Bulletin du WRM

 

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Numéro 70 - Mai 2003

AMERIQUE CENTRALE

PARTAGEANT DES EXPÉRIENCES LOCALES

- Guatemala: des incendies intentionnels dévastent la forêt vierge favorisant ainsi les intérêts des exploitants forestiers

Au cours du mois de mars et d'avril de l'année en cours, des milliers d'hectares de forêt ont été dévorés par les flammes lors d'une série d'incendies forestiers incontrôlables qui se sont propagés dans la Réserve de la biosphère maya, au Nord du Guatemala. Le feu a atteint le Parc national Tikal, déclaré patrimoine de l'humanité par l'Unesco, mais il a été maîtrisé avant d'endommager sérieusement la zone. Par contre, les parcs nationaux Sierra del Lacandón et Laguna del Tigre ont été dévorés par les flammes, tandis que dans la partie centrale de la réserve, celles-ci ont progressé de façon incontrôlable vers l'intérieur de la forêt vierge.

Suite aux déclarations faites à la presse par les organisations écologistes, des fonctionnaires du gouvernement du Guatemala ont confirmé que nombre d'entre eux avaient été intentionnels mais ils n'ont pas signalé les responsables. Entre-temps, l'organisation écologiste Tropique Vert a assuré que certains indices font penser que le feu a été provoqué pour servir aux puissants intérêts économiques. Dans un rapport élaboré à ce sujet par l'organisation Tropique Vert, il est affirmé que la dévastation des parcs nationaux "ouvrirait les portes à l'exploitation forestière, minière et pétrolière dans ces aires". De son côté, le directeur du programme gouvernemental du Guatemala pour la lutte contre les incendies forestiers expliquait à la presse vers la mi-avril que "le nombre d'incendies ainsi que leur étendue dépassent notre capacité de contrôle".

L'organisation Tropique Vert, pour sa part, a dénoncé dans la presse de façon réitérée l'incompétence des autorités. Lors d'une réunion réalisée dans le parlement de la République guatémaltèque le 12 mai dernier, les écologistes ont conclu que: "aucun programme de prévention n'a été mis en place et les responsables du Système intégré de prévention de contrôle des incendies forestiers (Sipecif) ont gaspillé le peu d'argent qu'ils avaient à leur disposition".

Les organisations écologistes ont déjà signalé au gouvernement du Guatemala que les fonctionnaires ont réagi tardivement et de façon insuffisante. "L'ingouvernabilité régnante dans les parcs nationaux les plus touchés est la principale responsable des incendies. Les institutions ont été incapables de contrer les puissants intérêts qui se cachent derrière la destruction de la Sierra del Lacandón et de la Laguna del Tigre", a conclu Tropique Vert dans un rapport présenté mi-mai au Conseil national des aires protégées. En avril, un officier du gouvernement avait publié une requête dans la presse, sollicitant "l'aide de tous les secteurs de la société [guatémaltèque]". Or, les environnementalistes signalent que le gouvernement n'a jamais débloqué les fonds qui étaient affectés à la prévention des incendies forestiers depuis janvier. "L'armée possède des hélicoptères mais elle ne peut pas les utiliser faute de budget pour le combustible" ont-ils dénoncé à la presse le mois dernier. Lors d'une interpellation devant le parlement de la République guatémaltèque le 12 mai dernier, le directeur de la lutte contre les incendies assurait que les fonds étaient disponibles mais qu'ils avaient manqué de capacité d'exécution. "Ceci est vraisemblablement une excuse pour ne pas compromettre les possibilités électorales du parti qui est actuellement à la tête du gouvernement" a déclaré à la presse Carlos Albacete, porte-parole de l'organisation écologiste Tropique Vert.

La situation a été sans contrôle pendant plus de deux mois. Dans le Parc national Tikal, plusieurs foyers ont été maîtrisés au nord-est et au sud-est de la zone. De nombreux incendies ont encerclé le site archéologique El Perú, où travaille actuellement David Freidel, l'un des archéologues les plus reconnus au niveau international par ses études sur cette culture et ses nombreuses publications. Les chênes verts (Quercus oleoides) qui subsistaient encore dans le Parc national Laguna del Tigre ont disparu, dévorés par les flammes. Ce parc a été l'objet d'incendies généralisés dans toute sa surface et la moitié sud et sud-est du Parc national Sierra del Lacandón a été touchée par des incendies volontaires et réitérés. Au moment de la rédaction de ce communiqué, des foyers actifs persistent encore même si les plus importants ont déjà été maîtrisés. Les statistiques officielles font état de moins de 10 000 hectares de forêt brulés. Cependant, les écologistes dénoncent plusieurs centaines de milliers d'hectares d'aires protégées dévorés par les flemmes. "L'Institut national des forêts doit revoir sa façon de mesurer les aires incendiées" a conclu un député du Parlement guatémaltèque après avoir écouté les statistiques officielles et après les avoir confrontées avec les informations de sources indépendantes.

La Réserve de la Biosphère maya se trouve au nord du Guatemala, dans la frontière avec le Mexique et Belize. Elle fait partie de la Forêt maya, la surface de forêt tropicale la plus importante du Mexique et d'Amérique centrale. Comprenant plus de trois millions d'hectares protégés, c'est une forêt tropicale relativement sèche qui abrite de nombreuses espèces endémiques (que l'on trouve uniquement dans cette région), dont le singe hurleur du Guatemala (Alouatta pigra), un primate menacé d'extinction.

La disparition de la Forêt maya entraînerait l'extinction totale d'onze espèces de mammifères, de vingt espèces d'oiseaux, de trente-neuf espèces de reptiles et d'onze espèces d'amphibies habitant exclusivement dans cette forêt. L'abondance des nuages et l'approche des pluies saisonnières laissent penser que, encore une fois, les phénomènes de la nature seront les alliés de la forêt tropicale du Guatemala et de sa survie.

Par: Carlos Albacete, Trópico Verde, courrier électronique: mailto@tropicoverde.org


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- Panama: le Peuple Kuna dénonce un modèle de développement qui l'a dépouillé de ses ressources naturelles

Du 13 au 15 avril, pendant la célébration du Premier Centenaire de la République du Panama, les Kuna se sont réunis et ont conclu qu'une bonne partie de la société panaméenne n'a toujours pas accepté ni même considéré leurs droits ancestraux. Ils se sont exprimés comme suit:

"La Nation Kuna, représentée par ses plus hauts dirigeants, les Saila Dummagan des Régions Kuna de Madungandi, Wargandi, Kuna Yala et Dakarkunyala, incluant un total de 68 communautés, s'est réunie dans la communauté d'Ibedi, Région de Madungandi, durant les 13, 14 et 15 avril. Nous manifestons à tout le Peuple Kuna et à l'opinion publique nationale et internationale notre joie devant cette rencontre entre frères et notre détermination d'avancer dans l'unité vers la construction de la Nation Kuna.

Après des siècles d'agression coloniale qui ont provoqué le déchirement et la dispersion de nos peuples le long des fleuves et dans les forêts, et après 100 années de République qui ont creusé les divisions par des frontières politiques nationales et provinciales, nous, les Saila Dummagan des différentes Régions Kuna, nous sommes réunis pour partager nos problèmes et entamer un processus d'articulation et d'unité en de nos droits.

A Ibirdidiuar nous avons pris davantage conscience que nous avons tous les mêmes racines, que nous sommes tous frères et que Nana Gabayai a été avalée par Olotinakilee et ses gens, et nous avons décidé de rassembler ses os dispersés par de nombreuses rivières, et de leur redonner vie.

Nous regrettons l'absence de nos frères d'Arquia et de Caimán Nuevo qui, en raison de la situation que traverse la Colombie, n'ont pas pu participer. Après avoir entendu ce que chacun de nous avait à dire, nous dénonçons que nous avons été, et sommes toujours, les victimes d'un modèle de développement fondé sur l'ambition, l'appropriation des ressources naturelles et le mépris de la vie des personnes, des peuples et de leurs cultures. Les personnes changent, ainsi que les noms des systèmes, mais la philosophie reste la même. C'est la philosophie qui a conduit les Espagnols à envahir nos terres, assassiner nos aïeux, détruire notre culture et notre civilisation pour s'emparer de l'or et autres richesses; la philosophie qui pousse encore l'administration de George Bush à dévaster l'Irak et massacrer le peuple irakien pour s'emparer de l'or noir; la même philosophie qui est derrière l'ALCA, le Plan Puebla-Panamá et le Plan Colombie, qui convoitent nos ressources pour la satisfaction des intérêts des puissants, sans aucun regard pour les droits des propriétaires légitimes ou des secteurs dépossédés.

Réunis dans la Région Kuna de Madungandi, nous voyons comment, presque trois décennies après l'inondation de 35 000 hectares de leur territoire par la construction du barrage hydroélectrique Ascanio Villalaz, nos frères attendent toujours que les promesses soient tenues, et qu'au lieu de recevoir des bénéfices du barrage ils voient la malaria et d'autres maladies se répandre.

C'est la même philosophie qui veut maintenant réformer le Code Minier, et s'emparer de nos esprits et de nos cœurs pour implanter la misère dans nos Régions et dans le reste du pays.

Nous regrettons et refusons d'accepter que les vies de nos frères de Paya, Púpur et Arquia soient toujours menacées et soumises, en plein XXIe siècle, au meurtre et à l'expulsion.

Nous sommes indignés et condamnons que la déclaration des présidents de la Colombie et des pays d'Amérique Centrale faite à Panama ne mentionne pas le massacre de 4 frères Kuna par des paramilitaires colombiens, et que seul l'attentat du club exclusif El Nogal de Bogotá y soit mentionné.

Nous condamnons l'irresponsabilité avec laquelle le gouvernement de Madame Mireya Moscoso a pris part dans le conflit colombien, aggravant ainsi le péril pour ceux qui habitons la frontière.

Au milieu de la célébration du 1er Centenaire de la République, nous voyons qu'une grande partie de la société panaméenne ne comprend ni n'accepte nos droits, qui sont pourtant antérieurs aux 100 ans de la République et aux 500 ans de la conquête et la colonie.

Nous exigeons la reconnaissance de la Région Dakarkunyala pour nos frères de Paya et Púpur. Nous exigeons également que les promesses de la Présidente de la République après le massacre du mois de janvier, non tenues à ce jour, soient respectées.

Les Régions reconnues par la loi, telles que Madungandi, Wargandi et Kuna Yala manquent toujours de protection et sont encore menacées par plus d'invasions de colons et d'entrepreneurs. Les autorités nationales font la sourde oreille à nos réclamations, rechignent à recevoir nos Saila Dummagan et ne bougent pas le petit doigt pour que la loi soit respectée et les envahisseurs illégaux délogés.

Les programmes d'enseignement méconnaissent toujours notre culture, notre vision cosmique, notre histoire, notre spiritualité et notre religion.

La convention 169 de l'OIT n'a toujours pas été ratifiée.

En tant que dirigeants des Régions Kuna nous exprimons notre volonté de poursuivre la lutte pour l'affermissement et la croissance de notre peuple. Une croissance fondée sur les principes de notre culture: le respect des personnes, de notre Mère la Terre, et du dialogue et la solidarité des peuples.

Nous habitons des Régions différentes, mais nous sommes un seul peuple. Pour cette raison nous affirmons avoir le droit et l'obligation d'unir nos mains pour la réalisation de nos objectifs.

Déclaration effectuée dans la communauté d'Ibedi, Région Madungandi, le 14 avril 2003."

Article envoyé par Equipo de Redacción EcoPortal.net, Ambiente y Sociedad, Nº 129, 23 avril 2003, adresse électronique: info@ecoportal.net, www.ecoportal.net.

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