******************************************************************************* MOUVEMENT MONDIAL POUR LES FORETS TROPICALES WORLD RAINFOREST MOVEMENT Secrétariat International Maldonado 1858, Montevideo, Uruguay Mel: wrm@wrm.org.uy Site internet: http://www.wrm.org.uy Éditeur: Ricardo Carrère ******************************************************************************* ======================== BULLETIN 67 du WRM FEBRIER 2003 - Édition française Ce bulletin est maintenant disponible également en espagnol, en portugais et en anglais ======================== Dans ce numéro: * NOTRE OPINION - Nous sommes tous allés dire "tik" à Porto Alegre * LUTTES LOCALES ET NOUVELLES AFRIQUE - Afrique du Sud: du gain pour les entreprises, mais le feu, les dégâts et la mort pour les gens, voilà le bilan des plantations d'arbres - Cameroun: des communautés Baka déplacées par les Parcs nationaux de Lobéké et de Boumba - République Démocratique du Congo: la biodiversité vendue avec l'aide de la Banque mondiale - République Démocratique du Congo: la survie menacée des peuples Mbuti des forêts - Sénégal: un regroupement de femmes réhabilite la nature au bénéfice de la communauté AMÉRIQUE CENTRALE - Panama: un projet d'autoroute menace une zone de grande biodiversité AMÉRIQUE DU SUD - Argentine: petite grande victoire sur une société minière canadienne - Bolivie: l'aménagement communautaire des forêts dans l'histoire des peuples indigènes - Brésil: Stora Enso et Aracruz projettent l'usine de pâte la plus grande du monde - Brésil: un vieux projet de barrage hydroélectrique menace une nouvelle fois les peuples amazoniens AMÉRIQUE DU NORD - Mexique: portes ouvertes aux plantations d'arbres "néolibéraux" AMÉRIQUE LATIN - Le Réseau latino-américain contre les monocultures d'arbres est né ASIE - Birmanie: le projet de barrage de Weigyi est réactivé - Indonésie: la réouverture de l'usine de pulpe Indorayon suscite une forte opposition locale - Laos: la lutte contre la corruption dans le barrage Nam Theun 2 façon Banque mondiale - Philippines: le projet de la raffinerie de nickel de Sumitomo Corporation à Palawan rencontre une opposition croissante OCÉANIE - Aotearoa/Nouvelle Zélande: une société des USA plantera-t-elle des arbres génétiquement modifiés? - Samoa: atelier sur les causes profondes de la déforestation et de la dégradation des forêts * LES FICHIERS DE CARBONE - SinksWatch: une initiative non gouvernementale pour le suivi des projets de plantations d'arbres en tant que puits de carbone * GÉNÉRAL - Journée internationale d'action contre les barrages et pour les rivières, l'eau et la vie - Skanska abandonne la construction de barrages... ou non? *********************************************************** * NOTRE OPINION *********************************************************** - Nous sommes tous allés dire "tik" à Porto Alegre Le Forum social mondial a dépassé toutes les attentes. Alors qu'on escomptait la présence d'environ 50 000 personnes, 100 000 sont venues. La participation dans les innombrables activités organisées a été très active, et nous en sommes sortis fortifiés pour continuer notre travail vers cet "autre monde possible" annoncé par le Forum. En ce qui concerne les forêts et les plantations, l'objectif d'intégrer ce thème au Forum, que nous énoncions dans notre dernier éditorial, a été atteint, comme en témoigne une série importante de manifestations, dont trois que nous souhaitons mettre en relief: une "Rencontre de stratégie pour les forêts", un "Atelier sur les monocultures forestières", et une réunion au cours de laquelle a été créé un réseau contre les monocultures d'arbres. La Rencontre de stratégie pour les forêts a rassemblé des activistes du Sud et du Nord qui travaillent aux plans national et international pour la défense des forêts et des populations qui les habitent. Au-delà des discussions qui s'y sont produites, la rencontre elle-même a eu une valeur symbolique importante, du fait d'avoir été organisée dans le cadre du Forum social mondial. En effet, ceci a impliqué de reconnaître que le problème des forêts doit être envisagé comme une question essentiellement sociale. D'une part, parce que les forêts ne sont pas des espaces vides, mais constituent le foyer et la source de subsistance de centaines de millions de personnes dans le monde entier. D'autre part, parce que la conservation des forêts est vitale pour l'avenir de l'humanité dans son ensemble. En même temps, la Réunion de stratégie pour les forêts a été un lieu d'échange et de mise en commun des différents points de vue sur la problématique des forêts et sur les solutions possibles, dans un climat de fraternité et de recherche de consensus conforme à l'esprit du Forum, qui vise à rallier les diversités, plutôt qu'à les désunir ou à les éliminer. A propos des monocultures forestières et de leurs répercussions sur la société et l'environnement, l'atelier organisé a remporté un grand succès, réunissant un public nombreux et actif et traitant en profondeur le problème, dans des perspectives autant nationales qu'internationales. Dans le même domaine, la création du Réseau latino-américain contre les monocultures d'arbres a été un grand pas en avant dans la résistance contre les monocultures forestières. A la réunion de création de ce Réseau ont participé des représentants de l'Argentine, le Brésil, la Colombie, le Costa Rica, l'Equateur, le Paraguay et l'Uruguay, lesquels ont accordé la coordination d'activités pour s'opposer à l'expansion des monocultures forestières à grande échelle, incluant les plantations pour la production de bois, de pâte de papier et d'huile de palmier. Cependant, il est important de souligner que ces réunions que nous venons de décrire très brièvement ne sont qu'un échantillon des centaines d'autres réunions semblables qui ont eu lieu à Porto Alegre, où des liens étroits ont été créés ou renforcés entre des personnes qui, dans des domaines divers, luttent pour affronter et freiner les décisions que d'autres réseaux moins visibles, constitués par des hommes d'affaires, des gouvernements et des organismes internationaux, prennent à l'encontre des gens et de l'environnement. C'est la raison pour laquelle nous estimons pertinent de citer l'écrivain Eduardo Galeano, mondialement connu par son ouvrage "Les veines ouvertes de l'Amérique Latine", qui a dit au cours de sa conférence à Porto Alegre: "Pour qu'on ne dise pas qu'à Porto Alegre se sont réunis les râleurs et les rancuniers de toujours, précisons qu'il y a une chose à propos de laquelle nous sommes d'accord avec les plus hauts dirigeants du monde: nous aussi, nous sommes les ennemis du terrorisme. Nous sommes contre le terrorisme sous toutes ses formes. Nous pourrions proposer à Davos une plateforme commune. Et des actions communes pour capturer les terroristes, à commencer par l'affichage, sur tous les murs de la planète, de panneaux disant "Wanted" [On recherche]: - On recherche les marchands d'armes, qui ont besoin de la guerre comme les fabriquants de manteaux ont besoin du froid. - On recherche la bande internationale qui prend des pays en otage et ne libère jamais ses prisonniers, bien qu'elle encaisse des rançons milliardaires qu'on appelle, dans le langage de la pègre, le service de la dette. - On recherche les délinquants qui, à l'échelle planétaire, volent de la nourriture, étranglent des salaires et assassinent des emplois. - On recherche les violateurs de la terre, les empoisonneurs de l'eau et les voleurs de forêts. - Et on recherche aussi les fanatiques de la religion de la consommation, qui ont déchaîné la guerre chimique contre l'air et le climat de ce monde". Tous ceux qu'on "recherche" sont responsables - parmi bien d'autres choses - de la disparition de forêts dans la planète, par la guerre, l'appauvrissement des populations, le service de la dette extérieure, la consommation excessive, et les activités destructrices menées par des entreprises d'extraction de bois, de plantation d'arbres, de prospection pétrolière et minière, de production chimique et énergétique, d'élevage de crevettes. En d'autres mots, "on recherche" les banquiers, les multinationales, les gouvernements traîtres, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l'Organisation mondiale du commerce. Mais, pour réussir à arrêter les coupables, la solidarité et l'unité sont indispensables. Et à ce sujet, nous faisons encore appel aux paroles de Galeano, qui a conclu sa conférence en disant: "Quel est le mot le plus entendu dans le monde, dans presque toutes les langues? C'est le mot 'moi'. Moi, moi, moi. Pourtant, un spécialiste des langues indigènes, Carlos Lenkersdorf, a révélé que le mot le plus utilisé par les communautés mayas, celui qui est au centre de leur discours et de leur vie, est le mot 'nous'. A Chiapas, 'nous' se dit 'tik'. C'est dans ce but que le Forum social mondial est né et a grandi dans la ville de Porto Alegre, modèle universel de la démocratie participative: pour dire 'nous'. Tik, tik, tik." *********************************************************** * LUTTES LOCALES ET NOUVELLES *********************************************************** AFRIQUE - Afrique du Sud: du gain pour les entreprises, mais le feu, les dégâts et la mort pour les gens, voilà le bilan des plantations d'arbres Pour le groupe papetier mondial Sappi, l'argent pousse dans les arbres. Et d'ailleurs, d'après le dernier rapport annuel de la société, ce serait en Afrique du Sud qu'il pousserait le mieux. Le rapport indique que les ventes de la direction sud-africaine de Sappi, Sappi Forest Products, représentent 15% des ventes totales du groupe, mais que sa contribution aux bénéfices d'exploitation a été de 36% pour l'année finie en septembre 2002. "Nous avons en Afrique du Sud une base d'opérations extrêmement bon marché, qui a d'ailleurs des avantages compétitifs uniques pour la production de fibre en raison de la vitesse de croissance des arbres et des faibles dépenses énergétiques inhérentes", signale le rapport. Sappi est une compagnie de production forestière internationale basée en Afrique du Sud, qui figure parmi les 20 plus grands producteurs de pulpe et de papier du monde. En 1989 elle était uniquement sud-africaine, mais elle est devenue par la suite une organisation internationale avec des usines installées dans trois continents, et un grand producteur de papier couché sans bois et de pâte pour transformation chimique. Sappi Saiccor, en Afrique du Sud, est le premier producteur du monde, au plus faible coût, de la pâte pour transformation chimique utilisée dans la manufacture de la viscose, avec 15% du marché mondial. A la suite d'une restructure conduite en 1998, le groupe Sappi s'est constitué en deux compagnies, l'une produisant du papier fin et l'autre des produits forestiers, et les principaux sièges administratifs ont été installés à Londres et à Johannesburg respectivement. La deuxiéme possède et gère environ 540 000 hectares de monocultures d'arbres en Afrique du Sud, et produit de la pâte à papier blanchie et non blanchie, pour sa propre consommation et pour le marché de la pulpe. Le représentant exécutif de Sappi, Eugene van As, signale qu'a la suite des attentats du 11 septembre 2001 la consommation de papier couché, dont une bonne part est utilisée pour la production de magazines sur papier glacé, a chuté de 12%, "la baisse la plus forte dont les membres aient mémoire". Néanmoins, malgré les pertes subies aux USA, Sappi a fini l'année avec des bénéfices raisonnables. Il a insisté sur les avantages de la diversification géographique de la compagnie, qui a des usines en Amérique du Nord, en Europe et en Afrique du Sud. Ce sont de bonnes nouvelles pour la société. Mais qu'en est-il pour l'Afrique du Sud et pour ses gens? La compagnie se vante de son "excellente efficacité opérationnelle" dans la région, mais il ne s'agit peut-être là que de la manière dont les profits et les pertes sont distribués. Ce n'est pas la compagnie qui supporte les coûts environnementaux et humains de ses activités, ce qu'on appelle les "externalités". Elle ne va pas payer pour l'eau raréfiée ou polluée, pour les forêts réduites, pour les écosystèmes perdus. Elle ne va pas payer pour la pauvreté des personnes privées de leurs moyens de vie et dépendant maintenant des maigres salaires qui rendent possible cette "excellente efficacité opérationnelle". Suivant un rapport de l'organisation environnementaliste sud-africaine Timber Watch, les forêts typiques de ce pays ne poussent que dans les régions sans gel, avec une pluviosité de plus de 525 mm dans la région de pluies hivernales et de plus de 725 mm dans la région de pluies estivales. Ces forêts sont présentes du niveau de la mer à une altitude de plus de 2 100 mètres. Elles brûlent rarement, en raison surtout de la "bulle" d'humidité qui reste attrapée sous le couvert forestier, et des touffes très denses de buissons et d'arbustes qui constituent l'écotone ou la lisière. Sous des conditions de chaleur et de sécheresse extrêmes (lorsque souffle le "berg wind"), des incendies peuvent éclater et détruire la structure de la forêt, mais ceci n'arrive en général que lorsque l'écotone a été endommagé, en raison souvent des plantations d'arbres effectuées trop près de la lisière de la forêt et qui, jointes à des cultures industrielles comme celle de la canne à sucre, ont envahi des zones naturelles et augmenté de ce fait la pression. Les impacts les plus nuisibles des plantations en forêt sont l'épuisement de la nappe phréatique (dont peut témoigner SAWAC, South African Water Crisis), et le déplacement des populations de leurs terres agricoles. Ces impacts ont entraîné un nombre considérable d'effets secondaires, dont la surexploitation des produits forestiers tels que les mammifères et les oiseaux, le défrichage au brûlis pour l'agriculture de subsistance, et l'augmentation de la susceptibilité à l'invasion de plantes exotiques, et au feu. A ce propos justement, en juillet 2002 des incendies de fortes proportions ont éclaté dans la province de Mpumalanga, qui se sont soldés par des dégâts importants et ont laissé des morts et des blessés. Bien que circonscrit au départ, le feu a échappé à tout contrôle. La sécheresse et le vent ont été évoqués, ainsi que le phénomène du Niño et les changements climatiques subits. Cependant, il n'est pas inutile de remarquer que Sappi a établi à Mpumalanga 245 000 hectares de plantations de bois d'œuvre et de pulpe, ainsi qu'une usine de pâte et de papier qui a encouragé l'exploitation forestière. S'agit-il d'une coïncidence? Article basé sur des informations tirées de: Sappi Shows Strong Growth in Region's Fertile Ground, John Fraser, http://allafrica.com/stories/200301030360.html; MBendi Information for Africa, http://www.mbendi.co.za/cosp.htm; Forests in South Africa Under Threat, Timber Watch, http://www.timberwatch.org.za/forests_in_south_africa_under_threat.thm; Forest Fires in South Africa, 12 juillet 2002, http://www.fire.uni-freiburg.de/current/archive/za/2002/07/za_07122002.htm. *********************************************************** - Cameroun: des communautés Baka déplacées par les Parcs nationaux de Lobéké et de Boumba "Nous sommes nés dans la forêt et c'est là que nous faisons tout: cueillir, chasser et pêcher. Où veulent-ils que nous subvenions à nos besoins? Ils disent que nous ne pouvons pas aller dans la forêt, où devons-nous donc vivre alors?" s'est exclamé le membre d'une communauté Baka de la région de Lobéké et de Boumba. Le Parc national Lobéké a été établi en 1999 dans le Sud-Est du Cameroun, sur plus de 220 000 hectares de terres, riches en flore et en faune, la plupart desquelles constituaient jusqu'à maintenant le moyen de vie des communautés Bantoues et des pygmées de majorité Baka. Les activités principales de ces communautés sont la chasse et la cueillette dans les vastes forêts qui couvrent la région. Au Nord-Est de Lobéké et aux alentours du fleuve Boumba se trouve le Parc national Boumba, établi officiellement à posteriori de celui de Lobéké. La zone se situant entre le fleuve Boumba et le Parc Lobéké constitue le foyer de plusieurs communautés qui font de l'agriculture, chassent, pêchent et cueillent pour subvenir à leurs besoins. Dans cette zone se déroulent également les activités des compagnies de safari qui fonctionnent dans les énormes zones de chasse sportive (plus de 400 000 hectares) créées aux alentours du Parc Lobéké et celle-ci abrite, par ailleurs, des zones de chasse moins étendues gérées par les communautés ainsi que de grandes concessions d'exploitation forestière. La proximité des frontières de la République centrafricaine et de la République du Congo ainsi que la présence d'une grande quantité et d'une grande variété de grands mammifères qui habitent les forêts de la région ont fait que cette zone soit très convoitée par les chasseurs et les trafiquants de viande d'animaux sauvages et par les chercheurs de trophées qui payent des montants élevés aux compagnies de safari pour pouvoir chasser. Les perroquets vivants, l'ivoire et les autres ressources des forêts obtenus illégalement sont extraits ou passés régulièrement en contrebande depuis cette zone, activité à laquelle s'ajoute celle des nombreuses sociétés forestières. Le Parc national Lobéké est important pour les peuples de chasseurs-cueilleurs du Cameroun car le ministère de l'Environnement et des Forêts du Cameroun, conjointement avec plusieurs ONG internationales, a établi une autorisation légale officielle concernant l'accès strictement réglementé des Baka et des autres communautés locales à un secteur peu étendu du parc pour faire de la chasse et de la pêche de subsistance, ce qui n'est pas autorisé normalement par les lois camerounaises. Les projets actuels des organisations conservationistes qui travaillent dans la zone (dont WWF et GTZ) prévoient d'attribuer clairement chacune des zones récemment redéfinies autour des parcs aux parties intéressées qui devront plus tard participer à l'aménagement de leur zone de forêt. Parmi les acteurs clé des forêts desquels les Baka ont été très dépendants se trouvent des groupes conservationistes (dont des organisations conservationistes importantes de l'hémisphère Nord), des groupes commerciaux (notamment des entreprises de chasse sportive et des sociétés forestières), des braconniers et des trafiquants de viande d'animaux sauvages, qui comptent souvent sur un soutien politique important, et les communautés Bantoues (notamment les Bagando) qui dépendent principalement de l'agriculture mais aussi d'autres produits des forêts situées aux alentours de leurs communautés. Cette approche de la conservation centrée sur les parties intéressées est digne d'éloge et reflète une tendance plus élargie de la part d'une grande partie de l'Afrique subsaharienne orientée vers la dévolution des droits concernant la gestion de la terre. Mais du point de vue des Droits de l'homme, la matrice des zones de conservation aux alentours de Boumba et de Lobéké pose de sérieux problèmes, notamment en ce qui concerne la façon dont les droits des Baka aux ressources des forêts sont en train d'être méconnus en raison de pressions conservationistes extérieures à la région. Par exemple, les communautés Baka constituent des intéressés clé des forêts de la zone car ce sont des populations nombreuses qui dépendent majoritairement des ressources de la forêt. Et malgré cela, leurs points de vue ont été presque complètement ignorés au long des consultations réalisées au sujet de l'établissement des parcs et ils ont été pratiquement marginalisés de la plupart des programmes théoriquement tendant à favoriser la participation et la prise de pouvoir local en ce qui concerne l'aménagement des différentes aires protégées, dont les parcs et plusieurs types de "zones tampon" qui ont été créées. L'un des nouveaux mécanismes mis en place afin d'habiliter la participation locale dans ces aires délimitées en zones est l'établissement de Zones d'Intérêt cynégétique à gestion communautaire (ZICGC) dans lesquelles les communautés peuvent exploiter la faune et la flore, sous réserve de l'élaboration de plans de gestion dirigés théoriquement par les communautés sous le contrôle des autorités gouvernementales de conservation. Le groupe de délégués des communautés responsable de la gestion des ZICGC est intégré majoritairement par des élites locales établies et les méthodes et critères de sélection de la commission (dont la maîtrise du français) conspirent contre l'intégration de la communauté Baka. Par exemple, en novembre 2002, dans la ZICGC 9 située entre le fleuve Boumba et le parc Lobéké à l'ouest de l'autoroute Moloundu, moins de 10% des délégués provenaient de la majorité Baka et ils avaient été désignés majoritairement par les chefs Bantous locaux et non pas par les Baka eux-mêmes. Une conséquence de ce manque de participation des Baka est que les décisions de la commission communale d'aménagement de la forêt concernant l'autorisation d'accès aux compagnies de safari aux meilleures zones de chasse des ZICGC (souvent pour un montant moindre), par exemple, peuvent entrer en conflit direct avec les stratégies de subsistance des Baka, qui dépendent de ces zones pour survivre. L'organisation Forest Peoples Programme est au courant de nombreux cas au cours des deux dernières années de Baka expulsés de leurs zones traditionnelles de chasse situées en dehors des parcs par des agents de sécurité des compagnies de safari. L'argent versé par les utilisateurs autorisés est destiné à la commission de gestion, qui peut affecter ces fonds à des projets de développement communautaire, c'est-à-dire que les investissements communautaires sont décidés par un groupe qui ne représente pas toute la communauté. la plupart des chargés de conservation de la région accordent que la chasse de subsistance des Baka, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur des aires protégées du Sud-Est du Cameroun ne constituent pas une menace sérieuse pour la biodiversité. Le consensus actuel des acteurs concernés par la conservation au Cameroun dit que la chasse commerciale, notamment celle d'animaux sauvages, représente la menace la plus grave pour les espèces menacées, et que l'exploitation forestière légale et illégale est la principale menace pour les habitats uniques ou en danger. Jusqu'à maintenant, les autorités de conservation locales n'ont pas trouvé suffisamment de subventions locales adaptées afin d'éviter le commerce illégal de viande d'animaux sauvages, et la politique de gestion du secteur forestier au Cameroun a été chroniquement faible. C'est ainsi que ces dangers subsistent encore dans la région de Lobéké, malgré l'existence de nombreux projets internationaux de conservation. Cescercles conservationistes internationaux ne considèrent qu'en deuxième place la subsistance locale et les droits traditionnels des communautés et, au lieu de se focaliser sur le commerce illégal de viande d'animaux sauvages et de limiter celui-ci à travers l'application de la loi, les mesures de protection actuellement en vigueur touchent les plus défavorisés. Le paradoxe est que cela se fait dans le but de protéger les ressources et l'habitat que les peuples locaux, notamment les Baka, connaissent et apprécient déjà, mais ils ne peuvent pas les protéger par manque de droits sur leurs forêts. De nombreux Baka, confrontés à des restrictions de plus en plus importantes concernant les forêts, ont exprimé le désir d'établir un dialogue juste au sujet des plans de conservation avec les autorités qui gèrent les aires protégées mais, jusqu'à maintenant, aucun mécanisme formel n'a été mis en place pour rendre possible ce dialogue. En fonction des précédentes expériences vécues avec les autorités de conservation, les Baka se montrent sceptiques quant à l'engagement pris par les organisations conservationistes concernant les principes d'ouverture, de justice et de négociation. Il sera nécessaire de créer de nouveaux modèles de collaboration entre les communautés Baka et les autorités si l'on veut s'assurer du succès des schémas "participatifs" comme celui de Lobéké et si l'on désire garantir le droit de la population locale sur ses terres, et donc, à leur subsistance. Cet article est basé sur des informations obtenues lors d'interviews à la communauté, réalisées au sud-est du Cameroun pendant une période de deux ans et dans le cadre d'un projet destiné à documenter l'impact des aires protégées sur les populations indigènes dans sept pays africains ainsi qu'à promouvoir l'application des nouveaux principes de conservation prévus, entre autres, par la "Déclaration de principes des peuples indigènes et la conservation" de WWF, par les résolutions de la World Conservation Union sur les peuples indigènes, par la Commission mondiale des aires protégées et les dispositions pertinentes de la Convention sur la diversité biologique signée par plus de 177 pays. Ce nouveau modèle de conservation est basé sur des principes qui reconnaissent les droits des peuples indigènes d'utiliser, de posséder et de contrôler leurs territoires traditionnels et qui essaient de protéger leurs connaissances et leur habiletés traditionnelles. Cette nouvelle approche vise à créer des associations de travail avec les peuples indigènes basées sur des principes du consentement total et informé et sur une distribution équitable des bénéfices provenant des activités de conservation. Ce projet est réalisé par le Forest Peoples Project et par ses partenaires locaux, financé par le Community Fund du Royaume Uni. Plus d'informations sont disponibles sur le site Web: www.forestpeoples.org Par: John Nelson, FPP, courrier électronique: johnnelson@blueyonder.co.uk *********************************************************** - République Démocratique du Congo: la biodiversité vendue avec l'aide de la Banque mondiale Il y a quelques années, Jane Dewar, la fondatrice de l'organisation conservationniste Gorilla Haven, avait présenté au Président de la Banque mondiale, M. Wolfensohn, des évidences qui liaient l'exploitation industrielle du bois à la commercialisation de la viande de brousse dans presque toute l'Afrique centrale. Wolfensohn avait répondu que "la prévention d'abus du genre que vous décrivez est clairement la responsabilité de l'industrie, ainsi que des autorités gouvernementales compétentes". En décembre 2002, Jane Dewar y a répondu à son tour par une lettre ouverte. Elle y dénonçait que dans la République démocratique du Congo (RDC) la Banque mondiale semble être à l'avant-garde de l'assistance à la proposition d'une forte réactivation du secteur forestier. D'après Dewar, les projections présentées par un expert de la Banque mondiale dans un mémorandum "sont épouvantables, c'est le moins qu'on puisse dire, si nous considérons qu'il s'agit de la moitié du bassin du Congo qui n'a pas encore été touchée par l'extraction industrielle du bois: - L'ouverture, sous la forme de nouvelles concessions d'exploitation, de 60 millions d'hectares de forêts tropicales primaires. - Une exploitation/extraction projetée de 6 à 10 millions de mètres cubes, ce qui en fait doublerait la production de la région centrafricaine. - Une recette, résultat d'un "impôt aux concessions", allant de 60 à 360 millions de dollars. - Un chiffre d'affaires annuel de l'industrie de 1 à 2 milliards de dollars, dont la plupart restera, bien entendu, sous forme de profits dans des comptes à l'étranger. - La création d'environ 60 000 emplois. Quelle est la part de la réalité dans ces projections, à la lumière des résultats obtenus (en partie sous la supervision de la Banque mondiale) dans n'importe lequel des pays voisins? Les fonctionnaires de la Banque sont les mieux placés pour répondre à cette question et à bien d'autres sur les coûts et les bénéfices réels de l'abattage de forêts tropicales primaires. Les données dont je dispose indiquent qu'il ne s'agit que d'illusions. Mais des illusions de ce genre, présentées de manière officielle par des experts de la Banque mondiale, rendent beaucoup plus difficile encore tout effort de conservation, et en particulier la création de nouvelles zones protégées". Dewar constate que, "pour ce qui est d'exploiter de façon durable 60 millions d'hectares de forêt tropicale primaire, en une période de 5 à 10 ans seulement, il existe des déclarations d'experts de la Banque mondiale qui affirment: 'Nous n'allons pas essayer de définir la GDF (Gestion durable des forêts), parce qu'il n'est pas possible de se mettre d'accord à ce sujet'. Ceci est probablement plus vrai en Afrique centrale que nulle part ailleurs. J'ai également copie de minutes de réunions dans lesquelles des fonctionnaires de la Banque mondiale déclarent: 'En Afrique centrale les gouvernements 'dysfonctionnels' doivent être considérés comme un fait'." La lettre continue en disant que, très probablement, une fois que la plupart du bois le plus prisé aura été extrait, les 35 millions de personnes qui, d'après les estimations, dépendent encore de ces forêts, seront encore plus pauvres que maintenant. Si les projections et les projets actuels sont réalisés, il n'y aura plus de protéines animales dans la majorité de ces régions. L'Aide-mémoire de M. Debroux, négociateur et conseiller en chef de la Banque, daté de mars 2002, atteste clairement que la Banque a participé très activement dans l'élaboration des nouvelles lois forestières que le président Kabila a signées en août 2002. Dewar signale que les mots "faune" ou "animaux sauvages" ne figurent pas une seule fois dans l'Aide-mémoire, et qu'aucune référence n'y est faite non plus au fait que l'industrie forestière doit prendre la responsabilité de la gestion active de la faune dans les limites de ses concessions. Par contre, le document semble indiquer que cette responsabilité serait transférée aux services gouvernementaux pertinents, dans le but d'obtenir des recettes au moyen d'impôts sur la chasse sportive (pour la capture et l'exportation) et sur des produits dérivés tels que l'ivoire, les cornes de rhinocéros, les peaux, les dents, les queues, les crânes, etc. "C'est une approche qui n'a fonctionné nulle part", souligne Dewar. Suivant les conseils de la Banque mondiale, les autorités ont décidé en toute connaissance de cause que la faune du Congo pourrait être le prix à payer pour l'obtention des plus grands revenus possibles dans le secteur des forêts, du moins dans les régions extérieures aux zones protégées. Les événements subséquents montrent que ni les fonctionnaires locaux ni les experts de la Banque mondiale ne prennent en compte l'idée fondamentale de la conservation de la biodiversité. "Il est clair que nous régressons, dans un pays où il y avait un certain espoir qu'une nouvelle conception de l'exploitation forestière industrielle serait possible". Voilà la conclusion désappointée de Jane Dewar. Article basé sur des informations obtenues dans: "An Open Letter to the World Bank President", de Jane Dewar, fondatrice de Gorilla Haven, www.gorilla-haven.org, envoyé par Philip Owen, adresse électronique: owen@soft.co.za. *********************************************************** - République Démocratique du Congo: la survie menacée des peuples Mbuti des forêts Le nombre total des 'Pygmées' Mbuti, des chasseurs-cueilleurs habitant dans la forêt tropicale de l'Ituri, n'est pas connu, bien qu'il ait été estimé à 30 000 environ, occupant 50% des 37 860 km2 de la région de Mambasa. Leur existence est extrêmement fragile: leurs droits fonciers ne sont pas reconnus, ni par la loi ni par les systèmes de droit coutumier des peuples voisins, et les autorités de la Réserve naturelle d'Okapi ne leur permettent plus de chasser le grand gibier. Ils survivent maintenant en chassant de petits animaux, et en échangeant avec les peuples Bantous des environs du travail, du bois de feu et du gibier contre des aliments. La forêt et, par voie de conséquence, l'approvisionnement en nourriture des Mbuti, sont de plus en plus menacés par l'expansion rapide des plantations commerciales effectuées par des exploitants forestiers ougandais, et par le nombre croissant de mines de coltan. (Le coltan est un minerai qui entre dans la fabrication des condensateurs pour la régulation du voltage et l'accumulation d'énergie dans les téléphones mobiles). Bien que les rapports soient généralement bons entre les chasseurs-cueilleurs Mbuti et les agriculteurs-pêcheurs traditionnels Bila (qui pratiquent la culture itinérante), et que leur utilisation de la forêt soit durable, la pression sur celle-ci s'est vue augmentée par l'arrivée des chercheurs d'or. En effet, de nouveaux venus abattent la forêt pour y établir de vastes cultures permanentes de produits qu'ils vendent aux chercheurs d'or à des prix exorbitants, ce qui bouleverse autant l'économie locale que l'écologie, et donc la subsistance traditionnelle des Mbuti, qui se retrouvent de ce fait dans une situation de vulnérabilité. Pour compléter leur malheur, les groupes rebelles Mouvement de Libération du Congo (MLC) et Rassemblement congolais pour la Démocratie-National (RCD-N) ont férocement persécuté les Mbuti par des mesures terroristes incluant des exécutions, des viols, des séquestrations, des tortures, des actes de cannibalisme et même de cannibalisme forcé. Au cours des derniers mois, des dizaines de milliers de civils ont fui pour échapper à l'avance du MLC, du RCD-N et de l'Union des Patriotes congolais (UPC), qui visent à s'assurer le contrôle des ressources minières, dont le coltan, l'or et les diamants. Plus de 10 000 réfugiés de la province d'Ituri ont traversé la frontière de l'Ouganda, et les rapports signalent que 100 000 personnes ont trouvé asile à Beni. Des informations récentes semblent indiquer qu'au moins 3000 'Pygmées' ont quitté la forêt ("pour la première fois depuis des années", suivant la Mission de l'ONU dans la République démocratique du Congo - MONUC). Un groupe d'au moins 1000 d'entre eux s'est réfugié dans le village de Mangina, tandis que d'autres campements de déplacés sont situés entre les villes de Mambasa et Beni. Les conditions d'insécurité des lieux ont empêché les organisations d'aide humanitaire de travailler en Ituri, de sorte que les Mbuti ont été dépourvus de nourriture, de sécurité et d'abris appropriés. Les Mbuti ont donc grand besoin d'appui. Victimes d'une guerre civile qui leur est étrangère et qui a provoqué des violations innombrables des droits humains, ils se voient privés de leurs droits sur une forêt qui est manifestement leur foyer ancestral; leurs ressources alimentaires sont diminuées par des programmes de conservation qui leur refusent l'accès à leurs sources habituelles de protéines; leur territoire est envahi par des soldats, des chercheurs d'or et de coltan, et des agriculteurs venus d'ailleurs; leur forêt tropicale riche en diversité est remplacée par des monocultures d'arbres. Il faut faire quelque chose, mais tout de suite! Par : Lucy Mulvagh, FPP, adresse électronique: lucy@fppwrm.gn.apc.org, http://www.forestpeoples.gn.apc.org. Pour davantage d'informations sur la situation en Ituri, les lecteurs peuvent consulter les sources suivantes: Bureau de Coordination de l'ONU pour les Affaires humanitaires, http://www.irinnews.org, ReliefWeb: http://www.reliefweb.int/w/rwb.nsf, Refugees International, 'Forgotten People: In the Ituri District of the Democratic Republic of the Congo', 15 janvier 2003, http://www.refugeesinternational.org/cgi-bin/ri/other?occ=00568&spotlight=1. *********************************************************** - Sénégal: un regroupement de femmes réhabilite la nature au bénéfice de la communauté Deux ensembles d'écosystèmes naturels distincts composent la réserve naturelle de Popenguine-Guéréo, située à 45 kilomètres au sud de Dakar, capitale du Sénégal: une partie continentale, formée de collines découpées et constituant une forêt primaire, et une frange maritime principalement composée d'un habitat rocheux qui constitue une zone de frayère pour les poissons. La zone a été clasée réserve naturelle en 1986 afin de réhabiliter un milieu fortement dégradé, du fait de la coupe abusive du bois de chauffe, du surpâturage et de sécheresses successives qui ont entraîné de grandes pertes de biodiversité. Par ailleurs, en 1987, 116 femmes de la communauté ont réagi en créant au niveau de la réserve et de façon volontaire et spontanée le RFPPN (Regroupement des femmes de Popenguine pour la protection de la nature) dans le but de contribuer bénévolement à la réalisation des objectifs de conservation et de restauration de la biodiversité de leur milieu. Ces femmes ont mis en péril leur réputation, et même leur couple, car elles ont consacré leur temps et leur énergie à la création d'une réserve naturelle au bénéfice de la communauté, tandis que, aux yeux de leurs voisins, elles auraient dû se consacrer à leurs tâches ménagères d'épouses et de mères sénégalaises. Mais les femmes dynamiques du village de Popenguine et de ses alentours ont réussi à convaincre leurs détracteurs. Elles ont progressivement prouvé qu'elles étaient capables de réhabiliter et de conserver leur environnement, de favoriser l'écotourisme, d'assurer la repousse des forêts et la survie de la flore et de la faune, bénéficiant ainsi à toute la communauté. D'année en année, des miliers d'arbres de la fore indigène ont été introduits. La faune s'est lentement reconstruite et 195 espèces d'oiseaux ont ainsi réapparu, ainsi que des des guibs harnachés, des sylvicapres de grimm, des callitriches, des chacals à flancs rayés, des mangoustes, des civettes, etc. Avec le temps, les objectifs environnementaux ont progressivement évolué de manière à prendre en charge également les problèmes de développement des femmes impliquées dans l'action (production de revenus, satisfaction des besoins céréaliers et en combustibles, entre autres), au point de constituer un programme de développement durable fondé sur la préservation de l'environnement local, mais conçu à partir d'une démarche empirique sans planification imposée de l'extérieur. Dès 1995, le groupe a réussi à élargir leur domaine d'action et à rassembler les efforts afin de restaurer un espace vital d'environ 100 km2, appelé Espace naturel communautaire Ker Cupaam, en hommage à l'esprit féminin protecteur de l'endroit. Cet espace comprend la Réserve de Popenguine-Guéréo et les territoires de huit villages riverains. Les villages sont représentés par les GIE (Groupes d'intérêt économique des femmes) qui composent le collectif COPRONAT, formé de 1555 membres et créé dans le but de protéger la nature. Le programme actuel du RFPPN est organisé autour de: a) la gestion de la réstauration de la forêt: création de pépinières dans chacun des huit villages, production de bois de chauffe ainsi que d'arbres fruitiers et de plantes d'ornement commercialisables, gestion de la forêt du village, création d'un réseau de distribution de combustibles pour éviter la coupe des espèces ligneuses; b) la gestion de la santé: organisation de la collecte et de la classification des déchets ménagers, leur traitement et transformation en compost, construction de létrines; c) la gestion alimentaire: création de banques de céréales et de potagers familiaux; d) la formation dans la gestion communautaire des zones protégées, destinée aux jeunes aussi bien qu'aux adultes, et dans les domaines suivants: traitement des déchets, horticulture, gestion des espaces naturels, initiation à l'informatique, hotellerie, construction d'un centre de formation, matériel informatique et audiovisuel; e) la gestion du tourisme: élargissement de la zone de camping touristique et son équipement. Afin d'enrayer l'érosion, des cordons pierreux et des barrages sont construits pour diminuer la vitesse des eaux de pluie. La réhabilitation des mangroves du lac Somone, à la limite sud du territoire, fait également partie des objectifs fixés. Les femmes de Popenguine sont fières de leur travail, des mangroves reluisantes et du niveau élevé de l'eau du lac malgré la rareté des pluies. Dix ans auparavant, la récupération du lac Somone et de la région de Popenguine n'était qu'un rêve. Woulimata Thiaw, présidente du regroupement de femmes, s'énorgueillit des fruits de leur travail. Elle répète en souriant que le prix de la réussite est le travail acharné et que développement durable signifie "être conscient à tout moment des effets de nos actions dans le futur et dans celui de nos enfants et de nos petits-enfants. C'est ça la durabilité, les décisions que nous prenons. Nous devons nous assurer qu'il y aura une continuité." D'après: "Ker Cupaam: ejemplo para el desarrollo sostenible", envoyé par Liliana Marcos Barba, Canal Solidario, lilianita_81@hotmail.com; Cultivant la Diversité - Afrique de l'Ouest, La gestion de l'espace communautaire Ker Cupaam, http://www.grain.org/gd/fr/case-studies/cases/wa-abstract-senegal-fr.cfm; Etude de cas, La Réserve Naturelle de Popenguine (Sénégal): une expérience de développement durable basée sur la conservation de la biodiversité, Paul Ndiaye, http://www.cdr.dk/sscafrica/ndi2-f-s.htm *********************************************************** AMÉRIQUE CENTRALE - Panama: un projet d'autoroute menace une zone de grande biodiversité Par décret du gouvernement Nº 123 du 4 décembre 2002, celui-ci a décidé "d'excuser le ministère des Travaux publics (MTP) de la réalisation d'une sélection d'entrepreneurs, condition normalement nécessaire à l'adjudication de ce genre de travaux, et de l'autoriser à passer un contrat directement avec CUSA (Constructora urbana S.A.) pour la conception, le financement et la construction du chemin écologique Boquete-Cerro Punta. Il s'agit de construire une route passant par le Paso del Respingo, qui traverserait le Parc national Volcán Barú et le Parc international La Amistad, violant ainsi le statut de protection de cette zone. Le chemin se trouve sur la route du Sendero de los Quetzales et son coût s'élèverait, d'après cette entreprise, à 7,5 millions de dollars. Cette adjudication directe serait justifiée d'après eux, par l'urgence de profiter de la saison sèche. Le projet a déjà son histoire, qui commence en 1980-81 sur la base d'intérêts personnels, mais il n'a pas prospéré. En 1991, le ministre du MTP de l'époque a ordonné d'ouvrir un sentier de 1 km avec un bulldozer, en plein Parc national, depuis El Respingo par le Sendero de los Quetzales. Le gouverneur est intervenu et a réussi à empêcher la mise en œuvre de cette mesure. Le gouvernement a envoyé à l'Assamglée législative un avant-projet de loi déclarant la construction de ladite autoroute "d'intérêt public". Encore une fois, en 1992, la construction de cette route a été promue en fonction des intérêts privés de certaines personnalités du gouvernement, propriétaires de terrains dont la valeur augmenterait considérablement suite à la construction de cette autoroute. Malgré le fait que l'Ecole de géomètres professionnels, suite à une étude de la route proposée, a déconseillé sa construction en raison des pentes et de la géologie de l'endroit, le projet a été repris, sans aucun débat public, sans transparence au niveau de la gestion de l'information, et sans disposer d'une étude d'impact objective. Au cours des dernières années, des routes alternatives ont été proposées, notamment la construction d'une autoroute passant par la Cuesta de Piedras, du côté sud du Volcán Barú, qui bénéficierait à une série de communautés actuellement isolées. Les dommages causés par l'ouverture d'autoroutes dans ce genre de sites extrêmement fragiles sont énormes, en raison du compactage, de la diminution de l'infiltration et de l'augmentation notable du ruissellement en surface, ce qui entraîne des changements dans le régime hydrique et ceux-ci créent, à leur tour, des risques d'inondations des zones basses (c'est le cas, par exemple, du Boquete, dont l'historique indique des inondations en 1969, 1970, 1990, 1991, 1995 et 2000). L'Initiative de la Société civile pour l'environnement (ISCA - Iniciativa de la sociedad Civil para le Ambiente), un réseau qui regroupe plusieurs associations environnementalistes et de droits de l'homme, est intéressée par l'éclaircissement de la procédure, par la détermination exacte de ce qu'il y a derrière ce projet et l'établissement d'un processus adéquat afin d'évaluer les coûts et les bénéfices réels de la construction de l'autoroute sur le site proposé. Ces associations ont indiqué également que ceux qui connaissent bien le Parc national Volcán Barú savent que, parmi les potentiels bénéficiaires de ces travaux, se trouvent plusieurs personnes, membres de l'actuel gouvernement et propriétaires de terrains dont la valeur augmenterait considérablement suite à la construction de l'autoroute. ISCA se demande: "Et le Plan de gestion du Parc national Volcán Barú, financé par le Projet du couloir biologique méso-américain de l'Atlantique panaméen?" Ceci ne faisait pas partie des paramètres de discussion du Plan de gestion... cela veut dire que tout l'investissement et tout le travail réalisé jusqu'à maintenant concernant la conception dudit Plan de gestion doit être refait? Et la Réserve de la biosphère de Chiriqui-Bocas del Toro, annoncée avec tellement d'enthousiasme l'année dernière? Et les éboulements, et les problèmes qui surgiraient concernant la qualité et le débit des eaux qui alimentent les barrages hydroélectriques de la région? Et la disparition d'encore plus de forêts montagneuses humides qui font partie des écosystèmes les plus menacés d'Amérique centrale? Et la valeur des quetzales et autres espèces menacées? Et les espèces d'oiseaux endémiques, et la flore des terres hautes?" D'après les informations envoyées par Felipe Carazo, TNC - La Amistad Project, courrier électronique: fcarazo@TNC.ORG *********************************************************** AMÉRIQUE DU SUD - Argentine: petite grande victoire sur une société minière canadienne Les habitants de la ville d'Esquel, une petite ville argentine de la province de Chubut, sont en lutte pour la défense de leurs forêts et de leur environnement. Ils sont de plus en plus nombreux parmi les habitants de la ville et de toute la contrée andine, ainsi que parmi les organisations régionales et nationales, à s'opposer au projet minier à ciel ouvert et à l'installation d'une usine de traitement de cyanure destiné à l'extraction d'or, qui ne serait située qu'à huit kilomètres de cette ville entourée de lacs et de forêts millénaires de mélèzes. Malheureusement, celui-ci ne serait que le premier d'une longue série de projets d'extraction minière qui porteraient atteinte à toute la région de la cordillère des Andes, en Argentine et au Chili, favorisés par les privilèges accordés aux multinationales à travers des "accords" internationaux signés par les gouvernements prêts à livrer les richesses de leurs pays au plus offrant. Même si les habitants d'Esquel sont l'objet de toutes sortes de menaces, ils n'ont pas manqué ni de force ni d'imagination pour faire face à la transnationale canadienne Meridian Gold et à sa société subsidiaire El Desquite, toutes deux bénéficiaires de ce projet. Des manifestations, des actes, des marches, des réunions, des colloques, des déclarations, et même des concerts de rock, ont été organisés au cours de ces derniers mois contre l'exploitation aurifère dans la région. Plusieurs pages Web ont également été créées afin de diffuser cette situation et de rechercher du soutien international pour cette campagne. Par ailleurs, les rares procédures légales dont disposent les personnes lésées ont été mises en œuvre. En décembre, les habitants de la ville ont déposé une Action de protection environnementale, visant à protéger tous les droits et les garanties consacrés par la Constitution et, en particulier, "le droit de tout habitant à défendre son environnement". Le 19 février, une bonne nouvelle a été annoncée. Me Claudio Alejandro Petris, juge au Tribunal civil, a ordonné la suspension urgente de tous les travaux et de toutes les actions en cours de l'entreprise minière El Desquite à Cordon Esquel, et a interdit l'initiation de nouveaux travaux tant que toutes les conditions requises par la loi provinciale 4032 d'impact environnemental et par son décret réglementaire ne seront pas remplies. "Ce qui reste à faire maintenant c'est de résoudre le problème de fond, c'est-à-dire, déclarer l'illégalité de tous les travaux réalisés, ordonner la réhabilitation intégrale de l'environnement dégradé et imposer une amende aux particuliers et/ou aux entreprises responsables pour un montant de jusqu'à 5% du total du projet. Même si ce sera là une bataille judiciaire très dure, je pense que c'est un signe très positif" a commenté un habitant de la zone. Cette résolution créé un précédent très important en ce qui concerne l'application des lois provinciales, telle que la Nº 4032 sur l'impact environnemental qui exige dans tous les cas la réalisation de débats publics, tandis que le Code minier, que les entreprises avaient réussi à faire modifier à leur bénéfice, ne l'exigeait pas. Jusqu'à maintenant, les études d'impact environnemental étaient de simples démarches bureaucratiques, qui comptaient par avance sur l'approbation des autorités concernées. Par ailleurs, cette résolution est importante puisqu'elle concerne potentiellement tout autre projet minier, ou du moins, ceux de la province de Chubut. C'est pour cette raison que les habitants de Esquel considèrent cette décision judiciaire une "petite" mais à la fois une grande victoire. Pour eux, il est clair que le pouvoir des entreprises, aussi bien économique que politique, est souvent capable de gagner des batailles dans les tribunaux de justice et d'obtenir des verdicts en leur faveur qui ont peu ou rien à voir avec la justice. La bataille d'Esquel continue donc, revigorée par cette récente décision judiciaire. D'après les informations envoyées par: Gustavo Macayo, libmacayo@ciudad.com.ar, Pour plus d'informations à ce sujet, voir: http://www.wrm.org.uy/paises/Argentina/esquel.html; http://www.sospatagonia.netfirms.com/; http://www.contralamina.freeservers.com; http://www.esquelonline.com; http://www.geocities.com/proyectolemu/011115A.htm *********************************************************** - Bolivie: l'aménagement communautaire des forêts dans l'histoire des peuples indigènes Dans un document élaboré dans le cadre du FOMABO (Aménagement forestier des terres tropicales de la Bolivie), projet fruit d'un accord passé entre les Universités KVL du Danemark et UAGRM - UMSS de Bolivie avec le soutien de DANIDA, les caractéristiques principales de l'aménagement communautaire des forêts sont décrites, en relation avec les multiples usages que les peuples indigènes font de la forêt. Dans la compréhension native, la forêt est la "grande maison" de l'indigène -ce que représente le supermarché pour les non-indigènes le représente la forêt pour les indigènes- où il s'approvisionne de tous les biens et les aliments nécessaires et où se concentrent les différentes relations de travail et socioculturelles. Dans l'univers indigène, le territoire est l'espace nécessaire qui donne lieu aux activités de production et de reproduction de la nature et toutes deux permettent de profiter adéquatement des ressources naturelles existantes dans les forêts. L'aménagement communautaire des forêts, d'après ces caractéristiques, se définit comme les multiples usages et aménagements des ressources des forêts de la part des peuples indigènes. Avant l'arrivée des européens aux terres basses de la Bolivie par le Rio de la Plata en 1535, les peuples indigènes constituaient différentes communautés ethniques ayant un dénominateur commun basé sur la relation dominante nature-être humain, où l'être humain profite des cycles de reproduction de la nature à travers la cueillette d'espèces sylvestres, la pêche et la chasse. Ce système s'est maintenu au cours du temps et fait partie actuellement des systèmes d'aménagement et d'usage traditionnel de l'espace et des ressources naturelles dans leurs territoires respectifs. Mais il fait partie également des caractéristiques de l'identité sociale en tant que peuples indigènes qui maintiennent leurs propres valeurs tout en adoptant, assimilant et fusionnant d'autres connaissances provenant de cultures différentes. L'identité sociale indigène actuelle est le résultat d'un ensemble d'ententes et de mésententes avec d'autres secteurs sociaux différents et du syncrétisme des valeurs d'autrui: la religiosité, les systèmes d'organisation (capitaineries, conseils municipaux, zones agraires), les systèmes de travail communal (minga) qui par la suite ont fait partie des usages et des aménagements traditionnels: cueillette, chasse pêche et multiples usages du bois. Tous ces aspects sont rassemblés dans leur vision actuelle de l'univers, présentée comme la restructuration de leurs territoires ancestraux et l'interpellation à l'Etat et à la société au nom d'un développement basé sur une identité propre et à partir d'une prise de pouvoir au niveau national et local. On peut conclure que, en ce qui concerne les communautés qui habitent des zones forestières, la pratique, la production et l'utilisation des produits forestiers au niveau du village font souvent partie de systèmes sociaux complexes qui règlent l'aménagement des ressources et où beaucoup de facteurs liés à notre capacité d'intervenir en apportant des solutions forestières n'ont pas un caractère forestier. Il s'agit principalement de facteurs humains, associés aux modalités d'organisation de l'exploitation des terres et des autres ressources. Par conséquent, des approches spécifiques sont nécessaires pour chaque situation et les solutions générales adoptées ainsi que les approches orientées vers un seul élément de la situation seront difficilement réussies. C'est ainsi que les analyses initiales qui ont été faites en ce qui concerne la nature de la dépendance de la population vis-à-vis des arbres et de leurs produits dérivés se sont révélées sous certains aspects incorrectes ou incomplètes et donc, les solutions trouvées ont été inappropriées. C'est le cas, notamment, des solutions concernant la diminution de la disponibilité de bois de chauffage et de celles concernant les interventions contradictoires dans l'organisation sociale et institutionnelle existante dans les communautés. Même les projets qui essayaient d'identifier les besoins, les aspirations et les possibilités locales, dans la pratique les actions étaient davantage basées sur les opinions des planificateurs et des autres agents externes que sur celles de la population locale elle-même. Trop fréquemment, le dialogue tendant à faire participer la population locale n'a été établi qu'une fois le projet déjà conçu et élaboré. Le concept de "développement forestier communautaire" a été très confusément présenté et manque de clarté en ce qui concerne sa nature et son objectif. Parfois, l'emploi de ce terme générique a camouflé la grande diversité d'objectifs fixés par les projets de développement forestier communautaire. Souvent, la conception et l'exécution de ces projets ont souffert du manque de transparence en ce qui concerne les objectifs qui avaient été fixés ou qui étaient prioritaires. Même si certains de ces objectifs peuvent être compatibles entre eux, voire se renforcer mutuellement, d'autres peuvent se révéler contradictoires. Il est improbable que la plantation d'arbres destinée a remplir une mission écologique, telle que la protection du sol, fournisse suffisamment de produits commercialisables et soit économiquement profitable à l'agriculteur. De la même manière, il est improbable que la plantation d'arbres destinée à créer des revenus bénéficie à ceux qui possèdent peu de terres ou n'en ont pas du tout. Difficilement pourra-t-on satisfaire et les besoins de subsistance et ceux du marché en employant un modèle unique de production. Il est improbable, par ailleurs, que des projets conçus originairement pour atteindre un objectif de production servent aussi à atteindre un objectif social rajouté à posteriori, comme par exemple celui de bénéficier aux pauvres, à moins qu'ils soient dûment restructurés. Le développement forestier communautaire ne constitue donc pas une discipline ou un programme à part mais une dimension de la sylviculture, de l'agriculture, de l'énergie rurale et autres composants du développement rural. Bien que dans d'autres expériences, l'aménagement communautaire des forêts ait été considéré comme faisant partie des activités des populations "rurales", l'importance qu'on lui confère en général a toujours été d'ordre secondaire, vu seulement en tant que plantations d'arbres et non pas comme une activité principale des usages et des multiples aménagements des ressources de la forêt tel qu'il est postulé actuellement. En fait, l'institutionnalisation de l'aménagement communautaire des forêts en tant que multiples usages et fonctions de la forêt signifiera l'institutionnalisation et la reconnaissance des pratiques des peuples indigènes amazoniens. D'après: "Entendiendo la historia de los pueblos indígenas para promover la forestería comunitaria como una alternativa de desarrollo socio-económico local en las TCO's", José Martínez Montano, jomartinez@scbbs-bo.com, Projet FOMABO (le document intégral est disponible sur http://www.wrm.org.uy/paises/Bolivia/TCO.doc ) *********************************************************** - Brésil: Stora Enso et Aracruz projettent l'usine de pâte la plus grande du monde Dans quelques semaines, les actionnaires de Veracel vont décider s'ils construiront une énorme usine de pâte dans l'état brésilien de Bahia. Erton Sanchez, PDG de Veracel, décrit ainsi le projet: "Ce sera l'usine la plus grande du monde, avec une capacité de production de 900 000 tonnes par an. On y produira la pâte blanchie Elemental Chlorine Free, en ciblant le secteur le plus élevé du marché de la pulpe. L'investissement total sera de l'ordre des 930 millions de dollars USA. Veracel est une co-entreprise réunissant le géant suédois-finlandais Stora Enso et la société brésilienne-norvégienne Aracruz. Aracruz est le plus grand producteur mondial de pâte blanchie d'eucalyptus, et contrôle 170 000 hectares de plantations d'eucalyptus à Bahia et Espirito Santo. Pour faire de la place aux vastes plantations d'Aracruz, des populations indigènes Tupinikim et Guarani, des communautés 'quilombolas' afro-brésiliennes et d'autres communautés locales ont perdu leurs forêts et leurs terres. Jukka Harmala, PDG de Stora Enso, dit qu'il envisage que la compagnie soit "la compagnie leader de produits forestiers du monde". Harmala a manifesté à Pulp and Paper International, en juin 2001: "Notre priorité en Amérique Latine est de trouver de bonnes sources de fibre". En 1999, Bjorn Hagglund, PDG adjoint de Stora Enso, a expliqué au Financial Times que la stratégie de la compagnie était d'accroître ses activités dans le domaine de la pulpe au Brésil, pour s'assurer la matière première nécessaire à ses usines de pâte en Chine et en Thaïlande. La décision de s'engager dans l'usine de pâte aurait dû être prise fin 2002. "Ce projet a été très compliqué, et il très si grand. Il a été remis au mois de mars ou d'avril, surtout pour des raisons d'ordre économique", a expliqué Timo Heikka, du secteur Stratégie et Investissements de Stora Enso. Veracel a déjà planté 63 000 hectares d'eucalyptus sur les 147 000 hectares que la compagnie possède à Bahia. Il reste à planter encore 6 000 hectares. Quel que soit le résultat du projet d'usine de pâte, Aracruz achètera 3,5 millions de mètres cubes de bois des plantations de Veracel entre 2002 et 2004. Timo Heikka, de Stora Enso, s'est rendu dans la zone du projet en septembre de l'année dernière. Il a dit: "Pour ce qui est de la biodiversité et des aspects sociaux, cette alternative semble être l'une des meilleures, tout compte fait, de l'hémisphère Sud". Sanchez, de Veracel, déclare que 78 000 hectares vont être réservés à "la préservation et la récupération de la forêt atlantique" ('mata atlantica'). Il a également mentionné que Veracel est propriétaire de la Station Veracruz, une réserve forestière de 6 000 hectares inscrite par l'UNESCO sur la liste du patrimoine mondial. Sanchez n'a pas mentionné que, lorsque Veracel est arrivée à Bahia en 1991, la compagnie projetait de transformer 80 pour cent de de ses terres en plantations d'eucalyptus. C'est seulement grâce à l'intervention d'ONG brésiliennes et du syndicat de travailleurs forestiers que la Direction brésilienne de l'environnement a insisté pour que 6 000 hectares de forêt soient exclus et considérés comme zone protégée. Sanchez n'a pas dit non plus que Veracel a abattu la forêt pour établir ses plantations à quelques kilomètres seulement de la Station Veracruz (cf Bulletin nº 39 du WRM). En octobre 2001, la Banque européenne d'investissement (BEI), l'institution financière de l'Union européenne, a annoncé qu'elle avait approuvé un prêt de 30 millions de dollars à Veracel pour ses plantations à Bahia. Yvonne Berghorst, Responsable de l'Information de la BEI, a dit que "la reforestation avec eucalyptus a une influence sur le sol qui est bénéfique à long terme, par la réduction de l'érosion, l'augmentation de l'infiltration et de l'accumulation d'eau, et l'amélioration des propriétés chimiques et physiques et de la fertilité du sol". Le contraste est frappant entre l'optimisme de Berghorst et la réalité à laquelle se voient confrontées les communautés d'Espirito Santo, qui sont obligées de vivre avec les plantations d'Aracruz. Dans une lettre adressée en mai 2002 aux représentants de l'Etat d'Espirito Santo, les communautés locales, les syndicats et les ONG ont décrit l'épuisement des cours d'eau depuis le début des plantations d'Aracruz. Et la lettre continuait: "Pour les communautés locales et l'environnement en général, la durabilité des plantations d'eucalyptus est très douteuse, puisqu'il s'agit d'une monoculture d'arbres à cycle extrêmement court, qui exige de grandes quantités d'engrais chimiques et agrotoxiques". Les représentants de Stora Enso, de la BEI, d'Aracruz et de Veracel n'ont pas répondu aux questions sur la quantité de personnes qui ont été déplacées pour faire de la place aux plantations de Veracel. Le PDG de Veracel, Erton Sanchez, a commenté que "le taux d'occupation est très bas, puisque la population habite des terres qui n'appartiennent pas à la compagnie". Il a ajouté que la terre destinée aux plantations avait été "préalablement dégradée par les propriétaires précédents". José Augusto Tosato, de l'ONG locale CEPEDES, conteste l'argument de la compagnie sur la dégradation préalable de la terre. Il fait remarquer que Veracel a établi ses plantations dans des prairies et de petites propriétés foncières qui étaient auparavant productives. La Politique de Responsabilité environnementale et sociale de Stora Enso établit: "Stora Enso considère comme fondamentales la discussion ouverte et l'interaction avec tous les intéressés, autant gouvernementaux que non gouvernementaux". Dans le cas de Veracel, la discussion ouverte n'est pas possible, puisque les évaluations d'impact environnemental pour les plantations et l'usine de pâte ne sont pas disponibles pour leur discussion générale et publique. Lorsque l'Evaluation d'impact environnemental lui a été demandée, Yvonne Berghorst, de la BEI, a répondu: "L'EIE est un document public qui peut être obtenu auprès des autorités compétentes de l'Etat de Bahia, ou de Veracel Cellulose S.A.". Lorsque la demande de l'Evaluation d'impact environnemental a été adressée à Erton Sanchez, PDG de Veracel, celui-ci a répondu: "La documentation comprend 14 volumes d'environ 2 800 pages. Elle n'existe qu'en format imprimé, et il n'est donc pas possible d'en envoyer une copie électronique. Néanmoins, ces documents peuvent être consultés au CRE (Centre de ressources environnementales), une agence gouvernementale de l'Etat de Bahia, à Salvador". Si les documents sur le projet de Veracel ne peuvent pas être librement consultés, la discussion ouverte n'est pas possible. Toute décision des actionnaires doit être ajournée en attendant que la société civile au Brésil, en Norvège, en Suède et en Finlande ait eu l'occasion de participer à un débat ouvert sur Veracel. Par : Chris Lang, adresse électronique: chrislang@t-online.de *********************************************************** - Brésil: un vieux projet de barrage hydroélectrique menace une nouvelle fois les peuples amazoniens Présenté comme une source d'énergie "propre" car celle-ci ne pollue pas l'atmosphère avec des gaz à effet de serre comme le font pétrole ou le gaz naturel, le projet d'obtention d'énergie hydroélectrique grâce à la construction d'un barrage progresse dans le fleuve Xingu, le dernier des grands fleuves amazoniens en bon état de conservation. Nonobstant, il est à prévoir que presque toute la forêt amazonienne sera détruite au cours de la première moitié de ce siècle si les tendances actuelles s'accentuent en ce qui concerne la réalisation de projets d'infrastructure dans la région. Et les émissions de carbone de la forêt brûlée équivaudraient à près de 50 fois le taux annuel actuel des émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis. Malgré cela, le conseiller en énergie, Joaquím Francisco de Arvalho, s'est prononcé en faveur de la construction du barrage hydroélectrique de Xingu, destiné à satisfaire la demande brésilienne en électricité, une demande non-durable amenée par le "développement"-. Aujourd'hui, plus de 45 000 grands barrages dont les murs de retenue dépassent les 15 mètres obstruent les fleuves du monde entier, et leurs bassins inondent des millions d'hectares de forêts -particulièrement dans les zones tropicales- lesquelles se retrouvent ainsi en lente décomposition (entraînant l'émission d'énormes volumes de gaz méthane, un des principaux gaz à effet de serre). Les barrages ont constitué également une cause indirecte de déforestation dans d'autres endroits (entraînant l'émission d'un autre gaz à effet de serre: le dioxyde de carbone) dans la mesure où les agriculteurs déplacés par les barrages ont été obligés de déboiser des forêts ailleurs pour y installer leurs cultures et y construire leurs maisons (voir Bulletin du WRM Nº 42). Les plans de construction du barrage hydroélectrique Kararaô, rebaptisé aujourd'hui Belo Monte, sur le fleuve Xingú, ont été à l'origine d'une forte controverse vers la fin des années 80. Et même si la surface du lac artificiel nécessaire au fonctionnement du barrage a été réduite, la destruction associée au barrage en soi ne représente qu'une petite partie de celle causée par les travaux en général. Les barrages impliquent la construction de routes permettant l'accès des "agents du développement" à des régions auparavant lointaines. Ainsi s'enchaînent des processus de dégradation environnementale incontrôlables -le barrage inonde des terres agricoles mais entraîne également des modifications radicales de l'environnement, voire même la disparition progressive de la flore et de la faune- qui ont à leur tour des effets négatifs sur la population, et non seulement sur la population locale qui dépend de ces ressources mais également sur la totalité de la population du bassin du fleuve sur lequel le barrage a été construit. La route qui part de Xinguara illustre cet enchaînement, dans la zone d'influence de l'autoroute Belem-Brasilia. Cette route traverse la forêt vers l'ouest et va jusqu'à San Felix, sur les marges du fleuve Xingu. La route, ouverte dans les années 1980 par l'entrepreneur de travaux publics Andrade Gutièrrez, a créé une zone de grande concentration d'exploitants forestiers et d'abattage illégal, qui maintenant se prolonge déjà au-delà de la rive gauche du fleuve. Les forêts de la vallée du fleuve Xingú son particulièrement vulnérables aux grands incendies. Ceci est dû au fait que le fleuve traverse une zone avec un taux de pluviosité réduit, qui reçoit 2000 mm par an concentrés dans une seule saison humide. Pendant la saison sèche (d'avril à septembre), l'absence totale de pluies est courante pendant de longues périodes. Etant donné que la plupart des pluies en Amazonie proviennent de la transpiration de la forêt, à mesure que la déforestation progresse dans la région, les sécheresses s'intensifient, augmentant ainsi le risque de nouveaux incendies et les taux de déforestation, dans un cycle de rétroalimentation positive. En conséquence, les barrages hydroélectriques du Xingu, qui pendant la saison sèche (lorsque les débits de fleuves de la région diminuent) travaillent déjà au-dessous de leur capacité, deviendraient inviables, ironiquement à cause des processus de déforestation et de désertification associés à leur propre construction. L'intégrité actuelle du Xingu et le fait que jusqu'à maintenant il ait été exempté de barrages hydroélectriques ne sont pas le fruit de l'action d'ONG environnementalistes mais celui des luttes authentiquement populaires. La préservation de ce fleuve s'explique par la présence de nombreux d'indigènes de tradition guerrière, pour qui la préservation écologique est une nécessité, la base de leur survie. En 1989, lorsqu'il a été projeté de construire un barrage hydroélectrique à Kararaô, le projet à été stoppé suite à la pression des indigènes qui ont manifesté à Altamira, brandissant leurs couteaux face aux techniciens de l'entreprise Electronorte, et qui sont allés à la Banque mondiale et ont obtenu la suspension du financement. Aujourd'hui, en plus des indigènes, protestent également les petits producteurs ruraux contre la construction de Kararaô. De même que la consommation de combustibles fossiles, laquelle, de continuer à augmenter à ce rythme-là, provoquerait des catastrophes environnementales capables de mettre en péril la survie elle-même de l'espèce humaine, l'intensification de la construction de barrages pourrait causer les mêmes effets. Le problème est complexe et sa solution exige une profonde révision des valeurs et des modèles de consommation, afin de réduire radicalement et en urgence la demande brésilienne en électricité. D'après: "A hidrelétrica de Kararaô e os movimentos populares", Rodolfo Salm, rodolfosalm@alternex.com.br, proyecto Pinkaiti, envoyé par l'auteur. *********************************************************** AMÉRIQUE DU NORD - Mexique: portes ouvertes aux plantations d'arbres "néolibéraux" Le Mexique a adopté un modèle économique qui priorise les besoins de la demande du capital industriel transnational orienté à l'exportation, et la politique environnementale ainsi que les droits des peuples indigènes et des paysans en sont tributaires (voir Bulletin du WRM Nº 14). Et la plantation de milliers et de milliers d'hectares d'arbres à cellulose dont l'eucalyptus et ainsi que d'espèces à croissance rapide telles que le teck, la gmelina, le pawlonia et le cèdre rose font partie de ce modèle. D'après le directeur de la Commission nationale forestière (Conafor), M. Alberto Cárdenas Jiménez, les modifications introduites par le Congrès à la Loi forestière en décembre dernier s'avèrent très "positives" car "la question des plantations est maintenant déréglementée au maximum". Ceci veut dire que les portes seront encore plus ouvertes à l'introduction massive de "l'arbre néolibéral parfait", l'eucalyptus -d'après Jaime Avilés, chroniqueur du journal mexicain La Jornada-, parce qu'il pousse vite, il tue tout ce qui se trouve dans son entourage et rapporte de gros bénéfices à très peu de gens. Un des composants du Plan Puebla Panamá (PPP), qui cherche à transformer le Mexique et l'Amérique centrale en une grande zone de libre commerce où il y aurait d'innombrables maquiladoras et "canaux de terre" destinés à accroître le commerce interocéanique, est la plantation à grande échelle de monocultures de ce type d'arbres. Certaines de ces monocultures fourniront du bois et de la cellulose. D'autres serviront peut-être de "pièges à carbone", encore une autre tricherie des transnationales pour contourner la réduction des émissions des gaz polluants provenant des voitures et des grandes industries des pays appelés "développés" et qui ont provoqué le réchauffement de l'atmosphère. Faisant partie des Mécanismes pour le développement propre du Protocole de Kyoto, les pièges de carbone donnent carte blanche aux pays et aux industries pour continuer à polluer si toutefois ils financent des projets "écologiques" dans le Tiers Monde qui théoriquement compenseront leur pollution. Parmi ces projets écologiques se trouvent les plantations d'arbres. Et on a tendance à se demander: Quel est le problème? Les écologistes, ne passent-ils pas leur temps à réclamer que l'on plante des arbres? Mais le WRM a déjà longuement explicité l'énorme différence qui existe entre les forêts et les plantations à grande échelle de monocultures d'arbres, qui présentent les mêmes problèmes écologiques que les monocultures agricoles. D'après le professeur Andrés Barreda, de l'Université nationale autonome du Mexique, les plantations forestières industrielles "ne sont pas, en réalité, les écosystèmes complexes que nos appelons génériquement forêts mais des monocultures strictes implantées sur des gigantesques aires productives (plusieurs dizaines de milliers d'hectares) et associées à la nécessaire expulsion de la population rurale, à l'emploi intensif de fertilisants, de pesticides, d'herbicides, etc., au développement de fléaux, à l'épuisement et à la contamination des nappes phréatiques, à la destruction de la biodiversité". A travers l'implantation des pièges à carbone, "des entreprises transnationales font ainsi directement partie des processus communautaires d'aménagement des forêts. Les communautés sont assimilées à une grande manipulation à échelle mondiale en fonction de laquelle les sociétés transnationales qui polluent et menacent de continuer à le faire sont les mêmes qui par la suite revêtent des habits de bonne fée pour soutenir les communautés paysannes appauvries." En fonction du processus actuel de privatisation des richesses biologiques, les transnationales s'installent dangereusement dans les zones clé des couloirs biologiques. Ainsi, un autre composant environnemental du Plan Puebla Panama est le Couloir biologique méso-américain (CBM), qui réunira des centaines d'aires naturelles protégées de la région pour former une seule zone de conservation. Des groupes de la société civile, des écologistes et des indigènes dénoncent le couloir en question comme étant une manœuvre de relations publiques destinée à légitimer le Plan Puebla Panama face au secteur environnementaliste. D'après: "Los árboles neoliberales", Carmelo Ruiz Marrero, www.biodiversidadla.org; "Programas forestales, sin recursos: Alberto Cárdenas", Lourdes Edith Rudiño *********************************************************** AMÉRIQUE LATIN - Le Réseau latino-américain contre les monocultures d'arbres est né Dans le cadre du Forum social mondial, un groupe de représentants d'ONG latino-américaines s'est réuni pour débattre sur la possibilité de coordonner les efforts concernant le problème de plus en plus grave des monocultures d'arbres. Au cours de la réunion, ont été analysés les facteurs qui sont à l'origine de l'occupation de territoires par les monocultures destinées à la production de bois, de cellulose et d'huile de palme ainsi que ceux qui limitent cette occupation. Il a été souligné le soutien croissant que ces monocultures reçoivent de la part des gouvernements de la région, la plupart desquels ont approuvé des législations qui promeuvent explicitement cette activité à travers l'octroi de tous genres de subventions. Ce soutien est à son tour le résultat des initiatives provenant des agences bilatérales et multilatérales qui déblaient le terrain aux investissements des entreprises transnationales intéressés dans l'affaire. Par ailleurs, la surface destinée à ces monocultures d'arbres à grande échelle pourrait s'accroître substantiellement suite à la mise en place des dénommés Mécanismes pour le développement propre inclus dans la Convention-cadre du Protocole de Kyoto sur les changements climatiques qui autorisent les pays industrialisés polluants à "compenser" leurs émissions par la plantation de grandes aires d'arbres en tant que "pièges à carbone". L'Amérique latine serait l'un des emplacements préférés pour y installer ces projets. Enfin, l'environnement latino-américain est prêt à accueillir, avec l'approbation des gouvernements, des investissements visant à augmenter la surface couverte par des monocultures d'arbres destinées aussi bien à la production (de bois, de cellulose et d'huile de palme) qu'à la création de pièges (poubelles) de carbone. Mais les participants à la réunion ont également analysé l'opposition populaire croissante rencontrée par ce modèle forestier ainsi que le niveau élevé des connaissances et de l'expérience accumulées à ce sujet qui fait qu'il se révèle de plus en plus difficile de convaincre les habitants de la région des bénéfices que peuvent leur rapporter ces plantations. Et les expériences des régions où ce modèle a réussi à s'imposer ont prouvé que les conséquences de celui-ci sont désastreuses, aussi bien pour les populations (perte de territoires, de ressources et d'emplois) que pour l'environnement (impacts sur l'eau, sur les sols, sur la biodiversité, sur le paysage). Il a donc été considéré qu'il s'avère incontournable de s'organiser afin de coordonner les actions contre les monocultures d'arbres au niveau continental pour empêcher leur expansion. Les représent@ants des ONG d'Argentine, du Brésil, de Colombie, du Costa Rica, d'Equateur, du Paraguay et d'Uruguay (et postérieurement d'El Salvador) ont ainsi accordé la création du Réseau latino-américain contre les monocultures d'arbres et ont délégué le Secrétariat au Mouvement mondial pour les forêts tropicales. *********************************************************** ASIE - Birmanie: le projet de barrage de Weigyi est réactivé Le barrage Bhumibol, construit avec le financement de la Banque mondiale dans la province de Tak, au Nord-ouest de la Thaïlande, et mis en service en 1964, n'a jamais fonctionné à plein. En mars 1994, les retenues des barrages Bhumibol et Sirikit (tous les deux financés par la Banque mondiale) n'étaient remplies qu'à 7 pour cent du volume total utilisable. La réaction du gouvernement thaïlandais a été de proposer de nouveaux barrages sur le Salween, qui coule à la frontière de la Thaïlande et de la Birmanie, de manière à détourner l'eau du fleuve pour qu'elle se déverse dans le réservoir du Bhumibol. Le fleuve Salween longe la Thaïlande sur quelques dizaines de kilomètres. Il traverse des montagnes et des forêts humides, qui ont été jusqu'à récemment le lieu d'une insurrection armée. La Thaïlande envisage de priver le Salween - ainsi que d'autres rivières frontalières - d'une partie de l'eau des pluies qui sont abondantes au moment de la mousson, en la détournant vers les bassins de ses propres barrages et en l'utilisant comme source d'énergie électrique. Les projets de la Direction pour la Génération d'Electricité de la Thaïlande (EGAT) pour la construction du barrage Weigyi entre la province thaïlandaise de Maehongson et l'état birman de Karen ont été récemment réactivés. Le barrage aura un reflux en amont qui s'étendra de 380 à 400 kilomètres vers le nord. Le "Grand Tourbillon" de Weigyi, une fois terminé, aura 168 mètres de haut, une capacité de génération de 4 540 MW, et un coût estimé de 6 milliards de dollars. L'ONG environnementaliste TERRA (Towards Ecological Recovery and Regional Alliance), basée en Thaïlande, affirme que la retenue, avec un niveau d'eau normal de 220 mètres de haut, inondera de 15 000 à 20 000 acres de terres, ce qui impliquera le déplacement de milliers d'habitants Karenni de l'état birman de Kayah. L'étendue des dégâts n'a pas encore été étudiée, mais un rapport de l'EGAT à la Commission des Affaires étrangères du Sénat annonce déjà la destruction probable de milliers d'acres de forêts sur les deux rives du Salween. Cependant, la construction du barrage Weigyi n'a pas encore l'approbation officielle de Rangoun, qui a déjà signé un accord avec le Groupe thaïlandais MDX, en décembre dernier, pour construire un barrage de 3 300 mégawatts dans l'état shan de Tasamg, 400 km en amont. L'organisation nationale birmane pour la démocratie, Aung San Suu Kyi, a déjà confirmé le 4 janvier, fête de l'indépendance birmane, qu'elle s'opposera formellement à tout investissement étranger tant que des discussions substantielles entre l'opposition et les dirigeants militaires n'auront pas été entamées. Les Shan, les Karen et les Karenni ont eux aussi manifesté leur condamnation du projet de barrage, et ce dès 1993. "C'est une question de vie ou de mort", dit un représentant karenni. "Le barrage Weigyi diviserait les Karenni en deux. Ce serait le dernier clou dans notre cercueil. La construction d'un barrage sur le Salween aura sur nous des conséquences économiques, sociales, culturelles, environnementales. Il va nous laisser sans ressources". Article basé sur des informations tirées de: "Environment Dam in Karen State will still flood Shan State", Shan Herald Agency for News, 20 février 2003, distribué par liste électronique owner-im-mekong@netvista.net; "Une alliance paradoxale. La Thaïlande, cheval de Troie de la Birmanie", André et Louis Boucaud, Le Monde Diplomatique, http://www.monde-diplomatique.fr/2000/01/BOUCAUD/13365 (version anglaise: Thailand taps Burma's Rivers, http://mondediplo.com/2000/02/10boucaud) ; "Over the hills and not so far away. The Karenni people of Kayah state in Burma will live and die with their resources", par James Fahn, http://www.geocities.com/jdfahn/Karenni.htm *********************************************************** - Indonésie: la réouverture de l'usine de pulpe Indorayon suscite une forte opposition locale La réouverture de l'usine de production de pulpe et de rayonne, PT Inti Indorayon Utama à Porsea, Sumatra du Nord, a provoqué une fois de plus une forte opposition locale. L'usine, située au centre d'un district à forte densité de population et proche du lac Toba - l'une des réserves d'eau douce du Sud-est asiatique - libère des polluants de l'environnement, souvent non filtrés, pollue l'eau et l'air de la région et détruit la base de la subsistance de la communauté Batak. Dans les années 1990, des évidences scientifiques ont montré que l'usine était responsable de nombreuses atteintes à la santé de la population locale: des maladies de la peau, des affections respiratoires et des troubles du système nerveux sont des conséquences de la production de pulpe et de rayonne. Ce qui plus est, le défrichage, essentiel pour la production, a eu un impact dévastateur sur l'agriculture locale: des glissements de terre, des fluctuations incontrôlables de l'approvisionnement en eau, des atteintes portées aux plantes et aux poissons. La population locale s'oppose depuis longtemps à l'usine et aux plantations qui l'alimentent (cf. Bulletin Nº 14 du WRM). Les ONG et les églises indonésiennes qui ont rejoint la lutte contre la réouverture de l'usine sont appuyées par la Mission évangélique unie (MEU). Dans une lettre à la présidente de l'Indonésie, Megawati Wukarnoputri, la MEU, Misereor, l'Oeuvre diaconale de l'Eglise évangélique de l'Allemagne, Watch Indonesia! et INFID demandent au gouvernement d'empêcher que l'usine ne soit rouverte, dans le but d'éviter le danger qu'elle représente pour la population et pour l'environnement. Malgré les avertissements des environnementalistes et du ministre de l'Environnement de l'époque sur les conséquences prévisibles du projet, celui-ci avait été mis en œuvre avec l'appui de Suharto. Après la chute de Suharto et à la suite des protestations massives de la population, la production a été temporairement arrêtée. Mais la compagnie n'a pas cessé depuis de lutter pour la reprendre, et il semble évident qu'elle y a réussi. Bien que le ministre indonésien de l'Environnement ait recommandé, début 2000, la fermeture définitive de l'usine, en novembre 2002 le gouvernement a autorisé la direction de l'entreprise à reprendre les opérations. Depuis, des affrontements violents se sont succédé entre la population locale et la police. Dix-huit manifestants ont été incarcérés, dont deux pasteurs de l'Eglise chrétienne protestante Batak qui est une des églises membres de la MEU. L'ONG locale KSPPM et la branche Sumatra du Nord du groupe environnementaliste WALHLI appuient elles-aussi les manifestants. Des groupes locaux ont installé un centre d'urgence et une cuisine dans le quartier voisin de Tarutung, pour assister les victimes du conflit. Un habitant de Porsea qui a participé à la confrontation a déclaré: "Le gouvernement ne se soucie pas de l'environnement, il ne se soucie pas des dégâts provoqués par Indorayon, ni de ce que la population souhaite. Le gouvernement prend le parti de l'entreprise, mais quatre-vingt-dix pour cent de la population ne veulent pas qu'Indorayon soit ici". Article basé sur des informations obtenues dans: "UEM against the reopening of pulp mill in Indonesia. Indorayon puts human life and environment at risk", communiqué de presse, 30 janvier 2003. Envoyé par Watch Indonesia!, watchindonesia@snafu.de. "Thousands protest reopening of Indorayon pulp plant", Down to Earth, Lettre d'information Nº 56, février 2003, adresse électronique: dte@gn.apc.org; http://dte.gn.apc.org. *********************************************************** - Laos: la lutte contre la corruption dans le barrage Nam Theun 2 façon Banque mondiale L'année dernière, probablement afin d'améliorer son image ternie, la Banque mondiale a publié une brochure très voyante: "10 choses que vous n'avez jamais su à propos de la Banque mondiale". Le numéral 7 de la liste correspond à l'affirmation: "La Banque mondiale est leader dans le monde dans la lutte contre la corruption." Et le texte continue ainsi: "La Banque mondiale est en train d'œuvrer pour une intégration totale des mesures de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption à son travail opérationnel et de planification. La Banque a également pris l'engagement de s'assurer que les projets par elle financés soient libres de corruption." Malheureusement, lors de sa participation au projet du barrage Nam Theun 2, de 1000 MW, la Banque semble avoir oublié sa lutte contre la corruption. Elle a financé une série d'études sur ce projet d'un milliard et demi de dollars et sans la garantie de risque partiel de 100 millions de dollars fournie par la Banque mondiale, les financiers commerciaux n'oseraient pas prêter leur argent pour le projet Nam Theun 2. La Banque a prorogé pendant plusieurs années sa prise de décision à propos de l'octroi de cette garantie. Bien que ce barrage ne se construise peut-être jamais, les forêts de la zone du bassin ont déjà été déboisées. Depuis le début des années 90, la compagnie Bolisat Phathana Khet Phoudoi (BPKP - Mountainous Region Development Corporation) administré par l'armée du Laos a profité des bénéfices de la concession de coupe dans la zone de 450 km2 du réservoir sur le plateau de Nakai. Une fois les forêts disparues, le gouvernement du Laos a révoqué la concession de coupe de la BPKP et la compagnie s'est effondrée. Le 14 janvier 2003, le gouvernement a désigné un nouveau directeur intérimaire de la BPKP, Sisaleuay Khounbathao, qui avait été Directeur adjoint du développement des affaires du Bureau du Premier ministre. Sisaleuay a remplacé Bounmy Chithphanya, directeur de la BPKP au cours des cinq dernières années. Même si la compagnie devait faire face à de grosses dettes, Bounmy a déclaré au journal Bientiane Times: "Nous ne sommes pas encore en faillite pace que nous avons le soutien du Parti et de l'Etat." Les forêts du plateau de Nakai ont été vendues au plus offrant, la compagnie qui a vendu les troncs est sérieusement endettée et ne survit que grâce au soutien du gouvernement. Mais l'effondrement de la BPKP ne devrait surprendre personne à la Banque mondiale. En 1997, l'organisation International Rivers Network (IRN) s'est adressée à la Banque mondiale et a remise en question la participation de la Banque au projet Nam Theun 2. Dans sa lettre, l'IRN cite une étude d'impact économique réalisée par la société conseil Louis Berger et financée par la Banque. Dans ce rapport il est souligné que BPKP fonctionne principalement en dehors du contrôle du gouvernement central et il est conseillé ce qui suit: "En tant qu'entreprise autonome de l'Etat, BPKP devrait avoir un Conseil d'administration et disposer d'une comptabilité fiduciaire qui rendraient compte au ministère des Finances afin de faciliter le contrôle de ses activités." Aucune des recommandations de Luis Berger n'a été prise en compte jusqu'à cette année. Sous la direction de Sisaleuay Khounbathao, le directeur récemment nommé, des projets ont été faits afin que l'entreprise établisse un conseil de direction, un conseil d'administration, des départements, des groupes et des succursales de BPKP. Le rapport de 1997 de Luis Berger affirmait également que: "Les intérêts commerciaux de BPKP seront toujours dirigés dans le sens de maintenir des quotas de coupe plus élevés que ceux adaptés à un régime de récolte durable ainsi que vers l'accès à des aires jusqu'à maintenant intactes." Et c'est précisément ce que BPKP a fait. D'après un rapport de 2001 sur l'aménagement des forêts au Laos élaboré par la Banque mondiale, La Suède et la Finlande: "Au cours des dernières missions de la Banque mondiale a évalué l'ampleur des surfaces de coupe non autorisées, illégales, non planifiées et illicites dans les Aires nationales de conservation de la biodiversité (NBCA - National Biodiversity Conservation Areas) et dans la zone du bassin de Nam Theun 2 où la coupe est interdite." Le rapport signale également qu'il existe des infractions graves de coupe dans les NBCA de Nakai Nam Theun et dans d'autres aires qui avaient été déclarées par le gouvernement aires protégées contre la coupe." En plus du déboisage de l'aire du réservoir, BPKP s'est chargé des réinstallations de population liées au projet et a construit des maisons pour les habitants réinstallés. Le rapport de 1997 de Louis Berger souligne que l'entreprise s'était présentée aux appels d'offres concernant des contrats associés au projet du barrage tout en étant membre de la commission du gouvernement du Laos chargée de décider l'adjudication de ces appels d'offres. En novembre 1997, la directrice de l'époque de la Banque mondiale au Laos, Ngo Zi Okanjo Iwella, a déclaré à Power in Asia: "BPKP devra concurrencer les autres entreprises privées lors des appels d'offres liés au projet." La question du conflit d'intérêts de BPKP n'a pas été considérée. Iwella a confirmé à Power in Asia qu'elle était consciente des "questions gouvernementales" associées au projet Nam Theun 2. Pourtant, concernant BPKP, Iwella a déclaré: "Au cours des expériences précédentes d'activités rurales régionales notre relation avec BPKP a été constructive. Mais nous savons également qu'il existe des points conflictuels associés à cette compagnie par le passé et nous devons nous assurer que ces problèmes ne se répèteront pas à l'avenir." La "relation constructive" de la Banque et de BPKP n'a pas été très utile pour éviter le cumul d'énormes dettes pendant qu'elle coupe de vastes zones de forêt. Il y a déjà longtemps que l'on attend une révision des comptes publics détaillée des opérations de BPKP, notamment en ce qui concerne les opérations liées à la Banque mondiale et au projet Nam Theun 2. Le Vientiane Times, publié par l'Etat, a informé récemment que: "La Banque mondiale et le gouvernement de la République populaire démocratique du Laos sont en train de travailler ensemble pour faire en sorte que les bénéfices du projet perçus par le gouvernement de la République populaire démocratique du Laos servent efficacement au développement à long terme du pays." Les revenus perçus par la coupe de la zone du réservoir sont des bénéfices du projet. Si le projet de barrage Nam Theun 2 n'existait pas, la concession de BPKP concernant la coupe des forêts du plateau de Nakai n'existerait pas non plus. Les habitants du plateau de Nakai, qui ont vu comment BPKP leur volait leurs forêts, ont le droit de savoir où est passé l'argent. Par: Chris Lang, courrier électronique: chrislang@t-online.de *********************************************************** - Philippines: le projet de la raffinerie de nickel de Sumitomo Corporation à Palawan rencontre une opposition croissante Même si en 1992, le gouvernement local de l'île de Palawan, dans un effort tendant à freiner la destruction et la dégradation des forêts du pays, a annulé les concessions octroyées à des exploitants forestiers (voir Bulletin du WRM Nº 38), il n'a pas neutralisé la menace qui pèse sur l'intégrité des terres des communautés indigènes des Philippines. Il se fait qu'il y a des entrepreneurs miniers décidés à développer leurs affaires malgré l'opposition des communautés locales et les mises en garde qui leur ont été faites concernant les dommages que leurs activités pourraient causer à l'environnement. Le projet d'installation d'une raffinerie de nickel d'un coût millionnaire, financé à 90% par le géant minier japonais Sumitomo Metal Mining Corp. et à 10% par Rio Tuba Nickel Mining Corp. (RTNMC) -une entreprise des frères Ronaldo et Manuel Zamora installée dans la région depuis de nombreuses années- concerne l'extraction de 10 000 tonnes de nickel. La production s'étalerait sur 20 ans, démarrerait cette année et s'accroîtrait progressivement. Les activités d'exploitation de Rio Tuba se déroulent dans la région sud orientale de l'île de Palawan. Comprenant plus de mille îles et îlots abritant une flore et une faune tropicale très riches, disséminés dans 1,5 millions d'hectares, Palawan est la plus grande province des Philippines et elle constitue le foyer de plusieurs groupes indigènes parmi lesquels se trouvent les tagbunau, pala'wan, tau't bato y batak. La population indigène de Rio Tuba s'est regroupée et s'est organisée afin de défendre ses terres, sa santé et sa façon de vivre. Les substances toxiques, produit des opérations minières, ont nuit visiblement aux sources d'eau car les barrages conçus pour retenir les déchets débordent pendant la saison des pluies, entraînant également l'obstruction des fleuves à cause de la vase. Les affections de la peau et les problèmes respiratoires soufferts par les habitants des communautés environnantes seraient dus à la poussière et aux déchets provenant d'une excavation latérale de la mine. Le projet proposé porterait encore un coup aux centaines de pêcheurs, d'agriculteurs et de peuples indigènes dont la survie dépend d'un environnement salutaire. En 1991 s'est créé le réseau Palawan NGO Network, Inc. (PNNI), formé d'organisations sociales et non gouvernementales de la province éponyme. C'est au nom de ce réseau que le Centre d'assistance légale environnementale (ELAC - Environmental Law Assistance Center) a présenté le 3 avril 2002 au Département d'aménagement de l'environnement, avec le soutien de l'organisation internationale Environmental law Alliance Worldwide (ELAW), un document sollicitant le refus du projet de construction de la raffinerie de nickel, d'un coût millionnaire. Dans le document en question, il est fait une analyse critique des impacts écologiques, légaux et politiques du projet minier, indiquant qu'il va à l'encontre de plusieurs lois et de politiques directrices du pays. Le site du projet se trouve à l'intérieur des domaines ancestraux de la communauté pala'wan. Plus de 30 familles de cette communauté habitant les territoires concernés luttent pour réaffirmer leurs droits ancestraux à la terre afin de conserver leurs moyens de vie et redoutent l'utilisation, dans le cadre de ce projet, des affleurements de pierre calcaire de Sitio Gutok, un affleurement considéré site sacré. Pour ces raisons, ELAC affirme que le Certificat de conformité environnementale ne doit pas être accordé à ce projet minier. Le centre dénonce, par ailleurs, la forte opposition de la communauté qui prouve que l'entreprise concernée ne compte pas sur son accord. Ceci implique une violation à la Loi des Droits indigènes qui exige l'obtention du "consentement préalable libre et informé" après avoir présenté publiquement les intentions et les objectifs de l'activité projetée, afin que la communauté comprenne clairement la situation. D'après le rapport présenté par ELAC au Département d'aménagement de l'environnement, RTNMC a employé des tactiques fallacieuses pour obtenir les signatures des dirigeants indigènes ainsi que celles des autres groupes concernés, qu'elle a annexé à posteriori à la déclaration d'impact environnemental. Les habitants des communautés ainsi que plusieurs groupes, dont ELAC, ont dénoncé publiquement les tromperies avec lesquelles l'entreprise a réussi à obtenir le soutien des dirigeants : "Ils ont été nombreux à être pris au piège car il leur a été demandé de signer une feuille annexe et, par la suite, ils ont appris qu'il s'agissait d'une lettre de soutien au projet minier". Le 10 juillet 2001, le secrétaire du ministère de l'Environnement et des Ressources naturelles, Heherson Alvarez, a octroyé un certificat environnemental au projet, certifiant que celui-ci n'aurait pas d'impacts négatifs importants et que le proposant a observé toutes les conditions requises par le système d'Evaluation d'impact environnemental. Ledit certificat à été ratifié par la suite par le Conseil de Palawan pour le développement durable, un organisme administratif régulateur des projets environnementaux de la province. On craint, par ailleurs, que le projet soit implanté en grande partie dans une zone où les activités sont interdites car elle comprend une région côtière abritant des récifs de corail. Les experts qui ont analysé la déclaration d'impact environnemental présentée par RTNMC ont signalé l'absence de certains détails sur le projet. De son côté, l'entreprise n'a pas dûment répondu aux questions concernant les moyens à mettre en œuvre afin d'empêcher la filtration du sulfure et des autres effluents dangereux de l'usine. En septembre, ELAC s'est réuni avec le sénateur Robert Jaworski qui, à l'issue de cette rencontre, a adopté une résolution sénatoriale remettant en question le certificat de conformité environnementale. Par la suite, une autre résolution à encore été prise à ce sujet, à conséquence de quoi, le sénat a mené une enquête en décembre de l'année dernière, au cours de laquelle des représentants des ONG, des communautés indigènes et musulmanes et des agriculteurs de Palawan présentèrent leur cas. Le sénat a promis de donner suite à l'enquête et les personnes concernées sont actuellement en attente d'une intervention décisive de cet organe en défense de l'environnement et des habitants de Palawan. D'après: "Pueblos indígenas de las Filipinas se oponen a la expansión de una mina de níquel", Drillbits & Tailings. Volume 7, Nº 7, 5 septembre 2002, "Project Underground" cbaldi@moles.org; "Planned nickel plant in Palawan under fire", Jofelle Tesorio, Inquirer News Service, http://www.inq7.net/reg/2002/jan/28/reg_6-1.htm; Administrative Order Nº 2000, http://www.psem.ph/download_files/dao/mine%20waste3.pdf *********************************************************** OCÉANIE - Aotearoa/Nouvelle Zélande: une société des USA plantera-t-elle des arbres génétiquement modifiés? Le Parti Vert s'inquiète des commentaires agressifs d'une compagnie nord-américaine, qui a décrit ses projets de planter en Nouvelle Zélande des séquoias génétiquement modifiés (GM). La société forestière Soper-Wheeler a fait savoir qu'elle entend commencer à planter au mois d'août, dans sa propriété de South Island, des semis génétiquement modifiés en provenance des USA, en dépit du fait que le moratoire de la Nouvelle Zélande sur la commercialisation de produits GM ne sera levé qu'en octobre. La compagnie a affirmé que les grumes récoltées seront envoyées à des usines des Etats-Unis. Le porte-parole du Parti Vert pour les affaires forestières, Ian Ewen-Street, a dit aujourd'hui qu'il était scandaleux qu'une compagnie étrangère se croie autorisée à faire fi des lois et des régulations qui ont permis à notre pays d'être propre et vert. "C'est une preuve d'arrogance, mais elle montre également que d'autres pays pensent pouvoir tirer profit de la faiblesse de notre régime de réglementation. Nous avons là une alerte, qui nous prévient que certaines compagnies font la queue et n'attendent que la levée du moratoire pour commencer à planter des arbres GM". "La situation est particulièrement inquiétante, du moment que l'écrasante majorité des Néo-Zélandais ne veulent absolument pas de produits GM dans le pays, ni dans leurs champs ni dans leurs assiettes. Si les Nord-Américains veulent des séquoias GM, ils n'ont qu'à les planter dans leur propre pays". M. Ewen-Street a dit que les intentions de la compagnie de ne pas manufacturer les grumes sur place joignaient l'injure à l'insulte, en refusant aux Néo-Zélandais la valeur ajoutée des produits. Communiqué de presse de Greens Media, 10 février 2003: "American GE tree plan arrogant, say Greens". Article envoyé par Brad Hash, G.E. Tree Campaign Action for Social and Ecological Justice (ASEJ), www.asej.org, www.gaaget.org, adresse électronique: gaaget@gaaget.org. *********************************************************** - Samoa: atelier sur les causes profondes de la déforestation et de la dégradation des forêts Du 17 au 21 décembre 2002, s'est tenu un atelier national dans le hameau de Aopo -île de Savaii- sur les causes profondes de la déforestation et de la dégradation des forêts, organisé par l'ONG Ole Siosiomaga Society (OLSSI) et parrainé par la Coalition mondiale pour les forêts. Les hameaux participant à l'atelier d'Aopo ont souligné l'importance de l'atelier car il leur a permis de comprendre pleinement la vraie signification des accords passés avec les exploitants forestiers en vertu desquels ceux-ci vont abattre leurs précieuses forêts natives. Ils se sont rendu compte qu'ils obtiennent peu de chose en échange de leurs arbres comparé à ce que les exploitants forestiers perçoivent pour leur production. Grâce à cet atelier, ils sont maintenant mieux placés pour négocier et décider du moyen d'obtenir de leurs forêts davantage de bénéfices à travers l'adoption de mesures de conservation. Quelques unes des causes impliquées qui ont été identifiées au cours de l'atelier sont: la pauvreté, un cadre législatif archaïque, un système de monitorage faible, la privatisation de la part du gouvernement de biens publics dont les forêts natives, les changements quant au paradigme des valeurs touchant aux modèles de consommation et de production non-durables qui donnent priorité à l'obtention rapide d'argent grâce à l'abattage des forêts par opposition à la valeur des ressources forestières à long terme. Parallèlement, les projets de développement à grande échelle du gouvernement sur des aires forestières jusqu'à maintenant réservées étant donné la richesse de leur biodiversité, impliquent l'ouverture de chemins avec la présence de matériel lourd dans les forêts pour permettre un accès facile et rapide aux exploitants forestiers qui vont couper les arbres des forêts. A titre d'exemple, un nouveau village construit dans l'île de Savaii a touché quelques 1200 hectares de forêt vierge. Des chemins sont déjà en cours de construction et ce travail se fait sans aucune évaluation d'impact environnemental préalable. Aussi bien les banques que les organismes bilatéraux et multilatéraux constituent une cause indirecte de déforestation et de dégradation des forêts car elles ne respectent pas, quand elles agissent dans des pays tiers, les mêmes standards auxquels elles adhèrent dans leurs propres pays. En ce qui concerne l'évaluation d'impact environnemental, la consultation préalable des communautés et des propriétaires des ressources est souvent dirigée de telle façon que le concept des affaires orientées vers l'obtention de bénéfices leur est imposé aux communautés des pays en développement. A été également identifiée en tant que cause profonde de déforestation et de dégradation des forêts la pression liée au commerce destiné à accroître le produit national brut et à obtenir des devises étrangères. Les impacts de la globalisation à Samoa ont été considérés une autre forme de domination coloniale. Le résultat a été que le gouvernement a délégué ses responsabilités à des entreprises étrangères désireuses de réaliser des investissements directs mais sans le véritable esprit de coopération pour le développement; celles-ci profitent alors de l'opportunité pour faire d'énormes profits à travers l'exploitation des ressources naturelles du pays dont les forêts. Par ailleurs, les pays industrialisés se prévaudront des dispositions prévues par les Mécanismes de développement propre de la Convention-cadre sur les changements climatiques pour continuer à émettre des gaz à effet de serre en échange d'une reforestation basée sur des monocultures d'arbres à grande échelle. Pour l'OLSSI, l'atelier a été une réussite en ce qui concerne ses inquiétudes sur l'exploitation actuelle des forêts de Samoa et le degré élevé d'épuisement souffert par cette ressource précieuse aux générations futures. Tant que les habitants locaux ne prendront pas conscience eux-mêmes de l'importance de leurs ressources naturelles et de l'impact réel des contrats signés par eux -en tant que propriétaires des forêts- et par les opérateurs commerciaux, très peu de choses pourront être faites pour faire face à ces problèmes. D'après: "National Workshop on the Underlying Causes of Deforestation and Forest Degradation in Samoa", par Fiu Mataese Elisara, Ole Siosiomaga Society, Samoa. Le rapport complet (en anglais) est disponible sur: la page WEB. *********************************************************** * LES FICHIERS DE CARBONE *********************************************************** - SinksWatch: une initiative non gouvernementale pour le suivi des projets de plantations d'arbres en tant que puits de carbone Pendant que les gouvernements de la 7e Conférence des parties de la Convention-Cadre sur les Changements climatiques (COP7), tenue à Marrakech en 2001, mettaient au point la décision qui instituait les puits de carbone en éligibles pour des crédits, d'après les Mécanismes de développement propre (MDP) du Protocole de Kyoto, un groupe d'ONG donnaient naissance à SinksWatch, une initiative de suivi et de surveillance des projets de puits de carbone associés au Protocole de Kyoto. SinksWatch est une initiative du Mouvement mondial pour les forêts tropicales (WRM), dirigée par le Bureau de soutien du Nord du WRM et mise en place par FERN. L'objectif de SinksWatch est de faire le suivi et de contrôler les projets de piégeage de carbone liés au Protocole de Kyoto ainsi que de faire prendre conscience de la menace que ceux-ci représentent pour les forêts et les autres écosystèmes, pour les peuples des forêts et pour le climat. SinksWatch centre son action sur les projets de puits basés sur des plantations d'arbres et, en particulier, sur les plantations occupant des terres où les droits d'usage et la propriété sont l'objet de disputes. SinksWatch reconnaît qu'il existe des liens étroits entre les forêts et le changement climatique et insiste sur la nécessité de considérer ces liens en respectant l'importance du rôle des forêts en ce qui concerne l'adaptation au changement climatique et la protection contre les impacts des événements climatiques extrêmes, sans justifier la libération continue, additionnelle et permanente de carbone provenant de la consommation des combustibles fossiles. Pourquoi une telle initiative? L'intégration des projets de puits de carbone au Mécanisme de développement propre du Protocole de Kyoto autorisera la libération continue et permanente de carbone en provenance des combustibles fossiles, en échange du stockage temporaire de carbone dans les arbres. Les crédits dérivés des puits augmentent ainsi la quantité de carbone de la réserve active de carbone et ne font que transférer la nécessité urgente de réduire les émissions de gaz à effet de serre aux générations à venir. SinksWatch fera un suivi des projets de puits de carbone, exposera les désavantages de leur intégration au schéma de calcul du Protocole de Kyoto et œuvrera pour une prise de conscience des conséquences que pourrait entraîner le fait d'ignorer les différences cruciales existantes entre le carbone stocké par les combustibles fossiles et le carbone stocké dans les arbres: Le carbone stocké dans les combustibles fossiles n'interagit presque pas avec le carbone de l'atmosphère. Il est bloqué de façon "sure" en dehors de la réserve active de carbone et reste stocké en permanence dans les combustibles fossiles. Le carbone des combustibles fossiles entre à l'atmosphère principalement lorsque les hommes décident d'extraire et de brûler ces combustibles fossiles. Il n'y a pas de flux inverse vers la réserve de carbone stockée dans les combustibles fossiles, tout au moins à l'échelle temporelle des discussions du Protocole de Kyoto. Le carbone stocké dans les arbres, les forêts et les autres écosystèmes est en interaction permanente avec le carbone de l'atmosphère. Il fait partie de la réserve active de carbone et il est fréquemment libéré dans l'atmosphère lors des incendies, des fléaux d'insectes, de la décomposition et de la respiration des végétaux, de la coupe et du déboisement pour l'agriculture. Le stockage de carbone dans les arbres n'est donc que temporaire. D'après le schéma de calcul du Protocole de Kyoto, pour chaque tonne de carbone stockée dans un arbre, une tonne équivalente de carbone provenant de combustibles fossiles peut être libérée dans l'atmosphère. Le concept sous-jacent selon lequel "du carbone, c'est du carbone" ignore les différentes interactions de ces réserves de carbone avec l'atmosphère, une différence essentielle en ce qui concerne le changement climatique. Le résultat est que, pour chaque crédit-carbone émis en fonction du MDP, la réserve de carbone actif (celle qui détermine le climat global) augmente, même si, pendant un certain temps, cette augmentation n'est pas évidente parce que le carbone est temporairement stocké dans un arbre. Pourquoi se focaliser sur les plantations? En dehors des erreurs sous-jacentes véhiculées par les crédits basés sur les puits de carbone, le Protocole de Kyoto mobilise également les mauvaises motivations. Il focalise l'attention sur le piégeage de carbone et non pas dans les réservoirs de carbone: plus un arbre pousse rapidement, plus de crédits l'on obtient. Ceci mène à promouvoir les plantations à grande échelle. Il y a déjà des exemples évidents de ces subventions nocives, le plus clair étant le Projet Plantar du Brésil (voirs Bulletins Nº 65 et 66 du WRM). Les impacts sociaux et environnementaux négatifs des plantations d'arbres à grande échelle sont bien documentés. Ces plantations entraînent souvent de la pauvreté, augmentent les inégalités, peuvent nuire à la sécurité alimentaire, épuisent les réserves d'eau et les ressources du sol et réduisent radicalement la diversité biologique, pour citer seulement les impacts les plus évidents. Elles sont, par ailleurs, très vulnérables aux incendies et aux fléaux d'insectes, ce qui déstabilise encore davantage leur rôle déjà incertain de stockage de carbone. Sinks Watch considère que ni la plantation d'arbres destinée à obtenir des crédits, ni le système de calcul de carbone du Protocole de Kyoto, ne combattront les causes profondes de la crise globale des forêts. Au contraire, les crédits des puits de carbone courent le risque d'exacerber aussi bien la crise mondiale des forêts que le changement climatique. SinksWatch contrôlera donc les projets dont l'objet est d'acquérir des crédits en fonction des mécanismes flexibles du Protocole de Kyoto, en particulier le MDP. SinksWatch se propose de fonctionner en tant que centre de diffusion d'information sur les projets de puits de carbone associés au Protocole de Kyoto et de faciliter la coordination entre les personnes lésées par les projets de puits du MDP. Prochainement un site Web sera disponible avec des informations plus détaillées sur des projets actuels de puits ainsi que sur les erreurs sous-jacentes des puits de carbone à l'adresse www.sinkswatch.org. SinksWatch travaille en étroite collaboration avec CDM Watch, une initiative pour le suivi des projets du MDP qui ne sont pas liés aux puits de carbone. SinksWatch fournit régulièrement des mises à jour aux ONG qui travaillent sur des sujets en relation avec les forêts et se propose de soutenir les groupes et les organisations touchées par des projets de puits de carbone afin qu'elles puissent faire face à ces projets de façon efficace. Pour plus d'information sur SinksWatch, contacter Jutta Kill (jutta@fern.org), SinksWatch c/o FERN 1c Fosseway Business Centre, Stratford Road, Moreton-in-Marsh, GL56 9NQ, UK. Téléphone: +44 1608 652 895 Fax: +44 1608 652 878 *********************************************************** * GÉNÉRAL *********************************************************** - Journée internationale d'action contre les barrages et pour les rivières, l'eau et la vie Voici un appel à l'action de l'organisation International Rivers Network: Nous vous invitons à participer le 14 mars 2003 à la 6e journée internationale d'action contre les barrages et pour les rivières, l'eau et la vie. Il est temps d'agir solidairement pour célébrer nos fleuves, protester contre le développement destructeur, et fêter les réussites de l'année passée. Rejoignez le mouvement pour la santé des fleuves et des communautés en programment un événement ou en participant à une activité près du lieu où vous êtes. Nous continuons de nous battre pour les causes qui nous sont chères, des pêcheries prospères et l'eau propre à la suppression des barrages nuisibles. Rejoignez-nous le 14 mars, pour montrer au monde que nous luttons ensemble pour des fleuves vivants et pour les droits des communautés sur leurs ressources naturelles. Nous avons de nombreuses réussites de l'an 2002 à célébrer. Malgré l'opposition de l'administration Bush à l'élimination des barrages, 63 d'entre eux, soit un chiffre record, ont été programmés pour cesser de fonctionner en 2002 aux USA. Après des années de négociations, les parties ont accordé d'éliminer deux barrages sur le fleuve Little Sandy, en Oregon. Cette décision permettra la création d'une nouvelle zone réservée à la faune et à la récréation, la protection de ce qui reste des forêts primaires, et la restauration de l'habitat des poissons et du paysage des gorges profondes du fleuve. Pour la première fois, il a été décidé d'éliminer un barrage en activité au Japon. Les citoyens se plaignaient depuis longtemps de l'excès de barrages dans les fleuves du pays, et la décision d'éliminer le barrage d'Arase sur le fleuve Kumagawa est la première fissure dans la politique fluviale, qui consiste habituellement à "tout couvrir de béton". Les activistes qui luttent pour sauver les chutes spectaculaires de Bujagali, dans la partie ougandaise du Nil-Victoria, ont remporté une victoire en stoppant le projet si controversé du barrage Bujagali, de 200 MW. En juin 2002, le Groupe d'inspection de la Banque mondiale a trouvé que le projet violait cinq principes opérationnels de la Banque. A la suite d'accusations de corruption, tout le financement du barrage a été supprimé en juillet. Il est clair que le poids des mouvements pour les droits des communautés sur l'eau et sur leurs ressources naturelles est en train d'augmenter. Dans la Déclaration de la société civile internationale issue du Sommet mondial pour le développement durable il a été dit: "L'eau est la vie. Le droit à l'eau n'est donc pas négociable". L'ONU a affirmé en 2002: "Le droit de l'homme à l'eau est indispensable à la vie salutaire et digne. C'est la condition préalable à la réalisation de tous les autres droits humains". Les organismes internationaux reconnaissent enfin ce droit que la société civile revendique depuis des années. Nous sommes enthousiasmés par l'idée d'utiliser cette Journée d'Action pour rappeler au monde que nous ne luttons pas seulement contre les barrages, mais pour des personnes et des fleuves sains. Nous pouvons tous fortifier ce mouvement par des manifestations et des protestations, par le partage d'information, par des discussions et des activités éducatives. Le 14 mars, unissons-nous dans la solidarité pour nos fleuves, nos communautés et nos droits! Pour plus d'information sur la Journée d'Action, contactez s.v.p. International Rivers Network, adresse électronique: dayofaction@irn.org, http://www.irn.org/dayofaction/ *********************************************************** - Skanska abandonne la construction de barrages... ou non? Le département de l'environnement de Skanska, l'une des sociétés de construction les plus grandes du monde, a annoncé qu'elle abandonnerait la construction de barrages. Le 4 février 2003, Axel Wenblad, vice-président chargé des affaires environnementales à Skanska, a révélé qu'après une analyse stratégique menée par la compagnie, il avait été décidé de "ne plus participer à l'avenir dans de nouveaux projets hydroélectriques". Wenblad a dit que l'analyse mentionnée avait été effectuée à la demande du nouveau PDG de la compagnie, Stuart Graham. En janvier, Skanska avait déclaré, dans un communiqué de presse, qu'entre 2003 et 2004 l'entreprise allait "se retirer de l'unité commerciale des projets internationaux (Skanska International Projects), consacrée à l'exportation de projets... Les neuf projets actuellement en cours seront complétés, mais on n'en prendra pas de nouveaux". Cependant, le chargé de presse de Skanska, Peter Gimbe, a nié que cela signifie que Skanska laisse tomber la construction de barrages. "Non, ce n'est pas vrai", a-t-il dit. "En fait, ce qui a été décidé est que nous travaillerons seulement dans des marchés où nous avons une présence locale. Par exemple, en Amérique du Sud nous sommes localement présents dans plusieurs pays. Bien entendu, nous pouvons participer à la construction d'usines hydroélectriques, si de tels projets surgissent dans des pays où nous travaillons déjà. Il n'a pas été décidé de quitter le marché hydroélectrique". Le 3 février 2003, à la veille des déclarations de Wenblad, Business News Americas avait informé que Skanska était en train de négocier les prix et les conditions d'un contrat pour la conception, la mise en place et la construction d'une usine de 270 MW à La Higuera, au Chili. Le directeur des projets internationaux de Skanska, Lars-Erik Alm, avait dit alors: "C'est un bon projet, parce qu'il s'agit d'une centrale au fil de l'eau, avec un minimum d'impact environnemental, et c'est le genre de projets que nous préférons conduire". Malgré cette préférence pour les projets comportant "un minimum d'impact environnemental", Skanska a participé également dans plusieurs projets de barrages fortement controversés. En 1993 par exemple, Skanska a commencé la construction du barrage Urra 1 en Colombie. La part de la compagnie dans le projet était de 80%, et la valeur de son contrat était de 320 millions de dollars. Plus de 7 000 hectares de forêts primaires ont été inondés, et 12 000 personnes, incluant les membres du groupe indigène Embera Katio, ont été délogées pour faire place à la retenue du barrage. En 1996, les Embera Katio ont lancé une campagne de résistance contre le barrage, et ont occupé l'ambassade de la Suède à Bogota. Depuis, au moins quatre membres du groupe ont été tués pour avoir conduit l'opposition au barrage. En juin 2001, Kimy Pernia Domico a été obligé, sous la menace d'armes à feu, de monter sur une motocyclette qui l'a conduit hors du territoire de son peuple. On ne l'a pas encore retrouvé. En Malaisie, Skanska a été l'entrepreneur spécialisé du barrage de 600 MW à Pergau, construit avec une subvention britannique pour l'extérieur de 234 millions de livres. L'évidence documentaire a subséquemment révélé que le paquet d'aide était lié par écrit à un accord réciproque d'armement, par lequel le gouvernement malais s'engageait à acheter au Royaume Uni des équipements militaires pour un montant de plus d'un million de livres, en échange du financement de Pergau. A la suite d'une enquête judiciaire menée, à la demande de l'ONG britannique World Development Movement au ministère des Affaires étrangères, la Haute Cour a statué que l'aide à Pergau violait la Loi d'Aide à l'Etranger de 1996, qui interdit l'utilisation de fonds britanniques pour l'achat d'armes. Suivant les fonctionnaires du projet, le barrage de Pergau peut être utilisé seulement aux moments où la demande d'énergie est maximale, car le volume d'eau ne permet au barrage de fonctionner que pendant quelques heures d'affilée. Même la Banque mondiale a critiqué le projet, en indiquant qu'il aurait été plus rentable de construire des usines électriques à gaz. Au Sri Lanka, Skanska a construit le barrage de Kotmale, de 204 MW, qui fait partie du projet géant de Mahaweli. L'agence suédoise d'assistance, SIDA, y a contribué pour un total de 1,5 milliards de couronnes suédoises. Le contrat a été adjugé sans appel d'offres, et la construction a commencé an 1979. Cependant, lorsque des cavernes de roche calcaire ont été découvertes sous le barrage, le projet entier a dû être déplacé de 200 mètres en aval. Les ingénieurs ont reconnu que les études géologiques avaient révélé que l'emplacement originel n'était pas bon, mais ils ont dit que "personne n'avait coordonné les résultats ni tiré les conclusions appropriées". Après sa mise en fonctionnement, le barrage a été fermé pendant dix-huit mois à cause d'une fuite dans le puits de haute pression et le tunnel associé. Skanska a remporté un nouveau contrat pour réparer la fuite. Même après la réparation, une seule des trois turbines installées dans l'usine a pu être utilisée, puisque le volume d'eau accumulé dans la retenue n'était pas aussi fort que prévu. Le barrage a provoqué la réinstallation de 15 000 personnes, et l'inondation de 1 410 acres de rizières. Des glissements de terre provoqués par le projet ont affecté 905 autres familles. En mai 1997, l'agence suédoise SIDA a adjugé à Skanska un contrat de 3,2 millions de dollars pour que la compagnie se charge de la formation dans la construction de tunnels pour des usines hydroélectriques au Vietnam. Le contrat incluait l'entraînement sur le terrain dans le chantier du barrage du Yali, de 720 MW. Le barrage du Yali a provoqué des problèmes très graves aux personnes qui ont été délogées pour faire de la place à la retenue, et aux communautés en aval du barrage, autant au Vietnam qu'au Cambodge. Des dizaines de milliers de villageois habitant en aval de Yali ont été affectés par les changements du débit et la mauvaise qualité de l'eau de la rivière depuis la construction du barrage. L'un des projets "en cours" de Skanska International est le barrage de Bujagali en Ouganda. En novembre 2000, Anders Bergfors a dit au journal suédois Svenska Dagblat que le rôle de Skanska dans la construction du barrage allait être "le travail traditionnel de construction de barrages". Jusqu'en août 2002, Skanska International et la société norvégienne Veidekke faisaient partie d'un consortium qui espérait construire en Ouganda le barrage Bujagali, de 200 MW. Veidekke s'est retirée lorsque sa filiale britannique Noricil a été accusée d'avoir soudoyé Richard Kaijuka, qui était à l'époque le Directeur exécutif de la Banque mondiale pour l'Ouganda. Le barrage de Bujagali inonderait des terres agricoles fortement productives; il détruirait les chutes du Bujagali; il pourrait provoquer la disparition de poissons rares du Nil; il obligerait des milliers de personnes à perdre leurs terres et leur accès aux ressources du fleuve; il augmenterait de manière significative les dépenses en électricité des Ougandais, dont 95% ne sont d'ailleurs pas connectés au réseau électrique national. En juillet 2001, des citoyens et des ONG de l'Ouganda ont déposé une plainte auprès du Groupe d'Inspection de la Banque mondiale. Le rapport du Groupe a établi que les études environnementales concernant le projet étaient insuffisantes ou inexistantes, que le plan de réinstallation était incomplet, et que le plan d'action pour le développement communautaire était inapproprié. Le rapport indiquait d'ailleurs que l'analyse économique et financière du projet comportait des déficiences graves, et que le projet allait à l'encontre de plusieurs Politiques opérationnelles de la Banque. Malgré les accusations de corruption, d'analyses financières déficientes et d'études environnementales insuffisantes, Skanska participe toujours dans le projet Bujagali. La compagnie devrait faire ce que, d'après Wenblad, elle aurait déjà fait: arrêter de construire des barrages, tout de suite. Par Chris Lang, adresse électronique: chrislang@t-online.de