World Rainforest Movement


 

Victoires de la résistance populaire au Pérou et au Brésil

 

Au milieu de tant d’appropriations et de dépouillements de la part des grands intérêts mercantiles, il est rafraîchissant de recevoir des nouvelles qui racontent les victoires remportées grâce à la résistance tenace des peuples.

 

Au Pérou, le gouvernement du président Alan García, dans le cadre de la mise en œuvre du Traité de libre échange avec les États-Unis, a approuvé plus de trente lois et décrets dans le but de déplacer vers l’Amazonie la frontière extractive, en essayant de démanteler les droits communautaires et les communautés elles-mêmes, en facilitant la vente de leurs terres, en simplifiant les méthodes de parcellement et de vente et en les privant des protections spéciales dont elles bénéficiaient. En somme, l’objectif était de leur enlever leurs terres, en faisant preuve d’une convoitise telle que l’on parlait même de donner en concession les zones basses ou les plages sur les bords des fleuves où la population pauvre plante son riz ou son maïs. Autour de ce projet étaient mobilisées les entreprises d’agrocarburants, de plantation d’arbres, d’extraction pétrolière et minière (cf. Bulletin nº 129 du WRM).

 

Parmi ceux qui comptaient tirer profit de ce pillage figurait l’entreprise de production de pâte CMPC, propriétaire au Chili d’énormes plantations de pins et d’eucalyptus établies pendant la dictature de Pinochet dans des territoires mapuche. À propos du projet de l’entreprise d’investir des millions de dollars au Pérou, le président de la Corporación Chilena de la Madera et ancien ministre de Pinochet, Fernando Léniz, a dit que « Là-bas [au Pérou] les conditions de travail sont meilleures et la violence est mieux contrôlée. L’idée que les groupes de pression peuvent obtenir ce qu’ils veulent par la violence et l’illégalité est en train de faire beaucoup de mal au Chili ». Il parlait de la lutte légitime du peuple mapuche pour récupérer ses territoires ancestraux.

 

Pourtant, ni Léniz ni le gouvernement du Pérou ne s’attendaient à la ferme réaction des peuples amazoniens pour la défense de leurs droits. Le 8 août, plus de 3 000 indigènes et métis de diverses régions amazoniennes se sont mobilisés et ont déclaré la grève nationale pour une période indéfinie, pour s’opposer aux décrets de l’Exécutif.

 

Par suite de cette réaction de la société et de ces mobilisations, le Congrès de la République a dérogé, le 22 août, les décrets législatifs 1015 et 1073 que le gouvernement essayait d’imposer au mépris des droits collectifs autochtones et en faveur de groupes d’intérêt économiques. Le triomphe indigène au Pérou est un message puissant pour ceux qui prétendent détruire l’Amazonie et il rend impossible pour l’instant l’installation de grandes plantations d’arbres dans la région.

 

Dans le cas du Brésil, une décision judiciaire historique vient de fortifier la lutte populaire contre la monoculture d’eucalyptus. En effet, le 28 août dernier, le Tribunal de Justice a décidé à l’unanimité la suspension immédiate de toute plantation d’eucalyptus dans la municipalité de Sấo Luiz do Paraitinga – Sấo Paulo, en raison des conséquences environnementales et sociales néfastes de l’expansion industrielle de ces cultures. Les sociétés transnationales responsables de ces plantations dévastatrices devront faire des études d’impact environnemental sur toutes les terres qu’elles occupent, et les indispensables audiences publiques avec la population rurale affectée.

 

En une décision inédite, le Tribunal de Justice a rejeté aussi la demande du Promoteur de la Justice de Sấo Luiz, qui voulait éviter que le Défenseur du peuple se charge du suivi de la mesure et qui mettait en question la légitimité de son intervention dans le processus. Le Tribunal de Justice a décidé à l’unanimité que le Défenseur peut et doit intervenir dans les questions environnementales pour le bien de la population.

 

Le défenseur public qui est l’auteur de l’action, Wagner Giron, affirme que les entreprises, en particulier Votorantim Celulose e Papel, et Suzano Papel e Celulose, « ne respectent aucune réglementation environnementale. Elles plantent des arbres sur les collines ou dans les forêts indigènes, elles envahissent des sources et assèchent des cours d’eau. Il y a déjà eu ici des cas d’intoxication humaine, de mort de poissons et d’animaux. Le tout du fait de cette violation des normes environnementales ». [1]

 

Il est important de signaler que les plantations d’eucalyptus couvrent aujourd’hui près de 20 % de la municipalité de Sấo Luiz.

 

Les cas de ce genre sont des lueurs d’espoir qui éclairent la route de la juste résistance des peuples.

 

Article fondé sur :

Pérou : communication avec Vladimir Pinto, adresse électronique vladimirpinto@gmail.com, et Paul Macauley, Réseau Environnemental Loretana, adresse électronique redambientalloretana@yajoo.com ; “Perú: Un Importante Triunfo de los Pueblos Indígenas Amazónicos”, Mapuexpress, Informativo Mapuche, http://www.mapuexpress.net/?act=news&id=3164&
PHPSESSID=847e1084eea7a047e12fd762591bd28a
.

Brésil : communication avec Geise Pereira, FASE-ES, adresse électronique geise.fase@terra.com.br ; [1] “Brasil: Tribunal de Justiça suspende plantio de eucalipto em município de SP”, http://www.biodiversidadla.org/content/view/full/39528.

 


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