Bulletin du WRM

 

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Numéro 77 - Decembre 2003


ASIE

 

LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

– Birmanie : la pauvreté au milieu des rubis, des saphirs et du jade

La Birmanie est célèbre à juste titre pour ces riches gisements de pierres précieuses, qui incluent les rubis, les saphirs et le jade. La ville de Mogok, située à l’extrémité Est de la division Mandalay, sur la frontière de l’état de Shan, a été le centre de l’extraction de rubis et de saphirs pendant huit cents ans.

Des entreprises britanniques avaient pris, en 1888, le contrôle des mines de Mogok, qui ont été par la suite nationalisées en 1962, à l’occasion du coup d’État du général Ne Win. Jusqu’à des époques relativement récentes, ces entreprises étaient relativement petites et provoquaient des dégâts limités dans l’environnement des alentours. Mais depuis 1989, l’industrie minière s’est tournée vers des opérations à grande échelle qui l’ont complètement transformée.

L’accroissement rapide du nombre d’acteurs non locaux, des capitaux investis et de l’équipement utilisé a accéléré la dévastation écologique de la région. Entre 1989 et 1992, l’équipement minier moderne a provoqué des dégâts considérables, en particulier dans les alentours de Mogok et de Mineshu. Des entrepreneurs locaux ont été écartés par la concurrence et la corruption accrues, et sont devenus des travailleurs mal payés d’entreprises étrangères. En outre, il s’est produit une migration graduelle de travailleurs et de petits commerçants de Mogok vers la région minière de Shwe Gin, dans la Division Pegu. Au cours de ce processus, de nombreux paysans et mineurs Karen ont rencontré les mêmes problèmes sociaux, économiques et environnementaux qui avaient poussé les entrepreneurs à quitter Mogok.

Dans la plupart des cas, cette expansion des modes intensifs d’extraction des ressources ne répond pas aux critères de durabilité. Les activités minières se déroulent en dehors de tout contrôle. Ceux qui travaillent dans les mines pendant la saison des pluies risquent de mourir noyés par les crues subites ou écrasés par l’écroulement des murs de soutènement. Les travailleurs qui trient les gemmes après leur extraction doivent le faire sous le soleil brûlant, puisque la plupart des arbres ont été coupés dans la zone. En outre, ces travailleurs ont signalé qu’ils sont rarement autorisés à faire la pause et qu’ils sont quotidiennement agressés, en paroles et en actes, par les soldats chargés de la sécurité du site.

Jusqu’à des époques récentes, les mines utilisaient pour l’extraction d’or des boîtes à écluses à tasseaux multiniveaux, où l’eau circule par gravité. Mais avec l’arrivée des entreprises étrangères, les mineurs ont commencé à pratiquer l’abattage hydraulique. Cette méthode fortement destructrice utilise des pompes diesel pour envoyer de l’eau sous pression à des lances qui la jettent contre les rives des fleuves ou les promontoires rocheux. De grandes quantités de roche et de terre sont ainsi balayées. L’eau chargée de sédiments est recueillie dans une grande boîte à écluses, généralement garnie de mercure liquide. Par un processus chimique appelé amalgamation, le mercure retient les particules d’or que l’on séparera par la suite. Le mélange restant de déchets et de boues contaminées est déversé dans le ruisseau. Cette pratique a été interdite dans beaucoup d’endroits du monde, car le mercure est très toxique pour les personnes et les animaux. On ignore si des produits chimiques de ce genre sont utilisés à l’heure actuelle dans les deux emplacements mentionnés, mais il est certain que cette méthode est très répandue en Birmanie dans les mines d’or et qu’elle a causé de graves dommages à l’environnement.

D’après les sources locales, les activités minières, et en particulier l’abattage à la lance, autour des villes de Mogok et Shwe Gin, a provoqué partout les mêmes problèmes :

- L’écroulement du lit des fleuves provoqué par l’extraction de terre et de sédiments sur les rives et au pied des arbres.
- L’augmentation de l’érosion des sols.
- L’accroissement de la sédimentation.
- La diminution des populations de poissons en raison des changements de la température de l’eau.
- L’augmentation de la pollution de l’eau par les stériles (les particules solides qui restent après l’extraction du minerai).
- L’augmentation de la pollution de l’eau par le drainage minier acide (un mélange de stériles, d’eau et de produits chimiques tels que le cyanure et le mercure).
- L’augmentation de la pollution de l’eau par les fuites de diesel et d’huile des pompes et autres équipements miniers.
- La perte des étangs et autres réserves d’eau potable, telles que les ruisseaux, à cause du pompage excessif.
- La destruction des terres fertiles due à l’excavation de fossés profonds et à l’utilisation excessive d’équipements lourds tels que les bulldozers.
- L’augmentation de la consommation de bois d’oeuvre pour la construction de boîtes à écluses et l’étayage des tunnels souterrains.
- L’augmentation de la consommation de produits forestiers non ligneux, tels que le bambou et le rotin.

La réalité politique et économique de la Birmanie fait que beaucoup de personnes n’aient pas le choix. En effet, coincées entre les intérêts militaires et les intérêts commerciaux, il ne leur reste que peu d’alternatives viables et se retrouvent forcées de participer à l’exploitation non durable de leurs propres ressources naturelles, tout en sachant qu’elle détruit les écosystèmes dont ils dépendent pour survivre.

Extraits de : « Capitalizing on Conflict. How Logging and Mining Contribute to Environmental Destruction in Burma », Earth Rights International et Karen Environmental & Social Action Network, octobre 2003. Pour décharger le rapport complet : http://www.earthrights.org/pubs/capitalizing.pdf


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– Indonésie : inondations tragiques à Sumatra, dues à un projet routier

Le réseau routier de Ladia Galaska, en construction depuis plus d’un an, va relier la côte occidentale d’Aceh avec la côte orientale du Nord de Sumatra. Il s’agit d’un projet de 1,2 millions de dollars US qui a soulevé beaucoup d’opposition. En effet, plus de 90 kilomètres de route, sur les 505 kilomètres prévus, traversent la forêt relativement intacte du parc national Leuser, ce qui risque d’avoir des impacts négatifs considérables et permanents sur l’environnement.

Le débat autour du projet s’est encore échauffé lorsque, le 2 novembre, une crue subite a fait plus de 150 morts et de nombreux disparus dans le parc national du mont Leuser, près de la province de Sumatra du Nord.

Le gouvernement de Jakarta a accusé de l’inondation les bûcherons illégaux. Cependant, une enquête menée par l’Unité de gestion du Leuser (que finance l’Union européenne) a conclu que les crues étaient la conséquence de glissements de terrain dans la partie nord du parc, qui ont bloqué le fleuve Bohorok et provoqué la rupture de ses digues. A leur tour, les détracteurs du projet routier affirment que c’est lui le vrai responsable de la tragédie pour avoir dégradé l’environnement du parc Leuser, et que le terrain est préparé pour une catastrophe environnementale encore plus grande. Il est estimé également que le projet Ladia Galaska va accélérer la destruction de la dernière étendue significative de forêt tropicale dans l’île de Sumatra.

Le forum indonésien pour l’environnement (Walhi) a intenté un procès contre le gouverneur d’Aceh, Abdullah Puteh, à propos de la construction de l’autoroute, et veut qu’on arrête le projet. Yarrow Robertson, directeur de l’Unité de gestion du parc Leuser, a étudié l’écosystème de la région pendant plus de 20 ans. Il dit qu’une autoroute dont le tracé traverse le parc national en direction de Bohorok, lieu de la dernière inondation, provoquera des problèmes supplémentaires. Il affirme qu’elle va accélérer l’érosion sur les pentes des montagnes. En outre, elle enjambera plus de 1 000 rivières et ruisseaux. Or, il y a 580 villages en aval, qui subiraient de ce fait d’éventuels glissements de terrain et des inondations catastrophiques. D’après Robertson, « les crues et les glissements de terrain en Aceh et dans le Nord de Sumatra seront 100 fois plus graves si l’on construit l’autoroute Ladia Galaska ». Il a souligné que, puisque l’écosystème du Leuser est traversé par 1 000 rivières, si elles débordaient chaque année en tuant 10 personnes chacune, 10 000 personnes pourraient ainsi mourir.

Il convient de voir ce qui se cache derrière les arguments donnés en justification des travaux. Le gouvernement de l’Aceh affirme que l’autoroute est nécessaire pour améliorer l’économie des hautes terres isolées, qui ne sont reliées au reste de l’île que par une seule route mal entretenue. Or, les environnementalistes suggèrent que l’autoroute, qui n’a pas eu d’évaluation d’impact environnemental, pourrait très bien être remplacée par un chemin de fer, qui provoquerait bien moins de dégâts à l’environnement en traversant la forêt. Il est vraisemblable que la route en question avantagerait très peu de personnes, alors que l’eau de l’écosystème du Leuser alimente plus de deux millions de cultivateurs.

Tout porte à croire d’ailleurs que l’accès facile à la forêt permettra le développement de l’exploitation forestière. Le gouvernement a été accusé d’appuyer le projet parce qu’il va être une mine d’or pour les fonctionnaires locaux, qui pourront distribuer des contrats de construction aux sociétés forestières, et un bonus pour les maires de la région, qui délivreront les permis de coupe. Plusieurs plantations de palmier à huile établies le long de l’autoroute vont également en tirer profit.

Les avis des officiels sont encore partagés. Tandis que le ministre des Forêts, M. Prakosa, et le ministre de l’Environnement de l’État, Nabiel Makarim, ont manifesté leur opposition au projet, le ministre de la Colonisation et de l’Infrastructure, M. Soenarno, semble le défendre en affirmant que le projet routier ne va pas augmenter l’abattage illégal.

Si le projet est complété, il va bénéficier une poignée de personnes puissantes. Ceux qui en feront les frais seront les résidents et leur environnement, qui devront subir ses conséquences négatives : les inondations, les glissements de terrain, la perte des forêts, de la biodiversité et des moyens de vie. Il est encore possible de l’éviter.

Article fondé sur des informations tirées de : « Road to Ruin », Marianne Kearney, South China Morning Post, 12 novembre 2003 ; « Sumatra floods put spotlight on logging and roadbuilding », Shawn Donnan et Taufan Hidayat, 24 novembre 2003 ; « Government told to reconsider road project in Leuser park », Apriadi Gunawan et Muninggar Sri Sarawati, The Jakarta Post, 12 novembre 2003 ; envoyé par Watch Indonesia!, adresse électronique : watchindonesia@snafu.de , site sur la toile: http://home.snafu.de/watchin/Index-engl.htm ; « Walhi pushes Ladia Galaksor suit for environmental damage », Nani Farida, The Jakarta Post, 18 novembre 2003, http://www.ecologyasia.com/NewsArchives/nov2003/thejakartapost.com_20031118_1.htm


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– Philippines : la politique minière contestée

Il a été estimé qu’environ 40% du territoire des Philippines ont été donnés sous forme de concessions à des compagnies minières multinationales. Mais cela n’a pas été sans soulever des résistances. De la région de la cordillère, dans le Nord des Philippines, à la région Sud de l’île Palawan, les peuples autochtones Subanen, Tagbunau, Pala’wan, Tau’t bato et Batak ont lutté pour défendre leurs territoires contre les effets dévastateurs des mines (voir bulletins nº 11, 28 et 67 du WRM).

Cette année, la présidente Gloria Macapagal-Arroyo a lancé une politique de promotion de l’industrie minière dans le pays. Dans ce cadre, un processus de consultation a démarré en février, avec la coopération de l’USAID. Ce procesus a été très contesté par plusieurs organisations de la société civile groupées dans la National Mining Conference (NMC), qui ont organisé le 3 décembre un « déluge de fax » à l’échelon national, pour manifester leur désaccord avec les critères de la politique minière nationale (NMP) et avec la loi minière de 1995.

Les raisons de leur opposition sont les suivantes :

« a. La loi est fondée sur des critères économiques orientés à l’exportation, qui sont des facteurs-clés pour conduire l’économie du pays à la faillite.

b. La loi a ouvert notre richesse minérale à l’exploitation des investisseurs étrangers, livrant ainsi notre patrimoine national et notre souveraineté à des entités commerciales qui contrôlent les capitaux et détiennent le savoir-faire technologique.

c. La loi n’est pas fondée sur la réalité des Philippines. Nous sommes un archipel aux écosystèmes fragiles, et les zones où se trouvent les minéraux sont habitées surtout par des peuples autochtones.

d. La loi ne garantit pas la reconnaissance des droits des peuples autochtones sur leurs territoires, ni leur droit à l’autodétermination.

e. La loi entrave le développement de notre économie, qui pourrait être réussi en renforçant l’agriculture et en entreprenant l’industrialisation nationale, au lieu de se contenter d’attirer des investissements étrangers pour les industries extractives telles que les mines. »

Au vu de ces considérations, elles formulent les demandes suivantes :

« 1. Annuler tous les permis d’extraction minière déjà accordés et déclarer un moratoire sur les activités minières à grande échelle.

2. Formuler une nouvelle Politique minière nationale qui respecte l’intégrité de la Création, qui adhère aux principes du développement durable, qui définisse clairement le rôle de l’industrie minière dans le renforcement de l’économie du pays sur la base du soutien du développement agricole et de l’industrialisation nationale, qui garantisse le respect des droits de l’homme et qui raffermisse les processus démocratiques.

3. Rédiger un nouveau code minier fondé sur cette nouvelle Politique minière nationale.

4. Pour que le MGB (Bureau des mines et des sciences de la terre) améliore sa pratique des processus démocratiques, il faut entreprendre un processus de consultation minutieux de manière a assurer que ceux qui ont été ou seront affectés par les opérations minières seront réellement consultés et que les gens auront l’occasion d’exprimer leurs sentiments et leurs demandes, et en diffuser les résultats pour commentaire. Nous demandons également que soit constitué un organisme intersectoriel qui étudie les impacts des politiques minières.

5. Reconnaître et respecter les droits des peuples autochtones à leur terre et à l’autodétermination. Ces droits ne doivent pas être diminués lorsque des permis sont octroyés pour accéder aux territoires des peuples autochtones pour la mise en oeuvre de projets miniers ou autres.

6. Résoudre les graves problèmes des communautés affectées par les mines (par exemple, le nettoyage des fleuves Mogpog et Boac, le conflit entre les peuples Subanon de Siocon et TVI, les droits des petits entrepreneurs miniers à Diwalwal, la pollution du fleuve Abra à Lepanto, la restauration des sites des mines à ciel ouvert de la société Benguet, la demande du peuple de Didipio pour une initiative d’origine populaire, l’opposition des gens à la société minière Western, etc.), au lieu de forcer l’approbation d’une Politique minière nationale clairement destinée à favoriser l’industrie minière.

7. Effectuer une évaluation d’impact environnemental et social sur les presque huit années d’application de la loi 7942 [RA - Republic Act] et ses normes et règlements d’application [IRR - Implementing Rules and Regulations]. »

Et elles terminent en déclarant : « Écoutez la voix du peuple. La force d’un gouvernement ne peut être garantie que s’il répond aux aspirations et demandes fondamentales d’une majorité qui est encore marginalisée et opprimée. »

Article fondé sur des informations tirées de : « Urgent Action - ‘fax barrage’ on Philippines’ National Minerals Policy process », 3 décembre 2003, http://www.minesandcommunities.org/Action/action50.htm


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– Thaïlande : SmartWood annule la certification FSC de deux plantations

Le 1er décembre 2003, SmartWood a annulé les certificats du Forest Stewardship Council de deux plantations de teck appartenant à la Forest Industry Organisation (FIO). SmartWood est une société accréditée par le FSC pour évaluer si les opérations forestières sont conformes aux normes FSC de bonne gestion des forêts ou plantations.

La FIO avait été créée en 1947 comme entreprise forestière d’État. Lorsque le gouvernement déclara en 1989 l’interdiction d’abattage, plusieurs ONG thaïlandaises demandèrent sa fermeture. Depuis, elle a essayé de faire peau neuve comme entreprise de plantation. Mais avec l’annulation des certificats FSC, elle peut difficilement prétendre que ses plantations sont bien gérées.

En fait, en exploitant ses plantations de teck la FIO encourage l’abattage illégal. Veerawat Dheeraprasert, président de l’ONG thaïlandaise Fondation pour la récupération écologique, a expliqué : « Si la FIO continue la coupe, les possibilités d’abattage illégal augmentent, car elle va vendre sa production aux scieries, et ces scieries peuvent très facilement mélanger le bois de la FIO avec du bois d’origine illégale. »

En délivrant à la FIO son certificat FSC en juin 2001, SmartWood avait également posé 26 conditions, dont 15 qui devaient être remplies dans un délai d’un an. Un an plus tard, SmartWood a déterminé que la FIO ne satisfaisait toujours pas à 12 de ces conditions. Toutefois, SmartWood n’a pas annulé le certificat ; en revanche, elle a présenté 13 demandes d’action corrective, dont six à appliquer dans les six mois.

En janvier 2003, SmartWood a trouvé que la FIO n’avait pas encore mis en oeuvre quatre des actions correctives requises. Une fois de plus, elle n’a pas annulé le certificat, mais fixé à la place six nouvelles demandes d’action corrective, cette fois pour leur application immédiate.

En juin 2003, SmartWood a découvert que la FIO n’avait toujours pas satisfait à cinq conditions ni mis en oeuvre deux demandes d’action corrective. Cinq mois plus tard, SmartWood a finalement annulé le certificat.

La certification de la FIO a été polémique dès le départ. En novembre 2000, avant l’octroi du certificat par SmartWood, l’ONG thaïlandaise TERRA avait publié un article à ce sujet dans son magazine « Watershed ». La Rainforest Foundation a inclus une étude de cas portant sur la FIO dans sa critique du FSC de novembre 2002, « Trading in Credibility ». En avril 2003, la Fondation pour la récupération écologique a écrit au FSC pour lui demander de retirer le certificat en question. Le bulletin du WRM a traité de cette affaire à plusieurs reprises (voir bulletins 48, 64 et 72) et, en août 2003, le WRM a publié le livre « Certifying the Uncertifiable » qui inclut mon étude détaillée de la certification de la FIO.

Sans la pression de cette surveillance de la part de la société civile, il est probable que SmartWood n’aurait pas du tout annulé le certificat en question.

Lors de l’annulation, SmartWood a émis 16 demandes d’action corrective, dont cinq doivent être mises en oeuvre pour que la FIO puisse être à nouveau certifiée. Deux de ces demandes concernent la traçabilité (terme technique désignant le suivi des étapes que le bois parcourt, de la forêt à l’utilisateur final). Ainsi, plus de deux ans après l’octroi du certificat à la FIO, SmartWood lui demande d’« améliorer le système de traçabilité de manière à documenter le mouvement des rondins, du terrain de coupe au parc à grumes. »

Bien entendu, cela implique que la FIO n’est pas capable à l’heure actuelle de rendre compte du chemin que parcourt son bois. Il n’y a donc pas moyen de savoir de quelle plantation il provient, ou s’il est légal ou illégal.

Une des activités les plus contestées de la FIO est sa participation à la vente aux enchères de bois illégalement coupé. En effet, lorsque les autorités découvrent du bois illégal, elles le passent à la FIO pour qu’elle le vende aux enchères. Toujours à court d’argent, la FIO y trouve une source de revenus importante. Et pour les bûcherons, c’est une manière de rendre légal le bois illégal.

Suraphon Duangkhae, secrétaire général de Wildlife Fund Thailand, explique que les entreprises forestières envoient des travailleurs à la forêt pour qu’ils y coupent illégalement du bois. « Ensuite, elles demandent au garde forestier d’arrêter ces travailleurs », dit-il. « Mais lorsque le garde forestier arrive sur les lieux, il n’y a plus de travailleurs, il n’y a plus que des grumes. Donc, il arrête les grumes ! Et puis la FIO fait une vente aux enchères et l’entreprise qui est derrière dans les coulisses se présente et emporte l’affaire. »

En 1997, la FIO s’est vue mêlée à un scandale. Des bûcherons avaient coupé illégalement des arbres dans le parc national Salween, et les avaient marqués de manière frauduleuse comme venant de la Birmanie. Bizarrement peut-être, puisque le garde forestier qui a dévoilé l’escroquerie a révélé aussi que les autorités de la FIO y étaient mêlées, la FIO figurait parmi les organisations responsables du stockage des grumes confisquées. Moins bizarrement sans doute, en avril de la même année plus de la moitié des grumes confisquées avaient ‘disparu’. En mai, la FIO a reçu l’ordre de transporter les grumes à un camp militaire de Saraburi, pour éviter de nouveaux vols.

Le gouvernement de la Thaïlande a commencé ces derniers temps à poser des questions sur la légalité de 100 000 troncs de teck stockés dans le parc à grumes de Chiang Saen, au Nord du pays. La compagnie Archa Land, propriétaire de ce bois, déclare l’avoir acheté à la FIO. Le problème est que personne ne peut prouver d’où ces grumes sont venues. Suivant le journal The Nation, le premier ministre Thaksin Shinawatra aurait dit : « Je suis persuadé que dans un tel volume de bois il faut qu’il y ait du bois illégal. Il y a beaucoup de manières de falsifier les registres et d’acheter les fonctionnaires impliqués dans l’arnaque. » Et pour confirmer les inquiétudes de Thaksin, 200 de ces rondins ont mystérieusement pris feu... la veille du jour prévu pour une visite d’inspection du ministre des ressources naturelles et de l’environnement, Prapat Panyachatraksa.

Le 12 décembre 2003, l’éditorial de The Nation signalait que pour s’attaquer à l’abattage illégal en Thaïlande le gouvernement devait d’abord regarder quel rôle y jouait la FIO. La certification du FSC a empiré les choses en permettant à la FIO d’exporter son bois, ce qui a rendu « encore plus alléchant l’abattage illégal ». L’éditorial demandait « si la Thaïlande a encore besoin de la FIO, un organisme qui semble faire plus de mal que de bien à la conservation des forêts du pays. » Le titre de l’article ne laisse pas de doute sur ce que le journal en pense : « Faites ce qu’il faut faire : démantelez la FIO ».

Chris Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de

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