Bulletin du WRM

 

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Numéro 72 - Juillet 2003


AFRIQUE

 

LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

- Madagascar: le projet minier de Rio Tinto avance... pour le pire

Madagascar est bien connu comme l'un des pays les plus riches du monde du point de vue écologique, et il est le foyer d'espèces animales et végétales uniques. Cependant, le modèle de production orientée à l'exportation y a été introduit à l'époque de la colonisation française. Des forêts humides primaires ont été abattues pour destiner le bois à la construction de voies ferrées et à l'exportation, et le défrichage des zones les plus fertiles pour l'établissement de cultures de rente a condamné à la pénurie et à la famine une société qui s'adonnait principalement à l'agriculture de subsistance (cf. Bulletin Nº 66 du WRM).

A présent, Madagascar figure parmi les pays les plus pauvres. Mais, pour que le langage reflète la vérité il serait plus juste de dire que les Malgaches ne sont pas pauvres ; ils ont été rendus pauvres, comme c'est arrivé dans beaucoup de pays du Sud.

Bien qu'à l'heure actuelle aucun pays étranger ne tienne ouvertement les rênes du gouvernement, le colonialisme est toujours bien enraciné dans l'économie. Les pirates modernes sont arrivés pour " sauver " le pays : ainsi, en conditionnant ses crédits à des exigences de libéralisation, le FMI a frayé la voie à l'établissement dans l'île d'un projet du géant minier anglo-canadien Rio Tinto (cf. Bulletins 22, 54 et 55 du WRM).

QIT Madagascar Minerals S.A., une compagnie malgache appartenant pour 80% à Rio Tinto et pour 20% à l'Etat, a entrepris une étude de faisabilité du projet lequel, en novembre 2001, a reçu l'autorisation environnementale. Le projet en question exigera que des centaines de millions de tonnes de terre, sur une étendue de plus de 6 000 hectares, soient draguées pour l'extraction de l'ilménite, un minéral que l'on traite habituellement à l'acide sulfurique pour obtenir du dioxyde de titanium. Ce dernier est, à son tour, très utilisé pour la fabrication de peintures et de plastiques. Il faudra creuser un lac artificiel dans ce qui reste de terres boisées et le déplacer d'environ un mètre par jour, tandis qu'une machine aspire la terre et qu'une autre crible l'ilménite. La mine pourrait être en activité pendant 60 ans.

Dans le cadre du nouvel élan des transnationales pour " verdir " leur image, Rio Tinto s'évertue à démontrer l'indémontrable, à savoir, que l'industrie minière est durable pour l'environnement et pour les gens. Mais tout le monde sait (ou devrait savoir) que le but véritable de n'importe quelle entreprise commerciale est de faire de l'argent. Suivant le " Handbook for Corporate Action " (manuel de fonctionnement de la compagnie), ce projet " joue un rôle clé dans le maintien de la participation future de Rio Tinto comme fournisseur de dioxyde de titanium comme matière première".

Le gouvernement de Madagascar a donné le feu vert et la compagnie a déjà dépensé 41 millions de dollars pour les travaux qui commenceront en 2005. L'élection de Marc Ravalomanana a porté l'année dernière au palais présidentiel un homme d'affaires jeune, qui a réussi par ses propres moyens et qui promet du progrès. Enfant chéri de l'Occident, il tient à la mine d'ilménite proposée par Rio Tinto dans l'espoir qu'elle va créér des emplois et ramener des fonds dans les finances publiques. Marc Ravalomanana a récemment rencontré aux Etats-Unis le Secrétaire d'Etat nordaméricain Colin Powell, en mai dernier. Powell a dit que Washington allait appuyer le président Ravalomanana dans ses " efforts pour introduire des réformes économiques et politiques ". Un mois plus tard, il apparaît que la Banque mondiale accorde un crédit de 32 millions de l'Association internationale pour le Développement (IDA en anglais) pour " aider Madagascar à gérer ses ressources minérales de façon plus efficace ".

Le projet a soulevé une forte opposition de la part d'organisations environnementalistes telles qu'Amis de la Terre, Conservation International et WWF. Mais le Directeur exécutif de QIT, Serge Lachapelle, a annoncé à un journaliste de The Guardian qui l'interviewvait : " Nous allons continuer, quoi qu'il arrive ".

Le " plan durable " de la compagnie consiste à laisser intacte, dans chacun des trois emplacements proposés pour les mines, une zone de conservation équivalant à 10% de la superficie consacrée à l'activité minière. D'autre part, la compagnie procèderait à restaurer 10% des forêts, et à planter dans la surface restante des arbres de croissance rapide tels que l'eucalyptus, pour l'approvisionnement en bois et en charbon des habitants des lieux. Rio Tinto espère ainsi " contribuer à créer des écosystèmes en partant de zéro ". Donc, ce que la nature a mis des millénaires à mettre en place pourrait être restauré par la simple application d'une recette : garder la terre fertile soulevée par la drague, planter 50% d'arbres de ceux qu'on appelle pionniers et qui aiment le soleil, puis plus tard 40% d'espèces qui aiment le soleil et l'ombre, et finalement 10% de celles qui n'aiment que l'ombre. Il paraît vraiment facile de jouer à être Dieu !

Les Amis de la Terre (FOE) ont déjà rédigé un rapport dont la conclusion est que le projet minier ne serait pas compatible avec un développement réellement durable dans le Sud-Est de Madagascar, ni dans l'ensemble du pays. Pendant une décennie et demie de préparations et d'études intensives, ce projet censément " vert ", appuyé par un nombre impressionnant d'experts internationaux, n'a pas réussi à éviter la dégradation croissante de l'environnement, que la compagnie déclare pouvoir attaquer et atténuer de manière significative. Est-ce intentionnel ? QMM/Rio Tinto fait-elle exprès de retarder l'application des mesures de conservation et de restauration, pour mieux défendre l'idée que le projet minier est indispensable à ces fins ? Voilà la question posée par FOE.

De son côté, WWF publiera cette année un rapport sur la mine. Un membre de cette organisation qui habite à Fort Dauphin, un village concerné par le projet minier, a dit que les stations de recherche montrées à The Guardian n'étaient que " du tape-à-l'oeil ".
Les aires de conservation étaient trop fragmentées pour être viables, et auraient fait pression sur certaines espèces. La compagnie n'avait pas non plus pensé au problème, potentiellement explosif, d'installer au moins 800 travailleurs étrangers dans un petit village où 3 000 jeunes sont au chômage.

Une visite dans les villages des alentours a mis en lumière des avis contradictoires : beaucoup des habitants, pieds nus et en haillons, savaient qu'il était prévu de construire une mine, mais son emplacement, la date de réalisation et ses conséquences possibles restaient un mystère. " Cela va détruire l'agriculture traditionnelle, c'est inévitable ", a dit Karae, chef du village Houtotmotre. Mais après avoir discuté avec d'autres anciens il a ajouté : " Cependant, nous n'avons pas de récoltes à cause de la sécheresse, donc nous n'avons peut-être rien à y perdre ". Albert Mazaholy, de 45 ans, a récemment été renvoyé de la plantation de sisal qui est pratiquement le seul endroit où gagner de l'argent dans le village d'Ankitry. Sa famille rejoint maintenant ceux qui font la queue pour les sacs de maïs que distribue le World Food Programme. C'est une humiliation que M. Mahazoly n'entend pas tolérer pendant longtemps. " Je suis prêt à aller à la mine. Je ferai tout ce qu'on me demandera de faire. " La possibilité qu'il n'y ait pas de demande pour son travail non qualifié l'a stupéfait. " Mais je ferai n'importe quoi ", a-t-il dit. Le cercle est ainsi fermé : ils sont dépossédés, appauvris et pillés.

Article basé sur des informations obtenues dans : " Mining giant threatens to scar island paradise ", Rory Carroll, The Guardian, 23 juin 2003, http://www.guardian.co.uk/international/story/0,3604,982989,00.html ; " The case against QMM/Rio Tinto in Madagascar", Nostromo Research, Londres, 12 novembre 2001, rapport commandé par Friends of the Earth, http://www.minesandcommunities.org/Company/foemadagascar2.htm ; QIT Madagascar Minerals Ilmenite Project, http://www.hatch.ca/Sustainable_Development/Projects/madagascar-qit_minerals_ilmenite_project.htm ; "Rio Tinto in Madagascar", page d'accueil de Rio Tinto, http://www.riotinto.com/news/showMediaRelease.asp?id=473 ; "Malagasy President Meets With Colin Powell", VOA 27.05.2003, http://www.madagasikara.de/2003/Mai/030527voara8usa.htm ; Madagascar: World Bank credit will help manage country's mineral resources, IRIN, http://www.africahome.com/annews/categories/economy/
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- São Tomé et Príncipe: les promesses et les dangers de la richesse pétrolière

São Tomé et Príncipe est un archipel s'étendant sur 1001 km2, un paradis tropical situé dans le Golfe de Guinée riche en pétrole, environ 300 km au large de la côte occidentale de l'Afrique. Il comprend les îles de São Tomé et de Príncipe, à 150 km l'une de l'autre, entourées de plusieurs autres plus petites. Les îles de l'archipel sont d'origine volcanique, et leurs pentes raides s'habillent d'une végétation dense et variée grâce aux pluies abondantes. Le pays a obtenu son indépendance du Portugal en 1975.

São Tomé et Príncipe est l'un des pays les plus pauvres de l'Afrique, en raison de la chute des recettes de l'industrie du cacao et de l'abandon des plantations, qui étaient le pilier de l'économie des îles. Dans ce contexte, la découverte de pétrole a éveillé l'espoir dans cette ancienne colonie portugaise, mais aussi des craintes.

Le pétrole a été détecté dans les eaux du Golfe de Guinée. En l'absence d'un accord bilatéral sur les limites exactes de la frontière maritime entre le Nigeria et São Tomé, les deux pays ont décidé d'exploiter conjointement la zone correspondante du Golfe.

En 2002, les deux gouvernements ont signé un accord pour l'exploration et les investissements concernant le pétrole. Ils ont établi une Zone de Développement conjoint dans les eaux s'étendant entre le grand producteur chevronné de pétrole et le petit Etat de São Tomé. Les deux pays devaient explorer et exploiter ensemble les ressources pétrolières de la zone et le Nigeria, qui est déjà le plus grand producteur de l'Afrique, dirigerait la plupart de la production. Le Nigeria possédant l'infrastructure pour l'exploitation pétrolière offshore, il recevrait 60 pour cent des recettes, les 40 pour cent restants revenant à São Tomé et Príncipe.

Pourtant, en suivant les conseils de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) le gouvernement de São Tomé et Príncipe a demandé à renégocier le marché peu avant qu'il ne soit conclu, alléguant qu'il était désavantageux pour le pays. Le Nigeria a réagi en annulant toute l'opération. Finalement les différends ont apparemment été renégociés, et l'accord a été signé. Certains affirment que le président " aurait tiré profit de la renégociation des contrats pétroliers ".

Les îles jumelles de São Tomé et Príncipe passent pour être assises sur environ deux milliards de barils de pétrole brut. Elles ont déjà attiré l'attention de compagnies pétrolières multinationales et de pays puissants tels que les Etats-Unis et le Nigeria. Les Etats-Unis envisagent d'établir une base militaire à São Tomé, et il y a déjà eu des échanges de visites entre des représentants des deux pays.

Maria das Neves, Premier Ministre de São Tomé et Príncipe, a déclaré en ouvrant une rencontre internationale sur les industries extractives africaines : " Nous, à São Tomé, nous ferons très attention. Nous n'allons pas répéter les erreurs d'autres pays africains où les ressources naturelles sont devenues une malédiction plutôt qu'un bienfait ". " Nous allons conduire nos affaires avec autant de transparence que possible, et nous assurer que le peuple de São Tomé bénéficiera directement de la richesse pétrolière de son pays ", a-t-elle affirmé.

Raul, reporter politique à São Tomé, a ajouté : " nous avons vu comment l'exploitation des ressources naturelles a fini par détruire d'autres Etats africains. Nous préférons donc rester pauvres, plutôt que de sombrer dans l'anarchie ".

Il suffit de regarder le Nigeria voisin pour conclure que, dans les pays producteurs de pétrole, ce ne sont pas les communautés qui profitent de cette activité. Au contraire, ceux qui y gagnent sont des élites minuscules. Et ce qui est encore plus grave, la " richesse " que ce combustible fossile apporte à la grande majorité de la population consiste dans des violations des droits humains, des déplacements de communautés, la destruction environnementale, des taux élevés de corruption et la déstabilisation de la démocratie, parmi d'autres.

Malheureusement, les avertissements contenus dans les paragraphes précédents se sont avérés corrects. Peu après leur rédaction, un coup d'Etat s'est produit à São Tomé, où une junte militaire a pris le pouvoir. Les rebelles ont institué une " junte pour le salut de la nation " et affirmé que, les leaders destitués n'ayant aucune solution à offrir, ils avaient agi en réponse au " déclin continu, social et économique, du pays ". Ils ont également accusé le gouvernement de corruption. Mais suivant les déclarations d'experts à BBC World, on pourrait soupçonner que ce qui se cache derrière le coup est le contrôle de l'argent du pétrole.

Ce coup d'Etat sans effusion de sang a mis en danger l'appel d'offres de 200 millions de dollars pour les neuf blocks pétroliers proposés en mai dernier par la Zone de Développement conjoint São Tomé-Nigeria. Les investisseurs, dont Royal Dutch/Shell Company, ExxonMobil Corporation, ChevronTexaco Corporation, ConocoPhillips et Devon Energy Corporation, parmi d'autres, auraient décidé d'attendre l'évolution des événements dans le pays avant de s'y engager.

A la suite de concertations diplomatiques, la démocratie a été restaurée le 24 juillet, mais pour combien de temps ? La mise en garde de Maria das Neves lorsqu'elle a dit que le pétrole peut être " une malédiction plutôt qu'un bienfait ", et les craintes de Raul de " sombrer dans l'anarchie " semblent maintenant plus justifiées et plus inquiétantes qu'avant.

Article basé sur des informations tirées de: " Sao Tome and Principe : Oil raises hope and fear ", par Lansana Fofana, Inter Press Service (IPS), 30 juin 2003, http://www.equators-line.com/English/ST_informacao.htm ; Afrol News, http://www.afrol.com ; BBC News, http://www.bbc.co.uk ; AllAfrica , http://allafrica.com/saotomeandprincipe/


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- Sénégal: le gouvernement limite l'activité minière afin de protéger les forêts

Le Sénégal a annoncé qu'aucun nouveau permis ne sera octroyé pour l'exploitation de carrières ou de mines dans les 233 zones de conservation des forêts du pays. Le gouvernement d'Abdoulaye Wade a manifesté qu'il allait encourager les compagnies déjà installées dans ces régions à transférer ailleurs leurs activités, dans le cadre d'un effort visant à réduire la déforestation et à protéger l'environnement.

Le ministre de l'Environnement, Modou Fada Diagne, a déclaré que son ministère entreprendra bientôt des négociations avec les compagnies minières qui opèrent dans les cinq millions d'hectares de réserves naturelles et de parcs nationaux, dans le but de les installer à un autre endroit. Il a ajouté que l'octroi de nouveaux permis d'extraction minière dépendrait de l'approbation préalable d'études d'impact environnemental et social, et de l'engagement des compagnies concernées dans la restauration de l'environnement dans leur état originel, une fois finie l'extraction de minéraux.

Cette nouvelle politique vise en particulier à réduire la déforestation autour de la capitale, Dakar, et des villes de Tambacounda, Louga, Thies et Kaolack. D'après l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation, le Sénégal a perdu plus de 45 000 hectares de forêt entre 1990 et 2000. Pour les experts environnementaux, l'expansion incontrôlée des carrières a conduit à l'érosion du littoral, à la réduction des espaces cultivables et à des troubles pulmonaires et de la peau constatés chez les personnes habitant dans les environs. Pourtant, le président Abdoulaye Wade n'a accordé aucun nouveau permis d'extraction minière dans les forêts depuis qu'il a été élu il y a trois ans.

Il faut espérer que l'initiative du président Abdoulaye Wade et de son ministre de l'Environnement, Modou Fada Diagne, poussera d'autres leaders Africains à suivre la même voie et à lutter pour que leurs pays ne se vident pas de leur sang. Les soi-disant " conflits " africains, qui sont en fait des guerres déclarées où des centaines de milliers de personnes sont tuées, sont le plus souvent déclenchés et alimentés par les intérêts miniers, où les sociétés étrangères jouent, dans la plupart des cas, un rôle majeur.

Extrait de " Government bans quarrying in conservation areas ", 14 juillet, IRIN, envoyé par ECOTERRA International, Nairobi Node, adresse électronique : NATURAL_FORESTS@ecoterra.net.


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- Tchad/Cameroun: impacts et promesses manquées d'un projet d'oléoduc

A maintes reprises nous avons dénoncé les impacts de grande portée que l'oléoduc Tchad-Cameroun risque d'avoir, autant sur l'environnement que sur la société (cf. Bulletins 66, 45, 41, 35, 14 et 2 du WRM). Mais il y a déjà beaucoup à dire des conséquences actuelles de ce projet d'une durée de trois ans, patronné par la Banque mondiale, pour la construction d'un oléoduc de 670 miles. L'oléoduc va canaliser le pétrole depuis les chantiers du Tchad, à travers les denses forêts humides du Cameroun habitées par les Pygmées, jusqu'aux côtes camerounaises sur l'océan Atlantique.

Le consortium constitué par ExxonMobil Corp et ses partenaires Chevron Texaco Corp et Petronas of Malaysia a débarqué dans la région avec des promesses alléchantes de "développement", de travail et de progrès. Pourtant, la plupart des emplois ont été temporaires et n'ont duré que quelques semaines ou quelques mois. Seuls 400 Tchadiens obtiendront des postes réguliers comme petits salariés (du genre chauffeurs ou gardes de sécurité), tandis qu'au Cameroun le chiffre ne dépasserait pas les 100. Le salaire moyen des Tchadiens travaillant dans l'oléoduc est de 225 dollars par mois, ce qui est bien au-dessous des revenus des travailleurs étrangers tout en triplant le salaire minimum du Tchad. Maintenant que les travaux - dont la fin est prévue pour juillet 2003 - sont presque terminés, les promesses concernant les bénéfices économiques et sociaux de l'oléoduc semblent avoir peu de chances d'être tenues.

Dans un article paru dans Los Angeles Times le journaliste Ken Silverstein rapportait: "A Mpango, un village d'environ 600 habitants à quelques miles de la fin de l'oléoduc sur la côte atlantique du Cameroun, un tableau cloué au mur de la hutte de torchis du Chef Savah offre des postes dans l'oléoduc. Mais le chef, portant l'ensemble de short et maillot de l'équipe nationale anglaise de football, a dit que seuls 10 résidents avaient pu obtenir des postes, tous à terme. Le consortium a promis de remplacer l'école de Mpango, un bâtiment à une seule salle, rongé par les termites et couvert de tôle, pour compenser la perte de terre provoquée par l'oléoduc et les inconvénients causés par sa construction, qui incluent la pollution du ruisseau dont on tire l'eau potable. "La nouvelle école est toujours très nécessaire, et c'est surtout de cela que nous allons nous rappeler à propos de l'oléoduc", a dit Savah. "Il y a eu du positif et du négatif, mais les changements n'ont pas été grands. Nous avons cru que ce serait un projet de développement, mais ce n'est pas ce qui est arrivé".

"Le point fort des efforts du consortium dans le social est son plan d'indemnisation, par lequel 10 millions de dollars ont été payés à des milliers de personnes au Tchad et au Cameroun. Tous ceux que l'oléoduc a déplacés ou dont les cultures ont été momentanément perturbées sont éligibles. Les bénéficiaires peuvent recevoir l'argent liquide ou choisir parmi les articles d'un beau catalogue qui inclut des charrues, des tombereaux, des machines à coudre, des bicyclettes, des pompes à eau, des décortiqueuses de cacahuètes, des matelas, des casseroles et des matériaux de construction". Mais la plupart des compensations payées sont utilisées à couvrir les besoins immédiats.

Les Pygmées habitant les forêts tropicales camerounaises ont eux aussi subi les effets de l'oléoduc, puisque leurs communautés ont été perturbées et n'ont reçu en retour que des avantages économiques négligeables. L'article mentionné transmet le sentiment du chef du village Maboulo : "Pendant la construction de l'oléoduc, a dit le chef, le petit gibier s'est enfui plus loin dans les fourrés, les arbres fruitiers communaux ont été coupés, et les plantes médicinales ont disparu. Trois hommes seulement, sur une vingtaine dans le village, ont trouvé du travail temporaire. " Le chef a dit que le consortium pétrolier avait envoyé à plusieurs reprises des représentants à Maboulo, et promis de construire de nouveaux logements en compensation. "Ils ont passé deux ans à faire des promesses, mais nous attendons toujours", a-t-il dit. "C'est comme un grand arbre qui meurt et tombe dans la forêt. Vous pouvez attendre et encore attendre, il ne va jamais plus se redresser".

Ces derniers temps, nous avons été témoins d'une sorte de tour de passe-passe de la part des transnationales. Il paraît qu'elles n'ont plus de but lucratif, et qu'elles sont poussées uniquement par leur engagement social vis-à-vis des pauvres. Elles déclarent qu'elles apportent des projets de développement, et non des projets commerciaux. Elles veulent faire les jolies.

Mais les gens ne sont pas dupes. Oliver Mokum, du bureau camerounais des Catholic Relief Services (une organisation basée aux Etats-Unis qui surveille l'évolution de l'oléoduc), a reconnu, lors d'une interview de Los Angeles Times, que "le consortium s'est beaucoup vanté d'être un 'projet de développement' et de la manière dont il allait réduire la pauvreté. Mais, au bout du compte, ce n'est un projet pétrolier de plus".

Article fondé sur des informations tirées de: "Pipeline's Profits May Bypass Africans", Ken Silverstein, 17 juin 2003, Los Angeles Times, http://www.commondreams.org/headlines03/0617-06.htm .

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