Bulletin du WRM

 

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Numéro 68 - Mars 2003

OCÉANIE

PARTAGEANT DES EXPÉRIENCES LOCALES

- Aotearoa / Nouvelle Zélande: changement de propriétaire et de gestion pour les plantations de l'Etat

L'année dernière j'ai assisté à une réunion qui s'est tenue au Cap au sujet du titre, et au cours de laquelle l'accent a été mis sur la participation du secteur privé dans la propriété et la gestion des plantations. En tant qu'indigène d'un pays où les monocultures d'arbres exotiques couvrent de très vastes régions, je ne m'étais jamais beaucoup soucié de leur appartenance. Dans mon pays elles ont toujours appartenu à l'Etat, bien que certaines aient été vendues à des époques récentes. Pour des raisons d'éthique je m'oppose à la privatisation des biens étatiques par quelque gouvernement que ce soit, et considère qu'il s'agit là d'une mesure économique erronée. Cependant, je m'oppose aussi à la prolifération des monocultures d'arbres à grande échelle, et j'avais trouvé encourageant un changement récent dans les attitudes du gouvernement dans le pays, qui tendait à mettre davantage l'accent sur les espèces autochtones (à propos de nouvelles plantations) et en particulier sur le contrôle de l'érosion. Il est vrai que je pensais que cela n'allait pas suffisamment loin, et que j'étais frustré par les dimensions relativement restreintes des zones destinées aux plantes indigènes; mais j'étais persuadé qu'il s'agissait d'un tournant significatif qui semblait accorder une place beaucoup plus importante à la conservation. Donc, si le secteur privé devenait propriétaire et se chargeait de la gestion de ces grandes plantations, est-ce que ce serait si mauvais que ça?

Le gouvernement recevrait une injection d'argent liquide pour les réformes sociales, et se débarrasserait du besoin de mettre en place des programmes sylvicoles impopulaires. Du moins, c'était là un des fils conducteurs de la réunion du Cap, et il y a du vrai dans une telle philosophie. Mais des années d'expérience dans l'arène politique m'ont appris qu'un argument en cache toujours un autre. Je me suis rappelé les paroles prononcées au sein du Conseil mondial des entreprises pour la production d'énergies durables, lors du forum sur le Mécanisme pour le développement propre, durant le SMDD: "S'il n'y a pas un intérêt commercial, alors c'est de la charité". Le message évident de cette déclaration (émanant d'entreprises consciencieuses, considérées comme "bonnes") était que la charité n'entre pas dans les habitudes commerciales. Or, qu'est-ce que cela veut dire dans le cas de plantations vendues par les gouvernements? A vrai dire, si elles sont tout simplement abattues sans être utilisées comme une source d'approvisionnement continu, je dirais plutôt que je m'en fiche. Après tout, ce sont des espèces envahissantes, et des reliques de la colonisation. Cependant, du point de vue commercial et financier, cela ne paraît pas économique de les couper et de partir, du moins si elles ont été payées un bon prix. Et si elles ne l'ont pas été, cela en dit long sur le sens des affaires du gouvernement entrant.

Il faut donc considérer les implications à long terme du transfert de la propriété de ces plantations à des gens qui ont des antécédents historiques d'abattage, d'utilisation de produits chimiques toxiques, de coupes rases avec des machines lourdes, et d'investissement dans la recherche sur les modifications génétiques. Pourquoi faut-il considérer ceci? Parce que "s'il n'y a pas un intérêt commercial, alors c'est de la charité". Les procédés mentionnés augmentent la marge de bénéfice, et c'est là l'intérêt commercial: la marge de bénéfice. Or, lorsque les gouvernements gèrent des plantations, ils sont obligés de considérer le coût social des mesures qu'ils prennent, parce que si ces mesures s'avèrent trop impopulaires le gouvernement lui-même peut se retrouver au chômage après les prochaines élections. Dans la plupart de nos pays, nous avons l'option de nous débarrasser des gouvernements qui ont pris trop de décisions impopulaires. Mais nous n'élisons pas les directions des compagnies qui vont gérer les plantations privatisées, et c'est cela qui est inquiétant. Ces directions ne subissent pas sur leur marge de bénéfice les mêmes restrictions que les gouvernements. Et de son côté, si les plantations sont vendues, le gouvernement peut bien entendu se tordre les mains et dire que la compagnie est très méchante, tout en rappelant que la libre entreprise doit être permise de fleurir même si elle commet un impair ou deux. Voilà mon problème à propos de la vente de ces plantations monolithiques. Quelqu'un d'autre en profite, et nous continuons de payer le prix, mais ce prix a augmenté et personne ne peut être tenu pour responsable des répercussions sociales.

S'il est prévu de privatiser des plantations dans votre pays, pensez aux raisons et aux conséquences possibles avant d'écarter le problème en vous disant que cela ne vous intéresse pas, parce qu'il ne s'agit que de plantations et que de toutes façons vous ne les aimez pas.

Par : Sandy Gauntlett, adresse électronique: sandygauntlett@hotmail.com


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- Papouasie-Nouvelle Guinée: des groupes environnementalistes pressent le Premier Ministre de prendre des mesures contre un projet forestier

Plusieurs ONG et Groupes Pacifistes, ainsi que des groupes australiens et internationaux, ont publié une lettre ouverte adressée au Premier Ministre de la Papouasie-Nouvelle Guinée, Sir Michael Somare, dans laquelle ils expriment leur "profonde inquiétude et leur frustration croissante à propos de la situation actuelle de la gestion du secteur forestier en Papouasie-Nouvelle Guinée, et ses conséquences débilitantes sur l'économie et la sécurité de la nation". La lettre présente les faits qui sont à la base de leur inquiétude, et demande au gouvernement d'agir.

L'un des aspects conflictuels est la manière dont l'affaire de Kiunga-Aiambak a été conduite (cf. Bulletins 53 et 55 du WRM). Une autorisation d'abattage avait été accordée à une entreprise locale pour la construction d'une route reliant les centres provinciaux de Kiunga et Aiambak dans la Province Occidentale. Cette compagnie avait à son tour sous-traité l'affaire avec Concord Pacific, une société forestière appartenant à des groupes d'intérêt malais. Il a vite été évident que le projet routier n'était qu'un prétexte, pour se procurer une large concession forestière. Un peu plus tard, en 1994, Concord Pacific a obtenu une prorogation de cinq ans et l'autorisation de récolter jusqu'à 210 000 mètres cubes de bois par an, ce qui a fait de l'opération l'une des activités extractives les plus volumineuses de la PNG.

Les propriétaires terriens de Kiunga Aiambak ont perdu leurs terres et leurs ressources forestières aux mains d'une compagnie malaise âpre au gain, en échange... de quoi? Arnold Kombo, leader communautaire de Nangumarum, province d'East Sepik, raconte: "Ils faisaient de l'abattage à un endroit où il y avait déjà eu tant de destruction, avec des camions qui ouvraient des routes secondaires. Il y avait des dégâts tels que des arbres coupés inutilement, des plantes et des arbrisseaux rasés, ils finissaient par laisser la terre pelée et puis des herbes y poussaient, à la place des arbres. Dans certains endroits les sources se sont taries et les gens devaient aller très loin chercher de l'eau". L'infirmière Yatamara, responsable du Centre de Santé de Baboa, dit: "Personne ne se soucie de cet endroit, nous sommes des gens oubliés et le gouvernement ne nous a aidés en rien. Avant, les gens disaient qu'ils pouvaient voir les poissons dans l'eau, qu'ils pouvaient se peigner les cheveux en se regardant dans l'eau. Maintenant vous pouvez voir que l'eau est vraiment boueuse, et lorsque les gens vont dans les endroits où pousse le sago il n'y a pas d'eau propre, donc ils boivent l'eau qu'ils trouvent et tombent malades, ils ont des douleurs stomacales, des saignements, ces gens sont très malades".

En 1999, le gouvernement de la PNG a fait une tentative mi-sérieuse pour arrêter l'extraction illégale le long de la route de Kiunga-Aiambak. Une action légale s'est ensuivie, avec beaucoup de retards. Entre-temps, l'abattage s'est poursuivi sans entraves, sur les bords de la route et loin à l'intérieur de la forêt.

En décembre 2002, un Acte de Colonisation a été présenté à la Cour nationale. Son intention est de légitimer l'exploitation illégale ininterrompue des ressources et porterait atteinte à la souveraineté de la Papouasie-Nouvelle Guinée et aux droits de son peuple.
Ces derniers jours, le Ministre des forêts a déclaré que la route Kiunga-Aiambak est "définitivement illégale" et que la position du gouvernement est claire: "nous n'allons pas approuver l'Acte de Colonisation", et l'on va "révoquer sans délai l'autorisation d'exploitation forestière de Kiunga-Aiambak".

Les organisations signataires exigent au Premier Ministre de respecter les affirmations du gouvernement et d'agir de manière effective. Elles suggèrent certaines mesures qui sont bien du domaine gouvernemental:

- Annuler l'Acte de Colonisation par l'intervention des tribunaux, l'application des lois ou tout autre moyen disponible.
- S'assurer que toutes les parties impliquées dans cet accord corrompu et que tous ceux qui auront pris part à des actions criminelles feront l'objet d'une enquête indépendante.
- Mettre fin aux activités actuelles de Concord Pacific et ordonner qu'elles n'aient plus lieu en Papouasie-Nouvelle Guinée.
- S'assurer que l'Autorisation d'exploitation forestière ne sera accordée à aucune autre compagnie.
- S'assurer qu'aucune prolongation du projet routier ne sera approuvée par la voie légale ou autrement.

La lettre prévient que "AusAID a récemment reconnu l'existence d'une décennie perdue dans le développement de la PNG à cause de la corruption et de la mauvaise gestion. Les questions mentionnées mettent en lumière que l'industrie forestière a joué un rôle essentiel dans cette perte. A moins que le gouvernement n'agisse avec décision et fermeté, nous verrons encore une décennie de perdue". (La version intégrale de la lettre -en anglais- est disponible dans: www.wrm.org.uy/countries/PapuaNG/PNGletter.rft )


Article basé sur des informations tirées de: "Open letter to The Right Honourable Sir Michael Somare. Subject: Forest sector and Kiunga Aiambak Road Deed of Settlement". Envoyé par Stephen Campbell, Greenpeace, adresse électronique: stephen.campbell@au.greenpeace.org; "Logged out, paradise lost", http://www.paradiseforest.org/paradise_lost/kiunga_aiambak_road.php.




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