Bulletin du WRM

 

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Numéro 62 - Septembre 2002
Le sujet principal de ce bulletin: Les Peuples Indigènes


AFRIQUE

 

LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

- Cameroun: les Bagyeli essaient de se faire entendre

Depuis le XIXe siècle, les droits territauriaux des habitants des forêts du Cameroun n'ont jamais été pris en compte par les gouvernants lors de la prise de décisions. Toutes les terres boisées, enregistrées comme vacantes et sans maîtres, sont devenues propriété de l'Etat. Elles ont souvent été ouvertes à l'exploitation forestière, interdisant ainsi l'accès aux Bagyeli, Baka, et autres communautés de chasseurs-cueilleurs dénommées "Pygmées", dont la présence dans le Sud de Cameroun est antérieure à l'Etat colonial.

Quand la France est devenue la première puissance coloniale, au début du siècle dernier, toutes les terres camerounaises devinrent virtuellement propriété de l'Etat, même si presque toutes étaient occupées suivant des principes coutumiers. Ce système a survécu jusqu'à aujourd'hui -seulement 2,3% des terres camerounaises ont été régularisées moyennant des titres de propriété depuis 1974- et la plupart des terres boisées situées en dehors des aires protégées restent extrêmement vulnérables aux différents types d'exploitations externes. On demande rarement l'avis des populations locales sur la gestion de ces terres et les populations indigènes sont marginalisées lors des rares consultations publiques réalisées à ce sujet. Actuellement, dans le Département Océanique du Cameroun, les communautés locales commencent à faire face aux multiples impacts causés par le nouvel oléoduc qui traverse leurs terres. Celui-ci permet l'exportation de pétrole des champs pétrolifères au Sud du Tchad via une station de pompage côtière près de Kribi, au Cameroun.

L'installation du très critiqué oléoduc Tchad-Cameroun, soutenu par la Banque mondiale, qui traverse la région forestière du Sud-Est camerounais, a causé des pertes de terres et de forêts en détriment de plusieurs communautés. Il existe aujourd'hui de nombreux documents qui prouvent les pertes des communautés indigènes Bagyeli dans deux zones géographiques différentes. D'une part, dans la zone de l'oléoduc, le projet a impliqué le déboisement total d'une frange de 30 mètres de large qui traverse des zones de chasse, de cueillette et de culture, ce qui entraîne la perte de ces terres ainsi que l'interdiction d'accès aux ressources sur lesquelles reposaient les moyens de vie traditionnels des Bagyeli. Le programme de compensation de l'oléoduc a aggravé ces pertes, étant donné que certains Bagyeli ont été expulsés de leurs terres par d'autres habitants locaux qui revendiquaient leurs terres de cultures agricoles actuellement occupées par l'oléoduc. Pas un seul Bagyeli n'a reçu de compensation individuelle pour les pertes causées par la construction de l'oléoduc.

D'autre part, de nouvelles restrictions ont été imposées sur la chasse et sur l'accès aux forêts des zones traditionnelles Bagyeli près de la frontière avec la Guinée Equatoriale lors de l'officialisation du Parc national de Campo Ma'an. La protection de cette large zone, traversée par un chemin emprunté pour l'exportation de bois, fait partie de la compensation environnementale de l'oléoduc. Mais ce nouveau statut de parc national veut dire que les communautés Bagyeli de chasseurs-cueilleurs qui habitent cette région depuis des temps immémoriaux peuvent être poursuivies si elles continuent à profiter de la forêt, leur seul moyen de vie. Ces exemples illustrent l'indifférence totale des concepteurs des plans de l'oléoduc face aux droits territoriaux et aux moyens de vie des habitants locaux.

Les Bagyeli ne possèdent pas de documents d'identité -requis par la loi camerounaise-, souffrent une sévère discrimination sociale, et n'ont presque pas d'accès aux services de santé et d'éducation. La plupart ne possèdent pas de terres de culture propres et travaillent celles de leurs voisins mieux lotis en échange de nourriture. La marginalisation sociale des Bagyeli et la souffrance croissante dont ils sont victimes depuis le projet de construction de l'oléoduc les a menés à contacter des ONG nationales et internationales afin de développer des stratégies communautaires qui leur permettent de réaffirmer leurs droits face aux autorités de conservation. Celles-ci ont déjà initié un dialogue avec des représentants des Bagyeli des alentours de Campo, de même que des représentants du gouvernement local et de l'oléoduc, qui avaient précédemment refusé de demander l'avis des Bagyeli.

Soutenus par le Forest Peoples Programme (FPP) ainsi que par deux ONG locales (Planet Survey et le Centre pour l'Environnement et le Développement - CED), les Bagyeli commencent à se procurer des documents d'identité et à dialoguer régulièrement avec des fonctionnaires du gouvernement et des représentants de l'oléoduc, ces derniers ayant accepté de se réunir avec eux afin de négocier des mesures de compensation régionales. Le FPP et ses partenaires vont également soutenir les Bagyeli pour qu'ils puissent recueillir leurs propres informations en vue de réaliser des plans communautaires d'utilisation du sol en profitant de la technologie GPS (système de positionnement global) et en travaillant en collaboration avec les communautés majoritaires Bantu. Les plans définitifs seront réalisés pour eux par le CED. Ils serviront de base aux futurs dialogues entre les communautés Bagyeli et Bantu, les administrateurs des aires protégées, les organismes gouvernementaux et les autorités de l'oléoduc, programmés en vue d'assurer aux Bagyeli des droits communautaires sur la terre.

Par: John Nelson, Forest Peoples Programme, courrier électronique: johnnelson@blueyonder.co.uk


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- Kenya: un groupe indigène sera entendu par la Haute Cour

Le 1er. octobre est la date prévue pour l'audience de l'affaire présentée à la Haute Cour du pays par un groupe indigène qui habite la forêt Mau du Kenya. Cette tentative est la dernière en date des démarches entreprises par le peuple Ogiek dans leurs efforts d'éviter la destruction de leur forêt natale.

Pendant des décennies, les Ogiek se sont battus -d'abord contre le colonialisme britannique, ensuite contre le gouvernement kenyan- pour vivre en paix dans la forêt Mau, qu'ils habitent depuis des siècles. L'affaire juridique en cours a débuté en 1997, lorsque le groupe s'est présenté à la Cour pour éviter que le gouvernement évalue et accorde à des tiers les terres de la forêt Mau. Plus tard dans la même année, la Haute Cour a ordonné qu'aucune terre de la forêt Mau ne soit octroyée à des colons tant que toutes les controverses à ce sujet n'auront pas été par elle résolues. Mais après avoir menacé les Ogiek d'expulsion pendant des années, le gouvernement a annoncé en 2001 que 147 000 acres de forêt allaient être exclues des registres. Cette exclusion aurait éliminé leur statut d'aire environnementale protégée, et permis l'installation de colons en provenance d'autres régions du Kenya. Les Ogiek ont donc déposé une plainte, alléguant que le gouvernement était en train d'ignorer l'ordonnance de 1997 de la Haute Cour, du moment que la réclamation des Ogiek effectuée avant cette date n'avait pas encore fait l'objet d'une décision.

Les plans de développement du Kenya menacent autant les Ogiek que la forêt Mau, qui est un des complexes hydriques les plus grands de l'Afrique orientale. Les experts disent que le rétrécissement des forêts du Kenya aurait des conséquences dangereuses sur l'environnement. La forêt est un bassin de captation vital, absorbant l'eau pendant la saison des pluies et la libère graduellement pendant le reste de l'année. Suivant les scientifiques, la forêt fournit environ 40% des ressources d'eau du pays. Tandis que le mode de vie des Ogiek leur permet une subsistance autonome, le gouvernement a exempté trois puissantes compagnies forestières de l'interdiction d'exploitation ligneuse et leur a permis de continuer à opérer dans la forêt Mau, détruisant par là l'écosystème des Ogiek où ils trouvent du miel, cultivent des plantes et chassent du gibier de façon sélective.

Tout en reconnaissant, avec le gouvernement, que le Kenya manque de terres agricoles suffisantes, les défenseurs des Ogiek affirment que le président Daniel Arap Moï est plus intéressé à récompenser ses partisans qu'à produire davantage d'aliments pour les citoyens, et que la plupart de la terre a été donnée à ses associés les plus proches. Joseph Kamotho, le ministre de l'environnement tombé en disgrâce et récemment limogé, affirme que l'affaire des terres des Ogiek a été utilisée par "des fonctionnaires gouvernementaux sans scrupules, dans le but d'obtenir davantage de terres pour eux-mêmes".

Tandis que la destruction graduelle de la forêt se poursuit, la communauté n'a pas trouvé de justice dans les couloirs de la cour. Pendant plus d'un an, l'affaire des Ogiek a été maintes fois ajournée pour des problèmes de procédure. En février, elle l'a été parce que le procureur en charge était à l'étranger. En avril elle a été fixée pour une date ultérieure après que les procureurs ont allégué qu'ils n'avaient pas eu le temps de préparer leurs déclarations. En juillet, le juge prévu était absent, et un juge remplaçant a fixé l'audience pour le mois d'octobre. Les avocats des Ogiek espèrent que ces retards si fréquents finiront bientôt, mais jusqu'à présent le gouvernement n'a donné aucun signe de vouloir trouver une solution rapide à cette affaire.

De nombreux observateurs pensent que les changements qui pourraient survenir au cours des prochains mois dans la politique kenyane sont susceptibles de contribuer à faire avancer l'affaire des Ogiek dans la cour. La loi kenyane interdit à Moï de postuler à la réélection dans les prochaines présidentielles, qui auront lieu en décembre. "Le pays sera différent après Moï, et les cas présentés par les Ogiek pourront finalement être résolus après les élections", a déclaré John Kamau, membre de Rights Features Service, une organisation basée au Kenya qui a suivi le cas des Ogiek. "A ce moment-là, Moï n'aura plus le pouvoir de protéger ses copains, à moins qu'il ne le fasse par procuration".

En outre, le projet proposant une nouvelle constitution pour le Kenya pourrait être favorable aux Ogiek. Kamau a signalé que ce projet demande aussi de nouvelles lois foncières et des mesures de protection des communautés indigènes contre la discrimination. "Si la Constitution est adoptée, les Ogiek pourront respirer", a dit Kamau. "Mais il reste beaucoup à faire pour sensibiliser les politiciens à ce sujet". Le projet, qui doit être approuvé par le parlement, inclut la création d'une nouvelle charge, celle de Premier Ministre, élu par l'assemblée nationale. Le président, qui détient à l'heure actuelle le contrôle presque exclusif des politiques du gouvernement, se bornerait à assumer des "responsabilités spéciales" dans des domaines tels que l'unité nationale. Avec des pouvoirs diminués par ce nouveau texte, le successeur de Moï aurait plus de mal à freiner l'affaire des Ogiek.

Plusieurs groupes kenyans et internationaux -incluant le Conseil pour le Bien-être Ogiek, Rights Features Service, Survival International et Digital Freedom Network- ont mené une campagne internationale pour protéger la forêt Mau et le mode de vie des Ogiek. Le site web de cette campagne (www.ogiek.org) contient des nouvelles et d'autres renseignements sur les Ogiek.

Par: Bobson Wong, Digital Freedom Network, courrier électronique: bwong@dfn.org


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- Rwanda: le peuple Twa, dépossédé de ses terres, fait pression afin d'obtenir la reconnaissance de ses droits

Les habitants indigènes du Rwanda sont les Twa, un peuple "pygmée" qui était à l'origine un peuple de chasseurs-cueilleurs des forêts hautes entourant les lacs de la région d'Albertine, en Afrique centrale (aujourd'hui territoires du Rwanda, Burundi, Ouganda et République démocratique du Congo). Dans certaines zones de la RDC, les Twa peuvent encore vivre une existence basée sur la forêt, mais dans la plupart des autres régions, les Twa ont dû abandonner leur style de vie traditionnel parce que leurs forêts ont été détruites par le bûcheronnage, l'agriculture et les projets de "développement". Les aires de conservation de la faune et de la flore, créées dans le but de protéger les bassins hydriques et les populations de gorilles, ont impliqué l'expulsion des communautés Twa rwandaises malgré le fait que les Twa traditionnellement ne chassent pas les gorilles et que leurs activités ne nuisent pas aux écosystèmes des bassins. De même que dans les cas d'autres peuples pygmées, les droits des Twa à leurs territoires et aux ressources forestières ne sont reconnus ni par les lois écrites, ni par les lois traditionnelles, et les expulsions se concrétisent sans aucune compensation ni remise de terres alternatives.

Les forêts du Rwanda ont commencé à être abattues, il y a des siècles, lorsque les agriculteurs Hutu y les bergers Tutsi déboisaient les terres en arrivant dans la région afin de les consacrer à l'agriculture et aux pâturages. Le Rwanda n'ayant pas été dévasté par le commerce arabe et européen d'esclaves, sa population a augmenté au fur et à mesure que d'autres peuples y cherchaient refuge. Les chefs locaux ont encouragé l'établissement de nouveaux habitants sur leurs terres car leur pouvoir et leurs revenus augmentaient avec le nombre de "clients". La population rwandaise est passée de un million à sept millions entre 1940 et 1980. Pendant la période coloniale, les territoires détenus par les clans ont été redistribués et, à partir des années 1960, la politique gouvernementale a encouragé les agriculteurs à étendre leurs activités vers des zones de pâturages, notamment aux alentours du Parc national des volcans, et à émigrer ver l'Est, où il y avait des pâturages moins densément peuplés. Entre 1970 et 1986, la surface occupée par des terres cultivées a augmenté de 56% tandis que la surface moyenne des parcelles s'est progressivement réduite, passant de 3 hectares par famille en 1949 à 0,7 hectares en 1990. Au milieu des années 1980, presque toutes les terres disponibles pour l'agriculture étaient déjà occupées, exception faite des aires affectées aux parcs nationaux.

Jusqu'à la fin des années 1970, la distribution des terres a été faite à peu près équitablement. Les terres rwandaises suffisaient à alimenter sa population. Les petits producteurs obtenaient un meilleur rendement que les grands. Cependant, la voie principale choisie par les agriculteurs afin d'augmenter la productivité des parcelles de plus en plus petites a été de réduire la période de jachère épuisant ainsi la fertilité du sol.

Il y a actuellement 8,3 millions d'habitants au Rwanda et la densité moyenne est de 315 habitants par kilomètre carré (800/km2 dans le Nord-Ouest); il est ainsi le pays africain le plus densément peuplé. 90% de la population dépend de l'agriculture de subsistance pour survivre. Le manque de terres et l'inégalité de leur distribution a empiré depuis 1985 environ, lorsque le gouvernement a exproprié des terres afin d'y construire des logements pour la classe moyenne, de développer des projets paraétatiques et industriels. Les terres ont également été monopolisées par l'élite riche émergente disposant de revenus ne provenant pas de l'agriculture, et par les employés de nombreux projets étrangers d'assistance qui pouvaient acheter des terres aux petits agriculteurs endettés ou affamés.

Les forêts du Rwanda diminuèrent drastiquement, passant d'environ 30% de la superficie totale du pays au début du Xxe siècle, à 7% aujourd'hui. En 1934, le complexe forestier Mukuru-Gishwati-Volcans dans le Nord du Rwanda était un massif forestier compact de 833 kilomètres carrés. Vers 1955, il était déjà divisé en trois masses forestières séparées, et en 1998, seulement subsistait 18% des forêts originaires. Nyungwe, la plus grande forêt du sud du pays, a perdu 26% de sa superficie au cours de cette même période. Actuellement, elle n'occupe que 87 000 hectares. Par ailleurs, 49% des forêts montagneuses rwandaises ont disparu entre 1934 et 1998.

Le déboisement au bénéfice de l'agriculture et du pâturage a contribué à la réduction de la couverture forestière, de même que la collecte de bois de chauffage et bois destiné à la construction de logements et les petites exploitations minières. Les cultures à destinées à l'exportation constituent également un facteur de destruction des forêts: la moitié des forêts entourant les volcans du Nord a été déboisée afin d'y cultiver le pyrèthre dans les années 1960, et les zones avoisinant la forêt Nyungwe ont été déboisées pour y établir des plantations de thé. Après le génocide de 1994, où 800 000 Tutsi et Hutu modérés ont été assassinés par des extrémistes Hutu, le processus d'épuisement des forêts a empiré avec l'établissement de champs de réfugiés ayant une forte demande en combustible, dans la frontière avec la RDC ainsi qu'avec la réhabilitation de milliers de réfugiés que revenaient au Rwanda après de longues périodes d'exil. Les réfugiés ont été installés principalement dans les zones qui constituaient avant les zones protégées, dont la Réserve de Mutara, deux tiers du Parc national de Akagera y la forêt Gishwati.

La perte des ressources biologiques touche la totalité du Rwanda, mais particulièrement les Twa, qui dépendaient originairement des forêts. Les droits traditionnels des Twa aux forêts n'ont jamais été reconnus, ni par les gouvernants locaux, ni par les lois coloniales. C'est ainsi qu'au fur et à mesure que les forêts ont été abattues, les Twa se sont transformés en occupants illégaux sans terres, exception faite de quelques familles qui ont reçu des terres de la part des Mwamis, les anciens rois du Rwanda. Les Impunyu, le dernier peuple Twa habitant les forêts, ont été expulsés de la forêts Gishwati entre 1980 et 1990, pour faire place à des projets financés par la Banque mondiale. Leur objectif était de mitiger la pression de la demande sur les forêts, en augmentant l'offre de produits forestiers à travers des plantations industrielles d'eucalyptus et le développement d'une industrie laitière productive profitant des pâturages des aires forestières dégradées. Ironiquement, ces projets qui prétendaient protéger les forêts ont eu un effet contraire à celui recherché: ver la fin de 1994, deux tiers de la forêt originaire étaient convertis en zones de pâturage, dont la plupart ont été accordées à des amis et à des relations du Président. Au cours de ce processus, aucune mesure de réparation ni de compensation n'a été prise en faveur des Twa, lesquels n'ont pas fait partie non plus des milliers d'habitants employés dans le cadre des projets. Les réfugiés qui sont revenus s'installer dans la région, déboisant des terres afin de réaliser une agriculture de subsistance, ont maintenant complètement détruit la forêt.

Les projets de conservation ont impliqué l'expulsion des communautés Twa rwandaises de la réserve des forêts Nyungwe en 1998 et du Parc des volcans (le parc le plus ancien d'Afrique, créé en 1924 sous le nom de Parc national Albert). Les Twa les plus âgés qui habitent la partie sud du Rwanda se rappellent qu'ils chassaient des buffalos et des éléphants dans la forêt Nyungwe et remettaient les cornes et les défenses aux Mwami en tant que tribut. Aujourd'hui, à peine quelques Twa trouvent du travail dans les parcs en tant que main d'œuvre occasionnelle ou suiveurs de traces. Ils ne participent ni à l'administration du parc, ni à la prise de décisions. Même si quelques agences de conservation réalisent des projets de développement qui incluent les communautés Twa habitant aux alentours du Parc des volcans et de la forêt Nyungwe, ceux-ci abordent rarement le problème central de la terre et de l'accès aux ressources de la forêt.

Le problème de la terre au Rwanda est grave et la situation des Twa rwandais très précaire. En 1991, un rapport réalisé au niveau national indiquait que seulement entre 50 et 57% des foyers disposaient de la surface minimale de terre (0,7 ha) nécessaire à l'alimentation d'une famille moyenne de 5 personnes. Et la situation des Twa est encore pire, seulement 1,5% des foyers Twa, sondés en 1993 et en 1997 par le Forest Peoples programme et par les organisations Twa, disposaient d'une parcelle de terre suffisante pour nourrir leurs familles. Depuis l'époque coloniale, il n'y a eu virtuellement aucune distribution de terres aux Twa: en 1995, 84% des Twa possédant des terres vivaient encore sur des parcelles qui leur avaient été attribuées par les Mwamis. La faiblesse politique des Twa les rend vulnérables à l'expropriation des terres dont ils disposent actuellement cédées par des agriculteurs voisins ou des autorités locales. Les marécages, source d'argile pour la poterie traditionnelle des communautés Twa, sont souvent accordés par des autorités locales à d'autres groupes pour le développement d'activités agricoles.

Les Twa constituent le groupe le plus pauvre de la société rwandaise, ils n'ont accès ni à l'éducation formelle, ni aux logements, ni aux services de santé. Ils sont peu nombreux à savoir cultiver et la plupart survivent grâce à la poterie, à des travaux occasionnels et à la mendicité. Les Twa sont marginalisés et discriminés en raison de leur identité et ils n'ont pratiquement pas de représentation au sein de l'administration locale ou nationale du Rwanda, ni lors des processus de prise de décisions. Ils ont été victimes du génocide de 1994, au cours duquel et d'après les estimations, ils ont perdu 30% de leur population, comparé au 14% de pertes au sein de la population générale. Les pertes des Twa n'ont jamais été reconnues par le gouvernement rwandais établi après le génocide. Ils se sentent oubliés dans la reconstruction post-génocide de la société rwandaise.

Cependant, au cours des dernières années, des événements positifs peuvent être signalés. Les Twa du Rwanda se sont organisés et ils ont créé des ONG afin de faire pression et obtenir des améliorations à leur situation. Ces organisations ont adressé une pétition au Président du Rwanda et à la Commission chargée de la révision de la constitution rwandaise exigeant des mesures positives concernant leur accès à la terre et à l'éducation, ainsi que leur représentation lors des processus gouvernementaux. L'ONG Twa "CAURWA" travaille avec 70 associations Twa locales et les aide à obtenir des terres, apprendre l'agriculture, et développer des activités source de revenus sans relation avec l'agriculture, telles que la fabrication de carreaux, la poterie et vannerie. Elle assure également un travail de soutien au niveau local, national et international afin de permettre au Twa d'avoir un rôle actif lors des processus nationaux, notamment la Stratégie de réduction de la pauvreté au Rwanda, les cours traditionnelles gacaca qui seront chargée de juger les milliers de prisonniers accusés de crimes en relation avec le génocide, et le processus unité et réconciliation nationale qui cherche à apaiser les conflits vécus au cours de la longue histoire de luttes ethniques du Rwanda.

Par: Dorothy Jackson, Forest Peoples Programme, courrier électronique: djackson@gn.apc.org


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- Ouganda: les Batwa s'organisent afin de réaffirmer leurs droits

Les Batwa (connus sous le nom de Pygmées) sont des peuples indigènes qui habitent au sud-ouest de l'Ouganda. D'après les registres historiques et l'histoire transmise oralement, les Batwa étaient les seuls habitants de ces terres au moins jusqu'au milieu du XVIe siècle. Ils étaient principalement chasseurs-cueilleurs, certains dans les forêts montagneuses, d'autres dans les forêts de savane ou dans les environnements lacustres.

Les Tutsi sont entrés dans la région après 1550. Même si les droits de propriété des Batwa sur les forêts montagneuses ont été reconnus, ils ont été considérés par les Tutsi comme des servants de la cour du Roi. Aux alentours de l'année 1750, les clans Hutu ont commencé à s'établir dans la région, et depuis 1830, les Tutsi ont essayé de consolider un gouvernement plus direct du territoire, ce qui entraîna un conflit entre les deux groupes. Les Batwa ont joué un rôle important lors de ces conflits; les Tutsi n'auraient pas pu s'établir ou conserver cette région comme faisant partie du royaume sans le soutien des archers Batwa. Quelques Batwa réussirent à s'établir dans des positions de pouvoir et réclamèrent le tribut des Hutu environnants mais la plupart payait sont tribut aux rois Tutsi en leur amenant de l'ivoire, des peaux d'animaux, de la viande. Tout au long de cette période (et jusqu'à leur expulsion forcée des forêts en 1991 par les conservationistes) les Batwa ont également échangé de la viande, du miel et autres produits forestiers, contre d'autres produits des communautés voisines.

En 1991 ont été créés les Parcs nationaux de Bwindi et de Mgahinga qui sont à l'origine des grandes souffrances des Batwa et d'autres communautés locales voisines. En 1995, le Fonds de conservation était 100% opérationnel. Malgré la violation des droits et des territoires des Batwa que la création de ces parcs entraînait, elle a été financée par la Banque mondiale et le Fonds pour l'environnement mondial (GEF - Global Environment Facility) lesquels ont octroyé 4,3 millions de dollars pour aider à la gestion des ressources et à la conservation de la biodiversité dans les Parcs nationaux de Bwindi et de Mgahinga. Le Parc Bwindi s'étend sur 321 km2, tandis que la superficie du Mgahinga est de 33,7 km2. Ces deux parcs constituent des îles de forêt tropicale humide et de forêt de terres hautes à l'intérieur d'une région densément cultivée. Les Batwa constituent, de loin, le groupe le plus touché par la création de ces parcs, étant donné qu'ils n'ont plus accès aux ressources de la forêt. Leur participation à l'économie locale, sur la base des produits des forêts, a été anéantie et ils ont été réduits au rôle de travailleurs agricoles sans terre. Près de 20% des recettes des Parcs est affecté à leur gestion, 20% à la recherche, et 60% au développement des communautés locales. A la suite du développement d'une politique en faveur des peuples indigènes (tel qu'exigé par la Banque mondiale) et considérant l'impact dramatique de la création des Parcs nationaux sur les Batwa, une partie du budget du Fonds de développement communautaire a été affecté aux Batwa, en particulier à l'achat de petites parcelles de terre afin de les attribuer à des familles Batwa individuelles.

Les Batwa de l'Ouganda, non seulement ils ont été expulsés par la force de leurs terres en leur niant l'accès à leurs ressources, mais, de plus, ils souffrent une grave discrimination de la part des autres communautés. C'est un peuple qui doit endurer la marginalisation et la discrimination, le manque de terres et d'accès à l'éducation formelle et à l'emploi, et même pour avoir accès à un endroit où placer temporairement leur logement ils doivent accomplir de longues journées de travail dans des champs d'autrui. Ils ne sont représentés, ni au niveau local, ni au niveau national. Privés des ressources qu'ils se procuraient dans la forêt à travers leurs habiletés traditionnelles, ils se voient maintenant obligés de travailler pour d'autres en tant que main d'œuvre -voir même de mendier- pour satisfaire à leurs besoins.

Ce qui empire encore les choses, les concrétisations de certaines formes de compensation en faveur des Batwa pour la perte de leurs territoires se font très lentement. L'achat de petites parcelles de terre pour les familles Batwa avec le fonds de conservation n'a débuté qu'en 2000. Aujourd'hui, d'après le Fonds de conservation de la forêt impénétrable de Mgahinga et Bwindi (MBIFCT - Mgahinga and Bwindi Impenetrable Forest Conservation Trust), 131 hectares ont été acquis au total au bénéfice des Batwa. Les propriétaires originaux de ces forêts n'ont reçu pour toute compensation que 131 hectares de terres et, par ailleurs, beaucoup d'autres indigènes Batwa ne disposent même pas de cette misérable parcelle de terre. Le problème est d'autant plus complexe qu'au début des années 1990, les 4,3 millions de dollars affectés au financement du Fonds ont été placés par la Banque mondiale et le GEF dans un fonds d'investissement d'un paradis fiscal. Le financement du Fonds de conservation est donc tributaire du comportement du marché financier international. C'est ainsi que la chute boursière a entraîné la réduction des revenus du Fonds. En juillet 2002, les autorités du Fonds ont annoncé la compression budgétaire de la composante Batwa. Le fonds n'achète plus de terres pour les Batwa mais continue à financer les autres aspects du Parc national, notamment le financement des gardiens du parc, ceux qui interdisent par la force aux Batwa d'y accéder. L'enquête menée par la propre Banque mondiale à propos de l'impact des Parcs nationaux sur les Batwa a conclu que sans la composante Batwa, le travail du Fonds aggraverait tout simplement leur situation et irait donc à l'encontre de la politique des peuples indigènes de la banque. C'est exactement le cas de la situation actuelle. La pression internationale sera-t-elle suffisante pour assurer le maintien de la composante Batwa dans le cadre du travail du Fonds? Ou y aurait-t-il des arguments suffisants en droit international pour plaider la restitution des forêts aux Batwa?

Le Forest Peoples Programme a encouragé les Batwa dans la création de leur propre organisation indigène, connue sous le sigle UOBDU (Organisation unie pour le développement Batwa en Ouganda), dont le siège est à Kisoro, au sud-ouest de l'Ouganda. L'UOBDU représente les 3000 ou plus Batwa des 3 districts (Kisoro, Kabale et Kanungu) où existent des communautés Batwa. L'organisation compte sur un Comité de représentation Batwa pour les représenter lors des réunions et des ateliers de travail avec le Fonds de conservation (MBIFCT). L'organisation a mené une campagne de revendication des terres et de l'accès aux forêts et elle a défendu les points de vue des Batwa lors des réunions avec des représentants du gouvernement et avec les ONG. En plus des campagnes de revendication en ce sens, L'UOBDU leur permet de reprendre le développement de leurs aptitudes perdues en partageant leurs expériences techniques forestières en tant qu'une première étape dans la réaffirmation de leurs droits et l'amélioration de leur qualité de vie.

Par: Penninah Zaninka, courrier électronique: zaninkap@utlonline.co.ug et Justin Kenrick, courrier électronique: J.Kenrick@socsci.gla.ac.uk

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