Bulletin du WRM

 

Pour télécharger le bulletin sous format Word cliquer ici
Pour s'abonner gratuitement
Numéros précédents

 

Numéro 68 - Mars 2003

AMÉRIQUE DU SUD

 

PARTAGEANT DES EXPÉRIENCES LOCALES

- Brésil: les ONG demandent un large débat sur l'expansion des plantations forestières

Dans une lettre envoyée au président Lula le 20 mars dernier, de nombreuses institutions donnent l'alerte sur les risques sociaux et environnementaux que comporterait l'élargissement de la superficie de plantations forestières que le secteur a récemment réclamé, si une planification appropriée n'était pas établie.

Le Groupe de Travail sur les Forêts du Forum brésilien des ONG et des Mouvements sociaux pour l'Environnement et le Développement a adressé, jeudi 20 mars, une lettre au président Lula dans laquelle il exprime son inquiétude face à une proposition d'expansion de la superficie de plantations forestières dans le pays, récemment présentée au gouvernement par des entreprises du secteur concerné. Le ministre de l'Environnement, Marina Silva, et le ministre de l'Agriculture, Roberto Rodrigues, ont reçu copie de ce document.

Constituées pour la plupart par des essences exotiques telles que le pin et l'eucalyptus, les plantations d'arbres alimentent, entre autres, le marché du papier et de la pulpe et celui du bâtiment. Les entreprises concernées proposent que la superficie occupée par des plantations forestières passe des 5 millions d'hectares actuels à 11 millions d'hectares. En outre, ce secteur qui dépend du Ministère de l'Environnement revendique son rapport avec le Ministère de l'Agriculture et réclame la création d'un Ministère des Forêts Plantées.

Dans la lettre mentionnée, dont le texte intégral figure ci-dessous, les ONG demandent que la proposition d'élargissement présentée soit analysée et programmée de manière extrêmement prudente, et que l'élaboration d'une politique pour le secteur prenne en compte les principes de développement effectivement durable; elles énumèrent ensuite les conséquences d'une telle activité sur la société et sur l'environnement, en particulier dans les cas de la forêt atlantique ("Mata Atlântica") et le bois fourré ("Cerrado").

Pour la coordinatrice du Groupe de Travail sur les Forêts, Adriana Ramos, de l'Instituto Socioambiental (ISA), il est nécessaire de discuter avec sérieux les fondements de l'expansion du secteur, de manière à éviter des conséquences indésirables telles que la concentration de terres et les altérations hydrologiques. Le Groupe espère que le gouvernement fixera à ce sujet un calendrier de discussions auxquelles la société civile aura une participation substantielle.

Dans un reportage paru le 25 février dans le périodique "Valor Econômico" et reproduit dans le site de l'Association brésilienne des forêts renouvelables (ABRACAVE), il est mentionné que les entreprises savent que, bien que les propositions du secteur bénéficient de l'appui du vice-président José de Alencar et du ministre de l'Agriculture, elles devront vaincre la résistance du Ministère de l'Environnement. En effet, ce Ministère a déjà soutenu, au début du mois, que des secteurs tels que ceux du papier, de la pulpe et de la sidérurgie doivent changer le mode de production du bois provenant des plantations, et passer de la plantation de grandes surfaces à la dispersion dans le style de l'agriculture familiale, ce qui assurerait des sources d'emploi pour les petits producteurs ruraux.

Le 19 mars a été approuvée la motion du député Luis Carlos Heinze (PPB/RS) demandant que l'affaire soit discutée dans une audience publique conjointe des Commissions de l'Agriculture et de la Politique rurale, de la Défense du Consommateur, de l'Environnement et des Minorités de la Chambre des Députés, à une date à définir.

Lettre adressée au président Lula par le Groupe de Travail sur les Forêts du Forum brésilien des ONG et des Mouvements sociaux pour l'Environnement et le Développement:

Monsieur le Président de la République Fédérative du Brésil
Luiz Inácio Lula da Silva
Brasilia, le 20 mars 2003

Monsieur le Président,
Le Groupe de Travail sur les Forêts du Forum brésilien des ONG et des Mouvements sociaux pour l'Environnement et le Développement, qui rassemble les principales institutions non-gouvernementales du pays que ce thème intéresse, s'est réuni à Brasilia les 12 et 13 mars. A cette occasion, il a convenu de vous manifester son désaccord avec la "Proposition d'Agenda pour le Secteur brésilien des Forêts plantées" que les entreprises du secteur mentionné vous ont présentée.

Les demandes formulées dans cet agenda ne tiennent pas compte du besoin de mettre en place une politique spécifique pour le secteur, qui soit en rapport avec les politiques environnementales, agricoles, de crédit, de génération d'emplois et de revenus, et de lutte contre la faim.

Les activités du secteur des "forêts plantées", essentiellement fondées sur la plantation d'espèces exotiques telles que le pin et l'eucalyptus, ont des conséquences graves pour les dynamiques sociales, économiques et environnementales, en particulier dans la région de la Mata Atlântica et du Cerrado, où se concentre la plupart de ces monocultures au Brésil. Si l'on considère que ces écosystèmes gardent respectivement à peine 7,6% et 30% de leur couvert originel, l'expansion massive des plantations mentionnées, de cinq à onze millions d'hectares, doit être analysée et planifiée avec une prudence extrême, dans le cadre d'une politique de gouvernement qui soit en concordance avec les préceptes d'un développement effectivement durable. Il y a beaucoup à inclure dans l'équation profits économiques / pertes sociales et environnementales de cette activité, comme en témoignent, par exemple, les nombreux procès dans le domaine du travail dans lesquels sont impliquées des entreprises du secteur.

Au moment où le gouvernement brésilien, par l'intermédiaire du Programme national de Forêts du Ministère de l'Environnement, négocie avec la Banque mondiale la possibilité d'un prêt pour le secteur forestier, il est crucial d'entreprendre tout de suite un processus de discussion sur une politique pour les plantations forestières.

Il serait très risqué pour le pays de donner cours aux demandes concernant les "forêts plantées" sans avoir préalablement défini une politique de gouvernement pour le secteur en vue d'assurer que l'activité sera conduite d'une manière durable pour l'environnement et juste pour la société, qu'elle avantagera réellement la population locale et garantira le respect du principe de précaution. Nous mettons l'accent sur le fait que toute politique d'expansion du secteur des "forêts plantées" doit éviter l'augmentation de la concentration de terres, l'élimination de la végétation indigène, les altérations hydrologiques et l'occupation de terres productrices d'aliments. En outre, la planification de l'activité doit être fondée sur des informations techniques et scientifiques, vérifiées et discutées à fond avec la société.

Dans la conviction que votre gouvernement est favorable à la promotion du débat nécessaire à la meilleure approche de ce problème, nous restons à votre disposition pour participer dans le processus de discussion correspondant.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, etc.

Grupo de Trabalho Florestas do Fórum Brasileiro de ONGs e Movimentos Sociais para o Meio Ambiente e o Desenvolvimento, Amigos da Terra - Amazônia Brasileira, Associação de Preservação do Meio Ambiente do Vale do Itajaí (Apremavi), Central Única dos Trabalhadores (CUT/RJ), Centro de Estudos e Pesquisas para o Desenvolvimento do Extremo Sul da Bahia (Cepedes), Centro de Trabalhadores da Amazônia - CTA / AC, Federação de Órgãos para a Assistência Social e Educacional (FASE), Fundação SOS Mata Atlântica, Fundo Mundial para a Natureza (WWF), Grupo Ambientalista da Bahia (GAMBÁ), Grupo de Trabalho Amazônico (GTA,) Instituto de Estudos Sócio-Econômicos (INESC), Instituto de Manejo e Certificação Florestal e Agrícola (Imaflora), Instituto do Homem e do Meio Ambiente da Amazônia (Imazon), Instituto Socioambiental(ISA), Rede de ONGs da Mata Atlântica, Rede Deserto Verde, Os Verdes, Vitae Civilis - Instituto para o Desenvolvimento, Meio Ambiente e Paz.

CC: Mme. Marina Silva, Ministre de l'Environnement; M. Roberto Rodrigues, Ministre de l'Agriculture.

Article et lettre publiés par: Instituto Socioambiental, 20/03/2003, http://www.socioambiental.org/website/noticias/noticia.asp?File=Brasil\2003-03-20-18-01.html.


  top

- Chili: les Mapuche défendent leur territoire contre les sociétés forestières

Les Mapuche ont résisté aux incursions des Européens dans leur territoire pendant des siècles. Maintenant, relégués dans des réserves - qu'on appelle "réductions" - la plupart des Mapuche travaillent comme agriculteurs appauvris ou comme garçons de ferme, ou vivent dans les villes chiliennes comme une minorité marginale. Pourtant, ils sont en train de se battre. "Notre but est de récupérer le territoire du peuple Mapuche", a dit Ancalaf, 40 ans, lors d'une interview en prison faite par le journaliste Héctor Tobar, de Los Angeles Times. "Nous voulons être les maîtres de notre destinée et conformer notre avenir à la cosmologie de notre peuple".

Détenus sans procès depuis novembre en vertu des lois antiterroristes approuvées pendant la dictature du général Augusto Pinochet, lesquelles privent les prisonniers du droit à un procès rapide et permettent aux procureurs de ne pas communiquer aux défenseurs les preuves en leur possession, Ancalaf et une douzaine d'autres leaders militants sont devenus des héros pour de nombreux Mapuche, même pour ceux qui n'approuvent pas leurs tactiques.

Dans les médias chiliens, le "conflit Mapuche" moderne est le plus souvent présenté comme la lutte de l'ordre et la raison de l'héritage européen du pays, contre une culture indigène dominée par la "superstition" et la violence. Le conflit lié à la terre, latent pendant des décennies, s'est enflammé à nouveau à la fin des années 90. Beaucoup en voient la cause dans la globalisation de l'économie chilienne et dans les politiques de libre commerce du gouvernement. Les fermes céréalières et laitières qui étaient auparavant la pierre d'angle de l'économie régionale ont été durement frappées par les exportations bon marché des Etats-Unis, et de nombreux agriculteurs ont été forcés de laisser leur terre en friche ou de la vendre à des entreprises forestières.

Les terres mapuche sont de plus en plus couvertes ou entourées d'eucalyptus et de pins plantés dans d'anciens champs de blé ou à la place de forêts indigènes. La plupart des arbres plantés dans la région sont des pins Monterey - une essence californienne - et des eucalyptus australiens. Ces arbres sont récoltés à la machine, transformés en bois d'œuvre ou en pâte à papier et envoyés aux marchés nord-américains ou asiatiques. La concentration de vastes plantations de croissance rapide provoque la disparition de l'eau souterraine, et la faune est affectée par l'absence du sous-bois essentiel à sa survie. De nombreuses espèces d'arbres indigènes, essentielles pour les activités culturelles et productives des Mapuche, sont menacées d'extinction. Suivant une étude du gouvernement chilien, tous les arbres autochtones qui ne sont pas dans les parcs nationaux pourraient disparaître d'ici 2015.

En novembre, l'activiste mapuche Edmundo Lemun, de 17 ans, a été tué de balle par la police au cours d'une manifestation dans les plantations à Ercilla (cf. Bulletin nº 64 du WRM). Le 20 janvier, plus d'une douzaine de Mapuche masqués, portant des armes à feu artisanales et des cocktails Molotov, ont envahi le campement des travailleurs de la compagnie forestière Mininco et mis le feu aux locaux d'habitation.

Comme partout ailleurs, le manque d'eau aggrave le conflit. "Il y a vingt ans, je crois que personne dans notre communauté n'imaginait que le jour viendrait où il faudrait apporter de l'eau dans des camions pour pourvoir aux besoins élémentaires de nos familles", dit Alfonso Rayman, un leader des Nagche, un sous-groupe des Mapuche qui inclut plusieurs communautés dans les environs de Lumaco. Quelques jours plus tôt, en un petit acte de provocation, un groupe de garçons avait commencé un feu sur la pente d'une colline proche de la ville, a raconté Rayman avec un léger sourire. L'incendie s'est étendu vers le haut en tuant des centaines d'arbrisseaux. En ce moment, plusieurs leaders de la région de Lumaco sont derrière les barreaux, accusés de détruire la propriété de la compagnie forestière.

Pourtant, aucune autorité institutionnelle ne condamne la coupe rase de la propriété des Mapuche - leur terre, leurs forêts - pratiquée par les sociétés forestières pour faire de la place à leurs larges monocultures d'arbres. En tant qu'activiste chilienne pour la défense des forêts, Malú Sierra déclare: "Le Chili est un pays montagneux, par conséquent la coupe rase, qui a toujours un impact négatif sur le sol, est ici deux fois plus grave" (cf Bulletin Nº 66 du WRM). Malgré cela, de nombreuses entreprises sont autorisées à poursuivre leur activité lucrative, grâce au label de plantations "certifiées" suivant les critères FSC. Et ce qui est encore plus grave, c'est que la compagnie Millalemu a été proposée pour le Prix environnemental national, que la Commission environnementale nationale du Chili décerne chaque année!

C'est le monde à l'envers. Les propriétaires traditionnels de la terre en sont expulsés, et lorsqu'ils prennent des mesures pour la récupérer on les jette en prison. Les compagnies responsables de la destruction sociale et environnementale de la région sont certifiées et candidates à recevoir des prix environnementaux. Quelle farce! Cependant, et malgré tout leur pouvoir, les compagnies forestières sont de plus en plus isolées au milieu de la marée montante de la contestation Mapuche qui va certainement continuer à grandir.

Article basé sur des informations tirées de: "Where Forests Are Foes", Héctor Tobar, Los Angeles Times, 12 mars 2003, http://www.latimes.com/news/nationworld/world/la-fg-mapuche12mar12001446,1,7311350.story?coll=la%2Dheadlines%2Dworld. Envoyé par MAPUEXPRESS - INFORMATIVO MAPUCHE, adresse électronique: mapuche@mapuexpress.net, http://www.mapuexpress.net; "Postulan al Premio Nacional de Medio Ambiente a forestal certificada por FSC", communiqué de presse de Comunicaciones ICEFI, adresse électronique: prensa@icefi.cl.


  top

- Equateur: les Sarayacu demandent de l'aide contre les opérations de ChevronTexaco

Imaginez un déversement de pétrole deux fois plus grand que le désastre de l'Exxon Valdez: c'est justement ce qui est arrivé dans la région amazonienne de l'Equateur entre 1971 et 1991. Pendant cette période, Texaco a systématiquement déversé ses déchets toxiques dans les fleuves, les rivières forestières et les zones humides. Le résultat en a été la perte de 10 millions de kilomètres carrés de forêt tropicale (cf. www.amazonwatch.org/megaprojects/ec_chevtox/).

Les peuples indigènes de la région continuent à subir les effets d'une crise sanitaire explosive, où le taux d'incidence du cancer est 30 fois plus élevé que celui des régions de l'Equateur qui ne produisent pas de pétrole. Entre 1999 et 2001, la teneur en pétrole des fleuves dont les habitants dépendent pour leurs besoins quotidiens a été 200 à 300 fois plus forte que la limite établie pour la consommation humaine (cf. www.imagenlatinoamericana.com/salud/salud_en.asp?articleid=225).

Texaco a fusionné pour devenir la colossale ChevronTexaco, et continue toujours à s'enfoncer dans la forêt tropicale équatorienne pour y poursuivre son activité pétrolière. Pleinement consciente de l'histoire de dévastation de cette compagnie, la communauté Kichwa Sarayacu défend ses frontières. Les Sarayacu, au nombre de 2000 environ, habitent au sud-ouest de l'Amazonie équatorienne, en aval de la route dévastatrice de ChevronTexaco. "Nous avons encore nos fleuves, notre forêt, notre biodiversité et nos ressources naturelles libres de contamination, et nous prenons soin de notre territoire", dit une déclaration de la communauté Sarayacu.

"Les Sarayacu ont des droits sur ces terres, et la compagnie ne peut pas les ignorer". Cependant, la compagnie les ignore pour pouvoir continuer ses prospections dans le Block 23, qui comprend le territoire complet des Sarayacu. En association avec la compagnie pétrolière argentine CGC, ChevronTexaco a entrepris l'automne dernier des essais séismiques dans les terres des Sarayacu, en faisant détoner, jour et nuit, des charges explosives. Les vieillards, les hommes, les femmes et les enfants Sarayacu ont formé une barrière humaine pour empêcher les travailleurs de la compagnie pétrolière de franchir leurs frontières.

"Nous n'avons fait que défendre notre territoire contre l'agression des compagnies pétrolières CGC/ChevronTexaco en application de nos droits coutumiers, de la Constitution de la République de l'Equateur et des Conventions internationales. La compagnie pétrolière prétend nous montrer comme des terroristes pour détourner l'attention des abus qu'elle commet contre nos droits", déclare Hilda Santi, vice-présidente des Sarayacu.

En novembre, une délégation indigène de 600 membres a déposé une plainte auprès du Protecteur du Citoyen ("Defensoría del Pueblo"). Ils ont obtenu une injonction temporaire qui interdit à la compagnie l'accès au territoire Sarayacu jusqu'à ce que le président de l'Equateur récemment élu apporte une solution au conflit. Mais cette protection légale a tout de suite été violée par CGC/ChevronTexaco, qui continue ses essais séismiques et embauche maintenant des gardes de sécurité armés pour entrer dans le territoire Sarayacu et pour intimider la population. Celle-ci a organisé des "campements pour la paix et la vie", où vont rester les Sarayacu et des témoins non violents pour éviter de nouvelles invasions de la compagnie.

L'appui supposé d'autres communautés du Block 23 aux activités pétrolières n'impressionne pas les Sarayacu. "Ils ont réussi à soudoyer les leaders de certaines communautés. Il y a en ce moment des personnes qui parlent à la fois au nom des communautés et au nom de la compagnie. Nous regrettons cette situation, mais nous n'intervenons pas dans les affaires internes des autres communautés. Les prospections séismiques dans leurs territoires sont finies, et nous n'avons pas bougé le petit doigt pour y faire obstacle. Nous défendons ce qui nous appartient".

Dans un message des Yachaks (les médecins des Sarayacu), leur représentant Sabino Atanacio Gualinga Cuji dit: "Au cours de notre existence nous sommes tenus d'utiliser de façon rationnelle ce que la nature nous a offert, pour pouvoir exister d'une manière harmonieuse. Tout ce qui existe dans le monde a une raison d'être, et les ressources naturelles ne sont pas l'exception; le pétrole n'est pas l'exception. La nature a sa vie propre, les fleuves, les lacs, les montagnes, les arbres et tout ce qui existe dans la nature. A l'époque des prospections de la compagnie Shell [dans les années 40], une partie de la nature a péri. C'est avec une grande douleur que nous avons vu l'extinction de beaucoup d'espèces. Nous trouvions morts dans les lacs des anacondas immenses, des dauphins, des phoques d'eau douce, des crocodiles. Petit à petit, les habitants des rivières et des montagnes ont cherché refuge. Récemment ces êtres ont commencé à récupérer, parce que notre mère la Nature est sage et se régénère d'elle-même, mais cela prend beaucoup d'années, et on ne va peut-être plus retrouver beaucoup de ces espèces qui existaient auparavant. Je vous prie instamment de nous aider à protéger l'humanité en respectant la terre et la nature. Il suffira que chaque individu y mette du sien pour que la vie continue".

"CGC/ChevronTexaco n'a pas le droit de violer, de bouleverser, de détruire notre vie et notre avenir. Elle doit partir tout de suite, pour que nous puissions rétablir l'harmonie. Nous demandons l'appui, la solidarité et la justice", dit la déclaration de la communauté Kichwa Tayja Saruta Sarayacu. Le peuple Sarayacu demande qu'on l'aide en adressant une lettre au président de l'Equateur, avec copie au Directeur exécutif de ChevronTexaco, pour lui demander d'annuler les contrats de prospection de pétrole et d'accorder une protection permanente au territoire Sarayacu. Si vous souhaitez vous joindre à cette initiative, visitez le site web de Global Response (en anglais): http://www.globalresponse.org/gra_index/gra0103.html.

Article basé sur des informations tirées de: "Support Sarayacu People vs. Oil Development", Global Response Action Alert #1/03, janvier-février 2003; "Sarayacu Community: We are Victims of Terrorism by CGC/ChevronTexaco Oil Company", Sarayacu Amazon, communiqué de presse, 8 février 2003, adresse électronique: sarayacuinfo@yahoo.com, http://www.sarayacu.com. Envoyé par OilWatch Network, adresse électronique: tegantai@oilwatch.org.ec


  top

- Uruguay: l'absurde injustice derrière la foresterie

Le plan de promotion forestière mis en place par le gouvernement en 1988, et fondé sur la promotion des monocultures forestières à grande échelle, avait promis la génération d'emplois et l'entrée de devises par l'augmentation des exportations. Pour atteindre ces objectifs l'Etat uruguayen a fait un fort investissement qui inclut des subsides directs, des exonérations d'impôts, des crédits commodes et des investissements en infrastructure. En 2000 l'Etat avait déjà accordé à ce secteur 69,4 millions de dollars sous la forme de subsides directs. Le total des exonérations fiscales appliquées à l'aire plantée et aux biens importés s'élevait à 55,8 millions, tandis que les prêts préférentiels atteignaient environ 55 millions. Quant à l'investissement en infrastructure, il totalisait 234,1 millions. Bref, la société uruguayenne dans son ensemble a contribué au développement forestier avec 414,3 millions de dollars.

Il faut donc se demander quel a été le bénéfice pour la société uruguayenne.

En matière d'emploi, le résultat est un échec complet. Si l'élevage extensif de bovins et d'ovins a toujours été considéré en Uruguay comme l'activité agricole la plus mauvaise en ce qui concerne le nombre d'emplois générés par hectare, il ne l'est plus maintenant: la sylviculture s'est avérée encore plus négative.

D'après les données du recensement agricole de 2000, le nombre de travailleurs permanents pour mille hectares boisés est de 4,49. L'élevage de bovins à viande génère 5,84 emplois permanents pour la même étendue de terre, tandis que l'élevage d'ovins fournit 9,18 emplois. Ces chiffres, joints à ceux de la production de riz (7,75) sont les plus mauvais de tous. A l'autre bout de la chaîne se trouvent la production pour l'autoconsommation (262 emplois sur mille hectares), l'élevage de volailles (211), la viticulture (165), l'horticulture (133) et l'élevage de porcs (128), tandis qu'au centre se situent la production de bovins laitiers (22), les services de machines agricoles (20) et les cultures céréalières et industrielles (10).

Face à ces chiffres, le secteur forestier argumente en général qu'il génère de nombreux emplois saisonniers, autant pour la plantation que pour la récolte. Cependant, le rapport avec les données comparatives de l'élevage d'ovins et de bovins à viande reste pratiquement identique, puisque ces activités créent elles-aussi des postes de travail temporaires. A cela viennent s'ajouter les conditions de travail extrêmement mauvaises des travailleurs saisonniers.

En résumant, sur un total de 660 000 hectares la foresterie a généré 2962 emplois permanents. Il n'y a pas plus mauvais. Mais ce qui est encore pire c'est que, si l'on tient compte du fait que les plantations forestières ont déplacé d'autres activités agricoles et que toutes les autres activités génèrent davantage d'emplois que la sylviculture, on aboutit à la conclusion que cette activité a représenté une perte nette d'emplois permanents dans le secteur agricole. En effet, si la superficie boisée était restée consacrée à l'exploitation bovine ou ovine, dans le premier cas le nombre d'emplois aurait été de 3854, et de 6058 dans le deuxième. Il est donc évident que le remède a été pire que la maladie, et que la sylviculture a contribué à chasser des travailleurs du milieu rural.

La situation n'est pas bien meilleure dans le domaine des exportations. En effet, 80% des exportations du secteur forestier consistent dans du bois rond (c'est-à-dire, des troncs), tandis que les 20% restants se composent de bois scié. Cela veut dire que 80% de ce qu'on exporte ne génèrent aucun poste de travail industriel, et que les 20% qui restent ne requièrent qu'une transformation minimale de la matière première et donc un nombre d'emplois négligeable.

A leur tour, les recettes de ces exportations ne représentent pas non plus un volume important de devises, lorsqu'on les compare à l'étendue de terre occupée par le secteur. En effet, le secteur forestier exporte pour des montants qui vont de 35 à 45 millions de dollars par an, et ces chiffres le situent au plus bas de la liste des exportations qui totalisent une moyenne annuelle de 2 à 2,5 milliards de dollars. Comparé au riz, qui lui aussi génère peu d'emplois à l'hectare, nous voyons que les exportations de celui-ci, avec une moyenne de 150 000 hectares plantés (c'est-à-dire moins d'un quart de la superficie occupée par le secteur forestier), s'élèvent à environ 200 millions de dollars par an (c'est-à-dire cinq fois plus que celles du secteur forestier).

En peu de mots donc, la foresterie a beaucoup promis mais n'a pas tenu ses promesses. Bien entendu, elle a favorisé quelques-uns, et en premier lieu les grandes entreprises, surtout multinationales. C'est ainsi que des compagnies étrangères gigantesques telles que la nord-américaine Weyerhaeuser (Colonvade), l'anglo-hollandaise et finnoise Shell/Kymmene (La Forestal Oriental) et l'espagnole ENCE (Eufores), ainsi qu'un nombre important d'entreprises chiliennes, canadiennes et autres, ont profité de la conjonction de terre bon marché, main d'œuvre bon marché, croissance rapide des arbres, subsides, exonérations fiscales, crédits commodes, investissements en infrastructure et en recherche. Pour elles, comme pour une poignée de grandes sociétés nationales, la foresterie a été une excellente affaire, et elle l'est toujours. Ce n'est pas étonnant: avec tous les bénéfices accordés au secteur forestier, n'importe quelle activité agricole aurait été une excellente affaire.

La crise sévère que l'on traverse actuellement fait que cette situation soit d'une injustice absurde. Elle est absurde parce que ces énormes entreprises n'ont pas besoin de subsides d'un pays appauvri comme l'Uruguay. Elle est injuste parce que les maigres ressources de la société sont destinées à subventionner une activité qui ne génère ni des emplois ni des richesses, et refusées à d'autres activités beaucoup plus positives pour le pays et pour ses habitants.

Il faut signaler d'ailleurs qu'il est pour le moins étonnant que dans ces conditions, les maires de l'intérieur et en particulier ceux des départements où la foresterie a été la plus forte (Rivera, Tacuarembó, Paysandú, Río Negro, Lavalleja) n'informent pas le public et le gouvernement que l'une des causes principales de leur déficit réside précisément dans la sylviculture. En effet, cette activité ne paie pas l'impôt foncier qui est une des sources principales de revenus des mairies; de ce fait, dans la mesure où la superficie boisée augmente, les recettes des mairies diminuent.

Il est également bizarre que les directives émanant du FMI, de la Banque mondiale, de la BID, du président Batlle et des ministres successifs de l'économie, préconisant des "réductions", des "ajustements" et des "rétrécissements", n'aient jamais fait allusion aux sommes considérables que l'Etat a destinées, et destine toujours, à la foresterie. Et le silence du Parlement (les quatre secteurs politiques confondus), dans le contexte actuel de crise totale du pays, le rend complice de cette injustice absurde qui consiste à allouer des moyens à ceux qui n'en ont pas besoin et à les refuser à ceux qui se retrouvent dans la désespérance absolue. Est-ce que ça va durer encore longtemps?

Article basé sur des informations tirées de: "Algunos datos sobre el impacto económico-social de la forestación", Joaquín Etchevers, octobre 2002, travail rédigé à la demande du Groupe Guayubira.

  top



Go to Home Page - Recommend this page

World Rainforest Movement

Maldonado 1858 - 11200 Montevideo - Uruguay
tel:  598 2 413 2989 / fax: 598 2 410 0985
wrm@wrm.org.uy