Ouganda
: des milliers d’autochtones expulsés du parc national de Mount
Elgon certifié par le FSC
En février 2008, le
Service de la Faune et les Forces défensives de l’Ouganda ont
expulsé plus de 4 000 personnes des communautés Benet et
Ndorobo qui habitaient le parc national de Mount Elgon, dans l’Est
du pays. Les maisons et les cultures ont été détruites, le bétail
a été confisqué et les gens sont restés sans toit. Ils ont trouvé
refuge où ils ont pu : dans des grottes et sous les arbres.
Les plus chanceux sont restés dans une école primaire ou sont
allés chez des gens de leur famille.
L’expulsion des Benet
a commencé dix jours après qu’Annick Van de Venster, une touriste
belge, a été abattue dans le parc national de Mount Elgon. D’après
l’UWA, qui se charge de la gestion des parcs nationaux de l’Ouganda,
les responsables avaient été des voleurs de bestiaux. Le directeur
exécutif de l’UWA, Moses Mapesa, a dit : « Nous pensons
que les gens qui ont tiré sur le groupe de touristes les ont pris
pour les voleurs de bestiaux d’une bande rivale ».
L’UWA a utilisé la tragédie
de la mort d’une touriste comme prétexte pour expulser les Benet.
« Par suite de ces incidents », a dit Moses Mapesa,
« l’UWA a estimé prudent de résoudre le problème de l’invasion
du parc, qui de toute façon est illégale depuis que les limites
du parc ont été redéfinies en 2002 ». Mapesa a affirmé que
l’expulsion se faisait « avec humanité ». Il n’a pas
expliqué comment on pouvait expulser les gens de leurs foyers
et les laisser sans rien « avec humanité ».
En fait, les Benet ont
légalement le droit de vivre dans le parc national de Mount Elgon.
En octobre 2005, le Haut tribunal ougandais de Mbale a statué
que les Benet étaient « les habitants autochtones historiques »
de certaines parties du parc national. Selon cette décision, les
Benet devaient être autorisés à « s’adonner à des activités
agricoles » dans les zones sur lesquelles ils avaient des
droits historiques.
Pourtant, Joshua Masereka,
chef du parc national de Mount Elgon, ignore cette décision. « Nous
avons toujours donné aux Benet le temps de quitter les lieux.
Nous n’avons pas besoin d’eux dans le parc », a-t-il dit.
« C’est à cause
de ce mépris du pouvoir des tribunaux que la justice est inaccessible
pour les communautés pauvres et marginalisées de l’Ouganda »,
dit Chemisto Satya, directeur de programme d’ActionAid Ouganda.
ActionAid a réclamé au gouvernement d’aider immédiatement les
personnes expulsées, par le biais du ministère de Prévention des
Désastres.
Le parc national de
Mount Elgon a été certifié comme bien géré selon le système du
Forest Stewardship Council. De toute évidence, la certification
du FSC n’a pas servi à grand-chose au peuple autochtone Benet.
SGS Qualifor, l’organe
de certification qui a délivré au parc le certificat FSC, connaît
la décision du Haut tribunal selon laquelle les Benet sont les
habitants autochtones historiques de Mount Elgon. « L’UWA
a accepté la décision du tribunal dans le cas de la tribu Benet
et a décidé de ne rien faire contre elle à moins de lui trouver
d’autres terres (reconnaissant et respectant ainsi leurs droits) »,
dit le résumé public du Rapport de certification présenté par
SGS Qualifor en 2007.
Mais lorsque l’UWA a
expulsé les Benet en février de cette année, personne ne s’est
soucié de leur trouver « d’autres terres ». En mai,
une centaine de personnes qui avaient été expulsées du parc ont
campé devant le Parlement à Kampala, pour exiger que le gouvernement
leur donne des terres. Un mois plus tard, Nelson Chelimo, président
du district de Kapchorwa, proche de Mount Elgon, a dit qu’il fallait
d’urgence de l’aide alimentaire pour sauver la vie à plus d’un
milliard de Benet. « Les gens n’ont pas d’aliments ni d’abri
depuis que l’UWA et l’armée les ont expulsés », a dit Chelimo
dans une déclaration.
Le Principe 3 du FSC,
qui concerne les peuples autochtones, ne donne par aux gestionnaires
des forêts le droit de les expulser « si on peut leur trouver
d’autres terres », comme suggère SGS Qualifor dans son résumé
public. Le Principe 3 dit que « Les droits juridiques et
coutumiers des Peuples autochtones à posséder, à utiliser et à
gérer leurs terres, leurs territoires et leurs ressources doivent
être reconnus et respectés ». Donc, l’UWA ne peut satisfaire
au Principe 3 qu’en reconnaissant et en respectant les droits
des Benet « à posséder, à utiliser et à gérer leurs terres,
leurs territoires et leurs ressources ».
En expulsant les Benet
du parc national de Mount Elgon, l’UWA a montré son manque d’intérêt
à respecter le Principe 3 du FSC ou la déclaration bien plus faible
de SGS Qualifor, suivant laquelle les Benet ne seraient expulsés
que si on pouvait leur trouver d’autres terres. L’UWA a chassé
les Benet à coups de pied et les a laissés sans feu ni lieu.
Le mois prochain, SGS
Qualifor devra faire une inspection du parc national de Mount
Elgon. Cette fois, elle sera bien forcée d’admettre que l’expulsion
des Benet enfreint le Principe 3 du FSC. Pour la simple raison
que la gestion du parc national ne respecte pas les principes
du FSC en matière de peuples autochtones, le certificat devra
être annulé.
Chris
Lang,
http://chrislang.org