Bulletin du WRM

 

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Numéro 68 - Mars 2003

ASIE

 

PARTAGEANT DES EXPÉRIENCES LOCALES

 

- Birmanie, Thaïlande, Laos: la foresterie coloniale, hier et aujourd'hui

L'objectif de l'aménagement forestier du colonialisme britannique au XIXe siècle était d'assurer le contrôle sur les forêts dans le but de garantir un approvisionnement régulier en bois. L'empreinte coloniale se fait sentir encore aujourd'hui dans la région du Mékong, où les Etats continuent de disputer aux communautés locales la gestion des forêts.

A la fin du XVIIIe siècle les forêts de chênes britanniques étaient de plus en plus épuisées par la construction de bateaux pour la Marine royale. En 1805, les Britanniques ont lancé le premier navire de guerre entièrement bâti en bois de teck de Bombay. Vers la moitié du dix-neuvième siècle il y avait plus de cent bateaux britanniques de teck, et la voracité britannique pour ce bois paraissait insatiable.

En 1856, les Britanniques ont nommé Dietrich Brandis à la surintendance des forêts de teck du district de Pegu, à l'Est de la Birmanie. A ce moment-là, beaucoup de forêts de teck birmanes se trouvaient dans des régions contrôlées par des groupes indigènes tels que les Karen. Brandis, un botaniste allemand qui allait devenir plus tard inspecteur général des forêts de l'Inde, visait à établir le contrôle étatique sur les forêts de teck de la Birmanie. Sous le système "taungya", que Brandis a contribué à instaurer, les villageois Karen fournissaient la main d'œuvre pour le défrichage, le désherbage et l'établissement de plantations de teck. En échange, ils étaient autorisés à cultiver la terre entre les arbres pendant quelques années. A mesure que les arbres grandissaient, les villageois étaient transportés sur de nouvelles terres, et le processus recommençait. Comme résultat, beaucoup d'entre eux sont devenus dépendants du service forestier étatique, ce qui rendait de plus en plus difficile de résister à l'appropriation des forêts par l'Etat.

Raymond Bryant du King's College de Londres, décrit comment les Karen, naguère rebelles, avaient été convertis au reboisement: "Le système forestier taungya était attrayant justement parce c'était un moyen de réglementer et d'éliminer de façon graduelle l'agriculture de rotation dans les forêts birmanes. En effet, chaque acre plantée était une acre inutilisée pour les montagnards Karen".

La Thaïlande voisine n'a jamais été colonisée par les Britanniques, mais le système forestier taungya est toujours vivant et au service de l'Etat thaïlandais. Depuis les années 1960 l'Organisation de l'Industrie forestière de la Thaïlande (OIF) a établi un certain nombre de "villages forestiers" où les villageois appliquent un système semblable. L'OIF a créé en 1968 le premier village forestier à Mae Moh, au Nord du pays, dans le but de réduire l'agriculture de rotation et augmenter le reboisement. Mais les villageois n'ont aucune part à la gestion ni aux bénéfices des plantations d'arbres. Ils ne reçoivent pas non plus de titres de propriété sous ce système. Comme Ted Chapman, de l'Université nationale australienne, le signalait déjà en 1980, le reboisement de l'OIF ressemble de près à la confiscation de terres que les paysans utilisaient déjà.

En juillet 2001, deux des plantations forestières villageoises de l'OIF ont été certifiées par le sytème du FSC (cf Bulletin Nº 64 du WRM). Cependant, les villages forestiers de l'OIF étaient considérés comme démodés il y a plus de vingt ans. En 1978, Ted Chapman a signalé dans une réunion en Thaïlande: "Le reboisement Taungya, tel qu'il est pratiqué aujourd'hui en Thaïlande, n'est évidemment pas en accord avec les recommandations récentes de la FAO, l'IUCN et autres organisations concernées par le bienêtre des habitants dans les lisières des forêts". Pourtant, l'entreprise de certification SmartWood n'a pas reconnu dans le mode colonial de gestion forestière de l'OIF le système anachronique d'exploitation qu'il est en réalité.

Quant au Laos, le gouvernement y applique son propre mode de colonisation intérieure par la foresterie taungya. L'année dernière, après qu'une famille appartenant à une minorité ethnique du Sud a défriché 10 hectares de terre et les a plantés de riz, des fonctionnaires du Service forestier les ont informés que cette terre allait recevoir 4000 plants d'arbres. La famille pourra récolter le riz cette année, mais ils craignent qu'on ne leur permette pas d'utiliser la terre l'année prochaine. Tandis que ces personnes ne vont rien gagner, le gouvernement a obtenu le défrichage gratuit d'une terre pour l'établissement d'une plantation de teck.

Le Service forestier a organisé les paysans en équipes de travail et les a entraînés pour la plantation des jeunes arbres. Lorsque les arbres ont été plantés, le Service forestier a exigé que la plantation soit entretenue par les villageois, ce qui implique plusieurs années de désherbage et de contrôle continu des incendies.

La plantation des arbres a coïncidé dans le temps avec les semailles des agriculteurs eux-mêmes, de sorte que le temps qu'ils ont pu consacrer à leurs propres terres s'en est vu diminué. Un paysan a dit aux chercheurs: "Nous ne comprenons pas pourquoi nous plantons ces arbres, puisque nous n'y gagnons rien".

Ironiquement, la plantation en question a été faite le Jour de l'Arbre. Suivant l'article 46 de la Loi forestière du Laos, le Jour de l'Arbre les autorités doivent "entreprendre la planification et la mobilisation de toutes les forces de travail et du capital de tous les secteurs, y compris les forces armées, les fonctionnaires de l'administration, les étudiants du primaire et du secondaire et le peuple en général pour la plantation d'arbres. Après la plantation, il faut prendre soin de l'entretien et la protection des arbres plantés pour qu'ils puissent croître et se développer".

Le Service forestier est sans doute très entreprenant lorsqu'il s'agit d'utiliser la main d'œuvre gratuite des villageois, et il a respecté la lettre de la Loi forestière, sinon son esprit. Cependant, ses actions ont tendu ses rapports avec les habitants, qui sont vexés de se voir exploités pour une plantation de teck qui ne va rien leur rapporter.

Par : Chris Lang, adresse électronique: chrislang@t-online.de.


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- Inde: mise en question de la "Stratégie forestière révisée" de la Banque mondiale

La "Stratégie forestière révisée" du Groupe Banque mondiale, approuvée le 31 octobre 2002, comporte certaines déclarations significatives, telles que "Il existe un rapport étroit entre les moyens de vie des pauvres et les forêts, et l'idée que les pauvres sont la cause de la déforestation dans les pays en développement (est) fondamentalement fausse".

"La réalité est que l'affluence de fonds pour les forêts... va continuer à être insuffisante par rapport à l'investissement dans des activités qui peuvent avoir des impacts nuisibles sur les forêts". Et aussi: "La Banque doit évaluer quel sera l'impact de son action et de ses investissements dans d'autres secteurs ou au plan macroéconomique, sur les forêts et leurs habitants".

Cela fait longtemps qu'on affirme, généralement sans succès, qu'on ne peut pas faire endosser aux pauvres la responsabilité de la destruction des forêts et de la dégradation de l'environnement, et que la nouvelle économie de la dernière décennie a non seulement marginalisé davantage ceux qui étaient déjà en marge mais gravement miné les ressources naturelles et la base de la survie que constituent les forêts, les rivières, les zones humides et les côtes.

Cependant, la stratégie est basée sur une contradiction fondamentale: l'agenda de la libéralisation du marché s'y voit de loin, bien qu'il essaie de se faufiler par la porte du fond. Le message central qui s'en dégage est que l'argent est la clé pour sauver les forêts du monde. La participation du secteur privé est mentionnée avec emphase. Cela est lié aussi aux Plans nationaux d'action forestière (PNAF). Le PNAF de l'Inde, préparé en 1999 par le Ministère unifié de l'Environnement et des Forêts, prévoit qu'il faudra environ 28 milliards de dollars pour protéger nos forêts. Cependant, est-ce que cette "vision centrée sur l'argent" est vraiment correcte?

Rien que dans la décennie de 1990 l'Inde a emprunté à la Banque presque 350 millions de dollars pour la Phase I des Projets forestiers à Maharashtra, au Bengale occidental, Andhra Pradesh (A.P.), Madhya Pradesh (M.P.), Uttar Pradesh (U.P.) et Kerala. Cela a-t-il vraiment contribué à la protection et la régénération des forêts? La subsistance des personnes dépendant des forêts a-t-elle été assurée? Les pauvres en ont-ils été bénéficiés? Il y a beaucoup de questions auxquelles il faudrait répondre pour se faire une idée des conséquences de ces projets. Les inquiétudes et les plaintes ont été nombreuses: les opérations ont manqué de transparence, elles ont éloigné des forêts les populations tribales, elles ont provoqué des conflits au sein des villages et entre des communautés, et elles ont au bout du compte creusé les inégalités et renforcé les structures de pouvoir qui sont à la base des problèmes de l'aménagement et de la conservation des forêts.

Entre temps, la Phase II des Projets forestiers pour A.P et M.P., qui implique des prêts de 108 millions de dollars dans chacun des cas, a été approuvée et la première tranche a déjà été libérée. Ceci nous ramène au sujet de l'atténuation de la pauvreté qui, d'après la Banque, est au cœur de la stratégie forestière révisée. Là aussi il y a des contradictions fondamentales. Dans une partie du document, les définitions récentes de la pauvreté semblent être acceptées, suivant lesquelles elle est la conséquence du manque de ressources (physiques, financières, humaines et sociales) nécessaires à la génération de moyens de subsistance appropriés et renouvelables. Mais c'est toujours la définition la plus simpliste de la pauvreté qui revient: "la pauvreté reste un problème mondial d'énormes proportions. Sur les six milliards d'habitants de la planète 2,8 milliards, soit presque la moitié, vivent avec moins de 2 USD par jour. Parmi eux, 1,2 milliards vivent avec moins d'un dollar par jour". Qu'est-ce que la pauvreté, quelles peuvent en être les causes véritables, quelles doivent être les solutions à long terme, voilà autant de questions dont on n'analyse pas les implications.

Dans ce contexte, ce qui réclame une attention toute particulière est la section du sommaire exécutif intitulée "Utilisation du potentiel des forêts pour la réduction de la pauvreté". Ce qui est envisagé là est l'amélioration de la qualité de la vie rurale. Le concept sous-jacent est celui d'un monde en développement dans lequel les habitants de la campagne jouiront d'une qualité de vie qui ne sera pas très au-dessous de celle des habitants des villes; où les communautés rurales offriront des opportunités économiques équitables à tous leurs habitants, quels que soient leur salaire, leur statut social ou leur genre; un endroit pétillant d'énergie, de ressources renouvelables et d'attraits où l'on pourra vivre et travailler, contribuer au progrès national et à l'économie en général, et qui sera dynamiquement lié aux zones urbaines. Il s'agit d'une composition singulièrement étrangère à la réalité du monde où nous vivons.

Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité, en particulier dans un pays comme l'Inde, qui est rural à plus de 70%, et majoritairement agricole. Car si la pauvreté et les privations de certaines zones rurales de l'Inde sont indéniables, s'il est indiscutable que l'inégalité et l'exploitation y abondent et qu'il y a beaucoup de choses à corriger, que dire de l'Inde urbaine d'aujourd'hui? Elle s'écroule sous son propre poids. La pollution de l'air et de l'eau échappent à tout contrôle, les taudis se multiplient, les services essentiels tels que l'eau potable et l'assainissement sont affreusement déficitaires, le chômage grimpe et la criminalité aussi. Il n'y a rien qui justifie le caractère général des déclarations et des inférences de la stratégie de la banque parce qu'une bonne partie du monde rural est encore aujourd'hui très bien dotée, riche et puissante. Il y a des régions pleines de vigueur et de vitalité, où les communautés ont vécu et continuent à vivre en paix, dans le bonheur et avec des rapports raisonnablement harmonieux avec l'environnement. Des économies prospères y survivent qui, dans un pays tel que l'Inde, sont celles qui entraînent le développement national.

Que faut-il donc conclure de cette stratégie révisée de la Banque? D'emblée, on en conclut qu'elle met l'autorité de la Banque elle-même sous un grand point d'interrogation. Les confusions sont évidentes, les contradictions flagrantes et le concept sous-jacent tellement erroné qu'on a du mal à croire qu'il ait pu être énoncé. Si les fondations elles-mêmes sont si instables, on ne peut que frémir en pensant au bâtiment qu'elles doivent supporter.

Cette stratégie va-t-elle donc contribuer à sauver les forêts et à aider les pauvres? On peut toujours imaginer des réponses à cette question, mais y aura-t-il quelqu'un qui les écoute?

Article adapté de The Hindu, 23 février 2003, "Can this save the forests?", http://www.hinduonnet.com/thehindu/mag/2003/02/23/stories/2003022300180700.htm, par Pankaj Sekhsaria, Kalpavriksh, adresse électronique: kvriksh@vsnl.com. Envoyé par l'auteur.


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- Laos: l'avis de WWF Thaïlande sur le barrage Nam Theun 2

Le barrage Nam Theun 2 (NT2) projeté dans le plateau Nakai au centre de la République démocratique populaire du Laos aurait 48 m de haut, 320 m de long, et une capacité de production d'environ 1000 mégawatts. Il devrait créer une retenue de 450 km2 avec un volume de 3 milliards de mètres cubes. L'eau du réservoir serait conduite à travers des tunnels de 40 km de long jusqu'à l'usine hydroélectrique située à la base du plateau de Nakai, sur la rivière Xe Ban Fai. Les dimensions du projet et son emplacement auront un impact considérable sur la biodiversité et les habitants de la région. Cet article résume certaines des répercussions probables et explique la position de WWF-Thaïlande à propos du barrage.

Durant la dernière décennie, la perception de la diversité biologique s'est élargie pour inclure les modèles de distribution du biote, les processus écologiques associés et les paysages régionaux, souvent très vastes, où ces interactions se produisent. La conservation de la biodiversité à long terme et la sécurité des moyens de subsistance de la population locale exigent des approches à des échelles spatiales plus larges et, à l'intérieur de celles-ci, l'identification proactive des possibilités de conservation. Le barrage Nam Theun 2 viole ces principes émergents car il traite isolément certaines parties d'un écosystème plus vaste.

Le plateau de Nakai est un bassin de 1200 km2 doucement vallonné, à une altitude de quelque 600 m, et il fait partie du système écologique des montagnes Annamite. Un tiers environ du plateau est compris dans la Réserve nationale de Nakai-Nam Theun, une zone protégée d'importance mondiale pour l'avenir d'une faune endémique et rare qui inclut le Muntjac géant et l'antilope Saola. Le plateau de Nakai n'est pas intact. Comme dans la plupart des régions de conservation du monde, les gens ont modifié ses paysages pour l'agriculture de subsistance, ont péché dans ses eaux et chassé dans ses forêts pendant des milliers d'années. Néanmoins, cela ne diminue pas l'importance de la zone du point de vue de la conservation, autant pour la biodiversité que pour la subsistance locale. Environ un tiers du plateau de Nakai serait inondé par la retenue du barrage NT2, en provoquant la destruction des habitats et des populations de flore et de faune qui jouent à l'heure actuelle un rôle fondamental dans le fonctionnement écologique de la région.

Du point de vue traditionnel de la richesse en espèces, la réserve de Nakai-Nam Theun figure parmi les plus importantes du monde. Plus de 400 espèces d'oiseaux y sont présentes, un nombre parmi les plus élevés de toutes les zones protégées dans le Sud-est du continent asiatique. Cela inclut plus de 50 espèces d'oiseaux en danger d'extinction. Faisant partie de la réserve de Nakai-Nam Theun, le plateau de Nakai joue un rôle tout particulier pour ces espèces menacées: 35% d'entre elles n'existent que là, dont des populations d'importance mondiale du canard à ailes blanches et de l'aigle pêcheur.

Jusqu'au moment où l'abattage lié au barrage a commencé, le plateau de Nakai renfermait les étendues les plus vastes de pinèdes anciennes de la région, avec des variations uniques dans la composition des essences d'arbres. L'un des habitats les plus menacés du Sud-est asiatique est celui des plaines parcourues de fleuves à débit lent et des forêts adjacentes. Le plateau de Nakai, malgré la dégradation de l'habitat, représente toujours l'un des meilleurs exemples de ce genre d'habitat au Laos; mais presque tout (180 km2) serait perdu après l'inondation si le barrage était construit.

La diversité d'habitats du plateau de Nakai inclut aussi des forêts de feuillus, des forêts semi-sempervirantes, des forêts secondaires, des zones humides saisonnières et des cours d'eau permanents qui, avec le terrain doux sur lequel ils s'appuient, fournissent des conditions physiques excellentes pour l'existence de fortes densités de grands mammifères, une situation qui devient de plus en plus rare partout ailleurs au Laos et dans la région. Bien que ces densités aient été très réduites par la chasse, elles restent significatives par rapport à d'autres régions boisées du Laos. Et ce qui est plus important encore c'est que les grands mammifères du plateau habitent à l'intérieur d'une des étendues de forêt les plus vastes et les moins fragmentées de la région, ce qui augmente leurs chances de persistance et de récupération. Les gaurs et les éléphants, par exemple, sont très importants pour des populations régionales plus nombreuses avec lesquelles ils restent en rapport grâce aux liens ininterrompus avec les régions boisées qui les entourent. Le rôle essentiel du plateau dans le fonctionnement écologique est démontré par cette communauté intacte de grands mammifères, dont les membres ont la possibilité d'effectuer de grands déplacements saisonniers.

Une abondance relative de proies telles que le sambar, le sanglier et le muntjac indien permet la survie des tigres en péril. Le fleuve Nam Theun abrite d'ailleurs au moins 80 espèces de poissons, dont 16 endémiques. Le barrage bouleverserait le fonctionnement hydrologique et les migrations de poissons, ce qui provoquerait la disparition de beaucoup de ces espèces. Le projet de détournement des eaux par le barrage signifie en outre qu'un autre bassin hydrique, celui du Xe Bang Fai, serait altéré.

Toutes les ONG internationales qui ont travaillé dans le plateau reconnaissent l'importance majeure de la zone du point de vue de la conservation. Il existe des possibilités de préserver la biodiversité et les moyens de vie locaux dans le plateau de Nakai, mais elles ont besoin d'être développées par la collaboration des habitants avec le gouvernement, le personnel de la réserve et les organisations conservationistes. Cela n'a pas encore eu lieu. Pendant la dernière décennie, des activités telles que l'abattage et l'installation d'infrastructures en prévision d'un barrage qui pourrait ne jamais être construit ont déjà eu des conséquences négatives et profondes sur l'écologie et l'économie. Il n'est pas valable d'invoquer la cause même de tant de bouleversements comme la solution de ces problèmes. Les risques de pertes, au plan écologique et culturel, ne peuvent pas être atténués. Le barrage Nam Theun 2 n'est pas inévitable. Le peuple du Laos et la communauté conservationiste n'ont pas à subir la fatalité d'un projet hydroélectrique qui ne leur laissera que des débris écologiques; il y a d'autres possibilités dans le plateau de Nakai, et elles sont beaucoup plus attrayantes.

WWF remarque également que les fondements de l'affaire du Nam Theun 2 ne sont pas clairs. La viabilité économique du projet est douteuse, autant que la demande pour l'électricité du barrage, étant donné la diminution dans la demande projetée de la Thaïlande, le marché vers lequel le NT2 exporterait. En outre, il y a d'autres options énergétiques significatives, en Thaïlande comme au Laos, qui incluent des sources renouvelables et la conservation de l'énergie. Ces options ont été ignorées ou insuffisamment évaluées.

Bref, tandis que les impacts néfastes du projet sur les écosystèmes locaux sont clairs, la justification du barrage et sa supériorité sur les alternatives disponibles ne le sont pas. Par conséquent, WWF Thaïlande s'oppose à sa construction.

Par : WWF Thailand, adresse électronique: wwfthai@wwfthai.org


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- Laos: secrets, mensonges et plantations d'arbres

Au cours de cette année, la direction de la Banque asiatique de développement (BAD) décidera si elle finance un projet appelé "Plantation d'arbres pour l'amélioration des moyens de vie au Laos", qu'une équipe de conseils est en train de préparer. Cependant, les préparatifs se font sans bénéficier d'une discussion publique ouverte. Suivant Akmal Siddiq, Economiste principal du Projet de la BAD, "Les rapports préalables présentés pour l'instant ne sont pas prêts pour la diffusion publique et ne seront disponibles qu'après leur approbation par la Direction".

Si la Direction accepte de financer le projet, ce sera le deuxième projet de plantation qu'elle financera au Laos. Le Projet de plantation industrielle d'arbres, de 11,2 millions de dollars, a démarré en juillet 1994, et son but était d'établir plus de 9000 hectares de plantations d'arbres de croissance rapide. Suivant la description de la BAD, le nouveau projet "s'appuiera sur les succès et les leçons tirées du Projet de plantation industrielle d'arbres actuellement en cours".

L'année dernière, Barlet W. Edes, responsable des relations extérieures de la BAD, a rédigé un article sur la participation de la banque dans les plantations au Laos pour le magazine interne ADB Review. Dans cet article, intitulé "Back to Trees" (Le retour aux arbres), Edes a dit que le projet de la banque "protège la forêt naturelle, engage les paysans locaux dans la prise de décisions et développe un nouveau secteur prometteur de l'économie du Laos".

Mais en fait, le projet ne fait rien de tout cela. Les plantations financées par la BAD sont en train de remplacer les forêts par des monocultures. Les paysans ne sont pas concernés de manière visible dans des décisions qui conduisent à la perte de leurs terres et de leurs forêts pour la plantation d'eucalyptus. Du point de vue économique, les plantations ne sont viables que grâce aux subsides apportés par la BAD et le gouvernement du Laos. Suivant la Loi forestière du Laos, les plantations sont exemptées de l'impôt foncier et la compagnie BGA Lao Plantation Forestry, qui bénéficie des prêts bon marché de la BAD, ne paie que 5% d'impôts sur les revenus. Entre-temps, le gouvernement a donné à la BAD une concession gratuite pour une période de 50 ans pour ses plantations, en échange de sa participation dans le projet (cf. Bulletin nº 43 du WRM).

Dans son article, Edes déclare: "Puisque les plantations sont toutes établies dans des terres dégradées - et non dans des régions de forêt naturelle - il n'est pas probable que leur développement dans la République démocratique du Laos ait les conséquences environnementales adverses constatées dans d'autres pays asiatiques".

Les documents du projet de la BAD contredisent cette déclaration d'Edes. Selon le rapport dressé en 1995 par la société conseil Jaakko Poyry, les plantations sont prévues dans des "superficies forestières non boisées". Les conseils de la BAD définissent les superficies forestières non boisées comme des "terres préalablement boisées où la densité du couvert a été réduite à moins de 20%", et "des 'hai' abandonnés" (des terres où l'on a pratiqué l'agriculture sur brûlis). Cette définition permet aux compagnies de décrire les forêts communautaires, les brûlis, les pâturages et les terres communales comme des "superficies forestières non boisées".

Bartlet W. Edes signale que le projet de la BAD a établi "le cadre d'une politique pour le développement durable des plantations industrielles d'arbres". Cependant, ni le cadre de la politique, ni les études menées pour la BAD sont à la disposition du public.

En 1999, la BAD a financé une étude intitulée "Contraintes actuelles affectant les investissements étatiques et privés pour la plantation industrielle d'arbres dans la République populaire démocratique du Laos" (cf. Bulletin nº 52 du WRM). Snimer Sahni, chargé du projet à la BAD, a déclaré que le document n'est pas disponible pour le public. Les conseils de la BAD ont depuis produit une "Stratégie nationale pour une foresterie de plantation durable". Akmal Siddikq, de la BAD, a refusé de répondre aux demandes d'accès à ce document.

Suivant Bartlet W. Edes, "Les entreprises de plantation d'arbres négocient avec les paysans l'utilisation des forêts. Les terres communales, les brûlis, les pâturages et les forêts communautaires sont protégées par les paysans eux-mêmes, qui doivent consentir par écrit à leur utilisation commerciale".

Une fois de plus, la déclaration d'Edes est trompeuse. Les paysans n'ont ni le pouvoir nécessaire ni l'information suffisante sur les impacts de la plantation d'eucalyptus pour négocier avec les entreprises de plantation. Par exemple, dans des documents de la compagnie BAD classe 48 000 hectares de terres louées à la compagnie comme des cultures rotatives, des pâturages ou des forêts dégradées. Autrement dit, ce sont des terres utilisées actuellement par les paysans.

Dès qu'ils comprennent quels sont les problèmes liés à la plantation d'arbres de croissance rapide, les paysans sont récalcitrants à céder leurs terres aux compagnies. Début 2001, le leader du sous-district de Xiang Khai dans le district de Xaibouli a dit à des chercheurs indépendants: "Les plantations d'eucalyptus sont en train de dégrader la forêt, le sol et les sources d'eau. Je ne veux plus qu'on plante des eucalyptus dans mon sous-district" (cf. Bulletin nº 59 du WRM).

L'exemple le plus éclatant d'information erronée apportée par Bartlet W. Edes se trouve dans cette déclaration: "On n'utilise pas d'herbicides; à la place, on applique un produit biodégradable appelé glyphosate pour le contrôle des mauvaises herbes".

Le glyphosate est, bien entendu, un herbicide. C'est le composant actif d'une gamme de produits de Monsanto. Monsanto a commencé à vendre Roundup, son premier herbicide à base de glyphosate, en 1974. Depuis lors, les ventes annuelles des herbicides au glyphosate ont grimpé à environ 1,2 milliards de dollars. Suivant la compagnie, "les herbicides au glyphosate produits par Monsanto figurent parmi les plus largement utilisés dans le monde".

Monsanto définit ses produits au glyphosate comme "des herbicides de large spectre et non sélectifs". Pour le dire simplement, les herbicides au glyphosate tuent presque tout ce qui est vert.

Dans les plantations financées par la BAD, les herbicides au glyphosate sont pulvérisés trois fois par an entre les rangées d'eucalyptus. L'herbicide assure que rien ne pousse dans les plantations, à part les arbres. Les connaissances des paysans sur la grande variété de plantes qui poussent dans la forêt et sur leur utilisation disparaissent à mesure que ces forêts sont transformées en monocultures.

Il n'est peut-être pas surprenant que la BAD soit peu disposée à encourager le débat ouvert sur les impacts des plantations qu'elle finance. La BAD a organisé deux ateliers auxquels ont participé la World Wildlife Fund, la World Conservation Society et la World Conservation Union. D'après Akmal Siddik, fonctionnaire de la BAD, cela indique que le projet est préparé avec "la coopération active et la consultation de toutes les parties prenantes".

Siddiq a refusé de répondre à des questions concernant la participation préalable de la banque dans la promotion des monocultures d'arbres au Laos, et il a refusé également de communiquer les documents du projet. En revanche, il a déclaré: "L'étude de faisabilité du projet sera complétée en mai. L'approbation de la direction de la BAD est prévue pour le mois d'octobre".

Par Chris Lang, adresse électronique: chrislang@t-online.de.




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