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Bulletin du WRM
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| Numéro
79 - Fevrier 2004 Ce numéro du bulletin du WRM, qui
coïncide avec la Journée internationale de la femme, le
8 mars prochain, est entièrement centré sur les femmes
et la forêt. Le 8 mars 1909, cent vingt-neuf femmes sont mortes
aux Etats-Unis au cours d’une protestation des travailleuses
du textile. L’objectif de ce bulletin est de partager des informations
sur les conséquences spécifiques que subissent les femmes
du fait de la dégradation et de la perte des forêts,
et sur le rôle particulier que jouent les femmes dans leur utilisation
rationnelle et équitable. Nous espérons ainsi contribuer
à la prise de conscience sur les problèmes de genre
dans ce domaine, et appuyer leur intégration à l’ordre
du jour des défenseurs des femmes et ceux des forêts.
Nous remercions très sincèrement les nombreuses personnes,
hommes et femmes, qui ont contribué à l’élaboration
de ce bulletin. Nous souhaitons rendre hommage à celles, invisibles
et innombrables, engagées dans les tropiques en une bataille
inégale pour protéger la forêt, qui est leur foyer
et leur moyen de vie. |
| NOTRE OPINION |
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| PROTEGER LA FORET |
L'INDUSTRIE
ET SON APPROCHE DESTRUCTRICE |
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| LORSQUE LA PLANTATION D'ARBRES DEVIENT UN PROBLEME |
| L'APPROPRIATION DE LA NATURE |
| LES CHANGEMENTS DU CLIMAT |
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NOTRE OPINION – De la forêt nous parviennent des voix de femmes Les forêts sont le foyer de nombreux peuples, dont un nombre considérable de populations autochtones. Suivant une étude conduite en 1992 par l’Union européenne sur la situation des peuples autochtones dans les forêts tropicales humides, environ douze millions de personnes, soit 3,5% de la population totale des aires couvertes, habitaient les forêts tropicales du monde. Ce chiffre n’incluait pas les personnes habitant dans d’autres types de régions boisées. Les forêts sont pour elles la source de leurs moyens de survie. David Kaimowitz, directeur du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR), dit : « Cent millions de personnes dépendent des forêts pour l’obtention des éléments indispensables à leur survie, que ce soient des biens et des services ou des revenus. Au moins un tiers de la population rurale du monde dépend du bois de feu, des plantes médicinales, des aliments et du compost pour l’agriculture, qui proviennent des forêts. Elles sont aussi la principale source de revenus pour un nombre considérable de pauvres ruraux, surtout en Afrique et en Asie et, à moindre degré, en Amérique latine. » Les forêts sont vitales pour la santé de l’environnement mondial et, dans ce domaine, le rôle des femmes est capital. Elles connaissent la forêt comme les coins et recoins de leur foyer. Dans beaucoup de sociétés, les femmes se sont chargées pendant des siècles de cueillir des sous-produits forestiers, de ramasser du bois de chauffe, d’apporter de l’eau. Ce sont elles les herboristes et les ritualistes. Toutes ces tâches prennent du temps, et doivent être effectuées régulièrement, voire quotidiennement. Par ces activités qui les maintiennent en contact étroit avec la forêt, elles possèdent une connaissance dynamique de sa diversité. Lors de son travail avec les femmes du secteur forestier, l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est arrivée à la conclusion que « partout dans le monde en développement, les femmes participent largement aux activités forestières ». Elle cite les enseignements tirés durant ce processus : [1] Les forêts sont souvent une source importante de travail rémunéré pour les femmes rurales. [2] Les femmes rurales sont souvent les principales gardiennes et protectrices des forêts. [3] Les femmes ont une ample connaissance des ressources des forêts. [4] Dans bon nombre de régions, les femmes ont démontré qu’elles étaient, non seulement les principales utilisatrices, mais aussi les meilleures protectrices des forêts. D’ailleurs, les forêts sont perçues comme la représentation physique des femmes. Les Amungme d’Irian Jaya, habitants des forêts, placent les femmes au centre de leur société ; de ce fait, elles ont des droits sur la terre, sur les forêts et sur les autres ressources naturelles. L’image de la mère est très forte dans les croyances des Amungme : l’habitat est une Mère. Le point le plus élevé du paysage environnant représente Sa tête, il est donc sacré. Personne ne doit le profaner. Ainsi, lorsque Freeport McMoran a détruit leur Mère, les Amungme ont intenté un procès en justice aux Etats-Unis. L’intégration grandissante des communautés rurales à l’économie monétaire a provoqué la migration des hommes, de sorte que les femmes ont dû se retrancher encore davantage sur le travail agricole et forestier. Elle destinent l’argent qu’elles tirent de la cueillette et de la culture de produits forestiers, ainsi que tout autre revenu qu’elles puissent obtenir, à mettre du pain sur la table et à pourvoir aux besoins essentiels de leur famille. Malheureusement, les voix des femmes ne sont jamais entendues dans les processus de développement, dans les programmes à destination des habitants et usagers des forêts, ni dans les projets d’exploitation forestière, comme ne sont pas respectés non plus leurs droits traditionnels sur les forêts. Pourtant, ce sont elles qui supportent les coûts de la destruction des forêts et des modifications de leur utilisation. En effet, les impacts de la transformation et de la perte des forêts ne sont pas neutres vis-à-vis des genres. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’argent que les hommes gagnent dans les activités forestières est devenu pour les femmes une source de problèmes. Le coût social de l’argent liquide entre les mains des hommes est l’augmentation de l’alcoolisme, des maladies vénériennes, des conflits d’ordre public et de la violence contre les femmes. Il est probable que les femmes devront prendre leur destinée en main. En tant que mères des générations futures, nous devons prendre des mesures concrètes d’action positive. Nous devons affirmer notre droit à être entendues à tous les processus et toutes les étapes du développement. Nous devons nous battre pour défendre notre propre définition du développement et la manière dont nous pensons qu’il devrait être mis en oeuvre dans nos forêts. Les femmes du mouvement Chipko en Inde sont célèbres à ce sujet. Nous n’avons pas besoin de dramatiser. Nous sommes expertes en agrosylviculture, en horticulture forestière et en d’autres activités relatives aux forêts. Exploitons à bien nos connaissances ancestrales et nos trésors d’expérience : les femmes javanaises et leurs jardins forestiers séculaires, les tribus montagnardes thaïlandaises et leurs potagers domestiques, les femmes du Sahel et l’alimentation en période de sécheresse, les guérisseuses traditionnelles du monde et leurs préparations médicinales, les ramasseuses de bois de chauffe et leur connaissance des arbres, les organisations de femmes de la Côte d’Ivoire et leurs coopératives forestières, le travail de protection environnementale des organisations camerounaises de femmes, les associations de réhabilitation des forêts urbaines de la République centrafricaine, les femmes autochtones de l’Amazonie et leur riche connaissance de l’écosystème forestier et de sa biodiversité. C’est ainsi que nous affirmerons non seulement notre diversité biologique mais notre diversité culturelle, et que nous assurerons que les droits de tous les peuples soient respectés. Dans ce monde de plus en plus homogénéisé, les forces dominatrices ne seront contrecarrées que si les personnes marginalisées, dont la plupart sont des femmes, se serrent les coudes, lèvent la voix et agissent. Les forêts, comme les femmes, sont porteuses de vie. Nous devons faire en sorte que le monde devienne pour nos enfants une meilleure place pour vivre, où l’accès aux ressources, leur utilisation et leur possession seront égalitaires, sans discrimination de genre. Qu’il soit pour tous comme un foyer bien entretenu. Bernice A. See, Tebtebba Foundation (Indigenous
Peoples International Centre for Policy Research and Education), adresse
électronique : tebtebba@skyinet.net
; http://www.tebtebba.org |
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