Pérou : grève nationale pour les droits collectifs indigènes
Les 8, 9 et 10 juillet la Confédération
paysanne du Pérou et la Confédération nationale agraire, auxquelles
sont venues se joindre de nombreuses organisations indigènes et
paysannes, ont organisé une grande manifestation dans tout le
pays, laquelle a coïncidé avec une grève générale nationale convoquée
par la Centrale générale des travailleurs du Pérou (CGTP).
La mesure a réuni plusieurs communautés,
fédérations et organisations de peuples autochtones de l’Amazonie
qui revendiquaient en particulier le respect des droits collectifs
des peuples indigènes affectés par les politiques que le gouvernement
essaie d’imposer et qui impliquent l’établissement d’industries
destructrices de l’Amazonie et de ses habitants, telles l’industrie
minière, l’exploitation pétrolière et la plantation industrielle
d’arbres.
Certaines réclamations des peuples autochtones
du Pérou concernent une série de projets de loi qui violent les
droits indigènes collectifs :
–
les décrets législatifs 1015 et 994, destinés à permettre au Pouvoir
exécutif d’imposer la parcellisation et la propriété individuelle
dans des terres indigènes communautaires de tout le pays. Cela
laisserait le territoire sans protection et permettrait l’invasion
de groupes économiques puissants et, en particulier, des industries
extractives. Les normes proposées violent plusieurs articles de
la Constitution, qui garantissent la propriété communale et établissement
l’autonomie organisationnelle des communautés ;
–
le projet de loi 840, dénommé « Loi de la forêt » (cf. le Bulletin
nº 129 du WRM), par lequel on entend privatiser des milliers d’hectares
de forêt amazonienne pour un prétendu « reboisement », sous prétexte
qu’il s’agit de zones non boisées ni cultivées sur lesquelles
personne n’a de droits acquis, alors que les organisations indigènes
affirment que cela n’existe pas dans la forêt amazonienne ;
–
le projet de loi 2133, qui autorise la vente des plages, des bancs
et des bas-fonds des rivières de l’Amazonie.
Selon le Front pour la défense et le
développement du haut Amazone (FREDESAA), ces lois privent de
terres les habitants de l’Amazonie, qui, après avoir été ses propriétaires
légitimes, deviendront des ouvriers ou même des esclaves.
La grève générale du 9 juillet, qui
a paralysé une bonne partie du pays, surtout dans les Andes du
Sud, le Centre et l’Amazonie, a eu pour but également de protester
contre la politique néolibérale du gouvernement, le Traité de
libre-échange (TLC) avec les États-Unis et la privatisation des
ports et de certains services essentiels, tels que la distribution
d’eau.
Dans de nombreuses villes les gens sont
descendus dans la rue et des routes ont été coupées. Le gouvernement
a mobilisé cent mille policiers dans tout le pays et il a fait
appel aux forces armées pour prendre le contrôle des installations
stratégiques, comme les usines électriques, les réservoirs d’eau
potable et les aéroports. Près de deux cents personnes ont été
arrêtées.
Article fondé sur des informations tirées
de : Unidad de los Pueblos ante Paro en la Amazonía del Perú”,
Red Ucayali, 9/07/2008,
http://peru.indymedia.org/news/2008/07/40434.php ; “El paro
pegó fuerte en Perú”, Carlos Noriega, page 12, 10/07/2008, repris
par bilaterals.org,
http://www.bilaterals.org/article.php3?id_article=12653 ;
“En defensa de las tierras de la Amazonía”, FREDESAA, 6/06/2008,
http://frentes-regionales.blogspot.com/2008/06/fredesaa-frente-de-defensa-y-desarrollo.html.