–
Les forêts, les agrocarburants et
les politiques de la faim
La
faim dans le monde provoque de plus en plus d’inquiétude chez
ceux qui n’en souffrent pas encore et de plus en plus de souffrance
chez ceux qui la subissent, dont le nombre augmente chaque année.
Pourtant, les politiques mises en place dans les centres du pouvoir
mondial ne font pas grand-chose pour résoudre le problème et,
en général, finissent par l’aggraver.
La
promotion des agrocarburants est un exemple clair de ce que nous
venons de dire. Dans un but soi-disant écologique (le remplacement
des combustibles fossiles qui provoquent le changement climatique)
et avec une étiquette verte (« biocarburants »), des millions
d’hectares sont affectés à la production de nourriture... pour
les voitures.
Cette
politique a de graves répercussions sur le Sud, d’une part, parce
que des aliments de base, comme le maïs, cessent d’être destinés
à l’alimentation humaine pour être transformés en éthanol ; d’autre
part, parce que des terres qui produisaient des vivres sont occupées
par des plantations de canne à sucre ou de soja pour la production
d’agrocarburants. Dans les deux cas, le résultat est une diminution
de l’offre d’aliments, laquelle provoque à son tour la spéculation
et la hausse des prix.
Bien
entendu, les agrocarburants ne sont ni les seuls ni les principaux
responsables de l’augmentation des prix des aliments, mais ils
contribuent à aggraver une situation qui était déjà grave : la
famine et la malnutrition dans les pays du Sud.
La
hausse des prix des aliments a suscité des émeutes populaires,
nées du désespoir, à de nombreux endroits du monde, et elle a
donné lieu également à des mouvements forts et organisés en faveur
de la souveraineté alimentaire.
Cependant,
un autre processus lié à l’alimentation est relativement moins
connu et doit être inclus dans cette lutte : la destruction des
forêts.
L’expansion
des cultures pour la production d’agrocarburants a lieu à deux
endroits : dans les terres agricoles et dans les terres boisées.
Dans le premier cas, les cultures alimentaires sont remplacées
par des cultures énergétiques, tandis que dans le deuxième on
détruit des forêts pour produire des agrocarburants (en y plantant
des palmiers à huile, du soja ou de la canne à sucre).
Cette
deuxième situation est rarement perçue comme une atteinte à la
sécurité et la souveraineté alimentaires des peuples, tout simplement
parce que peu de personnes sont au courant de la capacité de production
d’aliments que possèdent les forêts. Ceux qui la connaissent bien
sont les millions d’êtres humains qui habitent les forêts et qui
y trouvent la plupart de leurs moyens de survie et, en premier
lieu, leur nourriture. Chaque étendue de forêt qui disparaît implique
donc de priver ces peuples de nourriture, que ce soit en affectant
la terre à la production d’agrocarburants ou à d’autres activités
destructrices (la plantation d’arbres pour l’obtention de pâte
de papier, l’exploitation forestière commerciale, les barrages
hydroélectriques, les élevages de crevettes, etc.). Ainsi, on
condamne à la famine des communautés qui, jusqu’alors, avaient
réussi à bien se nourrir grâce aux ressources de la forêt.
La
faim – que ce soit en milieu forestier, rural ou urbain – n’est
pas inévitable : elle est le résultat des mêmes politiques et
intérêts économiques qui sont à l’origine d’autres crises, comme
le changement climatique, la disparition de la diversité biologique,
le déboisement, l’épuisement et la contamination des sources d’eau
ou la destruction des sols. À leur tour, toutes ces crises aggravent
le problème du manque d’accès à la nourriture des personnes les
plus démunies.
Les
mal nommées politiques de ‘développement’ promues depuis des décennies
par des organismes internationaux tels que la Banque mondiale,
le Fonds monétaire international, l’Organisation pour l’alimentation
et l’agriculture, l’Organisation mondiale du commerce et d’autres
encore, se sont avérées, à satiété, un total désastre social et
écologique. Tout ce qu’elles ont réussi à ‘développer’, ce sont
les bénéfices des grandes sociétés transnationales, au prix de
la faim des gens et de la dégradation de l’environnement. Le modèle
qui nous a été imposé est en train de s’écrouler. Il est temps
de l’admettre et de céder la place aux propositions des mouvements
sociaux.
index
LES COMMUNAUTÉS
ET LES FORÊTS
–
Birmanie : un cyclone démontre l’échec
du « développement » fondé sur la destruction des mangroves
Le
premier week-end de mai, le cyclone Nagris a ravagé la Birmanie.
Il s’est abattu sur le delta de l’Irrawaddy, avec des vents qui
ont atteint 190 km/h, mais les dégâts les plus graves ont été
causés par le raz de marée dont il s’est accompagné : une vague
de 3,5 m de hauteur a balayé ou inondé la moitié des maisons dans
les villages de la zone la plus basse. Les habitants n’ont pas
pu fuir à temps ; entre 22 000 et 100 000 personnes seraient mortes.
L’orage
a été vraiment fort, mais l’ampleur de cette dévastation est imputable
aux « programmes de développement » du pays appliqués aux industries
du tourisme et de l’élevage de crevettes, qui ont impliqué la
destruction des mangroves autrefois luxuriantes.
L’importance
des mangroves comme zones d’amortissement qui protègent les zones
habitées des tempêtes et des grosses vagues est bien connue de
tous. Les mangliers sont adaptés au sel ; ils poussent le long
des lignes côtières, des fleuves et des deltas où l’eau salée
rencontre l’eau douce, et ils couvrent souvent une bande de quelques
kilomètres de large. Ils font partie d’une dense barrière de protection
où s’enchevêtrent des racines, des branches et des troncs qui
dissipent la force des orages.
Là
où les zones littorales sont privées de la protection de la mangrove,
les dégâts que provoquent les grandes vagues sont bien plus dramatiques.
La BBC a informé que plusieurs études révèlent l’importance des
mangroves pour la vie et les établissements humains : un rapport
sur le tsunami asiatique de 2004 a montré que les zones proches
de mangroves en bon état avaient subi moins de dommages et que
le nombre des morts y avait été moindre. Une autre étude publiée
en décembre 2005 dit que les forêts de mangliers ont contribué
à sauver la vie de nombreux paysans sri-lankais au moment du tsunami
qui a tué plus de 200 000 personnes. Les chercheurs de l’UICN
ont comparé deux villages du Sri Lanka touchés par les vagues
géantes : tandis que deux personnes seulement sont mortes dans
le village où la mangrove et la brousse étaient denses, il y a
eu 6 000 morts dans un village proche, dépourvu d’une végétation
semblable. [1]
D’après
le Mangrove Action Project (MAP), la disparition des mangroves
a démarré en Birmanie à l’époque coloniale britannique, « dans
le but de faire de la place à la production de riz. Depuis cette
époque-là, les mangroves n’ont cessé de diminuer ; pendant la
deuxième guerre mondiale, pour des raisons militaires et, plus
récemment, pour la production de bois de feu et la mise en œuvre
d’initiatives non durables, telles que l’élevage industriel de
crevettes et l’expansion urbaine ». Le MAP signale que, selon
les chercheurs birmans, « 82,76 % des mangroves de l’Irrawady
ont été détruits en une période de 75 ans (1924-1999) ».
«
L’établissement de grands élevages de crevettes et de poissons
est la menace la plus forte pour les mangroves du monde entier
; elles subissent aussi les effets des entreprises touristiques
et de la croissance démographique. La situation est inquiétante
pour ceux qui pensent que le réchauffement climatique et la montée
du niveau de la mer vont provoquer des tempêtes plus intenses
et fréquentes, et que la disparition des mangroves rendra plus
vulnérables les zones côtières. » [2]
Le
tsunami de décembre 2004 qui a ravagé les côtes de l’océan Indien
et le super-cyclone qui avait frappé en 1999 la côte d’Orissa,
en Inde, et tué plus de 10 000 personnes sont de mauvais souvenirs
que le récent désastre en Birmanie rappelle à la mémoire, en particulier
parce qu’ils auraient pu « être bien moins graves, et bien des
morts et des dégâts matériels auraient pu être évités si on avait
conservé les mangroves en bon état le long des côtes du delta
de l’Irrawady », a dit Alfredo Quarto, directeur exécutif du MAP.
La
cause du mal est bien connue des autorités nationales et internationales.
Un fonctionnaire de la FAO a reconnu que « Il reste très peu de
zones de l’Irrawaddy dont on puisse dire que la mangrove y est
intacte ou dense » et, bien qu’il existe quelques initiatives
pour restaurer ou replanter ces forêts, elles continuent de disparaître
à un rythme encore rapide. Il a ajouté que « dans les années 1990,
les mangroves ont diminué d’environ 2 000 hectares par an, soit
près de 0,3 %. Pourtant, cela ne donne pas un tableau complet
de la situation car, quand ils ne sont pas tout à fait détruits,
la plupart de ces habitats dépendants des marées sont dégradés
». [1]
Combien
de morts seront nécessaires pour qu’on décide de changer les politiques
actuelles de « développement » qui se sont avérées si tragiquement
erronées ?
Aucun
développement de longue durée n’est possible s’il comporte la
destruction de notre foyer, de notre nature. La population de
la Birmanie en est tristement témoin.
Article
fondé sur des informations tirées de : [1] “Mangrove loss 'put
Burma at risk'”, Mark Kinver, BBC News,
http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/7385315.stm ; [2]
communiqué de presse : “Destruction of Mangrove Forests Increased
Devastating Impact of Cyclone Nagris”, MAP,
http://www.mangroveactionproject.org/news/current_
headlines/press-release-destruction-of-mangrove
-forests-increased-devastating-impact-of-cyclone-nagris/.
index
–
Brésil : la canne à sucre pour la production
d’agrocarburants avance sur un écosystème riche en diversité biologique
Les
agrocarburants sont de plus en plus l’objet d’avertissements,
de protestations et de plaintes de sources aussi diverses que
des personnalités officielles des Nations unies (le directeur
général de la FAO, Jacques Diouf, et le rapporteur de l’ONU sur
le droit à l’alimentation, Jean Ziegler), des premiers ministres
comme Fidel Castro et des organisations sociales du Nord et du
Sud [1 et 2]. Et pourtant, les plantations pour les produire continuent
d’avancer.
En
Amérique latine, c’est le Brésil qui est en tête. Les accords
énergétiques passés l’année dernière avec les États-Unis et le
Chili, et cette année avec l’Allemagne, consolident la position
du Brésil comme producteur d’éthanol.
Les
plantations de canne à sucre créées à cette fin couvrent dans
ce pays près de six millions d’hectares, répartis surtout dans
le Sud-Est des États de Sấo Paulo, Minas Gerais et Goiás,
et aussi dans la région centrale, dans les États de Mato Grosso
et Mato Grosso do Sul.
La
région qui reçoit le plus de pressions est celle dénommée le «
Cerrado ».Il s’agit d’un biome de grande diversité, une forêt
ouverte de deux millions de kilomètres carrés qui relie l’Amazonie,
la Mata Atlántica et le Pantanal. Traditionnellement affecté à
l’élevage extensif, au cours des dernières décennies des étendues
considérables du Cerrado ont été transformées en plantations de
canne à sucre. D’après les chiffres cités par l’ISPN (Institut
Société Population et Nature) dans un rapport qui sera publié
en juin, 162 000 hectares du Cerrado, que le gouvernement désigne
aujourd’hui comme zones de conservation, sont en fait des plantations
de canne à sucre.
Nilo
D’Avila, coordinateur de l’étude, affirme que « La monoculture
entraîne toujours la diminution de la diversité biologique. La
plantation de canne à sucre perturbe le milieu chimique du Cerrado,
surtout l’acidité du sol, qui est très élevée dans cette région
». Au déboisement pratiqué pour occuper ces terres s’ajoutent
les méthodes de culture de la canne à sucre, qui impliquent de
« rectifier » cette acidité du sol en y ajoutant de la chaux.
Cela a provoqué la disparition de nombreux fruits du Cerrado qui
étaient adaptés à ce milieu.
La
tragédie du Cerrado est que la dévastation rapide qu’il subit
n’est pas très visible. Il s’agit du biome le plus menacé après
l’Amazonie, mais le plus menacé de tous par la plantation de canne
à sucre.
D’après
un rapport publié par l’UITA [3], au cours des 40 dernières années
le Cerrado a perdu la moitié de sa surface, par suite de l’expansion,
entre autres, de la canne à sucre. Si cette tendance se maintient,
d’ici à 2030 le Cerrado aura disparu.
Le
côté prétendument écologique (‘bio’) que les agro-industriels
exploitent pour déguiser la nature purement commerciale de ces
plantations est en train de tomber en lambeaux. Certains proposent
déjà de donner aux agrocarburants un nom qui reflète ce qu’ils
sont : des « nécrocarburants » ou carburants de la mort.
[1]
Manifeste de Quito :
http://www.wrm.org.uy/temas/Agrocombustibles/Manifiesto_Quito.html.
[2]
Demande de moratoire :
http://www.wrm.org.uy/actores/CBD/SBSTTA/Moratoria.pdf.
[3]
Caña de azúcar devasta el “cerrado”, Silvia Adoue, Radioagencia
NP,
http://www.rel-uita.org/agricultura/cerrado.htm.
index
–
Paraguay : le contact forcé condamne un
homme indigène à la maladie et à la mort
Son
nom était Parojnai. Il appartenait aux Ayoreo-Totobiegosode, un
peuple indigène de la forêt du Chaco qui s’étend au sud du bassin
de l’Amazone, de la Bolivie au Paraguay et à l’Argentine.
Parojnai
Picanerai, sa femme et leurs enfants avaient réussi à vivre dans
la forêt du Chaco (au Paraguay) sans contact avec le monde extérieur,
en dépit de l’invasion croissante de leur territoire. Bien que
la législation paraguayenne reconnaisse le droit des Ayoreo d’être
propriétaires des terres qu’ils ont traditionnellement habitées,
leur forêt est maintenant vendue à des propriétaires privées et
défrichée par des spéculateurs et des éleveurs, d’abord pour en
exploiter le bois et puis pour y élever du bétail.
En
1979 et en 1986, l’organisation fondamentaliste nord-américaine
New Tribes Mission a organisé des « chasses à l’homme » pour obliger
des groupes nombreux d’Ayoreo-Totobiegosode à quitter la forêt.
Le harcèlement et les poursuites au bulldozer ont continué plus
tard au cours d’incursions régulières dans la forêt du Chaco.
La vie communale des Ayoreo dans des villages a été perturbée
et ils ont dû aller vivre en cachette à l’intérieur de la forêt,
abandonnant leurs huttes et laissant derrière eux leurs cultures
agricoles et des biens très appréciés, tels que leurs outils et
leurs marmites.
Finalement,
fatigués de vivre seuls et en fuite permanente, Parojnai et sa
famille ont capitulé et ont quitté leur isolement en 1998. Survival
International rapporte le témoignage qu’il a donné à l’époque
: « Nous courions d’un endroit à l’autre. Nous avions l’impression
que le bulldozer nous suivait. J’avais dû abandonner mes outils,
mon arc, ma corde pour courir plus vite... Nous pensions que le
bulldozer avait vu notre jardin et venait manger nos fruits...
et nous manger nous-mêmes ».
Ils
sont allés vivre dans un petit village ayoreo à la lisière de
la forêt, mais peu après Parojnai a contracté la grippe et la
tuberculose. L’activiste de Survival, Jonathan Mazower, qui était
allé le voir en 2003 et en 2007, a dit ce mois-ci : « Quand j’ai
rencontré Parojnai pour la première fois, il était déjà très malade.
Mais j’ai vu des photos de lui, prises le lendemain du premier
contact, et il était alors en pleine forme et en excellente santé
».
Parojnai
est mort début mai. Mazower exprime très correctement le sens
que sa mort a pris : « Pour moi, la vie de Parojnai symbolise
le destin des peuples indigènes des Amériques depuis Christophe
Colomb. La perte de son territoire aux mains d’étrangers l’a obligé
à renoncer à son indépendance, et le contact l’a fait contracter
une maladie qui a fini par le tuer. Les dernières tribus non contactées
du monde sont maintenant confrontées à la même tragédie que les
indiens ont vécue il y a 500 ans ».
Article
fondé sur des informations tirées de : “Paraguay: Ayoreo Indian
Dies after First Contact”, 7 mai 2008, Survival International,
http://mcsv.net/cgi-bin/redir?MCid=ADomPAu9J28E4tnmA4RM
index
- Zambie :
la ruée vers les agrocarburants
En
Afrique, les projets de biocarburants prolifèrent dans de nombreux
pays, dont la Zambie, où le jatropha a été choisi comme culture
principale pour la production de biodiesel tandis que la canne
à sucre, le sorgho doux et le manioc sont destinés à fabriquer
de l’éthanol.
Une
étude menée par Matongo Mundia [1] en 2007 explique que « « en
Zambie comme dans le reste du continent, l’enthousiasme pour les
biocarburants provient surtout des discours sur la sécurité énergétique
et sur le soutien au développement économique et social. Pourtant,
personne n’a l’air de savoir si les investissements et les objectifs
visés concernent la production de biocarburants pour le marché
zambien ou pour l’exportation ».
Le
gouvernement zambien a soutenu et encouragé la production de biocarburants,
mais il s’agit d’une activité plutôt récente dans le pays. D’après
le rapport mentionné, les principaux meneurs sont Dl Oils
(un producteur britannique de biodiesel de portée mondiale) et
Marli Investments. Par le biais de l’Association de Biocarburants
de Zambie (BAZ), industrie des agrocarburants a essayé d’obtenir
que tous les consommateurs soient obligés d’utiliser un mélange
déterminé de biocarburant, et des incitations financières qui
attirent des capitaux pour le développement du secteur.
« À
ce qu’il paraît, des entreprises comme Dl Oils sont en
train de promouvoir les biocarburants en tant que stratégie énergétique
intérieure dans le but d’ouvrir la voie à une législation favorable,
alors que leur intention véritable est de centrer la production
sur le marché d’exportation. La possibilité que l’objectif soit
l’exportation et non le bénéfice des Zambiens devient tout à fait
probable quand on sait que la Zambie n’a pas de raffineries de
biocarburants et que Dl Oils est en train d’en construire
une à Durban, en Afrique du Sud. Une fois que le produit aura
quitté le pays, c’est le pouvoir d’achat des consommateurs européens
qui va sans doute prévaloir », explique le rapport.
La
plupart des endroits où les grands projets de production d’agrocarburants
ont été lancés subissent le même sort : le déboisement et
le déplacement. « 66 % des terres zambiennes sont couverts
de forêts, dont certaines sont particulièrement importantes, comme
celles qui se trouvent dans les bassins hydrographiques, les réserves
forestières et les réserves de chasse. Seuls 26 % des terres
boisées zambiennes pourraient être affectées à augmenter la productivité
agricole, par exemple pour la production d’agrocarburants. Cependant,
même sans éliminer davantage de forêts, le taux de déboisement
est déjà très élevé dans le pays. Le ministre de la province du
Copperbelt, M. Mwansa Mbulakulima, a déclaré qu’une réserve forestière
déclassée allait être transférée à des investisseurs (The Post,
4 mai 2007). On ne sait pas encore si ce transfert est destiné
à la production de biocarburants ou à d’autres fins industrielles.
Néanmoins, cela permet de voir que les gouvernements local ou
national ne risquent pas d’opposer de gros obstacles aux initiatives
de production de biocarburants qui impliquent d’éliminer des forêts. »
« La
disponibilité de terres pour la production d’agrocarburants et
les conséquences de cette conversion pour les agriculteurs, la
production d’aliments, les forêts et les peuples autochtones sont
des problèmes sérieux en Zambie. La Loi territoriale de 1995 permet
de transformer la propriété coutumière en propriété louée à bail,
et de nombreux investisseurs se sont déjà servis de cette disposition
pour exproprier des terres à des fins d’investissement. Le gouvernement
de la Zambie a laissé entendre qu’il souhaite adopter une politique
territoriale axée sur le marché, et le nouveau projet de politique
territoriale semble aller dans le même sens. »
La
forte opposition suscitée par les agrocarburants monte rapidement,
remettant en question autant le caractère de solution « neutre
en carbone » qu’on leur attribue que leurs conséquences pour
l’environnement et la société. En novembre 2007, plusieurs organisations
de la société civile africaines ont demandé un moratoire sur les
projets d’agrocarburants [2]. « Nous devons protéger notre
sécurité alimentaire, nos forêts, notre eau, nos droits territoriaux,
nos agriculteurs et nos peuples autochtones contre l’avancée agressive
des projets d’agrocarburants qui sont en train de dévorer nos
terres et nos ressources avec une ampleur et une rapidité incroyables »,
lit-on dans leur déclaration.
Elles
préviennent que « la ‘révolution’ des agrocarburants est
conçue pour remplacer des millions d’hectares de systèmes agricoles
locaux, et les communautés rurales qui y travaillent, par de vastes
plantations. Elle vise à remplacer les méthodes indigènes appliquées
à l’agriculture, les pâturages et les prairies, fondées sur la
diversité biologique, par la monoculture de produits génétiquement
modifiés destinés à la production d’agrocarburants. En outre,
des millions d’hectares de ce que les promoteurs des agrocarburants
décrivent par euphémisme comme ‘des déserts’ ou ‘des sols marginaux’
vont être affectés à la production ‘rentable’ de carburants, en
oubliant comme par hasard que des millions de personnes tirent
leur subsistance de ces écosystèmes fragiles. Et là où il n’y
a pas de méthodes agricoles à remplacer, il y a les forêts à prendre.
À la tête de tout cela se trouvent les entreprises multinationales
qui savent gérer les énormes plantations de ce genre et qui contrôlent
déjà le marché international des agrocarburants ».
Le
rapport conclut ainsi : « Nous ne pouvons pas nous permettre
de perdre nos aliments, nos forêts, nos terres et notre eau si
nous devons faire face au défi du changement climatique et de
l’insécurité alimentaire. Ainsi, nous demandons à nos gouvernements
d’Afrique et à ceux du Nord de bien réfléchir. Nous les appelons
à déclarer d’urgence un moratoire qui préserve l’Afrique des nombreux
dangers que représente l’actuelle ruée vers les agrocarburants ».
Article
fondé sur des informations tirées de : [1] “Agrofuels in
Africa – The impacts on land, food and forests”, African Biodiversity
Network, juillet 2007, Biofuel case study: Zambia, Matongo
Mundia, commandé par Clement Chipokilo,
http://www.gaiafoundation.org/documents/AgrofuelAfrica_Jul2007.pdf ;
[2] Novembre 2007, “An African Call for a Moratorium on Agrofuel
Developments”,
http://www.africanbiodiversity.org/media/1210585794.pdf
?PHPSESSID=0c91fabd2a80b164ffb52f594d4da9c5.
index
– La
gestion communautaire des forêts : une nouvelle
publication de FoEI pleine d’enseignements
Des
millions de personnes du monde entier habitent en milieu rural
et dépendent dans une certaine mesure des écosystèmes forestiers
pour leur subsistance. Or, la dégradation des forêts et le déboisement
se poursuivent à un rythme alarmant et mettent leur vie en danger.
Autant
pour les peuples autochtones que pour les communautés rurales
ou urbaines qui comptent sur les services environnementaux fournis
par les forêts, celles-ci jouent un rôle capital dans leur vie
quotidienne. La distribution injuste, la surconsommation et la
mauvaise administration sont au cœur de la gestion non durable
des ressources qui provoque des problèmes écologiques et l’appauvrissement
incessant des habitants.
La
nouvelle publication du Programme Forêts et Diversité biologique
des Amis de la Terre International apporte des exemples de solutions
innovantes fondées sur les connaissances des communautés locales
qui contribuent à améliorer le niveau de vie de ces dernières
tout en protégeant et en préservant les écosystèmes forestiers.
La
gestion communautaire des forêts concerne les réglementations
et les méthodes appliquées par de nombreuses communautés pour
conserver et exploiter de façon durable les forêts avec lesquelles
elles vivent. Il s’agit d’une gestion collective et communautaire
qui s’est toujours identifiée avec la protection de la forêt,
par opposition à l’exploitation industrielle et mercantile que
les ressources forestières ont subie.
La
publication raconte des expériences qui ont lieu dans un grand
nombre de pays ; elle rapporte les succès et les problèmes
que rencontrent les peuples concernés au moment de contrôler,
d’utiliser et de protéger leurs forêts. Les cas étudiés en Inde,
Papouasie-Nouvelle-Guinée, Malaisie, Indonésie, France, Grèce,
Chili, Bolivie, Amazonie, Costa Rica, El Salvador et Haïti sont
illustratifs et poussent à réfléchir sur la gestion communautaire
des forêts afin d’encourager l’usage durable de ces écosystèmes.
Aux
expériences communautaires s’ajoute l’analyse critique d’un grand
nombre de risques et d’opportunités, où l’on passe en revue le
rôle des gouvernements et des institutions financières internationales,
la souveraineté alimentaire, la surconsommation, le changement
climatique, la santé humaine, les marchés pour les produits locaux
et les problèmes fonciers. Le livre montre comment ces questions
affectent les peuples concernés et examine les rapports qu’elles
ont avec le problème plus large de la justice environnementale
et sociale.
Utilisée
comme point de départ d’une réflexion collective sur le contrôle
des ressources au plan local par des processus de décision participatifs
et par le partage égalitaire des bénéfices, cette publication
stimulante est un outil précieux pour les communautés qui souhaitent
mieux maîtriser leurs vies et leurs ressources ou qui luttent
pour améliorer leur niveau de vie et restaurer les écosystèmes
dégradés, ainsi que pour exercer des pressions contre les politiques
destructrices de la société et de l’environnement.
Le
livre est disponible en version électronique, en espagnol, sur
http://www.coecoceiba.org/images/pub91.pdf
; il sera bientôt publié également en anglais et en français.
Pour de plus amples informations, veuillez contacter Javier Baltodano
des Amis de la Terre, à l’adresse :
licania@racsa.co.cr.
index
LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE
D'ARBRES
– Les
femmes sont les plus touchées par la production
d’agrocarburants
L’expansion
des grandes plantations – qu’il s’agisse de produits agricoles
ou d’arbres – pour la production d’agrocarburants liquides comme
le bioéthanol et le biodiesel est en train d’augmenter dans beaucoup
de pays du Sud et d’avoir des effets nuisibles sur les gens et
l’environnement.
À
présent, même la FAO admet les risques que cela comporte. Un rapport
récemment publié par cette organisation examine la production
d’agrocarburants et ses effets spécifiques sur chaque sexe, et
explique que cette production risque d’accroître la marginalisation
des femmes en milieu rural en mettant en danger leurs moyens de
subsistance.
Le
grand volume de matières premières que requiert la production
d’agrocarburants a fait augmenter la demande de terre et la pression
sur les terres soi-disant « marginales » qui jouent
un rôle essentiel dans la subsistance des habitants pauvres de
la campagne et qui sont souvent travaillées par les femmes. Le
rapport reconnaît que le remplacement des cultures locales par
la monoculture de produits énergétiques pourrait menacer la diversité
biologique agricole et les vastes connaissances et compétences
traditionnelles des petits agriculteurs en matière de gestion,
sélection et conservation des produits locaux ; or, toutes
ces tâches sont accomplies surtout par les femmes.
En
outre, la production d’agrocarburants peut avoir des effets négatifs
sur le secteur de l’élevage, indispensable à la sécurité alimentaire
des ménages ruraux, par la réduction des terres disponibles pour
le pâturage et la hausse du prix du fourrage (due à l’utilisation
de plus en plus grande de matières premières agricoles pour la
production de biocarburants).
La
diminution ou la dégradation des ressources naturelles découlant
de la création de grandes plantations pour la production de biocarburants
risque de peser sur le travail et la santé des agriculteurs, surtout
quand il s’agit de femmes. La production d’agrocarburants pourrait
entrer en concurrence, directement ou indirectement, pour l’eau
et le bois de feu, rendant ces ressources moins faciles à obtenir
à des fins domestiques. Cela obligerait les femmes qui, dans la
plupart des pays en développement, se chargent d’obtenir l’eau
et le bois de feu, à parcourir des distances plus grandes, ce
qui leur laisserait moins de temps pour gagner de l’argent par
d’autres moyens.
La
diminution éventuelle de la diversité biologique et agricole porterait
atteinte aussi à la production alimentaire, menaçant gravement
la subsistance et, à long terme, la sécurité alimentaire en milieu
rural. En particulier, le déboisement associé à la création de
grandes plantations pour la production de biocarburants pourrait
aggraver l’insécurité alimentaire des peuples qui dépendent des
forêts pour leur subsistance.
La
production de biocarburants peut avoir des effets différents suivant
le sexe en ce qui concerne l’accès aux aliments, à cause de son
incidence sur les prix et les revenus. On constate de plus en
plus que l’augmentation de la demande de produits agricoles pour
la production de biocarburants liquides contribue à inverser la
tendance à la baisse des prix des produits agricoles et des denrées
qui avait eu lieu au cours des dernières décennies. Cela peut
avoir des effets négatifs sur la sécurité alimentaire, surtout
dans le cas des ménages qui sont des acheteurs nets et dans celui
des pays qui sont des importateurs nets de produits agricoles
et de vivres. En outre, ces prix pourraient devenir plus instables,
exposant un nombre considérable de foyers et d’individus à l’insécurité
alimentaire. Les brusques augmentations des prix des aliments
auraient des répercussions négatives surtout pour les ménages
pauvres et les groupes vulnérables, et en particulier pour les
femmes et les familles dont le chef est une femme, qui sont en
général les plus exposées à l’insécurité alimentaire transitoire
ou chronique en raison de leur accès limité à des activités productrices
de revenus.
De
plus, les emplois créés dans les zones rurales par l’établissement
de plantations destinées à la production d’agrocarburants visent
surtout les travailleurs ruraux non qualifiés, et il s’agit en
général de postes saisonniers ou informels. La FAO signale que
de plus en plus de femmes se trouvent dans cette situation car
les inégalités sociales existantes font qu’elles soient souvent
désavantagées par rapport aux hommes en ce qui concerne les bénéfices
de l’emploi, la sécurité au travail et les risques pour la santé.
En
général, la culture de la canne à sucre et du palmier à huile
s’est accompagnée, dans plusieurs pays du Sud, de conditions d’emploi
injustes, de risques pour la santé et la sécurité, de travail
des enfants et de travail forcé. Dans certains cas, les conditions
de travail dans les plantations (y compris dans celles où l’on
produit des matières premières pour les biocarburants) ont des
impacts différents suivant le sexe. Les propriétaires préfèrent
embaucher des femmes parce qu’ils peuvent leur payer moins qu’aux
hommes et qu’elles constituent une main d’œuvre docile et dépendante,
donc plus facile à exploiter.
En
raison de la prévalence des accords de travail informels, il est
difficile d’obtenir des données fiables sur le nombre des travailleuses
rurales salariées. Néanmoins, tout semble indiquer qu’elles sont
de plus en plus nombreuses et qu’elles représentent aujourd’hui
de 20 à 30 pour cent des travailleurs ruraux du monde. En Amérique
latine et aux Caraïbes, ce chiffre est de 40 pour cent, tandis
que dans les pays africains il est probablement plus élevé. Les
femmes reçoivent en général moins de formation et d’instruction
que les hommes, elles accomplissent souvent des tâches répétitives
qui peuvent provoquer des troubles de santé, et leur exposition
aux produits agrochimiques met en danger leur fonction reproductive.
En Malaisie, par exemple, où les femmes représentent près de la
moitié des travailleurs des plantations, elles sont souvent chargées
de pulvériser des pesticides et des herbicides chimiques sans
la formation et l’équipement de protection appropriés. Cela peut
avoir à long terme de graves répercussions sur leur santé.
Le
rapport de la FAO conclut que les efforts pour atténuer le changement
climatique par la promotion des biocarburants liquides peuvent
réduire la résistance socio-économique des gens (surtout chez
les groupes les plus vulnérables où figurent les femmes), en réduisant
leur capacité de faire face aux chocs exogènes, dont le changement
climatique lui-même.
Néanmoins,
la FAO ne prend pas une position engagée contre le modèle préconisé
pour la production d’agrocarburants, qui est non durable par nature,
et finit par prendre ses désirs pour ses réalités lorsqu’elle
dit que « en veillant à ce que la production de biocarburants
soit avantageuse autant pour les hommes que pour les femmes des
pays en développement, on réussirait à augmenter leur capacité
de résister aux impacts du changement climatique ».
Les
informations fournies par le rapport de la FAO sont les bienvenues.
Néanmoins, nous sommes d’avis que sa conclusion ne tient pas debout.
Il devient de plus en plus évident que les agrocarburants n’apportent
aucun bénéfice écologique ni social, et le rapport montre bien
à quel point ils portent atteinte surtout aux femmes rurales pauvres.
La conclusion devrait donc être catégorique : si vous voulez
avantager les femmes rurales pauvres, n’encouragez pas la production
d’agrocarburants !
Cet
article est un extrait adapté et commenté de : “Gender And
Equity Issues In Liquid Biofuels Production Minimizing The Risks
To Maximize The Opportunities”, Andrea Rossi et Yianna Lambrou,
Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture,
Rome, 2008,
ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/010/ai503e/ai503e00.pdf.
index
– Afrique
du Sud : visite des plantations industrielles d’arbres de
Forêts de Komatiland
En
novembre 2007, plusieurs délégués du Mouvement mondial pour les
forêts tropicales sont allés voir les activités menées par Forêts
de Komatiland aux Brooklands, dans la province sud-africaine de
Mpumalanga.
Devant
une photographie de J. Brooke Shires, qui planta en 1876 les premiers
eucalyptus et acacias aux Brooklands, nous avons écouté une présentation
de la compagnie. Komatiland est une entreprise para-étatique qui
gère au total près de 128 000 hectares de plantations, surtout
de pins. Ces arbres sont cultivés en cycles de 28 à 30 ans pour
la production de bois de sciage. On nous a dit que Komatiland
emploie 2 400 personnes, plus 1 200 autres qui sont
sous contrat. Aux Brooklands, les plantations de Komatiland occupent
une surface d’un peu plus de 12 000 hectares. L’entreprise
applique une méthode d’extraction de bois avec des chevaux sur
un tiers de ces terres.
L’entreprise
est certifiée par le SGS, en application du système de certification
du Forest Stewardship Council, depuis 1997. Un fonctionnaire de
Komatiland nous a dit qu’il y a quatre niveaux de certification :
inconsciemment non conforme, consciemment non conforme, consciemment
conforme et non consciemment conforme. En cette époque où la façade
écologique est de règle, cette partie de la présentation a été
d’une franchise qui faisait plaisir à voir. « Je ne sais
pas du tout où nous en sommes », a-t-il dit en riant, « quelque
part entre le deux et le trois ». Il s’agissait d’un membre
du personnel d’une entreprise certifiée par le FSC, qui reconnaissait
publiquement que Komatiland n’était pas entièrement conforme aux
critères du FSC. « Il y a des problèmes dans toutes les opérations.
Nous ne sommes pas parfaits. Vous trouverez des problèmes dans
chacune de nos unités de plantation », a-t-il dit à une audience
dont il savait qu’elle critiquait autant les plantations industrielles
d’arbres que la certification du FSC.
Winnie
Overbeek a demandé s’il y avait des conflits en matière de droits
fonciers et territoriaux. « Voilà une question très européenne »,
a été la réponse. Overbeek a expliqué qu’il avait travaillé pendant
plus de dix ans au Brésil, pour aider les Tupinikim et les Guarani
dans leur lutte pour la terre dans la zone occupée par les plantations
d’Aracruz Celulose, et que sa question était fondée sur son expérience.
Le représentant de l’entreprise ne s’est pas laissé démonter.
« L’Afrique du Sud est un pays tout à fait unique »,
a-t-il expliqué. « D’après les critères du FSC, il n’y a
pas de peuples autochtones dans ce pays ». L’apartheid a
existé et il y a des tas de revendications territoriales. Cela
ne veut pas dire que toutes soient justifiées. » Tout cela
ressemble étonnamment aux arguments utilisés par Aracruz avant
que le ministère de la Justice brésilien ne donne raison aux Tupinikim
et aux Guarani (cf. Bulletin nº 122 du WRM, septembre 2007).
En
2007, Komatiland a perdu environ 17 000 hectares de plantations
à cause des incendies. « Le réchauffement planétaire est
en train d’aggraver les choses », a dit le fonctionnaire
de Komatiland. « Par exemple, le charançon du pin est en
train d’attaquer les arbres de la forêt indigène. Personne ne
sait ce qui viendra ensuite. Il y aura pas mal de changements
et cela nous inquiète. »
Wally
Menne, de la coalition TimberWatch, a fait remarquer que le nom
de l’entreprise est impropre : elle s’appelle Forêts de Komatiland
mais ses activités forestières sont en fait des plantations industrielles
d’arbres.
Après
la présentation, l’entreprise nous a conduits en voiture à travers
quelques-unes de ses plantations de pins et d’eucalyptus en régime
de monoculture. Nous avons vu d’énormes étendues coupées à blanc
et brûlées. Nous sommes passés devant les logements construits
par l’entreprise pour les travailleurs : des rangées de petits
bungalows rudimentaires adossés, au toit de tôle, avec de gros
numéros peints sur les portes. Dans son évaluation de Komatiland,
la SGS affirme que l’entreprise emploie directement 1 729
personnes seulement. Pendant notre tournée des plantations sur
pied et de celles coupées à blanc nous avons vu très peu de travailleurs.
Nous
nous sommes arrêtés sur une crête, avec d’un côté du chemin des
prairies luxuriantes et de l’autre une scène de destruction totale,
où tout ce qui était vivant avait été coupé et balayé, ne laissant
qu’une sorte de paysage lunaire brun. Nous sommes sortis des voitures
pour marcher entre les tas de troncs, dont certains portaient
le numéro correspondant à la gestion forestière et la chaîne de
traçabilité de la SGS (SGS-FM-COC-0068). À la distance, une machine
soulevait des troncs et les empilait soigneusement.
Au
moment de la présentation de l’entreprise on nous avait dit que
30 pour cent des terres de Komatiland sont ouverts et que, depuis
1994, la surface des plantations des Brooklands est passée de
10 000 à 9 000 hectares. On nous a dit qu’on ne plante
rien à moins de 20 mètres des ruisseaux. Il y avait un ruisseau
juste à côté du terrain coupé : les eucalyptus et les pins
poussaient jusqu’au bord de l’eau.
Nous
avons vu la récolte de bois faite avec des chevaux. Komatiland
nous avait dit qu’en employant des chevaux on endommage moins
le sol et on emploie plus de personnes que dans l’extraction mécanisée.
De toute façon, ce que nous avons vu avait lieu sur une pente
bien trop raide pour permettre l’utilisation de machines. Cela
avait l’air un travail brutalement dur. Quatre hommes y travaillaient
avec trois chevaux. Les chevaux tiraient les troncs un par un
en descendant la pente. Les hommes devaient alors détacher les
chaînes du tronc et tirer les chevaux pour qu’ils remontent. Pendant
ce temps-là, les chefs observaient d’en bas. L’un d’eux était
venu avec son chien.
Pendant
la présentation de l’entreprise on nous a dit que « l’apartheid
a existé » en Afrique du Sud. Pourtant, tous les travailleurs
que nous avons vus étaient noirs, et tous les chefs que nous avons
vus étaient blancs. On dirait que, dans les plantations de Komatiland,
l’apartheid existe toujours.
Chris
Lang,
http://chrislang.org
index
– Australie
/ Tasmanie : un accord favorise le projet d’usine de pâte
de Gunns, malgré l’opposition populaire
La
population de la Tasmanie a entendu parler au début du mois d’un
accord qui avait été conclu quatre mois plus tôt entre le gouvernement
et l’entreprise forestière Gunns. Cet accord, dénommé ‘Accord
de risque souverain’ et valable pendant 20 ans, stipule que les
contribuables devront payer à Gunns 15 millions de dollars si,
pour une raison quelconque, l’approvisionnement en bois est compromis.
[1]
L’usine
de pâte que Gunns projette de construire a suscité la forte opposition
de divers secteurs sociaux, dont celui des étudiants. Dans le
blog Students Against the Pulp Mill on peut lire :
« Donc, si nous ne réélisons pas l’actuel gouvernement parce
que nous n’approuvons pas l’usine de pâte, le prochain gouvernement
devra continuer à fournir du bois à Gunns, même si la majorité
des Tasmaniens ne sont pas d’accord. Très peu démocratique ».
Le
favoritisme du gouvernement à l’égard de Gunns fait contraste
avec son attitude à l’égard des inquiétudes que soulèvent les
effets adverses éventuels de l’usine de pâte que l’entreprise
entend construire dans la vallée de Tamar. L’autorisation a été
délivrée à toute vitesse, sans même évaluer les répercussions
potentielles de l’usine sur le tourisme, la pêche, l’agriculture
biologique ciblée et la fabrication de vin. Et, au cas où l’usine
de pâte causerait des dommages aux industries propres ou écologiques,
ces dernières ne recevraient aucune compensation.
Les
entreprises locales se sont entendu dire que ce n’est pas au gouvernement
de les aider à s’en sortir si leur réputation écologique est atteinte.
Un
article du Tasmanian Greens [2] dénonce ce qui suit : « Une
lettre adressée par le premier ministre Paul Lennon au Conseil
de l’industrie du tourisme de la Tasmanie (TICT) le 6 septembre
2007, où il était spécifiquement question des inquiétudes manifestées
par cette industrie au sujet de l’usine de pâte, disait :
TICT :
‘Il doit y avoir une manière d’aider les entreprises qui subissent
des pertes de marchés ou de capital par suite du fonctionnement
de l’usine de pâte.’
Premier
ministre : ‘Les particuliers devront demander du conseil
juridique indépendant sur les recours dont ils disposent s’ils
subissent des pertes de marchés ou de capital par suite du fonctionnement
de l’usine de pâte.’ »
Le
blog des étudiants informe que, le 16 avril dernier, « un
ensemble divers d’organisations, d’individus et d’entreprises
de la Tasmanie et l’Australie s’est réuni dans la vallée de Tamar
ce week-end et a décidé de former une alliance de travail cohésive
pour arrêter l’usine de pâte de Gunns ».
Il
y a eu un appel à fermer les comptes personnels dans la banque
ANZ, pour la punir du soutien qu’elle accorderait au projet de
Gunns, et une centaine de personnes – des jeunes surtout – se
sont rassemblées dans les jardins du Parlement pour délivrer un
message fondamental : NE BROYEZ PAS NOTRE AVENIR !
Article
fondé sur des informations tirées de : [1] Compo for Gunns
if supply fails, Matthew Denholm, The Australian,
http://www.theaustralian.news.com.au/story/0,25197,23652116-5013871,00.html ;
[2] $15 Million Price Tag On Democracy Under Deal With Gunns,
http://tas.greens.org.au/News/view_MR.php?ActionID=2979.
index
-
Birmanie : les généraux
déchaînés pour les biocarburants
Les
biocarburants – le biodiesel extrait des plantes pour remplacer
les coûteux combustibles fossiles– soulèvent des controverses
depuis que les plantations pour les produire envahissent des terres
utilisées surtout par les communautés locales, en particulier
pour la production de vivres.
En
Birmanie, la junte militaire au gouvernement s’est embarquée dans
l’expansion massive des plantations pour la production de biocarburants,
en confisquant des terres par la force et en recourant aux arrestations,
aux amendes et aux coups appliqués aux agriculteurs.
Le
plan quinquennal de la junte prévoit de planter 8 millions d’acres
de Jatropha curcas (médicinier ou jetsuu en birman)
pour la production de biocarburant. Chaque État et chaque division
du pays doit en planter 500 000 acres. Deux ans après le
lancement du programme, des informations commencent à filtrer
à propos des brutalités que subit la population locale forcée
de planter des jatrophes.
« Biocarburants
par décret : le fiasco de la bioénergie birmane est démasqué »,
tel est le titre d’un rapport produit par le Forum pour le développement
des communautés ethniques, une alliance de sept organisations
birmanes pour le développement communautaire. On y décrit comment
la junte birmane est en train de terroriser les populations locales
pour qu’elles plantent des jatrophes pour la production de biocarburants,
en dépit du fait que « les récoltes perdues et les preuves
de mauvaise gestion montrent que le programme est un fiasco ».
Le
rapport dit que les agriculteurs, les fonctionnaires, les instituteurs,
les écoliers, les infirmières et les prisonniers ont été obligés
d’acheter des graines et de remplir des quotas de plantation scandaleux
qui consomment un temps précieux, des terres et des ressources
indispensables à leur subsistance.
Un
manuel publié par le ministère de l’Agriculture dit qu’il faut
planter 1 200 arbres par acre. Pour y parvenir, il faudrait que
chaque homme, femme et enfant du pays plante 177 arbres en trois
ans. La junte prévoit aussi d’exporter du biodiesel à l’avenir,
et le projet de jatrophe a attiré des investisseurs de la Thaïlande,
de Singapour et du Royaume-Uni.
La
junte allègue que les biocarburants sont nécessaires pour réduire
la dépendance de la Birmanie des 200 millions de gallons de pétrole
qu’elle importe chaque année. Son entreprise Myanmar Oil and
Gas Enterprise espère que le pays pourra remplacer en quelques
années les 40 000 barils de pétrole qu’il importe par du
jatrophe produit sur place. Pourtant, les revendications d’autosuffisance
énergétique de la junte deviennent peu crédibles quand on sait
qu’elle a récemment vendu nombre des gisements de gaz naturel
que possède le pays à la Thaïlande, l’Inde et la Chine.
En
mars 2006, le général Than Shwe, chef de l’armée et du Conseil
pour la paix et le développement de l’État, a exhorté à « planter
des médiciniers dans toute la nation » dans un discours où
les biocarburants ont été présentés comme un véritable « devoir
national » pour déclencher une frénésie de plantation dans
« tous les espaces vides ».
Bientôt,
de bruyantes cérémonies de plantation ont été organisées, avec
la participation d’officiers supérieurs et de bataillons de soldats,
dans tous les villages et communes. Les militaires ont dit aux
fonctionnaires de planter des jatrophes dans les bureaux étatiques,
les écoles et les hôpitaux ; les jardins des maisons, les
enclos des monastères et même les cimetières seraient également
visés.
L’armée
oblige les gens à acheter des graines, des pousses ou des plants,
et à consacrer leurs terres, leurs outils et leur propre travail
à cette fin. La confiscation de terres est monnaie courante :
par exemple, dans l’État de Shan, l’armée a pris 1 000 acres
qui appartenaient à des paysans du village de Man Mao et a donné
ces terres à la milice locale pour planter du jatrophe.
La
majorité des paysans sont forcés d’acheter des jeunes plants,
des rejets, ou des semences en paquets ou en paniers métalliques
(accompagnés d’un « manuel d’utilisation »), souvent
à des prix exorbitants.
Une
personne interviewée a dit : « Nous avons acheté les
plantes quand les autorités sont venues dans notre village. Chaque
famille a dû payer 400 kyats la pièce. Certains n’avaient pas
d’argent et ils ont dû emprunter pour payer les plantes »
(le taux de change officiel est de 5,75 à 6,70 kyats le dollar).
Il
y a même eu un cas bizarre où les paysans ont dû trouver des graines
sauvages, les planter dans une pépinière, puis acheter les plantes
qu’ils avaient fait pousser.
En
août 2006, la culture du jatrophe avait atteint la barre du million
d’acres ; les nouveaux plans ont fixé ensuite les objectifs
de 2,3 millions d’acres pour 2006-2007, de 2,68 millions pour
2007-2008, et de 3,38 millions pour 2008-2009, ce qui fait un
total de 8,36 millions d’acres.
Le
rapport montre l’horreur de la situation, où ces quotas sont imposés
à force de coups et de menaces de mort. Les recherches menées
sur le terrain dans 32 communes de tous les États birmans incluent
131 interviews à des paysans, des fonctionnaires et des investisseurs ;
on y apprend que les soldats arrêtent et battent les gens et menacent
de mort ceux qui n’atteignent pas les objectifs fixés, endommagent
les plantes ou critiquent le programme. Dans l’État de Shan du
Sud, au moins huit cents personnes se sont enfuies en Thaïlande
pour échapper à la cruauté du programme de biocarburants.
En
dépit de toutes ces mesures, deux ans après sa mise en œuvre le
projet subit constamment des pertes massives des récoltes – de
jusqu’à 72 % – parce que les plantations sont faites n’importe
comment et que les semences sont de mauvaise qualité.
Même
lorsque les arbres poussent, ils donnent peu de graines parce
que les caractéristiques du climat et du sol ne sont pas suffisamment
prises en compte. En outre, la Birmanie n’est pas bien équipée
pour extraire l’huile des graines, et la plupart du biodiesel
produit a été de si mauvaise qualité que les moteurs ne fonctionnent
pas.
Les
arbres de jatrophe mettent de 4 à 5 ans pour atteindre leur pleine
maturité. Pendant cette période, les agriculteurs n’en tirent
aucun profit ; en outre, les familles ont peu à manger puisque
les terres arables ont été envahies par les plantations énergétiques.
Un paysan a dit : « Ils ont dit que le projet allait
durer trois ans, mais qu’est-ce qu’on va manger en attendant ? »
La
pénurie de vivres est un problème grave dans de nombreuses régions
de la Birmanie. D’après le Programme alimentaire mondial des Nations
unies, en 2007 environ 5 millions de personnes, soit près de 10 %
de la population birmane, souffraient de disette chronique.
Un
paysan a dit : « Nous souffrons du manque de terres
cultivables. Nous ne pouvons pas travailler pour nous-mêmes comme
il faut. Nous devons planter du jetsuu. Si nous refusons
de le faire, on nous prend à chacun 2 500 kyats par acre.
Notre temps est limité, et maintenant nous devons aller travailler
loin et nous n’avons plus le temps de désherber nos rizières ».
L’inquiétude
est permanente aussi à cause des propriétés toxiques du jatrophe,
qui contient une toxalbumine appelée curcine, ricine et acide
cyanique, proche de l’acide ricinoléique. Bien que toutes les
parties de la plante soient toxiques, ce sont les graines qui
contiennent la plus forte concentration de ricine et qui sont
donc les plus dangereuses. La ricine peut avoir de nombreux effets
cardiotoxiques (sur le muscle cardiaque) et hémolytiques (destruction
des globules rouges du sang avec libération de l’hémoglobine dans
le liquide qui l’entoure). La consommation des graines a d’autres
effets adverses aussi : vomissements, diarrhée, douleurs
abdominales, sensation de brûlure dans la gorge.
La
population a trouvé des moyens de montrer son hostilité. Face
à la perte de leurs terres et de leurs moyens de vie, de nombreux
paysans ne voient d’autre possibilité que d’éviter ou de refuser
de planter. Certains achètent les plantes mais ne les plantent
pas, d’autres en plantent moins que prévu ; les panneaux
vantant les biocarburants ont été mutilés.
Amraapali
N., écrivain de la région du Mékong, adresse électronique :
amraapali@gamil.com
Le
rapport “Biofuel by Decree” (Du biocarburant par décret), publié
par l’ECDF (Ethnic Community Development Forum) peut être téléchargé
sur :
http://cban.ca/Resources/Topics/Agrofuels.
index
EN DIRECT DE LA CDB
–
La vraie vie fait irruption dans la CDB
La
Convention sur la diversité biologique est une initiative gouvernementale
internationale qui avait l’air très bien quand elle est née en
1992, lors du Sommet de la Terre de l’ONU organisé à Rio de Janeiro,
au Brésil.
À
l’époque, on a eu l’impression que les gouvernements du monde
avaient pris conscience de l’avenir qui attendait la Terre si
la déforestation, la biopiraterie, l’expansion de l’agro-industrie
et le reste continuaient de faire disparaître la diversité biologique.
Ainsi, un nouveau processus – la CDB – a été mis en branle. Elle
devait se réunir tous les deux ans en des sommets de haut niveau,
accompagnés d’activités des organisations de la société civile.
La
CDB a réussi à résister à la contamination des entreprises un
peu plus longtemps que d’autres forums (par exemple, la Convention
sur le changement climatique). Néanmoins, petit à petit elle a
été récupérée par les intérêts de l’industrie, pour devenir un
chapelet de longues sessions où des documents truffés de parenthèses
sont remis à plus tard en attendant que les groupes de pression
scellent leurs pactes sur des questions qui ont des répercussions
directes sur la vie présente et future des peuples.
À
maintes et maintes reprises, les organisations sociales ont essayé
d’ouvrir une brèche dans ce mur, en participant dans le processus
dans les espaces qui leur étaient alloués, mais elles ont obtenu
très peu de résultats réels.
Elles
ont donc choisi de faire venir les problèmes, les inquiétudes
et les rêves des gens – leur vraie vie – dans la CDB. Et elles
l’ont fait en recourant à l’imagination, à la participation, à
l’humour et, pourquoi pas, à la colère.
Ci-dessous
nous passons brièvement en revue quelques-unes des actions menées
à la 9e Conférence des Parties à la CDB (la CdP 9) qui se déroule
à Bonn.
Dimanche
18 mai
«
Les agrocarburants engendrent la pauvreté et la faim »
Une
soixantaine de personnes ont protesté contre la culture à grande
échelle de produits agricoles énergétiques comme moyen de lutter
contre le réchauffement planétaire, car elle est désastreuse pour
la disponibilité d’aliments et provoque le déboisement. Les grands
médias et les décideurs continuent d’ignorer la conclusion honnête
que ce qu’il faut c’est réduire radicalement la consommation d’énergie,
surtout en ‘Occident’.
Dans
deux pompes à essence, les conducteurs de voitures devaient faire
leur choix : ‘essence’ à droite, ‘nourriture’ à gauche. Sur des
pancartes on lisait : « les agrocarburants ne sont pas le remède
à la dépendance du pétrole ».
La
plupart des conducteurs ont sympathisé avec l’initiative mais
ils ont voulu quand même faire le plein cette fois.
L’employée
de la station de Shell était furieuse de l’information négative
qu’on donnait devant sa pompe et elle a appelé la police. Après
quelques discussions, l’action a été autorisée, mais il a fallu
donner aux conducteurs davantage de possibilités de contourner
la ‘barrière du choix’.
Deux
heures plus tard, le groupe s’est remis en mouvement pour faire
une courte manifestation qui s’est terminée dans un champ où ils
ont pique-niqué de nourritures locales saines, puisque cela est
encore possible.
Parmi
les activistes il y avait beaucoup de membres de Via Campesina,
le réseau international des petits agriculteurs. Pour eux et pour
les millions de personnes qu’ils représentent, l’introduction
massive des agrocarburants est une menace directe contre leurs
moyens de subsistance et leur vie.

D'autres
photos sur :
http://www.globaljusticeecology.org/gallery.php?catID=26
Jeudi
22 mai
Journée
de la diversité biologique de l’ONU... ou, plutôt, Journée internationale
de la diversité lucrative
Un
déjeuner de travail a été organisé par la Chambre de commerce
internationale, l’organisation qui regroupe les plus grandes entreprises
du monde. La rencontre a été interrompue par la visite d’un groupe
bizarre d’« heureux actionnaires » qui célébraient les monopoles
agro-industriels et félicitaient l’industrie d’avoir détruit la
biodiversité agricole, grâce à quoi ils avaient obtenu de gros
profits. Pour finir, ils ont bu à la santé des Fournisseurs de
la Révolution de la Gangrène [en anglais, (Gan)Green Revolution].
Voici
un extrait de leur discours : « Nous, l’Initiative des Petits
Actionnaires, nous sommes heureux d’avoir des informations importantes
à vous apporter aujourd’hui, à l’occasion de la Journée internationale
de la diversité lucrative :
–
Les entreprises disposent de 220 000 USD pour financer leurs activités
à la CDB. Cela veut dire que nous pouvons donner nos profits aux
actionnaires tout en continuant de faire croire aux gens que nous
travaillons pour la diversité biologique.
–
Pendant la réunion de haut niveau du jeudi 29 mai, les entreprises
disposeront d’une heure entière pour exposer leurs idées. Toutes
les autres parties intéressées devront se partager l’heure qui
reste. Après cela, tous les délégués sont invités, dans le cadre
du programme officiel, à un déjeuner offert par les entreprises.
Une autre possibilité est de faire en sorte que chaque délégation
fasse ce que nous voulons.
Bravo,
bravo ! »
D'autres
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Jeudi 22 mai
La nature pour les gens, et non pour
les entreprises !
Des
activistes venus du monde entier ont accroché une bannière, ils
ont frappé les tasses de thé et distribué des messages de Via
Campesina pendant les célébrations officielles de la Journée de
la diversité biologique, après le message du secrétaire général
de l’ONU, Ban Ki Moon, aux délégués à la Convention.
Étant
donné que les agro-industries dominent à l’heure actuelle le commerce
mondial des aliments avec le paquet de la ‘Révolution verte’ qui
détruit la diversité biologique et agricole, les bannières disaient
« Pas de diversité agricole sans les paysans » et « La nature
pour les gens, et non pour les entreprises ».
Quelques
minutes plus tard les bannières ont été retirées par des policiers
et des fonctionnaires de l’ONU ; les gens qui les portaient ont
été escortés au dehors du Maritim Hotel et ils ont perdu leurs
badges d’accréditation, nécessaires pour participer aux réunions.
Néanmoins,
les membres de Via Campesina ont été applaudis par de nombreux
délégués gouvernementaux quand ils ont scandé « la nature pour
les gens, et non pour les entreprises ».
Leur
message était qu’aucune solution ne pourra provenir d’un tel modèle
de production. En revanche, ce sont les communautés rurales qui
ont la réponse, aussi bien pour résoudre le problème de la faim
dans le monde que pour préserver la diversité biologique mondiale.
Ces
communautés ont la capacité de nourrir le monde en promouvant
la diversité alimentaire, en soutenant les cultures traditionnelles
et sans surexploiter l’environnement. En plus, la production artisanale,
locale et écologique est une manière efficace et immédiate de
réduire les émissions de carbone et de faire baisser la température
de la planète.
D'autres
photos sur :
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Vendredi
24 mai
Les
plantations ne sont pas des forêts !
Le
Conseil de la forêt allemande a organisé une activité pour les
représentants de l’industrie forestière et du bois.
Le
discours habituel sur les forêts, qui les considère du point de
vue utilitaire et commercial, n’a fait aucune distinction entre
elles et les plantations, et il a été illustré en fait par des
photos de plantations d’arbres en régime de monoculture, qui ont
été décrites comme des forêts.
L’exploitation
commerciale des forêts a été présentée comme une stratégie respectueuse
du climat, en mettant l’accent sur leur capacité de piégeage de
carbone. La présentation s’est terminée par un appel plein d’émotion
à utiliser les ressources ligneuses, illustré par la phpoto d’une
sculpture, « l’homme en bois », et suivi d’un concert de violon,
où il a été précisé que « même les violons » sont faits avec du
bois.
Après
la présentation il y a eu une réception. Sous l’impulsion du moment,
un groupe de cinq femmes a vite mis en place un moyen de présenter
ses points de vue : pendant que les invités profitaient des boissons
et des amuse-gueule, elles ont commencé par attirer leur attention
pour faire ensuite, à tour de rôle, une brève déclaration sur
les dangers des arbres GM, l’incapacité des plantations à atteindre
les objectifs d’atténuer le changement climatique et de protéger
la diversité biologique, l’impact des plantations industrielles
d’arbres sur le sol, les cours d’eau et la population au Brésil
et en Uruguay, et la situation des forêts européennes, rappelant
l’exploitation que ces dernières ont subie au cours de l’histoire
et la perte concomitante de leur diversité biologique.
Un
petit nombre de personnes ont bruyamment quitté la salle, apparemment
fâchées de leur interruption, mais de façon générale leur initiative
a été bien accueillie par les invités, qui ont applaudi et hoché
la tête en signe d’approbation. Une occasion supplémentaire de
parler contre la mentalité de la monoculture.
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Mardi
27 mai
Appel
à l’interdiction des arbres GM
À
l’extérieur du local où se réunissait la CDB, une cérémonie de
plantation d’arbres a eu lieu. Un grand nombre d’activistes y
ont participé, certains déguisés en arbres-frankenstein génétiquement
modifiés qui essayaient d’envahir la CDB, tandis que d’autres
les arrêtaient et les abattaient avant qu’ils y parviennent.
La
cérémonie de plantation d’arbres symbolisait ce que l’industrie
essaie d’imposer : des arbres non indigènes et souvent envahissants
à planter en régime de monoculture. Les arbres GM feront se multiplier
les plantations et aggraveront le danger qu’elles représentent.
La
proposition d’interdire l’introduction d’arbres génétiquement
modifiés dans l’environnement bénéficie du soutien des délégués
africains et de nombreux pays d’Asie et d’Amérique latine. Elle
a été longuement discutée pendant la première semaine de la Convention
et passera maintenant à la Session de haut niveau où les ministres
du monde entier prendront une décision.

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Mercredi
28 mai
FSC
: arrêtez de certifier les plantations d’arbres en régime de monoculture
Les
activistes des mouvements sociaux ont assisté à une activité parallèle
organisée par le Forest Stewardship Council (FSC). Portant une
pancarte, ils ont manifesté leur inquiétude au sujet de la démarche
adoptée par le FSC qui, ignorant les preuves dramatiques, fournies
par les mouvements écologiques et sociaux du monde entier, des
conséquences nuisibles des plantations d’arbres, a permis que
des millions d’hectares de plantations industrielles soient certifiées
comme s’il s’agissait de ‘forêts’.
Pendant
cette activité parallèle, ils ont lu une déclaration où ils disaient
que les communautés locales qui luttent contre les plantations
industrielles d’arbres doivent faire face non seulement aux gouvernements
et aux entreprises mais aussi au problème qui découle du fait
que ces mêmes plantations gagnent en crédibilité parce qu’elles
sont certifiées par le FSC.
Après
quelques questions et une courte discussion, le FSC a terminé
la réunion, alors que plusieurs autres personnes souhaitaient
poser des questions ; certains ont remarqué que la réunion aurait
dû être un espace démocratique où l’on puisse discuter des problèmes
avec le FSC.
Les
activistes ont conclu que les décisions du FSC sont contrôlées
par les entreprises et que celles-ci essaient de convaincre les
consommateurs qu’en achetant davantage de produits en bois ils
favorisent la diversité biologique. Cela va à l’encontre des initiatives
des organisations écologistes qui s’efforcent d’apprendre aux
consommateurs qu’il est nécessaire de réduire la consommation.
Leur
message était : Les plantations ne sont pas des forêts et le FSC
ne devrait pas les certifier ! Le FSC devrait CESSER d’être au
service des entreprises !

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Rapports
fondés sur des informations tirées de : La Vía Campesina,
http://viacampesina.org/main_en/index.php ; Global Justice
Ecology Project,
http://www.globaljusticeecology.org ; Indymedia Biotech,
http://biotech.indymedia.org/or/ ; Coalition mondiale des
forêts, http://www.globalforestcoalition.org.
Photos publiées avec la permission de la Coalition mondiale des
forêts.
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