Bulletin du WRM

 

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Numéro 72 - Juillet 2003


ASIE

 

LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

- Bangladesh: les résidents réagissent contre l'éventualité d'une étude séismique dans les Sundarbans

L'organisation bangladaise BanglaPraxis et d'autres groupes locaux ont réagi en apprenant l'intention de Shell Bangladesh de conduire des études aériennes et séismiques dans les mangroves des Sundarbans à partir du 27 septembre.

Le Bangladesh est un pays surtout agricole, mais l'urbanisation avance rapidement, et il s'est de plus en plus orienté vers une économie de marché depuis la moitié des années 1970, en accordant la priorité au développement industriel, en s'acheminant vers la privatisation et le libre commerce et en encourageant les investissements étrangers, dont la plupart vont au gaz naturel, à l'électricité et à l'infrastructure physique.

Jusqu'au début des années 90, la compagnie nationale Petrobangla, avec ses huit sociétés d'exploitation, était le seul joueur dans l'échiquier pétrolier et gazier du Bangladesh. Mais ces dernières années le Bangladesh a encouragé des sociétés pétrolières étrangères à opérer dans le pays. A présent, Shell, Texaco, Scotland's Cairn Energy PLC, Holland Sea Search, Unocal, Rexwood-Oakland et UMC Bangladesh Corporation y sont en activité, sous les termes de six contrats de partage de production (CPP), en partenariat avec Petrobangla.

L'une des régions les plus atteintes par la poussée vers le "développement" est la mangrove des Sundarbans, le long de la côte sud-ouest du pays, laquelle est considérée comme la plus étendue du monde et classée comme patrimoine mondial. Plus de quatre millions de personnes qui habitent autour des Sundarbans obtiennent dans ces forêts une partie de leur subsistance, sous la forme de produits ligneux et non ligneux, de poissons et de services tels que le tourisme, et des millions d'autres sont indirectement dépendantes des Sundarbans.

SBCP Watch Group, un réseau d'organisations surveillant l'évolution des projets financés par la Banque asiatique de développement dans les Sundarbans, a récemment organisé un programme de conservation de la région. Lorsque le coordinateur de Watch Group a soulevé le problème de l'étude de Shell dans la forêt, cette compagnie multinationale a répondu en adressant à chaque participant du programme un dossier de presse où les autorités de Shell Bangladesh expliquaient que la forêt des Sundarbans n'allait pas être explorée; par contre, l'étude aéromagnétique serait conduite sur le block 10, qui est juste a côté, et qui inclut une partie de la forêt. Les blocks sont des terres louées par le gouvernement aux sociétés multinationales pour l'exploration et l'extraction de pétrole et de gaz.

La compagnie déclare aussi que l'étude aura lieu à dix kilomètres de la forêt. Cependant, les environnementalistes estiment que la zone d'impact de la forêt est de 20 kilomètres. Les tremblements générés par l'étude séismique auraient des conséquences de grande portée sur les Sundarbans et détruiraient son écosystème fragile. Tout forage en amont de la forêt provoquera l'arrivée d'eau polluée en aval dans les Sundarbans. Le forage dans le block 10, en bordure de la forêt, comporte le même risque, puisque de nombreux fleuves en descendent vers la forêt.

Les organisations locales pensent que s'il était vrai que Shell ne projette pas de forage dans la forêt, aucune étude ne serait nécessaire. En revanche, ils ont des preuves que la société multinationale poursuit l'exploration et qu'elle a entrepris un semblant de consultation des habitants dans la région, par l'intermédiaire de BETS, une firme locale recrutée à cette fin.

Le grand mouvement populaire contre l'exportation de gaz a sensibilisé les habitants du Bangladesh. A présent ils se battent, et l'organisation locale AOSED - un membre du réseau Coastal Development Partnership (CDP), qui s'est occupé de l'affaire Shell - a lancé une campagne contre l'initiative de la compagnie. Ils exigent que Shell n'entreprenne aucune activité dans la forêt ou autour d'elle, dans le block 5 ou dans le block 10 voisin, sans avoir demandé l'avis des groupes de résidents concernés. La multinationale devrait en outre consulter non seulement les organisations qui travaillent avec elle mais également d'autres organisations qui la critiquent.

Les gens concernés pensent qu'ils n'ont besoin d'aucune information "scientifique", puisque l'exploration ou le forage se feront chez eux, et qu'ils ne savent que trop bien
que les conséquences sur eux et sur leurs moyens de vie seront la déprédation, la destruction et le déplacement.

Article fondé sur des informations tirées de: "Grave concern over move to explore gas in Sundarbans", M. Shafiqul Alam, The Financial Express, http://www.financialexpress-bd.com/index.asp?aday=9&amonth=6&aYear=03&Submit=+++Submit+++ ; State of Sundarbans, Anisur Rahman, Bangladesh Door, http://www.bangladesh-door.com/ ; "Sundarbans Threatened Anew By Shell Oil", Late Friday News, Nº 117, Urgent Notice Addendum, envoyé par Alfredo Quarto, Mangrove Action Project, adresse électronique: mangroveap@olympus.net , http://www.earthisland.org/map/ltfrn_117.htm ; informations directes de Zakir Kibria, BanglaPraxis, adresse électronique: banglapraxis@yahoo.com , et d'Alfredo Quarto, adresse électronique: Late Friday News, 117th Urgent Notice Addendum.


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- Indonésie: opposition croissante à l'industrie minière dans les aires protégées

La " Coalition contre l'industrie minière dans les aires protégées indonésiennes " a publié un communiqué pour exposer l'opposition forte et croissante que les activités minières rencontrent dans plusieurs secteurs. Cette coalition est composée de dix groupes : JATAM, WALHI-Friends of the Earth, Indonesian Center for Environment Law, WWF Indonesia, Kehati, Pelangi, Forest Watch Indonesia, MPI, POKJA PSDA, et PELA.

Les réactions contre les mines à ciel ouvert dans les forêts protégées proviennent de la société civile de Sumatra, Kalimantan, Java, Sumbawa Besar (Sud-Est indonésien) et Sulawesi. Elles incluent lettres de protestation, cartes postales, manifestations et déclarations des gouvernements provinciaux, d'étudiants, d'universitaires, de peuples indigènes, d'Indonésiens en général et de la communauté internationale.

L'opinion générale semble être que les choses sont allées trop loin dans le domaine de l'industrie minière. C'est pourquoi les projets de la compagnie minière canadienne Placer Dome, d'extraire de l'or dans les forêts protégées des montagnes Meratus, au Kalimantan du Sud - foyer des peuples Dayak et des orangs-outans - ont provoqué une lettre véhémente de protestation des représentants des Dayak, une manifestation, le 1er juillet, dans la capitale provinciale de Kalimantan du Sud pour demander au gouvernement provincial de rejeter les pressions de Placer Dome, et une déclaration dudit gouvernement exhortant le parlement national indonésien à ne pas permettre l'extraction minière dans la forêt protégée de Meratus. Il en était grand temps, puisque 44% des forêts des Dayak ont été dégradés en 12 années seulement !

A Palu, la capitale de l'île centrale Sulawesi, l'opposition communautaire systématique a inclus des protestations directement adressées aux plans de Rio Tinto et de Newcrest de construire une mine d'or dans le parc naturel protégé de Poboya. A la suite de ces actions, autant la Chambre de députés provinciale (le 2 juillet 2003) que le professeur Aminuddin Ponulele, gouverneur de Sulawesi Centrale, ont déclaré qu'ils s'opposeront à toute tentative du gouvernement central d'autoriser la mise en place du projet minier. La menace que représentent les métaux lourds, la poussière et d'autres déchets miniers pour le parc naturel protégé de Poboya et pour l'approvisionnement en eau des 200 000 résidents de Palu est un trop grand risque, suivant le gouverneur Aminuddin, dont les paroles ont été rapportées par le journal local Radar Palu le 3 juillet 2003 dans un article exigeant que la société PT Citra Palu Minerals, joint venture de Rio Tinto et Newcrest, abandonne la province de Sulawesi Centrale.

Même l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture), habituellement apolitique, par l'intermédiaire de son bureau à Jakarta a lancé un appel aux comités parlementaires indonésiens qui étudient actuellement les projets miniers du gouvernement dans les aires protégées. L'UNESCO a envoyé une lettre concernant spécifiquement la petite île de Gag en Papouasie de l'Ouest, où BHP Billiton entend construire la mine de nickel la plus grande du monde et en déverser les déchets dans la mer. Un atelier international de l'UICN et l'UNESCO, tenu à Hanoi en février 2002, a choisi l'archipel de Raja Ampat, où se trouve l'île Gag, parmi les sept sites à considérer pour la liste du Patrimoine mondial, sur 25 sites potentiels du Sud-Est asiatique, en raison de sa forte biodiversité : 505 espèces de corail (ce qui est énorme, et représente 64% de toutes les espèces de corail connues dans le monde), et 1 065 espèces de poissons (soit l'une des diversités de poissons les plus élevées de la planète). L'intervention de l'UNESCO porte un coup aux pressions de BHP Billiton pour modifier le statut des forêts protégés et à l'intention de la compagnie d'utiliser la méthode connue comme STD (par laquelle les déchets sont déversés dans l'océan) malgré son affirmation selon laquelle la compagnie se serait amendée après le désastre d'Ok Tedi en Papouasie-Nouvelle-Guinée. La mine d'Ok Tedi, propriété de BHP, a provoqué une contamination sévère et de longue durée du fleuve Fly ; les communautés locales ont porté l'affaire en justice et réussi à se faire payer des dommages et intérêts milliardaires.

De son côté, la communauté internationale a elle aussi réagi. Plus de 1 100 lettres, envoyées par des particuliers et des organisations de 43 pays, ont été adressées au président de l'Indonésie, M. Megawati, incluant des témoignages tels que celui de Beth Partin, qui avait entendu parler des projets d'expansion dans les forêts indonésiennes de la compagnie américaine Newmont : " J'habite près de Denver, Colorado, où se trouve le siège de Newmont. Au Colorado les dégâts provoqués par les mines sont une affaire quotidienne ; par exemple, le fleuve Alamosa a été empoisonné il y a plus d'une décennie par une fuite de cyanure, et après des années de nettoyage il commence seulement à donner des signes de vie ".

A ce jour, environ 6 000 jeux de trois cartes postales, l'une adressée à la Chambre de députés, l'autre au Département forestier et la troisième au ministre de l'Energie minérale et des ressources, ont été signées et envoyées par des Indonésiens pour exprimer leur appui aux mesures existantes de protection contre l'industrie minière. Des étudiants environnementalistes ont organisé des protestations devant l'ambassade d'Australie, indignés de l'appui que le gouvernement australien et autres gouvernements étrangers fournissent aux compagnies minières. Il y a eu aussi des manifestations devant la Chambre des députés et le Département forestier, et d'autres sont également prévues. Le 3 juillet 2003, les chefs de la section forêts de cinq universités prestigieuses : l'institut Bogor d'agriculture, l'université Gajah Mada, l'université Mulawarman, l'université Hasanuddin et les Groupes universitaires de Lampung, ont déclaré leur opposition à l'extraction minière dans les zones protégées. Les étudiants et les professeurs ont insisté sur la contribution économique de la foresterie durable et de la protection de l'environnement, qui, d'après le budget national de l'Indonésie, dépasse en importance celle de l'industrie minière et possède un fort potentiel encore intact.

Article fondé sur des informations tirées de: "Indonesia regional govts, civil society : More speak out for forest protection from mining", 13 juillet 2003, déclaration de la Coalition contre l'extraction minière dans les aires protégées indonésiennes, adresse électronique : inform@mpi.org.au , envoyé par Maurizio F. Ferrari, Forest Peoples Programme, adresse électronique : mfferrari@pd.jaring.my , http://www.forestpeoples.gn.apc.org/


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- Laos: une société française abandonne le Nam Theun 2

Electricité de France s'est retirée du projet de barrage Nam Theun 2 au Laos. EDF a annoncé son départ le 17 juillet 2003, la veille du jour où le consortium chargé du barrage, la compagnie Nam Theun 2 Power, devait signer un accord d'achat d'électricité avec l'EGAT, l'organisme thaïlandais de génération d'électricité.

L'entreprise d'Etat EDF était l'investisseur principal du projet. En juin 2001, EDF et Harza Engineering (actuellement dénommée Mongtomery Watson Harza) avaient constitué une joint venture pour devenir les fournisseurs principaux dans la construction du barrage.

Le retrait d'EDF s'est produit après qu'une commission parlementaire a rapporté que les plans d'expansion d'EDF étaient " un échec " et impliquaient de prendre des risques inutiles avec l'argent des contribuables. L'année dernière, le Financial Times avait décrit EDF comme " une entreprise d'Etat fonctionnant à perte, qui mettra des années de travail à se tirer du trou où elle est tombée après un chapelet d'acquisitions internationales excessivement chères ".

Les membres restants du consortium sont Electricity Generating Company of Thailand (25%), Ital-Thai Development of Thailand (25%) et le gouvernement du Laos (25%). Ce dernier a donné trois mois aux promoteurs du projet pour qu'ils trouvent un nouvel investisseur, après que la Thaïlande a donné un ultimatum établissant un délai d'un an pour la signature du contrat d'achat d'électricité.

Avec le départ d'EDF, l'avenir du Nam Theun 2 est incertain. " Cela soulève plusieurs questions sur l'avenir du projet. EDF était plus que l'investisseur principal, c'était aussi la principale agence technologique ", a dit à Reuters le porte-parole de la Banque mondiale, Peter Stephens.

Sans la garantie partielle de risque de la Banque mondiale, les investisseurs privés vont difficilement s'impliquer dans le projet. En 1997, Jack Cizain, président d'EDF International, avait dit au Bangkok Post que, sans la garantie de la Banque, les promoteurs auraient des difficultés à poursuivre le projet.

Or, si la Banque a appuyé le projet depuis qu'elle a financé une étude de faisabilité en 1989, elle a par contre maintes fois refusé de prendre une décision au sujet de la garantie en question.

D'après un aide-mémoire de la Banque mondiale daté d'août 2001, une telle décision ne sera pas prise tant que le gouvernement du Laos n'aura pas rempli un certain nombre de conditions, dont " la rédaction d'un PRSP complet [document sur la stratégie de réduction de la pauvreté] permettant d'étayer l'atténuation de la pauvreté et d'évaluer le progrès dans la réalisation des objectifs du programme ".

Le Fonds monétaire international entre en scène. Le conseil qu'il donne sur l'économie du Laos est identique à ce qu'il prescrit à tous les gouvernements : " des réformes financières, fiscales et commerciales ". En 2001, un fonctionnaire du FMI a écrit : " il est possible d'accroître le PIB de 7 pour cent d'ici 2003, à condition d'appliquer sérieusement les réformes structurelles et d'exploiter davantage les considérables ressources hydroélectriques du pays ". Autrement dit, il faut forcer l'ouverture de l'économie et endiguer les fleuves.

Mais, comme c'est souvent le cas, les remèdes du FMI sont pires que la maladie. L'année dernière le FMI a poussé le gouvernement du Laos à accroître les revenus fiscaux. Celui-ci a donc augmenté les tarifs douaniers sur les produits thaïlandais. Le correspondant de la Far Eastern Economic Review, Bertil Lintner, a qualifié le résultat de " contre-productif ". En effet, la contrebande a augmenté et l'inflation est montée en flèche, passant de 7 à 16 pour cent. L'amélioration des recettes du gouvernement a été infime, et les restrictions budgétaires ont signifié que les instituteurs et autres fonctionnaires n'ont pas été payés. La pauvreté s'est ainsi accrue, plutôt que de diminuer.

En mai 2002, Electricité du Laos a augmenté ses tarifs. Lors de son assemblée annuelle l'entreprise a annoncé que ses clients lui devaient presque 8 millions de dollars US. " Nous ne pouvons pas couper l'électricité, parce que la plupart de nos débiteurs sont des entreprises d'Etat ", a dit au Vientiane Times un fonctionnaire d'EDL.

Le long des deux dernières décennies, EDL a reçu des " aides " pour des sommes énormes. Par suite de cette générosité, vers la fin 1999 elle avait des dettes pour un total de presque 300 millions de dollars US. La Banque asiatique de développement lui avait, à elle seule, prêté plus de 200 millions de dollars US. La société conseil de la BAD (Electrowatt) a estimé que le service des intérêts allait coûter à EDL, en 2000, plus de 28 millions de dollars.

Hans Luther est un économiste allemand qui a travaillé depuis le début des années 90 à l'Ecole nationale d'administration de Vientiane. Avant son retour récent en Allemagne, le gouvernement du Laos lui a décerné la prestigieuse Médaille du Travail. Au cours d'une interview publiée dans le Bangkok Post, il a donné quelques conseils au gouvernement du Laos : " L'aide étrangère est comme une drogue... Au lieu d'utiliser votre argent à construire des routes et à les entretenir, vous demandez à de riches étrangers de venir le faire pour vous. Il y a aussi les pots-de-vin et des profits en tous genres. C'est la solution facile vers le développement économique. Or, que devrait faire un pays pauvre comme le Laos ? Il devrait être modeste et se fixer un nombre limité de priorités. Mais la plupart choisissent l'aide étrangère, qui semble promettre de tout faire en même temps... Je crois que l'hydroélectricité ne sera pas la solution. D'abord, pour des raisons de demande : il n'y a qu'un seul client, la Thaïlande. Ensuite, une fois l'investissement fait il y aura des coûts supplémentaires d'entretien et de réparation, et ces coûts sont élevés. Je ne pense donc pas que ce soit là une solution viable. "

Par: Chris Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de


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- Thaïlande: une entreprise certifiée enfreint les principes du FSC

Deux plantations gérées par l'Organisation forestière industrielle de la Thaïlande (FIO en anglais) bénéficient actuellement de certificats de bonne gestion dans le cadre du système Forest Stewardship Council (cf. Bulletins 48 et 64 du WRM).

Lorsqu'en juillet 2001 l'entreprise de certification SmartWood a délivré aux plantations de la FIO, à Thong Pha Phum et Kao Khra Yang, les certificats en question, elle a également fixé 26 conditions que l'organisation mentionnée devait remplir pour que ces certificats soient maintenus. L'année suivante, l'équipe d'inspection de SmartWood a trouvé que la FIO n'avait pas rempli cinq de ces conditions, et que sept autres n'avaient été que " partiellement remplies ". Pourtant, au lieu de révoquer les certificats, SmartWood a présenté 13 " demandes d'actions correctives " (DAC), dont six devaient être appliquées dans un délai maximum de six mois.

En janvier 2003, l'équipe d'inspection de SmartWood est revenue sur les lieux. Cette fois, les inspecteurs ont trouvé que la FIO avait appliqué deux des DAC, mais n'avait que " partiellement rempli " les quatre autres. SmartWood a donc soumis six nouvelles DAC pour leur " application immédiate ". Le rapport d'inspection de SmartWood établit que " Si [la FIO] ne réussit pas à lever les DAC présentées, le certificat sera suspendu jusqu'au moment où la FIO pourra démontrer qu'elle s'y est conformée ".

Jeff Hayward, directeur régional de SmartWood pour l'Asie et le Pacifique, a expliqué que l'équipe d'inspection de SmartWood s'est rendue en Thaïlande, au mois de juin, pour vérifier si la FIO a appliqué la dernière série de DAC présentées. Par la suite, l'équipe rédigera fin juillet un rapport préliminaire à l'intention de SmartWood, lequel sera ensuite adressé à la FIO pour commentaire. Un résumé de ce rapport sera rendu public " espérons que vers la mi-août 2003 ", d'après Hayward. " Nous allons également préciser si nous avons suspendu ou annulé le certificat ", a-t-il ajouté.

Mais rien ne semble indiquer que SmartWood aille suspendre ou annuler le certificat en question, et il est également douteux que le FSC essaye d'influencer SmartWood dans ce sens.

Au cours de sa visite dans la plantation de Thong Pha Phum au mois de janvier, l'équipe d'inspection de SmartWood a trouvé qu'un garçon de 14 ans y travaillait. Or, il s'agit là d'une violation de la Loi de protection des travailleurs de la Thaïlande, qui établit que les patrons ne doivent pas employer des enfants de moins de 15 ans. C'est également une infraction des Principes et Critères du FSC. Mais le sommaire publié par SmartWood se borne à indiquer avec flegme : " Le travail informel, sans les détails nécessaires d'identification et d'âge officiel, d'un individu plus jeune serait contraire à la politique de la FIO et aux conventions de l'OIT ".

Au lieu de retirer le certificat, SmartWood a émis une demande d'action corrective établissant que la FIO devait " mettre un terme à l'embauche de toute personne au-dessous de l'âge de 15 ans ".

Pendant que SmartWood procédait à l'inspection de la FIO, l'unité du FSC chargée des entreprises de certification était elle aussi en Thaïlande, pour superviser les certifications de SmartWood. Ces inspecteurs ont trouvé que SmartWood avait enfreint plusieurs normes du FSC.

En conséquence, le FSC a émis six " demandes d'action corrective " mineures, et cinq majeures, qui devront être appliquées " en temps opportun ", d'après Hubert de Bonafos, représentant du département des certifications.

Le FSC a confirmé que le sommaire publié par SmartWood à propos de la FIO révèle " plusieurs manquements significatifs de la FIO à l'égard des Principes et Critères du FSC ". Autrement dit, SmartWood a délivré des certificats à la FIO malgré le fait que la conduite de ses deux plantations ne respecte pas les principes du FSC.

L'inspection du FSC a également confirmé que SmartWood a effectué cette certification à partir d'une évaluation effectuée suivant des directives non conformes aux normes du FSC. En effet, pour pouvoir procéder à une évaluation dans un pays ne possédant pas de normes nationales de gestion forestière reconnues par le FSC, l'entreprise de certification est censée mettre en place des " normes transitoires ".

Le FSC a donc demandé à SmartWood d'établir des normes transitoires " par un processus approprié de consultation des parties intéressées ". Ainsi, en mai 2003, presque deux ans après avoir délivré le certificat à la FIO, SmartWood a présenté les " normes transitoires " pour la Thaïlande.

Il est pourtant difficile de comprendre comment le FSC a pu considérer comme " appropriée " la consultation qui a été effectuée. En effet, tandis qu'Hubert de Bonafos, du FSC, déclare que SmartWood a déjà traduit ses normes transitoires pour la Thaïlande " dans la langue officielle ", Jeff Hayward, de SmartWood, dit qu'ils sont " en train de faire traduire ce document en thaï ". Apparemment, autant pour le FSC que pour SmartWood les " parties intéressées " étaient censées commenter un document de 21 pages rédigé en une langue étrangère. Hayward a confirmé que " les apports ont été plutôt limités ".

Les normes transitoires de SmartWood pour la Thaïlande sont très semblables à ses Directives générales pour l'évaluation de la gestion forestière. La section concernant les peuples indigènes (Principe 3 du FSC) est mot par mot identique à la section correspondante des directives mentionnées, et ne tient pas compte de certains problèmes importants des peuples indigènes thaïlandais, par exemple que l'Etat ne reconnaît pas beaucoup d'entre eux comme citoyens.

En mai 2003 Veerawat Dheeraprasert, de l'ONG thaïlandaise Fondation pour la récupération écologique, a adressé une lettre au FSC pour expliquer que la FIO viole l'interdiction d'extraction en vigueur depuis 1989, ainsi que la Constitution de 1997 de la Thaïlande. " Le rapport de SmartWood contient des erreurs et des omissions qui montrent les nombreux problèmes qui existent autour de la certification par cette entreprise des deux zones de plantation de teck ", a-t-il écrit. Veerawat conclut sa lettre en demandant que " le FSC annule immédiatement la certification de la FIO pour les deux plantations, dans le but d'éviter que cette compagnie continue à détruire l'écosystème, la culture, l'économie et les moyens de subsistance dans la région ".

Deux semaines plus tard, le représentant du FSC Hubert de Bonafos a répondu à Veerawat. A la demande de Veerawat d'annuler le certificat, de Bonafos a répondu en le remerciant, lui et son organisation, de leur " contribution positive au processus de supervision du FSC ".

Par: Chris Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de

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