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Bulletin du WRM
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| Numéro 85 - Août 2004 |
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LA DESTRUCTION DES FORÊTS FOR EXPORT – Côte-d’Ivoire : le cacao, encore une cause de la déforestation Comme la plupart des pays du Sud, la Côte-d’Ivoire a hérité de la période coloniale son rôle d’exportateur de produits agricoles tropicaux. À part l’ivoire qui lui donne son nom, le pays avait peu de chose à offrir avant la colonisation, si on le compare à son voisin de l’Est, le Ghana, où il y avait de l’or. Donc, lorsque les Français arrivèrent dans la région vers 1880 ils trouvèrent que le plus simple était d’utiliser pour la production agricole ces vastes terres fertiles couvertes de forêts tropicales. Suivant la division coloniale du travail pratiquée par la France, la Côte-d’Ivoire devait fournir aux marchés français des cultures de rente ; ainsi, la culture du cacaotier y fut introduite en 1912 par les autorités coloniales. C’était le début de l’histoire du cacao dans le pays. A la fin des années 1900, l’organisation commerciale de la France en Afrique occidentale, avec des entreprises telles que la Compagnie Française d’Afrique Occidentale (la première société d’export-import implantée en Côte-d’Ivoire) jeta les bases pour le développement de l’agriculture capitaliste, avec des stations de recherche dans le Sud pour l’amélioration des variétés de semences et pour le traitement des maladies des plantes. Ce type de développement ne changea pas outre mesure après l’indépendance du pays en 1960. Chaque année, la Côte-d’Ivoire produit environ 40 pour cent du cacao du monde pour l’élaboration de chocolat. Le cacao est cultivé dans de vastes plantations et par des agriculteurs individuels, et il a eu de lourdes conséquences pour les forêts tropicales du pays. La forêt tropicale ivoirienne, qui couvrait 12 millions d’hectares, n’a plus que 2,6 millions d’hectares aujourd’hui. Quant à la superficie plantée de cacao, elle est passée de 500 000 hectares en 1975 à quelque 2 millions d’hectares à présent, et cette expansion a été responsable de presque 14% de la déforestation du pays. Mis à part son impact direct sur les forêts, ce type de développement agricole s’accompagne de la construction de routes qui détruisent des kilomètres additionnels de forêts, que ce soit directement, par la route elle-même, ou indirectement, en frayant la voie vers de nouvelles régions boisées pour l’extraction de bois. Les conséquences de cette dévastation ont changé l’écosystème et affecté la flore et la faune, ainsi que les conditions de vie dans les zones rurales. L’utilisation de produits agrochimiques a pollué le sol et l’eau. Pour aggraver encore les choses, la culture de différents arbres (cacaotier, cocotier, caoutchouc, caféier) implique l’utilisation de différents produits chimiques dans chaque plantation. Ces produits chimiques altèrent la composition biologique du sol et ont un effet négatif sur la biodiversité aquatique et terrestre. Les produits chimiques déposés dans le sol sont charriés par les pluies vers les rivières ; de ce fait, les fleuves et les ruisseaux ont maintenant moins de poissons qu’avant. Mais le plus grave est la désertification évidente de la partie Nord du pays, qui a modifié le climat et la saison des pluies. Le modèle agricole orienté à l’exportation a détruit la plupart des forêts humides du pays (ont le bois a été exporté) ; malheureusement, il n’a pas réussi à empêcher la Côte-d’Ivoire de figurer à la 163e place (sur 180 pays classés) dans l’indice de Développement humain des Nations unies ; en vérité, c’est ce modèle qui est à l’origine du problème. Article fondé sur des
informations tirées de : «Cocoa Trade in Cote d’Ivoire
(COCOA)», Trade and Environment Database (TED), http://www.american.edu/TED/cocoa.htm
; «Shade Grown Cacao», Koffi N’Goran, http://nationalzoo.si.edu/ConservationAndScience/MigratoryBirds/Research/Cacao/koffi2.cfm – Ghana : la déforestation est le fait des exploitants forestiers et des politiciens, et non des petits agriculteurs Ce qui reste des forêts du Ghana est, tout au plus, un quart de celles qu’il y avait à l’époque précoloniale. Les exploitants forestiers et les politiciens ont provoqué la plupart de cette déforestation, bien qu’ils essayent d’en accuser les agriculteurs. Mais le fait est que, tout le long du vingtième siècle, les agriculteurs ont eu très peu de contrôle sur les arbres de leur pays. Les colonisateurs britanniques donnèrent les droits sur les arbres aux chefs, qui ne tardèrent pas à les vendre aux bûcherons, ou bien ordonnèrent de les abattre pour les remplacer par des plantations de cacao. Après l’indépendance, le gouvernement réclama la propriété de tous les arbres et de toutes les terres et en vendit la plupart aux exploitants de bois. Les planteurs de cacao vinrent ensuite s’installer dans les zones récemment défrichées. Or, le cacao poussant mieux à l’ombre, les petits agriculteurs conservent en général le couvert forestier. Mais après des décennies de mauvaises politiques forestières, et du fait de la corruption du département forestier, les agriculteurs ne recevaient aucune compensation pour les arbres que les exploitants coupaient sur leurs terres, et ne gardaient que des champs ruinés. Les autorités gouvernementales – souvent stimulées par des pots-de-vin – fixaient des redevances très faibles pour les arbres abattus, et la plupart du temps ne les réclamaient même pas. La forte demande pour le bois asiatique, jointe aux nouvelles usines financées par la Banque mondiale, plongèrent dans la crise le secteur du bois. Les réformes adoptées dans les années 1990 sont arrivées trop tard et n’ont changé que peu de chose. Du fait des fortes pressions de la société civile et des donateurs, le gouvernement a mis en place, en rechignant, une poignée de réformes symboliques qui étaient censées faire participer les communautés à quelques projets isolés. Mais les agriculteurs n’ont toujours pas voix au chapitre lorsqu’il s’agit d’adopter des politiques forestières, de décider si leurs terres seront données en concession ni de choisir quels arbres peuvent être coupés chez eux par les entreprises. Pour se soustraire à leur responsabilité, les exploitants forestiers et les politiciens prennent les agriculteurs pour boucs émissaires. La même chose arrive à Madagascar, au Sénégal et dans beaucoup d’autres pays de l’Afrique. Les histoires sur les paysans destructeurs qui cultivent sur brûlis sont reprises par les savants naïfs et par les entreprises internationales de produits pour l’agriculture qui ne cherchent que leur intérêt. Les fabricants d’engrais disent que les gouvernements doivent pousser ces agriculteurs ‘destructifs’ à acheter davantage de fertilisants, pour augmenter la productivité de leur terre et arrêter l’expansion. Les entreprises biotechnologiques affirment que les nouvelles semences génétiquement modifiées permettront aux paysans de multiplier le rendement de leurs terres actuelles. Ce faisant, on nous empêche de voir les vrais méchants et nous perdons la possibilité d’introduire dans les politiques et la gouvernance de véritables changements susceptibles de favoriser la conservation et la réhabilitation des forêts. Aaron deGrassi, adresse électronique : degrassi@ocf.berkeley.edu Article fondé sur :
deGrassi, Aaron (2003. Constructing Subsidiarity, Consolidating Hegemony:
Political Economy and Agro-Ecological Processes in Ghanaian Forestry.
Washington, DC: World Resources Institute. Environmental Governance
in Africa, document de travail nº 13, deGrassi, Aaron (2003). (Mis)Understanding
change in agro-environmental technology in Africa: Charting and refuting
the myth of population-induced breakdown. In: Zeleza, P.T. et Kakoma,
I. (éd.), In Search of modernity: Science and Technology in Africa.
Trenton: Africa World Press, p. 473-505. – Sénégal : la déforestation provoquée par l’expansion des monocultures d’arachide Le Sénégal fut ouvert au marché européen à partir de 1444, lorsque les Portugais y établirent des comptoirs commerciaux le long des rives du fleuve Sénégal : Gorée (qui devint plus tard un poste important du commerce d’esclaves), Rufisque, et d’autres vers le Sud. Au cours des luttes européennes pour le pouvoir le long de la côte africaine, les Portugais furent déplacés par les Hollandais, puis par les Français. À l’époque de la Seconde Guerre mondiale, les colonisateurs français entreprirent d’y cultiver des arachides pour l’exportation. Les monocultures de ce produit poussèrent au défrichage des forêts et contribuèrent à la déforestation et à la désertification. Des routes furent construites par des forçats pour l’exportation des cacahuètes, et l’adoption de cette culture empêcha les résidents de cultiver le riz africain, qui avait pour eux des connotations culturelles et spirituelles. Après la période coloniale, les Français continuèrent à essayer de couper les liens entre les groupes ethniques traditionnels du Sénégal et leurs rizières et forêts, afin qu’ils continuent de cultiver les arachides pour les marchés français. Le Sénégal a toujours utilisé les recettes de l’exportation d’arachides pour financer l’importation de produits alimentaires, en particulier des céréales comme le riz et le blé. Pourtant, à partir des années 1970, en raison de la chute mondiale des prix de l’arachide et de ses produits dérivés, des mauvaises conditions climatiques, des bouleversements économiques nationaux et internationaux et de l’apparition de produits de remplacement, la capacité de génération de revenus des exportations d’arachide s’est vue considérablement réduite. D’autre part, la production d’arachides a provoqué la dégradation environnementale d’un écosystème déjà fragile, le Sahel. Elle empêche également la production de cultures alimentaires essentielles, telles que le millet, le sorgho, le riz et le maïs. La diminution des revenus de l’arachide, jointe à l’augmentation des importations vivrières, estimées à 700 000 tonnes par an, a provoqué une crise chronique de la balance de paiements du Sénégal. Malgré cela, le Sénégal est encore aujourd’hui l’un des plus grands exportateurs d’arachides. Cette culture dont dépend l’économie du pays utilise une part de plus en plus grande (plus de la moitié) de la superficie cultivée, dans une région écologique soumise à des cycles périodiques de sécheresse. La déforestation, le surpâturage, l’érosion du sol et la désertification sont quelques-uns des problèmes environnementaux les plus graves du pays, provoqués en partie par l’expansion rapide et la dépendance permanente de la culture de l’arachide. Ces signes de dégradation environnementale sont encore plus visibles dans la région du Bassin de l’Arachide. Dans les années 1960, l’État avait encouragé les agriculteurs à abattre les arbres pour élargir l’étendue des plantations d’arachide, ce qui a créé un cercle vicieux de déforestation, d’érosion du sol, d’inondations et de sécheresses périodiques qui ont dévasté l’agriculture de la région. La grande majorité des habitants des régions sahélienne et sahélienne-soudanienne dépendent de l’agriculture pour leur subsistance, mais la dégradation du sol et la désertification rendent leur capacité d’autosuffisance de plus en plus précaire. L’exemple suivant illustre la situation générale dans beaucoup d’endroits du pays : « Dans le département de Bambey, à 100 km de Dakar, il n’y a pas grand-chose à voir. Le paysage s’étend sans fin, interrompu seulement par quelques arbres rabougris ensevelis sous la poussière. Les tempêtes de sable ravagent la région de janvier à mai. Le sol a perdu son couvert protecteur et reste exposé aux forces implacables du soleil et du vent. Çà et là, entre des villages épars, quelques troupeaux luttent pour survivre en broutant les dernières touffes d’herbe sèche qui restent de l’hiver dernier. Et pourtant, ‘cette vallée donnait des arachides qui étaient la fierté des tribus Baol-Baol et Sérère’, rappelle le président de la communauté rurale de Lambaye. Il ne peut toujours pas accepter la chute de la production d’arachides, ni les dommages que cette culture a provoqués au sol. Aujourd’hui, beaucoup de villages du Sénégal perdent leurs habitants : les hommes les quittent pour aller à Touba, à Dakar ou à l’étranger. Les seuls qui restent derrière sont les femmes et les enfants. » Article fondé sur des
informations tirées de : «Casamance River’s Native
Rice Bonds Sacred Traditions», Mark Millar, http://www.cmaq.net/es/node.php?id=16588
; «Senegal’s Trade in Groundnuts: Economic, Social and Environmental
Implications», Coura Badiane, http://www.american.edu/TED/senegal-groundnut.htm |
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