Bulletin du WRM

 

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Numéro 67 - Fevrier 2003


AMERIQUE DU SUD

 

PARTAGEANT DES EXPÉRIENCES LOCALES

- Argentine: petite grande victoire sur une société minière canadienne

Les habitants de la ville d'Esquel, une petite ville argentine de la province de Chubut, sont en lutte pour la défense de leurs forêts et de leur environnement. Ils sont de plus en plus nombreux parmi les habitants de la ville et de toute la contrée andine, ainsi que parmi les organisations régionales et nationales, à s'opposer au projet minier à ciel ouvert et à l'installation d'une usine de traitement de cyanure destiné à l'extraction d'or, qui ne serait située qu'à huit kilomètres de cette ville entourée de lacs et de forêts millénaires de mélèzes.

Malheureusement, celui-ci ne serait que le premier d'une longue série de projets d'extraction minière qui porteraient atteinte à toute la région de la cordillère des Andes, en Argentine et au Chili, favorisés par les privilèges accordés aux multinationales à travers des "accords" internationaux signés par les gouvernements prêts à livrer les richesses de leurs pays au plus offrant.

Même si les habitants d'Esquel sont l'objet de toutes sortes de menaces, ils n'ont pas manqué ni de force ni d'imagination pour faire face à la transnationale canadienne Meridian Gold et à sa société subsidiaire El Desquite, toutes deux bénéficiaires de ce projet. Des manifestations, des actes, des marches, des réunions, des colloques, des déclarations, et même des concerts de rock, ont été organisés au cours de ces derniers mois contre l'exploitation aurifère dans la région. Plusieurs pages Web ont également été créées afin de diffuser cette situation et de rechercher du soutien international pour cette campagne. Par ailleurs, les rares procédures légales dont disposent les personnes lésées ont été mises en œuvre. En décembre, les habitants de la ville ont déposé une Action de protection environnementale, visant à protéger tous les droits et les garanties consacrés par la Constitution et, en particulier, "le droit de tout habitant à défendre son environnement".

Le 19 février, une bonne nouvelle a été annoncée. Me Claudio Alejandro Petris, juge au Tribunal civil, a ordonné la suspension urgente de tous les travaux et de toutes les actions en cours de l'entreprise minière El Desquite à Cordon Esquel, et a interdit l'initiation de nouveaux travaux tant que toutes les conditions requises par la loi provinciale 4032 d'impact environnemental et par son décret réglementaire ne seront pas remplies.

"Ce qui reste à faire maintenant c'est de résoudre le problème de fond, c'est-à-dire, déclarer l'illégalité de tous les travaux réalisés, ordonner la réhabilitation intégrale de l'environnement dégradé et imposer une amende aux particuliers et/ou aux entreprises responsables pour un montant de jusqu'à 5% du total du projet. Même si ce sera là une bataille judiciaire très dure, je pense que c'est un signe très positif" a commenté un habitant de la zone.

Cette résolution créé un précédent très important en ce qui concerne l'application des lois provinciales, telle que la Nº 4032 sur l'impact environnemental qui exige dans tous les cas la réalisation de débats publics, tandis que le Code minier, que les entreprises avaient réussi à faire modifier à leur bénéfice, ne l'exigeait pas. Jusqu'à maintenant, les études d'impact environnemental étaient de simples démarches bureaucratiques, qui comptaient par avance sur l'approbation des autorités concernées. Par ailleurs, cette résolution est importante puisqu'elle concerne potentiellement tout autre projet minier, ou du moins, ceux de la province de Chubut.

C'est pour cette raison que les habitants de Esquel considèrent cette décision judiciaire une "petite" mais à la fois une grande victoire. Pour eux, il est clair que le pouvoir des entreprises, aussi bien économique que politique, est souvent capable de gagner des batailles dans les tribunaux de justice et d'obtenir des verdicts en leur faveur qui ont peu ou rien à voir avec la justice. La bataille d'Esquel continue donc, revigorée par cette récente décision judiciaire.

D'après les informations envoyées par: Gustavo Macayo, libmacayo@ciudad.com.ar, Pour plus d'informations à ce sujet, voir: http://www.wrm.org.uy/paises/Argentina/esquel.html; http://www.sospatagonia.netfirms.com/; http://www.contralamina.freeservers.com; http://www.esquelonline.com; http://www.geocities.com/proyectolemu/011115A.htm


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- Bolivie: l'aménagement communautaire des forêts dans l'histoire des peuples indigènes

Dans un document élaboré dans le cadre du FOMABO (Aménagement forestier des terres tropicales de la Bolivie), projet fruit d'un accord passé entre les Universités KVL du Danemark et UAGRM - UMSS de Bolivie avec le soutien de DANIDA, les caractéristiques principales de l'aménagement communautaire des forêts sont décrites, en relation avec les multiples usages que les peuples indigènes font de la forêt. Dans la compréhension native, la forêt est la "grande maison" de l'indigène -ce que représente le supermarché pour les non-indigènes le représente la forêt pour les indigènes- où il s'approvisionne de tous les biens et les aliments nécessaires et où se concentrent les différentes relations de travail et socioculturelles. Dans l'univers indigène, le territoire est l'espace nécessaire qui donne lieu aux activités de production et de reproduction de la nature et toutes deux permettent de profiter adéquatement des ressources naturelles existantes dans les forêts. L'aménagement communautaire des forêts, d'après ces caractéristiques, se définit comme les multiples usages et aménagements des ressources des forêts de la part des peuples indigènes.

Avant l'arrivée des européens aux terres basses de la Bolivie par le Rio de la Plata en 1535, les peuples indigènes constituaient différentes communautés ethniques ayant un dénominateur commun basé sur la relation dominante nature-être humain, où l'être humain profite des cycles de reproduction de la nature à travers la cueillette d'espèces sylvestres, la pêche et la chasse. Ce système s'est maintenu au cours du temps et fait partie actuellement des systèmes d'aménagement et d'usage traditionnel de l'espace et des ressources naturelles dans leurs territoires respectifs. Mais il fait partie également des caractéristiques de l'identité sociale en tant que peuples indigènes qui maintiennent leurs propres valeurs tout en adoptant, assimilant et fusionnant d'autres connaissances provenant de cultures différentes.

L'identité sociale indigène actuelle est le résultat d'un ensemble d'ententes et de mésententes avec d'autres secteurs sociaux différents et du syncrétisme des valeurs d'autrui: la religiosité, les systèmes d'organisation (capitaineries, conseils municipaux, zones agraires), les systèmes de travail communal (minga) qui par la suite ont fait partie des usages et des aménagements traditionnels: cueillette, chasse pêche et multiples usages du bois. Tous ces aspects sont rassemblés dans leur vision actuelle de l'univers, présentée comme la restructuration de leurs territoires ancestraux et l'interpellation à l'Etat et à la société au nom d'un développement basé sur une identité propre et à partir d'une prise de pouvoir au niveau national et local.

On peut conclure que, en ce qui concerne les communautés qui habitent des zones forestières, la pratique, la production et l'utilisation des produits forestiers au niveau du village font souvent partie de systèmes sociaux complexes qui règlent l'aménagement des ressources et où beaucoup de facteurs liés à notre capacité d'intervenir en apportant des solutions forestières n'ont pas un caractère forestier. Il s'agit principalement de facteurs humains, associés aux modalités d'organisation de l'exploitation des terres et des autres ressources. Par conséquent, des approches spécifiques sont nécessaires pour chaque situation et les solutions générales adoptées ainsi que les approches orientées vers un seul élément de la situation seront difficilement réussies.

C'est ainsi que les analyses initiales qui ont été faites en ce qui concerne la nature de la dépendance de la population vis-à-vis des arbres et de leurs produits dérivés se sont révélées sous certains aspects incorrectes ou incomplètes et donc, les solutions trouvées ont été inappropriées. C'est le cas, notamment, des solutions concernant la diminution de la disponibilité de bois de chauffage et de celles concernant les interventions contradictoires dans l'organisation sociale et institutionnelle existante dans les communautés. Même les projets qui essayaient d'identifier les besoins, les aspirations et les possibilités locales, dans la pratique les actions étaient davantage basées sur les opinions des planificateurs et des autres agents externes que sur celles de la population locale elle-même. Trop fréquemment, le dialogue tendant à faire participer la population locale n'a été établi qu'une fois le projet déjà conçu et élaboré.

Le concept de "développement forestier communautaire" a été très confusément présenté et manque de clarté en ce qui concerne sa nature et son objectif. Parfois, l'emploi de ce terme générique a camouflé la grande diversité d'objectifs fixés par les projets de développement forestier communautaire. Souvent, la conception et l'exécution de ces projets ont souffert du manque de transparence en ce qui concerne les objectifs qui avaient été fixés ou qui étaient prioritaires. Même si certains de ces objectifs peuvent être compatibles entre eux, voire se renforcer mutuellement, d'autres peuvent se révéler contradictoires. Il est improbable que la plantation d'arbres destinée a remplir une mission écologique, telle que la protection du sol, fournisse suffisamment de produits commercialisables et soit économiquement profitable à l'agriculteur. De la même manière, il est improbable que la plantation d'arbres destinée à créer des revenus bénéficie à ceux qui possèdent peu de terres ou n'en ont pas du tout. Difficilement pourra-t-on satisfaire et les besoins de subsistance et ceux du marché en employant un modèle unique de production. Il est improbable, par ailleurs, que des projets conçus originairement pour atteindre un objectif de production servent aussi à atteindre un objectif social rajouté à posteriori, comme par exemple celui de bénéficier aux pauvres, à moins qu'ils soient dûment restructurés.

Le développement forestier communautaire ne constitue donc pas une discipline ou un programme à part mais une dimension de la sylviculture, de l'agriculture, de l'énergie rurale et autres composants du développement rural. Bien que dans d'autres expériences, l'aménagement communautaire des forêts ait été considéré comme faisant partie des activités des populations "rurales", l'importance qu'on lui confère en général a toujours été d'ordre secondaire, vu seulement en tant que plantations d'arbres et non pas comme une activité principale des usages et des multiples aménagements des ressources de la forêt tel qu'il est postulé actuellement. En fait, l'institutionnalisation de l'aménagement communautaire des forêts en tant que multiples usages et fonctions de la forêt signifiera l'institutionnalisation et la reconnaissance des pratiques des peuples indigènes amazoniens.

D'après: "Entendiendo la historia de los pueblos indígenas para promover la forestería comunitaria como una alternativa de desarrollo socio-económico local en las TCO's", José Martínez Montano, jomartinez@scbbs-bo.com, Projet FOMABO (le document intégral est disponible sur http://www.wrm.org.uy/paises/Bolivia/TCO.doc )


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- Brésil: Stora Enso et Aracruz projettent l'usine de pâte la plus grande du monde

Dans quelques semaines, les actionnaires de Veracel vont décider s'ils construiront une énorme usine de pâte dans l'état brésilien de Bahia. Erton Sanchez, PDG de Veracel, décrit ainsi le projet: "Ce sera l'usine la plus grande du monde, avec une capacité de production de 900 000 tonnes par an. On y produira la pâte blanchie Elemental Chlorine Free, en ciblant le secteur le plus élevé du marché de la pulpe. L'investissement total sera de l'ordre des 930 millions de dollars USA.

Veracel est une co-entreprise réunissant le géant suédois-finlandais Stora Enso et la société brésilienne-norvégienne Aracruz. Aracruz est le plus grand producteur mondial de pâte blanchie d'eucalyptus, et contrôle 170 000 hectares de plantations d'eucalyptus à Bahia et Espirito Santo. Pour faire de la place aux vastes plantations d'Aracruz, des populations indigènes Tupinikim et Guarani, des communautés 'quilombolas' afro-brésiliennes et d'autres communautés locales ont perdu leurs forêts et leurs terres.

Jukka Harmala, PDG de Stora Enso, dit qu'il envisage que la compagnie soit "la compagnie leader de produits forestiers du monde". Harmala a manifesté à Pulp and Paper International, en juin 2001: "Notre priorité en Amérique Latine est de trouver de bonnes sources de fibre". En 1999, Bjorn Hagglund, PDG adjoint de Stora Enso, a expliqué au Financial Times que la stratégie de la compagnie était d'accroître ses activités dans le domaine de la pulpe au Brésil, pour s'assurer la matière première nécessaire à ses usines de pâte en Chine et en Thaïlande.

La décision de s'engager dans l'usine de pâte aurait dû être prise fin 2002. "Ce projet a été très compliqué, et il très si grand. Il a été remis au mois de mars ou d'avril, surtout pour des raisons d'ordre économique", a expliqué Timo Heikka, du secteur Stratégie et Investissements de Stora Enso.

Veracel a déjà planté 63 000 hectares d'eucalyptus sur les 147 000 hectares que la compagnie possède à Bahia. Il reste à planter encore 6 000 hectares. Quel que soit le résultat du projet d'usine de pâte, Aracruz achètera 3,5 millions de mètres cubes de bois des plantations de Veracel entre 2002 et 2004.

Timo Heikka, de Stora Enso, s'est rendu dans la zone du projet en septembre de l'année dernière. Il a dit: "Pour ce qui est de la biodiversité et des aspects sociaux, cette alternative semble être l'une des meilleures, tout compte fait, de l'hémisphère Sud". Sanchez, de Veracel, déclare que 78 000 hectares vont être réservés à "la préservation et la récupération de la forêt atlantique" ('mata atlantica'). Il a également mentionné que Veracel est propriétaire de la Station Veracruz, une réserve forestière de 6 000 hectares inscrite par l'UNESCO sur la liste du patrimoine mondial.

Sanchez n'a pas mentionné que, lorsque Veracel est arrivée à Bahia en 1991, la compagnie projetait de transformer 80 pour cent de de ses terres en plantations d'eucalyptus. C'est seulement grâce à l'intervention d'ONG brésiliennes et du syndicat de travailleurs forestiers que la Direction brésilienne de l'environnement a insisté pour que 6 000 hectares de forêt soient exclus et considérés comme zone protégée. Sanchez n'a pas dit non plus que Veracel a abattu la forêt pour établir ses plantations à quelques kilomètres seulement de la Station Veracruz (cf Bulletin nº 39 du WRM).

En octobre 2001, la Banque européenne d'investissement (BEI), l'institution financière de l'Union européenne, a annoncé qu'elle avait approuvé un prêt de 30 millions de dollars à Veracel pour ses plantations à Bahia. Yvonne Berghorst, Responsable de l'Information de la BEI, a dit que "la reforestation avec eucalyptus a une influence sur le sol qui est bénéfique à long terme, par la réduction de l'érosion, l'augmentation de l'infiltration et de l'accumulation d'eau, et l'amélioration des propriétés chimiques et physiques et de la fertilité du sol".

Le contraste est frappant entre l'optimisme de Berghorst et la réalité à laquelle se voient confrontées les communautés d'Espirito Santo, qui sont obligées de vivre avec les plantations d'Aracruz. Dans une lettre adressée en mai 2002 aux représentants de l'Etat d'Espirito Santo, les communautés locales, les syndicats et les ONG ont décrit l'épuisement des cours d'eau depuis le début des plantations d'Aracruz. Et la lettre continuait: "Pour les communautés locales et l'environnement en général, la durabilité des plantations d'eucalyptus est très douteuse, puisqu'il s'agit d'une monoculture d'arbres à cycle extrêmement court, qui exige de grandes quantités d'engrais chimiques et agrotoxiques".

Les représentants de Stora Enso, de la BEI, d'Aracruz et de Veracel n'ont pas répondu aux questions sur la quantité de personnes qui ont été déplacées pour faire de la place aux plantations de Veracel. Le PDG de Veracel, Erton Sanchez, a commenté que "le taux d'occupation est très bas, puisque la population habite des terres qui n'appartiennent pas à la compagnie". Il a ajouté que la terre destinée aux plantations avait été "préalablement dégradée par les propriétaires précédents".

José Augusto Tosato, de l'ONG locale CEPEDES, conteste l'argument de la compagnie sur la dégradation préalable de la terre. Il fait remarquer que Veracel a établi ses plantations dans des prairies et de petites propriétés foncières qui étaient auparavant productives.

La Politique de Responsabilité environnementale et sociale de Stora Enso établit: "Stora Enso considère comme fondamentales la discussion ouverte et l'interaction avec tous les intéressés, autant gouvernementaux que non gouvernementaux". Dans le cas de Veracel, la discussion ouverte n'est pas possible, puisque les évaluations d'impact environnemental pour les plantations et l'usine de pâte ne sont pas disponibles pour leur discussion générale et publique.

Lorsque l'Evaluation d'impact environnemental lui a été demandée, Yvonne Berghorst, de la BEI, a répondu: "L'EIE est un document public qui peut être obtenu auprès des autorités compétentes de l'Etat de Bahia, ou de Veracel Cellulose S.A.".

Lorsque la demande de l'Evaluation d'impact environnemental a été adressée à Erton Sanchez, PDG de Veracel, celui-ci a répondu: "La documentation comprend 14 volumes d'environ 2 800 pages. Elle n'existe qu'en format imprimé, et il n'est donc pas possible d'en envoyer une copie électronique. Néanmoins, ces documents peuvent être consultés au CRE (Centre de ressources environnementales), une agence gouvernementale de l'Etat de Bahia, à Salvador".

Si les documents sur le projet de Veracel ne peuvent pas être librement consultés, la discussion ouverte n'est pas possible. Toute décision des actionnaires doit être ajournée en attendant que la société civile au Brésil, en Norvège, en Suède et en Finlande ait eu l'occasion de participer à un débat ouvert sur Veracel.

Par : Chris Lang, adresse électronique: chrislang@t-online.de


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- Brésil: un vieux projet de barrage hydroélectrique menace une nouvelle fois les peuples amazoniens

Présenté comme une source d'énergie "propre" car celle-ci ne pollue pas l'atmosphère avec des gaz à effet de serre comme le font pétrole ou le gaz naturel, le projet d'obtention d'énergie hydroélectrique grâce à la construction d'un barrage progresse dans le fleuve Xingu, le dernier des grands fleuves amazoniens en bon état de conservation.

Nonobstant, il est à prévoir que presque toute la forêt amazonienne sera détruite au cours de la première moitié de ce siècle si les tendances actuelles s'accentuent en ce qui concerne la réalisation de projets d'infrastructure dans la région. Et les émissions de carbone de la forêt brûlée équivaudraient à près de 50 fois le taux annuel actuel des émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis. Malgré cela, le conseiller en énergie, Joaquím Francisco de Arvalho, s'est prononcé en faveur de la construction du barrage hydroélectrique de Xingu, destiné à satisfaire la demande brésilienne en électricité, une demande non-durable amenée par le "développement"-.

Aujourd'hui, plus de 45 000 grands barrages dont les murs de retenue dépassent les 15 mètres obstruent les fleuves du monde entier, et leurs bassins inondent des millions d'hectares de forêts -particulièrement dans les zones tropicales- lesquelles se retrouvent ainsi en lente décomposition (entraînant l'émission d'énormes volumes de gaz méthane, un des principaux gaz à effet de serre). Les barrages ont constitué également une cause indirecte de déforestation dans d'autres endroits (entraînant l'émission d'un autre gaz à effet de serre: le dioxyde de carbone) dans la mesure où les agriculteurs déplacés par les barrages ont été obligés de déboiser des forêts ailleurs pour y installer leurs cultures et y construire leurs maisons (voir Bulletin du WRM Nº 42).

Les plans de construction du barrage hydroélectrique Kararaô, rebaptisé aujourd'hui Belo Monte, sur le fleuve Xingú, ont été à l'origine d'une forte controverse vers la fin des années 80. Et même si la surface du lac artificiel nécessaire au fonctionnement du barrage a été réduite, la destruction associée au barrage en soi ne représente qu'une petite partie de celle causée par les travaux en général. Les barrages impliquent la construction de routes permettant l'accès des "agents du développement" à des régions auparavant lointaines. Ainsi s'enchaînent des processus de dégradation environnementale incontrôlables -le barrage inonde des terres agricoles mais entraîne également des modifications radicales de l'environnement, voire même la disparition progressive de la flore et de la faune- qui ont à leur tour des effets négatifs sur la population, et non seulement sur la population locale qui dépend de ces ressources mais également sur la totalité de la population du bassin du fleuve sur lequel le barrage a été construit.

La route qui part de Xinguara illustre cet enchaînement, dans la zone d'influence de l'autoroute Belem-Brasilia. Cette route traverse la forêt vers l'ouest et va jusqu'à San Felix, sur les marges du fleuve Xingu. La route, ouverte dans les années 1980 par l'entrepreneur de travaux publics Andrade Gutièrrez, a créé une zone de grande concentration d'exploitants forestiers et d'abattage illégal, qui maintenant se prolonge déjà au-delà de la rive gauche du fleuve.
Les forêts de la vallée du fleuve Xingú son particulièrement vulnérables aux grands incendies. Ceci est dû au fait que le fleuve traverse une zone avec un taux de pluviosité réduit, qui reçoit 2000 mm par an concentrés dans une seule saison humide. Pendant la saison sèche (d'avril à septembre), l'absence totale de pluies est courante pendant de longues périodes. Etant donné que la plupart des pluies en Amazonie proviennent de la transpiration de la forêt, à mesure que la déforestation progresse dans la région, les sécheresses s'intensifient, augmentant ainsi le risque de nouveaux incendies et les taux de déforestation, dans un cycle de rétroalimentation positive. En conséquence, les barrages hydroélectriques du Xingu, qui pendant la saison sèche (lorsque les débits de fleuves de la région diminuent) travaillent déjà au-dessous de leur capacité, deviendraient inviables, ironiquement à cause des processus de déforestation et de désertification associés à leur propre construction.

L'intégrité actuelle du Xingu et le fait que jusqu'à maintenant il ait été exempté de barrages hydroélectriques ne sont pas le fruit de l'action d'ONG environnementalistes mais celui des luttes authentiquement populaires. La préservation de ce fleuve s'explique par la présence de nombreux d'indigènes de tradition guerrière, pour qui la préservation écologique est une nécessité, la base de leur survie. En 1989, lorsqu'il a été projeté de construire un barrage hydroélectrique à Kararaô, le projet à été stoppé suite à la pression des indigènes qui ont manifesté à Altamira, brandissant leurs couteaux face aux techniciens de l'entreprise Electronorte, et qui sont allés à la Banque mondiale et ont obtenu la suspension du financement. Aujourd'hui, en plus des indigènes, protestent également les petits producteurs ruraux contre la construction de Kararaô.

De même que la consommation de combustibles fossiles, laquelle, de continuer à augmenter à ce rythme-là, provoquerait des catastrophes environnementales capables de mettre en péril la survie elle-même de l'espèce humaine, l'intensification de la construction de barrages pourrait causer les mêmes effets. Le problème est complexe et sa solution exige une profonde révision des valeurs et des modèles de consommation, afin de réduire radicalement et en urgence la demande brésilienne en électricité.

D'après: "A hidrelétrica de Kararaô e os movimentos populares", Rodolfo Salm, rodolfosalm@alternex.com.br, proyecto Pinkaiti, envoyé par l'auteur.




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