Bulletin du WRM

 

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Numéro 63 - Octobre 2002
Le sujet principal de ce bulletin: la gestion communautaire des forets


AMERIQUE CENTRALE

 

PARTAGEANT DES EXPÉRIENCES LOCALES

- Amérique centrale: l'ACICAFOC, une proposition en marche

L'Association coordinatrice indigène et paysanne d'agroforesterie communautaire d'Amérique centrale, connue sous le sigle CICAFOC, est une organisation sociale de base communautaire, à but non lucratif, qui regroupe des associations, des coopératives, des fédérations, des groupes communautaires organisés de petits et de moyens producteurs agroforestiers, indigènes et paysans, qui fonctionne en Amérique centrale --intégrée par le Guatemala, Belize, le Salvador, Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica et Panama--. Ce sont des groupes qui travaillent pour l'accès, l'usage et la gestion des ressources naturelles, dans la recherche de la sécurité alimentaire et de la durabilité économique des communautés, en harmonie avec l'environnement.

ACICAFOC a été constituée formellement en juin 1994, à l'issue d'une série d'efforts, de rencontres et d'échanges entre les différentes instances communautaires de la région qui travaillent pour la gestion des ressources naturelles. Elles développe ses propres initiatives, elle a de l'expérience, un objectif d'autosuffisance, des principes clairs de transparence et de confiance; elle diffuse des outils permettant l'usage et la gestion des ressources naturelles.

Parmi ses objectifs stratégiques se trouve celui de renforcer les connaissances techniques et locales concernant la gestion des ressources naturelles ainsi que celui d'identifier le potentiel des expériences socio-productives afin de mieux profiter des forêts en tant qu'alternative de développement local tendant à l'amélioration des conditions de vie.

L'ouverture d'espaces politiques au niveau local, national et régional, a renforcé ce processus en cours, et les expériences des communautés indigènes et paysannes ont réussi à obtenir des meilleures conditions de négociation avec les gouvernements locaux, nationaux et régionaux. L'échange d'expériences d'organisation à organisation a fourni une bonne méthodologie. L'échange horizontal a favorisé la transmission des leçons apprises ainsi que celle des techniques associées. Il a permis également de prendre conscience que CICAFOC est une organisation qui soutient les instances locales mais ne représente pas les groupes ni a l'intention de se substituer à eux. Elle prétend favoriser les espaces de négociation avec les universités, les organismes de coopération, les gouvernements et les ONG, ainsi que promouvoir la concertation et le dialogue entre les parties.

CICAFOC représente en Amérique centrale un nouveau style d'influence car elle est à la recherche de soutiens techniques et financiers auxquels les groupes puissent accéder. C'est une organisation faisant des propositions socio-productives qui aspire au renforcement des groupes locaux et qui compte déjà sur 1 036 670 familles involucrées dans le projet.

En ce qui concerne l'usage et la gestion de la forêt, il est à signaler que, parmi un total de 18 millions d'hectares de couverture forestière dans la région centraméricaine, les organisations paysannes et indigènes participant à ce processus, gèrent 2.602.425 hectares, dont 375.749 moyennant des systèmes agroforestiers. Le pourcentage de terres boisées de la région géré par des groupes associés à ACICAFOC est donc de 14,5%, un chiffre encourageant dans la situation actuelle où les communautés du monde entier doivent se battre de plus en plus pour récupérer l'accès et la gestion des ressources naturelles qui ont constitué par le passé leur moyen de vie et leur a été soustrait par les pouvoirs centraux successifs.

Forte du grand nombre de groupes paysans, indigènes et d'origine africaine qui travaillent dans le développement des projets socio-productifs qui renforcent la biodiversité centraméricaine, ACICAFOC demande la reconnaissance du Couloir de l'éco-développement communautaire (CEM) en tant que stratégie régionale de développement des communautés. Le CEM rentre dans le cadre du concept moderne de conservation des forêts en fonction de l'usage et de la gestion adaptés des ressources naturelles de la part des communautés qui dépendent de celles-ci. L'expérience a montré que cette approche est bien plus efficace que celle consistant à délimiter des zones protégées qui excluent les populations locales de leur usage. Le CEM, au contraire, prône l'inclusion des populations locales dans la gestion et l'usage des ressources puisque ce sont elles qui assurent leur durabilité à long terme, en améliorant simultanément les conditions de vie des habitants.

Par Alberto Chinchilla, Facilitateur régional de l'Association coordinatrice indigène et paysanne d'agroforesterie communautaire centraméricaine (ACICAFOC), courrier électronique: oficinaregional@acicafoc.org , page web: http://www.acicafoc.org


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- Nicaragua: le reboisement dans le cadre de la planification participative de propriétés rurales à Rio San Juan

Le Département de Río San Juan est dans le Sud du Nicaragua, sur la frontière avec le Costa Rica, et la commune d'El Castillo s'étend sur les bords du fleuve, entre le lac Nicaragua et la mer des Caraïbes. Dans les années 1980 les Etats-Unis nous ont attaqués, en une guerre d'usure qui a épuisé l'économie et déraciné les familles nicaraguayennes. A la fin de la guerre, dans les années quatre-vingt-dix, douze mille personnes en provenance du Costa Rica et d'autres régions du pays ont émigré vers la commune. Cette migration massive a rendu encore plus nécessaire une planification appropriée de l'aménagement des seules ressources de la communauté: ses habitants et ses forêts.

Un projet a donc été mis en place pour améliorer les conditions et la qualité de vie de la population, en leur fournissant des éléments et des instruments pour aménager leur espace vital, jeter les bases d'un développement durable et consolider leur appartenance à la région. Tout ceci était nécessaire du moment que les deux productions à grande échelle qui existaient préalablement dans la région, le palmier à huile et la "raicilla" (Cephaelis ipecacuanha) medicinale avaient cessé d'être rentables en raison de la baisse spéculative des prix internationaux des produits mentionnés.

L'exploitation ligneuse dans la région est lucrative pour les grandes entreprises, mais ne l'est pas pour les paysans propriétaires de la forêt. Le déboisement au cours de la dernière décennie a touché presque 70% de l'aire boisée, ce qui a provoqué un changement significatif dans le microclimat, les cours d'eau et les écosystèmes. La vocation forestière des sols a fait que la plantation d'arbres pour la protection de l'eau et l'introduction d'espèces fruitières soient considérées comme des options valables.

Nous avons décidé de travailler avec 250 propriétés rurales, en un processus participatif, qui tenait compte du fait que l'être humain est partie intégrante de l'environnement. Il serait erroné et non scientifique de considérer que l'environnement n'inclut pas l'homme.

La planification participative des propriétés rurales a été mise en place par les habitants, hommes et femmes, de ces propriétés, et par les animateurs du processus (des techniciens forestiers et agricoles), sous la supervision d'une femme qui venait renforcer la composante féminine si souvent absente. La propriété actuelle, la propriété potentielle et la propriété revée ont été définies en 7 étapes. Cette planification permettait de définir pour l'aménagement l'aire actuellement occupée par la forêt, l'aire à vocation et/ou utilisation agricole, et l'aire riveraine susceptible d'être reboisée.

Au cours de la première année, 30 pépinières ont été établies, avec des semences récoltées localement. Ceci a généré un revenu et un intérêt économique autour de la forêt, autant pour le récolteur que pour le stockeur, et la redistribution de biodiversité choisie dans la région.

Dès le début la population s'est montrée très intéressée dans la plantation d'arbres fruitiers(1). Ce choix paraît raisonnable, et assure également que les arbres seront bien soignés, puisque leur utilisation est connue et que le producteur en obtient un bénéfice réel et direct. Tel qu'il a été mentionné, l'extraction ligneuse à Rio San Juan a bénéficié essentiellement les compagnies forestières, du moment qu'il est très difficile pour la population locale d'obtenir des permis d'extraction ligneuse, même pour leurs propres terres.

L'initiative a finalement abouti au reboisement de 132 hectares avec des espèces ligneuses autochtones, et de 626 hectares avec des arbres fruitiers.

La conjonction d'espaces protégés par les paysans a permis également la constitution de petites réserves naturelles collectives. Tout en restant la propriété foncière de paysans individueles, des espaces contigus situés à l'extrémité des champs ont constitué dans les faits des micro-réserves de 50 à 200 hectares, non utilisées pour l'agriculture ou la foresterie en raison de la difficulté d'accès.

Un système d'information géographique a été projeté et mis en place, dans le but de systématiser les données concernant les propriétés. Cette information n'a pu être consolidée car le projet n'a duré que deux années, et que le financement a manqué pour lui donner une suite. Plus de 700 hectares ont été semés, et de grands volumes de fruits vont être produits. Il faut prévoir ce qu'on va faire lorsqu'on obtiendra dans la commune trente mille tonnes de fruits en trois années.

Le caractère participatif du processus a fait que les priorités soient établies par la population, et il a permis de reboiser et de protéger 363 sources d'eau, sans compter les sources d'eau potable des villages de Buena Vista, El Castillo et Laureano Mairena. Et les aires des écoles de Buena Vista, Marcelo, Marlon Zelaya et Sábalos ont été elles-aussi été reboisées.

L'un des problèmes qui se posent est que, bien qu'elle possède des terres disponibles pour le reboisement, la population n'est pas certaine de l'utilité de retourner à la plantation d'arbres et à l'aménagement forestier, car elle est certaine que ce seront les entreprises qui tireront profit de ce travail. La preuve la plus claire de cette attitude est que les plantes demandées par les paysans concernaient à 80% des espèces fruitières, qu'ils peuvent utiliser sans interférence de la part d'intérêts extérieurs.

Les processus internationaux sur la possibilité d'échanger la dette contre la plantation de forêts ou des puits de carbone ont été mentionnés à la population locale par des fonctionnaires de la capitale, mais les paysans mettent en doute la validité de ces propositions.

Un changement serait possible si, d'une part, il n'existait pas une réglementation qui entrave l'utilisation du bois par la population propriétaire de la terre, et d'autre part, les producteurs recevaient une stimulation réelle pour la plantation d'espèces ligneuses. Mais ce qui se passe à l'heure actuelle est que, par exemple, le gouvernement autrichien appuie la région dans l'opération d'une scierie locale et, par conséquent, a intérêt à augmenter le nombre d'espèces ligneuses, mais lorsque le bois est extrait le propriétaire de la terre ne reçoit qu'un prix symbolique de 25 dollars l'arbre.

En conclusion, le reboisement a des potentialités dans les processus participatifs de construction sociale de l'environnement, autant pour ses effets à court terme que pour les résultats que nous pouvons espérer à long terme, tels que la conservation et l'utilisation renouvelable des forêts. Ce qui manque, c'est de générer des stimulations réelles pour les paysans, en partageant les bénéfices comme l'exige la Convention sur la Diversité Biologique.

(1) Liste des espèces fruitières utilisées: avocat, mangue, orange, mandarine, citron, lime, café, poire, cacao, pejibaye, papaye chinoise, annone, coco, banane.

Par Daniel Querol; courrier électronique: gme@tmx.com.ni

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