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Bulletin du WRM
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PARTAGEANT DES EXPÉRIENCES LOCALES - Argentine: des sociétés canadiennes d'exploitation minière mettent en péril des populations et des forêts La ville d'Esquel est enclavée sur les marges de l'Esquel, une rivière qui coule entre des collines dont les flancs forment un imposant amphithéâtre, mis en valeur par des forêts marginales de la région des forêts sous antarctiques et, en particulier, par la forêt valdivienne, la province de Chubut, à l'ouest de la Patagonie argentine. Ses 31 000 habitants profitent d'un environnement qu'ils décrivent ainsi: une ville dont la nature surprend le voyageur quelle que soit la saison par des paysages d'une beauté inusitée, des arbres millénaires, des fleuves et des centaines de miroirs d'eau protégés par des énigmatiques forêts. Les habitants de cette contrée sont fiers de proclamer qu'ils cultivent le respect et la protection de la nature et souhaitent la transmettre à leurs enfants et à leurs petits-enfants afin qu'ils puissent en profiter pareillement. Ce sentiment s'avère de peu d'importance face au poids de ceux qui envisagent l'installation d'une usine de traitement minier à base de cyanure destinée à l'exploitation aurifère, à seulement 5 kilomètres en amont de cette belle ville. Malheureusement, ce ne serait là que le premier d'une série de projets d'extraction minière qui nuiront à toute la région des Andes et de la Patagonie et, en général, à toute la cordillère des Andes de l'Argentine et du Chili. Ces projets se voient favorisés par les privilèges accordés aux multinationales à travers le Traité d'intégration minière, signé en décembre 1997. L'extraction aurifère
est l'une des activités les plus destructives et contaminatrices.
L'exploitation mise en place à Esquel serait particulièrement
dévastatrice car elle se ferait à base dynamite, 42 000
tonnes de roche dynamitées par jour dont 3 000 seraient pulvérisées
et traitées par la suite au cyanure de sodium dissout dans l'eau.
La consommation d'eau augmenterait donc, sans analyse préalable
du potentiel épuisement des rivières, des lagunes et des
cours d'eau utilisés aussi bien pour approvisionner les champs
que la ville. Il y aurait, par ailleurs, des nuisances sonores, causées
par les explosions, une prolifération de poussières, en
particulier en été, ainsi que des risques d'accidents
en tout genre lors du transport et de l'utilisation des énormes
quantités de cyanure nécessaires, le cyanure étant
considéré comme l'un des poisons les plus puissants que
l'on connaît, en dehors de l'acide sulfurique et autres composés
létaux. La qualité de vie des habitants se dégraderait
sérieusement, d'après un rapport récent dréssé
par le Réseau national d'action écologique RENACE (Red
Nacional de Acción Ecologista) dont le texte intégral
est disponible sur (en espagnol): http://www.wrm.org.uy/paises/Argentina/esquel.html Grâce aux subventions et aux privilèges accordés par le gouvernement -tels que l'exonération totale d'impôts-, les bénéfices de la multinationale d'origine canadienne Meridian Gold -multinationale aux capitaux canadiens, propriétaire de 90% du paquet d'actions de la société argentine El Desquite SA- dépasseraient le milliard de dollars "en échange de quelques douzaines de postes de travail et de royalties pratiquement inexistantes" indique également le rapport de RENACE. La société en question n'a pas lésiné sur les moyens pour faire croire à la population locale qu'il n'y aurait pas de contamination ni de fuites toxiques, en mettant en avant le mythe de la responsabilité environnementale des sociétés canadiennes. Cependant, il est connu qu'il ne s'agit là que d'un mythe car "les pires répercussions sociales et environnementales des 15 dernières années peuvent être attribuées à quelques-unes des plus grandes sociétés du Canada, soutenues par les institutions privées, financières et gouvernementales les plus respectées" indique le rapport du WRM à propos des sociétés minières canadiennes. Le rapport est disponible sur (en anglais): http://www.wrm.org.uy/publications/mining.html Les deux rapports citent des exemples de l'irresponsabilité dont les sociétés ont fait preuve et les désastres environnementaux qui en découlent. Mais les sociétés ont recours à tout genre de méthodes afin que la population ne réagisse pas, tandis qu'elles "vident les montagnes": elles emmènent les habitants visiter d'autres pays, organisent des conférences et menacent tous ceux qui s'y opposeraient. A Esquel, ce même schéma a été reproduit. Un groupe de voisins a voyagé récemment à Antofagasta, au nord du Chili, invités par la société, pour visiter une entreprise minière implantée en plein milieu du désert le plus aride du monde. Impossible de comparer cet emplacement à la région en question, voisine au Parc national Los Alerces, où l'on trouve des forêts (de Fitzroya cupressoides) datant de plus de 2000 ans, un vrai sanctuaire naturel. Par ailleurs, l'Auditorium municipal d'Esquel a servi de cadre à une honteuse conférence -par le cumul d'erreurs et d'inexactitudes- dictée par un représentant de Dupont, une des sociétés qui fournira très probablement le cyanure, tandis que des représentants locaux de la Direction des Mines distribuaient des brochures de Dupont et que le directeur de l'entreprise aidait lui-même à la projection des images. Et pour compléter ce panorama, le Dr. Silvia Gonzalez, professeur et chercheur à l'Université nationale de la Patagonie, a été objet de menaces téléphoniques après avoir présenté dans des écoles de la ville un travail scientifique sur les effets du cyanure. Mais malgré tout, cette communauté, de même que celle de Tambogrande au Pérou, que celle de Los Encuentros en Equateur, de Planalto en Bolivie, de San Carlos au Costa Rica, est prête à défendre ses terres, ses forêts et sa qualité de vie, et à exiger des autorités nationales les mesures nécessaires afin d'empêcher ce pillage. Article rédige
à partir des informations fournies par: Silvana Buján,
dresse électronique: ecosil@speedy.com.ar
, rapport préparé par RENACE, Red Nacional de Acción
Ecologista, http://www.esquelonline.com/esquel.htm
; http://www.rebelion.org/ecologia/esquel071102.htm - Brésil: une enquête met en question la certification de deux plantations par le FSC Un groupe de sept chercheurs a évalué les certifications de la compagnie V&M Florestal Ltda. (Vallourec & Mannesman), qui a obtenu en 1999 la certification du FSC pour l'ensemble de sa propriété de 235 886 hectares par l'intermédiaire de l'organisme de vérification SGS. Ils ont également évalué les certifications de Plantar Reflorestamentos S.A., qui a reçu la certification de SCS pour une superficie de 13 287 hectares. Avec cette certification, V&M Florestal est devenue l'entreprise possédant l'aire certifiée la plus large du Brésil. Sur le total de cette superficie, 128 326 hectares sont plantés d'eucalyptus, tandis que les 107 560 hectares restants correspondent à des zones de culture abandonnées et à des zones de "cerrado", la végétation de style bois fourré typique de la région (le "cerrado" est une savane tropicale où la végétation herbacée coexiste avec plus de 420 espèces d'arbres épars et de buissons). Plantar possède près de 280 000 hectares, ce qui signifie que seuls 4,8% de ses terres ont été certifiés. Il s'agit donc de deux méga-compagnies du secteur de plantation d'eucalyptus au Brésil, consacrées à la fabrication de charbon de bois. Presque tous les eucalyptus plantés par V&M Florestal sont utilisés pour la fabrication de tuyaux d'acier dans l'usine sidérurgique de V&M au Brésil. Les deux entreprises ont un seul propriétaire, et leur capital est presque entièrement franco-allemand. A son tour, Plantar S.A. est une entreprise au capital brésilien qui utilise l'eucalyptus pour la fonte du fer, sauf dans l'aire certifiée par le FSC, dont le bois est destiné à la production de charbon pour les grillades en plein air. Plantar essaie également de participer au "marché du carbone", dans le but de vendre des crédits carbone de ses plantations. En somme, les activités principales des deux compagnies évaluées sont la plantation et l'extraction d'eucalyptus pour la production de charbon. Nous avons constaté que les organismes de vérification, SGS et SCS, ont commis plusieurs irrégularités au cours du processus de certification: - Ils n'ont pas fait d'étude approfondie du contexte entourant les compagnies plantant des eucalyptus, et ont négligé divers aspects importants, autant sociaux qu' économiques et environnementaux. - Ils ont entendu un nombre limité de parties prenantes, et seulement parmi les moins critiques. En revanche, ils n'ont pas entendu les intéressés les plus importants et, de ce fait, n'ont pas obtenu des informations fondamentales sur de nombreux problèmes sérieux dans lesquels les compagnies sont impliquées. - Il n'est pas évident que leurs conditions et recommandations aient vraiment porté remède à l'inobservation de certains principes et/ou critères du FSC, et il n'est pas clair non plus qu'un suivi approprié de l'application de ces conditions et recommandations ait été mis en place. - Ils n'ont pas diffusé le résumé public de la certification pour que la société civile locale et régionale et les organismes publics en prennent connaissance. SGS n'a même pas inclus la version de ce résumé public en portugais, la langue officielle du Brésil, dans l'Internet. Les suivants sont quelques-uns des manquements principaux des entreprises aux Principes et Critères du FSC, constatés au cours de l'enquête: - Aussi bien dans la compagnie V&M Florestal que dans Plantar il a été vérifié que l'Etude et le Rapport d'Impacts Environnementaux (EIA/RIMA) n'avaient pas été effectués, alors qu'il s'agit là d'une exigence légale pour la mise en oeuvre de toute initiative susceptible d'impacts environnementaux au Brésil. On a constaté que la situation est au point mort, entre l'Institut forestier de l'Etat d'une part, qui est l'organisme responsable et dont les techniciens exigent la réalisation de l'étude, et V&M Florestal d'autre part, qui ne veut pas qu'elle soit effectuée. - Il y a de forts indices qu'une bonne part des terres des entreprises étaient ce qu'on appelle au Brésil des terres "devolutas", c'est-à-dire des terres à usage communal et donc appartenant à l'Etat. Par conséquent, les compagnies n'auraient pas pu les acheter. Malgré cela, dans leur quête de terres elles ont réussi à les louer au gouvernement dictatorial dans les années 1970, moyennant des contrats passés avec l'organisme de l'Etat Ruralminas, pour une période de 20 ans. Ces contrats ont commencé à arriver à terme ces dernières années, ce qui rend incertaine la continuité de la tenure. - Il existe des conflits à propos de la terre avec des propriétaires locaux qui ont dans leurs propriétés des plantations d'eucalyptus appartenant à la compagnie. - Depuis septembre 2002, une Commission d'Enquête parlementaire formée au Sénat de l'Etat de Minas Gerais examine les compagnies V&M Florestal et Plantar S.A. au sujet des conditions de travail des employés de l'industrie extractive de Minas Gerais. En mars 2002, le Commissariat régional au Travail avait intenté une action contre les deux compagnies, qui ne respectaient pas les lois du travail brésiliennes. A l'heure actuelle, le Ministère public du Travail est en train de les porter au tribunal au moyen d'une action civile publique, les accusant de pratiques illégales de sous-traitance, ainsi que de conditions de travail dégradantes et précaires. - La plupart des travailleurs des aires certifiées sont embauchés par des sous-traitants, et jouissent de beaucoup moins de droits et de bénéfices que les employés permanents des entreprises; il faut souligner également que les tâches qu'ils assurent sont extrêmement lourdes et dangereuses. Suivant le Ministère public du Travail, les deux entreprises évaluées ont des "listes noires", ce qui indique qu'elles persécutent les travailleurs et leurs leaders, en violation des accords 87 et 98 de l'OIT. - Les plantations d'eucalyptus ne génèrent pas de bénéfices sociaux, environnementaux ou économiques pour les communautés voisines. Les zones de "cerrado", qui ont toujours été utilisées par les communautés en raison de leur biodiversité extraordinaire, ont été clôturées par l'entreprise, de sorte que les communautés locales ne sont pas en mesure de les utiliser de façon collective. Le "cerrado" a toujours rempli toutes les conditions pour une utilisation et une gestion durables, générant des emplois et des revenus. - La déforestation du "cerrado" et la plantation d'eucalyptus par les entreprises ont provoqué le dessèchement des rivières et des sources, ainsi que la diminution de la flore et de la faune de la région; elles ont favorisé l'érosion et empoisonné avec des produits agrochimiques toxiques les travailleurs, la faune et les ressources hydriques. D'après le rapport de suivi de la SGS de 2001, la compagnie V&M Florestal continue d'utiliser l'oxyfluorfen, un herbicide défini comme toxique et persistant par le FSC lui-même en l'an 2000. - Près de 25% des plantations d'eucalyptus de V&M Florestal sont installés dans une zone où la précipitation pluviale est d'environ 1000mm, un taux considéré comme inapproprié pour ce genre de plantation à grande échelle, comme en témoignent les rivières, les ruisseaux et les marécages desséchés dans la région. - Les compagnies ont un plan de gestion mis en place uniquement pour les aires plantées d'eucalyptus, et non pour les autres. Dans le cas de V&M Florestal, 46% de l'aire certifiée manquent de plan de gestion. A la suite de la certification, cette compagnie a commencé à présenter des plans d'études et de suivi de la flore et la faune de ces régions, visant un plan de gestion qui, à cette date, n'a pas encore été mis en place. - La compagnie V&M du Brésil, qui achète tout son charbon à V&M Florestal, continue d'acquérir du charbon de bois de "cerrado" pour alimenter ses fourneaux, sans information sur la chaîne de traçage, ce qui veut dire qu'il n'y a aucune garantie que le charbon certifié provienne vraiment d'unités de gestion forestière certifiées. Le rapport conclut que le FSC devrait remplacer son label par deux étiquettes distinctes: l'une pour la gestion des forêts naturelles, l'autre pour la gestion des plantations. A partir de ces études de cas il semble évident que les Principes 1 à 9 ont été établis pour la gestion des forêts naturelles, et que la plupart d'entre eux sont tout à fait inappropriés pour les monocultures d'arbres, dont les caractéristiques spécifiques sont absolument différentes de celles d'une forêt indigène, diversifiée et hétérogène. Ce qui plus est, la transparence et la crédibilité du FSC vis-à-vis des consommateurs gagneraient beaucoup si ces derniers étaient en mesure de distinguer l'origine du produit qu'ils achètent, entre la plantation industrielle d'arbres exotiques faite par une méga-compagnie installée au milieu du "cerrado", et la coopérative de communautés locales qui gère de manière durable le "cerrado" et ses espèces indigènes. Pour pouvoir "construire" un programme de certification nouveau et crédible destiné aux plantations, il est nécessaire d'étudier des principes et des critères spécifiques, en un ample débat incluant nécessairement les communautés locales, de manière à assurer que les plantations certifiées à l'avenir offriront des bénéfices sociaux, culturels et environnementaux. Ceci implique l'introduction d'un minimum de biodiversité d'espèces dans chaque plantation, garantissant l'utilisation multiple et la jouissance des produits forestiers par les communautés locales, la stabilité écologique du site et une meilleure adaptation des plantations à leur environnement. Le FSC a donc deux options: soit il continue à certifier des millions d'hectares de plantations, en perdant de plus en plus de crédibilité et en nuisant aux communautés locales, ou bien il réexamine la certification des grandes plantations et prend une nouvelle orientation, en respectant et en cherchant à bénéficier les communautés locales et leur environnement, tout en augmentant sa propre crédibilité et donc la confiance des consommateurs. Par: Marco Antônio Soares dos Santos André, Rosa Roldan, Fábio Martins Villas, Maria Diana de Oliveira, José Augusto de Castro Tosato, Winfried Overbeek et Marcelo Calazans, courrier électronique: fasees@terra.com.br L'article ci-dessus
résume les conclusions principales du rapport sur la certification
de deux plantations au Brésil, qui sera bientôt disponible
(en anglais et en portugais) dans le site : www.wrm.org.uy - Chili: un jeune mapuche assassiné par un policier au service d'une société forestière Depuis déjà de longues années, le peuple mapuche du Chili se bat avec les sociétés forestières nationales et transnationales, ainsi qu'avec l'Etat, afin de récupérer ses terres. L'invasion croissante des monocultures d'espèces forestières qui progressent dans les régions VIII, IX et X, où la population mapuche dépasse les 337 000 habitants, entraîne l'ethnocide territorial mapuche. Le manque de terres ainsi que la destruction culturelle et environnementale de l'écosystème des communautés contiguës aux plantations font que les mapuche soient nombreux à essayer de se défendre. Mais les entreprises, fortes de leur pouvoir économique, subventionnées et protégées par l'Etat chilien, répriment toute mobilisation mapuche à travers l'action des tribunaux, de la police ou de tiers. De nombreux mapuche sont morts au cours des actions menées pour la récupération de leurs terres et une nouvelle victime vient de s'ajouter aux précédentes, tuée par la police mise au service des sociétés forestières. Le 7 novembre, à l'intérieur de l'hacienda Santa Elisa, actuellement dirigée par la société forestière Mininco S.A., au cours d'une des interventions les plus brutales et impitoyables de la police chilienne, le jeune Edmundo Alex Lemún, âgé de 17 ans, a été gravement blessé par balle à la tête, tirée par le corps de carabiniers chiliens. Le 12 novembre, le jeune homme est décédé à l'hôpital. Son "crime" a été de participer à une action menée par sa communauté dans le but de récupérer l'hacienda Santa Elisa -aux mains de la société forestière Mininco, qui appartient à l'un des groupes forestiers les plus puissants du Chili-. La mort de Lemún, victime de la répression pendant la lutte pour les droits territoriaux, endeuille tout le peuple mapuche et créé une tension extrême dans la région. Nous voulons faire parvenir notre solidarité au peuple mapuche dans ces moments difficiles, ainsi qu'à la famille de Edmundo Alex, et les soutenir dans la lutte pour leurs droits. Article rédigé
d'après les informations recueillies sur: MAPUEXPRESS, http://www.mapuexpress.net
; courrier électronique: mapuche@mapuexpress.net
; Centre de documentation mapuche, Ñuke Mapu, http://www.soc.uu.se/mapuche,
courrier électronique: jorge.calbucura@soc.uu.se - Uruguay: qu'est-il en train de certifier, le FSC ? En Uruguay, toutes les forêts sont protégées par la loi et leur exploitation est interdite, sauf autorisation expresse des organismes responsables de leur conservation. Ce qui fait que la certification constitue chez nous un outil tout à fait superflu pour assurer la conservation des forêts. Cependant, il suffit de lirer la "liste de forêts certifiées" sur la page Web du FSC pour découvrir qu'il existe en Uruguay 75 000 hectares de "forêts" certifiées. Même si, en y regardant de plus près, l'on apprend que, dans tous les cas, il s'agit de plantations et non de forêts. Au-delà de notre profond désaccord concernant le rapprochement des plantations et des forêts effectué par le FSC, il est pertinent de souligner l'incompatibilité de la certification de ces plantations avec les propres orientations du FSC. Cette incompatibilité surgit clairement à la lecture des deux premières lignes de l'introduction aux principes et aux critères du FSC, où il est exposé que: "On admet généralement que les ressources de la forêt et des régions qui y sont associées devraient être aménagées de façon à satisfaire les besoins sociaux, économiques, écologiques, culturels et spirituels des générations présentes et à venir." Etant donné que le FSC compare les plantations à des forêts et que le principe 10 (plantations) stipule clairement que: "Les plantations doivent être planifiées et aménagées de conformité avec les Principes et Critères 1 à 9, et avec les critères du Principe 10", il est évident que ce qui est dit dans l'introduction est applicable aux plantations. La question qu'e l'on se pose est alors la suivante: serait-il que les plantations en Uruguay (et en particulier, les certifiées) satisfont "les besoins sociaux, économiques, écologiques, culturels et spirituels des générations présentes et futures"? Même si dans le présent article nous allons nous focaliser sur les besoins sociaux et économiques, il est important de signaler que les monocultures forestières à grande échelle implantées en Uruguay sont contraires à son écologie. En effet, en Uruguay, les plantations occupent principalement des écosystèmes de prairies, entraînant la destruction de l'écosystème existant au préalable ainsi que celle de la faune y associée. En conséquence, il est absurde de penser qu'elle peuvent "satisfaire les besoins écologiques" du pays; il s'agit plutôt là d'un processus comparable à celui que nous dénonçons tous dans les tropiques (la substitution des forêts par des herbages) mais de sens inverse: ici les "forêts" se substituent aux prairies natives. Ayant fait le point sur la question écologique, nous aborderons maintenant la question des besoins sociaux et économiques. Le plan de promotion forestière, lancé en 1988 par le gouvernement, promettait la création d'emplois et la rentrée de devises provenant de l'accroissement des exportations de produits forestiers. Afin d'atteindre ces objectifs, l'Etat uruguayen a entrepris des efforts importants sous forme de subventions directes, d'exonérations fiscales, de crédits octroyés à taux privilégiés, d'investissements en infrastructure. Jusqu'en 2000, l'Etat aurait destiné au secteur forestier 69 millions de dollars sous forme de subventions directes. Les exonérations fiscales (concernant la surface plantée et le matériel importé) atteindraient 56 millions de dollars, tandis que les crédits à taux privilégiés comprendraient 55 millions. En dernier terme, les investissements en infrastructure totaliseraient 234 millions. Bref, l'ensemble de la société uruguayenne aurait participé au développement forestier en apportant 414 millions de dollars. Et quels auraient été les bénéfices obtenus? En ce qui concerne la création d'emplois, le résultat est catastrophique. Parmi toutes les activités agricoles, l'élevage extensif d'ovins et de bovins a toujours été considéré en Uruguay comme celle qui créé le plus faible nombre d'emplois par hectare. Ceci n'est plus vrai: l'afforestation s'avère être encore plus négative en ce sens. D'après les informations fournies par le recensement agricole de l'année 2000, le nombre d'employés permanents pour mille hectares boisés est de 4,49. L'élevage de bovins à viande créé 5,84 emplois permanents pour mille hectares, tandis que l'élevage d'ovins créé 9,18 emplois. Ceux-ci seraient les chiffres les plus défavorables en ce qui concerne la création d'emplois, conjointement avec ceux concernant la production mécanisée de riz, 7,75. A l'opposé se trouvent la production destinée à la consommation interne (262 emplois/1000 ha), l'élevage de volailles (211), la viticulture (165), l'horticulture (133) et l'élevage de porcs (128). A mi-chemin se trouvent la production de bovins à lait (22), les services au matériel (20) et les cultures céréalières et industrielles (10). L'afforestation a créé seulement 2962 emplois permanents pour 660 000 hectares plantés. Considérant que les plantations forestières ont déplacé d'autres activités agricoles et que toutes les autres activités agricoles créent davantage d'emplois permanents que l'afforestation, on peut conclure facilement que cette activité a entraîné une perte nette d'emplois permanents dans le secteur agricole. En effet, si la surface destinée à l'afforestation avait gardé sa destination originale, dans le cas de l'élevage bovin le nombre d'emplois aurait été de 3854 et dans le cas de l'élevage ovin de 6058. Il est donc clair que le remède a été pire que le mal et que l'afforestation a contribué à l'expulsion des travailleurs ruraux. Si l'on ajoute à cela les mauvaises conditions de travail (salaires réduits, insécurité, logements et nourriture inadaptés, difficultés de syndicalisation, inexistence de bénéfices sociaux, travail saisonnier), il est évident que l'afforestation ne satisfait pas du tout les besoins sociaux de la population rurale. En matière économique, les résultats ne son pas plus brillants. En effet, l'afforestation devait permettre d'accroître les rentrées de devises, mais 80% des exportations ne créent aucun poste de travail industriel et les 20% restantes comprennent une transformation minimale de la matière première ce qui ne correspond pas non plus à un nombre d'emplois significatif. Par ailleurs, les revenus rapportés par ces exportations ne représentent pas non plus des revenus importants en devises tenant compte de la superficie occupée par le secteur en question. En effet, le secteur forestier exporte annuellement des produits pour des montants qui vont de 35 à 45 millions de dollars et ces chiffres figurent tout en bas du classement des exportations en fonction de leur montant (le total des exportations varie entre 2000 et 2500 millions de dollars). Comparé au secteur du riz (qui créé également des emplois peu nombreux) on apprend que celui-ci, sur une superficie plantée moyenne de 150 000 hectares (c'est-à-dire quatre fois moins que celle occupée par le secteur forestier), rapporte annuellement 200 millions de dollars environ pour ses exportations (cinq fois plus que ce qui rapportent les exportations du secteur forestier). Donc, l'afforestation n'atteint pas non plus l'objectif signalé sur l'introduction aux principes du FSC de "satisfaire les besoins économiques" du pays. Le mouvement environnementaliste uruguayen se demande alors: comment est-il possible que le FSC soit en train de certifier ces plantations qui ne remplissent aucune des conditions établies par le FSC lui-même? Comment est-il possible que les ONG environnementalistes et sociales qui font partie du FSC permettent que ces faits aient lieu? Ne se rendent-elles pas compte que chaque plantation artificielle affaiblit les campagnes que nous menons afin d'éviter la destruction de notre environnement? Il est évident qu'il y a un disfonctionnement quelque part et nous espérons que les membres du FSC se décideront à chercher des solutions, aussi bien au bénéfice des habitants et de l'environnement des pays tels que l'Uruguay, que pour assurer la propre crédibilité d'un système de certification qui a été créé afin de protéger les forêts et non pas d'octroyer un label "vert" aux monocultures forestières qui ne sont pas durables, ni du point de vue environnemental, ni du point de vue social. Par: Ricardo Carrere |
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