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Bulletin du WRM
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78 - Janvier 2004 |
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LES FORÊTS DANS LE FORUM SOCIAL MONDIAL Les articles suivants résument les activités menées de concert durant le Forum social mondial par le WRM, le Forum de Delhi et le Forum national des habitants et travailleurs des forêts de l’Inde. Ces articles visent à partager les questions qui y ont été soulevées avec tous ceux qui s’intéressent aux forêts et aux peuples des forêts mais qui n’ont pas pu être présents.
– Les derniers progrès : l’Initiative de Mumbai pour les forêts Une réunion stratégique de plusieurs organisations qui s’intéressent aux forêts et aux droits des peuples des forêts s’est tenue lors du Forum social mondial, pour discuter des moyens d’avancer dans ces domaines. Elle a abouti à la rédaction d’un projet de déclaration de principes destinée à la création d’un mouvement mondial fondé sur une vision partagée de la conservation des forêts et du respect des droits de leurs habitants. Tous ceux que ces questions préoccupent sont invités à donner leur avis sur ce projet de déclaration, à apporter commentaires et suggestions pour son amélioration, et à rejoindre ce mouvement. L’Initiative de Mumbai pour les forêts Nous, participants du Forum social mondial 2004 à Mumbai, persuadés que les thèmes relatifs aux forêts sont essentiellement politiques et sociaux, et que la mondialisation porte de plus en plus atteinte aux communautés des forêts, nous nous accordons sur le besoin de créer un mouvement mondial qui vise à garantir la protection des forêts et le respect des droits des peuples sur les forêts, sur la base des principes suivants : 1- Les personnes qui habitent les forêts et les utilisent pour leur survie sont les véritables gestionnaires et gouverneurs de ces forêts et jouissent de droits inaliénables sur elles. 2- La protection et la conservation des forêts exigent que ces droits soient respectés. 3- Le mécanisme institutionnel de contrôle de la gestion des forêts par leurs habitants (y compris les peuples autochtones et autres communautés tributaires des forêts) changera d’un endroit du monde à l’autre en fonction des besoins économiques et socio-écologiques de chaque communauté, et adopter des modalités différentes suivant le profil culturel de chacune d’elles. 4- Les gouvernements doivent pourvoir un environnement favorable à la gestion communautaire des forêts. 5- Les gouvernements doivent faire en sorte que la législation et les politiques soient conformes aux principes précédemment mentionnés. 6- La société en général, qui profite du large éventail de produits et de services que les forêts fournissent, doit appuyer les communautés forestières dans leurs efforts de gestion et de conservation des forêts. 7- Les ONG et autres organisations de la société civile engagées dans la conservation des forêts et la défense des droits des peuples des forêts à l’échelon national et international doivent assister ces peuples dans leurs initiatives de protection et de gestion des forêts. 8- Les dénommés projets de développement et de conservation qui conduisent à la déforestation ou à la dégradation des forêts, au déplacement des communautés forestières ou à la perte de leur subsistance ne doivent pas être acceptés. 9- Vu la responsabilité, passée et présente, de la Banque mondiale et autres institutions financières internationales dans la dégradation sociale et environnementale des régions boisées, ces institutions ne doivent participer du tout à la formulation de politiques forestières ni de projets relatifs aux forêts. 10- Les tentatives des entreprises, des gouvernements et des institutions internationales de transformer la nature et les forêts en marchandises sont inadmissibles. Ce projet de déclaration de principes est présenté comme une première contribution au lancement d’un processus mondial pour la création de solidarité entre les mouvements, les associations et les individus qui s’occupent des thèmes relatifs aux forêts aux niveaux local, national et international. Nous vous invitons à donner votre avis sur ce projet de déclaration, à y souscrire et à vous rallier au mouvement. Mumbai, 20 janvier 2004. World Rainforest Movement, Delhi Forum, National Forum of Forest People and Forest Workers of India, Jharkham/Save the Forest Movement (Inde), New Trade Union Initiative (Inde), Amis de la Terre International, Walhi/Amis de la Terre Indonésie. Vous pouvez commenter ce document
ou adhérer à cette initiative par courrier électronique
adressé à : wrm@wrm.org.uy
(en y incluant votre nom, le nom de l’organisation et le pays),
ou le faire sur notre site : http://www.wrm.org.uy/statements/form_Mumbai2.html – Les impacts de la conservation L’atelier organisé au Forum social mondial autour du thème « Les communautés forestières et le déplacement » (1) a permis aux participants de mieux comprendre que l’approche dominante de la conservation des forêts est absolument injuste, tout en restant incapable de réaliser son objectif. La déforestation provoque une inquiétude profonde dans le monde entier, et dans les tropiques en particulier. Pourtant, la disparition des forêts est directement liée au modèle de développement fondé sur l’exploitation des ressources des régions boisées : le bois, les minéraux, le pétrole, l’hydroélectricité, le sol pour les plantations d’arbres et autres monocultures rentables. Ces activités aboutissent, non pas au développement, mais à la dégradation et à la disparition des forêts qui, à leur tour, se soldent par la perte de la subsistance, l’appauvrissement et le déplacement des communautés qui en étaient tributaires. Or, les gouvernements ne souhaitent pas changer ce modèle de développement, bien qu’il soit de plus en plus remis en question par les mouvements populaires. De leur côté, certains intérêts commerciaux poussent pour que soient conservées les ressources qu’ils ont besoin de protéger : la biodiversité et l’eau. Cela veut dire, dans la plupart des cas, qu’il faut conserver des aires boisées intactes, qui contiennent des taux élevés de diversité biologique et sont des réserves d’eau. La diversité biologique est stratégique pour l’industrie pharmaceutique et celle de la biotechnologie. Pour la première, elle représente une source de profits potentiels grâce aux plantes médicinales ; pour la deuxième, il s’agit de disposer d’un vaste réservoir génétique ouvert à la recherche dans ce domaine. Ces mêmes types d’aires boisées, riches en ressources hydriques, sont également convoités par les compagnies transnationales de distribution d’eau. Dans les trois cas, elles ont tout intérêt à les préserver aussi intactes que possible, et aucun intérêt à la survie des gens qui habitent ces régions dont elles veulent s’emparer. Le mécanisme préconisé partout dans le monde pour la conservation des forêts va dans le sens des intérêts mentionnés, et consiste en la démarcation d’« aires protégées » libres de toute présence humaine. Les régions choisies sont en général les plus riches en biodiversité et, la plupart du temps, elles sont occupées par des peuples qui ont aménagé la forêt de manière durable. En fait, ces régions étaient déjà protégées par eux. Pourtant, lorsque le gouvernement déclare qu’un espace est « protégé », cela implique que les gens qui l’habitent doivent partir. Cette injustice flagrante est rarement perçue par le public, qui ignore l’existence des peuples des forêts ou qui, influencé par le gouvernement au moyen des médias, croit que ces peuples représentent une menace pour les forêts et doivent donc en être retirés pour assurer la conservation. Par l’application d’un tel mécanisme, des millions de personnes ont été expulsées de la forêt qui était leur foyer, et perdu de ce fait leurs moyens de subsistance. Et ce processus continue toujours, au nom de la conservation de la nature. Or, la réalité est qu’on n’est pas en train de conserver la nature. En définissant une aire protégée, on définit implicitement celles qui ne le sont pas : toutes les autres. Lorsqu’un gouvernement déclare avec fierté que « 10% du pays sont inclus dans le système des aires protégées », il déclare par là même que les 90% restants sont laissés sans protection et ouverts à la destruction. En outre, l’expulsion des peuples de la forêt implique que celle-ci n’est plus véritablement protégée et que les activités illégales, telles que la chasse et l’abattage, vont bientôt commencer à la vider de ses ressources. L’expérience mondiale montre que la meilleure manière de garantir la conservation de la biodiversité est d’intégrer la conservation aux systèmes de production. L’expérience montre aussi que la meilleure manière de protéger les forêts est de renforcer les capacités de ceux qui ont un intérêt réel à les conserver : les communautés forestières. Elles sont leurs véritables gardiennes traditionnelles ; les reconnaître comme telles est le point de départ de la conservation des forêts. (1) Atelier organisé
par le National Forum of Forest People and Forest Workers, le Delhi
Forum et Mouvement mondial pour les forêts tropicales. Intervenants
: Ricardo Carrere, WRM ; Usha Romanthan, avocat, chercheur et activiste
; Milton Fornazieri, Secrétariat international du MST ; Ashish
Kothari, Environmental Action Group ; Anil Garg, activiste ; Smithu
Kothari, Lokayan. Les personnes suivantes ont porté des témoignages
sur les impacts que le mode de conservation résumé ci-dessus
a eus sur elles : Phubri Devi, de la région de Kaimi, district
de Soubhadra ; Shamila Ariffin, activiste de Sahabat Alam Malaysia ;
Babu Uram, de la région de Pathri, district de Haridwar ; Kanak
Sing, de la tribu Munda ; Jharkhand State, membre du Save the Forest
Movement. – La politique environnementale mondiale : un jeu de dupes Un atelier portant sur la politique environnementale mondiale (1) a réuni des personnes concernées par des problèmes importants relatifs aux forêts et aux peuples des forêts : les aires protégées, le changement climatique, la diversité biologique, la Banque mondiale. Les diverses « solutions » aux problèmes de l’environnement mondial (déforestation, perte de biodiversité, changement climatique) ont été perçues comme appartenant au modèle d’appropriation de la nature pour le gain, qui est appliqué, par le biais d’organismes tels que la Banque mondiale, le FMI et la FAO, au moyen de mécanismes censément créés pour la protection de l’environnement. La Banque mondiale et d’autres acteurs préconisent ce qu’ils appellent « l’exploitation forestière durable », facilitant ainsi l’intrusion du capital le plus rapace dans les forêts vierges. De ce fait, les forêts ont été dégradées et celles qui restent – en particulier, les forêts tropicales – sont en danger dans le monde entier. Avec les forêts, un grand nombre d’espèces sont en train de disparaître. Ceci a porté préjudice aux communautés forestières, qui sont dispersées et dont les membres doivent se débrouiller tout seuls. Rien qu’en Inde, 35 millions de personnes ont été déplacées depuis l’indépendance, et un processus du même genre a lieu partout dans les tropiques. La Convention sur le changement climatique a non seulement été incapable de remplir sa mission en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, mais elle a joué un rôle déterminant dans la plantation de monocultures d’arbres comme « puits de carbone », qui permettent aux entreprises de continuer à polluer tout en aggravant les atteintes à la nature et à la subsistance des gens des lieux. La politique environnementale mondiale a été décrite comme un « jeu de dupes ». Les gens sont floués par les gouvernements, qui leur font croire qu’ils font ce qu’il faut pour résoudre les problèmes de l’environnement du monde, alors qu’en fait ils ne font pratiquement rien. Ainsi, le changement climatique, la perte de biodiversité et la déforestation continuent de mettre en péril l’avenir de l’humanité. Tout un langage a été inventé pour faciliter cette tromperie, et le pouvoir s’est approprié le vocabulaire du mouvement environnementaliste en le détournant de son sens véritable. Le « mécanisme de développement propre » de la Convention sur le changement climatique a été présenté comme un bon exemple : alors qu’il n’est pas du tout « propre » (puisqu’il a été créé pour permettre aux pollueurs de polluer), et qu’il n’a aucun genre de rapport avec le « développement » (à moins que l’on considère la création de dépotoirs de carbone dans le Sud comme une forme de développement), il donne au public mal informé l’impression que son but est le type de développement propre auquel aspire la majorité. La Banque mondiale a été identifiée comme l’un des acteurs principaux dans ce « jeu de dupes ». Après avoir octroyé, pendant des années et des années, des prêts pour la construction de routes qui ouvrent les forêts à l’exploitation, des prêts pour des barrages hydroélectriques géants, des prêts pour l’exploitation forestière industrielle, pour l’extraction pétrolière et minière et pour toutes les causes imaginables de déboisement et de dégradation des forêts, la Banque a soudain décidé d’être sage et a approuvé une nouvelle politique forestière, qui est censée l’empêcher de continuer à détruire les forêts tropicales. Bien entendu, c’était là le résultat des nombreuses années de mobilisations des ONG contre le système de prêts de la Banque. Or, cela faisait partie du jeu de dupes : la Banque n’a jamais appliqué cette politique. Dix années plus tard, elle a entrepris, à grand renfort de publicité et par un processus participatif, de la réviser. Ce qui en a découlé est une politique beaucoup plus faible, dont il est probable que seuls les aspects les plus mauvais seront mis en oeuvre. Il a été rappelé que la Banque mondiale a un frère aîné (le Fonds monétaire international), et que les deux travaillent ensemble. L’une des causes les plus importantes et bien documentées de la déforestation réside dans les programmes de réajustement structurel imposés par le FMI et mis en oeuvre au moyen des prêts de la Banque mondiale. Mais, bien entendu, la nouvelle politique forestière de la Banque n’en tient pas compte. Après tout, le rôle de la Banque mondiale n’est pas de protéger les forêts ni, d’ailleurs, d’éradiquer la pauvreté, ceci ne figurant dans son mandat que pour jeter de la poudre aux yeux. Le rôle de la Banque mondiale consiste à ouvrir dans le Sud des espaces pour les entreprises du Nord. Il est indéniable que, là oui, elle a fait du bon travail. Les problèmes de l’environnement mondial sont pourtant bien réels. Il faut empêcher les gouvernements et les organisations internationales de continuer à jouer leur jeu. Il est nécessaire d’agir, et vite. Un autre monde est vraiment possible. (1) Atelier organisé
par le National Forum of Forest People and Forest Workers, le Delhi
Forum et le Mouvement mondial pour les forêts tropicales. Intervenants
: Praful Bidwai, Roy Burman, Medha Patekar et Ricardo Carrere. – Le déplacement forcé, résultat final du « développement » Le thème des forêts a été présent également au Forum social mondial dans le cadre d’un thème plus large, « Le déplacement suscité par le développement. Perspectives et Stratégies ». (1) Tous les intervenants ont souligné les rapports entre le dénommé développement et la réinstallation – forcée ou « volontaire » – des gens des lieux. L’exploitation forestière, les barrages, les plantations, l’extraction minière, les aires protégées, le tourisme, ont tous un même résultat : l’appropriation des terres et des ressources des communautés locales et le déplacement des personnes en raison de ces projets. Il a été précisé que les problèmes présentés, sans être les seuls, avaient en commun qu’ils se répétaient dans tous les pays du Sud, ou presque. Les barrages détruisent les forêts et la subsistance des peuples dans des pays qui vont de l’Inde au Brésil ; l’exploitation forestière a les mêmes résultats en Afrique, en Amérique latine et en Asie ; l’industrie minière est aussi nuisible en Afrique du Sud qu’aux Philippines. Ainsi, les pays mentionnés n’étaient que des « cas » dans la marée de destruction qui envahit le Sud. Parmi les nombreux impacts mentionnés, il faut souligner ceux du tourisme sur les forêts littorales et les pêcheries, qui sont les moins bien connus. Un des intervenants (Hare Krishna Devnath, leader du Fishworkers Movement) a commencé par dire que « les montagnes, les mers et les forêts attirent les gens » et que celles-ci « sont livrées au tourisme pour le plaisir de ceux qui ont l’argent et le temps nécessaires pour en profiter ». Dans ce but, « les pêcheurs sont expulsés de ces endroits ». Durant les deux dernières décennies surtout, dans « des pays tels que la Malaisie, l’Indonésie, la Thaïlande et l’Inde, le tourisme a déplacé de leur forêt des milliers de pêcheurs, et leur terre a été donnée à la grande industrie ». Vu que le tourisme est devenu une industrie mondiale, ce type de « développement » représente une sérieuse menace pour de nombreuses communautés du monde entier. Ce qu’on appelle développement a donc été présenté comme avantageux pour quelques-uns mais préjudiciable pour la majorité. Dans le cas des forêts, il équivaut à déplacer ceux qui les habitent, au profit des compagnies qui les détruisent. Quant à ce qu’on appelle conservation, il a été montré qu’elle aussi pose de graves problèmes aux communautés forestières – y compris leur expulsion – sans s’attaquer pour autant aux véritables causes de la déforestation, qui résident dans le modèle de développement dominant. Dans ce contexte, il était important d’apporter des idées permettant d’avancer dans le combat du modèle de développement dominant et de la « solution » de conservation qui en découle, dont les gens sont les victimes. L’Initiative de Mumbai pour les forêts a donc été officiellement lancée lors de cette rencontre, comme une manière symbolique d’insister sur l’aspect social de la déforestation et de la conservation des forêts, et pour souligner que cette initiative était née au sein du Forum social mondial. (1) Organisé par : National
Alliance of People’s Movements, Inde ; Mouvement brésilien
des victimes des barrages (MAB), Brésil ; Anti Privatization
Forum, Afrique du Sud ; Focus on the Global South, Philippines ; Lokayan,
National Forum of Forest People and Forest Workers ; Mines, Minerals
and People ; Narmada Bachao Andolan ; Delhi Forum, Inde ; Mouvement
mondial pour les forêts tropicales. Intervenants : Smithu Kothari,
Lokayan, directeur de programme de Seeds of Hope et Tribal Self Rule
; Trevor Nwane, Anti Privatization Forum, Afrique du Sud ; Indu Netam,
Mines, Minerals and People, Inde ; José Josevaldo de Oliveira,
Mouvement brésilien des victimes des barrages (MAB), Brésil
; Hare Krishna Devnath, leader du Fishworkers Movement ; Ricardo Carrere,
Mouvement mondial pour les forêts tropicales, Uruguay ; Ashok
Choudari, National Forum of Forest People and Forest Workers, Inde ;
Walden Bello, Focus on the Global South, Philippines ; Medha Patkar,
National Alliance of People’s Movements, Inde. – Point de mire : les monocultures d’arbres Les plantations industrielles d’arbres sont bien connues pour les impacts négatifs qu’elles ont sur la société et l’environnement. Il a donc été estimé que la question devait faire l’objet d’un atelier spécifique lors du Forum social mondial. Des participants en provenance de nombreux pays y ont partagé leurs expériences à ce sujet. La rencontre a démarré par un panorama du problème général des plantations et de la confusion provoquée par l’utilisation de définitions fausses comme celle des « forêts plantées ». Les participants ont été d’accord que les plantations d’arbres n’ont rien en commun avec les forêts, sauf le fait que dans les deux cas il y a des arbres. Les plantations ne jouent aucun des rôles que jouent les forêts en ce qui concerne le fonctionnement de l’écosystème ; en revanche, elles ont des impacts négatifs sur l’eau, le sol, la flore, la faune et les gens. L’un des impacts les plus graves des plantations est le détournement de grandes étendues qui, jusque là, pourvoyaient aux besoins de survie des résidents. Dans des cas tels que celui de Sarawak (Malaisie), les entreprises de plantation sont considérées comme pires encore que les compagnies d’extraction forestière. En effet, ces dernières abattent les meilleurs arbres et dégradent la forêt, mais elles finissent par s’en aller ; en revanche, les compagnies de plantation coupent tous les arbres, plantent les leurs, et restent sur place. Ainsi, l’appropriation de la terre est totale et permanente, et prive les gens de toutes les ressources qu’ils avaient auparavant. Dans tous les cas, les projets de plantation s’accompagnent de la promesse qu’ils vont créer des emplois. Or, la réalité montre que ce qui se passe est l’inverse. Le cas de l’Indonésie a été cité comme exemple de cette situation : dans toutes les zones de plantation on constate une diminution nette de l’emploi. A mesure que les plantations industrielles d’arbres remplacent les terres boisées et agricoles, les gens perdent leurs sources de revenus et leurs moyens de subsistance, et les rares postes temporaires offerts par les plantations ne résolvent pas les problèmes d’emploi qu’elles provoquent. Ces impacts que l’on considère habituellement comme négatifs pour l’environnement le sont également pour la société. C’est ce qui arrive dans le cas de l’eau. En Thaïlande, l’opposition aux plantations d’eucalyptus est surtout due à l’épuisement des réserves d’eau qu’elles suscitent dans des régions où l’eau est essentielle pour la culture du riz. Les gens de ce pays appellent l’eucalyptus « l’arbre égoïste », justement parce qu’il épuise l’eau. Il a pourtant été précisé que l’eucalyptus n’était pas le seul problème, et que d’autres espèces fréquemment plantées (le pin, le teck, le gmelina, l’acacia, le palmier à huile) avaient des conséquences également négatives autant pour l’environnement que pour la société. Il est important de remarquer que, tandis que les premières luttes documentées contre les plantations d’eucalyptus ont surgi en Inde, un participant de ce pays a soulevé le problème des impacts d’une vieille plantation de teck de sa région, qui continue aujourd’hui de priver les membres de sa communauté des avantages que la forêt leur apportait. La discussion a porté également sur la certification, dont on a montré par de nombreux exemples qu’elle affaiblissait les luttes locales contre les plantations. Tout en s’accordant sur le fait que les plantations ne devraient jamais être certifiées comme des « forêts » (parce qu’elles ne le sont pas), on a signalé aussi que le principe du FSC à ce sujet était si faible qu’il permettait de certifier presque n’importe quelle plantation. Les participants ont réaffirmé
leur engagement à s’opposer à la prolifération
des monocultures d’arbres, dévastatrices pour l’environnement
et la société dans le Sud, et de collaborer les uns avec
les autres pour renforcer leur lutte. |
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