à l’extraction de charbon à ciel ouvert à Phulbari
En
août 2006, cinq personnes ont été tuées par les BDR (Bangladesh
Rifles) dans la ville de Phulbari du district de Dinajpur, au
cours d’une manifestation massive contre le projet de mine de
charbon à ciel ouvert supervisé par la société britannique Asia
Energy. Il y a eu des centaines de blessés dans la foule d’environ
50 000 personnes qui s’opposait à la mine. Celle-ci occuperait
une zone où il y a plus de cent villages de sept unions, dans
quatre Upazilas (Phulbari, Birampur, Nawabganj et Parbatipur)
et une partie de l’Upazila de Phulbari Sadar du district de Dinajpur.
En
plus d’affecter au moins 17 000 hectares dans quatre sous-districts
et de déplacer au moins 350 000 personnes, il faudra creuser
un trou de mille pieds de profondeur pour atteindre le riche gisement
de charbon ; après 30 années d’exploitation, ce trou contiendra
des substances toxiques ; pendant toute la vie utile de la
mine il faudra en extraire l’eau pour qu’elle ne s’inonde pas ;
elle sera une cause de pollution sonore en raison des explosions
régulières de dynamite et de la circulation permanente de camions
et de trains, de pollution de l’air par la poussière de charbon,
de pollution de l’eau par le lavage du charbon. De surcroît, elle
mettra les Sundarbans en danger.
En
effet, Philip Gain (1) explique que le charbon sera transporté
à travers les Sundarbans (la mangrove la plus large du monde),
et qu’il faudra construire de nouvelles voies ferrées et un nouveau
port de mer. Le bruit et la pollution de l’eau que provoque déjà
le port de Mongla et qui portent atteinte aux animaux, aux plantes
et à toutes les formes de vie de la mangrove augmenteront encore
en raison des activités de transport qui auront lieu pendant trente
ans.
Les
manifestations massives de 2006 ont duré plusieurs jours pendant
lesquels la petite ville a été paralysée du fait que l’autoroute
qui la traverse avait été bloquée. Le gouvernement est finalement
arrivé à un accord avec ceux qui réclamaient l’expulsion d’Asia
Energy, et il a interdit les mines à ciel ouvert dans le pays.
À
présent, un projet de politique gouvernementale en matière de
charbon est à l’étude, mais les gens s’y opposent et accusent
le gouvernement provisoire de trahir l’esprit de leur mouvement.
En effet, s’il interdit l’exportation de charbon, il permet les
mines à ciel ouvert en tant que projets pilotes. Or, d’après ceux
qui connaissent la situation de l’intérieur, la mine de charbon
de Phulbari pourrait bien tomber dans cette catégorie.
Le
documentaire « The Blood Soaked Banner of Phulbari »
(le drapeau ensanglanté de Phulbari) peut être visionné en ligne
sur :
http://banglapraxis.wordpress.com/2008/01/09/
documentary-film-the-blood-soaked-banner-of-phulbari/.
Article fondé sur : “Residents of
Phulbari apprehensive of coal policy”, The New Age, janvier
2008,
http://banglapraxis.wordpress.com/2008/01/09/
residents-of-phulbari-apprehensive-of-coal-policy/ ;
(1) “Killings in Phulbari Ignite Unstoppable Protest: Local Communities
Stand Strong against Open Cut Mining”, Philip Gain, SEHD,
http://www.sehd.org/phulbari/enreport2.html.
index
–
Inde : raffinerie d’aluminium illégale
dans un territoire tribal de l’Orissa
La
nouvelle Loi sur les droits forestiers tribaux de l’Inde est entrée
en vigueur début 2008. Elle donne aux communautés forestières
autochtones le droit de continuer de vivre dans la forêt. Les
communautés adivasi ne devront pas être expulsées si elles n’acceptent
pas de partir lorsque leur région est déclarée « habitat
d’espèces sauvages en danger ». Pourtant, il est fréquent
que l’administration des zones boisées et les entreprises essaient
de les déplacer, pour entreprendre des activités minières même
dans les réserves.
Dans
la région montagneuse de Niyamgiri, dont on a vérifié qu’elle
était appropriée pour y faire une réserve avec un couloir pour
les éléphants, dans le district de Kalahandi de l’Orissa, l’entreprise
Vedanta Aluminium (filiale de Vedanta Resources, une société métallurgique
et minière britannique) a prévu d’extraire de la bauxite et elle
a même construit une raffinerie d’aluminium illégale dans une
zone voisine. Par suite des pressions locales et internationales,
la demande de permis d’extraction de Vedanta a été refusée par
la Cour suprême en novembre 2007. Néanmoins, la Cour a proposé
que la mine soit contrôlée par une Special Purpose Vehicle,
une ‘entité à but spécial’ créée à cette fin par le gouvernement
de l’État d’Orissa, à laquelle participerait Sterlite, elle aussi
filiale de Vedanta Resources.
Ce
qui suit est un rapport concernant la zone de la raffinerie illégale,
publié en décembre 2007 par l’activiste et journaliste indépendante
Veera Rönkkö :
« Même
avant que la raffinerie de Vedanta à Lanjigarh ne soit en vue,
sa présence se fait sentir, car on a les yeux qui brûlent et une
sensation désagréable à la gorge.
La
raffinerie a été construite dans la zone nº 5, classée comme zone
tribale parce que la population indigène y est majoritaire. Les
territoires ainsi classés « ne peuvent pas être transférés
à des entreprises privées sans le consentement des populations
tribales concernées ». Or, les communautés tribales n’ont
pas validé le transfert de terres à Vedanta en donnant leur consentement
par écrit ; ainsi, l’opération est absolument illégale.
L’occupation
de terres boisées exigeant une autorisation du gouvernement de
l’Inde, Vedanta a demandé son permis environnemental en déclarant
qu’aucune terre boisée n’était nécessaire. Le Comité central de
la Cour suprême a considéré ceci « comme une infraction grave
aux lois et réglementations », « le permis environnemental
[...] ayant été délivré à partir d’informations fausses »,
et il a « recommandé que le permis pour le projet de raffinerie
soit révoqué et la mine [...] interdite ».
Lorsque
la Gram Sabha (assemblée villageoise) s’est réunie pour donner
son consentement, seul était présent le principal fonctionnaire
gouvernemental du district (‘district collector’). Les
villageois – ceux dont la vie allait être directement affectée
par la raffinerie – n’ont jamais été consultés ; ils ne savaient
même pas que la réunion aurait lieu.
L’entreprise
a deux bassins près de la raffinerie : le bassin aux cendres
et le bassin de boue rouge. Le premier est un endroit spectral,
dont les rives sont couvertes de poussière gris pâle et où d’autres
déchets toxiques s’écoulent constamment dans l’eau par un tuyau
ouvert.
Le
bassin de boue rouge est caché aux regards par des murs qui l’entourent,
et un garde se tient à l’entrée. Il est situé sur les berges du
fleuve Vamsdhara, qu’il couvre en partie. Une inondation subite
peut provoquer une brèche par laquelle la boue rouge nauséabonde
et toxique se déversera massivement dans le fleuve. Cette boue
est un mélange de produits chimiques alcalins, fortement toxiques,
de métaux lourds et d’éléments radioactifs. Le fleuve est si contaminé
maintenant que des personnes et des animaux en sont morts.
De
longs tuyaux, qui ont des fuites à divers endroits, parcourent
toute la zone et empoisonnent le sol.
Vedanta
s’est empressée de faire savoir qu’elle investissait de l’argent
pour améliorer la vie des habitants de la zone, mais on n’en trouve
aucune évidence à Lanjigarh. Il ne suffit pas de poser quelques
affiches et de peindre quelques panneaux de signalisation pour
améliorer le niveau de vie des gens. Les emplois créés par la
raffinerie ont été donnés à des gens de l’extérieur. Devant le
désastre écologique provoqué par Vedanta, les gens des lieux se
retrouvent les mains vides, n’ayant obtenu ni travail ni compensation.
Tout
près de la raffinerie se trouve le village de Chhatrabur ;
ses maisons et ses champs sont aujourd’hui couverts de poudre
blanche d’aluminium. Dans ce village, deux personnes sont mortes
après s’être baignées dans le fleuve, qui leur a causé de gros
furoncles et finalement la mort. On a fait venir le fonctionnaire
principal du district pour lui montrer dans quelle condition elles
étaient, mais aucune mesure n’a été prise. En ce moment, quatre
personnes ont de graves maladies de la peau. Bien d’autres ont
des tâches bizarres qu’ils montrent en relevant leurs chemises.
Tout le monde a des problèmes aux yeux. En outre, la raffinerie
affecte gravement l’agriculture : la production de riz est
tombée de 200 kg à 50 kg seulement.
Belamba
est un autre village proche, où habitent 35 familles. Au départ,
la raffinerie de Vedanta devait y être construite, mais ces gens-là
ont refusé de partir, en dépit des harcèlements, des coups et
des menaces de mort. Après un an et demi d’opposition, Vedanta
a décidé de construire sa raffinerie à un autre endroit où il
était plus facile d’obliger les villageois à déménager. Les habitants
de Belamba disent, eux aussi, que leur production de riz s’est
réduite presque de moitié depuis la construction de la raffinerie,
et que là où il tombe des cendres les cultures sont ‘brûlées’.
Ils doivent conduire leurs vaches plus loin pour qu’elles mangent
et boivent, parce que 17 vaches d’autres villages sont mortes
après avoir bu l’eau du fleuve. Il paraît que depuis la mort des
vaches Vedanta a arrêté de déverser des résidus pendant le jour,
mais qu’elle le fait à la nuit noire.
La
terre de Vedanta est entourée d’un mur épais qui, à un point donné,
s’interrompt soudain sur une courte distance. Là se trouvent la
maison et le jardin d’un homme qui a refusé de quitter sa propriété.
Quand nous sommes allés le voir nous avons trouvé sa mère qui,
effrayée, nous a dit qu’elle ne se rappelait pas le nom de son
fils et ne savait pas où il était. Pour ne pas l’inquiéter encore
davantage, nous sommes repartis en lui disant que nous voulions
seulement féliciter son fils pour son courage.
Derrière
la raffinerie se dressent les montagnes de Niyamgiri, menacées
aujourd’hui par le projet de Vedanta d’extraire de la bauxite
dans une zone de 750 ha couverte de forêts protégées. Ces collines
boisées et intactes possèdent une faune riche et variée ;
beaucoup d’animaux figurent sur la liste de l’UICN des espèces
en péril. De même, de nombreuses plantes rares poussent dans cette
région, dont 70 espèces de plantes médicinales de grande valeur.
Là trouvent leur source deux fleuves importants, le Vamsadhara
et le Nawagali, et trente-six ruisseaux.
Dans
la zone prévue pour la mine il y a 120 villages habités par les
Jharnca-Khonds (ceux du fleuve) et les Donkria-Khonds (ceux de
la montagne), qui risquent de disparaître et n’existent plus que
dans cette région. Pour eux, les montagnes Niyamgiri sont sacrées ;
les voyant comme l’origine de la vie, ils leur adressent des prières
et ne coupent pas les arbres qui s’y trouvent. Ils vivent à leur
manière traditionnelle et subviennent à tous leurs besoins, sauf
le sel qui vient de l’extérieur. Dans la forêt, ils cueillent
des produits non ligneux, et ils plantent quelques produits comme
des ananas, des mangues, des bananes de montagne, du curcuma,
des jaques, du millet et quelques légumes pour leur consommation
quotidienne.
Le
dernier endroit que nous avons visité à Lanjigarh est le lieu
de réinstallation des paysans qui ont perdu leur terre. Les maisons
sont toutes petites et alignées en rang. La dame de la maison
du bout a fait une extension pour avoir un peu plus de place.
Elle dit qu’elle est très bien mais qu’elle pense à son village.
En parlant, elle semble changer constamment d’avis et de discours,
d’une façon très confuse. Il est évident que ces personnes ne
sont pas censées dire ouvertement ce qu’elles pensent. Avant,
il y avait un garde à l’entrée du village car les gens de l’extérieur
n’étaient pas autorisés à entrer. Notre visite attire beaucoup
l’attention ; quelques minutes plus tard, un policier arrive
pour voir ce qui se passe. Lorsque nous partons, il fait déjà
noir et l’air commence à sentir incroyablement mauvais. Les volontaires
de la ceinture verte locale nous expliquent que Vedanta lâche
beaucoup de gaz pendant la nuit.
Veera
Rönkkö,
veerapu13@suomi24.fi, et Ville-Veikko Hirvelä,
villeveikkoh@gmail.com
Un
appel adressé par Les Amis de la Terre Finlande à la Cour suprême
de l’Inde le 24 janvier 2008 est disponible sur :
http://www.wrm.org.uy/countries/India/Appeal_Niyamgiri.pdf.
Pour davantage d’informations sur la région de Niyamgiri et les
mines de bauxite veuillez visiter :
http://www.freewebs.com/epgorissa.
index
–
Liberia : alors, à qui appartiennent les
forêts ? Nouvelle publication du SDI et du FERN
En
2003, le Liberia est sorti d’un conflit national et régional qui
a duré 14 ans et qui a laissé près de 270 000 morts et 1,5
million de personnes déplacées. Les élections présidentielles
de novembre 2005 ont été remportées par Ellen Johnson-Sirleaf,
qui est ainsi devenue la première femme présidente de l’histoire
de l’Afrique. Le fait que le conflit était dû en partie à l’exploitation
effrénée et à la compétition pour les ressources du pays, le bois
en particulier, a été bien documenté. Ce facteur, joint à la corruption
et à l’appropriation indue des revenus, avait porté l’ONU à appliquer
en 2003 des sanctions à l’exportation de bois du Liberia. À la
suite d’une enquête qui a montré que l’industrie du bois n’apportait
aucun bénéfice réel aux populations locales et que la surface
totale des concessions d’exploitation forestière équivalait au
double de la surface boisée, l’administration de la présidente
Sirleaf a annulé toutes les concessions, suspendu toutes les activités
de coupe et adopté un nouveau code forestier.
Malgré
ses nombreuses déficiences, ce code stipule qu’une nouvelle loi
sur les droits forestiers communautaires doit être approuvée avant
la fin 2007, et cela va accélérer la formulation d’un nouveau
cadre juridique susceptible de permettre un meilleur partage des
nombreux bénéfices que les forêts et d’autres ressources du Liberia
ont à offrir.
Une
nouvelle étude dirigée par Liz Alden Wily, publiée par l’Institut
du développement durable du Liberia (SDI) et par le FERN, énonce
clairement les mesures à prendre pour la formulation de cette
loi. Le rapport, basé sur des recherches sur le terrain menées
par le SDI, décrit le système actuel fondé sur la loi coutumière
et dit comment ce système pourrait et devrait être intégré à une
loi formelle de manière à assurer que les populations locales
deviennent propriétaires des terres qu’elles habitent.
Cette
étude est marquante du fait qu’elle rassemble les textes juridiques
existants et les nouveaux pour prouver que le respect des droits
fonciers est compatible avec la croissance économique. Elle montre
clairement la voie à suivre pour adopter une gestion des forêts
améliorée et décentralisée, fondée sur les structures locales,
et prévient que l’octroi de concessions dans les terres communautaires
pourrait déclencher de nouveaux conflits.
Le
rapport est disponible sur
http://www.fern.org/media/documents/document_4078_4079.pdf
et sur
www.loggingoff.info, section Liberia. Pour en savoir plus :
saskia@fern.org,
director@sdiliberia.org.
index
– Les
expectatives des ONG libériennes à propos d’un accord de partenariat
FLEGT entre l’UE et le Liberia
Les
ONG libériennes espèrent que les négociations qui devraient démarrer
le printemps prochain entre l’Union européenne (UE) et le Liberia
pour conclure un accord de partenariat ‘FLEGT’ (Application des
réglementations forestières, gouvernance et échanges commerciaux)
soutiendront leur demande de réforme des lois et de respect des
droits fonciers des populations locales. Tout accord de partenariat
entre l’UE et le Liberia doit partir de la définition d’une législation
qui garantisse la bonne gouvernance et accorde aux communautés
libériennes un contrôle de longue durée sur les forêts du pays,
dont elles sont les gardiennes naturelles. En outre, il est important
que le cadre juridique et institutionnel libérien s’aligne sur
les principes constitutionnels et les réalités socioculturelles
du pays, et sur la législation internationale et les meilleures
pratiques. Le rapport du FERN Forest Governance in Liberia,
an NGO perspective (Le gouvernement des forêts du Liberia,
du point de vue des ONG) donne des recommandations détaillées
au sujet d’un tel accord.
Si
l’accord de partenariat volontaire s’avère inapproprié et ne s’accompagne
pas des réformes juridiques et institutionnelles nécessaires,
il marquera le début d’un nouveau chapitre négatif de l’histoire
du Liberia. Ce pays a grand besoin de progrès visibles pour stimuler
la confiance dans le nouveau gouvernement de la présidente Sirleaf
et le processus démocratique. La tentation de profiter du patrimoine
national pour stimuler la croissance économique et renflouer le
trésor public sera sans doute forte, mais les leçons du passé
et celles d’autres pays montrent que la vente des forêts anciennes
ne réussit même pas à produire les résultats espérés dans l’immédiat.
En revanche, le Liberia doit commencer à instituer les mesures
nécessaires pour viser le développement à long terme. En ce moment
où le pays essaie de se remettre de quatorze années de guerre
civile et de décennies de mauvais gouvernement, de corruption
et d’une libéralisation commerciale excessive non accompagnée
d’un développement significatif, il ne peut pas se permettre un
nouveau pas en arrière.
Le
rapport sera bientôt disponible sur
www.fern.org et
www.loggingoff.info. Pour davantage d’informations :
saskia@fern.org et
director@sdiliberia.org.
index
–
Pérou et Équateur : les derniers Peuples
Libres sont harcelés par les entreprises pétrolières et forestières
Fin
2007, le gouvernement du Pérou a autorisé l’exploitation de nouvelles
concessions pétrolières dans la province de Loreto, sur la frontière
avec l’Équateur, en attribuant les lots 67 et 121 à l’entreprise
nord-américaine Barrett Resources Corporation et le lot 39 à la
société espagnole Repsol-YPF.
Or
ces lots, d’après les preuves présentées en 2003 et 2005 par l’Association
interethnique de développement de la forêt péruvienne (AIDESEP),
appartiennent au territoire des « Peuples libres »(1)
Tagaeri et Taromenane, qui vivent en isolement volontaire. Les
preuves en question sont des témoignages concernant plusieurs
rencontres oculaires de soldats et d’habitants de la région, et
la présence de sentiers, de sons et d’évidences physiques telles
que des lances croisées et des céramiques.
L’entreprise
pétrolière Barrett prévoit d’installer 8 000 km de lignes
sismiques sur une surface relativement réduite, ce qui implique
une incroyable intensité, sans précédents dans l’Amazonie péruvienne.
Elle prévoit également d’établir 5 bases logistiques, 61 campements
et 61 héliports, et d’y amener plus d’un millier de travailleurs,
le tout au centre de la zone proposée pour la Réserve territoriale
Napo Tigre. Tant de mouvement, de bruit, de déboisement et de
destruction mettraient en péril l’existence des peuples indigènes
en isolement volontaire, que les travailleurs pétroliers feraient
fuir de leurs territoires de chasse traditionnels, en violation
de leurs droits territoriaux, d’après les articles 16 et 18 de
la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail.
(2)
Il
est évident que la présence de ces peuples n’a pas été prise en
compte au moment de formuler le programme de prospection sismique.
L’étape d’exploration pétrolière implique de parcourir la forêt
de sentiers pour faire détoner des charges d’explosifs à peu de
distance l’une de l’autre. « Ces explorations transforment
la forêt en un papier quadrillé ; à chaque intersection des
lignes ils font un trou où ils mettent des cartouches de dynamite
qui, en explosant, leur permettent en quelque sorte de faire le
dessin du sous-sol » [...] « pour les habitants de la
forêt cela représente une toile d’araignée impossible à éviter ».
(3)
En
outre, Barrett prévoit de faire venir des membres des communautés
waorani équatoriennes, de les « entraîner » et de les
utiliser comme traducteurs pour pouvoir communiquer avec les Taromenane,
en violation manifeste de l’article 3 de la Convention 169 de
l’OIT.
L’étude
d’impact environnemental ne mentionne aucune précaution pour éviter
les rencontres avec les indigènes. Au contraire, elle comporte
un plan d’actions à mener après une rencontre « non forcée ».
Les rencontres exposent ces peuples à de graves dangers, du fait
de leur vulnérabilité extrême, car ils manquent de défenses biologiques
contre des maladies courantes, comme la grippe ou la rougeole,
que les travailleurs pétroliers pourraient introduire. Des épidémies
de maladies de ce genre peuvent décimer rapidement des populations
entières, comme c’est déjà arrivé.
La
même chose s’est passée en 1955 en Équateur, lorsque des évangélistes
nord-américains de l’Institut linguistique d’été envoyaient des
cadeaux à un groupe de Waorani au moyen d’un panier qu’ils descendaient
d’une avionnette. Par cette méthode ils ont réussi à les amadouer
et finalement à les cantonner dans un espace d’un dixième de leur
territoire originel, pour que Texaco vienne exploiter impunément
leur terre, tandis que la population était décimée par les maladies
introduites. À présent, c’est Barrett qui entend leur offrir des
colliers, des couvertures, des allumettes, des peignes, etc. ;
quant à Repsol, elle prévoit de s’adresser à eux par mégaphone
en cas d’attaque, avec des phrases telles que « Quelque chose
vous dérange ? », « Nous ne sommes pas après vos
femmes, nous avons nos propres femmes chez nous ».
La
société pétrolière espagnole Repsol a un sombre dossier au Pérou :
violation des droits des travailleurs, licenciements massifs,
pollution dans la raffinerie La Pampila. Tout comme Pluspetrol,
elle a déversé 5 500 barils de pétrole dans le fleuve Marañón,
dans la forêt du nord du Pérou, affectant la Réserve Pacaya Samiria
et les villages de Cocamas-Cocamillas. Au cours du projet Camisea,
on a rapporté des agressions aux communautés machiguengas et des
atteintes à des populations indigènes non contactées, aux réserves
de Nahua et Kugapakori et à des sites sacrés tels que le cañon
Pongo de Mainique et la réserve communale de Vilcabamba « Pavilk
Nikitine » (Oilwatch, 2002).
D’autre
part, les peuples indigènes tagaeri et taromenane en isolement
volontaire sont nombreux au-delà de la frontière. L’État équatorien
a démarqué pour leur survie une zone intangible de 650 000
hectares située entre les fleuves Curaray et Nashiño. Or, malgré
la création de cette zone où toute activité est interdite, les
membres de ces clans continuent de subir les pressions de l’extraction
de ressources naturelles dans leur territoire. La présence d’empreintes,
d’ustensiles et d’autres objets de valeur anthropologique tout
le long du fleuve Nashiño et aux cours moyen et supérieur du Curaray
(du côté péruvien) permet de supposer que certains membres de
ce groupe sont en train de fuir le harcèlement qu’ils subissent
du fait de la chasse et de la coupe illégale de bois dans la partie
équatorienne de leur territoire.
La
Commission interaméricaine des droits de l’homme a défini les
mesures de précautions que l’Équateur devrait prendre pour la
protection des « Peuples libres ». À ce jour, elles
se sont traduites par des plans d’action qui sont restés sur le
papier, tandis que les menaces restent quotidiennement présentes
dans la forêt. Cette situation se complique encore plus du fait
de la présence à la frontière des deux entreprises pétrolières
et, pire encore, à cause des déclarations du gouvernement du Pérou,
suivant lequel il n’existe pas de preuves fermes de la présence
de peuples isolés dans cette région du pays. L’attribution des
lots 67 et 121 à l’entreprise Barrett et du lot 39 à Repsol met
en danger la zone intangible, déjà fragile, établie par l’Équateur
pour protéger les Tagaeri et les Taromenane.
Finalement,
il faut souligner qu’aucun mécanisme n’a évité que le contact
avec des étrangers n’aboutisse à la disparition de ces groupes
humains à cause de la propagation de maladies ou des affrontements
violents qui ont été largement documentés. Par conséquent, la
seule mesure efficace pour la survie de ces cultures consiste
à éviter le contact, à respecter leur territoire, l’usage que
ces peuples font de leurs ressources et leur droit à décider librement
de rester isolés.
Nathalia
Bonilla, Campagne pour les forêts, Acción Ecológica, Équateur,
foresta@accionecologica.org
(1)
Nom donné à ses frères par la Nation Waorani de l’Équateur.
(2)
Lettre de Finding Species au ministère de l’Environnement du Pérou,
2007.
(3)
Cabo de Villa Miguel Angel, 1997, LA SELVA DE LOS FANTASMAS ERRANTES.
Cicame, Pompeya, Équateur (pages 33-34).
index
–
République démocratique du Congo : la
guerre de pillage
Les
gros titres des principaux journaux et magazines dépeignent la
crise du Congo comme allant de pair avec la notion préconçue de
l’Africain « sauvage » et « dépravé », disent
Maurice Carney et Carrie Crawford, membres des Amis du Congo (FOTC),
dans leur article « Les victimes de la lutte pour les ressources
du Congo » (http://friendsofthecongo.org/commentaries/congo_casualties.php).
Ce faisant, « les principaux médias d’Occident se rendent
complices d’un des vols de ressources les mieux documentés du
20e siècle, qui se poursuit à l’aube du 21e
siècle ».
Les
auteurs rappellent à juste titre que « les conflits qui ont
abouti à des viols brutaux et des tueries épouvantables sont inextricablement
liés au pillage du Congo ». Ils ajoutent que « la persistance
du conflit est souvent attribuée aux milices Hutu qui ont fui
le Rwanda en 1994 après le génocide commis dans ce pays. En fait,
cela n’est qu’une partie de l’histoire et n’en donne pas un panorama
complet. Il faut se rappeler, à toutes fins utiles, que le Rwanda
a contrôlé l’Est du Congo de 1996 à 2002, soi-disant pour poursuivre
les génocidaires Hutu, dénommés l’Interhamwe. Pourtant, c’est
avec l’Ouganda que le Rwanda a eu l’affrontement militaire le
plus important, à l’intérieur du Congo, avec pour enjeu le contrôle
des vastes concessions de diamants de Kinsangi, à des centaines
de kilomètres du lieu où se trouvaient les redoutables génocidaires
Hutu. Donc, si la présence Hutu au Congo est bien un problème,
elle est loin d’expliquer l’origine de la violence et des crimes
dans ce pays ».
L’article
signale que « lorsque les organisations humanitaires cherchent
des fonds pour aider les femmes et les enfants violés et brutalisés
au Congo, elles devraient commencer par les entreprises qui font
la queue pour y dérober des fortunes, tandis que 80 % des
Congolais vivent avec moins de 30 cents par jour. Parallèlement
à l’orgie de tueries et de viols il existe ce qu’un magnat a appelé
une fête. Gerhard Kemp, de la Rand Merchant Bank de Johannesburg
(Afrique du Sud), aurait dit : « Le Congo possède tant
de richesses minérales qu’il est impossible de ne rien faire.
Personne ne veut arriver le dernier à cette fête ».
L’article
cite aussi un rapport de 2007 de l’ICG qui dit que « les
États-Unis, le Canada, l’Afrique du Sud et la Belgique ont été
les premiers à essayer de contrôler les réserves stratégiques
de cuivre, de cobalt et d’autres minéraux, et d’empêcher la Chine
d’y avoir accès ». Le même rapport dit que « la célébration
publique organisée en août 2005 par l’ambassadeur des États-Unis
pour fêter l’acquisition des concessions de Tenke-Fungurume par
la Phelps-Dodge [actuellement Freeport-McMoran Copper & Gold],
et la cérémonie grandiose qui a eu lieu à Kolwezi en 2006 pour
la réouverture de la mine Kamoto, à laquelle ont assisté des représentants
de la Belgique, l’Union européenne, le Canada, la France, l’Angola
et même les Nations unies » a révélé que le principal intérêt
des diplomates occidentaux présents au Congo, censément pour contribuer
au processus démocratique, était d’ordre économique.
Il
n’est pas inutile de rapporter le commentaire d’un lecteur congolais
vivant à Los Angeles, au sujet de la visite du PDG de Freeport-McMoran
Copper & Gold Inc. au président Joseph Kabila : « Cela
ne fait que confirmer ce qu’on a toujours dit de Joseph Kabila :
il ne s’intéresse qu’aux entreprises minières. Celles-ci peuvent
bien apporter des emplois ou un peu d’argent à la population mais,
à l’heure de vérité, il n’y a que leurs actionnaires qui comptent.
Joseph Kabila va tout faire pour que ces actionnaires soient satisfaits,
tandis que les Congolais qui, eux aussi, ont besoin de considération
et de protection, sont voués à l’extermination dans l’Est du Congo »
(http://www.eacourier.com/articles/2007/10/29/
local_news/doc47228e6172be8078788651.txt).
D’après
Global Witness, dans cette affaire « le Congo n’était propriétaire
que de 17,5% de ses propres ressources et se retrouvait dans une
position telle qu’il risquait même de ne rien gagner. Néanmoins,
l’agence gouvernementale nord-américaine Overseas Private Investment
Corporation (OPIC) a fourni une assurance-risque à un projet d’investissement
de la Freeport-McMoran d’un milliard de dollars ».
L’article
de FOTC déplore que « du fait des forts intérêts dans les
ressources du Congo, les Congolais ont tout contre eux. Les dés
sont jetés, et les Congolais ne feront que s’appauvrir de plus
en plus pendant plusieurs générations. Ces contrats odieux seront
en vigueur pendant 30 ou 40 ans, avec l’appui de la législation
internationale. La Banque mondiale a défini dès 2002 les directives
forestières et minières du Congo, à partir d’un modèle néolibéral
qui exige de vendre au rabais les richesses du pays à des intérêts
privés ».
Et
il ajoute : « En voyant ce qui se passe au Congo nous
pouvons grincer des dents ou nous couvrir les yeux, mais l’image
désagréable qui est souvent omise ou obscurcie, surtout par les
grands médias, est la forte responsabilité des entreprises qui
nous approvisionnent en téléphones mobiles, consoles de jeux,
ordinateurs portables et autres gadgets et qui tirent profit des
malheurs de ce pays ».
Les
auteurs concluent : « si la communauté mondiale jouait
un rôle constructif au Congo, les Congolais s’occuperaient du
reste et produiraient des leaders capables de représenter leurs
intérêts et d’apporter la réconciliation, la justice et la prospérité
à ce pays si important situé au cœur de l’Afrique ».
Article
fondé sur :
“Casualties in the Scramble for Congo’s Resources”,
Maurice Carney et Carrie Crawford, FOTC, 17 décembre 2007, adresse
électronique
info@friendsofthecongo.org,
http://friendsofthecongo.org/commentaries/congo_casualties.php.
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LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE
D'ARBRES
–
Chili : Patricia Troncoso, symbole de la lutte
des Mapuche contre un gouvernement au service des entreprises
forestières
La
jeune dirigeante mapuche Patricia Troncoso est en grève de la
faim depuis le 10 octobre 2007. Patricia est en prison, condamnée
à une peine de 10 ans et un jour, accusée d’incendie terroriste
de la propriété Poluco Pidenco. Cet incendie eut lieu en décembre
2001 et ses auteurs présumés furent jugés avec l’intervention
de « témoins sans visage », c’est-à-dire anonymes, en
application de la loi antiterroriste approuvée pendant la dictature
militaire. Leur procès fut donc dépourvu de toute garantie, malgré
le fait que le Chili avait ratifié le Pacte international relatif
aux droits civils et politiques.
Le
cas de Patricia n’est pas unique. Dans les prisons d’Angol, Victoria,
Lebu, Concepción, Temuco et Traiguén se trouvent plus de 20 prisonniers
politiques mapuche, et la plupart d’entre eux ont été jugés suivant
la législation antiterroriste de l’époque de Pinochet.
À
ce qui précède s’ajoute l’atrocité toute récente du meurtre de
Matías Catrileo, un jeune mapuche de 22 ans, abattu par le dos
par la police chilienne le 3 janvier 2008.
Rien
de tout cela n’est le fruit du hasard. L’État chilien s’est mis
au service des entreprises forestières et, tandis que la police
réprime, torture et tue, le pouvoir judiciaire criminalise la
lutte des Mapuche. L’historien Víctor Toledo Llancaqueo dit à
ce propos : « Le cas mapuche est un exemple de la criminalisation
de la contestation sociale, il s’agit d’un processus politique,
médiatique et juridique qui, en étiquetant comme délits les actes
contestataires, cherche à sortir le conflit social de l’arène
politique pour le situer dans le domaine pénal. L’objectif est
de mettre en marche le pouvoir punitif de l’État pour neutraliser,
discipliner ou anéantir la contestation ».
Toledo
Llancaqueo ajoute que « les médias et les secteurs de droite
ont joué un rôle-clé dans le processus de criminalisation de la
contestation mapuche. Face à la mobilisation indigène, ils ont
tout fait pour la délégitimer, pour la pénaliser et pour la faire
considérer comme une affaire de sécurité. De leur côté, les entreprises
forestières ont subi les effets du conflit avec les communautés
mapuche sur leur image. Accusées de dégâts écologiques et de répression
d’indigènes au moyen de gardes privés, elles risquaient de perdre
certains marchés. Devant cette situation, les grands groupements
forestiers ont fait pression sur le gouvernement et sur l’opinion
publique pour que les conflits soient résolus pénalement. On a
donné des proportions excessives aux conséquences économiques
de la contestation mapuche et au délit d’incendie. (Version intégrale
du document :
http://bibliotecavirtual.clacso.org.ar/ar/libros/osal/osal22/CDH22Toledo.pdf)
Tandis
que l’État et les médias font de leur mieux pour dissimuler l’existence
du peuple mapuche qui lutte pour récupérer ses territoires ancestraux,
aujourd’hui occupés par des entreprises forestières, la répression
et la criminalisation dont il est objet s’aggravent de jour en
jour. Cependant, la solidarité avec lui croît aussi, et de plus
en plus de Chiliens se mobilisent pour défendre ses droits. En
une déclaration récente, ils affirment que « tant le meurtre
de Matias – dont nous espérons que l’auteur matériel recevra une
sanction exemplaire de la Justice – que le traitement injuste
des prisonniers mapuche sont le fruit d’une politique de répression
systématique des communautés mapuche, exercée par l’État chilien
au profit des intérêts des entreprises forestières, électriques
et latifundistes ; cette politique ne coïncide pas avec les
positions adoptées par notre pays dans les organismes et forums
internationaux ». Ils demandent « au gouvernement de
mettre fin à cette situation d’injustice institutionnalisée et
d’adopter une politique active de respect et de défense des droits
humains et ancestraux du peuple mapuche ». (Version intégrale
de la déclaration :
http://www.wrm.org.uy/paises/Chile/Declaracion_2008.html)
De
sa prison, et après plus de trois mois de grève de la faim, Patricia
Troncoso dit au peuple chilien et au monde « que la
violence illégitime de l’argent et du pouvoir, que cette incarcération,
que la persécution, la criminalisation de notre cause et la brutalité
policière ne sont pas la manière de résoudre le problème historique
et politique avec notre peuple. Parce que, tandis que vous, messieurs
les politiciens, vous passez, les Mapuche continuent de germer
et de croître pour les générations futures. Et les Mapuche continueront
de résister à votre arrogance et à votre domination. Nous continuerons
de lutter, nous continuerons de résister, et nous savons que si
l’un de nous tombe, dix autres se lèveront ». (Vidéo du message :
http://www.wrm.org.uy/Videos_Esp/Patricia_Troncoso.html)
Patricia
est devenue le symbole de la lutte d’un peuple qui a démontré
à maintes reprises la vérité des paroles par elle prononcées :
pour chaque Mapuche tombé, dix autres se sont levés. Et ils continueront
de le faire jusqu’à obtenir justice.
Ricardo
Carrere, WRM,
rcarrere@wrm.org.uy
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–
L’industrie papetière et les plantations de pins dans le Sud des
États-Unis
La
capacité de consommation des États-Unis est légendaire. Bien que
notre population figure à la troisième place, loin derrière celles
de la Chine et de l’Inde, nous consommons plus que n’importe quel
autre pays du monde. Cela est vrai aussi dans le cas du papier :
un Nord-américain consomme en moyenne 300 kg de papier par an,
dépassant de beaucoup la consommation des habitants des autres
pays. Pour information, disons qu’aux États-Unis on estime que
le minimum requis pour satisfaire les besoins de lecture et écriture
et de communication est de 30-40 kilos par personne.
Ce
que la plupart des gens ne savent pas est que, si nous importons
du papier de partout, en particulier du Brésil, du Canada et de
l’Indonésie, le Sud des États-Unis est de loin la première région
papetière : 15 % du papier du monde y sont produits.
Cette production massive s’accompagne des habituelles pratiques
forestières destructrices, de la coupe rase sur de grandes étendues
qui atteignent des milliers d’hectares à l’exploitation de forêts
en danger et à la transformation de nos forêts indigènes naturelles
en plantations de pins stériles.
Il
existe aux États-Unis plus de 32 millions d’acres (près de 13
millions d’hectares) de plantations de pins. Ces dernières années,
la plupart de ces plantations ont été établies aux dépens des
forêts indigènes. En plus de transformer nos forêts d’une diversité
incroyable en cultures agricoles, nous aggravons encore les choses
en y appliquant massivement des engrais et des herbicides chimiques.
Depuis 1999, les États-Unis ont utilisé dans les plantations plus
de produits chimiques que tout le reste du monde, empoisonnant
les rivières, l’eau potable, le bétail et la population.
Les
lecteurs du bulletin du WRM savent sans doute que la Dogwood Alliance,
une coalition de plus de 70 organisations, s’efforce de mettre
fin aux pratiques destructrices de l’industrie papetière. À l’heure
actuelle, nous nous concentrons sur la région des marais du sud
qui s’étend sur la plaine côtière atlantique, de la Virginie à
la Géorgie, et où les effets de l’industrie du bois ont été particulièrement
graves.
La
plaine littorale atlantique est l’une des régions les plus diverses
de l’Amérique du Nord : elle comprend aussi bien les savanes
de pins des marais (Pinus palustris) que les forêts des
terres alluviales, et des écosystèmes uniques comme celui de Carolina
Bays, où l’on trouve beaucoup de plantes et d’animaux qui n’existent
nulle part ailleurs dans la planète.
Un
exemple unique est la savane de pins des marais ; ceux-ci
mettant de 100 à 150 ans à atteindre leur taille maximale, ils
ne sont pas appropriés pour les industries du bois et du papier.
Ces forêts résistantes au feu incluent une trentaine d’espèces
en danger qui dépendent d’elles pour survivre.
Cette
région est aussi le foyer de la dionée attrape-mouches, une plante
carnivore qui attrape et mange des mouches et des arachnides.
On ne la trouve que dans une petite zone marécageuse située dans
le Sud-Est de la Caroline du Nord et le Nord-Est de la Caroline
du Sud.
Cette
région si riche est gravement menacée par l’industrie de la pâte
et du papier, et surtout par des entreprises comme International
Paper qui y possède trois usines de fabrication d’emballages.
Nos forêts sont abattues, réduites en particules et transformées
en pâte pour fabriquer le papier dans lequel sont présentés des
produits tels que les fast-foods. C’est une vraie tragédie.
Les
causes principales de la disparition des zones humides d’eau douce
du Sud des États-Unis sont le creusement de canaux et le drainage.
Cette région a été particulièrement frappée. Les zones humides
sont indispensables pour le contrôle des inondations, pour éviter
l’effet des orages, pour filtrer l’eau potable et comme habitat
d’innombrables espèces animales. Or, de larges canaux ont été
creusés au fil des ans pour drainer l’eau des marais, de manière
à assécher le sol pour y planter une essence à croissance rapide,
Pinus taeda, que l’on peut récolter tous les 12 ans.
Ces
derniers mois, la région a subi une forte sécheresse qui a permis
d’exploiter la forêt marécageuse à des endroits jamais touchés
auparavant. Nous nous retrouvons devant une crise écologique qui
n’augure rien de bon pour l’avenir de la faune, la flore, les
marais et les personnes qui en dépendent, car moins de 10 %
de ces forêts sont protégées.
La
Dogwood Alliance prévoit de consacrer les prochaines années à
lutter pour la protection de cet endroit d’une importance si critique
et pour enrayer l’invasion des plantations de pins. Nous ferons
campagne pour que quelques-unes des plus grandes entreprises du
monde, Mc Donalds, Taco Bell, Unilever et d’autres encore, arrêtent
d’acheter leurs emballages dans cette région si spéciale, commencent
à utiliser moins de papier et, le cas échéant, recourent au papier
recyclé. En nous attaquant à ces grandes sociétés nous avons l’espoir
de protéger les forêts de notre région mais aussi de pousser d’autres
entreprises à revoir leur mode de fonctionnement, de manière à
protéger d’autres forêts importantes et les communautés qui en
sont tributaires dans le monde entier.
Scot
Quaranda, Dogwood Alliance,
scot@dogwoodalliance.org
index
– Indonésie :
ce grand producteur d’huile de palme est-il aussi un grand émetteur
de gaz à effet de serre ?
L’Indonésie,
l’un des premiers producteurs d’huile de palme, a atteint en 2006
une production de 16 millions de tonnes, après avoir triplé, entre
1995 et 2005, la superficie plantée de palmiers.
Le
gouvernement du pays avait suspendu la transformation des forêts
domaniales en plantations agricoles, quoique sans préciser pendant
combien de temps ni s’il s’agissait d’interdire la conversion
des forêts ou d’interdire que celles-ci soient reclassées pour
permettre d’y faire des plantations (Cf. Bulletin nº 124 du WRM).
Pourtant, la politique du pays en matière d’huile de palme semble
être d’en accroître toujours la production. Il est prévu d’ajouter
10 ou 11 millions d’hectares aux six millions déjà plantés de
palmier à huile pour répondre à la demande mondiale.
L’huile
de palme est utilisée dans de nombreux produits alimentaires et
biens de consommation, et elle est en outre l’une des matières
premières principales du biodiesel, à présent en plein essor.
Début 2007, l’Union européenne s’est fixé l’objectif de porter
à 10 %, d’ici à 2020, la part des biocarburants dans les
carburants utilisés pour le transport.
Pour
porter la production d’huile de palme de l’Indonésie à 40 millions
de tonnes d’ici à 2020, il s’avère nécessaire d’ajouter près de
300 000 ha par an de nouvelles plantations. D’après un rapport
du ministère des Forêts indonésien et de l’Union européenne cité
dans un article d’Hilary Chiew (1), il sera inévitable que la
plupart des nouvelles plantations soient établies dans des zones
humides, puisque les terres sèches, quoique plus désirables, sont
déjà occupées.
Le
fabricant indien d’huile comestible Jhunjhunwala Vanaspati Ltd
a récemment annoncé son projet d’acheter 20 000 hectares
de plantations de palmier à huile en Indonésie, pour un montant
de 38 millions de dollars. D’après Reuters (2), le directeur de
l’entreprise, S.N. Jhunjhunwala, a dit qu’ils « cherchaient
des plantations vierges ou en production en Indonésie ».
Pour cette entreprise indienne, l’opération a deux objectifs.
Premièrement, il s’agit de baisser les coûts. Le coût de production
des huiles comestibles est en train d’augmenter ; en achetant
des plantations à l’étranger, les entreprises indiennes peuvent
réduire les frais d’importation de l’huile de palme crue.
D’autre
part, en Indonésie ces entreprises évitent la législation qui
les empêche d’acquérir en Inde les grandes étendues dont elles
ont besoin. Ainsi, elles se dirigent vers des pays du Sud-Est
ou d’Amérique du Sud, où les réglementations sont moins strictes.
Pourtant,
cette belle affaire pèse lourd sur les habitants et l’environnement.
Presque un quart des plantations de palmier à huile de l’Indonésie
sont établies dans la province de Riau, où abondent les tourbières.
Ces tourbières riches en carbone sont asséchées et brûlées à cette
fin, lâchant dans l’atmosphère d’énormes quantités de dioxyde
de carbone. D’après Wetland International, c’est la raison pour
laquelle l’Indonésie est troisième parmi les principaux émetteurs
de gaz à effet de serre et responsables du réchauffement planétaire,
après les États-Unis et la Chine.
L’Agence
indonésienne d’évaluation et application technologique (BPPT)
allègue que les calculs n’ont pas tenu compte de la capacité d’absorption
de carbone des forêts indonésiennes, qui réduit le résultat final.
Que
le pays figure troisième ou quatorzième sur la liste des principaux
émetteurs, la destruction des forêts tropicales pour la plantation
de palmier à huile représente, comme le signale le Rapport sur
le développement humain 2007/2008 du PNUD, « l’érosion d’une
ressource qui joue un rôle vital dans la vie des pauvres, dans
le système écologique et dans la biodiversité ». Le rapport
du PNUD reconnaît de même que « l’expansion rapide du marché
[de l’huile de palme] est allée de pair avec l’érosion des droits
des petits exploitants agricoles et des peuples premiers ».
Donc, pour qui l’affaire est-elle bonne ?
Article
fondé sur des informations tirées de : (1) “, Hilary
Chiew, The Star Online,
http://thestar.com.my/lifestyle/story.asp?
file=/2008/1/1/lifefocus/19561783&sec=lifefocus ;
(2) “India firm eyes oil palm plantations in Indonesia”,
Reuters,
http://in.news.yahoo.com/071121/137/6nj6g.html ;
“Indian firms scout for farms overseas”, M.R. Subramani, The Hindu
Business Line,
http://www.thehindubusinessline.com/2007/12/03/stories/2007120350860500.htm ;
Rapport mondial sur le développement humain 2007/2008, PNUD,
http://hdr.undp.org/en/media/hdr_20072008_fr_complete.pdf.
index
–
Zimbabwe : des plantations d’arbres
pour accumuler des crédits d’émission de gaz à effet de serre
Dans
le bulletin du mois dernier du WRM, numéro 125, nous avons parlé
de la 12e Conférence des Parties à la Convention-cadre
des Nations unies sur les changements climatiques qui avait eu
lieu à Bali, en Indonésie, en décembre 2007. À cette occasion,
nous avons signalé que certaines décisions du Conseil d’administration
du MDP risquaient d’attirer davantage de projets de plantation
d’arbres : l’élimination des restrictions destinées à éviter
que des forêts soient abattues pour les remplacer par des monocultures
sponsorisées par le MDP, et l’élargissement des dimensions des
projets de plantation d’arbres habilités à se porter candidats
au MDP avec des démarches simplifiées et moins d’exigences en
matière d’évaluation des impacts écologiques et sociaux.
La
tendance que nous avons annoncée semble commencer à se manifester
au Zimbabwe.
Un
article paru dans The Herald du 11 janvier 2008 (1) annonce que
« le gouvernement du Zimbabwe a commencé à recevoir des demandes
de renseignements de la part d’investisseurs des pays industrialisés
qui veulent accumuler des crédits d’émission de gaz à effet de
serre en vertu du Protocole de Kyoto de la Convention-cadre des
Nations unies sur les changements climatiques, a dit cette semaine
un fonctionnaire gouvernemental ».
D’après
le journal, ce fonctionnaire aurait dit que « Les investisseurs
ont manifesté leur intérêt à mettre en œuvre des projets de boisement
et de reboisement dans la province centrale de Mashonaland, à
Murehwa, Mutoko et Uzumba-Maramba-Pfungwe ».
Le
parlement du Zimbabwe a voté à l’unanimité, le 6 décembre dernier,
la ratification du protocole, et les demandes d’information ont
commencé à arriver avant et après cette ratification.
Le
gouvernement du Zimbabwe semble s’être tout à fait engagé dans
le commerce du carbone et se montre enthousiaste au vu des devises
étrangères qu’il obtiendrait à court terme en affectant de vastes
étendues de terre à des plantations d’arbres exotiques et indigènes
génératrices de crédits d’émission. The Herald indique qu’une
tonne de dioxyde de carbone stocké se vend à l’heure actuelle
entre cinq et sept euros.
Les
estimations chrématistiques comme celle-ci se sont avérées fausses
pour les peuples dont la subsistance dépend de la terre et de
l’eau. À moins de freiner l’invasion des terres agricoles, des
forêts et des zones humides par des plantations d’arbres en régime
de monoculture, toute la planète se retrouvera dans la même situation
dans un avenir assez proche.
(1)
“Country to Reap Investment from Protocol”, The Herald (Harare),
11 janvier 2008,
http://allafrica.com/stories/200801110193.html.
index
LES ARBRES GM
–
Aotearoa / Nouvelle-Zélande : les arbres
GM de Scion ont été abattus !
L’entreprise
néo-zélandaise Scion fait, depuis 2003, des essais en plein champ
de plantation de pins radiata et d’épicéas norvégiens génétiquement
modifiés, dans ses installations de recherche de Rotorua. Ces
arbres GM contiennent des gènes rapporteurs, des gènes de résistance
aux herbicides et des gènes qui, d’après Scion, « sont susceptibles
d’affecter le développement floral ». Il est prévu que l’essai
dure 22 ans, mais aucun des arbres ne restera en place pendant
plus de 10 ans.
En
janvier 2008, quelqu’un est entré dans le lieu d’expérimentation
de Scion en creusant un passage sous la clôture. Dix-neuf arbres
GM ont été abîmés, mais apparemment personne ne sait si on en
a emporté des parties. Le protestataire (ou les protestataires)
a laissé une pelle portant un autocollant où on lisait «Nouvelle-Zélande
sans OGM ».
La
Soil and Health Association (Association Sol et Santé), une ONG
néo-zélandaise fondée en 1941, fait campagne depuis quelque temps
pour qu’on mette fin à l’essai d’arbres GM et qu’on enlève les
arbres. Peu après l’atteinte aux arbres, cette association a publié
un communiqué de presse où elle disait que Scion devrait abattre
ses arbres GM et que, les lapins ayant creusé un tunnel sous la
clôture qui entoure le champ, il existait le risque que du matériel
végétal GM ait été emporté à l’extérieur.
Scion
reconnaît qu’il y a des lapins dans le site de l’essai, mais allègue
qu’ils ne peuvent pas en sortir parce que la clôture pénètre dans
la terre jusqu’à une profondeur d’un mètre et demi. L’entreprise
n’explique pas comment ces lapins sont entrés. Steffan Browning,
de la Soil and Health Association, a visité le site en novembre
2007. Il a trouvé des évidences de la présence de lapins à l’intérieur
et à l’extérieur. Il a fait des photos d’un « trou visible
dans la clôture et au-dessous d’elle, lequel, de toute évidence,
était là depuis un certain temps ».
En
application des normes de l’organisme chargé de la gestion des
risques environnementaux (ERMA), Scion est censée inspecter la
clôture chaque semaine. Le rapport 2007 de Scion à l’ERMA ne mentionne
pas les lapins.
Claire
Bleakley, de l’organisation Nouvelle-Zélande sans OGM (GE Free
NZ), dit dans un communiqué de presse : « Chaque année,
GE Free NZ soulève le problème du respect des normes mais personne
ne nous écoute. Il faut espérer qu’aucun matériel GM n’a été sorti
des installations. La responsabilité de cette négligence revient
en partie aux services de surveillance et d’inspection ».
Browning
remarque que « l’ERMA n’a jamais refusé aucune demande d’essai
en champ ». Il signale qu’il existe un conflit d’intérêts,
puisque « certains décideurs de l’ERMA [sont] des employés
d’autres CRI [Institutions de Recherche de la Couronne] qui font
des expériences en OGM ».