Bulletin du WRM

 

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Numéro 71 - Juin 2003
LE THÈME CENTRAL DE CE BULLETIN: L'INDUSTRIE MINIÈRE


L'INDUSTRIE MINIÈRE ET SES IMPACTS

L'industrie minière est l'ensemble des activités concernant la découverte et l'extraction de minéraux qui se trouvent sous la surface de la terre. Ces minéraux peuvent être métalliques (tels que l'or et le cuivre) ou non métalliques (tels que le charbon, l'amiante ou le gravier). Les métaux sont mélangés à beaucoup d'autres éléments, mais parfois on retrouve de grandes quantités de certains métaux concentrées dans une zone relativement petite - le gisement - d'où l'on peut extraire un ou plusieurs métaux avec des bénéfices économiques. Les impacts de l'industrie minière ont trait à la mine elle-même, à l'élimination des déchets de la mine, au transport du minéral et au traitement de ce dernier, qui implique souvent l'utilisation ou la production de substances dangereuses.

Les dimensions des mines peuvent être très variées, depuis les petites opérations produisant moins de 100 tonnes par jour jusqu'aux grandes mines qui déplacent des centaines de milliers de tonnes. La méthode d'exploitation utilisée pour extraire un minéral déterminé dépend du type, des dimensions et de la profondeur du gisement, et des aspects économiques et financiers de l'opération en question.

Jusqu'au milieu du vingtième siècle, la méthode la plus fréquente d'extraction de grands gisements était la mine souterraine. Après la deuxième guerre mondiale, les progrès technologiques et la production de défonceuses, niveleuses, pelles et camions plus grands et plus puissants ont permis le déplacement d'énormes volumes de matériaux, qui a conduit à l'exploitation de mines à ciel ouvert. Mais les mines souterraines continuent d'exister, comme les mines d'or de Witwatersrand, en Afrique du Sud - les plus profondes du monde - ou celles d'El Teniente, au Chili - les plus grandes du monde, ou celles d'Olympic Dam, en Australie. On entre dans une mine souterraine par un puits ou une rampe d'accès qui débouche dans les galeries et les niveaux de production, qui sont reliés antre eux par des cheminées permettant le transport du minerai et les déplacements du personnel. Pour concasser le minerai - le mélange de minéraux dont on peut extraire un ou plusieurs métaux - on utilise sous terre des marteaux-piqueurs et des explosifs. Généralement, les mines de ce genre ont moins d'impacts sur l'environnement que les mines à ciel ouvert, car les perturbations sont moindres à la surface de la terre. Mais elles peuvent quand même avoir des conséquences négatives sur l'eau en la contaminant par des acides et des métaux, ou en interceptant des nappes aquifères. D'autre part, les travailleurs y sont plus exposés que ceux qui travaillent dans des mines à ciel ouvert à des situations de danger, en raison des risques d'éboulements, de la mauvaise qualité de l'air et des explosions souterraines. Les entreprises ont progressivement abandonné cette méthode pour des raisons de rentabilité, bien que des minéraux tels que le charbon, le nickel, le zinc ou le plomb continuent à être extraits, d'une manière générale, de mines souterraines.

A l'heure actuelle, plus de 60% des matériaux extraits dans le monde proviennent de mines de surface, qui provoquent la dévastation des écosystèmes où elles sont installées (par la déforestation, la contamination et la dégradation de l'eau, la destruction d'habitats). Parmi les mines de ce genre on distingue, entre autres, les mines à ciel ouvert (où l'on extrait en général des métaux de roche dure), les carrières (dont on tire des matériaux pour l'industrie et la construction, tels que le sable, le granit, l'ardoise, le marbre, le gravier, l'argile, etc.), et les mines de lixiviation (où des produits chimiques sont appliqués pour filtrer et séparer le métal des autres minéraux).

Une mine à ciel ouvert est une grande cuvette en gradins larges et profonds au milieu d'un paysage désolé, dénudé et dépourvu d'êtres vivants. La première étape consiste à enlever la végétation et le sol; ensuite, on creuse par dynamitage les rochers et les matériaux qui couvrent le minerai pour arriver au gisement, et là on dynamite encore pour obtenir des morceaux plus petits. Les nouvelles technologies, qui permettent de meilleurs rendements dans la vitesse de l'extraction et le traitement du minéral, accroissent les problèmes environnementaux, car les déchets ne sont pas normalement réutilisés dans la restauration du site.

Les carrières sont des mines de surface très semblables aux mines à ciel ouvert, car le résultat final de leur exploitation est dans ce cas également un paysage désolé constitué par des fosses profondes alternant avec de larges gradins. L'agression de l'environnement que provoque ce genre d'exploitation s'aggrave par son emplacement à proximité des zones urbaines, puisque l'on cherche à réduire les frais de transport pour accroître la rentabilité. Cette proximité provoque de nouveaux problèmes environnementaux, car les zones où les excavations sont effectuées, qui manquent de couvert végétal, finissent par devenir des décharges urbaines, et atteignent en plus les eaux superficielles et souterraines proches de l'exploitation.

L'extraction minière par lixiviation utilise des produits chimiques, tels que l'acide sulfurique dans le cas du cuivre ou une solution de cyanure et de sodium dans le cas de l'or, pour dissoudre les métaux en question et les extraire du minerai qui les contient, avec un taux de récupération très élevé. Il existe la lixiviation in situ, où le solvant est introduit dans un trou pratiqué à la foreuse dans le rocher, et la lixiviation en tas, très fréquemment utilisée. Les solutions chimiques employées libèrent les métaux souhaités, mais aussi d'autres métaux lourds (tels que le cadmium), ce qui provoque souvent la contamination des eaux superficielles et souterraines.

Bien que les impacts de l'industrie minière sur l'environnement puissent varier suivant le type de minéral et le genre de mine, il s'agit là d'une activité intrinsèquement non durable, car elle implique l'exploitation d'une ressource non renouvelable par des moyens destructeurs ou polluants, tels que le concassage, le broyage, le lavage et le classement des minéraux, le raffinage et la fonte. A l'heure actuelle, elle est doublement destructrice en raison de ses grandes dimensions et de la technologie qui a augmenté sa capacité de production.

Article basé sur des informations obtenues dans: "Los Impactos Ambientales de la Minería: Una Guía Comunitaria", http://andes.miningwatch.org/andes/espanol/guia/capitulo_1.htm ; "El hombre y la Tierra. La minería de superficie", http://www.iespana.es/natureduca/hom_mineriasuperf.htm


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- Les mines: plutôt qu'un bienfait, une malédiction

L'évidence est aujourd'hui irréfutable que l'industrie minière diminue sévèrement la capacité d'un pays à maintenir la croissance économique (même dans les limites étroites des définitions auxquelles adhèrent les Etats nationaux). Pour ceux qui pensent que les "richesses" contenues dans le sous-sol se transforment infailliblement en argent dans la banque, une telle découverte est "surprenante". Mais pour ceux qui adoptent une analyse anticolonialiste de l'accumulation de capital, la raison fondamentale d'un tel désaccord n'est pas difficile à découvrir. Le Zaïre, la Bolivie et la Sierra Léone ne sont pas tout simplement des pays "pauvres": ils ont été impitoyablement appauvris pendant des centaines d'années. Une grande partie de la "dette extérieure" fracassante que traînent les pays "les plus pauvres" du monde consiste dans les intérêts d'un capital qui jamais n'a jamais été investi dans l'auto-développement de ces peuples. A la place, il a été utilisé à construire des mines, des barrages, des usines électriques et manufacturières, pour transformer un capital "naturel" - non seulement du fer, du cuivre, de la bauxite ou des diamants, mais aussi l'eau, la terre et l'air - en valeurs exportables.

Les peuples ont extrait les minéraux de la terre depuis des époques très reculées. Les Babyloniens, les Assyriens et les Byzantins avaient des mines de cuivre et de plomb il y a des milliers d'années, dans ce qui est aujourd'hui le Sud de la Jordanie, par exemple. Mais depuis la révolution industrielle, les minéraux ont été extraits et utilisés en des quantités beaucoup plus grandes. A des époques récentes, cette tendance s'est accélérée de manière remarquable: en 1999, près de 9,6 milliards de tonnes de minéraux commerciaux ont été tirés du sol, presque deux fois plus qu'en 1970. Ce chiffre concerne les minéraux qui arrivent sur le marché, mais n'inclut pas les déchets générés pour leur production, la partie non utilisée du minerai, ou la terre déplacée pour l'atteindre. Si l'on incluait ces catégories dans le total des matériaux extraits chaque année, le chiffre s'en verrait considérablement augmenté.

Les pays industrialisés consomment plus des deux tiers de la production annuelle des neuf minéraux les plus importants. Les Etats-Unis, le Canada, l'Australie, le Japon et l'Europe occidentale, avec 15 pour cent de la population du monde, consomment dans leur ensemble la plupart des métaux produits par an: environ 61% de tout l'aluminium, 60% du plomb, 59% du cuivre et 49% de l'acier. Les niveaux de consommation sont particulièrement distincts si l'on calcule par tête: le Nord-américain moyen utilise 22 kilogrammes d'aluminium par an, l'Indien moyen 2 kilogrammes, et l'Africain moyen à peine 0,7 kilogrammes.

Cependant, les communautés locales et les peuples tribaux des pays riches en ressources sont les plus affectés par les effets nocifs sur l'environnement, la culture, la société et la santé des activités d'exploration et d'exploitation minière. Poussés par les politiques macro-économiques favorisées par les institutions commerciales et financières internationales, de nombreux pays appauvris s'accrochent à l'industrie minière comme à une activité fondamentale pour la génération des devises étrangères si nécessaires. Parfois, 40% au minimum des exportations se centrent sur un seul produit minéral, comme c'est le cas du cuivre en Zambie, des diamants en Botswana, en République Centrafricaine, en Gambie, au Libéria et en Sierra Léone, de l'aluminium en Guinée et au Surinam, du minerai de fer en Mauritanie. Bien que ces données soient déjà anciennes (1994), elles illustrent une tendance qui se maintient toujours. Douze des vingt-cinq Etats les plus dépendants des minéraux du monde (dont la plupart se concentrent en Afrique sub-saharienne) ont été classés par la Banque mondiale comme des "pays pauvres fortement endettés", la catégorie qui subit le plus de problèmes.

Le processus imposé de dérégulation et de libéralisation du marché a conduit à des privatisations et des exonérations d'impôts qui ont favorisé les sociétés minières étrangères. D'autre part, suivant un rapport des Nations unies, plus la dépendance des pays du Sud de l'exportation de minéraux sera grande, plus son niveau de vie sera mauvais. Les niveaux élevés de dépendance des minéraux sont en rapport direct avec les taux les plus forts de pauvreté, de malnutrition et de mortalité infantile. Ils sont également associés à l'inégalité des revenus, aux faibles dépenses en soins de santé, au faible taux de scolarisation primaire et secondaire et d'alphabétisation des adultes, et à une plus grande vulnérabilité aux secousses économiques. Des études académiques récentes révèlent que les niveaux de vie dans les pays dépendant des minéraux ont tendance à subir en général des niveaux exceptionnellement élevés de corruption, d'autoritarisme et d'inefficacité gouvernementale, de dépenses militaires et de guerres civiles.

A l'exception du mercure, de l'amiante et du plomb - spécifiquement marqués pour leur toxicité environnementale - la production des principaux métaux a augmenté d'une manière exponentielle qui n'a aucun rapport avec la satisfaction des besoins humains de base, mais beaucoup avec la passion démesurée du lucre des sociétés. Les choses ont beaucoup bougé dans l'industrie minière ces dernières années. Les sociétés minières ont rationalisé leur fonctionnement et se sont embarquées dans des fusions et des acquisitions pour maintenir, consolider, raffermir et élargir la portée mondiale des opérations des transnationales minières. L'investissement s'est de plus en plus concentré dans la recherche de l'or et des diamants, qui sont attrayants par leur rentabilité, plutôt que par leur utilité.

Bien que la scène minière internationale comprenne un nombre relativement grand d'entreprises, quelques-unes seulement - qui d'ailleurs grandissent de plus en plus grâce aux fusions - semblent la dominer. Elles sont pour la plupart originaires d'une poignée de pays, dont les plus importants sont le Canada, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie. Parmi les plus connues figurent Rio Tinto, Barrick Gold Corporation, Freeport MacMoran, BHP-Billiton, Newmont, Placer Dome et bien d'autres. Des exemples des impacts de leurs opérations figurent dans ce même bulletin. Pourtant, d'autres acteurs, plus petits au plan international, peuvent être extrêmement importants au plan local, et de cela aussi il y a des exemples. Mais quelle que soit leur importance mondiale relative, ils ont quelque chose en commun: ils sont tous très rentables, et très nuisibles.

D'autre part, si l'extraction minière est très lucrative pour les compagnies, elle ne l'est pas pour les communautés locales dans les zones qui possèdent des ressources minérales importantes. A mesure que s'épuisent les gisements les plus faciles d'accès, l'avidité à trouver de nouvelles sources bon marché conduit l'industrie à pousser l'exploration plus en avant dans les territoires indigènes. Des communautés qui dépendaient auparavant des ressources naturelles subissent des pertes immédiates par suite des activités minières à grande échelle. Leurs moyens de subsistance sont ravagés, leurs organisations sociales bouleversées et leurs cultures transformées. Les compensations en argent liquide, s'il y en a, ne peuvent pas réparer ces pertes, et le sombre héritage des mines se poursuit même après qu'elles sont abandonnées. Les postes de travail et les moyens de vie perdus dans l'agriculture, la pêche et les mines artisanales dépassent de loin ce que l'industrie minière leur offre. Les résidents des lieux manquent souvent des adresses requises pour pouvoir accéder à autre chose que les tâches les plus mal payées et pour les périodes les plus courtes.

Malgré les promesses du développement minier, en fait ses richesses peuvent même retarder le développement national et local. D'après une étude réalisée en 1999 par Arborvitae (UICN, WWF), les pays du Sud "riches en ressources minérales tendent à avoir des taux de croissance économique plus lents, des niveaux de bien-être social plus bas et une distribution des revenus beaucoup plus asymétrique que les pays en développement non dépendant des minéraux. En réalité, le fait de posséder une base de ressources supérieures a été, pour les économies fondées sur les minéraux, une malédiction plutôt qu'un bienfait".

Ainsi, la promotion de l'extraction minière à grande échelle se fait forte de politiques, d'institutions et de mentalités qui voient le "développement" comme une initiative de haut en bas, à imposer aux communautés locales et à l'environnement, c'est-à-dire comme l'antithèse d'une approche environnementale appropriée centrée sur la satisfaction des besoins économiques, sociaux et culturels des peuples et des générations futures.

Article basé sur des informations tirées de: Undermining the forests, janvier 2000, FPP, Philippine Indigenous Peoples Links et WRM; The decade of destruction, http://www.minesandcommunities.org/Company/decade.htm ; Scrapping Mining Dependence, State of the World 2003 (W.W. Norton and Company, New York, 2003), Payal Sampat, enviada por la autora ; Extractive Sectors and the Poor, Michael Ross, octobre 2001, Oxfam America, adresse électronique: info@oxfamamerica.org , http://www.oxfamamerica.org/pdfs/eireport.pdf ; Vulnerable single-commodity-dependent economies, http://www.lib.utexas.edu/maps/world_maps/world_vulnerable96.jpg ; Ciudadanía planetaria. Temas y desafíos del periodismo ambiental, 2000, International Federation of Environmental Journalists (IFEJ), adresse électronique: ifej@oln.comlink.apc.org , http://www.ifej.org ; The Mining Curse. The role of mining in "underdeveloping" economies, Minewatch Asia Pacific/Nostromo Briefing Paper, février 1999, http://www.minesandcommunities.org/Country/curse.htm


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- Les impacts de l'industrie minière sur l'environnement et sur la société

L'industrie minière est une activité de courte durée mais dont les effets persistent longtemps. Personne ne peut (ne doit) douter que lorsqu'elle est effectuée dans des zones boisées elle constitue un facteur de déprédation des forêts. Il est estimé que l'extraction minière, jointe à la prospection du pétrole, met en péril 38% des dernières étendues de forêt primaire du monde.

Les activités minières comprennent diverses étapes, chacune impliquant des impacts environnementaux particuliers. D'une manière générale, ces étapes seraient: la prospection et l'exploration des gisements, la mise en place et la préparation des mines, l'exploitation des mines, et le traitement des minéraux obtenus dans des installations appropriées afin d'en tirer des produits commerciaux.

Pendant la phase d'exploration, quelques-unes des activités ayant des impacts sur l'environnement sont la préparation des voies d'accès, les relèvements topographiques et géologiques, le montage de campements et d'installations auxiliaires, les travaux de géophysique, les recherches hydro-géologiques, l'ouverture de fossés et de puits de reconnaissance, et la prise d'échantillons.

Pendant la phase d'exploitation, les impacts qui se produisent dépendent de la méthode utilisée. Dans les zones de forêts, le défrichement des sols et l'élimination de la végétation - plus vaste dans le cas des mines à ciel ouvert - ont des impacts à court terme, à moyen terme et à long terme. La déforestation atteint non seulement l'habitat de centaines d'espèces endémiques (dont beaucoup sont portées à l'extinction) mais aussi le maintien d'un flux constant d'eau à partir des forêts vers les autres écosystèmes et vers les centres urbains. Le déboisement des forêts primaires provoque un écoulement rapide de l'eau de pluie, ce qui aggrave les crues pendant les saisons des pluies, car le sol ne peut retenir l'eau comme il le ferait en présence de masses boisées.

En plus de la zone affectée par l'excavation, la dégradation superficielle provoquée par l'érosion et par l'ensablement qui s'ensuit (la sédimentation du lit des cours d'eau), est aggravée par l'accumulation de résidus de rocher sans valeur économique (que l'on appelle matière stérile), qui constituent souvent d'énormes montagnes, parfois plus vastes que la superficie sacrifiée pour l'excavation.

Les grandes quantités d'eau nécessaires à l'activité minière réduisent généralement la nappe phréatique du lieu, et arrivent même à assécher des puits et des sources. L'eau est souvent contaminée par l'écoulement acide, c'est-à-dire par l'exposition à l'air et à l'eau des acides qui se forment dans certains types de minerai - en particulier, dans le cas des minerais sulfuriques - qui à leur tour réagissent avec d'autres minéraux exposés. Cela donne lieu à un écoulement perpétuel circulaire de matériel toxique acide qui peut continuer pendant des centaines ou même des milliers d'années. D'autre part, les petites particules de métaux lourds qui peuvent, avec le temps, se détacher des résidus, se disséminent avec le vent et se déposent sur le sol et sur les lits des cours d'eau, et s'intègrent lentement aux tissus des organismes vivants tels que les poissons.

Des produits chimiques dangereux utilisés au cours des diverses étapes de traitement des métaux, tels que le cyanure, des acides concentrés et des composés alcalins, quoique censément contrôlés, finissent souvent, d'une manière ou d'une autre, dans le système hydrologique. La modification et la contamination du cycle hydrologique ont des effets collatéraux très graves qui portent atteinte aux écosystèmes environnants et aux personnes. Ces atteintes sont particulièrement graves dans le cas des forêts.

La contamination de l'air peut se produire par la poussière dégagée par l'activité minière, qui est une cause grave de maladies, généralement des troubles respiratoires chez les personnes et l'asphyxie chez les plantes et les arbres. D'autre part, il peut y avoir des émanations de gaz et de vapeurs toxiques, la production de dioxyde de soufre - responsable de la pluie acide - par le traitement des métaux, et de dioxyde de carbone et de méthane - deux des principaux gaz à effet de serre qui provoquent les changements climatiques - par le brûlage de combustibles fossiles et la création de lacs artificiels derrière les barrages hydroélectriques destinés à fournir l'énergie nécessaire pour les fonderies et les raffineries.

L'activité minière consomme d'autre part d'énormes quantités de bois, pour la construction, dans le cas des mines souterraines, et comme source d'énergie, dans les mines possédant des fours à base de charbon végétal. Lorsque cette activité est conduite dans des régions lointaines, elle implique également de grands travaux d'infrastructure, tels que des routes - qui ouvrent l'accès aux forêts -, des ports, des villages miniers, les détournements de fleuves, la construction de barrages et de centrales génératrices d'énergie.

Le bruit assourdissant des machines utilisées dans l'industrie minière, ainsi que celui des explosions, n'est pas un impact négligeable, car il crée des conditions qui peuvent s'avérer insupportables pour les habitants des lieux et pour les animaux des forêts.

On allègue que l'industrie minière est vitale pour l'industrialisation, parce qu'elle apporte des matières premières et des sources d'énergie. Cependant, la concentration disproportionnée de l'investissement actuel dans la recherche d'or et de diamants, des produits marginaux pour la production industrielle, réduit à néant la justification sociale des activités du secteur. En 2001, 82% de l'or raffiné a été destiné au marché de la bijouterie, et il convient de garder en mémoire que pour produire une bague en or la moyenne des déchets de roche générés dans une mine est de plus de trois tonnes. Aux Etats-Unis, la compagnie Pegasus Gold a fait disparaître la montagne Spirit Mountain de Montana, remplaçant ce qui avait été le site sacré des tribus par une mine d'or à ciel ouvert. La zone continuera à drainer de l'acide dans le bassin de la région pendant les 1 000 prochaines années.

Les diverses "fièvres de l'or" le long de l'histoire ont porté la mort et la dévastation aux populations locales. Des Sioux de Black Hills aux aborigènes de Bendigo en Australie, l'histoire de l'or est tachée de sang. Et aujourd'hui, les Yanomami et les Macuxi de l'Amazonie, les Galamsey d'Afrique Occidentale et les Igorot des Philippines courent les mêmes dangers.

L'industrie minière débarque dans un lieu en promettant de générer des richesses et des emplois, mais ceux qui peuvent témoigner des hauts coûts sociaux à payer sont des millions dans le monde entier: l'appropriation des terres des communautés locales, les impacts sur la santé, la modification des rapports sociaux, la destruction des moyens de subsistance et des modes de vie des communautés, la désagrégation sociale, les changements brusques et radicaux dans les cultures régionales, le déplacement d'autres activités économiques locales, actuelles ou futures. Sans compter les conditions de travail, dangereuses et insalubres, de ce genre d'activité.

On pourra alléguer que beaucoup des communautés affectées ont donné leur consentement. Mais on peut difficilement parler d'un consentement préalablement informé et authentique, puisque ces communautés n'ont pas le moyen de savoir exactement ce qui les attend lorsqu'on leur demande de mettre leur signature sur le pointillé au bas d'un contrat. C'est pourquoi on réclame la mise en place de mécanismes qui permettent aux communautés indigènes et locales de participer effectivement aux processus de décision, et de normes qui leur permettent de refuser ce genre d'activités dans leurs territoires.

S'il y a des gens qui veulent porter de l'or, l'utiliser pour des traitements dentaires ou dans les microcircuits des ordinateurs et des téléphones mobiles, c'est très bien, mais qu'ils le prennent dans des sources recyclées. Sur les 125 000 tonnes d'or qui ont été tirées de la terre, plus de 35 000 tonnes dorment dans les chambres fortes des banques centrales. Ce qui plus est, la Réserve fédérale des Etats-Unis possède 8 145 tonnes d'or, environ 6% de tout l'or jamais extrait. Alors, quoi de mieux que de recycler l'or des banques!

Article rédigé à partir d'informations tirées de: Undermining the forests. Janvier 2000, par FPP, Philippine Indigenous Peoples Links et WRM, http://www.wrm.org.uy/deforestation/mining.html ; The decade of destruction, Mines & Communities Website, http://www.minesandcommunities.org/Company/decade.htm ; Global Mining Snapshot, April 2003; Making a Molehill out of a Mountain, 4 avril 2003, Mineral Policy Center, adresse électronique: mpc@mineralpolicy.org ; http://www.mineralpolicy.org ; Los Impactos Ambientales de la Minería: Una Guía Comunitaria, http://andes.miningwatch.org/andes/espanol/guia/capitulo_1.htm ; New research on the impact of mining, Oxfam Community Aid Abroad, adresse électronique: enquire@caa.org.au , http://www.caa.org.au/horizons/august_2001/researchmining.html; Fool's Gold: Ten Problems with Gold Mining, Project Underground, adresse électronique: project_underground@moles.org , http://www.moles.org/ProjectUnderground/reports/goldpack/fools_gold.html ; Indigenous Peoples and the Extractive Industries: A Call on the World Bank to Overhaul its Institution, Emily Caruso, Forest Peoples Programme, adresse électronique: info@fppwrm.gn.apc.org , http://forestpeoples.gn.apc.org/index.htm .


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- Des armées de mercenaires dans l'industrie minière

Un nombre croissant d'opérations de sécurité dans le monde entier concernent des ex-officiers d'intelligence et de l'armée, ainsi que des vétérans des escadrons de la mort. Ils s'en vont en guerre à la solde de leurs nouveaux patrons: les industries minières.

L'avènement de nouvelles technologies, telles que la cartographie satellitale assistée par ordinateur et l'utilisation du cyanure pour l'extraction d'or ont transformé des opérations jadis marginales en de véritables usines à fabriquer de l'argent (pour les transnationales). D'autre part, la chute de l'Union soviétique et la signature de traités de libre commerce dans le monde entier ont frayé l'entrée à des pays tels que l'Angola, qui étaient auparavant hors de portée pour les multinationales occidentales. Et finalement, la disponibilité de capitaux et la minimisation des risques se sont vu assurées par des institutions financières internationales, telles que les agences bilatérales et multilatérales, y compris la Banque mondiale et la Banque d'Export-Import des Etats-Unis, qui sont avides de fournir de l'argent et des assurances contre tout risque politique à des projets privés d'extraction de ressources partout dans le monde.

Il y a quelques années, Tim Spicer, ancien membre de la Force aérienne spéciale britannique (SAS en anglais) s'est réuni avec deux hauts fonctionnaires gouvernementaux au sujet de l'achat d'une mine de cuivre appartenant à Rio Tinto, le géant des mines anglo-australien, dans l'île de Bougainville, en Papouasie-Nouvelle Guinée. Moins d'un mois plus tard il était conduit devant un tribunal de la Papouasie-Nouvelle Guinée, accusé d'avoir été embauché par le gouvernement pour fournir une armée mercenaire chargée de s'emparer de la mine de cuivre. Leur mission avait été de réduire un petit groupe de combattants pour la liberté qui avait gardé la mine de cuivre fermée pendant presque dix ans. Lorsque la nouvelle du contrat de Spicer a été rendue publique, de simples citoyens et des officiers de l'armée locale ont pris la loi à leur compte. L'émeute a provoqué la fermeture des magasins, des banques et des écoles, et le blocage des routes principales, jusqu'au moment où des camions de policiers armés de fusils automatiques ont réussi à disperser la foule en fureur avec des gaz lacrymogènes et des balles de caoutchouc (cf. Bulletin Nº 7 du WRM).

Deux ex-officiers de la SAS ont eu davantage de change en Colombie. Leurs boîtes noires pleines d'armes et de munitions ont franchi sans problèmes le point de contrôle assuré par un collègue, Bill Nixon, ex-officier d'intelligence britannique, dont le nouveau travail était la sécurité dans l'aéroport privé appartenant à British Petroleum (BP). Les trois mercenaires avaient été embauchés par BP pour collaborer à l'entraînement de la police colombienne - célèbre pour ses abus contre les droits humains - dans la protection de la plate-forme pétrolière de Dele-B. La société pétrolière avait interprété de manière plutôt large les problèmes de sécurité. Suivant un rapport commandé par le gouvernement colombien, BP avait collaboré avec des soldats locaux impliqués dans des kidnappings, des tortures et des meurtres. Le document, non publié, allègue que la compagnie pétrolière avait rassemblé l'information - incluant des photos et des enregistrements vidéo des manifestations des résidents des lieux contre les activités pétrolières - et l'avait passé aux militaires colombiens qui, par la suite, ont arrêté ou kidnappé les manifestants, en tant que "subversifs".

La plupart de ceux qui dirigent des opérations de mercenaires tendent à rester au second plan, et à employer d'autres hommes - des tueurs sur gages locaux ou importés - pour les activités sur le terrain. Aussi bien le contrat colombien que celui de la Papouasie-Nouvelle Guinée ont été négociés dans des bureaux de Londres, dirigés par d'autres ex-fonctionnaires de la SAS, tels qu'Anthony Buckingham, l'un des agents les plus sinistres dans le marché de la sécurité, qui gère un mini-conglomérat d'entreprises minières, pétrolières et mercenaires depuis ses discrets bureaux londoniens.

L'armée mercenaire la plus infâme embauchée par les nouveaux colonialistes est Executive Outcomes (EO). C'est elle qui a fourni à Buckingham et Spicer les soldats de location en Papouasie-Nouvelle Guinée. La campagne la plus célèbre d'EO, pourtant, s'est déroulée en Sierra Léone en mai 1996. Les mercenaires d'EO y sont arrivés mieux équipés que la plupart des armées africaines, avec des hélicoptères d'assaut russes, un système d'interception radio, deux Boeing 727 pour le transport des troupes et du matériel, un avion Andover pour l'évacuation des victimes, et des explosifs combustible-air. Ces explosifs, utilisés par les USA dans la guerre du Golfe avec des résultats dévastateurs et dont la puissance est un degré en dessous de celle des armes nucléaires, absorbent l'oxygène après la détonation, et tuent tout type de vie dans un rayon d'un mille carré. L'opération a valu a EO un très lucratif contrat de sécurité financé avec les bénéfices obtenus dans les mines de diamants.

Mais ils sont loin d'être les seuls acteurs majeurs. Il en existe au moins deux douzaines qui travaillent pour l'industrie minière en fournissant des services de "sécurité" aux compagnies et aux gouvernements de la Colombie, de la Guyane et du Venezuela en Amérique du Sud; de la Guinée, le Libéria, le Nigéria et la Sierra Léone en Afrique occidentale; de l'Angola et la Namibie en Afrique australe; de l'ex-Zaïre en Afrique centrale; du Soudan et de l'Ouganda en Afrique orientale; de la Papouasie-Nouvelle Guinée et l'Indonésie dans le Pacifique; et du Kazakhstan en Asie centrale. Beaucoup de ces recrues sont des vétérans du Bataillon 32 et du Bureau de la Coopération civile d'Afrique du Sud, les unités les plus notoires des forces de l'Apartheid jusqu'à ce que les élections aient mis au pouvoir un gouvernement multiracial il y a quelques années.

Entre-temps, la compagnie minière Rio Tinto, basée au Royaume-Uni, s'est efforcée en Indonésie pour convaincre le monde de son engagement dans la défense des droits humains. Au cours des deux dernières années elle a contribué à financer le Prix des Droits humains Yap Thiam Hien. Cette année, le prix a été remporté par le poète et défenseur des droits humains Wiji Thukul, disparu depuis 1996. En décembre, sa famille a refusé le prix en indiquant que Rio Tinto était impliquée dans plusieurs violations des droits humains dans ses opérations minières en Indonésie, et qu'en 1992 elle avait été responsable de l'arrestation de manifestants qui exigeaient le paiement d'une compensation appropriée pour l'utilisation de leurs terres.

En une déclaration appuyant la position de la famille, les ONG indonésiennes JATAM, WALHI et TATR énumèrent quelques-unes des violations de droits humains dans lesquelles Rio Tinto a été impliquée, y compris celles commises dans la mine PT KEM en Kalimantan de l'Est, sur lesquelles la Commission indonésienne des Droits humains a enquêté en 1999 et 2000. Elles incluent des cas d'abus sexuel et de viol de seize femmes et filles de neuf à dix-neuf ans, l'arrestation de quinze manifestants en 1992 et la mort ultérieure de l'un d'entre eux, le délogement forcé des mineurs traditionnels effectué par les militaires indonésiens et l'incendie de centaines de maisons entre 1982 et 1991. La déclaration décrit également la participation de Rio Tinto au travers de sa participation dans la mine de cuivre et d'or Freeport Indonesia en Papouasie occidentale (Rio Tinto en possède 15%), la mine Kaltim Prima Coal (en co-propriété avec BP), la mine d'or Lihir en Papouasie-Nouvelle Guinée, et la mine Panguna à Bougainville. La déclaration exhorte les exécuteurs du Prix Yap Thiam Hien à ne plus accepter le financement de violateurs des droits humains. "Il ne faut pas donner aux violateurs des droits humains l'occasion de se débarrasser de la responsabilité de leurs actions…"

Article basé sur des informations obtenues dans: "Militarization & Minerals Tour", Project Underground, http://www.moles.org/ProjetUnderground/mil/intro.shtmel ; "Rio Tinto: practise what you preach!", Down to Earth Nº 56, février 2003, http://dte.gn.apc.org/56rio.htm


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- Les impacts de l'industrie minière sur les femmes

Alors que l'exploitation minière a des impacts négatifs sur tous ceux qui habitent des communautés minières en général et ceux qui sont concernés par l'opération des mines, des impacts et des contraintes distincts s'ajoutent dans le cas des femmes.

Les impacts différenciés peuvent être mieux compris dans des situations concrètes, telles que celles auxquelles se voient confrontées les femmes Dayak en Indonésie, et qui découlent d'une mine appartenant à la société PT-IMK.

"Mme Satar avait un champ de 10 à 15 hectares dans les terres communautaires traditionnelles. Elle pouvait y récolter suffisamment de produits pour une année, et parfois plus. Avec l'introduction de la mine dans la communauté, elle a tout perdu aux mains de la société minière, à l'exception d'un hectare. Depuis, elle a dû acheter environ 3 sacs de riz par mois, à un coût de 39 000 Rp le sac (prix de janvier 1998). En outre, les opérations de la compagnie minière ont pollué la rivière, qui n'a plus été apte à l'utilisation domestique, et n'a plus produit de poisson. Auparavant, Mme Satar faisait cuire chaque jour du poisson frais pour sa famille. Maintenant, à cause de la pollution, elle doit acheter du poisson salé. S'il y a suffisamment d'argent, elle achète 2 kilos de poisson salé par mois, à 15 000 Rp le kilo. Pour se procurer de l'eau pour le bain et pour la consommation, elle doit marcher longtemps jusqu'à une source qui n'est pas contaminée par les déchets de la compagnie. Ses moyens de subsistance ont été encore plus atteints par la perte de ses deux buffles d'eau, trouvés mort au bord du fleuve contaminé."

Il est nécessaire de comprendre également que les compagnies négocient en général avec les hommes seulement, et que les femmes sont d'ailleurs exclues du paiement de primes et de compensations. Elles n'ont pratiquement pas de contrôle sur les bénéfices découlant de l'activité minière, et aucun moyen d'y accéder, en particulier lorsqu'il s'agit de l'emploi et de l'argent. Ainsi, les femmes sont privées de leurs moyens d'occupation traditionnels et deviennent plus dépendantes des hommes, qui ont davantage de possibilités d'accéder à ces bénéfices et de les contrôler.

Les exploitations minières de grandes dimensions entraînent le remplacement des économies de subsistance, qui ont nourri des générations de communautés et de peuples autochtones, par une économie basée sur l'argent. La nouvelle économie de marché implique une détérioration significative ou même la destruction des valeurs et des coutumes traditionnelles, qui ont été fondamentales pour le maintien de la solidarité et de l'unité communautaire, tribale, clanique et familiale. Dans ce processus, les femmes deviennent marginalisées par le fait que leurs rôles traditionnels de pourvoyeuses d'aliments, d'eau, de soins et de nourriture en général sont complètement bouleversés. La visibilité économique dépend de la possibilité de travailler dans le domaine public, et le travail non payé effectué à la maison ou dans la communauté les situe comme "improductives, inoccupées et économiquement inactives".

Tandis que, par le passé, autant les hommes que les femmes se chargeaient des activités agricoles, à présent les hommes doivent sortir pour gagner un salaire, ce qui augmente le fardeau et les responsabilités des femmes, et provoque davantage de stress et de tensions. De surcroît, la destruction environnementale causée par les grandes mines a diminué la productivité des champs et empoisonné les aliments sauvages, la vie marine et les animaux. Beaucoup de femmes se voient poussées dans l'économie informelle pour y trouver des sources de revenus complémentaires.

Alors que les grandes exploitations minières offrent des possibilités limitées au travail féminin, par contre les mines à petite échelle absorbent des femmes comme main d'œuvre salariée ou sous contrat, mais dans des conditions de forte exploitation. En Inde, par exemple, les salaires des femmes sont toujours plus bas que ceux des hommes, les normes de sécurité n'existent pas, les vacances payées ne sont même pas permises pendant la grossesse ou l'accouchement, l'équipement de travail n'est pas fourni, et il n'y a pas de toilettes à disposition. Les femmes sans travail qui vivent dans les communautés minières se débrouillent pour vivre en fouillant dans les décharges et les déchets des mines, souvent illégalement, et subissent les poursuites permanentes des gardes de la compagnie, de la Mafia locale et de la police. Elles sont exposées à l'exploitation physique et sexuelle par les propriétaires des mines, les sous-traitants et les mineurs, et sont à la merci des marchands locaux lorsqu'elles vendent leur minerai. D'autre part, les femmes travaillent avec des substances toxiques et dangereuses, et subissent de nombreuses maladies professionnelles telles que des troubles respiratoires et reproductifs, la silicose, la tuberculose, la leucémie et l'arthrite.

L'alcoolisme, la toxicomanie, la prostitution, les jeux de hasard, l'inceste et l'infidélité sont en train d'augmenter dans de nombreuses communautés minières. Ceci a aggravé les cas de violence domestique contre les femmes, et la discrimination active et même brutale sur les lieux de travail, souvent admise ou ignorée par les institutions judiciaires et politiques. Les organisations de travailleurs conduites par des hommes ne soulèvent pas des cas de violations de droits humains contre les femmes. Les discussions entre ces organisations et les compagnies minières sont orientées vers des aspects économiques, tels que des augmentations de salaires, des subsides et ainsi de suite.

En somme, l'exploitation minière, quelles que soient ses dimensions, provoque un nombre considérable d'impacts spécifiques sur les femmes, qui se retrouvent perdantes dans presque tous les domaines concernant cette activité. La richesse générée par les mines pousse les femmes à la pauvreté, la dépossession et l'exclusion sociale.

Article basé sur des informations obtenues dans: "The globalisation of mining and its impact and challenges for women", Victoria Tauli-Corpuz, Tebtebba Foundation (Indigenous Peoples' International Center for Policy Research and Education), http://www.twnside.org.sg/title/chal-cn.htm ; "Women's rights undermined", Ingrid Macdonald; "The Polarisation of the People and the State in the Interests of the Political Economy and Women's Struggle to Defend their Existence, a critique of mining policy in Indonesia", Meentje Simatauw; "Labour, love and loss: Mining and the displacement of women's labour", Kathryn Robinson; Tunnel Vision: Women, Mining and Communities, Forum Report, novembre 2002, http://www.caa.org.au/campaigns/mining/tunnelvisionpapers/index.html


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- Les sociétés minières se battent pour accéder aux zones protégées

Les sociétés minières ont été choquées par une "Recommandation" approuvée par le Congrès mondial de la conservation à Amman en 2002, et qui appelait à en finir avec l'extraction pétrolière, minière et gazière dans les zones protégées comprises dans les catégories I, II, III et IV de l'UICN ('Réserve naturelle intégrale', 'Parc national', 'Monument naturel', 'Aire gérée pour l'habitat et les espèces'). De leur côté, de nombreuses ONG ont été également surprises par la réaction des industries minières: contre quoi pensaient ces sociétés qu'il fallait protéger ces régions, sinon contre des activités non durables telles que les mines? Certaines sont même allées plus loin, et demandé pourquoi la décision d'Amman permettait implicitement l'extraction minière dans les zones protégées incluses dans les catégories V et VI: 'Aires gérées terrestres et maritimes' et 'Aire protégée de ressources naturelles gérées'.

Depuis cette date, la controverse au sujet des rapports entre les industries extractives et les aires protégées s'est échauffée. Les membres du Conseil de l'UICN et les membres en général ont poussé les hauts cris à la fin de l'année dernière, lorsque le secrétariat de l'UICN a annoncé, dans le contexte du Sommet mondial pour le développement durable, qu'il était en train de mettre en place un nouveau 'partenariat' avec les industries extractives. Le scandale a poussé à une atténuation des termes, et l'UICN parle maintenant de s'engager dans un 'dialogue' avec les industries; mais quel que soit le langage utilisé, la réalité reste la même.

Le 'partenariat' ou le 'dialogue' font partie d'une stratégie plus large des industries extractives, visant à réhabiliter leur mauvaise image, ternie par une traînée de pétrole répandu, de pétroliers échoués, d'étangs d'eaux usées crevés, de cyanure et de mercure déversés, de paysages dévastés, de systèmes fluviaux ravagés, de décharges de déchets toxiques, d'écosystèmes pollués, de droits humains violés et de moyens de vie réduits à néant. Le nouveau discours de leurs responsables des relations publiques et de leurs experts médiatiques porte sur 'l'extraction minière durable', 'la restauration des sites' et 'la responsabilité de l'entreprise'. L'Initiative minière mondiale en est une partie, le lien avec l'UICN en est une autre.

Le fait est que les industries extractives ont besoin d'accéder aux réserves de minéraux, de pétrole et de gaz, où qu'elles se trouvent en quantités lucratives, et que cela leur fait du mal que les catégories I à IV de l'UICN soient mises hors de leur portée. Maintenant elles se demandent qui sont ceux qui décident comment appliquer ces catégories et quel est leur statut juridique. Pour essayer de répondre à ces questions, un certain nombre de compagnies incluant British Petroleum, Shell et le Conseil international des Mines et Métaux sont en train de parrainer une étude co-financée par l'UICN, le Fonds mondial pour la nature (WWF) et Conservation International, qui sera présentée au Congrès mondial sur les Parcs en septembre 2003. L'étude elle-même, intitulée 'Speaking a Common Language' (Parlons la même langue) a l'air de pouvoir être utile (www.cf.ac.uk/cplan/sacl/). Cependant, l'ensemble de l'histoire a durement secoué ceux qui plaçaient leur foi dans le système des aires protégées. Si ce système n'est pas ébranlé aujourd'hui par les industries extractives, il faudra cependant que la société civile reste vigilante et que des mesures soient prises pour garantir que l'UICN ne s'écartera pas à nouveau du droit chemin.

Par: Forest Peoples Programme, adresse électronique: info@fppwrm.gn.apc.org


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- La Banque mondiale doit cesser de promouvoir l'industrie minière dans les territoires indigènes

Un nouveau rapport rédigé par Forest Peoples Programme et la Fondation TebTebba demande que la Banque mondiale arrête d'appuyer l'extraction pétrolière, gazière et minière. Ce rapport, intitulé "Extracting Promises: Indigenous Peoples, Extractive Industries and the World Bank", a été compilé comme une contribution à la Révision sur les Industries extractives (RIE) de la Banque mondiale (le rapport complet et les études de cas associées sont disponibles en anglais dans : http://www.forestpeoples.gn.apc.org/Briefings/Private%20sector/
eir_internat_workshop_synthesis_rep_eng_may03.htm
).

La RIE a été critiquée par de nombreuses organisations de peuples autochtones et non gouvernementales, pour être indûment contrôlée par la Banque mondiale. Il reste à savoir si des contributions telles que celle-ci seront prises au sérieux par la révision et, dans le cas affirmatif, si la Banque mondiale elle-même tiendra compte des recommandations. L'étude est fondée sur de nombreux documents et analyses juridiques, sur sept études de cas menées par des peuples autochtones à propos de leurs expériences avec la Banque mondiale et l'industrie extractive, et un atelier de travail de deux jours au cours duquel ont été présentées et discutées plusieurs contributions.

Le rapport signale que, malgré des progrès considérables dans la législation des droits humains pour la reconnaissance des droits des peuples autochtones, les politiques de la Banque mondiale ne mentionnent que rarement ces droits; la Banque continue à insister que les termes de sa constitution lui interdisent de s'occuper des droits humains, et qu'elle n'a même pas le droit d'exiger à ses emprunteurs ou clients de respecter les accords sur les droits humains dont ils font partie. Les politiques de "sauvegarde" de la Banque au sujet des peuples autochtones et des réinstallations involontaires ne cherchent qu'à atténuer les impacts des projets de développement destructeurs. L'étude montre que même ces faibles normes sont habituellement ignorées. Une révision récente effectuée par la Banque mondiale elle-même révèle qu'un tiers des projets atteignant les peuples indigènes n'ont pas du tout appliqué la politique de sauvegarde. Et parmi les projets qui l'ont appliquée, 14% seulement avaient le "Plan de Développement pour les Peuples autochtones" exigé, et ce sur le papier uniquement.

L'étude montre comment, dans la promotion de développement national par la libéralisation du marché, l'ajustement structurel et la promotion de l'investissement étranger direct, la Banque mondiale a constamment conseillé aux pays de récrire leurs codes miniers nationaux pour faciliter l'industrie minière à grande échelle par des entreprises étrangères. Ces codes miniers révisés ont été imposés partout, sans la participation des peuples autochtones et sans prendre en considération leurs considérations ni leurs droits. Des études de cas concernant la Colombie et les Philippines montrent que les codes miniers révisés ont intensifié les pressions sur les terres indigènes et affaibli ou éliminé les protections légales dont les peuples indigènes jouissaient préalablement. En Colombie, les réserves de minéraux, de pétrole et de gaz sont exploitées par d'innombrables compagnies, qui bénéficient d'impunité légale alors qu'elles violent régulièrement les lois nationales et appliquent des mesures de répression sévères pour dominer la résistance locale. En Equateur également, la Banque mondiale a promu des relèvements miniers, toujours sans prendre en compte les droits des indigènes et sans évaluer les conséquences probables d'une intensification de l'extraction minière.

Le document de synthèse et les études de cas documentent en plus la manière dont le Groupe Banque mondiale, par l'intermédiaire de ses nombreux bras - la Banque internationale pour la Reconstruction et le Développement, l'Association internationale de Développement, la Société financière internationale et l'Agence multilatérale de Garantie des Investissements - ont directement appuyé des entreprises minières, pétrolières et gazières sans une évaluation appropriée des conséquences environnementales et sociales et sans prendre en compte le manque de bonne gouvernance et de capacité institutionnelle ou normative dans les régions ou les pays concernés. Dans le cas de l'Oléoduc de Tchad-Cameroun, la Direction de la Banque mondiale a voté la poursuite du projet, malgré le fait que les habitants Bagyeli de la forêt et les ONG qui les appuient avaient clairement montré les risques, et bien que des membres de la Direction en question aient admis que la politique de sauvegarde de la Banque au sujet des peuples indigènes n'avait pas été correctement appliquée. La SFI a même financé l'industrie minière dans des pays déchirés par la guerre, tels que la République démocratique du Congo, par des compagnies au dossier suspect et dont les projets avaient été condamnés par les Nations unies.

Les conséquences des activités minières facilitées par la Banque ont été graves, non seulement par les impacts directs des mines elles-mêmes sur la société et l'environnement, mais aussi par les déversements de produits chimiques toxiques, tels que le cyanure et le mercure, par la rupture d'oléoducs et de dépotoirs de résidus et par la pollution de longue durée provoquée par l'écoulement d'acide minier. L'étude de cas concernant la Papouasie-Nouvelle Guinée révèle que la Banque mondiale a appuyé l'utilisation de la technique tant décriée des dépôts sous-marins - "loin des yeux, loin du cœur" - sans regarder ses implications à long terme pour l'écosystème marin et pour la subsistance de ceux qui en dépendent. Les employés et les conseillers de la Banque mondiale travaillant avec les sociétés minières au nom de la SFI et de la Division du Partenariat et du Développement des Affaires de la Banque ont participé, directement ou par leur aval, à des processus où le consentement des communautés a été obtenu par des manipulations et des pressions qui ont ôté toute transparence à la prise de décisions. Dans certains cas, en Russie par exemple, l'implication de la Banque mondiale dans des projets spécifiques a pu atténuer quelques-uns des impacts les plus graves de l'extraction pétrolière mais, dans l'ensemble, la participation de la Banque dans le secteur a intensifié la pression sur les terres indigènes, qui restent sans protection.

L'étude révèle derrière ces problèmes se trouvent les défauts dans les processus de décision à l'intérieur de la Banque mondiale, où la pression en faveur des prêts domine tout autre objectif ou objection. En donnant la priorité à ses clients directs et aux intérêts des grandes entreprises du secteur privé, la Banque passe outre à son engagement avec le développement durable. La corruption est sciemment tolérée et les erreurs de gouvernance son quotidiennement ignorées. Le personnel qui met en question les prêts effectués dans de telles circonstances est pénalisé. A l'heure actuelle, au nom de "l'efficacité", de la baisse des "coûts de transaction" et de la "propriété du pays" la Banque affaiblit systématiquement ses politiques de sauvegarde, de manière à les rendre inattaquables par des plaintes civiles déposées auprès du Panel d'Inspection.

En raison de la faiblesse de ses sauvegardes, de son opposition institutionnelle à invoquer des normes contraignantes sur les droits humains et de la manière dont elle s'écarte à chaque instant de ses propres procédés, l'étude conclut que la Banque mondiale ne devrait pas intervenir dans le secteur des industries extractives.

Ce qui plus est, l'étude recommande que la Banque mondiale révise de fond en comble ses politiques sociales et ses politiques de sauvegarde vis-à-vis des peuples autochtones. elle devrait adopter une approche du développement fondée sur les droits, reconnaître les droits des peuples indigènes à la propriété et le contrôle de leurs terres, territoires et ressources naturelles, proscrire la réinstallation forcée des résidents indigènes, et défendre le principe que les projets de développement ne devraient se poursuivre dans des régions appartenant ou étant utilisées par des peuples autochtones que moyennant leur consentement libre, préalable et bien informé. De tels changements d'optique devraient être appliqués à l'ensemble du Groupe Banque mondiale, être complétés par de nouveaux systèmes de responsabilité légalement contraignants, et s'accompagner de l'acceptation que la promotion du développement par le secteur privé exige, avant tout, la promotion d'une bonne gouvernance, d'une responsabilité réelle, de mécanismes de régulation réels et d'une forte capacité institutionnelle.

Par: Forest Peoples Programme, adresse électronique: info@fppwrm.gn.apc.org

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