Bulletin du WRM

 

Pour télécharger le bulletin sous format Word cliquer ici
Pour s'abonner gratuitement
Numéros précédents

bulletin disponible en espagnol, en portugais et en anglais

 

Numéro 80 - Mars 2004


AFRIQUE

 

LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

– Afrique : « Plus vous en savez, moins l’or est luisant »

« Pas d’or sale » est la devise de la campagne adressée aux consommateurs et lancée le 11 février 2004 par Earthworks-Mineral Policy Center et Oxfam, dans le but de secouer l’industrie aurifère et de changer la manière dont l’or est extrait, acheté et vendu. Juste avant, et quelques jours après la Saint-Valentin – une date importante pour la vente de bijoux aux Etats-Unis – des cartes portant le message : « Ne ternissez pas votre amour avec de l’or sale » ont été distribuées par les militants devant les bijouteries les plus importantes, y compris Cartier et Piaget, sur la 5e Avenue, en plein centre de New York. Les consommateurs sont également invités à signer un engagement sur le site du mouvement ( http://www.nodirtygold.org ).

Une simple bague en or de dix-huit carats pesant moins d’une once implique la production d’au moins 20 tonnes de déchets miniers. L’industrie extractive de métaux emploie moins de 0,10% de la main-d’oeuvre mondiale, mais consomme de 7% à 10% de l’énergie existante. Quatre-vingts pour cent de l’or produit sont utilisés en bijouterie. La plupart des consommateurs ne se rendent pas compte que, dans les pays du Sud, l’extraction d’or est associée à des violations des droits humains et même à l’emprisonnement et la mort, sans compter la dévastation environnementale.

La campagne a inclus la publication par Earthworks et Oxfam du rapport « Métaux sales : l’industrie minière, les communautés et l’environnement » (disponible en anglais à l’adresse http://www.nodirtygold.org/dirty_metals_report.cfm ), qui décrit dans le détail la pollution massive, les grandes mines à ciel ouvert, les effets dévastateurs sur la santé des populations, les dangers pour les travailleurs et les violations fréquentes des droits de l’homme, désormais caractéristiques de l’extraction d’or et d’argent dans de nombreux pays. Le rapport montre aussi que l’industrie minière n’apporte aucune richesse à la population et constitue plutôt ce qu’on appelle une « ressource maudite » pour des pays du Sud tels que la Guinée, le Niger, la Zambie et le Togo. En effet, bien que dans ces pays la part des revenus d’exportation issus des minéraux non combustibles soient élevée (représentant respectivement 71%, 67%, 66% et 30%), la part de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté y est aussi forte (40%, 63%, 86% et 32%). L’industrie minière est une double malédiction pour les communautés locales, qui subissent non seulement le déplacement de leur territoire mais la perte de leurs moyens de subsistance traditionnels.

En outre, l’extraction minière vise des sites qui font partie du patrimoine de l’humanité. C’est le cas des mines d’or dans la Réserve Okapi de faune et de flore dans la République démocratique du Congo, du Parc national Tai en Côte d’Ivoire, du Parc national impénétrable de Bwindi en Ouganda et du Parc national Kahuzi-Biega dans la République démocratique du Congo. C’est aussi le cas des mines de fer dans la Réserve de nature du Mont Nimba, en Guinée et Côte d’Ivoire.

Dans la nation ouest-africaine de Ghana, un pays qui possède de grandes mines d’or, la Commission ghanéenne des droits de l’homme et de la justice administrative publia en 2000 un rapport d’après lequel il existe « des preuves irréfutables de violations des droits humains provoquées par l’activité minière, lesquelles n’étaient pas sporadiques mais faisaient plutôt partie d’un modèle courant dans presque toutes les communautés minières ». Entre 1990 et 1998, plus de 30 000 habitants de Tarkwa furent déplacés par les opérations aurifères. « Les nôtres ont été battus, emprisonnés et tués pour avoir défendu les droits de notre communauté contre les sociétés minières multinationales », a dit Daniel Owusu-Koranteng, un militant du district de Tarkwa. « Nous demandons aux acheteurs d’or de défendre nos droits, et exigeons que les sociétés minières adoptent des normes éthiques plus exigeantes. »

Une enquête menée par l’organisation communautaire ghanéenne WACAM (Wassa Association of Communities Affected by Mining) trouva des preuves que le personnel de sécurité de la société AGC (Ashanti Goldfields Company), en association avec la police et les militaires, avait tué trois mineurs artisanaux entre 1994 et 1997. Au cours d’un incident survenu en janvier 1997, seize mineurs artisanaux ont été gravement battus par ce même personnel. WACAM a recueilli aussi le témoignage de six autres mineurs artisanaux qui avaient été battus et attaqués par les chiens de garde du service de sécurité d’AGC.

L’industrie minière est non durable, même en tant que source d’emploi. La destruction de la base de travail traditionnelle est suivie par la disparition de la mine elle-même. Lorsque les gisements de minerai s’épuisent les emplois disparaissent. La plupart des projets à grande échelle ont une durée de vie de 10 à 40 ans, après laquelle les sociétés minières plient bagage et se déplacent vers d’autres projets. Les écoles, dispensaires ou autres services institués par les compagnies en question cessent en général d’être financés. Lorsque cela arrive, les mineurs et la population doivent se débrouiller comme ils peuvent. Le travail dans l’industrie minière étant souvent spécialisé, les employés ne possèdent pas en général d’autres qualifications. Il existe très peu de « programmes de transition » destinés à entraîner les anciens mineurs à des tâches différentes. Pour ces raisons, les mineurs renvoyés risquent de passer longtemps au chômage.

Les conséquences sociales de ces renvois sont graves, car les mineurs ont souvent de nombreuses personnes à leur charge (même si la plupart d’entre elles n’habitent pas forcément dans la communauté minière). D’après une estimation de la South African Chamber of Mines, en Afrique australe une personne sur huit est économiquement dépendante des mines. En Afrique du Sud, le plus grand producteur d’or du monde, l’industrie aurifère a renvoyé environ 400 000 travailleurs entre 1985 et 2000 – soit presque la moitié de sa main-d’oeuvre – privant ainsi de revenus ces travailleurs et les personnes à leur charge.

Il est temps de réformer notre « économie des métaux », en changeant les méthodes de production, en trouvant des moyens pour utiliser ces métaux avec plus d’efficacité, et en réutilisant ceux qui sont déjà en circulation. Si l’extraction de certains métaux reste peut-être nécessaire, elle ne devrait jamais avoir lieu dans les réserves naturelles et les territoires indigènes.

« Ce que nous demandons est raisonnable, équitable et possible », a dit Keith Slack, conseiller en matière de politiques auprès d’Oxfam America. « Le symbole de notre amour éternel ne devrait pas être obtenu aux dépens de l’eau potable ou des droits humains. » « L’or ne semble plus aussi luisant lorsqu’on regarde le préjudice colossal que son extraction entraîne », a dit Payal Sampat, directeur de la campagne internationale d’Earthworks. « Nous demandons aux consommateurs de considérer le coût véritable de l’or, et d’apporter leur concours pour venir à bout des pratiques minières qui mettent en péril les écosystèmes et les gens. »

Article basé sur des informations tirées de : « Africa/Global : New Campaign Targets Dirty Gold », Pambazuka News 144, adresse électronique : pambazuka-news@pambazuka.org , http://www.pambazuka.org/index.php?id=20239 ; « No Dirty Gold », http://www.nodirtygold.org/home.cfm ; « Dirty Metals : Mining, Communities and the Environment », http://www.nodirtygold.org/dirty_metals_report.cfm


  top

– Ghana : la Banque mondiale derrière le scénario de l’or

Des décennies de déboisement et de dégradation des forêts ont laissé intacts moins de deux pour cent des forêts indigènes du Ghana. Ces forêts ont toujours été la source des moyens de vie des personnes qui en dépendaient, auxquelles elles fournissent bois de chauffe, charbon, matériaux de construction, fourrage, fruits, noix, miel, teintures et médicaments. Elles ont aussi un rôle environnemental à jouer, car elles évitent l’érosion du sol, protègent les bassins versants, pourvoient de l’ombre et fertilisent la terre, protègent du vent, évitent les inondations et les glissements de terrain, retiennent l’eau et maintiennent sa pureté. De même, elles sont le foyer de 2 100 espèces de plantes, de plus de 200 espèces de mammifères y compris le buffle, le léopard, le chat doré, le chimpanzé, l’éléphant de forêt et l’hippopotame pygmée, de 200 espèces d’oiseaux dont le perroquet gris africain, et d’un nombre de papillons, tous considérés au niveau international comme en danger d’extinction. De ce fait, ces forêts ont été désignées Zones spécialement protégées et Zones de biodiversité d’importance mondiale.

En 1994, certains efforts destinés à préserver ce qui reste de la savane et de la forêt tropicale humide ont conduit à l’élaboration d’un projet de Politique pour les forêts, la faune et la flore. Néanmoins, la théorie économique dominante qui condamne les pays du Sud à épuiser leurs ressources naturelles au nom du développement – une voie qui a apporté la pollution, le déplacement de communautés, la misère et la famine à la majorité, et d’énormes profits à une poignée de sociétés et aux élites locales – conspire lourdement contre ce genre d’initiatives, par le biais des instruments multilatéraux de pouvoir (la Banque mondiale, le Fonds monétaire international).

Ces organismes ont condamné le Ghana à l’extraction d’or (voir bulletin nº 68 du WRM). Au prix de la nature et des droits de l’homme, le pays figure comme le deuxième producteur d’or de l’Afrique (voir bulletins du WRM nº 41 et nº 54). Les opérations minières y ont déplacé plus de 50 000 autochtones sans compensation équitable, employé moins de 20 000 Ghanéens (en raison du nombre excessif de travailleurs expatriés), brûlé des villages, détenu illégalement des militants, violé des femmes et nié systématiquement la culture locale. C’est ce qui se passe habituellement dans presque toutes les communautés minières.

Au moment où les prix internationaux de l’or étaient les plus élevés des six dernières années, la guerre imminente avec l’Iraq ayant poussé les investisseurs à la prudence, le gouvernement a indiqué qu’il était prêt à ouvrir à l’extraction minière les forêts protégées, et à céder donc la richesse biologique du pays. Newmont (société productrice d’or et leader de la prospection et de la technologie de transformation basée à Denver, Colorado, aux Etats-Unis) et d’autres compagnies minières avaient avancé des menaces voilées de poursuites judiciaires, ou de fermeture et délocalisation vers la Tanzanie, afin de « convaincre » le gouvernement de continuer sur cette voie et d’octroyer les permis nécessaires après le début des prospections.

Les opérations minières au sein des écosystèmes forestiers intacts vont accélérer la déforestation massive et la dégradation de l’environnement dans le pays, tout en polluant ses systèmes hydrologiques fragiles et le sol végétal avec du cyanure et de l’arsenic. « Regardez seulement ce que ce pays possède en forêts. Nous avions environ 8,3 millions d’hectares ; à présent, il ne nous en reste que 1,2 millions d’hectares, et nous voulons en donner encore à l’industrie minière, alors que nous savons très bien qu’après les mines il n’y aura plus de forêts », a dit Abraham Baffoe, des Amis de la Terre. « Nos villages ont déjà été déboisés avec férocité par l’industrie minière, la santé et la qualité des forêts qui restent continuent de diminuer, et maintenant on nous demande les réserves forestières. Est-ce qu’ils pensent que les Ghanéens sommes tombés de la dernière pluie ? Vous pouvez écrire tout ce que je viens de dire, et dire aux autorités que c’est moi qui l’ai dit », a déclaré Akosua Birago, un agriculteur de soixante-deux ans d’Abekoase, dans la Région occidentale du Ghana.

Bien que le ministre des Mines, Cecilia Bannerman, ait affirmé qu’elle n’avait autorisé aucune compagnie minière à opérer nulle part dans les réserves forestières, le Président a assuré à Newmont que son gouvernement était d’accord pour aider la société à fonctionner sans entraves dans le pays.

Le 14 janvier 2004, la Coalition de la société civile ghanéenne et des organisations communautaires contre l’extraction minière dans les réserves, qui regroupe plus de dix-sept groupes communautaires et ONG, a adressé une deuxième lettre au président du Groupe Banque mondiale, James Wolfensohn. Dans cette lettre on lui rappelait celle qui lui avait été envoyée l’année dernière pour demander que le gouvernement du Ghana annule toute autorisation déjà accordée pour l’extraction minière dans les réserves forestières du pays, on l’exhortait à déclarer clairement que le Groupe Banque mondiale n’appuie ni n’appuiera les autorisations dans ce sens, et on lui demandait une réponse formelle de la Banque à l’appel de la Coalition (voir bulletin nº 71 du WRM). A ce jour, la Banque mondiale n’a toujours pas répondu.

En revanche, les sociétés minières sont allées de l’avant dans les démarches conduisant à l’extraction d’or dans quelques-unes des réserves forestières. En décembre 2003, le gouvernement du Ghana et la société Newmont Mining ont passé un accord d’investissement. En janvier 2004, l’organisme chargé de la protection environnementale du Ghana (EPA) a divulgué l’évaluation d’impact environnemental du projet Chirano Gold Mines pour la réserve forestière de Tano-Sraw, dans la Région occidentale du Ghana. La société canadienne de prospection de diamants, PMI Ventures, a annoncé cette année que la deuxième étape de l’extraction de diamants avait démarré dans les neufs concessions de prospection, qui incluent Ashanti II Gold Plate, située dans le Sud-Ouest du pays.

Les organisations sociales estiment que le Groupe Banque mondiale (GBM) est tout à fait au courant de ce qui se passe et soutient le gouvernement et les compagnies, ce qui expliquerait son long silence et l’absence de réponse à leur lettre. Le GBM est impliqué depuis longtemps dans les secteurs forestier et minier du Ghana, par son assistance technique à la réforme des politiques et des institutions, et par ses investissements en appui des opérations du secteur privé minier.

Or, tout ceci se passe au moment où le GBM étudie la réponse à donner à la Révision des Industries extractives (RIE), dont le rapport recommandait de rechercher fermement la bonne gouvernance, le respect des droits des communautés dans les projets miniers, et l’application de la Politique des habitats naturels dans son intégralité pour la mise en place de zones définitivement interdites.

Le silence de la Banque mondiale a donc un sens très clair : cette institution est disposée à soutenir les sociétés minières dans leur destruction des forêts qui restent dans le pays ; elle va continuer de contribuer à la ruine des moyens de subsistance des gens, et elle ne s’intéresse pas au sort des espèces en danger d’extinction.

Article basé sur des informations tirées de : « Newmont Meets Media », Isaac Essel, Accra Mail, http://allafrica.com/stories/200403030502.html ; « Newmont Moves In to Open Ghana’s Closed Forest Reserves », Charity Bowles, qui a travaillé avec les Amis de la Terre – Ghana dans la Coalition nationale sur les mines, envoyé par Mike Anane, adresse électronique : lejcec@ghana.com ; « Newmont Boss Presents Straight-Faced Joke to Thana’s President », Allan Lassey, Réseau du Tiers Monde, http://twnafrica.org/event_detail.asp?twnID?438 ; « Canadian explorer starts drilling at Ghana gold project », Creamer Media (Pty) Ltd, http://www.engineeringnews.co.za/eng/utilities/search/?show=46618


  top

– République démocratique du Congo : la Banque mondiale derrière les intérêts des exploitants forestiers

Le 12 février dernier, plus de 100 organisations de défense de l’environnement, du développement et des droits humains ont constitué une alliance unique dans la République démocratique du Congo pour s’opposer, dans ce pays ravagé par la guerre, à un « développement » des forêts humides qui impliquerait une accélération considérable de leur exploitation industrielle.

Ce réseau social a adressé au ministre de l’Environnement, Eaux et Forêts, au représentant résident de la Banque mondiale et au délégué de la FAO une lettre manifestant l’inquiétude soulevée par l’avenir des forêts du pays et par celui des gens qui les habitent. Les forêts tropicales de la République démocratique du Congo, qui couvrent environ 1,3 millions de kilomètres carrés, sont les plus larges du monde après celles de l’Amazonie et, jusqu’à présent, ont échappé à la destruction massive. On estime que 35 millions de personnes habitent dans ces forêts ou autour d’elles, y compris des agriculteurs bantous et des chasseurs-cueilleurs « pygmées » des peuples Twa et Mbuti.

Les ONG congolaises ont appelé la Banque mondiale à arrêter ou modifier des projets qui mèneront au partage de dizaines de millions d’hectares de la forêt tropicale du pays entre des sociétés forestières. Elles affirment que le zonage est un processus critique qui va fixer les rapports juridiques des gens avec les forêts et pourrait de ce fait atteindre les moyens de subsistance des millions de personnes qui les habitent.

La lettre met en lumière l’absence de participation de la société civile : « Jusqu’à présent, les consultations locales pour définir la méthodologie et les critères de découpage du pays n’ont concerné que les organismes d’État et le secteur privé. La société civile a été laissée de côté dans un processus qui, en ce moment précis, et sans notre contribution, doit décider du sort de notre patrimoine écologique et de l’avenir des habitants du pays. Ce sont là des personnes dont la subsistance, et même l’existence, dépendent directement de leur possibilité d’accès aux ressources et aux bénéfices issus d’une gestion durable de leurs forêts. L’absence de consultation et de participation de la société civile annonce l’établissement d’une politique forestière dépourvue de toute légitimité populaire. Cette politique risque donc d’être rejetée par la population et de provoquer d’innombrables conflits sociaux. »

La Banque mondiale a été étroitement impliquée dans le développement et l’adoption de la nouvelle législation forestière de la RDC (Loi nº 011-2002 du Code forestier) et, tout comme l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), elle appuie la mise en place d’autres normes destinées à réglementer ce Code. De même, les deux organismes sont impliqués dans la préparation d’un plan national de zonage des forêts, qui permettra de définir les zones allouées à l’exploitation forestière, celles réservées à la conservation et celles destinées à l’usage de la population. Néanmoins, des documents de la Banque mondiale, obtenus par l’ONG internationale Rainforest Foundation, révèlent que le but de la Banque est de « créer un climat favorable à l’industrie forestière » au Congo, et qu’elle prévoit une multiplication par soixante de la production de bois du pays, ce qui affecterait 60 millions d’hectares des forêts tropicales de la RDC (soit une étendue des dimensions de la France).

Les organisations sociales contestent le Code forestier parce qu’il ne respecte pas toutes les obligations qui découlent de plusieurs traités internationaux, dont l’article 8(j) de la Convention sur la diversité biologique, qu’il n’accorde pas l’importance nécessaire aux besoins spécifiques des communautés tributaires des forêts, et qu’il ne tient pas compte de l’expérience du Cameroun dans l’application d’une législation forestière semblable.

Dans leur lettre, les ONG affirment que la gestion des forêts de la RDC ne doit, sous aucun prétexte, se fonder sur l’hypothèse que le développement de l’activité forestière industrielle contribue nécessairement au développement de la population ou à celui de ses secteurs les plus démunis.

Ils réclament des mesures d’urgence, incluant :

* L’adoption immédiate d’un moratoire portant sur le processus d’élaboration des normes d’application du Code forestier.
* L’augmentation du nombre des représentants de la société civile au sein du Comité de pilotage du projet de la FAO TCP/DCR/2905, de trois (3) à six (6).
* La prise en compte effective et systématique des droits et pratiques traditionnels et coutumiers des communautés locales dans le processus d’élaboration des normes d’application, ainsi que dans l’élaboration d’un Plan forestier national et, en particulier, dans le plan de zonage.
* La Banque mondiale et la FAO doivent s’assurer que leurs interventions en RDC sont conformes au droit international, aux obligations découlant des conventions internationales relatives à la protection des droits de l’homme ou de l’environnement, et à la constitution de la RDC.

Article fondé sur des informations tirées de : « Congo’s ‘civil society’ unites to oppose threats to forests and peoples rights », communiqué de presse de la Rainforest Foundation, 1er mars 2004 ; lettre des ONG du Congo adressée le 12 février 2004 au ministre de l’Environnement, Eaux et Forêts à Kinshasa-Gombe, au représentant résident de la Banque mondiale et à celui de la FAO à Kinshasa (le texte intégral de la lettre en français est disponible sur : http://www.rainforestfoundationuk.org/files/
DRC_ONG_Lettre_Ouverte_Fev_04_Francais.pdf
) ; « World Bank oversees the carve-up of Congo’s rainforests : 60-fold increase in logging planned », communiqué de presse, adresse électronique : jbbobia@yahoo.fr ; Simon Counsell, Rainforest Foundation, adresse électronique : simonc@rainforestuk.com , envoyé par ECOTERRA International, adresse électronique : mailhub@ecoterra.net


  top

– Swaziland : plantation d’arbres à bois aux dépens du peuple swazi

Le Swaziland est un pays enclavé, presque entièrement entouré par l’Afrique du Sud, d’une superficie de 17 363 km2 et peuplé de 1 161 219 habitants. Après le sucre, le bois est sa principale activité industrielle.

Lors de la conférence « Plantations d’arbres à bois : impacts, visions d’avenir et tendances mondiales » tenue à Nelspruit en novembre 2003, organisée par GeaSphere en association avec la coalition TimberWatch, un témoignage saisissant de la situation du Swaziland et des malheurs découlant des monocultures d’arbres a été donné par Nhlanhla Msweli, de SCAPEI.

Au Swaziland, les plantations d’arbres ont été établies il y a plus de cinquante ans. Avec elles, le pays a importé l’histoire de l’exploitation des travailleurs des capitalistes sud-africains. Trois grandes sociétés dominent le secteur : Sappi-Usutu, Mondi et Shiselweni Forestry (qui appartenait auparavant à la Commonwealth Development Corporation / CDC), auxquelles s’ajoutent d’autres plus petites. Elles gèrent une superficie totale de 135 000 hectares, couverte de plantations industrielles d’espèces exotiques : le pin, l’eucalyptus et l’acacia.

Sappi Kraft (Pty) Ltd, qui fonctionne localement sous le nom de Sappi Usutu et dont le siège se trouve dans le village de Bhunya, est une subsidiaire de South African Paper Products Industry (SAPPI), une société sud-africaine qui est le deuxième producteur de pâte de papier non blanchie pour l’élaboration de sacs de ciment, papier crêpe et filtres pour voitures.

Mondi Forests (subsidiaire du géant Anglo-American Corporation), qui opère au Swaziland par l’intermédiaire de son associée Peak Timber Ltd, et son homologue sud-africaine Mondi Timber, possèdent quelque 32 000 hectares près du village de Pigg’s Peak, dans le Nord du Swaziland.

A l’heure actuelle, environ un cinquième du territoire du pays, qui était auparavant utilisé pour les cultures alimentaires et l’élevage de bétail, et qui fournissait la paille nécessaire à la construction des maisons, a été affecté à l’utilisation d’une industrie mercantile.

Qu’est-ce que ces plantations industrielles d’arbres à bois ont impliqué pour les Swazi ? Elles ont impliqué l’expulsion, l’exploitation, l’érosion du sol, la pollution et la pauvreté. Elles ont impliqué la dépossession.

A Bhunya, où opère Sappi Usutu, les gens ont été chassés de leur terre natale fertile vers des zones rocheuses marginales, et n’ont reçu en compensation que 1 000 Rand (moins de 150 dollars US). Les prairies et l’eau superficielle ont disparu, et la communauté des Tiyeni n’a pas pu continuer à élever du bétail, source de revenus et de subsistance. Récemment, Sappi Usutu a annoncé qu’elle avait investi 238 millions de Rand dans des projets d’expansion et de modernisation de l’usine. Les gens des lieux savent que cela veut dire davantage d’expulsions, d’érosion du sol, de pollution de l’air et des rivières aux abords des usines (voir bulletin nº 70), et davantage de souffrances pour les habitants de la campagne.

L’un des arguments habituels pour justifier l’établissement de plantations d’arbres et d’usines de production est qu’elles vont créer des emplois. Sappi Usutu employait entre 8 000 et 10 000 personnes pour l’ensemble du processus, mais ce nombre a déjà été réduit de moitié. Aujourd’hui, elle a 3 000 travailleurs, dont sept cents seulement sont employés à plein temps par la compagnie. Sappi a suscité un scandale public lorsqu’on a su qu’elle avait payé à deux de ses cadres supérieurs des primes équivalant au salaire de 200 travailleurs simultanément congédiés. Les ouvriers de cette entreprise sont les plus mal payés du pays, et ils travaillent dans des conditions épouvantables. Pour cette raison, leur syndicat était très fort, avant d’être miné par le processus de privatisation et par un gouvernement oppressif.

La réalité est que les sociétés de plantation de bois du Swaziland n’offrent aucune sécurité d’emploi aux gens qu’elles ont déplacés. La plupart du temps, elles ne fournissent que du travail précaire dans des conditions d’exploitation par le biais de sous-traitants. En ce moment, 60% des habitants de Bhunya sont en chômage.

Les usines de traitement de Pigg’s Peak (où il n’y a que des scieries) et de Bhunya sont celles qui provoquent une bonne partie de la pollution de l’eau et de l’air au Swaziland. Ces compagnies ne rendent des comptes à personne pour ce qui est de la responsabilité environnementale. Cela fait deux ans qu’elles ne produisent aucun rapport d’évaluation environnementale. Les personnes qui habitent à proximité dénoncent constamment des problèmes au sujet de l’eau à boire qu’ils tirent du fleuve où Sappi déverse ses déchets.

Le lien entre les plantations d’arbres à bois et la pauvreté n’apparaît pas dans les statistiques : c’est sur le terrain qu’on le constate. Chasser les gens de leur terre équivaut presque à les laisser mourir ; leur payer des cacahuètes, c’est les exploiter. Voilà ce que ces plantations et l’ensemble de l’industrie du bois apportent aux habitants du Swaziland.

Article fondé sur des informations tirées de : « Impacts of Timber Plantations of Rural People of Swaziland », document rédigé par Nhlanhla Msweli, Swaziland Campaign Against Poverty and Economic Inequality (SCAPEI), adresse électronique : scape@swazi.net , Msweli@union.org.za , http://www.sarpn.org.za/documents/d0000323/index.php ; site de Sappi Limited sur la toile : http://www.sappi.com/home.asp?pid=620&contactid=2436 ; « Swaziland Supply Survey », International Trade Centre UNCTAD/WTO (ITC), http://www.intracen.org/sstp/Survey/wood/swazi.pdf

page précédente

page d'accueil

page suivante



Go to Home Page - Recommend this page

World Rainforest Movement

Maldonado 1858 - 11200 Montevideo - Uruguay
tel:  598 2 413 2989 / fax: 598 2 410 0985
wrm@wrm.org.uy