Bulletin du WRM

 

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Numéro 75 - Octobre 2003


AFRIQUE

 

LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

– Afrique du Sud : nouvel appel à un moratoire sur les plantations d’arbres à bois

Timberwatch, une coalition d’ONG environnementalistes et de particuliers, a renouvelé l’appel fait en 2002 au cours du Sommet mondial pour le développement durable, demandant au gouvernement sud-africain et à l’industrie du bois d’arrêter la plantation industrielle d’arbres dans des zones de végétation naturelle et, en particulier, dans les prairies.

Les plantations industrielles d’arbres déjà existantes en Afrique du Sud couvrent plus de 1 500 000 d’hectares, concentrés dans les régions à plus forte pluviosité des provinces de Kwazulu-Natal et Mpumalanga (voir Bulletin Nº 44 du WRM). D’après les estimations, encore 1 700 000 d’hectares ont été envahis par des arbres exotiques en provenance des plantations, surtout des pins, des eucalyptus et des acacias, dans un pays qui héberge des espèces uniques et endémiques.

Suivant le modèle de monoculture commerciale à grande échelle qui est appliqué partout dans le monde, de grands peuplements destinés à l’industrie de la pâte et du papier sont établis dans des terres communautaires ou publiques, déplaçant ainsi les habitants. Dans leur quête de bois bon marché, habituellement avec l’appui de l’argent public (par des subsides directs et indirects), et sous prétexte de contribuer à améliorer le niveau des populations rurales, d’énormes sociétés s’emparent des ressources de la terre et de l’eau.

En règle générale, les promesses ne sont pas tenues et, à mesure que les plantations s’élargissent, les paysans s’appauvrissent et sont obligés de quitter leurs foyers traditionnels pour trouver du travail mal payé dans les villes, ou de s’installer dans des aires naturelles sensibles telles que la forêt Dukuduku, près du lac St Lucia.

Timberwatch dénonce que si l’industrie forestière est viable en Afrique du Sud, c’est uniquement parce qu’elle ne prend aucune responsabilité pour les coûts et les impacts qui découlent de ces activités. La coalition demande une enquête exhaustive de cette industrie, pour montrer qu’elle est artificiellement soutenue aux dépens d’autres utilisations traditionnelles de la terre, établies et durables, qui sont bien moins nuisibles. Le coût supporté par la société pour freiner l’invasion d’arbres exotiques issus des plantations, en particulier d’espèces telles que l’acacia, est un bon exemple de la manière dont l’industrie forestière est subventionnée.

Dans la même ligne de ce qui précède et de la demande de suspension de toute nouvelle plantation d’arbres, Timberwatch exige qu’avant d’autoriser de nouvelles plantations industrielles sur des terres vierges, les parcelles non exploitées soient abattues et utilisées pour approvisionner l’industrie du bois.

Article fondé sur des informations tirées de : « Renewal of NGO Call for a Moratorium on New Timber Plantations », 15 octobre 2003, publié au nom de la coalition Timberwatch par Wally Menne, adresse électronique : plantnet@iafrica.com , http://www.timberwatch.org.za


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– Nigeria : Shell est de retour pour ruiner les gens et l’environnement

La Shell Petroleum Development Company of Nigeria Limited (SPDC) – responsable d’une fuite de pétrole brut d’un oléoduc qui a coulé de juin à décembre 1998 dans la mangrove d’Oyara, et de sa dispersion dans les cours d’eau des alentours, dans les fermes et dans les sites sacrés de la communauté Otuegwe – est en train maintenant de mettre en place un projet de remplacement de la ligne principale de son oléoduc SPDC-E. Les principales opérations impliquées sont l’obtention de terres, l’ouverture de routes, l’excavation de fossés, l’installation de tuyaux, le soudage, la radiographie, le remblaiement, les essais hydriques et le rétablissement du terrain.

Des communautés rurales et des régions importantes dans le delta du Niger, telles que Diebu Creek, Nun River, Rumuekpe, Nkpolu, Ogale, Bomu, Soku, Buguma, Oribiri, Alakiri, Nembe-Tie, Nembe main, Tora, San Barth, Krakama, Cawthorne et Bonny subiront des conséquences négatives pendant la mise en place et l’exécution du projet. La SPDC va ruiner l’écologie aux deux bouts, et plonger dans un déséquilibre généralisé les familles habitant les rives, l’écologie, les paysans, les mangroves et toutes les ressources du delta du Niger.

Pendant les mois de mars, mai et juin 2003, La SPDC a organisé, en collaboration avec les autorités nigérianes, les débats publics exigés par le chapitre 338 de la loi nigériane sur les oléoducs. Des groupes environnementalistes travaillant dans la zone ont durement critiqué le processus et demandé au gouvernement du Nigeria de ne pas accorder à Shell le permis nécessaire, puisque cette compagnie s’est avérée incapable d’opérer des oléoducs et de réduire leurs impacts négatifs sur la nature et les habitants de la zone. Néanmoins, le projet est sur le point de démarrer sans se soucier des gens ni de leur environnement.

Le projet du delta du Niger pour l’environnement, les droits de l’homme et le développement (en anglais NDPEHRD) s’inquiète de la dévastation que Shell s’apprête à déchaîner sur les nombreuses espèces de grands mangliers de la zone. L’abattage d’arbres va conduire à la disparition d’espèces de végétation de la mangrove de différentes sortes, tailles, classes et formes, et ce sur plusieurs hectares.

Lorsque la SPDC aura mis son projet en oeuvre, les déchets végétaux en décomposition de la mangrove vont souiller les environs, en particulier les zones avec une capacité d’évacuation limitée. Or, il est fréquent de trouver de nombreuses caractéristiques associées à la mangrove et aux populations qui en sont tributaires, telles que des aires environnementales réservées, des sanctuaires, des lieux sacrés et des sites archéologiques. Les conséquences négatives du projet d’oléoduc vont être énormes pour les gens et leur milieu.

Pendant les activités de remplacement des oléoducs, ceux qui contiennent du brut vont inéluctablement en déverser une grande quantité dans l’environnement. A Bonny, dans la communauté Peterside, des membres des coopératives de pêche autochtones ont dit aux représentants du NDPEHRD qu’ils avaient protesté contre le projet, mais que la SPDC les avait ignorés. Ils ont ajouté que la SPDC s’inquiétait davantage des impacts du projet sur ses propres activités.

Le NDPEHRD a lancé une campagne dans laquelle il invite à écrire à la SPDC pour lui demander d’obéir aux lois environnementales nigérianes et d’être attentive aux conséquences de ses activités sur l’environnement des habitants de la région. ( http://www.wrm.org.uy/alerts/october03.html#4 )

Extrait et adapté de : « SPDC Commences Destruction of Hundreds of Mangrove forests in the Niger Delta Again », The Late Friday News, numéro 125, Mangrove Action Project, adresse électronique : mangroveap@olympus.net , http://www.earthisland.org/map/ltfrn_125.htm


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– Ouganda : la Banque mondiale essaie de maintenir en vie le projet de barrage Bujagali

En août 2003, la compagnie productrice d’énergie AES Corp des Etats-Unis s’est retirée, pour des raisons économiques, du projet de barrage en Ouganda parrainé par la Banque mondiale. Cette décision, qui impliquait pour la compagnie la perte des soixante-quinze millions de dollars qu’elle avait investis dans le projet, a soulevé des questions au sujet de l’avenir de ce barrage controversé.

Le barrage de 580 millions de dollars prévu à Bujagali, sur le Nil, rencontre une forte opposition de la part d’organisations et particuliers, qui s’inquiètent du fait qu’il inonderait la région tout le long du Nil jusqu’à la base du barrage d’Owens Falls, détruisant l’espace vital de milliers de résidents, qui est d’ailleurs un paysage magnifique et un lieu d’une valeur spirituelle très spéciale pour la population locale. Les détracteurs du barrage signalent les graves conséquences économiques, sociales et sanitaires qu’il aurait sur la population. Or, ces conséquences n’ont pas été suffisamment prises en considération lorsque le projet a été envisagé (voir Bulletin Nº 42 du WRM).

L’ambassadeur des Etats-Unis en Ouganda, Jimmy Kolker, a récemment réaffirmé que son gouvernement considère le projet Bujagali comme viable, et que le retrait d’AES « n’a rien à voir avec des questions environnementales ».

De son côté, la Banque mondiale est intervenue pour contribuer au financement du projet hydroélectrique, mais cette démarche est en attente jusqu’à ce que l’enquête menée par la justice américaine en matière de corruption soit terminée. La Société financière internationale, chargée des prêts privés de la banque, a annoncé à la mi-octobre que le gouvernement de l’Ouganda et l’AES allaient mettre en place un groupe de travail pour assurer la transition en douceur dans la mise en oeuvre du projet de 520 millions. Le gouvernement de l’Ouganda craint que le retrait d’AES ne provoque la panique.

Les partisans de ce barrage hydroélectrique, qu’on appelle souvent un « énorme gouffre financier », argumentent que le but du projet est d’apporter à l’Ouganda une source d’énergie moins chère.

Les opposants du projet exhortent depuis longtemps le gouvernement à chercher des sources d’énergie alternatives, et proposent une utilisation rationnelle des biens et des services environnementaux dépendant du fleuve. Comme dit la campagne « Sauver Bujagali », « le véritable problème de l’Ouganda n’est pas l’électricité, mais la pauvreté ».

Article fondé sur des informations tirées de : « World Bank Steps in to Save Hydropower Project », Ronald Muwanga, Business Day, 15 octobre 2003, http://allafrica.com/stories/200310150307.html , envoyé par Pambazuka News 128, adresse électronique: pambazuka-news@pambazuka.org ; “AES pulls out of $580 million Uganda dam project”, Reuters, 13 août 2003, publié par Probe International, http://www.probeinternational.org/pi/wb/index.cfm?DSP=content&ContentID=8315


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– République du Congo : accords et partenariats entre des entreprises forestières et des conservationnistes

Il y a trois ans, par un marché conclu entre les autorités du Gabon et une société forestière française, 10 352 hectares de la réserve de Lope ont été échangés contre l’ajout à la réserve de 5 200 hectares d’une forêt primaire préalablement non protégée située dans les hautes-terres lointaines (voir Bulletin Nº 38 du WRM). Ce marché fortement controversé avait été arrangé par des fonctionnaires de l’organisation Wildlife Conservation Society (WCS), basée aux Etats-Unis.

En 2001, l’action s’est déplacée au Congo-Brazzaville. La Wildlife Conservation Society a annoncé un accord concernant le Triangle Goualougo, aux abords du parc Nouabalé-Ndoki. Cette fois pourtant, la seule référence à une compensation pour la société forestière concernée (Congolaise Industrielle des Bois, CIB) a pris la forme d’une affirmation catégorique qu’il n’y avait AUCUNE compensation de prévue (ils avaient peut-être appris la leçon?).

Il y a eu beaucoup de relations publiques autour de cette affaire. Le Dr. Stoll, directeur exécutif de la CIB, a déclaré : « La CIB a abandonné ses projets d’exploitation dans le Triangle Goualougo. Il n’est pas du tout question de considérer qu’il y a eu là une quelconque transaction commerciale ou un échange. »

Le 27 août 2002, John Robinson, vice-président de la WCS, a répondu à une question au sujet d’une compensation pour l’affaire du triangle en déclarant, dans un courriel adressé à Dale Peterson (l’auteur du livre « Eating Apes ») : « Les questions de Karl que vous me transmettez révèlent son manque d’information... c’est la première fois que j’entends parler de ‘compensation’ entre la CIB et la WCS au sujet de Goualougo (l’idée elle-même est insultante). »

Lorsqu’en 2002 Karl Ammann a interrogé le président de l’époque de l’ITTO (International Tropical Timber Organization), lors d’une conservation téléphonique concernant ce marché, la réponse a été : « La proposition originelle de céder la partie sud du parc pour que la CIB n’ait pas à construire des routes très chères à travers les marécages, a été rejetée lors d’une réunion tenue en janvier 2002, et il a été accordé de compenser la CIB en lui donnant un secteur de forêt le long de la frontière avec la République centrafricaine. »

En décembre 2002, l’un des rares touristes ayant réussi à pénétrer sans invitation dans la concession et dans le siège de la WCS à Kabo, a raconté que la nouvelle concession récemment donnée en compensation pour le Triangle s’appelait Pikounda. L’information que la CIB avait reçu soixante mille hectares dans la zone de Pikounda a été confirmée par le Service national du reboisement (SNR).

La conclusion en est qu’il y a eu un accord de compensation et que, comme dans le marché de Lope, les entreprises forestières y ont gagné en termes de superficie.

Karl Ammann en parle avec pénétration : « Il est évident qu’un nombre considérable d’acteurs qui avaient été, d’une manière ou d’une autre, entraînés dans cette affaire ‘réussie’, devaient maintenant évaluer chaque réponse à chacune des questions qui précèdent, et devaient le faire dans le contexte de nombreux intérêts en conflit. Une décision sur l’importance écologique ou économique, présente ou passée, de ces régions, et leur comparaison, risquait fort de déboucher sur un débat sans fin ni conclusion. La question qui se pose est la suivante : les ONG et les conservationnistes peuvent-ils s’offrir le luxe d’être mis dans le même panier pour ce qui est de la transparence élémentaire ? Y a-t-il des politiques et des procédés établis lorsque de tels accords de partenariat son négociés ? Si non, pourquoi ? Si oui, quels sont-ils ? Nous dirigeons-nous vers une situation où, tandis que l’exploitation forestière est ‘verdie’, l’industrie du bois réussit à « noircir » de plus en plus l’image des institutions de conservation ? »

Tous les lecteurs, auditeurs, observateurs et consommateurs de mass média, tous les journalistes professionnels et toutes les compagnies de relations publiques devraient faire preuve d’un reste de dignité et dire : assez !

Adapté de : « Compensation or no compensation ? – That seems to be the question », Karl Ammann, 14 octobre 2003 (voir texte complet –en anglais- sur : http://www.wrm.org.uy/countries/Congo/question.html ), envoyé par ECOTERRA International, adresse électronique : NATURAL_FORESTS@ecoterra.net

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