Bulletin du WRM

 

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Numéro 74 - Septembre 2003


AFRIQUE

 

LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

– Afrique du Sud : la durabilité, les aires protégées et le développement

Le terme « durabilité », qui concerne autant la possibilité de renouvellement que le maintien dans le temps, est utilisé à toutes les sauces en ce moment, et il est souvent cité comme la « parole magique » des politiciens et hommes d’affaires lorsqu’ils souhaitent faciliter l’acceptation de projets ou programmes de développement. Pourtant, si l’on regarde de près la définition de développement durable (« activité économique qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ») et l’histoire de l’utilisation des ressources naturelles, nous sommes à la vérité très loin d’atteindre la « durabilité ».

Une évaluation rétrospective des projets de conservation et de développement durable montre que la plupart d’entre eux n’ont pas atteint leurs buts de conservation ni de durabilité, et ne répondent pas non plus aux besoins de l’humanité.

Au premier « Sommet de la Terre » (Rio 1992), les parties contractantes de la Convention sur la diversité biologique s’étaient déclarées conscientes de l’importance de la biodiversité pour l’évolution et le maintien des systèmes qui alimentent la vie de la biosphère. En outre, l’une des réussites du sommet de Rio avait été l’établissement du Principe de précaution comme norme universelle pour la considération de toute activité « susceptible » de nuire à la diversité biologique.

Malheureusement, dix ans plus tard, lors du deuxième Sommet de la Terre pour le développement durable (Johannesburg, 2002), il a fallu reconnaître que nous n’avions toujours pas réussi à atteindre la durabilité. De nouveaux engagements ont été pris pour, entre autres, réduire la perte de biodiversité et renverser la tendance actuelle à la dégradation des ressources naturelles.

Lorsqu’on regarde quelle est la situation en Afrique du Sud, on constate qu’environ 10% des espèces de mammifères sont menacées, avec 2% des espèces d’oiseaux, 12% des espèces de reptiles, 16% des espèces d’amphibies et 36% des espèces de poissons d’eau douce. Le total des espèces végétales menacées y a presque doublé entre 1980 et 1995, et la tendance est à la disparition du sol végétal et des territoires vierges, qui sont soumis à des « projets de développement » à un rythme alarmant. Même le tourisme et les loisirs ont été reconnus comme des menaces pour la nature et la biodiversité. Dans le programme sur le tourisme du Programme des Nations unies pour l’environnement il est dit que le tourisme « peut, en fait, être comparé à n’importe quelle grande industrie pour ce qui est de ses effets nuisibles et de ses impacts sur l’environnement ».

La norme mondiale est de réserver au moins 10% de la terre pour la conservation. En Afrique du Sud, environ 6% de la terre sont protégés à cette fin. Pourtant, ce critère lui-même a eu des conséquences destructrices. Il existe de nombreux exemples historiques sur les conséquences qu’ont eues les 178 réserves et parcs nationaux. Ainsi que Mavuso Msimang, président des Parcs nationaux d’Afrique du Sud, l’a écrit : « La plupart de nos aires naturelles n’étaient pas déshabitées, et la création des parcs nationaux a souvent impliqué la dépossession, le transfert, l’exclusion et la fracture sociale des communautés indigènes ». Les exemples mentionnés incluent les bergers qui habitaient le Namaqualand dans le Cap occidental, qui ont étés exilés du complexe de Namakwalandse Burgersvereniging, les milliers de victimes des réserves forestières de Tsitsikama, dans le Cap oriental, et le grand Parc national Kruger, d’une étendue de plus de 2 millions d’hectares, plus vaste que l’État d’Israël, et qui a subi au cours du siècle dernier plusieurs vagues de réinstallations.

La définition d’environnement au sens large inclut les milieux naturel, économique, social et politique dans lesquels nous habitons et évoluons. Les ressources limitées et inégalement distribuées de la Terre ne sont pas suffisants pour faire face aux exigences de l’actuel modèle mondial de consommation. Ceux qui mettent en place les politiques de développement prennent des décisions destinées à parer aux besoins et désirs immédiats (ou, plus rarement, à moyenne échéance), qu’ils soient économiques, politiques ou sociaux. Les besoins de longue durée – qui sont en fait d’une durée illimitée – de la nature, celle-ci incluant les animaux, les plantes, le sol et les personnes des générations futures, ne font pas l’objet d’une considération appropriée.

Les délais ont expiré pour nous engager de façon ferme avec l’environnement physique et biophysique par l’application vérifiable du principe de précaution. Même dans le cadre des objectifs de conservation établis, un coup d’oeil sur les cartes des parcs nationaux et autres aires importantes de conservation, telles que les parcs Greater St Lucia et Drakensberg, suffit pour voir que le développement, la « subdivision » et la privatisation ont eu lieu à un rythme accéléré pendant les vingt dernières années, et que cette escalade a dépassé les proportions acceptables. Ce qui plus est, en Afrique du Sud il faudra commencer par appliquer la « durabilité » aux 94% du territoire destinés en priorité à produire de l’argent (y compris beaucoup de chasses gardées et réserves de gibier privées de forte intensité).

Il s’agit là d’une obligation éthique et morale à l’égard de la prochaine génération. Il faut lui laisser au moins la possibilité de choisir, et la génération présente n’a pas le droit, comme elle n’a plus l’excuse de l’ignorance, de continuer à les en priver.

Article basé sur des informations obtenues dans : « Viewpoint – Protected Areas and Sustainability », envoyé par Philip Owen, Geasphere, adresse électronique : owen@soft.co.za ; http://www.geasphere.co.za ; « Rethinking Land Reform in South Africa : An Alternative Approach to Environmental Justice », Charles Geisler et Essy Letsoalo, 2000, http://www.socresonline.org.uk/5/2/geisler.html


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– Cameroun : l’exploitation illégale des forêts tropicales se poursuit toujours

Du 13 au 16 octobre se tiendra à Yaoundé, Cameroun, la rencontre ministérielle sur l’amélioration de la gouvernance et l’application des lois dans le secteur forestier en Afrique (en anglais AFLEG). Il faudra voir si cette initiative aboutira à des actions concrètes pour faire face au grave problème des activités forestières illégales et non durables en Afrique. En attendant, la coupe illégale dans les forêts du Cameroun continue de faire des ravages dans l’environnement, l’économie et la subsistance de la population locale.

L’abus des permis légaux que l’on appelle « ventes de coupe » est une pratique systématique, utilisée même par les subsidiaires de sociétés européennes, pour le blanchiment sur le marché du bois illégal. Les ventes de coupe sont des autorisations pour l’abattage d’une surface maximale de 2 500 hectares du patrimoine de forêts non permanentes, pour une période de trois ans. La brièveté de ce délai, jointe au fait qu’aucun plan d’aménagement n’est exigé, fait que les forêts soient souvent abattues de façon très destructrice, et que ces permis soient en fait utilisés pour organiser l’exploitation illégale sur des superficies beaucoup plus grandes que prévu.

En mars 2003, des chercheurs de Forests Monitor, en collaboration avec l’ONG camerounaise Centre pour l’environnement et le développement (CED) et Greenpeace, ont enquêté sur les opérations de deux sociétés néerlandaises, Wijma et Reef, dans les forêts des provinces du Sud et du Sud-Ouest. C’était la deuxième fois que Forests Monitor et Greenpeace contrôlaient les opérations de Wijma. Ces organisations avaient déjà découvert, en juillet 2002, de nombreuses activités d’extraction illégale de la compagnie (voir www.forestsmonitor.org), contre laquelle le gouvernement a pris des sanctions en plusieurs occasions. La coupe illégale effectuée par ces sociétés européennes a provoqué des dommages environnementaux et sociaux dans la région, et privé le gouvernement et les communautés du Cameroun des revenus légitimes de la vente du bois.

Wijma, société forestière et d’importation néerlandaise, affirme son engagement avec « le plein respect des réglementations forestières pertinentes » en Afrique, et avec « la mise en oeuvre des meilleures pratiques environnementales dans toutes ses activités, dans tous les cas où cela sera possible ». Malgré ces affirmations, en mars 2003 les enquêteurs de Forests Monitor, CED et Greenpeace ont recueilli de nouvelles preuves des activités illicites de la compagnie au Cameroun. Les enquêteurs ont mis à jour des abus graves dans l’utilisation du permis pour la vente de coupe nº 09-04-59, légalement octroyé à la compagnie, concernant le département de Vallée-du-Ntem dans la province du Sud, que Wijma a exploité en 2001. Au moyen d’un récepteur GPS, les ONG ont enregistré deux vastes réseaux de pistes, à l’est et au sud de l’aire d’exploitation légale, ainsi que onze parcs à grumes, et des souches et des grumes abandonnées dans une aire d’environ 14 km2 au-delà des limites accordées à Wijma. Les grumes abandonnées portaient les marques du permis 09-04-59 et celles de la compagnie (GWZ), mais elles ont été trouvées dans des parcs à grumes situés très loin des limites officielles, en application d’une méthode très utilisée pour blanchir sur le marché le bois illégal. Les enquêteurs ont également démontré que la compagnie avait coupé de manière illégale des volumes importants de bois dans une unité forestière d’aménagement non allouée, identifiée par le numéro UFA 09-022. En plus de la perte de revenus du bois subie par le gouvernement et les communautés, cette extraction illégale a eu des conséquences graves pour les résidents des lieux, puisque l’abattage et la construction illégale de routes ont détruit des cultures agricoles et des plantations à petite échelle gérées par les agriculteurs locaux. Au moins 27 agriculteurs de trois villages en ont subi les conséquences immédiates sur leurs moyens de subsistance, car autant les cultures vivrières que les cultures commerciales ont été ravagées.

Reef est une société néerlandaise spécialisée dans la production de bois pour la construction navale. Elle est fière de sa bonne réputation environnementale, et figure parmi les membres fondateurs du FSC-Pays-Bas. Pourtant, en mars 2003 Forests Monitor, CED et Greenpeace ont découvert des opérations illégales dans les ventes de coupe de Reef, identifiées par les numéros 11-06-12 et 11-06-13, dans la province Sud-Ouest du Cameroun. Dans la vente de coupe 11-06-12, Reef travaille en association avec la compagnie camerounaise SEPFCO. Les enquêteurs de Forests Monitor, CED et Greenpeace ont découvert un réseau de pistes à environ 5 kilomètres de l’aire de coupe légale, avec 6 parcs à grumes installés le long des routes illégales. Dans ces parcs, ils ont trouvé des grumes portant la marque du titre légal, ce qui indique que les permis en question ont été frauduleusement utilisés très loin des limites de l’exploitation légale. D’autre part, de nombreuses cultures agricoles ont été détruites par cette opération. Dans la vente de coupe 11-06-13, les habitants de Molongo, un village situé à l’intérieur de la concession, ont dressé des barrières traditionnelles pour arrêter l’extraction, et protesté contre le non-respect des promesses faites par Reef et son associée PPMF Wood. En effet, ces sociétés avaient promis de construire des ponts solides qui puissent être utilisés par les résidents après la fin des opérations d’extraction. Or, elles n’ont construit que des ponts provisoires, destinés à ne durer que le temps nécessaire à la vidange du bois. Elles avaient promis de construire plusieurs bonnes routes, et de fournir les matériaux nécessaires à la construction d’une salle communale, d’une église et d’une école pour le village. Or, le seul chemin existant, qui avait été construit avec l’apport du village lui-même, a été détruit par les activités d’extraction, qui l’ont rendu impraticable pour les voitures, et même à pied dans la saison des pluies. Les plantations de cacao des habitants ont elles aussi été détruites par l’exploitation. D’autre part, les enquêteurs ont trouvé un parc à grumes hors des limites sud de la vente de coupe, où il y avait plusieurs grumes qui portaient illicitement la marque du permis de coupe légal.

Autant dans le cas de Wijma que dans celui de Reef, il a été constaté non seulement l’abattage au-delà des limites permises et l’utilisation frauduleuse de titres d’extraction légaux pour le blanchiment sur le marché du bois illégalement coupé, mais aussi que ces opérations ont provoqué de graves difficultés aux communautés locales, par la destruction de leurs cultures vivrières et commerciales. Pour aggraver encore la situation, les entreprises n’ont pas tenu leurs promesses concernant l’amélioration de l’infrastructure, et n’ont pas payé les taxes d’abattage correspondantes. De ce fait, elles ont accru la pauvreté dans les communautés locales, et volé le gouvernement camerounais des revenus du bois. Les ONG ont utilisé les preuves rassemblées pour exiger aux compagnies de payer intégralement et sans délai des indemnités à tous les agriculteurs et communautés dont les moyens de subsistance ont été atteints par leurs opérations ; à ce jour, Reef a fait un premier paiement au village de Molongo. D’autre part, les ONG ont exhorté le gouvernement du Cameroun à prendre les sanctions appropriées à l’encontre de ces compagnies.

Forests Monitor, adresse électronique : mail@forestsmonitor.org


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– Kenya : une simple guêpe ajoute un problème supplémentaire à l’eucalyptus

Le Kenya est un pays semi-aride, et il est classé parmi ceux qui subissent une pénurie chronique d’eau, autant dans les régions urbaines que rurales. Dans ce contexte, la plantation d’eucalyptus apparaît comme une conduite suicidaire, et elle l’est en effet.

Moins de deux pour cent de la superficie du Kenya sont couverts de forêts à l’heure actuelle. Pourtant, l’importance de ces forêts est énorme, car elles protègent, dans les régions montagneuses, les sources des plus grands fleuves du Kenya, et contrôlent de façon naturelle le débit des fleuves. Sans ces forêts, l’ensablement et les inondations augmenteraient, ce qui toucherait des millions de Kényans. La sécheresse rigoureuse de la période 1998 - 2000 a été attribuée en partie à la diminution du couvert forestier du pays.

Or, il est certain que les forêts ont diminué. La coupe et la conversion de forêts en terres agricoles peuvent être identifiées comme des causes directes de la déforestation, tandis que les causes sous-jacentes incluent la promotion de l’agriculture orientée à l’exportation, le processus de libéralisation (qui, mettant l’accent sur la privatisation de terres et forêts domaniales, a eu pour résultat la non-reconnaissance de la tenure traditionnelle des ressources), les programmes d’ajustement structurel, qui poussent à l’épuisement des ressources naturelles, les intérêts cachés derrière la décision du gouvernement, destinée à obtenir des appuis politiques, d’exclure des étendues de forêt du régime de protection environnementale.

Pour s’attaquer à ce problème, le Kenya a établi des plantations d’arbres sur de vastes surfaces, au cours des années 70 et 80. La plupart de ces efforts se sont concentrés sur des espèces exotiques de croissance rapide, qui ont été plantées à grande échelle par des programmes gouvernementaux et non gouvernementaux, et où l’eucalyptus était dominant.

Or, les conséquences négatives de ce choix – aggravé par l’étendue des plantations – sont vite devenues évidentes pour la population du Kenya. De fait, les impacts sur l’eau ont été si clairs que l’un des noms Kikuyu de l’eucalyptus (munyua maai) signifie « buveur d’eau ». Certains fonctionnaires du gouvernement, tels que la déléguée de l’Office forestier du district de Kalamega, Mme. Monica Kalenda, ont reconnu que la plantation d’eucalyptus dans des bassins hydrographiques et le long des fleuves avait provoqué le tarissement de beaucoup d’affluents de la province. Dans la périphérie de la forêt de Kalamega, les arbres ont pratiquement réussi à assécher plusieurs cours d’eau.

Pour aggraver encore les choses, un ravageur exotique, identifié comme la guêpe à galles (Ophelimus eucalypti), menace maintenant les eucalyptus du Kenya occidental. L’institut kényan de la recherche forestière (KEFRI) a annoncé que ce ravageur avait gravement endommagé les jeunes arbres et les plantules de pépinière dans certains endroits des districts de Vihiga, Busia et Kisumu. Le pays d’origine de ce fléau est l’Australie, foyer de l’eucalyptus. Des attaques du ravageur à d’autres espèces de cet arbre ont également été rapportées au Maroc, en Iran, en Israël et en Italie.

Bref, les plantations d’eucalyptus non seulement portent atteinte à l’environnement, mais sont elles-mêmes prédisposées à l’attaque de ravageurs, du fait qu’une seule espèce est cultivée sur de larges étendues. La « solution technique » du problème consisterait dans l’arrosage généralisé aux pesticides, ce qui aurait encore plus d’impacts négatifs sur la population et l’environnement. Il semble donc évident que la vraie solution passe par une approche tout à fait différente des plantations d’arbres, fondée sur l’utilisation, accordée au niveau local, d’une diversité d’espèces susceptibles d’être bénéfiques du point de vue social et environnemental.

Article basé sur des informations obtenues dans : page web du Kenya Forestry Research Institute, http://www.kefri.org/announcement.htm ; Kenya Forests Working Group, http://www.Keniaforests.org/kefri_pest.htm ; Nzaywa, Francis : Residents cautioned against ‘Eucalyptus’, East African Standard, 3 avril 2003, http://www.eastandard.net/archives/Apri/thur10042003/provincial/western/western01.htm


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– Ouganda : la déforestation, la corruption et la fausse solution des plantations

Le délégué du Ministère des forêts, Deo Byarugaba, a dit qu’une étude récente menée par ce service a révélé que des milliers d’hectares carrés de forêt ont été détruits par la coupe non sélective et la production de charbon.

En raison du rythme alarmant de la déforestation, et du scandale provoqué par le fait que la plupart des véhicules qui transportaient le bois étaient escortés par l’armée et la police, le président Yoweri Museveni a nommé le capitaine James Okello à la tête de l’Unité de supervision des produits forestiers (en anglais FPMU), chargée d’appuyer le personnel forestier du Ministère des terres, de l’eau et de l’environnement. La prompte intervention de la FPMU a révélé depuis que des fonctionnaires forestiers, des membres des conseils municipaux et de la police, des parlementaires, des dirigeants populaires et des employés de l’Organisation de la sécurité intérieure étaient également impliqués dans ce trafic.

Parmi les hauts fonctionnaires du gouvernement dont les véhicules ou le personnel ont été mentionnés au sujet du commerce de bois et de charbon, figuraient le ministre de l’Énergie et du développement minier, Syda Bbumba, et la ministre de la Justice et des affaires constitutionnelles, Janat Mukwaya.

Les autorités militaires qui ont récemment été impliquées – directement ou par l’implication de leur personnel ou de leurs véhicules – sont le commandant de la Brigade motorisée UP-DF, colonel Samuel Kawagga, et le lieutenant colonel Kagezi, assistant du commandant de la Force de réserve, lieutenant général Salim Saleh.

Les fonctionnaires forestiers ont manifesté que le district qui enregistre le taux de destruction forestière le plus élevé est celui de Mukono, et il a été établi que la plupart des grumes qui y sont stockées ont été illégalement acquises. D’après les renseignements obtenus, la FPMU aurait eu des difficultés à arrêter les trafiquants en bois illégal de Mukono, car certains d’entre eux ont prétexté que c’étaient les autorités gouvernementales qui les encourageaient à continuer ce commerce.

Or, la solution que propose Byarugaba est aussi préoccupante que le problème lui-même : « La solution est de favoriser la plantation d’arbres. Notre ministère cherche des investisseurs pour planter des arbres commercialisables. Nous allouons des terres à des investisseurs potentiels qui s’intéressent à planter des arbres et à les couper pour les vendre », a-t-il déclaré.

Byarugaba semble ignorer l’expérience existante concernant les conséquences des plantations d’arbres. Les projets norvégiens de plantations comme puits de carbone – qui ont démarré en Ouganda en 1996 – ont entraîné le déménagement forcé de centaines de paysans, pour faire de la place aux monocultures d’arbres. L’un de ces projets a consisté à couvrir de pins et d’eucalyptus une surface de 80 000 à 100 000 hectares (cf. Bulletin Nº 35 du WRM).

Dans ce contexte, les déclarations du délégué ministériel Byarugaba semblent destinées à préparer le terrain pour qu’il y ait davantage d’investissements étrangers dans le secteur des plantations forestières. Or, les monocultures d’arbres ne vont pas résoudre les problèmes existants ; bien au contraire, elles provoqueront de nouveaux impacts sur les forêts, l’eau, les sols, la biodiversité et les gens. Il est donc absurde de les présenter comme une solution au problème de la déforestation qui, lui, est bien réel. Pour quelle raison Byarugaba le fait-il donc?

Article basé sur des informations obtenues dans : « Ministers, army bosses named in timber scam », Emmy Allio et Felix Osike, The New Vision (Kampala), 25 août 2003, http://allafrica.com/stories/200308250672.html

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