Bulletin du WRM

 

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Numéro 64 - Novembre 2002


AMERIQUE CENTRALE

 

PARTAGEANT DES EXPÉRIENCES LOCALES

- Honduras: manifestation en défense des mangroves et contre les sociétés crevetticoles

A l'aube du 7 novembre, dirigés par l'ONG CODDEFFAGOLF et la Red Manglar, plus de 2000 pêcheurs et de paysans ont abandonné leurs humbles foyers situés dans les zones humides côtières du Golfe de Fonseca, connues internationalement sous le nom de "Sitio Ramsar 1000", afin d'entreprendre une mobilisation de protestation contre la destruction des forêts de mangliers, des lagunes, des estuaires et autres terres humides qui, abritant une grande biodiversité, constituent leur source d'aliments et de revenus. Ils se sont mobilisés également pour protester contre la perte de l'accès à leurs sites traditionnels de pêche, contre le harcèlement permanent des surveillants des fermes crevetticoles, contre l'impunité avec laquelle 12 pêcheurs ont été assassinés, contre le désengagement du gouvernement vis-à-vis de cette situation, ainsi que pour dénoncer l'intention de régler la Loi aquicole sur les intérêts des grandes sociétés crevetticoles.

En arrivant à Tegucigalpa, la capitale, d'autres groupes sociaux se sont joints pour soutenir le CODDEFFAGOLF/Red Manglar et protester contre les politiques de privatisation, l'ALCA, le Plan Puebla Panama, ainsi que pour promouvoir la participation de la femme.

Cette marche solidaire s'est développée au long de 500 m et a attiré l'attention de la presse écrite, orale et télévisée, ce qui constitue une grande réussite.

Contrairement aux autres mobilisations promues par le CODDEFFAGOLF, l'objectif de cette marche était d'attirer l'attention des pays et des peuples grands consommateurs de crevettes, tels que les Etats-Unis, l'Espagne et le Japon, ainsi que celle de la Banque mondiale, de la Banque interaméricaine de développement et des autres organismes internationaux qui financent l'aquaculture des crevettes et ignorent les impacts négatifs de cet élevage sur l'environnement mondial et les sociétés du Sud.

C'est une résolution qui a été prise du fait que le Président de la République, lui-même éleveur de crevettes, ainsi que son coreligionnaire, le Président du Congrès national, sont au courant de la situation et ne résolvent pas le problème. Il a donc été décidé de les ignorer et de viser l'origine du mal.

L'Association d'éleveurs de crevettes (ANDAH) s'est efforcée, comme d'habitude, de discréditer le CODDEFFAGOLF et principalement son directeur exécutif, Jorge Varela, surtout dans la presse locale de la côte.

La mobilisation s'est déroulée pacifiquement en cette opportunité, le CODDEFFAGOLF/Red Manglar ayant convaincu les autorités civiles et policières du fait que la mobilisation était pacifique et qu'ils ne devaient pas provoquer les manifestants comme ils l'avaient fait lors d'une manifestation antérieure soldée par plusieurs blessés et tabassés.

La lutte du CODDEFFAGOLF pour la sauvegarde des zones humides du Sitio Ramsar 1000 continue.

Article envoyé par: CODDEFFAGOLF, 11/11/2002, courrier électronique: cgolf@sdnhon.org.hn


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- Panama: l'expérience de l'Apaquiset dans la cogestion des ressources

Limitrophe de la République de Colombie, la province du Darien se trouve à l'extrémité est de la République du Panama. C'est l'une des zones abritant la plus grande diversité biologique de l'Isthme centraméricain mais dont les ressources sont actuellement en train d'être détruites à un rythme accéléré.

Cette région est habitée par des populations appartenant à quatre groupes ethniques: afro-colombiens, indigènes, embera-wounan, paysans darienites et colons originaires d'autres régions du pays -des paysans sans terre à la recherche de meilleurs conditions de vie-.

La Réserve forestière chepigana, créée en 1960, se trouve au sud-ouest de la province du Darien et correspond aux districts de Chepigana et de Cémaco (contrée Embera-Wounan). Elle s'étend sur 316 840 hectares environ, dont 75 000 correspondent à des forêts, et elle représente une importante source de ressources forestières, plantes médicinales, ressources hydriques, faune et flore. Par ailleurs, son rôle est très important en ce qui concerne la protection des espèces de faune et de flore en voie d'extinction.

En 1994, une loi a été promue, habilitant le gouvernement à effectuer une nouvelle délimitation en excluant les lots destinés à des exploitations agricoles ou à l'élevage. En 1996 a été créée Apaquiset, Association de producteurs agroforestiers de Quintin et de Seteganti, par des petits producteurs agricoles de ces deux communautés. Un de ses objectifs principaux était d'obtenir une nouvelle délimitation de la Réserve forestière en excluant les terres agricoles et d'élevage habitées par les membres d'Apaquiset et de développer des activités en essayant de concilier le besoin de production, la gestion et la conservation à travers de nouvelles alternatives de production sur leurs terrains.

Apaquiset a promu des pratiques de production durables parmi ses membres, en essayant d'associer l'agriculture et l'élevage traditionnels afin que les nuisances pour les ressources naturelles de la Réserve soient minimales. L'Association a organisé un cycle d'information et de consultations pour les communautés concernées par la Réserve, en vue de clarifier le but de l'action entreprise, et a encouragé également la création d'une Commission mixte formée par les représentants institutionnels concernés, les autorités politiques et les représentants des groupes organisés dont deux membres de l'Apaquiset. Tout cela dans le but de réussir une participation active lors de la nouvelle délimitation de la Réserve forestière où ils habitent.

A l'issue de longues négociations, un accord a été passé entre les institutions, les autorités et la communauté afin de définir les limites de la nouvelle démarcation et l'exclusion des zones agricoles. Malgré cela, le groupe a considéré que le processus ne s'arrêtait pas sur cette victoire et que la bataille ne faisait que commencer. Il a donc élaboré une stratégie de gestion politique afin de prolonger le processus commencé et d'assurer un aménagement plus adapté des aires agricoles et forestières. Un nouveau round de négociations a été entrepris avec les leaders locaux et les institutions en vue de transmettre les informations concernant la progression du processus de re-démarcation et d'élaborer une proposition conjointe avec les groupes indigènes, les colons et les noirs. Le but est de réussir la cogestion durable de l'aire finalement destinée à la Réserve forestière, une fois exclus les terrains agricoles.

Au niveau local, on essaye actuellement de créer une organisation réunissant Apaquiset et les membres de tous les groupes et les communautés existantes autour de la Réserve forestière de Chepigana, afin de compter sur une structure organisationnelle vaste et représentative de toutes les communautés pour accéder aux ressources communautaires comprises par la création de la Réserve et renforcer la position de négociation en faveur de mécanismes réels de cogestion des ressources naturelles de la Réserve.

Les questions à l'ordre du jour au tout début du processus étaient:

- combattre le manque de formation des entités compétentes du gouvernement concernant les points techniques et politiques de la cogestion ainsi que leur manque de transparence concernant la vision de futur de la zone protégée et sollicitée en cogestion;
- repérer d'autres expériences de gestion forestière et de développement d'activités productives menées par des groupes paysans afin de faire des échanges avec les gens d'Apaquiset;
- investir le temps, l'énergie et l'argent nécessaires à la mise en place des conditions de base permettant de visualiser les bénéfices d'un système de gestion forestière des zones boisées en dehors de leurs terrains destinés à l'exploitation agricole;
- sensibiliser, informer et former les personnes nécessaires, afin que le groupe soit capable de proposer et d'assurer d'autres possibilités de travail et de gestion;
- identifier et mettre en place les mécanismes concrets nécessaires et ce, en accord avec les autres groupes locaux concernés et les autorités gouvernementales compétentes;
- conserver les sources d'eau et travailler la reforestation, la gestion des herbages et l'amélioration des pratiques agricoles, en profitant des ressources sans les épuiser.

Les membres d'Apaquiset pensent qu'ils peuvent beaucoup apprendre de leurs propres expériences et, en particulier, en "faisant" comme ils l'ont fait. Ils pensent également qu'il faut toujours aller "à la source" où les décisions sont prises et se rapprocher de celle-ci afin de faire pression pour que les décisions adoptées soient celles que le groupe considère les plus adéquates et le favorisant davantage. Il est nécessaire de faire preuve de beaucoup de patience et de persévérance pour partager l'information avec toutes les personnes concernées, créer des relations de confiance entre les habitants et les utilisateurs des ressources, avoir accès aux autorités nationales compétentes afin de faire pression lors de la prise de décisions.

Le but de partager ces expériences vécues par les gens d'Apaquiset est de soutenir ceux qui sont sur le point de s'engager sur le chemin de l'aménagement communautaire, processus qui doit être abordé à long terme et dont les objectifs conjoints doivent unir les membres de la communauté qui doivent s'encourager mutuellement au cours de ce long processus.

Par: Silvia Chaves, Cedarena, courrier électronique: peysil@racsa.co.cr . Le rapport complet peut être consulté sur le site Web du WRM (en espagnol): http://www.wrm.org.uy/countries/Panama.html

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