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Bulletin du WRM
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LUTTES LOCALES ET NOUVELLES – Afrique du Sud : gare au bois ! A mesure que les plantations grandissent, de plus en plus de Sud-africains poussent des cris d’alerte Un large éventail de défenseurs de l’environnement et de représentants de groupes communautaires, d’institutions de recherche et de décideurs du gouvernement et de l’industrie s’est réuni mi-novembre à Nelspruit, Afrique du Sud, pour discuter d’une question brûlante : l’impact des plantations d’arbres à bois. Les hôtes de la réunion, dont le thème était ‘Les plantations d’arbres : impacts, visions d’avenir et tendances mondiales’, ont été GEASPHERE et TimberWatch Afrique du Sud. Ainsi, les 13 et 14 novembre un nombre croissant d’environnementalistes et de parties intéressées ont eu l’occasion de manifester leurs inquiétudes et d’échanger des idées avec des représentants du gouvernement et de l’industrie, de discuter des problèmes et de chercher un terrain d’entente pour développer une vision future de la ‘forêt’. Ils craignent les impacts continus de ce qu’un propriétaire terrien local a décrit comme « des milliards de rangées de pins, d’eucalyptus et d’acacias assoiffés, déguisées en ‘forêts’, qui couvrent d’un manteau stérile de vastes étendues à Mpumalanga, KwaZulu Natal et ailleurs, pour produire de la pâte, des planches et des poteaux au profit des actionnaires. Les inconvénients l’emportent sur les avantages ». Un des orateurs principaux a été le professeur Braam van Wyk de l’université de Pretoria, qui a parlé des menaces qui planent sur une ressource précieuse : ‘La prairie sud-africaine : biodiversité, dynamique et gestion’. Il a signalé que dans les pays traditionnellement producteurs de bois les plantations sont utilisées pour produire des arbres par la modification d’une ressource naturelle, et que les forêts boréales de l’hémisphère nord sont utilisées de manière sélective, ou bien coupées mais replantées avec des espèces tout à fait indigènes dans cette partie du monde. En Afrique du Sud par contre, nous détruisons une ressource naturelle avant d’implanter une nouvelle ressource, qui d’ailleurs doit être artificiellement maintenue. « Savons-nous ce que nous détruisons ? » a-t-il demandé. « Cette destruction compense-t-elle la perte de ce qu’elle est censée remplacer ? » Il a expliqué que la plupart de la flore des prairies (qui portent aussi le nom trompeur d’herbages) consiste dans une grande variété de plantes non herbacées, de buissons et de fleurs des champs, avec à peine 11% d’herbes dans certains cas, en particulier dans les prairies de montagne du Nord-Est, qui ont été les plus fortement ‘boisées’. Le biome de prairie est le foyer d’environ 4 000 espèces végétales (à comparer avec les 1 700 espèces d’un pays comme la Suède), et constitue donc une ressource génétique précieuse. En outre, les plantes créent un habitat – un endroit pour vivre – pour beaucoup d’autres espèces. De nombreux animaux endémiques du biome de prairie sont menacés par la destruction de cet habitat. Des amphibies de la région centrale de KwaZulu Natal ont été gravement atteints, et certaines espèces risquent même d’avoir disparu, en raison de la destruction excessive de la prairie. Dans le maniement de la prairie, le feu, qu’on appelle ‘le sang vital’, est une composante essentielle. « Si vous supprimez le feu, vous détruisez la prairie. » Or, le maniement d’une plantation industrielle d’arbres exclut bien sûr cette forme de régénération, et la destruction de la prairie est ainsi totale. L’élimination de la prairie par le labourage ou l’établissement de plantations d’arbres est considérée comme irréversible, parce que la prairie, étant l’aboutissement de la superposition de différents types de végétation pendant des millions d’années, est impossible à recréer. Les eucalyptus, les acacias et les pins sont célèbres pour l’‘hydrophobie’ qu’ils transmettent aux sols. En effet, les grains de sable sont enrobés d’une couche cireuse qui empêche la pénétration de l’eau. Cet effet est encore aggravé par le feu. En revanche, la prairie augmente la captation d’eau et contribue à empêcher les inondations. La plupart des études menées sur la prairie se centrent sur les espèces herbacées qui sont importantes pour l’élevage de bétail, de sorte que « nous ne savons pratiquement rien du précieux biome de prairie », a dit Van Wyk. « Devons-nous continuer à le détruire ? » Lorsqu’il voyage dans des zones rurales il voit des rangées et des rangées de plantations d’eucalyptus et de pins, récemment établies, dans les prairies primaires. Il s’agit là d’un problème que l’industrie doit reconnaître, dit-il, et dialoguer avec toutes les parties concernées pour trouver une solution. Il a appelé au lancement d’une Journée des prairies nationales, destinée à sensibiliser le public et à lui faire apprécier l’importance du problème. David Lindley, du Mondi Wetland Project, a parlé de la gestion des zones humides dans le domaine de l’industrie forestière. Il a présenté un document indiquant que, d’ici 2010, la compagnie Mondi Timber devra enlever tous les arbres qu’elle a plantés dans les zones humides et les zones riveraines. Le chercheur Dirk Versfeld a ébauché un programme pour la conversion graduelle de l’industrie du bois à des espèces indigènes de ‘bois lent’ qui, à long terme, sont un investissement très rentable. Dirk Versfeld et Mike Warren sont les auteurs de ‘Indigenous Forestry Alternatives for Rural Development’. (Pour obtenir un exemplaire de ce document adressez votre demande à owen@soft.co.za ). Nhlanhla Msweli, du Mouvement contre la pauvreté et l’inégalité économique du Swaziland (SCAPEI), a parlé des impacts des plantations d’arbres sur les paysans de ce pays, où de vastes étendues de prairies ont disparu sous les monocultures d’arbres et privé les gens de la possibilité de gagner leur vie. En effet, dans une plantation d’arbres on ne peut pas faire paître le bétail, ni faire pousser des plantes alimentaires, ni chasser du gibier. Des gens qui avaient toujours vécu comme agriculteurs en utilisant l’environnement naturel de manière durable ont été sortis de leurs terres et envoyés sur les montagnes, où ils ne peuvent pas maintenir leur style de vie. Msweli a parlé des bas salaires et des suppressions de postes dans l’industrie forestière, ainsi que de la pollution de l’air et de l’eau dans les voisinages des usines de pâte. Il a déploré que les grandes sociétés multinationales continuent d’annexer et d’exploiter des terres au profit d’actionnaires multinationaux, et aux dépens des habitants des lieux. George Dor, du mouvement Jubilee S.A., a parlé de « La dette écologique : la réparation des dégâts de l’industrie, des grands barrages, de l’industrie minière et de l’exploitation forestière ». Il a souligné que les lourdes dettes que beaucoup de pays en développement s’efforcent de rembourser à des institutions telles que la Banque mondiale et le FMI, ont souvent été contractées pour financer des projets qui ne profitent que très peu à la population du pays emprunteur, et qui constituent maintenant un frein pour le développement. Pour payer la dette antérieure il faut obtenir de nouveaux prêts, qui sont accordés à des conditions avantageuses pour les entreprises des pays prêteurs. En Afrique du Sud, des activités telles que l’extraction minière, la construction de grands barrages, l’établissement de plantations industrielles d’arbres et le développement du tourisme profitent directement à des entreprises des pays du Nord, souvent aux dépens des habitants et de l’environnement du Sud. La ‘dette écologique’ est ce que les pays du Nord doivent aux pays du Sud pour la destruction de leur écologie et, de la même manière, les grandes entreprises ont une dette à l’égard des personnes lésées. George Dor a signalé que les mouvements de défense de l’environnement et de la société sont souvent isolés les uns des autres, et qu’ils devraient travailler en réseau et en plus étroite collaboration autour des problèmes communs. Maria Rydlund, de la Société suédoise pour la conservation de la nature (SSNC), est venue spécialement de la Suède pour participer à la réunion, et apporté une perspective internationale. Elle a parlé des impacts des monocultures d’arbres dans beaucoup de pays en développement tels que l’Indonésie, la Thaïlande et le Brésil. La plupart du bois produit dans l’hémisphère Sud est destiné aux consommateurs du Nord. Les habitants des forêts du Sud en sont déplacés afin d’y établir des monocultures d’arbres qui appartiennent au secteur privé et dont ils tirent très peu de bénéfices réels. Ce ne sont plus des forêts : elles ont beaucoup plus en commun avec des monocultures agricoles. Richard Spoor, avocat spécialiste des droits de l’homme, a expliqué que le cadre juridique permet aux entreprises de transférer leurs coûts. Le système légal est hérité des Romains d’il y a 2 000 ans, lorsque l’eau, les sols, la faune et la flore étaient abondants. Dans l’exercice de leurs ‘droits légaux’ à la propriété et au profit, les gens pouvaient détruire leur environnement naturel sans crainte de poursuites. Cette attitude persiste aujourd’hui, et les personnes lésées par les grandes entreprises qui exercent ces ‘droits’ n’ont aucun recours légal pour obtenir compensation de leurs pertes. Spoor a affirmé que les véritables coûts de l’industrie du bois ne sont pas pris en compte. Lorsqu’une grande plantation d’arbres fait tarir l’eau d’une ferme en aval, c’est l’industrie en question qui devrait en payer le coût pour l’agriculteur. Les impacts sur les agriculteurs et autres utilisateurs de la pollution provoquée par les usines de pâte devraient être quantifiés. Les personnes ayant perdu leurs moyens de vie pour avoir été déplacées de leur terre devraient être indemnisées. Si tous ces coûts cachés étaient quantifiés, l’industrie du bois s’avérerait beaucoup moins rentable. Spoor a appelé à accélérer la mobilisation dans les domaines environnemental, social et légal, dans le but de mieux faire connaître les impacts des grandes industries sur notre environnement naturel et social, et leurs coûts véritables pour la société. Wally Menne, de la coalition TimberWatch, a apporté des informations sur le dernier Congrès forestier mondial, et expliqué les grandes différences qui existent entre les forêts et les plantations. Il a parlé des impacts physiques de l’aménagement de plantations sur les systèmes de forêt locaux, tels que la perte de biodiversité, l’érosion due à l’extraction de bois et les effets sur les réserves d’eau. Les plantations ont été appelées des ‘voleuses’ d’eau, car elles consomment davantage d’eau que les pluies n’en fournissent, a dit Menne. Morne Lizamore, du Département des eaux et forêts (DWAF), a présenté les réglementations auxquelles est soumise l’industrie forestière, et le processus d’obtention de permis de plantation d’arbres. La législation sud-africaine autorise une large participation du public, a-t-il dit, et davantage de personnes devraient s’estimer capables d’apporter des contributions bien informées au sujet des projets qui auront des impacts sur leur environnement. L’industrie était représentée par Mike Edwards, directeur général de Forestry South Africa. Il a manifesté que la demande croissante de pâte exige que l’industrie établisse 250 000 hectares supplémentaires de monocultures d’eucalyptus, mais que le principal obstacle à cette expansion est la disponibilité d’eau et de terres. D’autre part, l’industrie va perdre une quantité considérable d’arbres lorsqu’elle devra, en application des normes légales et de certification, les enlever des zones humides, des zones riveraines et des aires illégalement plantées. Il a mentionné la possibilité que l’industrie s’adresse de plus en plus à des ‘plantations extérieures’ pour l’obtention de matière première. Edwards a exhorté l’industrie à la gestion durable et à la transparence, et remercié les organisateurs de la rencontre de lui avoir fourni l’occasion d’y participer. Linda Mossop, directrice du secteur forestier du DWAF, a partagé l’estrade avec Mike Edwards et s’est rangée décidément du côté de l’industrie. Elle a profité de l’occasion pour remercier publiquement l’industrie de sa présence, surtout au moment où le gouvernement vise à ‘ouvrir l’industrie’ à davantage de joueurs au moyen du programme de ‘boisement’ à Eastern Cape et KwaZulu Natal. Elle s’est félicitée de cette possibilité de dialogue, et proposé l’organisation de davantage d’ateliers centrés sur des impacts spécifiques des plantations. Au cours des débats suivant les exposés, certains participants se sont déclarés mécontents que le gouvernement se range du côté de l’industrie ‘forestière’. Ils sont fermement convaincus que le Département des eaux et forêts devrait jouer un rôle de régulation plutôt que de promotion de la plantation d’arbres à bois en Afrique du Sud. La deuxième journée, les participants ont traversé en autocar les prairies de montagne du Nord-Est, où des plantations d’eucalyptus et de pins couvrent de grandes surfaces dans les hautes terres de Mpumalanga. Plusieurs problèmes pratiques ont été signalés, tels que des arbres plantés en contravention de la loi dans les zones humides et riveraines. Le tour leur a permis de voir les milliers d’hectares de plantations récemment détruites par un des plus grands incendies jamais connus, qui s’est soldé par des pertes considérables pour l’industrie et des dommages très graves pour les sols. Philip Owen, Geasphere, adresse électronique : owen@soft.co.za (Les exposés et le compte rendu de la journée du 13 novembre sont disponibles sur demande à l’adresse électronique de l’auteur). – Cameroun : la politique forestière doit respecter les droits des peuples ‘pygmées’ des forêts Avec une population généralement estimée à environ 100 000 personnes au Cameroun, les ‘pygmées’ sont le peuple des forêts le mieux connu et le plus vulnérable de l’Afrique. Leur mode de vie est étroitement lié à la forêt, où ils trouvent leur nourriture (viande, fruits, miel, racines, etc.) et les produits médicinaux traditionnels dont ils sont des experts reconnus. La forêt est leur habitat naturel, où la plupart d’entre eux habitent en nomades. Or, la politique forestière 1993 du Cameroun, ainsi que la loi forestière de 1994 et ses instruments d’application ont impliqué la négation des droits traditionnels des autochtones. Le Cameroun a un double système de normes légales, où une loi statutaire d’origine coloniale (que l’on considère comme ‘moderne’) coexiste avec une foule de normes d’origine précoloniale, tacitement admises et que l’on appelle ‘coutumières’. En établissant la définition de ‘terre de personne’, qui était absente des lois coutumières des habitants des forêts, l’État a réclamé toutes les terres dont la propriété ne pouvait pas être prouvée suivant la loi moderne, c’est-à-dire par la présentation de titres fonciers ou autres documents semblables. L’octroi de concessions est réservé à l’administration des forêts, et la procédure correspondante ignore toutes les communautés marginales. La détermination des aires ouvertes à l’exploitation ne tient compte ni des terrains de chasse ni des aires de migration des ‘pygmées’. Dans la détermination des forêts de production, seuls les critères de rendement économique sont évalués, à l’exclusion de toute considération d’ordre social. L’exploitation forestière à grande échelle a des effets négatifs sur les populations ‘pygmées’, de manière directe parce qu’elle détruit les ressources forestières dont elles dépendent, et de manière indirecte parce qu’elle fraie la voie à des braconniers qui pratiquent la chasse à grande échelle. Le tout contribue à accélérer la pénurie de ressources naturelles et à détériorer le régime alimentaire et donc la qualité de vie des ‘pygmées’. Beaucoup d’espèces d’arbres à bois de grande valeur commerciale, telles que le moabi et le bubinga, ont aussi une importance économique et culturelle pour les communautés ‘pygmées’. L’abattage de ces espèces par des entreprises forestières contribue à ébranler les fondations de leur existence, et concourt à la destruction de leur culture. Avec l’adoption de la loi forestière le 20 janvier 1994, les communautés villageoises habitant les terres de l’État ou à proximité d’elles ont acquis le droit d’obtenir des ‘forêts communautaires’. D’après la définition légale, une forêt communautaire est une étendue de forêt étatique, non soumise à une licence d’exploitation et d’une superficie d’au moins 5 000 hectares, dont l’État détient la propriété mais pour laquelle il cède la gestion des ressources à la communauté villageoise concernée, pour une période renouvelable de 25 ans. Cependant, dans l’état actuel des choses, les communautés ‘pygmées’ auraient beaucoup de mal à obtenir une forêt communautaire. En effet, une des conditions préalables est la légalisation d’une institution qui représente ‘la communauté’. Or, les communautés ‘pygmées’ n’ont généralement pas un niveau d’éducation formelle ou d’organisation sociale leur permettant de satisfaire à cette condition. D’autre part, les forêts communautaires ne peuvent être établies que là où la communauté jouit de droits fonciers coutumiers. Or, les ‘pygmées’ qui ont souvent été réinstallés le long des routes et des pistes, ne possèdent pas de droits de ce genre, ceux-ci étant réservés aux Bantous qui les ‘hébergent’. Ils ne bénéficient de tels droits que dans ‘la forêt permanente’, où la loi ne prévoit pas l’établissement de forêts communautaires. En outre, la superficie maximale des forêts communautaires et des terrains de chasse communautaires (5 000 hectares) ne s’adapte pas aux besoins des ‘pygmées’, dont les modalités de chasse et de cueillette exigent des étendues beaucoup plus vastes. Les communautés ‘pygmées’ constituent une partie intégrante très importante du patrimoine culturel du Bassin du Congo. Au Cameroun, les droits des ‘pygmées’ de gestion de l’espace et des ressources figurent parmi ceux qui ont été sacrifiés au nom de la modernisation, par l’imposition de nouvelles lois remplaçant les lois coutumières. La fragilité de l’existence des communautés ‘pygmées’, jointe à leur forte dépendance d’un écosystème forestier intact, auraient justifié que la législation leur accorde une attention particulière. Il est donc urgent de prendre des mesures fermes pour assurer que les politiques de conservation et d’exploitation des forêts ne portent pas atteinte aux ‘pygmées’ du Bassin du Congo : 1- Il est nécessaire
de reconnaître les droits fonciers coutumiers des ‘pygmées’
dans les plans de zonage de la forêt camerounaise, y compris les
concessions et les aires protégées. Dans ces dernières,
les ‘pygmées’ doivent participer à la mise
en application de la loi et à d’autres activités
de surveillance, en collaboration avec l’administration. Extrait de : « Forest Management Transparency, Governance and the Law. Case studies from the Congo Basin”, édité par le Centre pour l’environnement et le développement (CED), Cameroun ; Rainforest Foundation - UK et Forest Monitor - UK, octobre 2003 : http://www.africa-environment.org/gendoc/Case_studies.pdf – Congo, RD : le projet hydroélectrique d’Inga, ou la trahison des promesses sociales Dans un continent qui est encore ravagé par plus de 20 conflits armés soutenus par des intérêts étrangers et financés par le pillage des ressources naturelles – le pétrole, les diamants, l’or, le bois, le cuivre, le cobalt et le coltan – le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) est pour certains un sujet d’incertitude. Pour d’autres, il est l’équivalent d’un ‘plan Marshall’ pour l’Afrique, et l’expression des impositions du néolibéralisme capitaliste : privatisation, libéralisation du commerce, industrialisation (ou l’inverse) orientée à l’exportation, programmes d’ajustement structurel, encouragement des Africains pour qu’ils payent des dettes impayables, politiques fiscales et monétaires conservatrices... bref, le menu complet des institutions financières internationales. Début juin 2003, en présence des présidents Thabo Mbeki (Afrique du Sud), Abdoulaye Wade (Sénégal), Olusegun Obasanjo (Nigeria), Abdellaziz Bouteflika (Algérie) et Hosni Moubarak (Égypte), les huit pays les plus industrialisés du monde (G-8) ont réaffirmé leur soutien du NEPAD. Dans ce cadre, le barrage d’Inga dans la République démocratique du Congo a été défini comme la clé du succès futur du NEPAD. L’appel d’offres pour la réhabilitation des barrages Inga I (350 MW) et Inga II (1 424 MW) aura lieu à la mi-2004, et le coût total des travaux est estimé à 500 millions de dollars US. La plupart de cet argent (400 millions) viendra de la Banque mondiale, qui a été très active dans le domaine de l’électricité au Congo. Les autorités congolaises ont affecté 80 millions pour la première étape du programme de réhabilitation des barrages. Plusieurs groupes se battent pour décrocher le contrat d’Inga, dont Eskom (Afrique du Sud) et Siemens (Allemagne). La prochaine étape, le barrage Inga III (d’une capacité de 1 700 à 3 500 MW, et d’un coût estimé de 4 milliards de dollars) et l’étape finale (le ‘Grand Inga’ de 39 000 MW) sont également pilotées par la Banque mondiale, avec la participation du groupe EDF (France) et de Lahmeyer (Allemagne). La construction du barrage Inga III de 3 500 MW sera effectuée par cinq membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) qui ont constitué le Westcor Power Project, composé d’Eskon (Afrique du Sud), Botswana Power Corporation, Empresa Nacional de Electricidade (ENE, Angola), NamPower (Namibie) et la Société Nationale d’Électricité (SNEL) de la République démocratique du Congo. Le Grand Inga, dans les chutes d’Inga où le fleuve Congo tombe d’une hauteur de 100 mètres, a une capacité potentielle d’environ 39 000 mégawatts, et un coût de 6 milliards de dollars US. C’est-à-dire, trois plus que n’importe quel autre barrage hydroélectrique existant, et plus du double que le projet controversé de Trois Gorges, en Chine. Les défenseurs ont beau dire que, puisque le débit du fleuve est fort toute l’année, aucun grand réservoir ne sera nécessaire : bien que l’électricité soit générée par une centrale au fil de l’eau dans les chutes d’Inga, les effets de celle-ci sur les pêcheries et l’écologie du fleuve restent une grande inconnue. Même les usines au fil de l’eau peuvent supprimer les migrations de poissons, ainsi qu’empêcher gravement l’écoulement des sédiments, qui est d’une importance cruciale pour l’écologie aquatique. Le plan de construire sur le fleuve Congo le plus grand projet hydroélectrique du monde, capable de subvenir à la demande d’électricité du continent entier, est attaqué par des organisations de la société civile qui le voient comme une trahison des promesses faites au Sommet de la Terre de Johannesburg. Le branchement d’Inga à un réseau électrique continental reliant les centres peuplés les plus importants coûterait plus de 10 milliards de dollars. Or, le réseau n’atteindrait pas les centaines de millions de paysans pauvres de l’Afrique. D’autre part, la plupart des économies africaines sont des économies de subsistance ou basées sur des activités commerciales menées par des petites et moyennes entreprises, et leurs caractéristiques structurelles sont souvent ignorées par les décideurs politiques. Le projet d’Inga s’écarte des projets énergétiques à petite échelle et durables dont on parlait au Sommet de la Terre, où il était question de fournir de l’électricité aux habitants de la campagne au moyen d’installations locales, éoliennes ou solaires. Des mégaprojets comme celui-ci se soldent le plus souvent par la destruction des moyens de subsistance, des terres et de la vie même des gens. Article fondé sur des
informations tirées de : “Bidding Round for Inga in 2004”,
12 novembre 2003 ; New Plant to Bring Regional Power On Stream, 14 novembre
2003, UN Integrated Regional Information Networks, envoyé par
Ryan Hoover, adresse électronique: ryan@irn.org
, Africa Program, International Rivers Network, http://www.irn.org
; “Giant Congo hydroelectric project is a 'betrayal'”, Fred
Pearce, New Scientist, http://www.odiousdebts.org/odiousdebts/index.cfm?DSP=content&ContentID=5707
; “Impact potential of NEPAD, the new partnership for Africa’s
development, Ako Amadi, http://www.cbnrm.uwc.ac.za/paplrr/docs/Nairobi%20PAPLRR%20NEPAD%20Paper%20-%20Ako.pdf
; “Africa: `Nepad? No thanks', say African activists”, – Kenya : les Ogiek des forêts luttent pour leurs droits Tandis que les Kenyans fêtent leurs quarante années d’indépendance, les Ogiek se rappellent leurs quarante années de destitution et de marginalisation institutionnelle, pendant lesquelles ils ont été systématiquement soumis à l’oppression et à la brutalité par l’application d’une politique d’assimilation qui les porte à l’extinction. Les plus de 290 000 hectares de forêt du massif des monts Mau constituent le plus vaste block continu de forêt montagnarde indigène qui reste en Afrique de l’Est. Les Ogiek ont habité cette forêt depuis des temps immémoriaux, et se trouvent parmi les dernières communautés forestières du Kenya. Ils sont au nombre de 15 000, vivent en groupes et en clans, parlent la langue ogiek, pratiquent la chasse sélective et s’adonnent à l’agriculture traditionnelle suivant le système de tenure habituel des communautés forestières, qui s’applique aux arbres, aux animaux et à la terre. Les Ogiek détiennent leurs droits fonciers de manière collective, tandis que certains membres ou familles de la communauté jouissent de droits subsidiaires d’occupation et d’utilisation. Ces terres traditionnelles ne sont pas délimitées, ni reconnues de manière spécifique par les lois kenyanes. Les longues années de résistance et de lutte des Ogiek ont renforcé leur unité, leur identité et leur différence culturelle. En revanche, la subdivision de grandes étendues de terre – 70 à 80% des secteurs prévus pour l’exploitation se trouvent dans la forêt Mau – entreprise par le régime de Moï, et l’établissement de squatters, ont aggravé encore davantage les dangers pour leur existence en tant que peuple distinct. En menaçant les lieux sacrés et l’habitat où la communauté pratique la chasse, la cueillette et l’agriculture, les concessions forestières et le programme d’établissement de colons (momentanément arrêté) non seulement mettent en danger des éléments fondamentaux de l’existence, la continuité et la culture de la communauté Ogiek, mais visent à leur ôter toute espérance de transmettre leur identité et leurs terres à leurs enfants. Les Ogiek ont aidé les Kenyans en révélant les injustices que le régime précédent avait commises à leur égard et à l’encontre de l’environnement. Maintenant que le nouveau gouvernement de la coalition nationale NARC (National Rainbow Coalition) va formuler une nouvelle politique forestière, la copropriété et la gestion de leurs ressources naturelles doivent y figurer indispensablement. Ils appellent donc le gouvernement à prendre des mesures qui permettent aux minorités forestières autochtones de garder leur habitat naturel et qui empêchent les nouvelles normes de se retourner contre eux. Ces mesures sont les suivantes : 1- L’accès aux
ressources, au développement et au partage des bénéfices
de leurs territoires, comme c’est le cas pour les agriculteurs,
les pêcheurs et les bergers.
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