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Bulletin du WRM
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AFRIQUE
PARTAGEANT DES EXPÉRIENCES LOCALES - Afrique du Sud: du gain pour les entreprises, mais le feu, les dégâts et la mort pour les gens, voilà le bilan des plantations d'arbres Pour le groupe papetier mondial Sappi, l'argent pousse dans les arbres. Et d'ailleurs, d'après le dernier rapport annuel de la société, ce serait en Afrique du Sud qu'il pousserait le mieux. Le rapport indique que les ventes de la direction sud-africaine de Sappi, Sappi Forest Products, représentent 15% des ventes totales du groupe, mais que sa contribution aux bénéfices d'exploitation a été de 36% pour l'année finie en septembre 2002. "Nous avons en Afrique du Sud une base d'opérations extrêmement bon marché, qui a d'ailleurs des avantages compétitifs uniques pour la production de fibre en raison de la vitesse de croissance des arbres et des faibles dépenses énergétiques inhérentes", signale le rapport. Sappi est une compagnie de production forestière internationale basée en Afrique du Sud, qui figure parmi les 20 plus grands producteurs de pulpe et de papier du monde. En 1989 elle était uniquement sud-africaine, mais elle est devenue par la suite une organisation internationale avec des usines installées dans trois continents, et un grand producteur de papier couché sans bois et de pâte pour transformation chimique. Sappi Saiccor, en Afrique du Sud, est le premier producteur du monde, au plus faible coût, de la pâte pour transformation chimique utilisée dans la manufacture de la viscose, avec 15% du marché mondial. A la suite d'une restructure conduite en 1998, le groupe Sappi s'est constitué en deux compagnies, l'une produisant du papier fin et l'autre des produits forestiers, et les principaux sièges administratifs ont été installés à Londres et à Johannesburg respectivement. La deuxiéme possède et gère environ 540 000 hectares de monocultures d'arbres en Afrique du Sud, et produit de la pâte à papier blanchie et non blanchie, pour sa propre consommation et pour le marché de la pulpe. Le représentant exécutif de Sappi, Eugene van As, signale qu'a la suite des attentats du 11 septembre 2001 la consommation de papier couché, dont une bonne part est utilisée pour la production de magazines sur papier glacé, a chuté de 12%, "la baisse la plus forte dont les membres aient mémoire". Néanmoins, malgré les pertes subies aux USA, Sappi a fini l'année avec des bénéfices raisonnables. Il a insisté sur les avantages de la diversification géographique de la compagnie, qui a des usines en Amérique du Nord, en Europe et en Afrique du Sud. Ce sont de bonnes nouvelles pour la société. Mais qu'en est-il pour l'Afrique du Sud et pour ses gens? La compagnie se vante de son "excellente efficacité opérationnelle" dans la région, mais il ne s'agit peut-être là que de la manière dont les profits et les pertes sont distribués. Ce n'est pas la compagnie qui supporte les coûts environnementaux et humains de ses activités, ce qu'on appelle les "externalités". Elle ne va pas payer pour l'eau raréfiée ou polluée, pour les forêts réduites, pour les écosystèmes perdus. Elle ne va pas payer pour la pauvreté des personnes privées de leurs moyens de vie et dépendant maintenant des maigres salaires qui rendent possible cette "excellente efficacité opérationnelle". Suivant un rapport de l'organisation environnementaliste sud-africaine Timber Watch, les forêts typiques de ce pays ne poussent que dans les régions sans gel, avec une pluviosité de plus de 525 mm dans la région de pluies hivernales et de plus de 725 mm dans la région de pluies estivales. Ces forêts sont présentes du niveau de la mer à une altitude de plus de 2 100 mètres. Elles brûlent rarement, en raison surtout de la "bulle" d'humidité qui reste attrapée sous le couvert forestier, et des touffes très denses de buissons et d'arbustes qui constituent l'écotone ou la lisière. Sous des conditions de chaleur et de sécheresse extrêmes (lorsque souffle le "berg wind"), des incendies peuvent éclater et détruire la structure de la forêt, mais ceci n'arrive en général que lorsque l'écotone a été endommagé, en raison souvent des plantations d'arbres effectuées trop près de la lisière de la forêt et qui, jointes à des cultures industrielles comme celle de la canne à sucre, ont envahi des zones naturelles et augmenté de ce fait la pression. Les impacts les plus nuisibles des plantations en forêt sont l'épuisement de la nappe phréatique (dont peut témoigner SAWAC, South African Water Crisis), et le déplacement des populations de leurs terres agricoles. Ces impacts ont entraîné un nombre considérable d'effets secondaires, dont la surexploitation des produits forestiers tels que les mammifères et les oiseaux, le défrichage au brûlis pour l'agriculture de subsistance, et l'augmentation de la susceptibilité à l'invasion de plantes exotiques, et au feu. A ce propos justement, en juillet 2002 des incendies de fortes proportions ont éclaté dans la province de Mpumalanga, qui se sont soldés par des dégâts importants et ont laissé des morts et des blessés. Bien que circonscrit au départ, le feu a échappé à tout contrôle. La sécheresse et le vent ont été évoqués, ainsi que le phénomène du Niño et les changements climatiques subits. Cependant, il n'est pas inutile de remarquer que Sappi a établi à Mpumalanga 245 000 hectares de plantations de bois d'uvre et de pulpe, ainsi qu'une usine de pâte et de papier qui a encouragé l'exploitation forestière. S'agit-il d'une coïncidence? Article basé
sur des informations tirées de: Sappi Shows Strong Growth in
Region's Fertile Ground, John Fraser, http://allafrica.com/stories/200301030360.html;
MBendi Information for Africa, http://www.mbendi.co.za/cosp.htm;
Forests in South Africa Under Threat, Timber Watch, http://www.timberwatch.org.za/forests_in_south_africa_under_threat.thm;
Forest Fires in South Africa, 12 juillet 2002, http://www.fire.uni-freiburg.de/current/archive/za/2002/07/za_07122002.htm. - Cameroun: des communautés Baka déplacées par les Parcs nationaux de Lobéké et de Boumba "Nous sommes nés dans la forêt et c'est là que nous faisons tout: cueillir, chasser et pêcher. Où veulent-ils que nous subvenions à nos besoins? Ils disent que nous ne pouvons pas aller dans la forêt, où devons-nous donc vivre alors?" s'est exclamé le membre d'une communauté Baka de la région de Lobéké et de Boumba. Le Parc national Lobéké a été établi en 1999 dans le Sud-Est du Cameroun, sur plus de 220 000 hectares de terres, riches en flore et en faune, la plupart desquelles constituaient jusqu'à maintenant le moyen de vie des communautés Bantoues et des pygmées de majorité Baka. Les activités principales de ces communautés sont la chasse et la cueillette dans les vastes forêts qui couvrent la région. Au Nord-Est de Lobéké et aux alentours du fleuve Boumba se trouve le Parc national Boumba, établi officiellement à posteriori de celui de Lobéké. La zone se situant entre le fleuve Boumba et le Parc Lobéké constitue le foyer de plusieurs communautés qui font de l'agriculture, chassent, pêchent et cueillent pour subvenir à leurs besoins. Dans cette zone se déroulent également les activités des compagnies de safari qui fonctionnent dans les énormes zones de chasse sportive (plus de 400 000 hectares) créées aux alentours du Parc Lobéké et celle-ci abrite, par ailleurs, des zones de chasse moins étendues gérées par les communautés ainsi que de grandes concessions d'exploitation forestière. La proximité des frontières de la République centrafricaine et de la République du Congo ainsi que la présence d'une grande quantité et d'une grande variété de grands mammifères qui habitent les forêts de la région ont fait que cette zone soit très convoitée par les chasseurs et les trafiquants de viande d'animaux sauvages et par les chercheurs de trophées qui payent des montants élevés aux compagnies de safari pour pouvoir chasser. Les perroquets vivants, l'ivoire et les autres ressources des forêts obtenus illégalement sont extraits ou passés régulièrement en contrebande depuis cette zone, activité à laquelle s'ajoute celle des nombreuses sociétés forestières. Le Parc national Lobéké est important pour les peuples de chasseurs-cueilleurs du Cameroun car le ministère de l'Environnement et des Forêts du Cameroun, conjointement avec plusieurs ONG internationales, a établi une autorisation légale officielle concernant l'accès strictement réglementé des Baka et des autres communautés locales à un secteur peu étendu du parc pour faire de la chasse et de la pêche de subsistance, ce qui n'est pas autorisé normalement par les lois camerounaises. Les projets actuels des organisations conservationistes qui travaillent dans la zone (dont WWF et GTZ) prévoient d'attribuer clairement chacune des zones récemment redéfinies autour des parcs aux parties intéressées qui devront plus tard participer à l'aménagement de leur zone de forêt. Parmi les acteurs clé des forêts desquels les Baka ont été très dépendants se trouvent des groupes conservationistes (dont des organisations conservationistes importantes de l'hémisphère Nord), des groupes commerciaux (notamment des entreprises de chasse sportive et des sociétés forestières), des braconniers et des trafiquants de viande d'animaux sauvages, qui comptent souvent sur un soutien politique important, et les communautés Bantoues (notamment les Bagando) qui dépendent principalement de l'agriculture mais aussi d'autres produits des forêts situées aux alentours de leurs communautés. Cette approche de la conservation centrée sur les parties intéressées est digne d'éloge et reflète une tendance plus élargie de la part d'une grande partie de l'Afrique subsaharienne orientée vers la dévolution des droits concernant la gestion de la terre. Mais du point de vue des Droits de l'homme, la matrice des zones de conservation aux alentours de Boumba et de Lobéké pose de sérieux problèmes, notamment en ce qui concerne la façon dont les droits des Baka aux ressources des forêts sont en train d'être méconnus en raison de pressions conservationistes extérieures à la région. Par exemple, les communautés Baka constituent des intéressés clé des forêts de la zone car ce sont des populations nombreuses qui dépendent majoritairement des ressources de la forêt. Et malgré cela, leurs points de vue ont été presque complètement ignorés au long des consultations réalisées au sujet de l'établissement des parcs et ils ont été pratiquement marginalisés de la plupart des programmes théoriquement tendant à favoriser la participation et la prise de pouvoir local en ce qui concerne l'aménagement des différentes aires protégées, dont les parcs et plusieurs types de "zones tampon" qui ont été créées. L'un des nouveaux mécanismes mis en place afin d'habiliter la participation locale dans ces aires délimitées en zones est l'établissement de Zones d'Intérêt cynégétique à gestion communautaire (ZICGC) dans lesquelles les communautés peuvent exploiter la faune et la flore, sous réserve de l'élaboration de plans de gestion dirigés théoriquement par les communautés sous le contrôle des autorités gouvernementales de conservation. Le groupe de délégués des communautés responsable de la gestion des ZICGC est intégré majoritairement par des élites locales établies et les méthodes et critères de sélection de la commission (dont la maîtrise du français) conspirent contre l'intégration de la communauté Baka. Par exemple, en novembre 2002, dans la ZICGC 9 située entre le fleuve Boumba et le parc Lobéké à l'ouest de l'autoroute Moloundu, moins de 10% des délégués provenaient de la majorité Baka et ils avaient été désignés majoritairement par les chefs Bantous locaux et non pas par les Baka eux-mêmes. Une conséquence de ce manque de participation des Baka est que les décisions de la commission communale d'aménagement de la forêt concernant l'autorisation d'accès aux compagnies de safari aux meilleures zones de chasse des ZICGC (souvent pour un montant moindre), par exemple, peuvent entrer en conflit direct avec les stratégies de subsistance des Baka, qui dépendent de ces zones pour survivre. L'organisation Forest Peoples Programme est au courant de nombreux cas au cours des deux dernières années de Baka expulsés de leurs zones traditionnelles de chasse situées en dehors des parcs par des agents de sécurité des compagnies de safari. L'argent versé par les utilisateurs autorisés est destiné à la commission de gestion, qui peut affecter ces fonds à des projets de développement communautaire, c'est-à-dire que les investissements communautaires sont décidés par un groupe qui ne représente pas toute la communauté. la plupart des chargés de conservation de la région accordent que la chasse de subsistance des Baka, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur des aires protégées du Sud-Est du Cameroun ne constituent pas une menace sérieuse pour la biodiversité. Le consensus actuel des acteurs concernés par la conservation au Cameroun dit que la chasse commerciale, notamment celle d'animaux sauvages, représente la menace la plus grave pour les espèces menacées, et que l'exploitation forestière légale et illégale est la principale menace pour les habitats uniques ou en danger. Jusqu'à maintenant, les autorités de conservation locales n'ont pas trouvé suffisamment de subventions locales adaptées afin d'éviter le commerce illégal de viande d'animaux sauvages, et la politique de gestion du secteur forestier au Cameroun a été chroniquement faible. C'est ainsi que ces dangers subsistent encore dans la région de Lobéké, malgré l'existence de nombreux projets internationaux de conservation. Cescercles conservationistes internationaux ne considèrent qu'en deuxième place la subsistance locale et les droits traditionnels des communautés et, au lieu de se focaliser sur le commerce illégal de viande d'animaux sauvages et de limiter celui-ci à travers l'application de la loi, les mesures de protection actuellement en vigueur touchent les plus défavorisés. Le paradoxe est que cela se fait dans le but de protéger les ressources et l'habitat que les peuples locaux, notamment les Baka, connaissent et apprécient déjà, mais ils ne peuvent pas les protéger par manque de droits sur leurs forêts. De nombreux Baka, confrontés à des restrictions de plus en plus importantes concernant les forêts, ont exprimé le désir d'établir un dialogue juste au sujet des plans de conservation avec les autorités qui gèrent les aires protégées mais, jusqu'à maintenant, aucun mécanisme formel n'a été mis en place pour rendre possible ce dialogue. En fonction des précédentes expériences vécues avec les autorités de conservation, les Baka se montrent sceptiques quant à l'engagement pris par les organisations conservationistes concernant les principes d'ouverture, de justice et de négociation. Il sera nécessaire de créer de nouveaux modèles de collaboration entre les communautés Baka et les autorités si l'on veut s'assurer du succès des schémas "participatifs" comme celui de Lobéké et si l'on désire garantir le droit de la population locale sur ses terres, et donc, à leur subsistance. Cet article est basé sur des informations obtenues lors d'interviews à la communauté, réalisées au sud-est du Cameroun pendant une période de deux ans et dans le cadre d'un projet destiné à documenter l'impact des aires protégées sur les populations indigènes dans sept pays africains ainsi qu'à promouvoir l'application des nouveaux principes de conservation prévus, entre autres, par la "Déclaration de principes des peuples indigènes et la conservation" de WWF, par les résolutions de la World Conservation Union sur les peuples indigènes, par la Commission mondiale des aires protégées et les dispositions pertinentes de la Convention sur la diversité biologique signée par plus de 177 pays. Ce nouveau modèle de conservation est basé sur des principes qui reconnaissent les droits des peuples indigènes d'utiliser, de posséder et de contrôler leurs territoires traditionnels et qui essaient de protéger leurs connaissances et leur habiletés traditionnelles. Cette nouvelle approche vise à créer des associations de travail avec les peuples indigènes basées sur des principes du consentement total et informé et sur une distribution équitable des bénéfices provenant des activités de conservation. Ce projet est réalisé par le Forest Peoples Project et par ses partenaires locaux, financé par le Community Fund du Royaume Uni. Plus d'informations sont disponibles sur le site Web: www.forestpeoples.org Par: John Nelson, FPP,
courrier électronique: johnnelson@blueyonder.co.uk - République Démocratique du Congo: la biodiversité vendue avec l'aide de la Banque mondiale Il y a quelques années, Karl Ammann, photographe et activiste contre l'exploitation de la viande de brousse, avait présenté au Président de la Banque mondiale, M. Wolfensohn, des évidences qui liaient l'exploitation industrielle du bois à la commercialisation de la viande de brousse dans presque toute l'Afrique centrale. Wolfensohn avait répondu que "la prévention d'abus du genre que vous décrivez est clairement la responsabilité de l'industrie, ainsi que des autorités gouvernementales compétentes". En décembre 2002, Karl Ammann y a répondu à son tour par une lettre ouverte. Il y dénonçait que dans la République démocratique du Congo (RDC) la Banque mondiale semble être à l'avant-garde de l'assistance à la proposition d'une forte réactivation du secteur forestier. D'après Ammann, les projections présentées par un expert de la Banque mondiale dans un mémorandum "sont épouvantables, c'est le moins qu'on puisse dire, si nous considérons qu'il s'agit de la moitié du bassin du Congo qui n'a pas encore été touchée par l'extraction industrielle du bois: - L'ouverture, sous
la forme de nouvelles concessions d'exploitation, de 60 millions d'hectares
de forêts tropicales primaires. Quelle est la part de la réalité dans ces projections, à la lumière des résultats obtenus (en partie sous la supervision de la Banque mondiale) dans n'importe lequel des pays voisins? Les fonctionnaires de la Banque sont les mieux placés pour répondre à cette question et à bien d'autres sur les coûts et les bénéfices réels de l'abattage de forêts tropicales primaires. Les données dont je dispose indiquent qu'il ne s'agit que d'illusions. Mais des illusions de ce genre, présentées de manière officielle par des experts de la Banque mondiale, rendent beaucoup plus difficile encore tout effort de conservation, et en particulier la création de nouvelles zones protégées". Karl Ammann constate que, "pour ce qui est d'exploiter de façon durable 60 millions d'hectares de forêt tropicale primaire, en une période de 5 à 10 ans seulement, il existe des déclarations d'experts de la Banque mondiale qui affirment: 'Nous n'allons pas essayer de définir la GDF (Gestion durable des forêts), parce qu'il n'est pas possible de se mettre d'accord à ce sujet'. Ceci est probablement plus vrai en Afrique centrale que nulle part ailleurs. J'ai également copie de minutes de réunions dans lesquelles des fonctionnaires de la Banque mondiale déclarent: 'En Afrique centrale les gouvernements 'dysfonctionnels' doivent être considérés comme un fait'." La lettre continue en disant que, très probablement, une fois que la plupart du bois le plus prisé aura été extrait, les 35 millions de personnes qui, d'après les estimations, dépendent encore de ces forêts, seront encore plus pauvres que maintenant. Si les projections et les projets actuels sont réalisés, il n'y aura plus de protéines animales dans la majorité de ces régions. L'Aide-mémoire de M. Debroux, négociateur et conseiller en chef de la Banque, daté de mars 2002, atteste clairement que la Banque a participé très activement dans l'élaboration des nouvelles lois forestières que le président Kabila a signées en août 2002. Ammann signale que les mots "faune" ou "animaux sauvages" ne figurent pas une seule fois dans l'Aide-mémoire, et qu'aucune référence n'y est faite non plus au fait que l'industrie forestière doit prendre la responsabilité de la gestion active de la faune dans les limites de ses concessions. Par contre, le document semble indiquer que cette responsabilité serait transférée aux services gouvernementaux pertinents, dans le but d'obtenir des recettes au moyen d'impôts sur la chasse sportive (pour la capture et l'exportation) et sur des produits dérivés tels que l'ivoire, les cornes de rhinocéros, les peaux, les dents, les queues, les crânes, etc. "C'est une approche qui n'a fonctionné nulle part", souligne Ammann. Suivant les conseils de la Banque mondiale, les autorités ont décidé en toute connaissance de cause que la faune du Congo pourrait être le prix à payer pour l'obtention des plus grands revenus possibles dans le secteur des forêts, du moins dans les régions extérieures aux zones protégées. Les événements subséquents montrent que ni les fonctionnaires locaux ni les experts de la Banque mondiale ne prennent en compte l'idée fondamentale de la conservation de la biodiversité. "Il est clair que nous régressons, dans un pays où il y avait un certain espoir qu'une nouvelle conception de l'exploitation forestière industrielle serait possible". Voilà la conclusion désappointée de Karl Ammann. Article basé
sur des informations obtenues dans: "An Open Letter to the World
Bank President", de Karl Ammann (adresse électronique: kamman@form-net.com),
diffusée par Jane Dewar, Gorilla Haven. Envoyé par Philip
Owen, adresse électronique: owen@soft.co.za. - République Démocratique du Congo: la survie menacée des peuples Mbuti des forêts Le nombre total des 'Pygmées' Mbuti, des chasseurs-cueilleurs habitant dans la forêt tropicale de l'Ituri, n'est pas connu, bien qu'il ait été estimé à 30 000 environ, occupant 50% des 37 860 km2 de la région de Mambasa. Leur existence est extrêmement fragile: leurs droits fonciers ne sont pas reconnus, ni par la loi ni par les systèmes de droit coutumier des peuples voisins, et les autorités de la Réserve naturelle d'Okapi ne leur permettent plus de chasser le grand gibier. Ils survivent maintenant en chassant de petits animaux, et en échangeant avec les peuples Bantous des environs du travail, du bois de feu et du gibier contre des aliments. La forêt et, par voie de conséquence, l'approvisionnement en nourriture des Mbuti, sont de plus en plus menacés par l'expansion rapide des plantations commerciales effectuées par des exploitants forestiers ougandais, et par le nombre croissant de mines de coltan. (Le coltan est un minerai qui entre dans la fabrication des condensateurs pour la régulation du voltage et l'accumulation d'énergie dans les téléphones mobiles). Bien que les rapports soient généralement bons entre les chasseurs-cueilleurs Mbuti et les agriculteurs-pêcheurs traditionnels Bila (qui pratiquent la culture itinérante), et que leur utilisation de la forêt soit durable, la pression sur celle-ci s'est vue augmentée par l'arrivée des chercheurs d'or. En effet, de nouveaux venus abattent la forêt pour y établir de vastes cultures permanentes de produits qu'ils vendent aux chercheurs d'or à des prix exorbitants, ce qui bouleverse autant l'économie locale que l'écologie, et donc la subsistance traditionnelle des Mbuti, qui se retrouvent de ce fait dans une situation de vulnérabilité. Pour compléter leur malheur, les groupes rebelles Mouvement de Libération du Congo (MLC) et Rassemblement congolais pour la Démocratie-National (RCD-N) ont férocement persécuté les Mbuti par des mesures terroristes incluant des exécutions, des viols, des séquestrations, des tortures, des actes de cannibalisme et même de cannibalisme forcé. Au cours des derniers mois, des dizaines de milliers de civils ont fui pour échapper à l'avance du MLC, du RCD-N et de l'Union des Patriotes congolais (UPC), qui visent à s'assurer le contrôle des ressources minières, dont le coltan, l'or et les diamants. Plus de 10 000 réfugiés de la province d'Ituri ont traversé la frontière de l'Ouganda, et les rapports signalent que 100 000 personnes ont trouvé asile à Beni. Des informations récentes semblent indiquer qu'au moins 3000 'Pygmées' ont quitté la forêt ("pour la première fois depuis des années", suivant la Mission de l'ONU dans la République démocratique du Congo - MONUC). Un groupe d'au moins 1000 d'entre eux s'est réfugié dans le village de Mangina, tandis que d'autres campements de déplacés sont situés entre les villes de Mambasa et Beni. Les conditions d'insécurité des lieux ont empêché les organisations d'aide humanitaire de travailler en Ituri, de sorte que les Mbuti ont été dépourvus de nourriture, de sécurité et d'abris appropriés. Les Mbuti ont donc grand besoin d'appui. Victimes d'une guerre civile qui leur est étrangère et qui a provoqué des violations innombrables des droits humains, ils se voient privés de leurs droits sur une forêt qui est manifestement leur foyer ancestral; leurs ressources alimentaires sont diminuées par des programmes de conservation qui leur refusent l'accès à leurs sources habituelles de protéines; leur territoire est envahi par des soldats, des chercheurs d'or et de coltan, et des agriculteurs venus d'ailleurs; leur forêt tropicale riche en diversité est remplacée par des monocultures d'arbres. Il faut faire quelque chose, mais tout de suite! Par : Lucy Mulvagh,
FPP, adresse électronique: lucy@fppwrm.gn.apc.org,
http://www.forestpeoples.gn.apc.org.
Pour davantage d'informations sur la situation en Ituri, les lecteurs
peuvent consulter les sources suivantes: Bureau de Coordination de l'ONU
pour les Affaires humanitaires, http://www.irinnews.org,
ReliefWeb: http://www.reliefweb.int/w/rwb.nsf,
Refugees International, 'Forgotten People: In the Ituri District of
the Democratic Republic of the Congo', 15 janvier 2003, http://www.refugeesinternational.org/cgi-bin/ri/other?occ=00568&spotlight=1.
- Sénégal: un regroupement de femmes réhabilite la nature au bénéfice de la communauté Deux ensembles d'écosystèmes naturels distincts composent la réserve naturelle de Popenguine-Guéréo, située à 45 kilomètres au sud de Dakar, capitale du Sénégal: une partie continentale, formée de collines découpées et constituant une forêt primaire, et une frange maritime principalement composée d'un habitat rocheux qui constitue une zone de frayère pour les poissons. La zone a été clasée réserve naturelle en 1986 afin de réhabiliter un milieu fortement dégradé, du fait de la coupe abusive du bois de chauffe, du surpâturage et de sécheresses successives qui ont entraîné de grandes pertes de biodiversité. Par ailleurs, en 1987, 116 femmes de la communauté ont réagi en créant au niveau de la réserve et de façon volontaire et spontanée le RFPPN (Regroupement des femmes de Popenguine pour la protection de la nature) dans le but de contribuer bénévolement à la réalisation des objectifs de conservation et de restauration de la biodiversité de leur milieu. Ces femmes ont mis en péril leur réputation, et même leur couple, car elles ont consacré leur temps et leur énergie à la création d'une réserve naturelle au bénéfice de la communauté, tandis que, aux yeux de leurs voisins, elles auraient dû se consacrer à leurs tâches ménagères d'épouses et de mères sénégalaises. Mais les femmes dynamiques du village de Popenguine et de ses alentours ont réussi à convaincre leurs détracteurs. Elles ont progressivement prouvé qu'elles étaient capables de réhabiliter et de conserver leur environnement, de favoriser l'écotourisme, d'assurer la repousse des forêts et la survie de la flore et de la faune, bénéficiant ainsi à toute la communauté. D'année en année, des miliers d'arbres de la fore indigène ont été introduits. La faune s'est lentement reconstruite et 195 espèces d'oiseaux ont ainsi réapparu, ainsi que des des guibs harnachés, des sylvicapres de grimm, des callitriches, des chacals à flancs rayés, des mangoustes, des civettes, etc. Avec le temps, les objectifs environnementaux ont progressivement évolué de manière à prendre en charge également les problèmes de développement des femmes impliquées dans l'action (production de revenus, satisfaction des besoins céréaliers et en combustibles, entre autres), au point de constituer un programme de développement durable fondé sur la préservation de l'environnement local, mais conçu à partir d'une démarche empirique sans planification imposée de l'extérieur. Dès 1995, le groupe a réussi à élargir leur domaine d'action et à rassembler les efforts afin de restaurer un espace vital d'environ 100 km2, appelé Espace naturel communautaire Ker Cupaam, en hommage à l'esprit féminin protecteur de l'endroit. Cet espace comprend la Réserve de Popenguine-Guéréo et les territoires de huit villages riverains. Les villages sont représentés par les GIE (Groupes d'intérêt économique des femmes) qui composent le collectif COPRONAT, formé de 1555 membres et créé dans le but de protéger la nature. Le programme actuel du RFPPN est organisé autour de: a) la gestion de la réstauration de la forêt: création de pépinières dans chacun des huit villages, production de bois de chauffe ainsi que d'arbres fruitiers et de plantes d'ornement commercialisables, gestion de la forêt du village, création d'un réseau de distribution de combustibles pour éviter la coupe des espèces ligneuses; b) la gestion de la santé: organisation de la collecte et de la classification des déchets ménagers, leur traitement et transformation en compost, construction de létrines; c) la gestion alimentaire: création de banques de céréales et de potagers familiaux; d) la formation dans la gestion communautaire des zones protégées, destinée aux jeunes aussi bien qu'aux adultes, et dans les domaines suivants: traitement des déchets, horticulture, gestion des espaces naturels, initiation à l'informatique, hotellerie, construction d'un centre de formation, matériel informatique et audiovisuel; e) la gestion du tourisme: élargissement de la zone de camping touristique et son équipement. Afin d'enrayer l'érosion, des cordons pierreux et des barrages sont construits pour diminuer la vitesse des eaux de pluie. La réhabilitation des mangroves du lac Somone, à la limite sud du territoire, fait également partie des objectifs fixés. Les femmes de Popenguine sont fières de leur travail, des mangroves reluisantes et du niveau élevé de l'eau du lac malgré la rareté des pluies. Dix ans auparavant, la récupération du lac Somone et de la région de Popenguine n'était qu'un rêve. Woulimata Thiaw, présidente du regroupement de femmes, s'énorgueillit des fruits de leur travail. Elle répète en souriant que le prix de la réussite est le travail acharné et que développement durable signifie "être conscient à tout moment des effets de nos actions dans le futur et dans celui de nos enfants et de nos petits-enfants. C'est ça la durabilité, les décisions que nous prenons. Nous devons nous assurer qu'il y aura une continuité." D'après: "Ker
Cupaam: ejemplo para el desarrollo sostenible", envoyé par
Liliana Marcos Barba, Canal Solidario, lilianita_81@hotmail.com;
Cultivant la Diversité - Afrique de l'Ouest, La gestion de l'espace
communautaire Ker Cupaam, http://www.grain.org/gd/fr/case-studies/cases/wa-abstract-senegal-fr.cfm;
Etude de cas, La Réserve Naturelle de Popenguine (Sénégal):
une expérience de développement durable basée sur
la conservation de la biodiversité, Paul Ndiaye, http://www.cdr.dk/sscafrica/ndi2-f-s.htm |
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