NOTRE
OPINION
–
Aridité et mort vs diversité et fertilité :
l’avis des femmes sur les plantations
La
Journée internationale de la Femme n’est pas loin, et nous aimerions
rendre hommage aux innombrables femmes qui luttent pour leurs
droits en publiant des extraits d’une étude récemment menée au
Brésil par deux femmes qui, d’une part, passent en revue les combats
des femmes brésiliennes contre les plantations et, d’autre part,
présentent des témoignages sur les répercussions que ces plantations
ont eues sur la vie et la subsistance de ces femmes. (1)
Dans
le paragraphe initial, les auteurs expliquent que « Le 8
mars 2006, Journée internationale de la Femme, avant l’aube, 2 000
femmes de Vía Campesina occupèrent la pépinière d’arbres d’Aracruz
Celulose, située dans l’État de Rio Grande do Sul, au Brésil.
Leurs visages cachés derrière des foulards pourpres, elles firent
une descente éclair pour détruire des milliers de plants d’eucalyptus.
Leur objectif était d’attirer l’attention du public brésilien
sur les conséquences de la monoculture d’eucalyptus et de pins
pour la population et les écosystèmes de la région. [...] Dans
leurs déclarations, elles assimilèrent les déserts vers des plantations
d’eucalyptus à l’aridité et à la mort, et soulignèrent les rapports
de la diversité et la fertilité, qui rendent la vie possible,
et ceux de la monoculture et la désertification, qui représentent
la mort ».
L’étude
contient de nombreux témoignages sur les effets négatifs des plantations
d’eucalyptus d’Aracruz Celulose sur les communautés locales en
général et sur les femmes en particulier. Par exemple, Maridéia,
une femme tupinikim, se rappelle l’époque antérieure à l’arrivée
d’Aracruz : « C’était si merveilleux d’avoir la rivière
à notre disposition. Nous avions de l’eau pour boire et faire
la cuisine... Nous pouvions pêcher, attraper les poissons avec
une épuisette. Toutes ces femmes... elles étaient si nombreuses
au bord de l’eau ! C’était l’endroit où on faisait la lessive.
Une fois le travail fini, on prenait un bain avant de partir,
vous savez ? »
C’était
le bon vieux temps. Ensuite Aracruz est arrivée et elle « a
détruit tout ce que nous avions, notre forêt, notre fleuve, les
poissons, le gibier » (Rosa, du village tupinikim de Pau-Brasil).
En
se fondant sur les témoignages de ces femmes, le rapport conclut :
« Dans
ce nouveau contexte, certains problèmes sont les mêmes pour les
hommes et les femmes, mais d’autres sont spécifiques à chaque
sexe. En perdant leur territoire, les femmes ont perdu leurs fermes,
les endroits où faire un jardin, élever du petit bétail et planter
des herbes médicinales.
Le
remplacement des forêts par des plantations d’eucalyptus a provoqué
la disparition des aliments qu’on obtenait auparavant par la cueillette,
la chasse et la pêche. La destruction de la forêt tropicale a
fait disparaître aussi les fleuves et les ruisseaux, autrefois
des lieux de réunion pour les femmes et un espace privilégié pour
échanger leurs savoirs. Les femmes indigènes et quilombola ont
été obligées de vivre dans un environnement pollué par les produits
chimiques utilisés dans la monoculture industrielle. La disparition
des forêts a entraîné aussi la perte des matières premières employées
pour la production d’ustensiles et d’objets artisanaux, une activité
qui était surtout du domaine des femmes dans les communautés indigènes.
La
diminution de la diversité biologique a impliqué la disparition
d’un grand nombre de médicaments naturels tirés des plantes, des
racines et des animaux de la forêt. Les femmes guarani, qui avaient
recours aux plantes pour stimuler ou réduire la fertilité, ont
été privées du droit de planifier leur famille et ont dû recourir
aux pilules contraceptives et à la ligature des trompes. En outre,
les femmes indigènes et quilombola ne trouvent plus les plantes
grimpantes, les arbres et les graisses animales dont elles se
servaient autrefois à des fins médicinales.
Certaines
femmes indigènes, dépositaires d’un vaste savoir sur la flore
et la faune indigènes, sont aujourd’hui domestiques, journalières,
baby-sitters ou cuisinières chez les fonctionnaires d’Aracruz
Celulose. L’obligation d’entreprendre ces nouvelles tâches a porté
atteinte à leur rôle de mères, les forçant à sevrer leurs enfants
en bas âge ou à les laisser chez d’autres pour aller s’occuper
des enfants des femmes des villes.
Face
à des transformations aussi radicales, ces populations ont formé
des alliances avec des mouvements sociaux et des ONG qui appuient
leur lutte. Elles appartiennent aujourd’hui à un réseau pour renforcer
encore leur capacité de résistance. Les femmes, qui jouent un
rôle capital dans ces combats, ont elles aussi entrepris de s’organiser
dans des domaines spécifiques pour discuter des répercussions
de la monoculture d’eucalyptus sur leur vie et des moyens de contribuer
à ressusciter le style de vie de leurs peuples. »
« Les
femmes indigènes et quilombola qui, des décennies durant, ont
subi ensemble les effets des plantations d’eucalyptus, cherchent
maintenant à partager leur expérience organisationnelle et découvrent
ensemble les chemins de la liberté. Elles se rapprochent de plus
en plus, chacune encourageant l’autre dans cette lutte commune
contre l’oppression de l’agro-industrie et du patriarcat. »
Ce
qui précède concerne la situation spécifique d’une région déterminée
du Brésil ; néanmoins, nous savons que les très nombreuses
femmes qui vivent près des plantations dans bien des pays d’Amérique
latine, d’Afrique et d’Asie se verront reflétées dans cette étude.
À l’occasion de cette nouvelle Journée internationale de la Femme,
nous espérons que les constatations qu’elle apporte les aideront
dans leur lutte pour enrayer ce système de plantation d’arbres
qui symbolise « l’aridité et la mort » et pour s’orienter
vers un type de développement qui représente « la diversité
et la fertilité, deux facteurs qui rendent la vie possible ».
(1)
Barcellos, Gilsa Helena et Ferreira, Simone Batista (2008) : Women
and Eucalyptus: Stories of Life and Resistance.”Impacts of Monocultures
on Indigenous and Quilombola Women in the State of Espirito Santo”.
WRM, janvier 2008,
http://www.wrm.org.uy/countries/Brazil/Book_Women.html (en
anglais, espagnol et portugais).
index
LES COMMUNAUTÉS
ET LES FORÊTS
–
Amazonie : le droit des peuples de
vivre en isolement volontaire
Dans
son article « Les peuples cachés dans la selva. Leur droit
de vivre leur propre Amazonie » (*), l’écrivain argentin
Elina Malamud se penche avec beaucoup de sensibilité sur les conditions
qui ont poussé de nombreux peuples amazoniens à décider de vivre
isolés. L’auteur reprend les paroles du Brésilien Sydney Possuelo,
champion de la lutte pour la défense du droit des groupes indigènes
à maintenir leur style de vie : « Si nous étions plus
décents, il n’y aurait pas de peuples isolés ; c’est notre
conduite qui les a poussés à se protéger de nous. Leur isolement
n’est pas volontaire, nous le leur avons imposé ».
L’Amazonie,
convoitée depuis la conquête espagnole pour l’or, puis le caoutchouc,
le pétrole, les bois précieux, fut la proie de la voracité des
aventuriers et des trafiquants, qui laissèrent à leur passage
une traînée de maladies, de désintégration et de mort. Aujourd’hui,
les travaux associés aux projets de développement (comme les barrages
et la route transamazonienne) et l’expansion industrielle ont
les mêmes effets dévastateurs sur l’intégrité physique et culturelle
des peuples indigènes de l’Amazonie.
Possuelo,
témoin de première main du fonctionnement de « l’intégration »,
en parle ainsi : « Le contact entraînait la déstructuration
des groupes, les besoins artificiels – ‘si tu leur donnes des
vêtements, tu dois leur donner ensuite du savon pour qu’ils les
lavent’ –, la perte du contrôle de soi, l’alcoolisme, la prostitution
et surtout la destruction, parce que le pire de tout étaient les
épidémies de maladies que nous combattons facilement avec des
comprimés mais contre lesquelles les indiens du fond de la forêt
n’avaient aucune défense immunologique, de sorte qu’ils mouraient
inéluctablement, seuls, abandonnés par leurs frères dans la selva ».
« À partir de 1987, je suis passé du contact à la protection,
c’est–à-dire au non-contact, au droit à l’isolement, car c’était
la meilleure manière de les protéger. »
Grâce
à leur mode de vie, ces groupes d’indigènes sont autosuffisants
dans leur milieu ; pourvu que celui-ci ne soit pas perturbé,
ils vivent dans l’abondance grâce à ce que la forêt leur donne :
« la chasse, la pêche, les fruits et le bois, joints à l’horticulture
itinérante, sont des ressources de la flore et de la faune que
leurs pratiques culturelles et leur faible démographie rendent
renouvelables ».
Les
groupes qui ont choisi l’isolement y ont droit, et ce droit a
été reconnu par les Nations unies. L’auteur ajoute qu’ils ont
aussi « droit à la reconnaissance politique et juridique
des États nationaux, à la propriété collective de leurs territoires,
de leurs ressources, de leurs gènes, de leurs connaissances culturelles ».
C’est
à nous tous de reconnaître et de défendre leurs droits, d’empêcher
le génocide de ces peuples et la mort des forêts.
(*)
“Pueblos ocultos en la selva ¿Derecho a vivir
la propia Amazonía?”, Elina Malamud, 5 février 2008,
http://www.ecoportal.net/content/view/full/75895.
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–
Colombie : le tribunal constitutionnel
donne raison aux organisations sociales au sujet du Code forestier
Le
28 mars 2006, sous les fortes pressions du gouvernement et de
l’industrie forestière, la loi 1021 fut approuvée en Colombie
(cf. Bulletin nº 105 du WRM). Ce « Code forestier »,
qui permettait aux grands investisseurs forestiers d’accéder facilement
aux forêts du pays et leur accordait des privilèges, compromettait
l’avenir des forêts domaniales et de celles qui appartenaient
aux populations indigènes et afrocolombiennes.
En
2007, l’organisation ‘Grupo de Derecho de Interés Público de la
Universidad de los Andes’, avec l’appui de vastes secteurs sociaux
colombiens et internationaux, déposa une plainte en inconstitutionnalité
contre le Code forestier.
Le
23 janvier 2008, le Tribunal constitutionnel se prononça et laissa
cette loi sans effet, donnant ainsi raison aux peuples indigènes
et aux communautés afrocolombiennes qui, à maintes reprises, avaient
dénoncé son inconstitutionnalité du fait qu’elle avait été adoptée
sans les avoir consultés et sans qu’ils puissent participer au
processus de sa formulation et son approbation.
De
nombreuses organisations sociales colombiennes ont publié un communiqué
(1) où elles disent : « Cette décision représente une
protection fondamentale pour l’intégrité des minorités ethniques ;
elle contredit et freine autant les prétentions du gouvernement
de supprimer la consultation préalable que les tentatives de nous
convaincre que l’élimination des droits collectifs et de l’intégrité
culturelle, sociale et économique des peuples et des communautés
ethniques est irréversible ».
Selon
l’organisation colombienne Semillas, « cette décision du
tribunal constitutionnel donne raison à tous les Colombiens qui
croient à la possibilité d’un monde plus juste et durable. Ce
triomphe nous donne de l’espoir et redonne de l’élan à la résistance
et à la lutte de la société en général contre la privatisation
de tous les biens de propriété publique et le saccage des territoires
collectifs ». (2)
Il
s’agit d’une victoire de la lutte populaire menée par de nombreuses
organisations sociales colombiennes. Cette lutte a abouti à une
décision de haut niveau qui fait jurisprudence. Il y a lieu de
la célébrer.
Article
fondé sur : (1) “Comunicado a
la Opinión Pública. La liberación del derecho a la consulta previa.
La Corte Constitucional, declara inexequible la Ley General Forestal”,
23 janvier 2008, envoyé par Diego Alejandro Cardona Calle, Censat
Agua Viva, adresse électronique :
selvas@censat.org, et (2) La
Corte Constitucional declara inexequible la Ley Forestal”, Grupo
Semillas,
http://www.semillas.org.co/sitio.shtml?apc=I1----&x=20155467.
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–
Mexique : la lutte permanente des populations
indigènes contre l’exploitation forestière illégale
Pour
les défenseurs de l’écologie mexicains, la lutte continue. Les
activistes qui cherchent à protéger leurs écosystèmes sont toujours
menacés par les exploitants illégaux et par l’inaction des autorités
gouvernementales.
Dans
ce contexte s’insère le cas de l’environnementaliste Ildefonso
Zamora, de sa famille et de son village, San Juan Atzingo, situé
dans la municipalité d’Ocuilán de l’État de Mexico. Ildefonso
Zamora travaille depuis 1998 à attirer l’attention du public vers
le problème de l’exploitation forestière illégale dans sa communauté.
Celle-ci jouxte le Parc national des lacs de Zempoala, une zone
considérée comme l’une des 15 ‘régions critiques’ affectées par
la coupe illégale dans le pays. Le parc est situé à l’intérieur
de ce que Greenpeace appelle « la grande forêt d’eau »,
qui héberge deux pour cent de la diversité biologique du monde
et fournit trois quarts de l’eau consommée dans la ville de Mexico,
en plus de contribuer à atténuer le changement climatique et ses
effets sur la région.
Ces
dernières années, Ildefonso, les membres de sa famille et des
partenaires de leur propriété communale indigène ont subi des
menaces de la part des exploitants clandestins. Des incidents
divers ont eu lieu, dont des coups de feu tirés autour de leurs
maisons, des menaces de mort, des confrontations dans des véhicules
sur l’autoroute ; même le maire local a été menacé.
L’attaque
la plus grave contre ces défenseurs de la forêt a été le meurtre
du fils d’Ildefonso, Aldo, de 21 ans, abattu sur l’autoroute par
un groupe de bûcherons illégaux en mai 2007. Il a fallu attendre
rien moins que 79 jours pour que deux des hommes impliqués soient
arrêtés. Neuf mois après la mort d’Aldo, les deux autres assassins
sont toujours en liberté, en dépit d’avoir été clairement identifiés
et bien qu’un mandat d’arrêt ait été délivré contre eux. Le président
du Mexique, Felipe Calderón, a déclaré publiquement en juillet
2007 qu’il allait faire justice, mais tel n’a pas encore été le
cas.
Ces
incidents ont lieu dans un climat de harcèlements et de dénigrement
systématique des défenseurs des droits environnementaux. Le meurtre
d’Aldo Zamora peut être associé à d’autres cas semblables, comme
ceux de Rodolfo Montiel, Teodoro Cabrera, Felipe Arreaga et Albertano
Peñaloza dans les montagnes de l’État de Guerrero, et ceux des
environnementalistes du peuple autochtone tarahumara, Isidro Baldenegro
et Hermenegildo Rivas, dans l’État de Chihuahua.
Le
Centre pour les droits de l’homme Miguel Agustín Pro Juárez, de
la ville de Mexico (Centro Prodh) a travaillé avec Ildefonso et
la population de San Juan Atzingo à la défense légale et la sensibilisation
du public, et à l’organisation d’ateliers de formation. En juin
2007, Centro Prodh et Greenpeace Mexique ont adressé à la Commission
interaméricaine des droits de l’homme une demande de mesures de
précaution pour la protection de la vie et de l’intégrité physique
des membres de la communauté victimes de menaces. D’autre part,
Centro Prodh a souligné la situation de la population de San Juan
Atzingo dans un rapport sur les défenseurs des droits de l’homme
envoyé en janvier 2008 au représentant spécial du Secrétaire général
des Nations unies.
Le
fait qu’en faisant campagne pour protéger l’environnement on puisse
mettre sa vie en danger montre qu’il faudrait exiger avec plus
de force aux autorités locales de rendre des comptes sur leur
implication dans ces délits. Ildefonso Zamora et sa communauté
portent encore le deuil d’Aldo Zamora et attendent toujours justice.
Vous
trouverez davantage d’information sur cette affaire, ainsi que
les adresses des autorités auxquelles on peut envoyer des lettres,
sur :
http://centroprodh.org.mx/english/.
Veuillez visiter aussi le site de Greenpeace Mexique :
http://www.greenpeace.org/mexico/press/releases/caso-aldo-zamora-seis-meses-d
ou adresser un message à
internacional3@centroprodh.org.mx.
index
–
République démocratique du Congo : l’invasion
du palmier à huile a démarré
Depuis
sa naissance comme nation indépendante en 1960, la République
démocratique du Congo a toujours vécu en guerre. La Belgique dont
elle dépendait autrefois, mais aussi les États-Unis, l’Union européenne
et des institutions financières internationales comme la Banque
mondiale ont été les agents cachés et les parties intéressées
dans une situation où la rivalité ethnique a attiré l’attention
mondiale, tout en dissimulant les combats d’ordre économique pour
les richesses de ce pays qui était le premier exportateur de cobalt,
le quatrième exportateur de diamants et l’un des dix grands producteurs
mondiaux d’uranium, de cuivre, de manganèse et d’étain.
La
guerre civile qui a ravagé le pays de 1998 à 2002, suivie d’autres
affrontements qui se poursuivent encore aujourd’hui, visait pour
une large mesure à s’approprier les diamants, l’or, le cobalt,
l’ivoire et le bois. Dans cette guerre étaient impliqués non seulement
neuf pays voisins du Congo, mais aussi plusieurs pays occidentaux,
dont certains appuyaient les rebelles et d’autres le gouvernement.
Un
ensemble complexe d’entreprises occidentales directement et indirectement
intéressées dans la région a essayé d’obtenir le contrôle des
ressources naturelles du pays : Anglo American, American
Mineral Fields, Barclays Bank et De Beers du Royaume-Uni ;
Texaf, George Forrest International, Petrofina et Union Minière
de la Belgique ; Tenke Mining Company du Canada ; Bayer
A.G. de l’Allemagne ; America Mineral Fields, Cabot Corporation
et Brown & Root (filiale de Halliburton) des États-Unis, pour
n’en nommer que quelques-unes.
La
guerre, financée et armée par des intérêts commerciaux étrangers,
a fait 3,8 millions de victimes. C’est la population pauvre du
pays qui en a payé le prix.
Les
peuples des forêts, Mbuti, Sua, Aka, Efe, Ituri, Batwa, Luba,
Mongo, Azande, Bangi, Ngale, Rundi, Teke, Boa, Chokwe, Lugbara
et Banda ont vécu dans cette région depuis des temps reculés.
Ils n’ont pas été consultés lorsque les pouvoirs coloniaux se
sont emparés de leurs territoires ni pendant le néocolonialisme,
et les projets de conservation non seulement ne leur ont apporté
aucun bénéfice mais les ont expulsés des forêts. On estime que
6 millions de personnes ont déjà été déplacées dans ce pays
dont 40 millions d’habitants, sur une population totale de 62,6
millions, dépendent de la forêt pour survivre. La faim et les
maladies ont tué plusieurs millions d’entre eux. Entourés des
biens les plus convoités du monde, ils ne sont plus que des victimes
qui dépendent de l’aide humanitaire.
Bien
que les combats aient continué dans certaines régions du pays,
le Congo a maintenant un président élu, Joseph Kabila, depuis
les élections nationales de 2006. D’après un rapport récent de
BBC News, « M. Kabila a bénéficié de l’appui de gouvernements
occidentaux comme ceux des États-Unis et de la France, d’alliés
régionaux comme l’Afrique du Sud et l’Angola, et d’hommes d’affaires
et de magnats de l’industrie minière qui ont signé des contrats
milliardaires pendant son gouvernement ».
Le
tableau a radicalement changé dernièrement, depuis que la Chine
est apparue comme un rival de poids dans la compétition pour profiter
des hauts prix des matières premières. D’après un rapport de John
Farmer et Ann Talbot, « la Chine s’est installée au Congo
en investissant huit milliards de dollars dans des projets d’infrastructure
et des opérations minières. Ainsi, les entreprises chinoises auront
le contrôle de plusieurs grandes mines de cuivre et de cobalt.
Depuis que cet investissement a été annoncé, le président Kabila
est sollicité par tous les gouvernements qui craignent pour leurs
intérêts dans le pays ».
La
table est servie. Il reste encore des millions d’hectares de forêts
tropicales de grande valeur. Après avoir survécu à la dévastation
des années de guerre, elles sont prêtes à être pillées. Il est
prévu d’associer leur exploitation industrielle à la plantation
de palmier à huile en régime de monoculture, afin de répondre
à la demande croissante d’agrocarburants pour les voitures européennes
et nord-américaines et à la demande insatiable d’huile de palme
de la Chine.
Malgré
les innombrables témoignages dont on dispose, en Colombie, au
Cameroun, en Indonésie, en Équateur et dans bien d’autres pays,
sur les effets négatifs des grandes plantations de palmier à huile
qui privent les populations de leurs moyens de subsistance, les
discours dominants continuent d’affirmer qu’il est bon de les
créer. Par exemple, le Dr Schmidhuber, économiste de l’ONU, a
dit que la RD du Congo pourrait affecter des millions d’acres
à la plantation de matières premières pour la fabrication d’agrocarburants,
dont le palmier à huile. Fermant les yeux aux résultats de ce
processus partout ailleurs, il ajoute que les aspects environnementaux
seraient moins problématiques au Congo, puisqu’il y a de grandes
étendues de terre cultivable à l’extérieur des forêts tropicales.
Non seulement cet argument ignore la présence de personnes qui
habitent ces zones ou qui en dépendent, mais il s’avère absolument
faux, pour une raison très simple : ce qui rend vraiment
profitables les plantations de palmier à huile c’est d’obtenir
l’accès à des zones boisées, d’abattre les arbres, de vendre le
bois et d’utiliser l’argent pour planter les palmiers.
Le
processus de destruction a déjà commencé. En octobre 2007, une
entreprise chinoise a signé un contrat d’un milliard de dollars
pour établir plus de trois millions d’hectares de plantations
de palmier à huile dans le pays. L’invasion du palmier à huile
a démarré et les forêts, que la guerre a épargnées, seront détruites
en temps de paix.
Article
fondé sur des informations tirées de : “Further war threatens
in Congo as rivalry for resources intensifies”, John Farmer et
Ann Talbot, 22 janvier 2008, (http://www.wsws.org/articles/2008/jan2008/cong-j22.shtml) ;
“DR Congo has great potential for biofuels says U.N. official,”
mongabay.com, 9 janvier 2008,
http://news.mongabay.com/2008/0109-congo.html ; “Country
profile: Democratic Republic of Congo”, BBC, (http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/africa/country_profiles/1076399.stm) ;
The World Guide, New Internationalist/Instituto del Tercer Mundo,
2001/2002, pages 179-181.
index
LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE
D'ARBRES
–
Davantage de misère, de conflits fonciers et de déboisement :
le dossier de la Banque asiatique de développement
La
BAD a prêté plus d’un milliard de dollars à des projets forestiers
depuis 1997, date du premier de ces projets. La plupart des projets
récents financés par la Banque ont été considérés comme « partiellement
réussis ou non réussis ». La Banque reconnaît qu’il
y a eu « des problèmes dans la planification et la mise en
œuvre » et que « ses investissements dans le secteur
[forestier] ont eu un effet positif minimal sur la dégradation
et la disparition des forêts ». Même cet « effet positif
minimal » est le résultat d’avoir défini les plantations
comme des forêts. D’après la Banque, éliminer les forêts et les
fermes des paysans et les remplacer par des plantations d’arbres
en régime de monoculture est quelque chose de « positif ».
Plus
de 80 % des prêts de la Banque pour des projets forestiers
ont été employés à la création de plantations. Ces plantations
ont systématiquement échoué, à cause du mauvais choix des espèces,
du feu, des maladies ou parce que la terre où elles ont été établies
était déjà utilisée par les gens des lieux. Bien des projets de
plantation de la Banque ont été mal conçus et mal supervisés.
Ces
problèmes se voient clairement dans les documents de la Banque
elle-même, comme le montrent les extraits suivants. Au Samoa,
un projet a été retardé par « la longueur et parfois l’interruption
des négociations pour obtenir la location de terres de propriété
collective ». Aux Philippines, un projet de plantation de
la BAD « avait des erreurs de conception et d’exécution ».
Les plantations établies étaient mal entretenues et « se
caractérisaient par un rythme de croissance des arbres très lent
et irrégulier ». Au Bangladesh, des plantations ont été créées
sur 20 000 hectares mais les villageois qui ont pris part
au projet « n’en ont reçu que des bénéfices minimes ».
De ce fait, « les participants étaient impatients ou résignés »
et « le climat social risquait de devenir hostile ».
Au Népal, seul un tiers des 5 000 hectares prévus par la
Banque a pu être planté, « surtout en raison de l’invasion
de squatters ».
Un
projet en Indonésie, dont l’objectif était de planter des arbres
à bois sur 51 000 hectares de « savanes et prairies
improductives », n’a réussi à planter qu’un peu plus de la
moitié de la surface prévue. D’après le Rapport de fin de projet
de la BAD, les dégâts provoqués par les incendies et par le taux
d’échec des espèces ont été « ahurissants ». Le choix
des essences « n’avait pas été fait à partir d’essais en
plein champ réussis, et il n’avait pas été suffisamment vérifié
pendant la planification et la préparation des lieux ».
Au
Kalimantan occidental, l’une des entreprises chargées de la plantation,
Inhutani III, a eu des conflits avec la population indigène. Une
ONG indonésienne (Institute of Dayakology Research and Development)
a accusé Inhutani III d’utiliser la force pour s’emparer des terres
des communautés autochtones. La Banque a engagé un consultant
pendant quelques semaines, et elle a rejeté ces accusations, mais
la zone du projet a été réduite afin d’en exclure « les zones
susceptibles de faire l’objet de revendications territoriales ».
Au
Laos, dans le cadre du Projet de plantations industrielles d’arbres
de la Banque, les paysans ont reçu des prêts pour planter des
eucalyptus. Beaucoup d’arbres n’ont pas poussé et les paysans
n’ont pas eu les moyens de payer leurs dettes. « Des milliers
d’agriculteurs et de personnes sans expérience ont été induits
en erreur par la perspective de profits inaccessibles ; la
plupart se sont fortement endettés, leurs plantations n’ont pas
réussi et ils se sont retrouvés devant l’impossibilité de rembourser
leurs emprunts », signale un rapport du Service d’évaluation
des opérations de la Banque.
Le
projet prévoyait aussi des plantations commerciales d’arbres.
L’une des entreprises concernées, BGA Lao Plantation Forestry
(achetée depuis par la société japonaise Oji Paper), a utilisé
le financement de la Banque pour raser au bulldozer les terres
communales, les forêts et les fermes afin de les remplacer par
des plantations d’eucalyptus.
La
supervision des projets de plantation que fait le personnel de
la Banque est insuffisante. Au Laos, les missions de la Banque
n’ont fait que très peu de voyages au-delà de Vientiane. Entre
1996 et 2003, les missions de supervision des projets de la Banque
n’ont compté aucun spécialiste forestier. Entre juillet 2000 et
février 2002, la Banque n’a envoyé aucune mission de surveillance
au pays.
Lors
d’un projet préalable aux Philippines, il y a eu une seule étude
socio-économique et les sites du projet ont été visités une seule
fois par un spécialiste forestier. Le Rapport de vérification
des performances du projet signale : « Il y a eu peu
ou pas d’évaluation de la croissance de la plantation, de l’adéquation
du plan et des apports et compétences techniques du personnel
du projet. Aucune assistance technique n’a été fournie en matière
de sylviculture ni de gestion du projet. »
La
BAD a entrepris en 2000 de revoir sa politique forestière. Une
discussion ouverte sur les problèmes créés par les prêts de la
Banque au secteur forestier (et sur les conséquences pour les
gens et les forêts des prêts de la Banque pour la construction
de routes, de barrages et de mines) se fait attendre depuis longtemps.
Cependant, le dernier brouillon de la politique proposée présenté
au public date de juin 2003. Depuis, le personnel de la Banque
a promis à plusieurs reprises d’en publier une nouvelle version.
En janvier 2008, Robert Paul S. Mamonong, assistant principal
du service d’information au public de la BAD, a affirmé qu’un
« brouillon de rapport de synthèse est en cours de révision
et devrait être prêt en avril 2008 ».
Il
y a quelques années, l’expert forestier de la BAD, Javed H. Mir,
fit un exposé à propos d’une « Étude régionale sur la politique
forestière et les réformes institutionnelles » menée par
la Banque. À sa question : « Qu’est-ce qu’il ne faut
pas faire ? » il répondit lui-même : « Il
ne faut pas commettre les mêmes erreurs ». Si la BAD avait
suivi ce conseil, son histoire serait toute autre. Mais on dirait
qu’elle est déterminée à persévérer dans l’erreur. Par exemple,
le projet de politique forestière de juin 2003 vise à « accroître
l’étendue et la productivité des plantations ».
Au
lieu de continuer de promouvoir des problèmes, la Banque devrait
arrêter de financer les plantations industrielles d’arbres.
Chris
Lang,
http://chrislang.org
index
–
Espagne : la certification forestière
de NORFOR/ENCE, encore une fraude au sein du FSC
L’entreprise
ENCE de fabrication de pâte à papier possède en Espagne et en
Uruguay des plantations d’eucalyptus certifiées par le FSC. Une
partie de ces plantations (12 000 hectares réparties en plus
de 200 parcelles) se concentrent dans le Nord-Est de l’Espagne
(Galice, Asturies et Cantabrie) et sont gérées par NORFOR, l’une
de ses filiales.
L’eucalyptus
est cultivé massivement en Galice depuis les années 1950, surtout
depuis qu’ENCE a commencé à fabriquer de la pâte exclusivement
avec le bois de cet arbre. On peut constater aujourd’hui le caractère
destructeur de ces cultures, qui ont été l’une des causes principales
de la prolifération des incendies, de l’érosion et la dégradation
des sols, de l’appauvrissement des populations rurales, de la
faible rentabilité de la production sylvicole, de la diminution
de la diversité biologique et de la disparition presque totale,
sur de vastes étendues, du paysage écologique et culturel. L’état
de dégradation auquel sont parvenues les forêts pousse maintenant
les administrations à formuler des politiques pour contrôler cette
espèce et pour la remplacer par d’autres, plus rentables et mieux
adaptées.
Les
activités forestières de NORFOR se caractérisent par l’application
des méthodes de culture les plus intensives et les plus nuisibles
pour les systèmes biologiques où elles ont lieu mais, de surcroît,
elles ont des conséquences négatives au plan économique. En effet,
l’entreprise étant le principal acheteur de bois d’eucalyptus
en Galice, elle jouit d’un quasi-monopole qui a provoqué l’écroulement
des prix. Ces activités ont des répercussions négatives au plan
social également, car les méthodes de culture agressives, qui
impliquent l’utilisation généralisée de grandes quantités de produits
toxiques, herbicides, fongicides et insecticides, comportent l’élimination
de nombreux organismes qui permettraient d’obtenir d’autres ressources
de la forêt en pratiquant l’apiculture, la chasse, la cueillette
de champignons ou l’élevage extensif.
En
septembre 2004, après une inspection de la SGS qui a abouti à
un résumé public délirant, NORFOR a obtenu la certification du
FSC. Cette certification a été contestée par Greenpeace, le WWF
et l’Asociación Pola Defensa da Ría (APDR) de Pontevedra, avec
l’appui de l’ensemble du mouvement écologiste. Dans les réclamations
présentées figurent des preuves que l’entreprise n’a pas respecté
la plupart des principes et critères du FSC, mais l’attitude de
la SGS, de NORFOR et du FSC lui-même a été inflexible. La SGS
a été bien obligée d’accepter quelques-unes des plaintes, mais
le certificat a été maintenu.
Après
trois années de réclamations, les services d’accréditation du
FSC International (ASI) ont finalement décidé de vérifier les
résultats de la SGS ; en principe, cette vérification devait
examiner les aspects les plus controversés de la certification,
afin de répondre aux réclamations qui avaient été présentées et
maintenues. L’inspection sur le terrain a eu lieu fin mai 2007,
et elle a été suivie, début juin, d’une brève rencontre avec les
groupes écologistes. Au cours de cette réunion les membres d’ASI
ont déclaré qu’ils avaient préparé et fait l’inspection sans avoir
lu le contenu des plaintes formulées par l’APDR. Cela veut dire
que les inspecteurs ignoraient les faits et les preuves présentées
et que l’objectif de l’inspection n’était pas d’apprendre si ces
preuves coïncidaient avec la réalité de la gestion forestière
de NORFOR.
Comme
il fallait s’y attendre, le rapport d’inspection a été de très
mauvaise qualité et d’une honnêteté douteuse. Il ne reprend qu’une
partie infime des infractions aux normes mentionnées dans les
plaintes, il n’analyse pas les indicateurs des normes espagnoles,
il résout les infractions graves aux principes par des actions
correctives mineures, il minimise les effets des mauvaises pratiques
de NORFOR et il signale que la SGS a fait un travail « professionnel ».
ASI décide de maintenir et l’accréditation de la SGS en tant qu’entreprise
de certification, et la certification de NORFOR.
La
conclusion que l’on peut tirer de ce qui précède est qu’après
avoir eu la possibilité de constater les aspects négatifs de la
gestion de NORFOR, le FSC a fait un pas de plus vers la fraude.
L’ASI du FSC n’a pas voulu analyser les faits contestés, pour
ne pas être obligé d’annuler le certificat de l’entreprise et
l’accréditation de la SGS.
Le
manque d’intérêt dont fait preuve le FSC quand il s’agit de vérifier
le respect des normes, et le nombre considérable d’entreprises
certifiées dénoncées par les mouvements écologistes et de défense
des droits de l’homme dans le monde entier montrent que les responsables
actuels du FSC entendent vider le certificat de contenu et l’accorder
sans rien vérifier. Le FSC ne s’intéresse même pas à améliorer
son système de gestion. Dans les parcelles de NORFOR, on constate
aujourd’hui les mêmes signes de dégradation des sols ; des
écosystèmes protégés sont occupés pour y établir des plantations
d’eucalyptus ; les produits agrochimiques sont utilisés massivement ;
la situation des parcelles certifiées n’est pas révélée, et on
continue d’enfreindre la plupart des normes de certification.
Devant
cette situation, il est nécessaire d’exposer aux yeux des citoyens
et des administrations que de nombreux produits du FSC sont une
fraude : ce label « vert » peut cacher une mauvaise
gestion forestière, surtout lorsque le bois provient d’une plantation
en régime de monoculture, et une activité fortement nuisible pour
l’environnement, l’économie et la société, comme il arrive dans
le cas des produits fabriqués avec le bois des eucalyptus de NORFOR.
Les consommateurs doivent savoir que les certificats du FSC sont
octroyés sans que cela suppose la garantie d’une gestion forestière
écologiquement responsable, socialement bénéfique et économiquement
viable.
Benito
Andrade, Asociación Pola Defensa Da Ría (APDR), adresse électronique :
apdr@apdr.info,
www.apdr.info.
index
–
Indonésie : appel à l’action contre
la certification des plantations d’arbres de Riau Andalan Pulp
& Paper
Le
géant de la pâte à papier Riau Andalan Pulp and Paper (RAPP),
qui opère dans la province de Riau, a demandé à l’Institut indonésien
des écolabels (LEI) un certificat de gestion forestière pour ses
plantations.
Les
ONG de Riau et plusieurs ONG nationales et régionales s’opposent
catégoriquement à cette demande pour les raisons suivantes :
*
Selon les images de Landsat, « il y a eu une conversion de
la terre bien avant la délivrance du permis définitif le 1er
octobre 2004 ». D’après la « Réponse critique »
de la société civile [1], bien avant que le ministre des Forêts
n’accorde 75 640 hectares à l’entreprise, la RAPP avait abattu
les forêts naturelles à l’endroit où se trouve son Secteur Pelalawan.
*
46,43 % de la plantation industrielle d’arbres de RAPP située
dans le secteur Pelalawan se trouvent à l’intérieur de la Forêt
Protégée définie en application du Plan 1994 pour l’aménagement
territorial de la Province de Riau. Il s’agit d’une violation
directe de plusieurs normes et critères gouvernementaux suivant
lesquels les plantations industrielles d’arbres ne sont autorisées
que dans les « Forêts de Production » (destinées à l’extraction
de bois).
*
Tout le secteur HTI–Pelalawan de la RAPP était une forêt naturelle
intacte avant d’être exploité par l’entreprise, comme le montre
une image captée en 1996 par Landsat.
Dans
leur appel à l’action [2] lancé en janvier 2008, plusieurs ONG :
1.
« demandent au LEI d’annuler la demande de certification,
actuellement à l’étude chez le certificateur Mutu Agung Lestari ;
2.
demandent aux acheteurs et consommateurs de ne pas acheter la
pâte et le papier de cette entreprise, parce qu’ils sont produits
au prix de la destruction de la forêt et en violation directe
de la législation indonésienne ;
3.
soutiennent le gouvernement de l’Indonésie (responsable de l’application
de la loi) pour qu’il poursuive les démarches légales contre la
RAPP pour la violation des termes de son permis. »
[1]
[http://www.wrm.org.uy/countries/Indonesia/Civil_Society_Critical_Response.pdf
[2]
http://www.wrm.org.uy/countries/Indonesia/Campaign_Action.html]
Article
fondé sur les documents mentionnés rédigés par plusieurs ONG,
envoyé par Rivani Noor, CAPPA, adresse électronique :
rivani@cappa.or.id,
www.cappa.or.id.
index
–
Indonésie : nouveau rapport sur les
conséquences de l’expansion des plantations de palmier à huile
pour les droits de l’homme
En
Indonésie comme ailleurs, le principal problème que comportent
les projets de plantation de palmier à huile est de nature foncière.
En occupant de grandes étendues de terres communautaires où l’on
plantait auparavant des cultures commerciales et où l’on récoltait
des plantes médicinales et des matériaux de construction, les
plantations de palmier à huile en régime de monoculture portent
atteinte aux droits et aux moyens de subsistance des populations
locales.
Au
moyen de promesses, de pots-de-vin et d’escroqueries, et profitant
du fait que les communautés ignorent quels sont leurs droits,
les entreprises avancent et provoquent la privatisation à grande
échelle de la terre et des ressources naturelles.
L’huile
de palme, déjà très utilisée pour la production d’aliments, de
cosmétiques et de nourriture pour animaux, est de plus en plus
demandée comme agrocarburant. Pour satisfaire ce marché en essor,
de grandes plantations de palmier à huile sont créées en Amérique
latine, en Afrique occidentale et dans le Sud-Est de l’Asie. L’Indonésie,
premier producteur mondial d’huile de palme crue, possède déjà
7,3 millions d’hectares de plantations de palmier, et prévoit
d’y ajouter encore 20 millions d’hectares, soit une superficie
équivalente à celles de l’Angleterre, les Pays-Bas et la Suisse
prises ensemble.
Un
rapport récemment publié par Les Amis de la Terre, LifeMosaic
et Sawit Watch (The human rights impacts of oil palm plantation
expansion in Indonesia,
http://www.wrm.org.uy/countries/Indonesia/losingground.pdf),
révèle comment les politiques du gouvernement de l’Indonésie et
les pratiques de l’industrie de l’huile de palme portent atteinte
aux droits des communautés locales et des peuples autochtones,
et conclut que, face à ces évidences, les objectifs d’augmenter
l’usage d’agrocarburants au Royaume-Uni et dans le reste de l’Union
européenne sont erronés, car ils risquent de provoquer des dégâts
écologiques et des violations des droits de l’homme d’une portée
encore plus grande.
index
–
Ouganda : pourquoi le FSC certifie
des conflits fonciers et des violations des droits de l’homme
à Mount Elgon
Depuis
qu’il est devenu un parc national en 1993, Mount Elgon a été le
théâtre de graves conflits territoriaux. Les paysans ont été expulsés
du parc en 1993, puis en 2002. La zone environnante a une forte
densité de population et les agriculteurs n’ont d’autre choix
que de retourner dans le parc pour faire leurs plantations. Il
y a eu des éclats de violence entre le service ougandais responsable
de l’administration du parc (UWA) et les paysans qui essaient
de gagner leur vie. Ces derniers disent que les fonctionnaires
de l’UWA les ont menacés, ont tiré sur eux et les ont soumis à
des abus sexuels. Plusieurs personnes ont été tuées.
Un
plan de plantation d’arbres pour compenser des émissions, dirigé
par la fondation néerlandaise et l’UWA, vient compliquer encore
la situation. La fondation FACE a commencé en 1994à planter des
arbres autour des limites du parc national. Les arbres sont censés
piéger du carbone et la Carbon Neutral Company vend les crédits
issus de Mount Elgon depuis 2002. (La fondation FACE et la Carbon
Neutral Company partagent un même directeur, Denis Slieker). En
ce moment, la Carbon Neutral Company ne vend pas de crédits et
l’UWA-FACE n’élargit pas la surface plantée d’arbres (environ
8 000 hectares) à cause des disputes.
Les
25 000 hectares du projet UWA-FACE ont été certifiés par
le Forest Stewardship Council en 2002. En avril 2007, la société
de certification du FSC, SGS Qualifor, a visité Mount Elgon pour
réévaluer le projet de plantation d’arbres. Après l’arrivée des
conseillers de la SGS, l’UWA leur a demandé de certifier tout
le parc national. Du coup, la zone à inspecter est passée de 25 000
hectares à 112 100 hectares. Les inspecteurs ne se sont pas
laissés démonter pour si peu et ils ont inspecté tout le parc
en trois jours.
Au
cours de cette évaluation, la SGS a relevé trois situations qui
requéraient des actions correctives. Pour respecter les normes
du FSC, le certificat ne serait délivré que lorsque ces mesures
auraient été mises en œuvre. Néanmoins, la SGS a accordé une extension
de six mois du certificat antérieur. Après une « visite de
clôture » faite en août 2007par un inspecteur de la SGS qui
n’a pas visité les lieux ni parlé avec les paysans, le certificat
a été délivré.
Accreditation
Services International (ASI), filiale du FSC, est responsable
de vérifier que les entreprises de certification respectent les
normes du FSC. Les représentants d’ASI étaient eux aussi en Ouganda
en avril 2007, pour l’inspection annuelle de la SGS. ASI a rapporté
que la certification de la SGS avait été fondée sur l’espoir d’améliorations
futures, plutôt que sur la réalité actuelle du parc national ;
elle a commenté que « des demandes d’actions correctives
importantes ont été classées sur la base de documents et de procédures
à mettre en place plutôt que sur les résultats sur le terrain »,
et que « il n’est pas évident que les conditions du FSC pour
la certification aient été remplies ».
Il
s’agit de la quatrième fois que l’ASI remarque que la SGS ne respecte
pas les normes du FSC : « Cette non-conformité est récurrente,
et elle a déjà été signalée à l’occasion des vérifications sur
le terrain réalisées par l’ASI en Russie, en Pologne et en Guyana ».
La
SGS est responsable d’une série de certifications controversées.
Comme le WRM l’a signalé en 2006, cette situation s’est présentée
dans les cas de Mondi en Afrique du Sud et au Swaziland, de Norfor
en Espagne (cette entreprise fait l’objet aujourd’hui d’une plainte
formelle de l’ONG espagnole Asociacion Pola Defensa da Ria), de
V&M Florestal au Brésil (depuis, le certificat a été annulé
après que la V&M a tué un paysan), de Smurfit Carton en Colombie,
d’EUFORES et COFOSA en Uruguay, et d’un autre projet de la fondation
FACE, FACE PROFAFOR, en Équateur. La SGS a certifié également
Barama, filiale guyanaise de l’entreprise forestière malaise Samling.
Dans ce dernier cas, le certificat a été annulé lorsqu’une inspection
de l’ASI a révélé, en novembre 2006, que la SGS l’avait délivré
sans une « évaluation appropriée des exigences du FSC en
matière de certification ».
Ayant
découvert qu’un des organes de certification du FSC omet systématiquement
d’appliquer les normes de ce dernier, la seule réaction raisonnable
aurait été de suspendre la SGS. Or, l’ASI s’est contenté de demander
à cette société de « prendre les mesures nécessaires pour
rectifier la non-conformité détectée ». Elle avait fait la
même chose un an plus tôt, après avoir inspecté la certification
de la Direction régionale des forêts domaniales de Bialystok,
en Pologne. À Mount Elgon, l’ASI a constaté que la SGS n’avait
pris aucune sorte de mesure, ni bonne ni mauvaise.
Quand
les consultants de la SGS visitent les villages autour de Mount
Elgon, ils sont accompagnés de fonctionnaires de l’UWA ;
il n’est donc pas étonnant que les villageois se montrent peu
disposés à parler des violations des droits de l’homme ou des
abus sexuels commis par les gardes de l’UWA. Dans le résumé public
de l’évaluation de la situation à Mount Elgon, la SGS reconnaît
qu’il y a des disputes d’ordre territorial, et que des personnes
ont été tuées. Or, le critère 2.3 du FSC dit : « En
principe, l’existence de conflits d’une certaine ampleur, impliquant
un nombre significatif de parties, disqualifiera les opérations
forestières de la certification ». Combien de personnes doivent
mourir encore à Mount Elgon pour que le SGS accepte qu’il y a
là un conflit « d’une certaine ampleur » ?
En
juillet 2007, Stephan Faris, journaliste du magazine Fortune,
a visité Mount Elgon. Il a rapporté qu’il y avait des conflits
territoriaux graves autour du parc national et qu’un demi-million
d’arbres de la fondation FACE avaient été abattus en 2006. Dans
les terres défrichées, les paysans avaient planté du maïs, des
haricots verts, des fruits de la passion, des avocatiers et des
bananiers.
Mais
la SGS préfère faire comme l’autruche face aux informations qui
risquent d’affecter sa décision de certifier Mount Elgon. En septembre
2007, j’ai écrit à Gerrit Marais, membre de cette société, pour
lui demander comment la SGS avait pu certifier un endroit où il
y avait des disputes territoriales ; je lui ai envoyé le
lien pour lire l’article du magasine Fortune et lui ai demandé
des commentaires. « Je ne suis pas au courant de l’article
de Fortune », a-t-il répondu.
Chris
Lang,
http://chrislang.org
index
–
Thaïlande : les plantations de caoutchoutiers
menacent les forêts, les gens et la santé
Une
étude récemment publiée sur le libre échange et les droits des
cultivateurs de caoutchoutier de la Thaïlande (Rights of rubber
farmers in Thailand under free trade), faite par Mme. Sayamol
Kaiyoorawong et Mme. Bandita Yangdee, analyse dans le détail le
problème de l’affaire du caoutchouc et de ses acteurs dans ce
pays.
Le
rapport signale que les premiers caoutchoutiers apportés de la
Malaisie en Thaïlande en 1899 avaient fait partie d’un plan national
de plantation intégrale, où ils étaient plantés en combinaison
avec des plantes indigènes et des arbres fruitiers, des plantes
vivrières et d’autres espèces. Au moyen de cette méthode de culture,
les agriculteurs pouvaient obtenir non seulement du caoutchouc
mais aussi des légumes, des herbes, des animaux sauvages, du bois
de feu et du bois d’œuvre.
Grâce
à une politique de promotion adoptée en 1911 et renforcée en 1978,
les plantations de caoutchoutiers se répandirent dans le Sud,
l’Est et le Nord du pays ; en 2003, elles totalisaient 2
millions d’hectares et n’ont pas cessé de s’élargir depuis. Il
est prévu d’accroître la production de caoutchouc de 250 000
tonnes par an, pour répondre à la demande mondiale croissante
de l’industrie automobile, entre autres.
Ce
développement a provoqué un changement dans le mode de production
et donné lieu à la création de grandes plantations en régime de
monoculture, désastreuses pour l’environnement et pour la population.
Les
plantations de caoutchoutiers ont modifié le paysage. Selon le
rapport, « on les voit partout dans le Sud de la Thaïlande,
du haut des montagnes aux plaines les plus basses, et, depuis
le dernier projet de promotion lancé par le gouvernement en 2004-2006,
des jeunes plants clonés poussent dans presque toutes les provinces
du pays, remplaçant les cultures commerciales de croissance rapide ».
D’autre
part, ces plantations ont porté atteinte aux écosystèmes, y compris
les forêts : « S’agissant de plantations d’une seule
espèce, l’absence d’autres plantes et l’usage de pesticides ont
porté atteinte à la diversité biologique des écosystèmes et à
la coexistence de la flore et la faune ». « Du fait
qu’il y avait moins d’arbres pour couvrir le sol, l’évaporation
d’eau a été affectée, et même le niveau de la nappe phréatique
a diminué. » Dans le Sud, certaines plantations ont été établies
sur des pentes de 40-60 degrés, ce qui a provoqué l’érosion du
sol.
Parmi
les conséquences sociales des plantations de caoutchoutiers figurent
celles que la culture de consommation a apportées. Maintenant
qu’ils produisent du caoutchouc pour le vendre, les agriculteurs
doivent payer pour obtenir des choses qu’ils récoltaient autrefois,
quand ils appliquaient le système intégré. À présent c’est l’argent
qui domine dans la vie des habitants, les écartant de la nature
et de la manière de vivre et de travailler de la communauté. De
nos jours, « chaque famille s’occupe de saigner ses arbres
pour obtenir autant d’argent que possible. Comme les plantations
sont très éloignées l’une de l’autre, la coopération entre les
familles a diminué ».
Les
auteurs expliquent les répercussions que ces changements ont eues
sur la vie des communautés : « En récoltant les produits
naturels et en y ajoutant les produits obtenus de la transformation
partielle de la nature en forêts de caoutchoutiers, les communautés
pouvaient vivre à l’aise. Toutes les décisions étaient prises
par les membres de la communauté. Mais depuis que le nouveau système
de plantation a été introduit, les propriétaires sont obligés
de respecter strictement les instructions de l’ORRIF [un service
gouvernemental]. Les cultivateurs doivent obéir aux instructions
qui leurs sont données. Ils n’ont aucune participation au système
de production, à l’obtention de variétés, au prix et à la vente
du latex. Ainsi, les connaissances locales sur l’obtention de
variétés et les méthodes agricoles des paysans sont en train de
se perdre ».
En
ce qui concerne le travail aux plantations, une étude citée dans
le rapport a conclu que « ces planteurs de caoutchoutiers
ne se reposaient pas assez. Ils étaient physiquement faibles et
souffraient de douleurs diverses à cause des mouvements qu’ils
devaient faire suivant la hauteur des arbres qu’ils devaient saigner
et du poids excessif des seaux de latex qu’ils devaient transporter.
Mangeant de façon irrégulière, ils avaient des ulcères peptiques ».
Une autre étude « a trouvé que les paysans avaient les ongles
des mains et des pieds ruinés et les yeux infectés à cause des
produits chimiques qu’ils appliquaient sans prendre les précautions
nécessaires ».
Les
plantations industrielles de caoutchoutiers ont contribué à la
prolifération incontrôlable de maladies, à la dégradation du sol
et à l’érosion de la couche arable sur les pentes. En outre, les
agriculteurs n’ont aucun contrôle sur le prix du caoutchouc, qui
est susceptible de baisser. Ce que l’avenir réserve aux communautés
du pays pourrait bien être l’écroulement de leurs écosystèmes
et de leurs vies.
Article
fondé sur ‘Rights of rubber farmers in Thailand under free trade’,
de Sayamol Kaiyoorawong et Bandita Yangdee, Project for Ecological
Awareness Building [http://www.wrm.org.uy/countries/Thailand/Rights_of_rubber_farmers_in_Thailand.pdf],
envoyé par Sayamol Kaiyoorawong, adresse électronique :
noksayamol@yahoo.com.
index
LES ARBRES GM
–
Belgique : projet d’essais en plein
champ de peupliers GM pour la fabrication d’éthanol
Vers
la fin de l’année dernière, l’Institut de Flandres pour la biotechnologie
(VIB), une institution de recherche en sciences de la vie, a demandé
l’autorisation de faire en Belgique un essai en plein champ de
peupliers génétiquement modifiés. Ces arbres GM auraient un taux
de lignine modifié pour rendre plus facile la production d’éthanol.
Le
VIB, créé en 1996, est financé surtout par le gouvernement flamand
et emploie plus d’un milliers de chercheurs. Son objectif est
de faire des découvertes scientifiques « susceptibles d’application
industrielle » ; une fois ces découvertes brevetées,
l’institut passe des accords avec des entreprises existantes ou
bien crée lui-même des entreprises de lancement qui les développent
et les transforment en « produits prêts pour le marché ».
En 2006, le VIB avait déjà breveté cent découvertes.
L’institut
possède une équipe de communications qui se charge de produire
des informations à l’intention des enseignants, des journalistes
et des politiciens. Il organise des concours dans les écoles,
fournit du matériel didactique, des livres, des présentations
et des expositions. Ces matériels ont des titres du genre « Qu’est-ce
que l’ingénierie génétique ? », « La sécurité des
produits agricoles génétiquement modifiés », ou « La
xénogreffe : l’animal dans l’homme ». Dans ses brochures
de luxe, le VIB fait l’éloge de la biotechnologie, en minimise
les risques et dépeint les scientifiques comme des experts impartiaux
dont le seul intérêt est le bien de la société. Parallèlement,
le VIB fait pression sur les politiciens pour qu’ils relâchent
les réglementations concernant l’utilisation de cellules humaines
et de cultures GM.
D’après
la demande présentée aux autorités belges, le VIB prévoit de planter
des arbres GM sur une parcelle expérimentale de 0,24 hectare située
dans le parc scientifique et industriel de l’université de Ghent,
à Zwijnaarde. Ces arbres seraient plantés en mai 2008, et l’expérience
se prolongerait jusqu’à la fin 2014.
Le
genre Populus comprend une trentaine d’espèces indigènes
de presque tout l’hémisphère nord ; dans la langue courante,
elles peuvent s’appeler peuplier, tremble, peuplier de Virginie,
etc. Il s’agit de l’arbre préféré des chercheurs pour l’expérimentation
génétique. Le premier essai en plein champ d’arbres génétiquement
modifiés a été fait en 1998 en Belgique ; les arbres en question
étaient des peupliers résistants aux herbicides. Depuis, sur les
plus de 200 essais d’arbres GM faits dans le monde, bien plus
de la moitié concernent des peupliers. En 2006, Populus trichocarpa
est devenu le premier arbre dont le génome avait été entièrement
séquencé.
Les
peupliers sont les seuls arbres GM commercialisés. En Chine on
les plante depuis 2002. Il n’y a pas d’information sur leur nombre
ni sur l’endroit où ils sont plantés. En 2004, Xue Dayuan, de
l’Institut de sciences de l’environnement de Nanjing, a dit au
China Daily qu’on avait déjà trouvé des gènes de peupliers GM
dans les variétés naturelles qui poussaient à proximité.
Étant
donné que les espèces sauvages de la même famille existent partout
en nombre considérable, le risque de contamination génétique est
énorme. Les peupliers peuvent se reproduire par des drageons qui
naissent sur les racines. Le pollen et les semences se dispersent
dans le vent « possiblement sur des distances assez longues »,
signale le VIB. Néanmoins, le VIB ajoute que « la régénération
par les graines n’est pas souvent observée car il est rare qu’elles
trouvent les conditions écologiques nécessaires à leur germination ».
Bien que les conséquences de la contamination génétique de peupliers
non GM soient inconnues, elles pourraient bien être dévastatrices ;
ainsi, les mots « pas souvent » et « rare »
sont loin d’être rassurants.
Le
VIB affirme que « Il est prévu que l’impact environnemental
de cette introduction sera nul, puisque les peupliers GM ne vont
pas fleurir et que tous les drageons qui naîtront des racines
superficielles seront détruits ». Il est exact que les arbres
plantés seront des clones femelles qui ne produiront pas de pollen.
Il est probablement vrai aussi que si les arbres fleurissent,
les chercheurs du VIB enlèveront les fleurs. Toutefois, l’impact
environnemental de l’essai ne sera pas nul.
Le
VIB ignore le fait que le but de la plantation d’essai est de
développer des arbres GM pour produire de l’éthanol. Pour être
commercialement viables, les plantations de peupliers GM devront
couvrir de vastes étendues. Dans ce cas, la contamination génétique
des variétés naturelles de peupliers, trembles et peupliers de
Virginie sera inévitable.
Le
VIB ne mentionne pas les effets des plantations industrielles
d’arbres sur les communautés et leur environnement. Il ne considère
pas non plus le fait que si l’on plante des arbres (ou tout autre
produit agricole) pour fabriquer des agrocarburants, les conflits
territoriaux vont augmenter. Pour ne pas détruire les forêts et
les prairies (car cela libèrerait d’énormes quantités de carbone),
les plantations d’arbres devront être établies dans les terres
agricoles. Cela fera monter les prix des aliments, et poussera
les entreprises et les agriculteurs à trouver de la terre ailleurs,
y compris dans les forêts et les prairies. Deux articles récemment
parus dans la revue Science montrent que tous les agrocarburants
causent davantage d’émissions de gaz à effet de serre que les
carburants conventionnels, une fois prises en compte les émissions
découlant du défrichage de la terre et des opérations de fabrication.
Ceux
qui proposent les agrocarburants et les arbres GM comme solution
au changement climatique sont souvent des scientifiques qui y
trouvent des avantages pour leurs recherches. « La biomasse
est une ressource abondante, renouvelable et neutre en carbone
pour la production de bioénergie et de biomatériels et, en l’utilisant
davantage, on pourrait satisfaire plusieurs besoins sociaux »,
dit un article publié dans la revue Science en janvier 2006. Ce
qui manque dans les affirmations de ce genre est la comparaison
des agrocarburants avec, par exemple, la production à grande échelle
d’énergie solaire et éolienne combinée avec des câbles de courant
continu haute tension et des cellules de carburant d’hydrogène.
Ces technologies peuvent être utilisées immédiatement et elles
réduiraient radicalement les émissions de gaz à effet de serre.
Les arbres GM, non.
Chris
Lang,
http://chrislang.org
index
–
La mobilisation contre les arbres GM
prend de l’ampleur
De
l’Amazonie à la Finlande, de la Nouvelle-Zélande au Chili, des
peuples autochtones aux ONG européennes, des organisations de
femmes à celles de jeunes, en une semaine seulement, près de 140
personnes se sont mises en contact et ont entrepris de réunir
des signatures pour une lettre ouverte réclamant l’interdiction
de l’introduction commerciale des arbres génétiquement modifiés.
La
lettre en question (1), qui dénonce les conséquences négatives
des arbres GM pour l’environnement et la population, a été remise
à l’Organe subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques,
techniques et technologiques (OSASTT) à la Convention sur la diversité
biologique