Appel
des écrivains et journalistes pour une industrie papetière écologiquement
et socialement propre
Le papier est une merveilleuse matière,
qui au long des siècles a servi les féconds échanges d’idées entre
les êtres humains. Pour nous, qui l’utilisons comme moyen essentiel
pour partager ce que nous pensons, imaginons, rêvons, savons ou
croyons savoir, le papier reste un outil merveilleux que nous
voulons pouvoir continuer à utiliser… mais pas aux dépends des
milieux naturels et des populations.
En tant que personnes vivant dans cette
réalité, nous sommes conscients des graves injustices et inégalités
-sociales et environnementales- résultant de la production et
la consommation mondiale de papier.
A la destruction des forêts pour produire
du papier, s’est ajoutée la substitution de forêts et prairies
par d’immenses monocultures d’arbres qui détruisent les sols,
l’eau, les communautés locales et toute vie. Tant la destruction
de forêts que l’installation de monocultures d’arbres –qui occuppent
des terres productrices d’aliments- entrainent d’énormes préjudices
pour les populations locales qui voient leurs droits violés, leur
milieu détruit, et leurs modes de vie irrémédiablement affectés.
Le cycle destructeur se poursuit par
la production de cellulose, dans laquelle un nombre toujours plus
réduit d’entreprises toujours plus grandes s’approprient la terre
où elles plantent les arbres, l’eau que leurs arbres et usines
consomment et polluent, le pouvoir politique qu’elles aquièrent
à travers leurs investissements, et le milieu qu’elles détruisent
dans les régions où elles s’installent.
A la destruction s’ajoutent les injustices.
Les énormes volumes de papier produits à partir de cette cellulose
alimentent un “marché mondial”, centré sur la consommation des
riches et des puissants. Les chiffres moyens (qui cachent d’énormes
inégalités au niveau national), montrent que la consommation par
personne est au moins dix fois plusimportante dans les pays du
nord que dans ceux du sud.
Aux injustices s’ajoute la consommation
excessive. A simple titre d’exemple, il suffit de voir les montagnes
de papier et de carton qui s’accumulent nuit après nuit dans les
rues des grandes villes des pays du nord pour comprendre que la
plus grande partie de la production de cellulose ne devient pas
livres, journaux ou revues, mais simplement déchets. En général,
au moins la moitié de la cellulose produite est destinée aux papiers
et cartons d’emballage dont la plus grande part est totalement
inutile.
Nous ne voulons pas du papier produit
de cette manière. Nous ne voulons pas être complices des destructions
écologiques et sociales que cela implique. Nous ne faisons pas
confiance aux organismes de certification qui ont donné leur label
“développement durable” à ces mêmes monocultures d’arbres
dont nous connaissons les impacts.
Cette situation est arrivée aux limites
du tolérable, et en sortir exige des politiques qui découragent
la consommation inutile, et défendent un usage rationnel et socialement
utile du papier, en assurant un usage équitable du papier entre
pays et à l’intérieur des pays, et en incitant au développement
de filières diversifiées et de moindre échelle pour la production
de cellulose, et au respect des personnes et des milieux.
Cette proposition est parfaitement viable
et il n’existe pas d’obstacles techniques pour la réaliser. Le
seul et véritable barrage vient des intérêts économiques des grandes
entreprises, dont l’objectif est de continuer à augmenter leurs
bénéfices en imposant une consommation croissante et illimitée
de papier. Il est temps s’y opposer.
Nous lançons donc à ceux qui, comme
nous, veulent pouvoir continuer à communiquer grace à cette matière
merveilleuse qu’est le papier, un appel à se joindre à ce combat
pour un papier écologiquement et socialement propre.
Victor Bacchetta, Nnimmo Bassey, Jordi
Bigues, Elizabeth Bravo, Ricardo Carrere, Antonio Franco, Mempo
Giardinelli, François Houtart, John Karumbizda, Kintto Lucas,
George Monbiot, Edgar Morin, Guillemo Núñez, Wale Okediran, Ike
Okonta, Noel Rajesh, Ana Cristina Rossi, Vandana Shiva
Le WRM soutient pleinement cette initiative
et invite les écrivains, les poètes et les journalistes qui sont
d’accord avec son contenu à renforcer l’appel en le signant. Ce
faisant, vous rejoindrez la lutte pour un papier socialement et
écologiquement propre et amplifierez les voix de ceux qui disent
« assez ». De même, nous invitons tous ceux qui partagent ce point
de vue à faire connaître cette initiative à d’autres écrivains,
poètes et journalistes susceptibles de l’appuyer.
Ceux qui souhaitent adhérer à cet appel
peuvent le faire sur :
http://www.wrm.org.uy/plantations/ecrivains.html