Bulletin du WRM

 

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Numéro 72 - Juillet 2003


AMERIQUE du SUD

 

LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

- Brésil: le Réseau Halte au désert vert réclame un nouveau modèle forestier

Une centaine d'organisations des états de Espirito Santo, Bahia, Rio de Janeiro et Minas Gerais se sont réunies à Porto Seguro, Bahia, le 28 et le 29 juin, dans le cadre de la IIe Rencontre nationale du réseau Red Alerta Contra el Desierto Verde (Halte au désert vert). Ces organisations ont rédigé une lettre qui sera adressée au Président Lula ainsi qu'à des représentants parlementaires et à la Banque mondiale, où il leur est demandé d'accorder d'avantage d'attention au problème décrit ci-dessous:

"Les soussignés, représentants de communautés quilombolas*, Tupinikins, Pataxos, Guaraníes, pêcheurs, paysans et organisations présentes à la IIe Rencontre nationale du réseau Halte au désert vert, un mouvement qui lutte contre l'expansion des monocultures d'eucalyptus destinés à produire de la cellulose et du charbon végétal dans les états d'Espirito Santo, Bahia, Rio de Janeiro et Minas Gerais, nous dénonçons les violations graves des droits économiques, culturels, sociaux et environnementaux commises par le groupe exportateur agro-industriel responsable de ces activités.

Au cours des quatre dernières décennies, le groupe en question a détruit les moyens de vie des communautés locales. Les entreprises du secteur forestier envahissent de plus en plus leurs terres, entraînant ainsi l'exode rural et la dispersion de nombreuses communautés. Dans ces terres, les fleuves ont été pollués suite à l'utilisation intensive de pesticides et au processus d'assèchement associé aux plantations à grande échelle, ce qui met en danger la pêche ainsi que la qualité et la quantité d'eau potable disponible. La société Aracruz Celulose a dévié le fleuve Rio Dulce afin d'approvisionner en eau ses trois usines de cellulose, qui consomment abusivement 248 mille mètres cubes par jour gratuitement.

Les entreprises ont encouragé, par leur discours en faveur du développement, une énorme migration de travailleurs à la recherche des emplois promis. Il ne reste aujourd'hui que des milliers d'anciens employés, beaucoup d'entre eux handicapés par un travail insalubre, licenciés suite à un processus violent et néfaste d'automatisation et de passage à la sous-traitance. On constate leur perte de dignité au degré élevé de prostitution infantile relevé dans les quartiers où habitent ces anciens travailleurs abandonnés. Et ceux qui essaient de résister aux monocultures d'eucalyptus perdent leur identité et leurs richesses culturelles suite à un processus d'isolation profond. Ceux qui s'opposent à ce projet inhumain s'exposent à des tentatives de cooptation, voire même à des menaces de mort.

Malheureusement, l'Etat s'est fait complice des pratiques de ces entreprises. Depuis quarante ans, il accorde des crédits à travers la Banque nationale de développement économique et social ainsi que des autorisations illégales pour installer des plantations - sans respecter les aires de préservation permanente - et des usines, l'une d'entre elles construite sur un ancien hameau autochtone. Par ailleurs, les sociétés exportatrices ont des dettes envers la sécurité sociale (INSS) et bénéficient de la loi Kandir, ce qui entraîne des situations dramatiques dont celle de l'état de Espirito Santo où le gouvernement doit à la société Aracruz Celulose plus de cent millions de reales en crédits ICMS (Impôt sur la circulation de marchandises et de services). En outre, l'Etat ne propose aucune autre option à la population locale; il s'avère même être de plus en plus en connivence avec les intérêts des exploitants forestiers au détriment de sa responsabilité sociale. Et, vu ce vide étatique, les entreprises assument certaines fonctions de l'Etat, ce qui créé une relation perverse de dépendance et déstructure l'organisation sociale des communautés locales.

Les organisations signataires pensent que tous ces problèmes, conséquences de cet état de choses, sont liés au modèle actuel de développement financé par le gouvernement central et par des organismes internationaux dont le seul objectif est de faire des profits grâce à ce financement, aux dépens du bien-être des populations concernées.

Les efforts qui ont été faits afin de réparer les dommages causés par les stratégies perverses des entreprises, comme par exemple l'introduction du label vert du FSC - Forest Stewardship Council (Conseil d'aménagement forestier) en ce qui concerne l'aménagement durable des monocultures d'arbres n'ont pas pu compenser ces impacts négatifs et, par ailleurs, s'avèrent insuffisants pour réorienter la logique de ce modèle agro-industriel. Et d'ailleurs, un rapport récent élaboré par un groupe de chercheurs du réseau Halte au désert vert signale le manque de durabilité flagrant des plantations d'eucalyptus des entreprises Plantar et V&M Florestal à Minas Gerais, toutes deux certifiées par le FSC.

Ledit réseau se prononce, en outre, contre l'application des Mécanismes de développement propre (MDL) dans les plantations extensives des sociétés minières en question car il considère que ces mécanismes favorisent encore une fois les pays du Nord dans la mesure où ils n'auront pas à réduire les émissions polluantes qui contribuent au réchauffement global et que, en encourageant l'accroissement de la surface des plantations, ils aggravent l'appauvrissement des populations du Sud.

Nous soutenons qu'il y a contradiction entre les investissements au profit de ce complexe agro-industriel et le Plan Zéro Faim du gouvernement national. D'un côté, des investissements considérables, dont l'usine envisagée par Veracel Celulose à Bahia, qui privilégient toujours les monocultures destinées généralement à l'exportation vers des pays riches, qui légitiment les latifundia, empêchent la réforme agraire et aggravent l'exode rural et le désespoir de milliers de familles qui se retrouvent sans terre et dépourvues de leurs moyens de vie. Et de l'autre, le plan Zéro Faim, mis en place par le gouvernement central afin d'encourager la production d'aliments tandis que les terres les plus fertiles continuent d'être occupées par des plantations d'arbres. On ne peut pas accomplir les objectifs de la politique macroéconomique en sacrifiant les conditions de vie, de santé et de travail ainsi que les moyens de vie des travailleurs et des communautés qui dépendent de l'eau, de la terre, de la pêche et de la chasse et qui, faute de quoi, se retrouvent en train de grossir le contingent de chômeurs citadins.

Il est insuffisant de chercher des solutions provisoires dans le cadre du modèle actuel de développement. Il faut changer radicalement l'orientation de ce modèle axé sur l'accumulation du capital et le consumérisme effréné et miser sur une autre logique de développement, respectueuse de l'être humain - homme ou femme -dans sa globalité et capable de modifier la façon où sont utilisées les ressources naturelles de la planète. Conscients du manque de durabilité du modèle actuel, les mouvements et les communautés qui font partie du réseau Halte au désert vert sont en train de discuter à ce sujet et de tenter de nouvelles expériences de production basées sur la valorisation de la biodiversité et du savoir-faire local instaurant ainsi d'autres liens avec l'environnement.

Vu le manque de durabilité du contexte environnemental décrit précédemment, qui nuit directement à plusieurs milliers de personnes et qui est à l'origine d'une conjoncture sociale dramatique, les communautés et organisations signataires trouvons inacceptable la proposition du secteur industriel d'élargir les plantations de 5 à 11 millions d'hectares au cours des 10 prochaines années. Nous considérons également qu'il y a urgence à élaborer le nouveau Plan pluriannuel (PPA) ainsi qu'une politique industrielle nationale envisageant tous deux de faire cesser l'expansion des monocultures d'arbres à croissance rapide au Brésil. Porto Seguro, le 29 juin 2003" (suivent signatures)

* Nègres et négresses marrons qui fuyaient la captivité et l'esclavage étaient appelés quilombolas. Ils se joignaient à des peuples autochtones et à des blancs alliés pour se constituer en républiques libres et de difficile accès désignées par le terme quilombos. (N. de la T.)

Par: Red Alerta Contra el Desierto Verde, courrier électronique: winnie.fase@terra.com.br


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- Chili: des forêts pour les gens ou des monocultures pour les entreprises

Afin d'imposer le modèle de monocultures d'arbres à grande échelle, les gouvernements et les exploitants forestiers du monde entier n'hésitent pas à mentir à la population. Le Chili connaît bien ce genre de tromperies. Cependant, ceux qui luttent de façon organisée contre cette injuste politique gouvernementale et qui défendent les vraies forêts chiliennes sont de plus en plus nombreux.

Avec le soutien de la Corporation du bois, a été lancée pour la troisième fois la fallacieuse campagne "des Forêts pour le Chili". Cette campagne, qui paraît à la télévision ainsi que dans la presse, montre l'importance et la valeur des forêts, mais avec des images de plantations de pin radiata, originaire des Etats-Unis. Et le gouvernement cautionne toujours la tromperie. Dans un journal local, on peut lire au sujet de cette campagne publicitaire que: "Pour le ministère de l'Agriculture, cette initiative offre l'opportunité de mettre en valeur une des ressources environnementales et productives les plus remarquables du Chili: les forêts et les activités qui en découlent. Elle véhicule également une invitation à la société chilienne à connaître et à valoriser davantage nos forêts, à les intégrer au quotidien de notre vie sociale."

Et plus loin, dans ce même article: "De par leur distribution géographique tout au long d'une grande partie de notre territoire, de par leur diversité, riche en formations et en espèces, de par l'importance de la biodiversité qu'elles abritent, les forêts jouent un rôle substantiel dans notre réalité sociale et économique ainsi que dans la préservation des eaux et des sols, et offrent des espaces de récréation et de tourisme."

En lisant ces deux premiers paragraphes, tout un chacun pourrait penser qu'il s'agit là d'une initiative louable, mais en réalité, ce sont les monocultures de pins que l'on prétend promouvoir car la suite de l'article fait référence aux forêts et aux plantations indifféremment, sans faire la distinction entre celles qui sont à l'origine des bénéfices précédemment décrits et celles qui ne le sont pas.

Et pourtant, cette confusion n'existe pas au moment de décider qui sera le bénéficiaire des aides économiques. Comme il a été analysé en détail au cours du bulletin Nº 70, on continue de subventionner les plantations forestières d'espèces exotiques, tandis que l'on hésite encore sur le genre de soutien à accorder aux forêts.

Mus par l'injustice de cette situation, le 26 juin 2003, près de 450 représentants de communautés indigènes et de petits propriétaires de forêts de la IXe et Xe Région se sont réunis à Temuco dans le cadre de la Première rencontre nationale de petits propriétaires de forêts du Chili afin de promouvoir la conservation et l'aménagement durable des forêts et d'informer la population au sujet de cette situation.

Un bon point de départ pour le "Mouvement social pour les forêts du Chili" créé à posteriori.

Suite à cette rencontre, une déclaration a été faite, publiée sur notre page Web à l'adresse (en espagnol): http://www.wrm.org.uy/paises/Chile/gente.html et dont nous citons ci-après quelques extraits concernant quelques points fondamentaux à propos du vécu des communautés vis-à-vis des forêts et du soutien qu'elles réclament aux autorités.

Les forêts natives du sud du Chili constituent un patrimoine économique, culturel et biologique d'une immense valeur pour le pays ainsi que pour le monde entier. Cependant, les petits propriétaires de forêts - environ quatre-vingt-dix mille familles dans la seule IXe région - se trouvent dans une situation sociale et économique très mauvaise et n'ont aucun accès aux programmes ni aux ressources publiques qui leur permettent de conserver leurs forêts qui s'étendent sur plus de un million et demi d'hectares.

Cette contradiction découle principalement du manque de politiques et de stratégies de soutien et de promotion de l'économie paysanne et autochtone, de la conservation et de l'aménagement durable des forêts ainsi que de l'absence d'une loi des forêts natives du pays qui attend sa promulgation depuis déjà douze ans. Elle est également le résultat des politiques économiques qui privilégient l'exploitation des ressources naturelles ainsi que les investissements privés à grande échelle destinés aux productions d'exportation. A ceci il faut ajouter l'absence dégards envers les peuples mapuche, huilliche et paysan, qui les transforme en un secteur marginalisé et très peu intégré à l'économie nationale.

Les organisations des petits propriétaires de forêts sollicitent la promulgation de la loi des forêts natives du Chili ainsi que la promotion d'une indemnisation aux petits propriétaires de la part des sociétés transnationales d'exploitation forestière permettant de réparer les impacts de la substitution forestière.

Lesdites organisations sont opposées au fait que les subventions continuent à favoriser les grands exploitants ou propriétaires et réclament, parallèlement, la promotion et la mise en place d'un aménagement adapté à la situation particulière de chaque forêt, de la culture de ses habitants ainsi que de leur savoir-faire traditionnel afin de permettre aux paysans et aux communautés mapuche et huilliche de conserver leurs forêts. Elles sollicitent finalement la mise en place d'activités éducatives à tous les niveaux véhiculant le respect des valeurs et des services en tous genres fournis par la forêt au bénéfice des gens.

En réponse à ces demandes, le gouvernement devra choisir entre ces deux alternatives: continuer à encourager le modèle de monocultures forestières promu pendant la dictature de Pinochet (au bénéfice quasi exclusif des grands groupes économiques) ou soutenir les communautés indigènes et paysannes et leur aménagement durable de la forêt. Un pas indispensable en ce sens serait le fait de reconnaître que les plantations ne sont pas des forêts. Ce n'est qu'à partir de ce moment-là que la consigne "des Forêts pour le Chili" pourrait alors avoir un certain sens.

D'après: Déclaration "Bosques Nativos para la Gente", envoyée par Rodrigo Catalán, du "Fondo Bosque Templado", courrier électronique: fondobt@telsur.cl ; El Mercurio, dimanche 22 juin 2003, http://www.agricultura.gob.cl/opinion_subsec.php?cod_opinion=666


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- Paraguay: indiens non contactés en péril

Les derniers Indiens non contactés du sud du bassin amazonien sont actuellement cernés de toute part. Maintenant que leur dernier refuge est peu à peu envahi, il ne leur reste aucun endroit où se cacher. Mais si le gouvernement paraguayen réagit, ils pourront garder la maîtrise de leur territoire et éviter les maladies qui menacent de décimer leur population.

Ces Indiens font partie des 5 000 membres de la tribu Ayoreo, qui occupait autrefois la plupart du Nord du Paraguay et du Sud-Est de la Bolivie. La zone en question se trouve au Chaco, une région faiblement peuplée, couverte de taillis, de prairies et de marais. Les Ayoreo sont des cueilleurs chasseurs vivant des abondantes richesses naturelles de leur terre natale ; ils chassent le cochon sauvage et le tatou, récoltent du miel sylvestre et plantent, à la saison des pluies, des courges, du maïs et des haricots.

Pendant le dernier siècle la plupart du territoire Ayoreo a été envahi par des étrangers. Au Paraguay, les ranchers ont abattu la forêt aux bois précieux et établi de vastes élevages de bétail. A partir des années 20, des milliers de mennonites européens ont installé des colonies dans le Chaco ; leurs ranchs et leurs fermes laitières ont attiré à leur tour les spéculateurs immobiliers, dont les sociétés sont maintenant propriétaires d'une large part du territoire des Ayoreo.

Plus récemment sont arrivés les missionnaires fondamentalistes de la New Tribes Mission nord-américaine (NTM). La NTM a essayé de convertir de nombreux Ayoreo, et elle a établi une colonie à un endroit appelé Campo Loro.

En 1979 et 1986, des Indiens " évangélisés ", appuyés par la NTM, ont pénétré dans la forêt pour en faire sortir des Ayoreo non contactés appartenant au groupe des Totobiegosode, " les gens de la région du cochon sauvage ". Au moins cinq Ayoreo " évangélisés " sont morts au cours de ces expéditions, lorsque les Indiens non contactés se sont défendus pour éviter d'être capturés. Plusieurs de ces derniers ont été ramenés à Campo Loro, où ils sont morts peu après de troubles de santé. Les campagnes menées par des organisations telles que Survival ont arrêté ces " chasses à l'homme ".

Un nombre inconnu d'Ayoreo-Totobiegosode sont toujours dans la forêt et s'opposent activement à tout contact avec des étrangers. A partir de traces telles que des empreintes de pieds et des huttes abandonnées, on sait qu'il s'agit de plusieurs groupes familiaux distincts habitant une large étendue.

En 1993, ceux des Ayoreo-Totobiegosode qui en avaient été sortis de force ont déposé une demande auprès du gouvernement au nom de leurs familles restées dans la forêt. Avec l'assistance d'une ONG locale, le Groupe d'appui aux Totobiegosode, les Indiens ont réclamé la propriété, ou bien la protection, de 550 000 hectares de leur terre, soit moins d'un cinquième de leur territoire ancestral de 2,8 millions d'hectares.

Depuis la présentation de la demande le gouvernement a accordé aux Indiens des titres de propriété sur 67 400 hectares, et promis d'en faire autant avec 116 000 hectares supplémentaires. Les propriétaires terriens, ranchers et autres colons ont été formellement enjoints d'éviter les coupes rases dans la forêt ou tout genre de travail dans l'ensemble des 550 000 hectares concernés. Mais, malgré ces injonctions, il y a eu récemment une vague alarmante d'incursions, dont certaines ont poussé les Totobiegosode à fuir en abandonnant leurs huttes, que l'on a trouvées vides.

En juin, des bulldozers ont ouvert des sentiers à travers la forêt, dans le sud-est du territoire indigène, dans des terres appartenant aux compagnies Veragilma et Falabella. Ces sentiers sont destinés à permettre l'accès aux bosquets de " palo santo ", dont le bois dur est très prisé. De leur côté, les autorités du gouvernement régional de l'Alto Paraguay poussent pour relancer la colonisation de ces terres. Les colons mennonites ont eux aussi ouvert un grand passage dans une propriété appelée Yvy Pora ; ceci a inquiété les Totobiegosode de la zone, qui se sont sauvés. D'autres routes encore ont été dégagées dans les ranchs de Nieto et Gorostiaga, au sud et à l'ouest du territoire Ayoreo.

Les Ayoreo-Totobiegosode ont fui les incursions dans leurs terres pendant des décennies, et ont abondamment démontré qu'ils ne voulaient aucun contact : en 1994 et 1998, ils ont lancé des flèches contre les bulldozers qui travaillaient sur leurs terres. Le défrichage de leur terre est illégal. En outre, s'il se poursuit les Ayoreo isolés seront en grand danger de se retrouver coincés au milieu de conflits violents ou de tomber, une fois de plus, victimes des maladies.

Article reproduit des E-news de Survival International, 23/07/03.


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- Venezuela: mangrove gravement perturbée par le développement touristique

Au cours des quinze dernières années, les autorités municipales de Colina ont misé sur le développement touristique et octroyé des terrains aux environs du Manglar de la Vela. Ceux-ci ont dû être remblayés en vue de la construction de logements et de locaux commerciaux qui s'ensuivit, aux dépens de l'écosystème et de l'espace nécessaire à la croissance de la mangrove.

Face à cette situation et préoccupés par les impacts de l'activité touristique sur un écosystème fragile, des représentants de Surveillants volontaires de l'environnement et de l'Association écologique pour la préservation environnementale (EPA-Falcón) ont dénoncé ces faits. Une inspection oculaire a été réalisée dans le Manglar de la Vela (la Salinita) en présence des autorités municipales, du ministère de l'Environnement et des Ressources naturelles, du propriétaire du terrain et d'un représentant de l'ONG AEPA-Falcón. A l'issue de celle-ci, les travaux de remblai de la zone avoisinant le pont d'accès à la Vela de Coro ont été interrompus jusqu'à la présentation, de la part du propriétaire du terrain, du projet de développement touristique prévu sur les terres humides concernées.

La mangrove est un écosystème essentiel à la protection de la côte face aux intempéries du climat. Elle abrite également de nombreuses espèces de faune et de flore et constitue leur source d'aliments. Elle fournit des biens et des services aux habitants des alentours dont la survie dépend en grande partie de celle-ci.

Les impacts du développement de l'industrie touristique, qui requiert la construction d'autoroutes, de routes, de grands bâtiments ainsi que la coupe ou le remblai de zones de mangrove, sont très graves, dans la mesure où ils modifient substantiellement l'écosystème de la mangrove.

Aujourd'hui, plus d'un an après ces dénonciations, certains, dans la municipalité de Colina, persistent encore à promouvoir le développement touristique, aux dépens de la mangrove et sans aucune considération vis-à-vis du coût environnemental et social qu'il entraîne. On ne dispose même pas d'une Etude d'impact sur le "Manglar de la Vela" qui puisse évaluer les dommages soufferts par l'écosystème de la mangrove.

Et tandis qu'on attend une décision valable de la part des autorités nationales à ce sujet, des terrains voisins de la mangrove continuent d'être remblayés afin d'y construire des logements grâce à des autorisations accordées par les autorités municipales de Colina.

En défense des écosystèmes côtiers et de la vie communautaire qu'ils abritent, ceux qui aujourd'hui sont menacés par le développement touristique exigent, avec le soutien des organsations environnementalistes du Venezuela, de Red Manglar Latinoamericana et de Greenpeace International, une meilleure préservation de la mangrove. Ils réclament également aux autorités la réalisation d'une évaluation d'impact et, en fonction de celle-ci, la réparation des dommages déjà constatés sur l'environnement concerné. Et, surtout, de communiquer les résultats des actions précitées aux institutions et aux organisations environnementales concernées par ce conflit, ainsi qu'à l'ensemble de la communauté.

Les habitants locaux attendent toujours l'élaboration d'un "plan d'aménagement environnemental durable du Manglar de la Vela".

AEPA-Falcón réclame aux autorités municipales de Colina ainsi qu'à celles responsables d'assurer au niveau national les droits environnementaux et les droits de l'homme, l'élaboration d'arrêtés ou de décrets préservant l'écosystème des mangroves ainsi qu'une déclaration légitime assurant la protection de la mangrove, sa diversité et le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales des communautés concernées.

D'après: "A un año del conflicto AEPA-Falcón exige mayor protección al Manglar de la Vela", envoyé par Anelis Teolinda Moya, aepafalcon@hotmail.com .

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