Bulletin du WRM

 

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Numéro 72 - Juillet 2003


LES FICHIERS DE CARBONE

- La Banque asiatique de développement rejoint la Banque mondiale dans la promotion du piégeage de carbone à l'échelle industrielle dans le Sud

Il faut parfois placer beaucoup de petites pièces avant de pouvoir reconnaître une image entière. Dans le cas du débat perpétuel sur les bienfaits ou les méfaits des puits de carbone dans le cadre du Mécanisme pour un développement propre (MDP) du Protocole de Kyoto, nombreux sont ceux qui les considèrent encore comme la source de financement tant recherchée pour les petits projets communautaires de restauration de forêts. Pourtant, des informations récemment publiées à propos des études de faisabilité menées par Japanese Sumitomo Forestry et de la participation de la Banque asiatique de développement dans la promotion des puits de carbone en Indonésie, fournissent des renseignements supplémentaires sur ce que le marché futur des puits de carbone MDP aura à offrir : des crédits carbone générés par la plantation de monocultures d'arbres à l'échelle industrielle. Et si les commentaires faits par M. Lim, le ministre des Industries de base de la Malaisie, lors de son récent voyage en Europe, sont un indice de ce qui est en discussion, les finances du carbone MDP pourraient subventionner non seulement les plantations industrielles d'eucalyptus (comme, au Brésil, le projet Plantar du Fonds prototype de carbone de la Banque mondiale), mais aussi l'expansion des plantations de palmier à huile dans le Sud-Est asiatique.

Avec l'appui financier du Fonds canadien de coopération pour le changement climatique, " l'assistance technique " de la Banque asiatique de développement au gouvernement indonésien inclura " un document de positionnement sur les projets MDP de puits de carbone en Indonésie, à discuter lors de la COP9 ", et deux projets pilotes de piégeage. La COP9 - 9e Conférence des parties à la Convention sur le changement climatique - devra aboutir à une décision sur les normes à appliquer aux projets de puits de carbone qui entendront réclamer des crédits dans le cadre du Mécanisme de développement propre. Les gouvernements sont loin d'être d'accord sur la formulation de ces normes, et le fait que le gouvernement canadien finance ce projet porte à se demander à quel point l'assistance de la BAD sera purement " technique ". Cette question est soulevée encore plus fortement par les " Eléments des termes de référence des experts ", où il est indiqué que les experts sont censés s'assurer que " les résultats de l'inventaire sur l'utilisation de la terre et le modèle de LULUCF [utilisation des terres, changement de l'affectation des terres et foresterie] sont conformes aux objectifs de l'A[ssistance] T[echnique] ".

Mais l'Indonésie n'est pas le seul pays où la BAD promeut le commerce de crédits de carbone sans valeur aucune pour le climat (pour une analyse détaillée des défauts dans le commerce des crédits carbone, voir : http://www.sinkswatch.org et http://www.wrm.org.uy/actors/CCC/index.html ). Au Laos, la BAD a commandé à la société conseil Ecosecurities d'évaluer si les plantations qu'elle y finançait étaient éligibles sous le MDP du Protocole de Kyoto. Ecosecurities est un grand promoteur de projets MDP, qui a participé à la conception du projet Plantar au Brésil. Cette décision pose le problème du conflit d'intérêts. En effet, commander à quelqu'un qui est commercialement impliqué dans la foresterie MDP une évaluation de la faisabilité des projets MDP au Laos équivaut à demander à un producteur laitier si le lait est bon pour la santé.

Et puis, il y a l'histoire des plantations financées par la BAD au Laos, qui ont remplacé les forêts naturelles par des monocultures d'eucalyptus pour la production d'éclats de bois, contribuant ainsi, par ses conseils et la mise en oeuvre de ses politiques, à la libération de carbone dans l'atmosphère. Tandis qu'elle déclare que les plantations sont effectuées uniquement sur des terres " dégradées ", la réalité est que la BAD a financé le remplacement des forêts communautaires, des terres cultivées, des pâturages et des terrains communaux par des monocultures d'eucalyptus (cf. aussi dans le bulletin Nº 68 du WRM, " Laos : secrets, mensonges et plantations d'arbres ").

En ce qui concerne l'Indonésie, la BAD décrit 12% des 108 millions d'hectares de forêts du pays comme des terres " actuellement inexploitées et improductives ", et comme " des aires potentielles pour le piégeage du carbone au moyen du reboisement dans le cadre du MDP ". Le volume potentiel des crédits qui pourraient être ainsi générés est énorme, aussi énorme que le risque que ces terres ne soient ni " inexploitées " ni " improductives " du point de vue de leurs habitants.

Les chiffres en question, ajoutés au dossier de la BAD dans la promotion des plantations industrielles d'arbres partout en Asie et au vif intérêt dans cette affaire manifesté par les gouvernements canadien et japonais - défenseurs décidés de la plus grande ouverture du Protocole de Kyoto aux puits de carbone - ne présage rien de bon pour ceux qui comptent sur le MDP comme une source de financement pour les petits projets de restauration communautaire des forêts.

Par: Juta Kill, SinksWatch, adresse électronique : jutta@fern.org ; http://www.sinkswatch.org


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- Plantar: la saga continue

Qu'y a-t-il de mauvais à ce qu'une compagnie prétende obtenir le label vert pour son " aménagement forestier durable " et un crédit de respect climatique pour la plantation d'arbres qui absorbent le carbone de l'atmosphère ? Il peut y avoir beaucoup de mauvais, en particulier lorsque ces deux prétentions sont suspectes, comme l'indiquent les informations du Bulletin du WRM couvrant les activités de la compagnie Plantar au Brésil. Et cela se complique encore davantage lorsque la compagnie, confrontée aux critiques contre ses projets de puits de carbone, essaie de discréditer ses détracteurs en dénaturant les faits.

Or, Plantar est un exemple qui tombe à point : dans une lettre aux acheteurs potentiels des " crédits carbone ", cette compagnie a déclaré qu'une lettre de la société civile brésilienne datée du 26 mars 2003, qui critiquait la vente envisagée de " crédits carbone ", comportait des signatures qui avaient été ajoutées sans que les signataires en aient été informés. Cette accusation a été répétée par la suite à des réunions publiques organisées en Europe par la direction du Fonds prototype de carbone de la Banque mondiale, sous les auspices duquel seront vendus les crédits carbone de Plantar.

Il s'agit d'une accusation grave, dont le but évident est de ternir la réputation de ceux qui lèvent leurs voix contre les activités de la compagnie. L'accusation est fausse, comme il en ressortirait de la simple comparaison des noms mentionnés dans les différentes lettres. Etant donné l'impact que la réitération de ces fausses accusations par un haut fonctionnaire de la Banque mondiale a eu sur leur crédibilité, 77 groupes brésiliens viennent de réclamer à la direction du FPC une lettre d'excuses et une rectification publique des faits.

Reste à savoir quelle leçon le FPC va tirer de cet épisode, comme il reste à voir l'enquête récemment annoncée sur " les allégations des ONG relevées dans les lettres de la société civile ". Pour SinksWatch, une telle réitération d'informations non vérifiées de la compagnie soulève sans doute encore plus de questions à propos de la rigueur avec laquelle le FPC étudie les informations fournies par les promoteurs de projets. En appliquant le critère utilisé par le FPC, " c'est en faisant qu'on apprend ", SinksWatch a appris que les " crédits carbone " du projet Plantar ne font rien pour éviter le dangereux changement climatique, mais augmentent en revanche les difficultés des habitants des lieux. La leçon à en tirer est donc que les " crédits carbone " de Plantar ne sont pas bons.

Par: Jutta Kill, SinksWatch, adresse électronique : jutta@fern.org ; http://www.sinkswatch.org

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