–
Beijing : l’escroquerie des Jeux ‘neutres en carbone’
Selon
le ministre de la Technologie chinois, Wan Gang, les Jeux olympiques
de Beijing vont susciter la libération dans l’atmosphère de près
de 1,18 million de tonnes de carbone, « en partie parce que de
nombreux athlètes et spectateurs voyageront sur de longues distances
». Néanmoins, nous n’avons pas à nous en inquiéter, car les autorités
chinoises affirment que les Jeux olympiques seront « pratiquement
» neutres en carbone.
Bien
entendu, cela est impossible. Personne ne peut être « neutre en
carbone » une fois que le carburant nécessaire pour « voyager
sur de longues distances » (surtout dans des avions, des cars
et des voitures fonctionnant au combustible fossile) a été brûlé.
Le carbone contenu dans ce carburant et qui, auparavant, avait
été stocké dans les gisements souterrains de pétrole, aura été
libéré, augmentant ainsi le volume net de carbone dans l’atmosphère.
Dans le cas des Jeux olympiques de Beijing, cela représentera
1,18 millions de tonnes de carbone additionnelles qui contribueront
à augmenter le réchauffement planétaire.
Le
problème est que beaucoup de personnes croient honnêtement à la
possibilité d’être « neutres en carbone », surtout parce que,
comme on dit, il suffit de répéter un mensonge assez souvent pour
qu’il devienne une vérité. Et ce mensonge en particulier est répété
à satiété par de nombreux « experts » qui ont beaucoup à gagner
dans le commerce du carbone, et même par certaines organisations
prétendument « vertes ».
Tel
est le cas du célèbre WWF (dont le logo montre un panda). Sa section
chinoise a créé une page web spéciale pour faciliter les paiements
permettant de devenir « neutre en carbone ». Le site explique
que « À travers sa campagne mondiale ‘Go for Gold’, le WWF exhorte
aussi les athlètes olympiques à se rendre aux Jeux de Beijing
de façon neutre en carbone en donnant l’équivalent du coût en
carbone de leur vol à un projet de compensation du changement
climatique Gold Standard ». Le WWF-Chine recommande même cinq
« points de vente » spécifiques : www.climatefriendly.com,
www.myclimate.org, www.atmosfair.de,
www.nativeenergy.com,
www.tricoronagreen.com.
La
citation qui précède porte à croire que si l’on paye – si l’on
« donne » – une certaine somme d’argent, le carbone libéré par
l’avion, le car ou l’auto disparaîtra grâce à ce que quelqu’un
fera quelque part pour « compenser » ces émissions. Paraphrasant
un film célèbre, il s’agit là d’une « Émission impossible ».
Pourtant,
on raconte aux gens qu’un certain nombre de mesures, utiles peut-être
en elles-mêmes mais qui n’ont aucun rapport avec la « neutralisation
» des émissions de carbone des combustibles fossiles, leur permettront
d’acquérir la qualité de « neutres en carbone ». Par exemple,
il n’y a pas de doute que les économies d’énergie, l’efficacité
énergétique, l’emploi d’électricité d’origine solaire, éolienne
et géothermale et la diminution de l’usage de la voiture sont
toutes des mesures dans la bonne direction. Le problème surgit
lorsque, comme dans le cas des Jeux olympiques de Beijing, les
organisateurs affirment que ces mesures rendront les Jeux « pratiquement
» neutres en carbone. Elles ne le feront pas.
Pour
s’attaquer vraiment au problème du changement climatique il faut
réduire de façon drastique et même éliminer l’emploi de combustibles
fossiles. Cela ne relève pas du choix individuel de devenir «
neutre en carbone » ; c’est une question d’ordre politique et
c’est à ce niveau qu’il faut la résoudre. Dans le cas présent,
il ne s’agit pas de faire pression – ni de jeter le blâme – sur
les athlètes olympiques, qui auront déjà assez de mal à trouver
l’oxygène nécessaire dans l’air pollué de Beijing, mais sur les
gouvernements qui continuent de promouvoir un modèle de développement
à base de combustibles fossiles et de destruction environnementale.
Les
Jeux olympiques de Beijing seront peut-être une réussite du point
de vue sportif, mais ils n’auront pas « l’effet positif sur le
changement climatique » dont parle le ministre Wan et ils ne seront
sûrement pas « neutres en carbone ». Il ne va pas être facile
de dissimuler 1,18 million de tonnes de carbone derrière un écran
vert.
index
LES COMMUNAUTÉS
ET LES FORÊTS
– Brésil : le déboisement de l’Amazonie reprend de l’élan
Ce
mois-ci le parlement brésilien a donné le caractère de loi à la
mesure provisoire nº 422, qui fait passer de 500 à 1 500 hectares
la superficie que l’on peut donner en concession en Amazonie,
pour l’affecter à l’activité rural, sans passer par l’appel d’offres.
Jusqu’à vingt pour cent de la surface de la concession peuvent
être déboisés.
L’ancienne
ministre de l’Environnement Marina Silva, sénateur à l’heure actuelle,
s’est fortement opposée à ce vote et elle a accusé le gouvernement
d’entériner l’appropriation illégale des terres amazoniennes.
Elle a déclaré que « cette mesure déclenchera un processus de
privatisation de la terre » et annoncé qu’elle posera de graves
problèmes à l’application du Plan de lutte contre le déboisement
de l’Amazonie.
Cette
information se croise avec les révélations d’une nouvelle étude
nord-américaine publiée dans la revue PNAS, que rapporte le journal
Folha e Sao Paulo dans un article paru le 1er juillet 2008. L’étude
démontre que, de 2000 à 2005, le Brésil a été en tête de liste
en matière de surface déboisée et de rapidité de la dévastation,
en dépit du fait que, les trois dernières années, il avait réussi
à réduire de 59 % le taux de déboisement (qui était passé de 27
429 km2 dans la période août 2003 – juillet 2004, à 11 224 km2
dans la période août 2006 – juillet 2007, date du dernier mesurage).
À présent, tout semble indiquer que cette tendance est sur le
point de s’inverser.
D’après
les renseignements de l’Institut national des recherches spatiales
(INPE), l’Amazonie brésilienne a perdu en mai 1 096 kilomètres
carrés dont plus de la moitié (646 km2) au Mato Grosso do Sul,
l’État où l’on dénonce depuis longtemps que l’élevage et les plantations
de soja menacent fortement la forêt.
D’autre
part, si l’expansion de la canne à sucre pour la production d’éthanol
ne se fait pas dans les terres amazoniennes, elle a quand même
des répercussions indirectes sur ces terres : elle a lieu dans
des zones proches qui, de ce fait, deviennent plus chères, de
sorte que l’élevage et la culture d’autres produits se déplacent
vers l’Amazonie et facilitent sa pénétration par la construction
de routes et d’autres infrastructures.
En
outre, le déboisement a une incidence directe sur le réchauffement
planétaire à cause de l’émission de dioxyde de carbone et de l’altération
du processus d’évapotranspiration qui régule le comportement climatique.
Nous
réitérons ce que nous avons déjà dit : les forêts ne disparaissent
pas à cause de l’ignorance des gens et des gouvernements ou de
l’absence de plans de gestion appropriés. Les forêts disparaissent
parce qu’une série de politiques nationales et internationales
interconnectées préparent le terrain pour que cela arrive. C’est
donc à ce niveau-là qu’il faut trouver les solutions.
Article
fondé sur des informations tirées de : “Brasil é líder total em
desmatamento, mostra novo estudo”, Instituto Humanista Unisinos,
Internet, 01-07-08,
http://www.biodiversidadla.org/content/view/full/42192 ;
“Deforestación amazónica superó los 1.000 km2”, Diario El Universal
C.A.,
http://www.eluniversal.com/2008/07/15/ten
_ava_deforestacion-amazon_15A1799685.shtml.
index
.
– Guatemala : déboisement et déplacements dus aux agrocarburants
Au
Guatemala comme dans d’autres pays du Sud, les communautés indigènes
et l’environnement paient très cher l’expansion des agrocarburants,
qui s’accompagne de déboisement, de déplacements forcés, de menaces,
d’arrestations illégales et même de meurtres.
L’organisation
Salva la Selva dénonce une situation qui dure depuis trois ans
dans une zone dénommée « Finca de los Recuerdos » où
l’entreprise Ingenio Guadalupe a défriché des terres indigènes
pour y établir des plantations de canne à sucre destinées à la
fabrication d’éthanol.
Au
milieu de la crise alimentaire et de la hausse des prix des aliments,
le 30 juin de cette année 60 familles keqchi de La Isla, Caserío
el Morador Serrano, Corazón de Maíz et Teleman Punto 15, à Panzos,
ont essayé de récupérer une partie de leurs terres pour y cultiver
des produits alimentaires.
En
réponse, selon Salva la Selva « ils ont été attaqués par
des paramilitaires associés à l’entreprise. Au cours de cette
attaque on a tiré sur eux d’un hélicoptère ; un homme de
35 ans, père de trois enfants, a été blessé et il a dû être hospitalisé.
Le lendemain, les familles et les représentants de l’organisation
paysanne CUC ont organisé une manifestation pacifique, pendant
laquelle ils ont été attaqué une fois de plus par des paramilitaires
accompagnés de deux représentants d’Ingenio Guadalupe. Il y a
eu des coups de feu, des menaces de mort, et deux femmes ont été
illégalement arrêtées ». Dans la zone de Coatepeque aussi
il y a eu des attaques semblables à cause de l’expansion du palmier
à huile pour la production de biodiesel.
D’après
les informations fournies par le CUC et par l’organisation internationale
des droits de l’homme Rights Action, ces événements sont représentatifs
de ce qui se passe aujourd’hui partout au Guatemala. Les membres
du CUC font la déclaration suivante : « Nous dénonçons
que le gouvernement n’a pas de mesures claires pour faire face
à la crise alimentaire et à la hausse des prix, et nous le rendons
responsable de la réaction et des actions que la population puisse
entreprendre face à l’aggravation de la crise ».
Les
mesures adoptées à ce jour ont été favorables aux intérêts des
agro-industries, pour que celles-ci « obtiennent de façon
illégale des terres qui appartiennent à des communautés indigènes,
en faisant appel à la violence des paramilitaires et même des
forces de sécurité de l’État pour déplacer les communautés ».
La
destruction environnementale et la violation des droits de l’homme
sont encouragées par le système financier mondial : en janvier
de cette année, la Banque interaméricaine de développement (BID)
a approuvé des crédits qui permettent au gouvernement du Guatemala
de mettre en place une stratégie nationale en matière d’agrocarburants.
Inévitablement, cela va se traduire par davantage de défrichements,
d’appropriations de terres, de déplacements forcés, de violations
des droits des communautés indigènes...
La
BID est un des principaux investisseurs dans l’expansion des agrocarburants
en Amérique latine, et elle s’apprête à accorder des crédits privés
pour une valeur de trois milliards de dollars. Rights Action exhorte
à s’adresser à la BID pour dénoncer la situation et réclamer la
suspension immédiate de tout soutien et de tout financement de
la production d’agrocarburants au Guatemala, dans une lettre qui
se termine ainsi : « La production d’agrocarburants
au Guatemala a aggravé le déboisement et la désertification, et
elle accélère le changement climatique. Elle accroît aussi la
faim et viole les droits territoriaux des communautés indigènes,
en augmentant la répression violente. Nous vous prions de suspendre
immédiatement votre soutien des agrocarburants au Guatemala »
(la lettre est disponible sur
http://www.salvalaselva.org/protestaktion.php?id=283).
Article
fondé sur des informations tirées de : “Empresa de agrocombustibles
reprime violentamente a indígenas en Guatemala”, Salva la Selva,
http://www.salvalaselva.org/protestaktion.php?id=283.
index
– Malaisie : les peuples
des forêts du Sarawak harcelés par les barrages et l’exploitation
forestière
Dans
le bulletin du WRM du mois dernier nous rappelions la longue lutte
des populations du Sarawak pour leurs forêts et, en particulier,
les blocages de routes qu’elles ont organisés pour empêcher l’entrée
des camions débardeurs dans leurs territoires.
À
présent, les Kenyah ont repris la défense de leurs moyens de vie.
D’après un rapport de l’Institut des ressources de Bornéo (BRIMAS),
« Plus d’une centaine de membres du peuple Kenyah, de plusieurs
villages ou maisons longues de la zone de Telang Usan (Kedaya
Telang Usan), dans la région de Baram de l’État de Sarawak, en
Malaisie orientale, se sont réunis au cours supérieur du fleuve
Moh pour faire une manifestation non violente contre les opérations
forestières de la Samling Timber Company. Le 19 mai 2008, les
Kenyah de six maisons longues, à savoir Long Moh, Long Je’eh,
Long Bela’ong, Long Sawan, Long Silat et Long Mekabar, ont commencé
le blocage. Les barricades se trouvent sur les routes principales
empruntées par la Samling Timber Company pour ses activités forestières
dans les terres communales et la forêt des Kenyah de Kedaya Telang
Usan de la région de Baram ».
Le
groupe Samling, l’un des géants du bois du Sarawak, certifié par
le MTCC (conseil malais de certification du bois), avait fait
des opérations d’extraction illégales dans le territoire communal
des indigènes sans leur consentement préalable. Il avait aussi
ignoré « les réclamations raisonnables en matière de développement
et d’avantages sociaux de la communauté qui devrait, en justice,
tirer profit des ressources forestières de cette région sur laquelle
elle a des droits », a dit l’Institut des ressources de Bornéo.
Les
Kenyah se sont plaints à plusieurs reprises, auprès des autorités
et de l’entreprise forestière, des problèmes causés par la destruction
de la forêt dont ils sont encore très dépendants pour leur subsistance.
Néanmoins, aucune mesure n’a été prise et l’entreprise n’a pas
été touchée, de sorte qu’ils ont décidé de recourir aux barricades
pour qu’on prête attention à leurs réclamations et pour empêcher
les camions débardeurs d’extraire et de transporter les arbres
de prix nés dans la forêt des Kenyah, dans la zone du haut Sungai
Sebua, du Sungai Jekitan et du Sungai Moh. Leurs pancartes disaient
: « Samling, ne volez pas les richesses des terres des pauvres
pour les donner aux riches de la ville ».
D’après
le BRIMAS, le 14 juin dernier le personnel de la police a reçu
l’ordre de se rendre au site du blocage pour appliquer un ordre
d’arrestation délivré par le Tribunal de Miri. Pourtant, aucune
détention n’aurait eu lieu pour l’instant.
Mais
tout semble indiquer que les peuples des forêts du Sarawak n’auront
pas de trêve. D’après Survival International, un document secret
qui a été divulgué révèle que l’entreprise Sarawak Energy Berhad
a le projet de construire une série de grands barrages hydroélectriques
qui vont submerger les foyers d’au moins un millier de Penan,
Kelabit et Kenyah. En outre, un de ces barrages inonderait une
partie du Parc national Mulu, classé par l’UNESCO dans le patrimoine
mondial.
Les
barrages hydroélectriques seraient construits d’ici à 2020. La
présentation du projet de la Sarawak Energy Berhad a été postée
– apparemment par accident – sur un site web chinois, d’où elle
a été retirée depuis. Néanmoins, on peut toujours la télécharger,
accompagnée d’une carte des emplacements proposés pour les barrages,
sur le site web de Survival,
http://www.survival-international.org/news/3450.
Article
fondé sur des informations tirées de : “Malaysian police ordered
to clear Kenyah logging road blockade”, Bruno Manser Fonds,
http://www.bmf.ch/en/news/?show=102.
index
– Pérou : grève nationale pour les droits collectifs indigènes
Les
8, 9 et 10 juillet la Confédération paysanne du Pérou et la Confédération
nationale agraire, auxquelles sont venues se joindre de nombreuses
organisations indigènes et paysannes, ont organisé une grande
manifestation dans tout le pays, laquelle a coïncidé avec une
grève générale nationale convoquée par la Centrale générale des
travailleurs du Pérou (CGTP).
La
mesure a réuni plusieurs communautés, fédérations et organisations
de peuples autochtones de l’Amazonie qui revendiquaient en particulier
le respect des droits collectifs des peuples indigènes affectés
par les politiques que le gouvernement essaie d’imposer et qui
impliquent l’établissement d’industries destructrices de l’Amazonie
et de ses habitants, telles l’industrie minière, l’exploitation
pétrolière et la plantation industrielle d’arbres.
Certaines
réclamations des peuples autochtones du Pérou concernent une série
de projets de loi qui violent les droits indigènes collectifs
:
–
les décrets législatifs 1015 et 994, destinés à permettre au Pouvoir
exécutif d’imposer la parcellisation et la propriété individuelle
dans des terres indigènes communautaires de tout le pays. Cela
laisserait le territoire sans protection et permettrait l’invasion
de groupes économiques puissants et, en particulier, des industries
extractives. Les normes proposées violent plusieurs articles de
la Constitution, qui garantissent la propriété communale et établissement
l’autonomie organisationnelle des communautés ;
–
le projet de loi 840, dénommé « Loi de la forêt » (cf. le Bulletin
nº 129 du WRM), par lequel on entend privatiser des milliers d’hectares
de forêt amazonienne pour un prétendu « reboisement », sous prétexte
qu’il s’agit de zones non boisées ni cultivées sur lesquelles
personne n’a de droits acquis, alors que les organisations indigènes
affirment que cela n’existe pas dans la forêt amazonienne ;
–
le projet de loi 2133, qui autorise la vente des plages, des bancs
et des bas-fonds des rivières de l’Amazonie.
Selon
le Front pour la défense et le développement du haut Amazone (FREDESAA),
ces lois privent de terres les habitants de l’Amazonie, qui, après
avoir été ses propriétaires légitimes, deviendront des ouvriers
ou même des esclaves.
La
grève générale du 9 juillet, qui a paralysé une bonne partie du
pays, surtout dans les Andes du Sud, le Centre et l’Amazonie,
a eu pour but également de protester contre la politique néolibérale
du gouvernement, le Traité de libre-échange (TLC) avec les États-Unis
et la privatisation des ports et de certains services essentiels,
tels que la distribution d’eau.
Dans
de nombreuses villes les gens sont descendus dans la rue et des
routes ont été coupées. Le gouvernement a mobilisé cent mille
policiers dans tout le pays et il a fait appel aux forces armées
pour prendre le contrôle des installations stratégiques, comme
les usines électriques, les réservoirs d’eau potable et les aéroports.
Près de deux cents personnes ont été arrêtées.
Article
fondé sur des informations tirées de : Unidad de los Pueblos ante
Paro en la Amazonía del Perú”, Red Ucayali, 9/07/2008,
http://peru.indymedia.org/news/2008/07/40434.php ; “El paro
pegó fuerte en Perú”, Carlos Noriega, page 12, 10/07/2008, repris
par bilaterals.org,
http://www.bilaterals.org/article.php3?id_article=12653 ;
“En defensa de las tierras de la Amazonía”, FREDESAA, 6/06/2008,
http://frentes-regionales.blogspot.com/2008/06/fredesaa-frente-de-defensa-y-desarrollo.html.
index
– La disparition des mangroves et le changement climatique : perspective
mondiale
Les
mangroves sont les forêts tropicales des bords de mer. En Asie,
en Afrique, en Océanie, aux Amériques et aux Caraïbes, de larges
bandes côtières tropicales et subtropicales sont bordées de mangroves,
dont on estime qu’elles couvraient autrefois une surface d’au
moins 32 millions d’hectares. Aujourd’hui, il n’en reste que moins
de 15 millions d’hectares, moins de la moitié de la surface originelle.
On
n’insistera jamais assez sur l’importance des mangroves en tant
que barrières protectrices. Les régions où ces forêts littorales
ont été éliminées ont eu d’énormes problèmes d’érosion et d’envasement
et les cyclones, les tempêtes et les tsunamis y ont provoqué de
graves pertes humaines et matérielles.
Il
est de plus en plus urgent de reconnaître l’importance que revêt
la conservation et la restauration des ceintures vertes de mangroves
protectrices pour réduire les dangers des catastrophes futures
car, à mesure que le niveau de la mer montera, augmenteront aussi
la fréquence et l’intensité des ouragans et des marées de tempête.
Les mangroves peuvent amortir la fureur de ces orages destructeurs
; les établissements humains situés derrière une bande de
mangrove en bon état seront protégés.
L’organisation
Mangrove Action Project (MAP) accorde une forte priorité à la
restauration des mangroves dégradées ou éliminées et travaille
à cette fin avec d’autres organisations du Sud. MAP s’intéresse
particulièrement à remettre en état une partie des 250 000 ha
de fermes crevettières abandonnées situées dans des régions côtières
autrefois marécageuses, surtout en Asie et en Amérique latine.
Néanmoins, le plus important à l’heure actuelle est de conserver
et de protéger les marais à mangroves qui existent encore autour
du monde.
La
conservation des mangroves existantes et la restauration des grandes
étendues de mangroves dégradées ou éliminées contribueront en
partie à résoudre le réchauffement planétaire. Notre planète se
retrouve peut-être face à l’un des dangers les plus graves pour
la vie telle que nous la connaissons. Le moteur de cette crise
est le changement climatique provoqué par les humains. Presque
la moitié de l’humanité habitant de nos jours dans des villes
et des établissements situés le long des côtes devenues vulnérables,
le réchauffement planétaire et la montée du niveau de la mer qui
en découle ne peuvent pas être ignorés. Les évacuations ont déjà
commencé dans les îles basses du Sud de l’Asie et du Pacifique.
Il est prévu que, au cours des 50 prochaines années, il y aura
des évacuations massives de millions d’habitants du littoral,
car le niveau de la mer continue de s’élever par suite de l’effet
de serre causé par l’excès d’émissions de gaz carbonique.
Les
marais de mangrove sont souvent la première ligne de défense et
contribuent à protéger la côte de l’érosion et des orages. Les
mangroves sont aussi l’un des meilleurs moyens naturels de combattre
le réchauffement planétaire, parce qu’elles ont une grande capacité
de piégeage de carbone. Cette caractéristique des mangroves requiert
d’urgence toute notre attention. L’une des contributions les plus
importantes que les mangroves ont à offrir est cette capacité
de séquestrer le carbone de l’atmosphère et de le stocker dans
leur substrat marécageux. D’après le numéro de février 2007 de
National Geographic, « Les mangroves sont des usines à carbone...
Les calculs portent à croire que les mangroves sont l’écosystème
naturel qui possède la plus forte productivité nette de carbone
(une centaine de livres par acre et par jour)... ».
Les
mangroves ont été très sous-estimées par les agences gouvernementales
responsables de leur protection et de leur gestion, comme on l’a
bien constaté aux Caraïbes, surtout aux Bahamas, où des initiatives
courtes de vue et parodiques sont mises en œuvre à l’heure actuelle
à Guana Cay et aux îles Bimini.
Le
mélange du manque d’éthique écologiste, de convoitise sans vision
et de faiblesse dans l’application des lois a ouvert la voie à
la disparition massive de ces zones humides côtières, au prix
énorme et invisible de l’oxydation et la libération du carbone
stocké dans les mangroves.
Grâce
à une recherche du Dr Ong de l’université Sams de la Malaisie,
on a appris que les couches de terre et de tourbe qui constituent
le substrat de la mangrove contiennent un grand volume de carbone,
qui atteint 10 % ou plus. Chaque hectare de sédiments d’une mangrove
peut contenir près de 700 tonnes de carbone par mètre de profondeur.
En construisant un grand nombre de fermes crevettières ou de complexes
touristiques, le défrichage des mangroves et l’excavation de leur
substrat pourraient aboutir à l’oxydation de 1 400 tonnes de carbone
par hectare par an.
Toujours
d’après le Dr Ong, « À supposer que seule la moitié de ce volume
soit oxydée sur une période de 10 ans, nous aurions 70 tonnes
de carbone qui retourneraient dans l’atmosphère par hectare et
par an, pendant dix ans. Cela représente environ 50 fois le taux
de séquestration. Ainsi, il suffira que 2 % seulement des mangroves
soient convertis pour que tous les avantages des mangroves comme
puits de carbone atmosphérique se perdent... »
Selon
la dernière étude de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture
de l’ONU (FAO), le taux actuel de disparition des mangroves est
d’environ 1 % par an, c’est-à-dire que près de 150 000 ha de mangroves
disparaissent chaque année. Cela se traduit par une perte de la
capacité de piégeage de près de 225 000 tonnes par an, à laquelle
s’ajoute la libération d’environ 11 millions de tonnes de carbone
qui étaient stockés dans le sol perturbé de la mangrove.
De
toute évidence, il s’agit d’un problème immense qui requiert une
action concertée. Non seulement nous sommes en train de perdre
l’importante capacité de piégeage de carbone des mangroves mais
nous assistons également à la libération de grandes quantités
de gaz polluants provenant de leur substrat. L’élimination continuelle
des mangroves, quelle qu’en soit la raison, doit être perçue sous
un jour entièrement différent... un jour qui, perçant les sombres
fissures du développement par commodité et pour le profit, éclaire
un avenir pour la vie et pour la subsistance durable sur cette
planète en danger... cette Terre que nous appelons notre foyer.
Alfredo
Quarto, directeur exécutif de Mangrove Action Project,
www.mangroveactionproject.org
Références
: Ong, Jim Eong, professeur au Centre d’études marines et côtières,
Université Sams, Malaisie, The Hidden Costs of Mangrove Services,
Use of Mangroves for Shrimp Aquaculture, Intl. Science Roundtable
for the Media, 2002.
index
LES COMMUNAUTÉS ET LA MONOCULTURE
D'ARBRES
– Brésil : en une décision historique, la Justice fédérale
condamne Veracel Celulose (Stora Enso et Aracruz) pour délit environnemental
Le
17 juin 2008, la Justice fédérale de la ville d’Eunápolis, État
de Bahia, a publié dans le Journal de la Justice fédérale de Bahia
(nº 42, p. 60) la décision concernant une action civile publique
intentée par le Ministère public fédéral en 1993 contre Veracel
Celulose (dénommée à l’époque Veracruz Florestal) et contre deux
organismes environnementaux, l’un étatique (le CRA, Centre de
ressources environnementales) et l’autre fédéral (l’IBAMA, Institut
brésilien de l’environnement).
La
Justice fédérale brésilienne a condamné Veracel à restaurer avec
des plantes indigènes toutes les zones comprises dans les permis
de plantation d’eucalyptus délivrés entre 1993 et 1996. Cela veut
dire que l’entreprise devra reboiser une surface de 96 000
hectares, actuellement couverte de plantations d’eucalyptus, avec
des arbres de la Mata Atlántica, l’un des biomes les plus divers
et les plus menacés de la planète. L’entreprise a été condamnée
également à payer une amende de 20 millions de réaux (12,5 millions
USD) pour le déboisement de la Mata Atlántica avec des tracteurs
et des machines reliées par des chaînes, pratiqué pendant ses
premières années de fonctionnement (1991-1993). Veracel a annoncé
qu’elle fera appel de la décision.
Veracel
Celulose est une joint-venture formée par deux des plus
grandes entreprises papetières du monde, dont chacune détient
50 % du capital : Stora Enso (Suède-Finlande) et Aracruz
Celulose. Veracel possède environ 205 000 hectares dans l’Extrême-Sud
de Bahia, dont près de 96 000 ha consacrés à la monoculture
de l’eucalyptus ; la production de son usine de pâte, qui
appartient par moitiés à Aracruz et à Veracel, atteint près de
900 000 tonnes et elle est destinée à l’exportation.
La
décision de la justice brésilienne peut être considérée comme
historique pour plusieurs raisons :
–
Elle fait justice à la lutte
du Forum socio-environnemental de l’Extrême-Sud de Bahia et du
réseau Alerte contre le Désert Vert, qui s’efforcent depuis 15
ans pour que Veracel Celulose soit condamnée pour avoir participé
à la destruction de la Mata Atlántica dans la région, comme en
témoigne une vidéo diffusée par Greenpeace. Cette vidéo a porté
le ministre de l’Environnement de l’époque, Fernando Coutinho
Jorge, à interdire l’opération, malgré les tentatives de l’entreprise
de nier et de camoufler les dégâts écologiques commis. En outre,
la décision de pénaliser un délit environnemental commis par une
grande entreprise de plantation d’eucalyptus est inédite au Brésil :
d’autres entreprises ont commis le même délit mais n’ont jamais
été condamnées.
–
La décision fait justice à la
lutte du Forum socio-environnemental et du Réseau Alerte, qui
ont toujours affirmé que les entreprises comme Veracel avaient
été autorisées illégalement, sans respecter les normes et les
critères concernant l’élaboration d’études et de rapport d’impact
environnemental (EIA/RIA). En 1994, trois ans après avoir commencé
la plantation d’eucalyptus, l’entreprise a commandé, sous la pression
du ministre de l’Environnement, une EIA/RIA concernant les plantations
et la construction de l’usine de pâte. Les documents en question
ont été rédigés en hâte par la société finnoise Jaakko Poyry (aujourd’hui
Poyry), laquelle a bénéficié par la suite d’un contrat de services
avec l’entreprise. À l’époque, l’EIA/RIA a été sévèrement critiquée
par les inspecteurs engagés par le CRA et par des ONG. Malgré
cela, le CRA a délivré les permis nécessaires pour que l’entreprise
continue d’élargir ses plantations et de construire l’usine.
–
C’est la première fois que la
justice tient tête au pouvoir politique et financier d’entreprises
comme Veracel et ses propriétaires, Aracruz et Stora-Enso. Ces
entreprises s’emparent du territoire sans aucune restriction,
financent les campagnes électorales des candidats à toutes les
fonctions, elles influent sur le pouvoir politique pour obtenir
des réglementations, des incitations et des crédits favorables
à leurs investissements, et elles engagent les meilleures études
d’avocats du pays pour les défendre contre les actions éventuelles
pour dommages dans les domaines environnemental, social ou du
travail.
Rappelons
que ce n’est pas la première fois que Veracel est condamnée à
payer une amende ou qu’elle est questionnée par les organismes
compétents pour avoir commis des illégalités.
–
En mars 2007, l’organisme environnemental
fédéral, l’IBAMA, lui a appliqué une amende de 400 000 R$
(250 000 USD) pour l’emploi illicite d’une substance toxique
(l’herbicide Roundup) sur 31,6 hectares d’une zone de préservation
permanente.
–
En décembre 2007, l’IBAMA lui
a fait payer une amende de 360 900 (225 563 USD) pour
avoir empêché la régénération naturelle de la Mata Atlántica en
faisant des plantations d’eucalyptus sur 1 203 hectares de
ce biome.
–
L’entreprise possède 7 428
hectares de plantations autour des Parcs nationaux Monte Pascoal
et Pau Brasil, au mépris d’une recommandation explicite du Ministère
public fédéral de Bahia suivant laquelle les entreprises ne doivent
plus planter d’eucalyptus dans un rayon de 10 km autour des parcs
nationaux de la région, conformément aux réglementations fédérales.
Le
plus surprenant est que, malgré tout ce qui précède, Veracel Celulose
a reçu de SGS/Qualifor, en mars de cette année, le certificat
FSC de bonne gestion forestière, écologiquement appropriée,
pour ses plantations d’eucalyptus en régime de monoculture. Le
certificat a été délivré malgré les critiques sévères de la société
locale et internationale, formulées dans une lettre que 347 entités
ont signée en août 2007. L’inspection du FSC (ASI) faite en mars
de cette année a relevé plusieurs raisons pour lesquelles le certificat
FSC n’aurait pas dû être délivré ; pourtant, le rapport correspondant
ne recommande pas de l’annuler.
Bien
entendu, l’entreprise a intérêt à bénéficier de la légitimation
du label FSC, maintenant qu’elle est en train de doubler ses plantations
et de construire une nouvelle usine. Le rapport annuel 2007 d’une
de ses deux actionnaires, Aracruz Celulose (publié dans le numéro
du 16-01-2008 du journal “A Gazeta”) dit que « avant la fin
2008, à peu près 70 % de la base forestière nécessaire à
la duplication de Veracel devront être acquis. La nouvelle ligne
aura une capacité de 1,4 millions de tonnes de pâte par an, ce
qui portera la capacité nominale de production de l’unité à 2,3
millions de tonnes (correspondant par moitiés aux deux entreprises
associées, Aracruz et Stora-Enso) ».
En
outre, Aracruz affirme sur son site Internet que « 65 millions
de dollars ont déjà été investis dans l’acquisition de 35 000
hectares de terres et de forêts » (http://www.aracruz.com.br/show_
press.do?act=news&id=1000557&lang=1).
Cette
expansion veut dire que les effets négatifs sur l’environnement,
que les communautés locales associent toujours aux entreprises
de plantation d’arbres, vont continuer de se produire, ce qui
est extrêmement inquiétant quand on sait que le FSC affirme, dans
son rapport d’inspection, que « l’entreprise ne dispose pas
des procédés appropriés pour surveiller les répercussions sur
l’eau et l’environnement, avant, pendant et après les opérations
forestières (...) ». Il y aurait là une raison plus que suffisante
de supprimer immédiatement la certification de l’entreprise.
En
ce qui concerne l’élargissement des plantations et la nouvelle
l’usine, annoncés dans le rapport officiel d’Aracruz, Veracel
fait une déclaration surprenante : « Après l’inspection
de l’ASI, M. Alípio (président et directeur de Veracel) a dit
aux équipes d’audit de l’ASI et de la SGS qu’aucune décision n’avait
été prise à propos de l’expansion des activités de Veracel. Il
a signalé que, pour le moment, les actionnaires avaient tout simplement
donné le feu vert à la réalisation d’une étude de viabilité et
d’impact pour ce projet. » (FSC
Surveillance of SGS Qualifor in 2008, Forest Management Audit
to VERACEL, Brazil, 26-28/03/2008)
Faut-il
penser que les affirmations d’Aracruz précédemment citées sont
fausses, ou que le président de Veracel ment ?
Ces
contradictions flagrantes qui viennent s’ajouter aux autres aspects
mentionnés devraient suffire pour que le FSC annule immédiatement
le certificat délivré.
D’autre
part, il est nécessaire que la société civile brésilienne et internationale
se mobilise pour que la décision historique de la Justice fédérale
du Brésil soit maintenue : elle est très importante pour
tous ceux qui s’opposent aux actions de ces entreprises, surtout
en ce moment où Veracel et ses propriétaires, Aracruz et Stora-Enso,
prévoient une expansion effrénée qui aura de plus en plus de conséquences
négatives pour les communautés locales et l’environnement.
Winnie
Overbeek, Rede Alerta contra o Deserto Verde, Brésil
index
– Chili : cinéaste en prison pour avoir documenté la lutte des
Mapuche contre les entreprises forestières
L’occupation
des territoires traditionnels des Mapuche par des plantations
industrielles d’eucalyptus et de pins appartenant à de grandes
entreprises forestières telles que CMPC et Forestal Bosques Arauco
(Holding COPEC) bénéficie de l’appui de l’appareil d’État. La
répression, la torture, la mort et la criminalisation de la résistance
mapuche sont le cadre du « modèle forestier ».
Le
conflit mapuche est comme une lèpre dont souffre la société chilienne
: on le cache, on le stigmatise, on le nie.
Intéressée
par la musique des Mapuche, la documentaliste et professeur de
musique Elena Varela est allée faire un travail de recherche dans
la Région IX où elle comptait mieux connaître leur musique et
leurs instruments. Pourtant, la situation qu’elle y a trouvée
l’a fait modifier l’orientation de son travail.
Selon
ses propres déclarations, « J’ai vu qu’ils étaient appauvris,
que leurs terres sont sèches, que derrière les entreprises forestières
il y a tout un appareil politique, politico-militaire, et j’ai
vu que l’industrie forestière dépense sans compter pour faire
taire ceux qui se rebellent contre le système. Les fouilles domiciliaires
sont permanentes et terribles dans les communautés mapuche. Je
crois que certains cherchent encore chez les Mapuche le terroriste
imaginé par Pinochet, un terroriste qu’ils ne vont jamais trouver
dans la région mapuche parce qu’il n’existe pas ».
Elena
Varela a donc entrepris de tourner un documentaire intitulé «
Newen Mapuche » (La force des gens de la Terre), cherchant à documenter
le conflit qui oppose les communautés mapuche à l’industrie forestière
pour des revendications territoriales historiques, en défense
de leurs droits collectifs et pour la protection de leur environnement
face à la déprédation provoquée par la monoculture d’arbres (cf.
Bulletins du WRM nº 120, 106 et 101).
Ces
dernières années, dans le cadre de la détérioration sociale, culturelle
et environnementale provoquée par l’expansion territoriales de
l’industrie forestière, les protestations légitimes du peuple
mapuche, qui en est la principale victime, ont eu pour réponse
la répression violente de leurs membres et de ceux qui se solidarisent
avec leur problème.
La
criminalisation a le bras long. Depuis le meurtre par traîtrise
du jeune Matías Catrileo jusqu’à l’emprisonnement, rien que pendant
la période de Bachelet, d’au moins 55 Mapuche accusés d’attentats
contre les plantations forestières et condamnés, dans certains
cas, à des peines de jusqu’à 10 ans (cf. Bulletin nº 26), en passant
par les dizaines de blessés dans des manifestations, les intimidations
et la terreur.
Le
7 mai dernier, alors qu’elle tournait son film, Elena Varela a
été arrêtée par une vingtaine de policiers armés. Au cours d’une
interview avec le journaliste Jaime Díaz Lavanchy elle a déclaré
: « On ne m’a pas permis de parler avec un avocat pendant 24 heures,
on ne m’a pas dit de quoi on m’accusait », et ce n’est que bien
plus tard qu’elle a appris qu’on l’accusait « d’association illicite
en vue de commettre un délit ».
Elle
se déclare innocente et affirme qu’elle est en prison à cause
de son film : « Je suis en prison en raison de mon travail professionnel
de cinéaste, de l’information que je possède, pour avoir des rapports
avec des activistes mapuche qui luttent pour ce qu’ils croient,
pour avoir interviewé des membres des communautés mapuche qui
ont été fortement réprimés et qui n’osent rien dire, parce que
j’ai appris des choses si cruelles qu’elles me rendent malade.
Le peuple mapuche a été humilié, il a été persécuté. J’ai vu tant
de personnes émotionnellement, psychologiquement écrasées, tant
de personnes qui n’osent pas parler ! C’est pour cela que je suis
en prison ».
«
Ce qui me fait le plus de mal », dit Elena, « ce sont les enfants,
les enfants malades de Temucuicui ! [communauté mapuche de la
zone d’Ercilla constamment soumise à des fouilles par les Forces
spéciales de carabiniers]. Cela se voit dans leurs dessins. Ils
y dessinent des militaires dans leurs maisons, des explosions
de bombes lacrymogènes. Voilà ce qu’ils ne veulent pas qu’on sache
! Et ils veulent savoir où sont les Mapuche qui luttent, pour
les exterminer, comme moi. J’ai voulu faire un film et ils m’ont
mise en prison. C’est une manière de m’exterminer, de me faire
taire ».
Amnesty
International déclare officiellement qu’à son avis « les autorités
l’ont arrêtée pour essayer de freiner les enquêtes sur ce conflit
et de les intimider, elle et le peuple indigène mapuche. La police
a confisqué chez elle des enregistrements vidéo, des équipements
de son, des appareils photographiques et des téléphones portables,
ainsi que des costumes utilisés pour le tournage du documentaire.
Elle a emporté en outre le matériel des recherches faites par
Elena Varela et des documents concernant le financement du film
par le Fonds pour l’audiovisuel du Conseil national de la culture
et des arts. Amnesty International craint que ces informations
ne soient utilisées par les forces de sécurité chiliennes pour
intimider et harceler les activistes mapuche et ceux qui contribuent
aux recherches par leurs témoignages ».
La
situation de la documentaliste Elena Varela n’est pas unique.
Depuis mars 2008, les autorités ont arrêté trois réalisateurs
de documentaires qui ont dénoncé le conflit entre les entreprises
forestières et le peuple mapuche. La page d’information mapuche
Mapuexpress rapporte que « deux journalistes français, Christopher
Cyril Harrison et Joffrey Paul Rossj, ont été arrêtés le 17 mars
dernier à Collipulli, alors qu’ils filmaient un werkén [autorité
traditionnelle mapuche]. La police a réquisitionné les appareils
de tournage et les bandes déjà enregistrées. Il y a eu une tentative
de les expulser, mais le consul français a réussi à l’éviter.
Deux jours plus tard ils ont été agressés dans la rue, eux et
le werkén, par un groupe de douze personnes. Une chose semblable
est arrivée le samedi 3 mai à Giuseppe Gabriele et Dario Ioseffi,
deux documentalistes italiens, au moment où ils faisaient un enregistrement
audiovisuel d’une mobilisation mapuche dans un établissement de
Forestal Mininco dont la communauté Chupilko revendique la propriété
depuis près de deux décennies ».
Amnesty
International recommande une série d’actions dans le cas d’Elena
Varela, dont l’envoi d’une lettre à la Présidente, à la ministre
de la Culture et au ministre de l’Intérieur (voir
http://www.amnistia.cl/index_aauu.shtml?x=87763). Par ailleurs,
plusieurs personnalités du monde du cinéma ont fait circuler une
lettre ouverte adressée à la Commission interaméricaine des droits
de l’homme où elles réclament la liberté d’Elena Varela et manifestent
leur « préoccupation au sujet de la liberté d’expression au Chili
» (voir la lettre sur
http://www.wrm.org.uy/paises/Chile/medidas_cautelares.pdf
et une vidéo de la conférence de presse sur
http://www.youtube.com/watch?v=GaS9Fcoz3LA).
Pour
Elena Varela, il est très douloureux de « ne pas pouvoir montrer
ce que j’avais à montrer. Mais je dois être forte, parce que cette
douleur est celle des Mapuche que je souffre maintenant dans ma
propre chair ».
Article
fondé sur des informations tirées de : “Estoy presa por la información
que manejo”, Jaime Díaz Lavanchy / La Nación, dimanche 9 juin
2008,
http://www.lanacion.cl/prontus_noticias_v
2/site/artic/20080628/pags/20080628180307.html ; “Chile: Libertad
de Expresión”, Amnesty International,
http://www.amnistia.cl/index_aauu.shtml?x=87763 ; “Documentalista
de Film Mapuche y las graves violaciones al trabajo documental”,
Mapuexpress,
http://www.mapuexpress.net/?act=news&id=2870 ; contribution
d’Alfredo Seguel, Coordinación de Identidades Territoriales Mapuche,
alfredoseguel@gmail.com.
index
–
Colombie : la violence fait croître le palmier à huile
Depuis
le début de l’actuelle décennie, l’expansion des plantations de
palmier à huile en Colombie a coïncidé, du point de vue géographique,
avec l’accroissement de la présence des paramilitaires, à tel
point que quelques-unes des nouvelles plantations en cours de
développement ont été financées en tant que projets de production
à l’intention des membres démobilisés de l’organisation paramilitaire
Autodefensas Unidas de Colombia (AUC) qui avaient auparavant fait
des incursions dans ces mêmes zones.
Cette
stratégie pour s’emparer du territoire par le biais de l’expansion
de la palmiculture est renforcée par les politiques gouvernementales
qui encouragent et soutiennent financièrement la plantation de
palmiers à huile, dans le but évident de s’assurer la maîtrise
économique, politique et militaire de grandes régions du pays
qui échappent au contrôle de l’État.
À
leur tour, les politiques étatiques se voient renforcée par les
stratégies d’investissement des organismes internationaux, comme
l’illustre la suivante analyse des plans d’investissement de la
Banque interaméricaine de développement (BID) : « Pour la BID,
les cultures de moyen terme et de long terme ont un potentiel
d’exportation plus grand, davantage de capacité de survie dans
une économie ouverte, sont très avantageuses en ce qui concerne
le processus de pacification, et contribuent à la croissance soutenue
du secteur agricole, surmontant ainsi les problèmes de financement
à long terme de l’agriculture. (...) Et, suivant le Document de
la BID pour le pays, les activités du programme se centrent sur
des zones et des projets importants du point de vue des efforts
de pacification. De façon générale, la BID considère les investissements
dans des cultures de moyen terme et de long terme comme des stratégies
de gouvernement ou de contrôle territorial face à des problèmes
tels que la guérilla, la violence politique, la délinquance et
la culture de plantes illicites. L’agriculture extensive est une
véritable option de remplacement de l’occupation du territoire
et permet la création d’emplois dans les zones de conflit ».
Tous
ces discours ont en commun l’idée que la plantation de palmiers
à huile est un moyen de développement économique favorable à la
pacification du pays. Cette confluence d’actions illégales et
délictueuses, de politiques gouvernementales et d’investissements
internationaux caractérise la culture du palmier à huile en Colombie.
Le
modèle en question comporte en général cinq étapes :
1.
Attaque ou conquête du territoire par les paramilitaires.
2.
Appropriation illégale des terres. Vol ou achat par l’intimidation
armée.
3.
Plantation des palmiers.
4.
Complexe constitué par les plantations et les usines d’extraction
d’huile.
5a.
Flux de l’huile vers les marchés nationaux et/ou internationaux.
5b.
Maîtrise du territoire.
Cette
description résume les divers processus qui ont lieu dans les
régions du pays où l’on plante des palmiers, mais elle s’applique
en particulier, dans toutes ses étapes, aux nouvelles plantations
créées depuis le début de la présente décennie.
Dans
des cas antérieurs, comme à Santander ou à Tumaco, les complexes
huiliers étaient déjà en place (étape 4), et ce sont les entreprises
qui ont formé ou invité ou financé les organisations paramilitaires
en tant que services de sécurité, en réponse à la guérilla. Par
contre, à Casanare les plantations se sont développées au même
rythme que l’activité paramilitaire, et les deux processus se
sont superposés. Le cas qui correspond le plus exactement au modèle
est celui des plantations du Chocó, où ce sont les paramilitaires
qui ont invité les entreprises huilières à s’installer dans les
zones qu’ils contrôlaient.
D’après
le Ministère public, « l’appropriation, l’usurpation et le pillage
de terres par des organisations d’autodéfense (33 %), des guérillas
(17 %), des trafiquants de drogue, des commerçants d’émeraudes,
des propriétaires terriens, certains cultivateurs de palmiers
et d’autres acteurs ont été dénommés par les analystes et les
médias ‘la contre-réforme agraire’ ou ‘la para-réforme agraire’
».
Suivant
les estimations, les terres concernées occuperaient entre 2,6
et 6,8 millions d’hectares, dont une grande partie est aujourd’hui
plantée de palmiers à huile. Cette ‘contre-réforme agraire’ dénoncée
par divers analystes et médias fait depuis longtemps l’objet de
plaintes de la part des victimes, comme dans le cas des communautés
de Curvaradó et Jiguamiandó.
Les
incursions et les attaques suivies de l’appropriation du territoire
ont eu des conséquences terribles dans les zones rurales de la
Colombie. Les meurtres et les massacres, les disparitions forcées,
les menaces, les enlèvements, les tortures et les harcèlements
de toutes sortes provoquent le déplacement collectif ou individuel
des habitants des terres visées.
Les
chiffres sont alarmants : on estime que 1 874 917 ou 3 832 525
personnes (suivant deux registres différents) ont été déplacées
par la violence en Colombie. Deux personnes déplacées sur trois
possédaient des terres au moment de leur expulsion. (Renseignements
extraits de : “The flow of palm oil Colombia - Belgium/Europe.
A study from a human rights perspective”.
Les
plaintes continuent d’affluer : l’organisation colombienne Salva
la Selva a dénoncé que les leaders communautaires qui s’opposent
aux plantations de palmier à huile et ceux qui aident les communautés
déplacées qui possèdent des titres de propriété légitimes à retourner
à leurs terres ont reçu des menaces de mort. D’autres personnes
de la zone ont été attaquées par des paramilitaires et des militaires.
En septembre 2007, deux personnes ont reçu des coups de balle
de deux hommes dont on croit qu’ils étaient membres d’une organisation
paramilitaire. Les communautés qui sont déjà retournées chez elles
continuent elles aussi de recevoir des menaces.
Depuis
2001, il y a eu 113 assassinats, 13 déplacements forcés, de nombreuses
menaces de mort et occupations illégales de terres. En décembre
dernier, le Procureur général de la Nation a intenté un procès
contre 23 représentants d’entreprises huilières, sans que cela
signifie qu’on ait vraiment fait quelque chose pour empêcher l’expansion
de la culture du palmier ou celle de l’élevage dans les terres
communautaires.
En
mai dernier, les membres de la communauté de Caracolí (territoire
collectif de Curvaradó) Jair Barrera, Jonny Barrera et Devis Salas,
et les défenseurs des droits de l’homme de la Commission pour
la Justice et la Paix Elizabeth Gómez et Luz Marina Arroyabe ont
été détenus illégalement par la police, sous prétexte d’accusations
qui visaient à les criminaliser ; par la suite ils ont subi des
mauvais traitements, des menaces et des tortures. Toutes les actions
de la police ont été accompagnées par des bénéficiaires des organisations
paramilitaires et des plantations de palmiers (voir
http://www.salvalaselva.org/protestaktion.php?id=255).
De
son côté, le Conseil national de la politique économique et sociale
(CONPES) a annoncé de nouvelles mesures pour accroître le soutien
gouvernemental de l’expansion des agrocarburants, dans le but
de transformer la Colombie en une puissance exportatrice de ces
produits.
Les
violations des droits de l’homme, à Chocó et ailleurs, et la destruction
accélérée des forêts tropicales et d’autres systèmes d’énorme
importance et riches en diversité biologique sont une conséquence
directe de ces politiques gouvernementales.
Article
fondé sur : “The flow of palm oil Colombia - Belgium/Europe.
A study from a human rights perspective”, Fidel Mingorance, dirigé
par HREV pour la Coordination Belge pour la Colombie,
http://www.cbc.collectifs.net/doc/informe_en_v3-1.pdf ; “Colombia:
agrocombustibles destruyen comunidades y biodiversidad”, Salva
la Selva,
http://www.salvalaselva.org/protestaktion.php?id=255.
index
– Malaisie : des barricades contre une entreprise de palmier à
huile du Sarawak
En
Europe et aux États-Unis, l’huile de palme est présentée comme
un agrocarburant susceptible d’éviter l’augmentation des émissions
de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Bien entendu, c’est le
modèle à grande échelle qui y est appliqué, et non l’option à
petite échelle et diversifiée. En fait, ce n’est qu’un moyen de
retarder le changement impératif des modes de production, de consommation
et de commerce à forte intensité énergétique. Les plantations
de palmier à huile pour la fabrication d’agrocarburant ne font
qu’aggraver les effets déjà néfastes des plantations de palmier
à des fins industrielles.
Entretemps,
les grandes entreprises prennent la part du lion dans le marché
bourgeonnant de ce produit industriel qui couvre de vastes étendues.
Les pays du Sud sont visés, mais le fruit des palmiers à huile
est amer pour leurs populations, qui reçoivent moins que les miettes
promises. Ce qui suit en est un exemple.
En
1996, les Iban propriétaires de terres du Sarawak ont accepté
que leurs terres situées dans le district de Kanowit soient plantées
de palmier à huile. Une joint-venture a été constituée, où participaient
Boustead Plantations (60 %), les villageois (30 %) et l’agence
du gouvernement étatique Land Custody and Development Authority
(LCDA).
Cet
accord promettait aux villageois des routes reliant les villages
de la zone, la distribution d’eau et d’électricité, et des titres
fonciers d’une durée de 60 ans pour les propriétaires détenteurs
de Droits coutumiers autochtones (Native Customary Rights, NCR).
Or,
bien que les fruits soient récoltés depuis bien des années déjà,
les propriétaires NCR n’auraient jamais reçu leur part des bénéfices,
à l’exception d’une maigre avance payée en 1997. Aucune des autres
promesses n’a été tenue non plus.
Les
autochtones n’ont plus supporté cet abus et ont décidé d’agir
pour protéger leurs intérêts. En avril, ils ont fait une barricade
pour empêcher l’entreprise d’accéder à sa plantation de palmier
à huile. Au début, c’était l’œuvre des habitants de trois villages
mais, plus tard, d’autres villages les ont rejoints jusqu’à atteindre
le nombre actuel de vingt villages. D’après un article de Tony
Thien, environ 400 personnes de 20 communautés d’Iban ont empêché
l’entreprise d’entrer dans la plantation tandis que, à un point
d’accès à Ladang Kelimut situé sur la rive gauche du fleuve Rajang
les villageois ont placé leurs gens pour éviter que les travailleurs
pénètrent dans la propriété. Sur une autre route d’accès ils ont
construit deux barricades. Beaucoup d’autres villages les rejoindraient
bientôt.
Simultanément,
les villageois ont déposé une plainte auprès de la police de Kanowit,
où ils disent que l’entreprise ne leur a pas payé les dividendes
stipulés et prévenant celle-ci que, à moins de recevoir bientôt
ce paiement, ils porteront l’affaire en justice et empêcheront
l’entreprise de fonctionner.
Comme
il est habituel dans les cas de ce genre, le journaliste qui informe
sur ce problème dit que « l’entreprise n’a pas encore pu être
contactée pour commentaire ».
Article
fondé sur : “Angry native landowners act against Sarawak oil palm
company”, Tony Thien, Malaysiakini,
http://www.bmf.ch/en/news/?show=103.
index
– Afrique de l’Ouest : Wilmar et Olam International ont des plans
d’expansion ambitieux pour l’huile de palme
Un
article du Bulletin du WRM du mois de juin révélait le rôle d’Unilever
dans les dangers qui menacent la forêt des Marais Tanoé, l’un
des derniers blocs forestiers qui restent en Côte d’Ivoire. Suite
aux protestations internationales, Unilever « promet » maintenant
de faire une Évaluation d’impact environnemental, mais sans garantir
que la forêt sera protégée. En revanche, l’entreprise a annoncé
le projet qu’elle a depuis longtemps de vendre les actions qu’elle
possède dans Palm-CI, titulaire de la concession de Tanoé, tout
en restant une des principales clientes de cette société. Derrière
cette annonce, et peut-être derrière le projet de détruire la
forêt de Tanoé, se cachent des changements de grande portée dans
l’industrie oléagineuse de la région.
En
novembre 2007, les sociétés basées à Singapour Wilmar International
et Olam International ont annoncé leurs plans de forte expansion
en Afrique de l’Ouest. Elles ont formé la co-entreprise Nauvu,
dont chacune détient 50 % du capital ; celle-ci a acquis des parts
dans Palm-CI, dans le groupe ouest-africain SIFCA (lui aussi grand
investisseur dans Palm-CI) et dans une nouvelle société de raffinage
constituée par SIFCA et Unilever (1). Le gouvernement ivoirien
a vendu ses parts à SIFCA. Depuis son acquisition du groupe Kuok
l’année dernière, Wilmar International est devenue le premier
producteur mondial d’huile de palme et cherche à se développer
dans de nouvelles régions, dont l’Afrique de l’Ouest. Leurs plans
sont ambitieux : Palm-CI, le plus grand producteur et propriétaire
d’huileries de la Côte d’Ivoire, prévoit de tripler sa production
d’ici 2020. De leur côté, Wilmar, Olam et SIFCA cherchent à augmenter
leur production d’huile de palme, de sucre et de caoutchouc, non
seulement en Côte d’Ivoire mais dans toute la région, en Guinée,
au Liberia et au Nigeria, premier producteur d’huile de palme
de l’Afrique. Des essais pour produire du biodiesel à partir du
palmier à huile ont eu lieu en Côte d’Ivoire (2).
Le
partenariat Wilmar-Olam et leurs investissements en Afrique de
l’Ouest sont des nouvelles préoccupantes. En effet, les deux entreprises
ont été impliquées dans des affaires de déboisement et de méconnaissance
des droits des communautés. Les concessions de Wilmar se trouvent
en Indonésie, où l’expansion du palmier à huile a été étroitement
liée au déboisement. Les entreprises défrichent habituellement
des étendues plusieurs fois plus vastes que celles qu’elles vont
vraiment planter de palmiers à huile et tirent des bénéfices supplémentaires
de la vente, souvent illégale, du bois extrait. Un rapport publié
en 2007 par les Amis de la Terre Pays-Bas, Kontak Rakyat Borneo
et Lembaga Gemawan (3) révélait que Wilmar était impliquée dans
la destruction de la forêt tropicale et dans les incendies de
forêt, et qu’elle ignorait la législation nationale et les droits
des communautés dans le district de Sambas, au Kalimantan. Le
rapport de Greenpeace ‘Cooking the Climate’ (4) révèle l’existence
d’un grand nombre de concessions de Wilmar dans des forêts tropicales
ainsi qu’un grand nombre de foyers d’incendie pendant la saison
sèche. Unilever n’y est pas impliquée comme entreprise de plantation
mais comme cliente, et elle entend faire la même chose en Afrique
de l’Ouest. Quant à Olam, elle a obtenu des concessions d’exploitation
forestière en République démocratique du Congo en dépit du moratoire,
et ses embarquements de grumes illégales ont été confisqués (5).
Unilever et Wilmar sont membres de la Table ronde pour l’huile
de palme durable (RSPO) ; Unilever figure parmi les membres fondateurs
et assure la présidence du Conseil d’administration de cet organisme.
Leur participation à la RSPO semble n’avoir eu d’autre but que
de se faire bien voir.
La
conduite de Wilmar en Ouganda, seul pays africain où cette entreprise
a eu jusqu’à présent des concessions de palmier à huile, a suivi
le « modèle » indonésien : sa filiale, Bidco, a reçu l’autorisation
de détruire les forêts, y compris dans les îles Ssese, pour produire
de l’huile de palme (cf. le Bulletin du WRM d’août 2006).
La
forêt des Marais Tanoé pourrait bien être la première d’une série
de forêts d’Afrique de l’Ouest visées par ce nouveau partenariat
d’affaires.
Almuth
Ernsting, Biofuelwatch,
http://www.biofuelwatch.org.uk, e-mail:
almuthbernstinguk@yahoo.co.uk
Références
:
(1)
www.wilmar-international.com/news/press_
releases/News_Release_15Nov07.pdf
(2)
www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/article_
jeune_afrique.asp?art_cle=LIN30038sifcaseuqit0
(3)
www.foei.org/en/publications/pdfs/Wilmar_Palm_
Oil_Environmental_Social_Impact.pdf/view?searchterm=Wilmar
(4)
www.greenpeace.org/international/press/reports/cooking-the-climate-full
(5)
www.greenpeace.org/international/news/world-bank-congo-forest_300807
index
LA JUSTICE CLIMATIQUE, TOUT DE SUITE!"
– Des organisations de la société civile asiatique réclament la
‘justice climatique’
Les
plus de 170 activistes qui se sont réunis à Bangkok du 12 au 14
juillet dernier ont durement critiqué les gouvernements et les
entreprises pour leur échec à réduire les émissions de gaz à effet
de serre. Ils ont réclamé la « justice climatique » et une « réorientation
fondamentale de l’ordre mondial actuel » pour résoudre la crise
climatique. Parmi les participants à la conférence figuraient
des pêcheurs et des agriculteurs, des peuples des forêts et des
peuples autochtones, des femmes, des jeunes, des travailleurs
et des activistes non gouvernementaux de 31 pays.
Dans
un document de la conférence, les participants ont précisé : «
Quand nous parlons de justice climatique nous voulons dire que
le poids de l’ajustement à la crise climatique doit être porté
par ceux qui l’ont créée et non par ceux qui en sont les moins
responsables ».
La
conférence a fait remarquer que les mouvements sociaux et les
organisations de la société civile se font de plus en plus entendre
en Asie au sujet du changement climatique.
Tout
au long de cette conférence de trois jours les participants n’ont
cessé de manifester leur mécontentement devant le fait que les
gouvernements et les entreprises qui ont jusqu’ici dirigé les
discussions sur le climat ne se soient pas attaqués aux causes
profondes du changement climatique qui menace la planète.
Après
une trentaine d’ateliers et de séances plénières, les participants
ont décidé par consensus qu’il fallait s’opposer aux échanges
de carbone et aux projets de « compensation », tels le Mécanisme
de développement propre (MDP) et le programme de Réduction des
émissions dues au déboisement dans les pays en développement (REDD),