Bulletin du WRM

 

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Numéro 70 - Mai 2003

AMERIQUE DU SUL

PARTAGEANT DES EXPÉRIENCES LOCALES

- Brésil: les plantations d'eucalyptus de Plantar, les crédits carbone et la population locale

Une lettre portant les signatures de plus de 50 membres d'ONG, d'églises, de mouvements et de syndicats brésiliens a été envoyée aux investisseurs du Fonds prototype du carbone (FPC) de la Banque mondiale le 26 mars 2003, leur demandant de ne pas acheter de crédits carbone du projet Plantar de Minas Gerais, Brésil, qui est l'objet de controverses. Dans cette lettre, disponible dans www.sinkswatch.org (cf. aussi le Bulletin Nº 65 du WRM), ils déclarent que les activités de Plantar ne sont ni propres ni durables, que la compagnie a violé à maintes reprises les lois du travail, et qu'elle n'a pas l'évaluation d'impact environnemental exigée par la loi.

Dans une lettre au FPC datée du 11 avril 2003, Plantar rejette toutes les critiques et toutes les inquiétudes exprimées dans la lettre des ONG, et accuse le WRM et l'organisation brésilienne FASE-ES d'un "manque surprenant de connaissances et d'information".

Plantar omet de reconnaître que la lettre en question est fondée sur une enquête en profondeur sur les activités de la compagnie, menée par des membres de FASE-ES et documentée dans un rapport à la demande du WRM. Cette enquête a compris des visites de la zone et des interviews prolongées des résidents, et le rapport -en anglais- est disponible dans http://www.wrm.org.uy/countries/Brazil/fsc.html.

Comme on pouvait s'y attendre, la compagnie a réagi en rejetant carrément les affirmations des enquêteurs et elle a lancé une campagne locale incluant des déclarations aussi absurdes que "les ONG d'Espirito Santo et d'Uruguay poussent à l'augmentation du chômage dans la commune de Curvelo" (Journal "Folha de Curvelo", 16 avril 2003). Le sous-titre de l'article ajoute que "soutenues par des intérêts internationaux, des Organisations non gouvernementales rédigent un rapport erroné contre Plantar S.A. et essaient de bloquer des ressources qui pourraient être investies dans la commune de Curvelo".

Face à cette réaction de Plantar, FASE-ES et le WRM ont décidé de refuser l'invitation de la compagnie à se rencontrer, de visiter en revanche la zone des plantations et d'entendre les résidents qui ont été affectés. Cette décision a été renforcée par le fait que le dernier message de Luis Carlos Goulart - le Directeur du développement durable de la compagnie - les informait que la visite des plantations n'allait pas être possible - censément par manque de temps - et que la réunion aurait lieu dans les bureaux de l'entreprise. La rencontre prévue n'avait donc plus aucun sens.

Les représentants de FASE/WRM se sont rendus dans la zone le 15 mai et ont rencontré les gens des lieux. L'impact général des activités de la compagnie a été résumé par une femme qui a dit tout simplement: "Plantar a liquidé tout ce que nous avions". Le sens de ces paroles est devenu clair lorsque les gens nous ont fait parcourir la zone. A l'intérieur des plantations, les seuls points verts étaient les eucalyptus et les plantules d'eucalyptus. Le reste était marron, à la suite de l'application de l'herbicide Round-up au glyphosate. L'eau avait séché ou était contaminée par des produits agrochimiques, privant ainsi les gens du poisson qu'ils avaient l'habitude de pêcher et de manger. La faune locale - qui était un élément important de la subsistance des habitants - avait elle aussi disparu, au point que les panneaux affichant l'interdiction de chasse et de pêche semblaient une blague. "La chasse et la pêche de quoi?" a demandé un homme furieux. "La compagnie a tout tué".

Les résidents ont également révélé que Plantar essayait de les obliger à signer une lettre d'appui à la compagnie, que seuls ceux qui n'y travaillaient pas ou n'en dépendaient pas avaient la possibilité de ne pas signer, à leurs risques et périls. De même, ils nous ont montré la route publique que l'entreprise a fermée, ce qui les force à parcourir une distance beaucoup plus grande pour rentrer chez eux. La raison invoquée pour cette fermeture, qui a été décidée sans demander l'avis des résidents, était d'éviter que la poussière de la route n'atteigne les plantes dans la pépinière de la compagnie!

La visite des lieux n'a fait que confirmer les conclusions des chercheurs de FASE et renforcer la conviction que la compagnie ne devrait jamais se voir accorder la certification du FSC, ni être considérée par le Fonds prototype du carbone comme une candidate possible aux crédits carbone dans le cadre du Mécanisme de développement propre du Protocole de Kyoto.


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- Chili: il est urgent de réorienter la politique forestière - axée sur les monocultures - vers les forêts

A l'époque actuelle où les processus en général se font de plus en plus vite, stimulés par le développement technologique, les ressources naturelles se perdent, elles aussi, à un rythme vertigineux à cause de leur surexploitation destinée à faire possible un modèle de production, de consommation et de vie qui complète le cercle vicieux.

Dans ce cadre, la perte progressive des forêts natives n'est pas d'une importance moindre car elle est irréparable. Dans un environnement urbain, il peut s'avérer difficile pour le citoyen en général, éloigné des cycles et des rythmes de la nature ainsi que de l'observation de cette nature et de son vécu, de prendre conscience de ce qui est train de se passer dans la région sud du Chili. Et, peut-être que lorsqu'il s'en rendra compte, il sera déjà trop tard.

Avant d'entrer dans les détails, il est important de signaler que ce qui se passe au Chili ne constitue aucunement un cas isolé. Beaucoup d'autres pays vivent une situation semblable: les monocultures d'arbres sont encouragées tandis que les forêts sont détruites et souvent remplacées par des monocultures d'espèces exotiques. Mais il est incontournable de souligner ce qui ce passe au Chili car le "modèle chilien" est actuellement promu en Amérique latine et présenté comme un exemple de réussite que les autres gouvernements devraient imiter. Pourtant, il s'agit là d'un modèle qui s'est avéré socialement et environnementalement inviable.

Le Chili a signé et ratifié une série de conventions, de protocoles et de traités internationaux: sur la biodiversité, sur la désertification, sur les changements climatiques, sur la protection de la couche d'ozone, l'Agenda XXI, le Protocole de Montréal et sa Déclaration de Santiago, etc. qui seront inutiles sans une institutionnalisation de la politique forestière capable de les mettre en application.

Par ailleurs, des processus tels que les Traités de libre commerce signés récemment, ne feront que contribuer à la dégradation croissante et accélérée des forêts (ou à leur disparition), étant donné l'absence d'une réglementation de protection ce qui encourage les plantations forestières. Celles-ci fournissent aujourd'hui le deuxième produit d'exportation du Chili, mais au dépens de sa population et de son environnement.

Deux entreprises concentrent plus d'un million trois cent mille hectares, dont de vastes monocultures. La surface totale occupée par des monocultures d'arbres atteint les deux millions deux cent mille hectares et les impacts sociaux et environnementaux de celles-ci ont été énormes suite à la migration des communautés dans de vastes secteurs ruraux et à l'appauvrissement des paysans. Des problèmes socio-économiques délicats ont surgit dans la région d'Araucane où les graves conflits entre les exploitants forestiers, les communautés indigènes et les petits agriculteurs subsistent encore.

Les plantations d'espèces exotiques sont toujours promues, au détriment des forêts natives. Le Décret-Loi 701 bonifie la mal dénommée "reforestation" et accorde des bénéfices économiques qui peuvent atteindre - nominalement - jusqu'à 90% des coûts de plantation dans le cas des petits propriétaires de sols non agricoles ou dégradés, sans établir presque aucune différence entre l'afforestation avec des espèces natives et la plantation d'espèces exotiques. Et encore plus d'avantages sont accordés aujourd'hui. Cette année, treize millions de dollars ont été affectés aux Bons de sécurisation forestière (plantations de pins et d'eucalyptus sur les terres de petits propriétaires),un instrument créé par la Fondation Chili, la Corporation du bois, la Corporation pour le développement et le ministère de l'Agriculture.

Entre-temps, le projet de loi de développement des forêts natives, qui sera peut-être discuté prochainement au Parlement, ne prévoit que cinq millions de dollars en apports de l'Etat au cours de la première année. La région des lacs, où se trouvent les forêts les plus riches en biodiversité, est en train de faire place rapidement à un paysage monotone de pins et d'eucalyptus destinés à approvisionner l'immense usine de cellulose que la société Arauco construit actuellement à San José de la Mariquina.

Ceux qui dénoncent cet état des choses considèrent qu'il est nécessaire d'améliorer l'accès aux informations, la diffusion et l'éducation concernant la forêt native afin de donner naissance à une culture de la conservation et de l'utilisation durable. Ils soutiennent également que pour soutenir la Stratégie nationale de conservation de la biodiversité vouée à la préservation des écosystèmes, il faudrait établir de façon urgente une liste de sites prioritaires qui devront respecter les lois nationales et les traités internationaux ratifiés par le Chili en ce qui concerne la protection des ressources naturelles ainsi qu'une définition de forêt suivant un critère écologique.

Il semblerait qu'au Chili il n'existe pas de politique forestière (dans le sens de l'utilisation durable des forêts) et ce qui existe en réalité est une politique presque exclusivement vouée à la promotion des monocultures forestières. Et le plus grave est que cette politique a eu tellement de succès que de vastes zones de forêts ont disparu et ont été remplacées par des rangées interminables de pins et d'eucalyptus que quelqu'un a justement défini comme des "militaires plantés": verts, en rang et avançant.

Cette absence de politique de défense des forêts a été confirmée par de nombreux rapports, le dernier desquels est le Rapport Pays 2000, réalisé par l'Université du Chili pour la Commission nationale de l'environnement (http://www.elbosquechileno.cl/infpais34.html).

Il est temps d'en finir avec les mensonges qui prétendent assimiler les plantations de pins et d'eucalyptus à des "forêts". Les plantations sont des plantations et les forêts sont des forêts. Aussi simple que ça. Aucune monoculture d'arbres ne peut remplir aucune des fonctions sociales et environnementales remplies par la forêt chilienne; il donc urgent de mettre en place une véritable législation forestière assurant l'utilisation durable et la restauration de la seule ressource forestière chilienne: la forêt native.

Article basé sur des informations tirées de: "Chile necesita una política forestal", Voces del Bosque, été 2003, Nº 34, Defensores del Bosque Chileno, http://www.elbosquechileno.cl/politica34.html ; "DL 701: Aprovechar la herramienta que hay", http://www.elbosquechileno.cl/701.html , Defensores del Bosque Chileno.


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- Colombie: un projet de plantations de palmier à huile met en péril la diversité biologique du Chocó

La région du Chocó (d'une superficie de 75 000 km2 sur la côte pacifique de la Colombie) est un écosystème stratégique en raison de sa diversité naturelle et culturelle. Elle renferme d'ailleurs la plus forte concentration de diversité biologique du monde quant au nombre d'espèces par hectare (cf. Bulletin Nº 44 du WRM). De l'étendue originelle en forêts hétérogènes il ne reste que 40%, par suite de la colonisation, de l'expansion de la frontière agricole, de l'élevage et de l'exploitation du bois.

Le Bajo Atrato, dans le bassin du fleuve Atrato, qui fait partie de cette région biogéographique, est en état d'alerte. Le Défenseur du peuple a manifesté, dans le document "L'exploitation forestière et les droits humains à Bajo Atrato-Chocó", la profonde inquiétude des membres des conseils communautaires de la région (dont Cacarica, Higuamiandó et Curvaradó, parmi d'autres) face à un projet de plantations de palmier à huile à effectuer dans la municipalité de Riosucio.

Il s'agit d'un projet de l'entreprise Urapalma S.A., une société qui n'intègre pas la convention de concertation pour une production plus propre, passée par la fédération Fedepalma, les Ministères de l'Environnement et de l'Agriculture, et plusieurs entreprises environnementalistes.

L'objectif du projet est de semer 20 000 hectares de palmier (des variétés Ekona et Ekona X lame) dans les départements de Chocó et d'Antioquía. Le premier bloc est de 9 000 hectares, dont 6 500 appartiennent à la compagnie mentionnée et 2 500 à Asopalma, une entreprise associée à la précédente dans laquelle participent des paysans de la région auxquels a été assignée une parcelle de 5 hectares.

Dans une étape ultérieure, il est prévu d'installer dans la région une usine extractive pour la production de 35 000 tonnes d'huile crue sur une période de cinq ans. A l'heure actuelle, des associations d'habitants de la zone sont en cours de formation à Paravandocito et Munguidó, pour la plantation de 380 hectares. Cette initiative a bénéficié de l'appui de divers organismes, dont les Ministères de l'Agriculture et du Développement, la Banque agricole (qui a octroyé un crédit allant jusqu'à 80% des coûts directs de fonctionnement durant l'étape improductive), FINAGRO, le Fonds d'investissements pour la paix (source de financement de l'ICR - Incentivación de Capitalización Rural - pour la culture du palmier à huile) et le gouvernement d'Antioquía.

Aucune consultation des communautés ethniques n'a été entreprise, aucune démarche n'a été faite au sujet de la viabilité environnementale, aucun permis n'a été demandé pour la concession des eaux et de l'exploitation forestière auprès des autorités environnementales des départements de Chocó et Corpourabá. Les normes environnementales et ethniques en vigueur dans la région n'ont donc pas été prises en compte.

Les groupes paramilitaires qui opèrent dans la région ont été utiles à ce projet, pour lequel est un obstacle la propriété collective des territoires de la région de la part des communautés. Dans ce sens, le combat contre la guérilla obéit à une stratégie militaire, mais aussi à l'intérêt économique du secteur privé. La Commission inter ecclésiastique pour la justice et la paix a dénoncé que, de toute évidence, l'Etat n'est pas en train d'intervenir pour combattre de manière structurée la lutte armée qui se cache derrière le paramilitarisme, que les droits des communautés d'origine africaine continuent à être ignorés, et que la plantation illégale et illicite de palmier à huile se répand, à la faveur de la protection armée.

Comme dans tant d'autres lieux de la région tropicale, la diversité naturelle et culturelle risque de disparaître et de se voir remplacée par de vastes monocultures qui n'avantagent que les entreprises consacrées à la production et la commercialisation de l'huile de palmier. Et comme dans presque tous les autres cas, la résistance à l'appropiation de territoires de la part des entreprises surgit avec de plus en plus de force.

Article basé sur des informations tirées de: "Alerta por Palmicultura en el Bajo Atrato", document envoyé par Gonzalo Díaz Cañadas, Fundación Beteguma, fondateur du périodique Citará, www.citara.ipfox.com, adresse électronique: periodicocitara@hotmail.com; "Graves violaciones de derechos humanos en Jiguamiandó y Curbaradó [Chocó]", Justicia y Paz, 23 décembre 2002, http://colombia.indymedia.org/news/2002/12/854.php.


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- Equateur: les gens ont dit non aux plantations lors d'une réunion ministérielle

Dans la plupart de pays, les monocultures d'arbres à grande échelle ont été imposées - et se sont développées - une fois les lois nationales modifiées en faveur des entrepreneurs nationaux et étrangers qui obtiennent toutes sortes de bénéfices, de subventions directes et indirectes, d'exonérations d'impôts, voire des crédits à taux privilégiés et des remboursements pour la réalisation de plantations à grande échelle. C'est ainsi que les entreprises ont transféré les coûts de leurs affaires aux peuples déjà très appauvris. Ce sont des affaires que ne leur rapportent que des bénéfices, elles profitent gratuitement des ressources disponibles: terres fertiles, eau, main d'œuvre bon marché et sont, par ailleurs, protégées par la loi, pour que personne se plaigne. Dans presque tous les pays, ceci a été mis en place grâce à une campagne mensongère, en trompant aussi bien les gouvernants que les peuples, et parfois même en utilisant des méthodes moins "démocratiques" telles que des menaces et des attentas à l'encontre des opposants, voire leur assassinat. Aujourd'hui en Equateur, les entreprises son en train de faire pression sur le gouvernement pour qu'il prenne des mesures en leur faveur. Or, leur tâche ne sera pas aussi simple car le processus fait déjà preuve de certaines particularités très intéressantes.

A différence des autres pays, le ministère de l'Environnement de l'Equateur a pris l'excellente initiative de convoquer à un Séminaire/Atelier dans le but de formuler un "Plan national d'afforestation et de reforestation" et qui s'est tenu du 28 au 30 avril dans la ville de Quito. L'objectif de cet atelier, d'après l'invitation envoyée par le ministère, etait de formuler ledit plan "avec une participation communautaire" afin de compter sur "le travail actif de tous les acteurs concernés", "en considérant les composantes sociales, environnementales, productives et économiques" pour que celui-ci soit "intégral". C'est en ce sens-là que le plan de l'Equateur semble se différencier - heureusement - des autres plans nationaux d'afforestage approuvés dans de nombreux pays de notre région à l'insu de la population.

Dans la majorité des pays où ces plans d'afforestation théoriques ont été imposés, ceux-ci ont été élaborés par des sociétés conseil étrangères. A titre d'exemple on peut citer le plan forestier national mexicain, élaboré par la société conseil finlandaise Indufor; le "plan directeur du secteur forestier thaïlandais", élaboré par la société conseil Jaakko Pöyry (également finlandaise) et le plan directeur de l'Uruguay, élaboré par l'Agence internationale de coopération du Japon (JICA). La participation a toujours été absente au cours de ces processus.

Malgré les excellentes intentions du Ministère qui envisageait d'élaborer le plan pour l'Equateur de façon participative, les entrepreneurs se sont débrouillés pour limiter cette participation. Les conférenciers nationaux et internationaux invités, la plupart d'entre eux "experts" en monocultures forestières à grande échelle, avaient à leur charge la tâche de prouver le succès du modèle développé dans des pays tels que le Brésil, le Chili et l'Uruguay. Moyennant des vérités à mi-chemin, des graphiques et des chiffres, ils ont pu seulement affirmer que, dans leurs pays, les surfaces consacrées aux plantations se sont accrues et que certains entrepreneurs ont gagné beaucoup d'argent. L'aggravation des crises économiques dans ces pays-là, les conflits avec les communautés locales et les impacts économiques, sociaux et environnementaux négatifs causés par l'expansion des monocultures n'ont été signalés que lors de l'exposition de la seule représentation internationale qui n'avait pas été convoquée par les entreprises: celle du Mouvement mondial pour les Forêts tropicales, spécialement invitée par le ministère. Grâce à cette invitation, le public présent a pu avoir accès à des informations documentées sur les innombrables impacts sociaux et environnementaux des monocultures forestières (et sur les innombrables combats locaux menés contre ces monocultures dans de nombreux pays du monde) qui ont été absentes des présentations de tous les autres exposants. Ceci a réaffirmé la participation des représent@nts des communautés autochtones et paysannes qui connaissent déjà nombre d'exemples des impacts de ce genre de plantations.

Paradoxalement, les membres des communautés n'ont pas été invités à exposer leurs points de vue. Leurs voix ont même été réduites au silence la plupart des fois où elles se sont manifestées en désaccord ou ont essayé d'incorporer des modifications aux "Ateliers" dénommés "Foresterie sociale et activités agro-forestières" et "Forêts de protection". Mais c'est lors de l'atelier "Forêts de production industrielle et commerciale" (qui aurait dû s'appeler plutôt "monocultures à grande échelle") que toute opposition fut définitivement limitée, censurée et dénaturée par un modérateur se montrant ouvertement en faveur des monocultures forestières.

Les représentations des organisations civiles, paysannes et autochtones de l'Equateur qui ont participé à l'événement avec le soutien de l'organisation locale Action écologique, présentes dans un nombre très réduit et indignées par la manipulation dont la plupart des participants étaient objet, ont décidé de rédiger une déclaration qui a été lue quelques minutes avant la clôture de l'événement, malgré l'opposition de M. Montenegro, directeur de la société d'exploitation forestière Endesa/Botrosa, qui vociférait que "même si je ne sais pas de quoi les organisations veulent parler, elles n'on pas le droit d'avoir l'opportunité de s'exprimer puisqu'elles ont disposé de suffisamment de temps au cours de ces trois jours" (sic).

Lors de leur déclaration (dont le texte est disponible -en espagnol- dans son intégralité sur notre page web: http://www.wrm.org.uy/countries/Ecuador/DeclaraciondeQuito.rtf ), les sign@taires ont remercié publiquement le ministère de l'Environnement de son initiative, mais elles ont exprimé leur regret du fait que la méthodologie n'aie pas facilité la participation et du fait que les exploitants forestiers aient monopolisé l'événement qui s'est ainsi transformé "en un forum de promotion des plantations industrielles, mésestimant les dénonciations, les arguments et les propositions des communautés pour qui les plantations forestières industrielles constituent l'un des principaux dangers menaçant leurs forêts natives, leur bien-être et leur subsistance".

Par ailleurs, la déclaration a cité des exemples concrets illustrant le fait que les plantations forestières commerciales à grande échelle de l'Equateur n'ont pas constitué une alternative de développement, mais qu'elles ont, au contraire, causé des problèmes tels que la déforestation, la diminution des sources d'eau, la diminution de la fertilité du sol, la perte de biodiversité, l'appropriation des terres des communautés, l'accroissement du risque d'incendie et la réduction des zones de conservation.

Les organisations signataires ont affirmé également "qu'il est nécessaire de démarrer un processus participatif où les communautés interviennent, dans le but d'élaborer un Plan national de conservation et d'aménagement durable des ressources naturelles comprenant des stratégies de conservation, de régénération et de restauration des forêts et autres aires naturelles, notamment en ce qui concerne la protection des sources d'eau, la flore, la faune et le sol, car les plantations ne sont pas des forêts".

On peut conclure que le séminaire qui a eu lieu en Equateur a été une expérience très importante. Premièrement, parce que le gouvernement a soutenu un processus participatif qui a ouvert des portes à des acteurs généralement laissés de côté, dont les communautés autochtones et paysannes. Deuxièmement, parce qu'il a mis en lumière la capacité de manipulation des exploitants forestiers, qui se sont approprié de l'événement en essayant de l'asservir aux intérêts de leurs entreprises. Et troisièmement parce que les secteurs réellement concernés par la conservation environnementale et la distribution équitable des bénéfices provenant de l'utilisation durable des ressources naturelles ont pu finalement surmonter les obstacles et faire entendre leurs voix. Il est à espérer que le gouvernement qui subira sans doute d'énormes pressions de la part des exploitants forestiers - tiendra compte de ces positions et que celles-ci seront incorporées à ses politiques afin que les communautés locales puissent en bénéficier, ainsi que l'ensemble du pays, et ce, en assurant simultanément la conservation environnementale.

Par: Ana Filippini, adresse électronique: anafili@wrm.org.uy


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